Judas le Galiléen

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Judas.

Judas le Galiléen, ou Judas le Gaulanite, ou Judas de Gamala ou Judas ben Hizkiya (fils d'Ézéchias) est un chef révolutionnaire qui dirige une révolte en Galilée au moment de la succession d'Hérode le Grand (mort en 4 av. J.C.), puis en Judée au moment ou celle-ci devient une province romaine, après la destitution d'Archélaos en 6 ap. J.-C.. Associé à un pharisien nommé Tzadok (le Juste), il s'oppose alors par la violence au recensement fiscal effectué par Quirinius lorsque la Judée devient une province romaine. Il serait le fondateur d'un mouvement d'idée distinct des Sadducéens, des Pharisiens et des Esséniens que Flavius Josèphe appelle « la Quatrième philosophie » et qu'il rend responsable de la révolte et de la destruction du Temple de Jérusalem. Ce sont seulement les sources chrétiennes qui indiquent qu'il aurait péri à la suite de la révolte au sujet du recensement. Si la survie de son groupe après sa mort est en général admise, il est extrêmement difficile de savoir si celui-ci donne naissance aux Sicaires ou aux Zélotes, ou si l'un de ces groupes existait déjà de son vivant, car les indications de Flavius Josèphe sont confuses ainsi que la terminologie qu'il emploie.

Il appartient à « une dynastie » de révoltés opposés aux Hérodiens et aux Romains. En effet, son père Ézéchias a été tué par Hérode en 47 - 46 avant notre ère. Deux de ses fils, Simon et Jacob, sont crucifiés sur ordre du procurateur de Judée Tiberius Alexander entre 45 et 48. Un troisième fils, Menahem est un des chefs les plus importants du début de la Grande révolte juive de 66 - 74. Lorsqu'il est tué en 66, les sicaires de Massada sont dès lors dirigés par un de ses petit-fils, Éléazar fils de Jaïr qui va résister aux Romains jusqu'en 73-74 et qui se serait suicidé avec tous les autres assiégés pour ne pas tomber aux mains des Romains, tout au moins selon Flavius Josèphe.

Les écrits de Flavius Josèphe (Guerre des Juifs II, § 8, 1 et § 17, 8 et les Antiquités judaïques livre XVIII) sont les seules sources à son sujet, à part une brève mention dans les Actes des Apôtres (5, 37).

Éléments de biographie[modifier | modifier le code]

Judas est le fils du « chef de bande » Ézéchias (Hizkiya) tué par Hérode alors que celui-ci n'était que stratège de Galilée en 47 - 46 avant notre ère[1],[2]. Bien que Flavius Josèphe le désigne comme « brigand », Ézéchias semble être un personnage important.

Il est difficile de savoir d'où Judas était originaire exactement[2]. Pour Flavius Josèphe dans un passage des Antiquités judaïques il est originaire de Galilée, mais dans un autre il mentionne qu'il est originaire de Gamala en Gaulanitide[2], à 10 km à l'est de la Galilée. Les fouilles menées sur le site de Gamala montrent qu'à cette époque c'était une importante colonie de peuplement judéenne[2]. Ses activités — qu'on les appelle banditisme comme Flavius Josèphe ou résistance selon un point de vue opposé — ont plutôt eu lieu en Galilée et non en Gaulanitide[2], avant de se développer en Judée.

Lors de la révolte qui se déclenche à la mort d'Hérode le Grand (4 avant notre ère)[2], Judas, présenté par Flavius Josèphe comme « fils de cet Ezéchias qui jadis avait infesté le pays à la tête d'une troupe de brigands et que le roi Hérode avait capturé[3] », conduit l’attaque de la garnison romaine de Sepphoris, la capitale de Galilée (7 km au nord de Nazareth). Après avoir « réunit une multitude considérable[3] », il s'empare de l'arsenal de Sepphoris[4], arme ses compagnons, « attaque ceux qui lui disputaient le pouvoir[3] », déclenche ainsi un vaste mouvement insurrectionnel[4] et se met « à aspirer au titre royal[5]. » Il est ainsi un des trois prétendants à la succession d'Hérode, « des « Messies », qui surgissent à la mort du roi[6]. » Selon Simon Claude Mimouni, c'est au cours de cette révolte que son groupe se déplace de la Galilée vers la Judée « sans doute sous la pression de la « guerre de Varus »[2]. »

La majorité des critiques estiment que le Judas qui en l'an 6, s'associe avec un Pharisien nommé Sadok (le Juste) pour s'opposer au recensement de Quirinius est le même que celui de l'an -4 et sont tous deux le même fils d'Ézéchias[2]. Il n'y a toutefois pas un consensus total sur ce sujet, car le témoignage de Josèphe « n'est pas d'une claire évidence[2]. » Selon lui, c'est à l'occasion de cette révolte contre ce recensement fiscal qui marque l'entrée officielle de la Judée dans le système provincial romain[7] que s'est formé le groupe zélote avec à sa tête Judas de Galilée ou de Gamala, toutefois par la suite, il désigne ce même groupe, de manière contradictoire, par l'appellation « sicaire » et non par celle de « zélotes »[7]. Judas et Sadok s'opposent au grand prêtre Joazar de la famille boëthusienne, partisan de la soumission[4].

Josèphe présente Judas comme un « philosophe », chef d'une « secte », qu'il appelle « quatrième philosophie », mais sans rapport avec les trois autres « sectes » du judaïsme qu'il mentionne : les Sadducéens, les Pharisiens et les Esséniens[7],[5]. Selon lui, Judas partage toutefois certains points de vue des pharisiens en matière de pureté rituelle[7]. Il blâme les partisans de Judas, les rendant responsables du déclenchement de la Grande révolte juive et de la destruction du Temple de Jérusalem. Ce qui caractérise la doctrine du groupe de Judas « c'est essentiellement la notion de liberté et celle de la royauté absolue et exclusive du Dieu d'Israël[8]. » Ce qui exprime l'attente d'une rédemption ou d'une libération eschatologique par le Dieu d'Israël[8]. Ils préconisaient l'action violente contre les Romains afin d'aider la venue de cette rédemption[7]. Ce qui, selon Simon Claude Mimouni, « permet évidemment la légitimation du pillage des biens des riches, considérés comme les alliés des pouvoirs établis[7]. » Bien que Flavius Josèphe n'utilise pas « le terme de « zélote » à propos de Judas le Galiléen, la filiation de son groupe avec les Zélotes dans les années 66-74, et probablement aussi avant, ne paraît guère faire de doute pour certains critiques ; même si une rupture entre ces deux entités va intervenir dès le début de la révolte[7]. » Après avoir utilisé le terme de « IVe philosophie », Josèphe désigne par la suite ce même groupe, de manière contradictoire, par l'appellation « sicaire » et non par celle de « zélotes »[7]. Chez Flavius Josèphe, le terme Sicaire apparaît en 56, à l'époque du procurateur Antonius Felix lorsqu'ils assassinent le grand prêtre Jonathan ben Hanan[9]. À partir du déclenchement de la Grande révolte juive (66), Flavius Josèphe présente Menahem, un des fils de Judas, comme le chef des Sicaires.

Selon Simon Claude Mimouni, malgré cette confusion terminologique de Flavius Josèphe, on est certain que l'appellation « sicaire » vient des Romains et que l'appellation « zélotes » vient des Juifs[10]. Certains critiques estiment d'ailleurs que ces deux noms sont les appellations externe et interne du même mouvement[10]. Une rupture entre ces deux groupes intervient dès le début de la révolte[7]. Toutefois pour des historiens comme Mireille Hadas-Lebel ou Christophe Mézange, les héritiers du mouvement Galiléen sont les Sicaires, alors que les Zélotes sont « les jeunes prêtres qui à la veille de la guerre, rejettent les sacrifices offerts au Temple pour le compte de Rome et de l'empereur (Guerre des Juifs, II, 17, 409) », dont le chef est Éléazar fils d'Ananias[11] et qui sont disciples de l'école de Shammaï[12].

Pour Simon Claude Mimouni, « il est probable qu'il faille clairement distinguer les Sicaires des Zélotes[13] » et que le mouvement de Judas le Galiléen relevait de la première entité plutôt que de la seconde[13]. « L'idéal théocratique découlant de ce que Josèphe appelle la IVe philosophie n'en est pas moins commun aux Sicaires et aux Zélotes[5]. »

Josèphe ne relate pas la mort de Judas, ce sont seulement les Actes des Apôtres (5, 37) qui indiquent lapidairement qu'il aurait péri à la suite de la révolte au sujet du recensement et que ses partisans ont été dispersés[2]. Cette information se trouve dans le discours de Gamaliel devant le Sanhédrin, afin de défendre certains apôtres qui viennent d'être arrêtés. Judas y est présenté comme un exemple de chef messianique ayant échoué.

« Une dynastie de partisans[14] »[modifier | modifier le code]

Judas le Galiléen appartient à ce qui a été parfois appelé « une dynastie » de révoltés opposés aux Hérodiens et aux Romains, bien que cela puisse paraître exagéré[8]. Son père Ézéchias a été tué par Hérode en 47 - 46 avant notre ère alors que celui-ci n'était encore que stratège de Galilée[2],[6]. Les troupes de cet insurgé galiléen allaient jusqu'à harceler la ville de Tyr[6]. Son exécution provoque un émoi dans la haute société de Jérusalem et Hérode est sommé de se justifier devant le Sanhédrin[15]. Appuyé par le gouverneur de Syrie Sextus César et à la suite d'une intervention ambiguë du leader pharisien Saméas (Shemayah ou Shammaï[16] ?), Hérode est acquitté[15]. Même si cette exécution a peut être servi de prétexte à l'élite sacerdotale et au grand prêtre Hyrcan II pour contester l'action du nouveau stratège de Galilée[17], cela montre qu'Ézéchias est un haut personnage de la région. Les prétentions à la royauté de Judas et de ses fils ont fait supposer à certains historiens qu'il pouvait être d'une des familles pouvant légitimement prétendre à la royauté. Selon Simon Claude Mimouni, « il se pourrait qu'Ézéchias ait été un officier des Hasmonéens en poste dans le nord du pays, en Galilée ou en Gaulanitide [qui] serait demeuré un farouche opposant aux Hérodiens et serait passé à la rébellion lors de la prise en main de la Palestine par Hérode et son frère[2] (Phasaël). »

Deux des fils de Judas de Galilée ou de Gamala, Simon et Jacob, sont crucifiés sur ordre du procurateur de Judée Tiberius Alexander entre 45 et 48, ce qui montre que le groupe héritier de Judas a été actif en Judée à cette époque[9] (Antiquités 20.5.2 102). Le roi Agrippa Ier vient de mourir — peut être empoisonné par Marsus, le légat de Syrie[18] — et une famine se développe en Palestine, ce qui ne manque pas de créer des troubles[19] ainsi que des mouvements de solidarité, comme celui d'Hélène d'Adiabène et de ses fils. Le fait que Simon et Jacob aient été exécuté par crucifiement indique clairement qu'ils se sont révoltés.

Un troisième fils, Menahem prend la forteresse de Massada au tout début le la Grande révolte juive de 66 - 74. Il Joue ensuite un rôle important dans la généralisation de la révolte en aidant à la prise du palais d'Hérode à Jérusalem[9]. Il s'allie à ce moment à Éléazar, le commandant du Temple et fils de l'ancien grand prêtre Ananias de Zébédée[9]. Il est tué à Jérusalem par un autre clan de Zélotes, ses anciens alliés, après avoir montré trop ostensiblement ses prétentions à la royauté[9]. Les partisans de Menahem se sont alors réfugié à Massada, déjà conquise par un des petit-fils de Judas, Éléazar fils de Jaïr. Cette forteresse est apparemment une des dernières poches de résistance de la Grande révolte jusqu'en 73[4] ou 74, date où Éléazar se serait suicidé avec tous les autres assiégés plutôt que d'accepter la servitude[20]. Toutefois, selon Simon Claude Mimouni, « la dimension historique de cet événement est plus que discutée[21]. »

Arbre généalogique[21][modifier | modifier le code]

 
 
 
 
 
 
Ézéchias
tué par Hérode (stratège de Galilée[22]) en 47 - 46 avant notre ère[2]
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Judas le Galiléen
tué après 6
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Simon
crucifié par Tiberius Alexander entre 45 et 48[9]
 
Jacob
crucifié par Tiberius Alexander entre
45 et 48[9]
 
Menahem
chef du début de la Grande révolte
tué en 66[23]
 
Jaïr
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Éléazar ben Jaïr
Suicide à Massada
(73[4] ou 74[20])


Thèse atypique[modifier | modifier le code]

Selon l'auteur ésotérique Robert Ambelain, dans son livre Jésus ou le mortel secret des Templiers paru en 1970, Judas de Gamala serait le vrai père biologique de Jésus et ce dernier serait originaire du village du même nom et non de Nazareth. Les fils de Judas de Gamala, Jacques et Simon seraient donc les frères de Jésus qui portent les mêmes noms dans les textes chrétiens[24]. Cette thèse est aussi celle de Daniel Massé, pour qui Jésus et Jean le Baptiste sont le même personnage qu'il appelle Jean de Gamala pour le distinguer du personnage mythifié par la tradition chrétienne. Le titre de Sauveur (Jésus) aurait simplement été donné à Jean Baptiste. Jésus et Jean naissant et mourant la même année et dans la même région, tous deux après une prédication d'un an, selon la tradition chrétienne. Par ailleurs ils estiment tous deux, que le « chef de synagogue, nommé Jaïre » mentionné dans l'Évangile selon Marc (5:22) est le père d'Éléazar ben Jaïr qui dirige la défense des derniers Sicaires à Massada.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, I, § 204-205 ; Antiquités judaïques) XIV, § 421-430.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 445.
  3. a, b et c Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, II, 4.
  4. a, b, c, d et e Gérard Nahon , article Zélotes de l'Encyclopaedia universalis.
  5. a, b et c Christian-Georges Schwentzel, Juifs et nabatéens: Les monarchies ethniques du Proche-Orient hellénistique et romain, Presses Universitaires de Rennes, 2013, Rennes (France), p. 172.
  6. a, b et c Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 435.
  7. a, b, c, d, e, f, g, h et i Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 446.
  8. a, b et c Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 447.
  9. a, b, c, d, e, f et g Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 448.
  10. a et b Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 444.
  11. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 442.
  12. Mireille Hadas-Lebel, Jérusalem contre Rome, Cerf, Paris, 1990, p. 416-417.
  13. a et b Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 450.
  14. André Paul, « Une dynastie de partisans », dans « Le monde juif à l'heure de Jésus. Histoire politique », Paris, 1981, p. 211-215.
  15. a et b Christian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, p. 39.
  16. Mireille-Hadas Lebel, Le contexte historique des débuts du Talmud : Le conflit entre pharisiens et saducéens, conférence pour Akadem, campus numérique juif, 28/05/2007, conférence en ligne
  17. Christian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, p. 38.
  18. Mireille Hadas-Lebel, Rome, la Judée et les Juifs, éd. Picard, 2009, p. 89.
  19. cf. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 434-437.
  20. a et b Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 448-449.
  21. a et b Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 449.
  22. cf. Christian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, p. 38-39.
  23. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, p. 463.
  24. Lucien Heldé, Qui est Juda de Gamala ?, sur le site « Empereurs romains ».

Liens externes[modifier | modifier le code]