Alfred Loisy

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Loisy.
Alfred Loisy
Picto infobox auteur.png
Alfred Loisy.jpg

Alfred Loisy

Naissance
Décès
Nationalité
Principaux intérêts
Célèbre pour
Citation
« Jésus annonçait le Royaume, et c'est l'Église qui est venue. »

Alfred Loisy, né à Ambrières (Marne) le 28 février 1857 et mort le 1er juin 1940 à Ceffonds, est un théologien catholique français. Déclencheur en 1902 de la crise moderniste, excommunié en 1908, il sera, partiellement et implicitement, réhabilité par Vatican II .

Biographie[modifier | modifier le code]

Sa famille d'agriculteurs n'était pas d'une piété fervente mais l'enfant était porté sur les études et trop peu robuste pour labourer la terre. Après ses études primaires, il poursuit ses études au collège public de Vitry-le-François. Puis sa famille l'envoie ensuite au collège épiscopal de Saint-Dizier où l'idée lui vient d'entrer au séminaire. Pareille décision était irréfléchie et le directeur du collège, prêtre et peu suspect d'anticléricalisme, tenta de l'en détourner : pourquoi ne pas passer d'abord le baccalauréat, bien utile si par la suite il changeait d'avis ? Pris peut-être par d'autres soucis, il n'insista pas.

En 1874, il entre au Grand Séminaire de Chalons-en-Champagne sans avoir passé son baccalauréat. Le séminaire le déçoit et il songe à se faire moine, mais cette fois, un de ses professeurs « fut assez habile pour [l]'y faire renoncer de [lui]-même[1]. »

Après avoir été ordonné sous-diacre, il est envoyé à l’École de Théologie de l'Institut catholique de Paris. Tombé malade, il revient en Champagne où il est ordonné diacre (mars 1879 ) puis prêtre (juin 1879 ). Il est alors brièvement curé de Broussy le grand puis de Landricourt avant d'être nommé à Paris sur la recommandation de Duchesne[2].

Il a tracé de ses maîtres des portraits caustiques et savoureux[3]. À l'Institut catholique de Paris, où il entra par la suite, il avança si vite dans l'étude de l'hébreu que le recteur, Mgr d'Hulst, lui confia rapidement un cours - Dès 1886 il est chargé de l'enseignement de l’Écriture sainte à l'Institut Catholique de Paris tout récemment ouvert -. La publication de sa leçon de clôture de l'année 1891-1892, intitulée La composition et l'interprétation historique des Livres Saints l'expose à l'hostilité de sa hiérarchie ; Mgr d'Hulst, qui l'avait soutenu jusque là, le suspend d'abord d'enseignement, puis le révoque définitivement en 1893. Il est nommé aumônier, chargé de l'éducation des jeunes filles dans un couvent de dominicaines à Neuilly. Il n'en continue pas moins ses recherches, publiant sous des pseudonymes[4], mais se trouve en porte-à-faux de plus en plus prononcé avec les dogmes de l'Église romaine. Tombé gravement malade en 1899, il quitta son aumônerie et crut devoir l'année suivante renoncer par honnêteté à la petite pension que l'archevêché servait aux prêtres infirmes.

C'est alors que des amis le font nommer à l'École pratique des hautes études[5], ce qui prenait de court sa hiérarchie : « censurer un enseignement donné en Sorbonne paraissait un coup trop hardi, et l'on n'y pensa pas, au moins sous Léon XIII[6]. » En 1902, entendant réfuter L'Essence du Christianisme/Das Wesen des Christentums du théologien protestant Adolf von Harnack, Loisy fait paraître L'Évangile et l'Église. Ce livre, qu'on appellera le petit livre rouge, pour son format et la couleur de la couverture, fait un énorme scandale ; il est condamné dans plusieurs diocèses, Rome s'abstenant toujours de s'engager. En 1903, Loisy publie Autour d'un petit livre qui fait l'histoire des remous suscités par son précédent ouvrage. L'avènement de Pie X, moins diplomate que son prédécesseur, allait rendre la situation intenable. En décembre 1903, cinq de ses livres sont mis à l'index. Ayant refusé de souscrire à l'encyclique Pascendi , promulguée en 1907, Loisy fait l'objet d'un décret d' excommunication vitandus par la Congrégation du Saint-Office le 7 mars 1908 - ce qui interdisait à tout catholique de lui adresser la parole -. L'année suivante, il est nommé à la chaire d'histoire des religions du Collège de France (où il enseigna jusqu’à son départ à la retraite en 1932).

Pendant la Grande Guerre, Loisy écrit deux ouvrages en rapport avec le conflit en cours : Guerre et religion (deux éditions, 1915), et Mors et Vita (1916, 1917).

Selon Claude Barthe, le très long et très documenté roman de Joseph Malègue, Augustin ou le Maître est là paru l'année suivante (1933) (et dont l'arrière-plan est la crise moderniste), met en scène Alfred Loisy à travers la figure de l'abbé Bourret[7].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1890, Histoire du canon de l'Ancien Testament.
  • 1891, Histoire du canon du Nouveau Testament.
  • 1892-1893, Histoire critique du texte et des versions de l'Ancien Testament.
  • 1898-1899, Loisy rédige un traité La vraie foi dans le temps présent qui reste inédit.
  • 1901, Les Mythes babyloniens et les premiers chapitres de la Genèse.
  • 1901, 1906, 1933, La Religion d'Israël (dans lequel il démontre que le Pentateuque n'est pas un document historique[8])
  • 1902, L'Évangile et l'Église. Accessible par Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86263178
  • 1903, Études bibliques.
  • 1903, Autour d'un petit livre
  • 1903, Le Quatrième Évangile.
  • 1907-1908, Les Évangiles synoptiques.
  • 1908, Simples réflexions sur le décret du Saint-Office Lamentabile sane exitu et sur l'encyclique Pascendi dominici gregis.
  • 1912, Choses passées, autobiographie, publiée par l'Union pour la Vérité.
  • 1917, La Religion, Paris : Ed. Nourry[9].
  • 1919 Les Mystères païens et le Mystère chrétien
  • 1923, La morale humaine, Paris : Ed. Nourry.
  • 1925 Les Actes des Apôtres
  • 1933 La naissance du christianisme
  • 1936 Les origines du Nouveau Testament.

Une opinion de Loisy[modifier | modifier le code]

« Le croyant ancien est avant tout un homme qui se confesse, qui se confesse fréquemment, et d'autant plus souvent même qu'il se permet moins les actions que la morale catholique regarde comme des péchés. C'est un homme qui pratique l'obéissance intellectuelle, admettant en principe tout ce que l'Église enseigne, et acceptant sans examen tout ce qu'il connaît de cet enseignement ; ne discutant ni le sens ni la portée logique de ce qu'il croit ; se considérant dans l'Église comme un disciple qui apprend d'elle ce qu'il doit penser sur tous les grands sujets qui intéressent l'existence, ce qu'il doit faire pour être homme de bien, ce qu'il doit pratiquer pour être chrétien. C'est un homme dont toute l'activité se trouve ainsi réglée par une autorité extérieure, et qui n'a pas souci de penser par lui-même, qui se croirait coupable de prendre cette hardiesse, qui regarde comme une vertu la timidité intellectuelle. Il se défend de penser sur les questions religieuses, par crainte de penser mal ; il s'instruit de la religion dans les bons livres que lui recommande son directeur, et il n'a pas d'autres idées que celles qui lui sont garanties comme très orthodoxes et très sûres. Ce type de catholique existe, il ne faut pas le nier. Il n'est pas très répandu, tout au moins ceux qui le réalisent dans la perfection ne sont pas nombreux, quoi qu'on ait fait pour les multiplier. C'est que ce type n'est réalisable qu'au prix d'une abdication contre nature, à laquelle beaucoup résistent comme d'instinct, et que d'autres repoussent consciemment comme une violation de leur personnalité[10]. »

Citation[modifier | modifier le code]

La plus célèbre citation de Loisy, qui fit scandale, est : « Jésus annonçait le Royaume, et c'est l'Église qui est venue » [11].

Elle est cependant souvent extraite du reste du texte, qui tempère l'accusation implicite portée contre l'Église :

« Reprocher à l'Église catholique tout le développement de sa constitution, c'est donc lui reprocher d'avoir vécu, ce qui pourtant ne laissait pas d'être indispensable à l'Évangile même. Nulle part, dans son histoire, il n'y a solution de continuité, création absolue d'un régime nouveau; mais chaque progrès se déduit de ce qui a procédé, de telle sorte que l'on peut remonter du régime actuel de la papauté jusqu'au régime évangélique de Jésus, si différents qu'ils soient l'un de l'autre, sans rencontrer de révolution qui ait changé avec violence le gouvernement de la société chrétienne. En même temps, chaque progrès s'explique par une nécessité de fait qui s'accompagne de nécessités logiques, en sorte que l'historien ne peut pas dire que l'ensemble de ce mouvement soit en dehors de l'Évangile. Le fait est qu'il en procède et qu'il le continue. »

Des objections qui peuvent sembler très graves, au point de vue d'une certaine théologie, n'ont presque pas de signification pour l'historien. Il est certain, par exemple, que Jésus n'avait pas réglé d'avance la constitution de l'Église comme celle d'un gouvernement établi sur la terre et destiné à s'y perpétuer pendant une longue série de siècles. Mais il y a quelque chose de bien plus étranger à sa pensée et à son enseignement authentique, c'est l'idée d'une société invisible, formée à perpétuité par ceux qui auraient foi dans leur cœur à la bonté de Dieu. On a vu que l'Évangile de Jésus avait déjà un rudiment d'organisation sociale, et que le royaume aussi devait avoir une forme de société. Jésus annonçait le Royaume, et c'est l'Église qui est venue. Elle est venue en élargissant la forme de l'Évangile, qui était impossible à garder telle quelle, dès que le ministère de Jésus eut été clos par la passion. Il n'est aucune institution sur la terre ni dans l'histoire des hommes dont on ne puisse contester la légitimité et la valeur, si l'on pose en principe que rien n'a droit d'être que dans son état originel. Ce principe est contraire à la loi de la vie, laquelle est un mouvement et un effort continuel d'adaptation à des conditions perpétuellement variables et nouvelles. Le christianisme n'a pas échappé à cette loi, et il ne faut pas le blâmer de s'y être soumis. Il ne pouvait pas faire autrement. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Choses passées, p. 15.
  2. François Laplanche, La Crise de l'origine, la science catholique des Evangiles et l'histoire au XX siècle, Albin Michel
  3. Id. p. 20 et sqq.
  4. Ainsi, sous le pseudonyme de "Firmin" , il publie des articles dans la Revue du clergé français (1898 - 1900)
  5. Fondée en 1868 par un décret du ministre de l'Instruction publique, Victor Duruy.
  6. Id. p. 227.
  7. Pour Barthe, les indices en sont que Bourret est également auvergnat d'origine - ce qui est une erreur, Loisy étant originaire du [Département de la Marne|Marne] - sulpicien et Professeur d'Écriture Sainte (ces deux derniers points sont exacts) : Loisy lui-même, poursuit Claude Barthe « lecteur de Malègue comme tout le monde, jugeait le personnage de Bourret, son alter ego peu flatté, Invraisemblable » voir C.Barthe, Joseph Malègue et le « roman d'idées » dans la crise moderniste in Les romanciers et le catholicisme, Éditions de Paris, 2004, p. 83-97, p. 93. Claude Barthe pense aussi qu'il y a dans cet abbé Bourret un mélange de Loisy et de Cénabre (le prêtre de L'imposture de Georges Bernanos.
  8. Cf. leçon inaugurale de Thomas Römer au Collège de France (prononcée le 5 février 2009, visible en vidéo sur le site du Collège de France et publiée chez Fayard sous le titre Les Cornes de Moïse : Faire entrer la Bible dans l'histoire)
  9. Cf. La morale mystique de M Loisy, par Jeanne Jacob, in La revue de métaphysique et de morale, 1924, p. 487
  10. Choses passées.
  11. Alfred Loisy, L'Évangile et l'Église, Paris, Alphonse Picard et fils, 1902, p. 110-112

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]