Zélotes

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher

Les Zélotes (ou zélés, Qiniim en hébreu, de qina, jaloux, exclusif, sur la racine QYN, Caïn), sont les groupes qui combattent le pouvoir romain les armes à la main pendant la Première Guerre judéo-romaine. Appelés aussi Galiléens, ils se révoltent initialement contre le recensement de Quirinius en 6: Le recensement viole d'une part un interdit biblique (seul Dieu est le comptable autorisé des âmes) mais d'autre part prépare l'institution de l'impôt « par tête ».
En se radicalisant, ils finissent par s'attaquer aussi bien à leurs compatriotes jugés timorés ou soupçonnés de collaborer avec les Romains, qu'aux païens qui - pensent-ils - souillent la Terre promise par leur seule présence.[réf. nécessaire]
Les Zélotes constituent un des courants actifs du Judaïsme du premier siècle. Secte juive anti-romaine, (l'aigle d'or d'Hérode est enlevé du (second) temple de Jérusalem par leurs soins), ils sont les principaux instigateurs de la révolte contre Rome : ils se défendent contre Titus avec acharnement, pendant le siège et après la prise de Jérusalem (« ville de la Paix »), en 70. La répression romaine est terrible : Ceux qui sont faits prisonniers sont crucifiés. Beaucoup préfèrent mourir dans des suicides collectifs. ( voir par exemple la chute de la forteresse de Massada)

Sommaire

[modifier] Les Zélotes dans l'Histoire

Le mouvement zélote trouve une origine biblique en la figure de Pinhas (ou Phineas) fils d'Eléazar, fils d'Aaron le prêtre (Paracha Pin'has du livre Les Nombres du Pentateuque). Ce personnage biblique s'est illustré par l'assassinat d'un Prince de tribu d'Israël qui se serait fourvoyé dans la luxure aux yeux de tous. L'exécution commise par Pinhas, au lieu d'être réprimandée, est hautement valorisée en tant qu'elle scelle une alliance de paix entre le peuple et l'Eternel. Pinhas est considéré comme le premier zélote car la Bible dit qu'il s'est montré "jaloux" pour la gloire divine. En outrepassant la loi, Tu ne tueras point, il réaffirme le caractère sacré de la loi mosaïque et, de fait, réinstalle le principe religieux comme moteur de l'action humaine. L'épisode de Pinhas constituera la principale légitimation théologique de l'activisme zélote.

Flavius Josèphe affirme que le leader nationaliste Judas de Gamala fut à l'origine d'une « quatrième secte » (après les Sadducéens, les Pharisiens et les Esséniens), qu'il décrit ainsi :

« Judas fut l'auteur de la quatrième secte. Elle s'accorde en toutes choses avec celle des Pharisiens, excepté que ceux qui en font profession soutiennent qu'il n'y a que Dieu seul que l'on doive reconnaître pour Seigneur et pour Roi. Ils ont un si ardent amour pour la liberté que les genres de mort les plus extraordinaires, les supplices les plus atroces, qu'ils subissent eux-mêmes ou laissent souffrir aux personnes qui leur sont les plus chères, les laissent indifférents pourvu qu'ils n'aient à donner à nul homme le nom de Seigneur et de Maître. Comme bien des gens ont été témoins de la fermeté inébranlable avec laquelle ils subissent tous ces maux, je n'en dirai pas davantage, non de crainte de ne pas être cru, mais plutôt de peur que mes paroles ne donnent une idée trop faible du mépris avec lequel ils supportent la douleur. »

— Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, XVIII, 2

Partisan de composer avec la puissance romaine, Flavius Josèphe reproche amèrement aux zélotes leur fanatisme qui est selon lui à l'origine de la Première Guerre judéo-romaine. Les Romains leur donnent le nom de « sicaires », du nom de leur poignard tranchant, la sica, qui pourrait avoir aussi donné le surnom d'Iscariote du Judas des Évangiles.

Vers l'époque de la chute du Temple (70), leurs chefs sont Jean de Gischala et Eléazar. Ce dernier, après la destruction de Jérusalem, se réfugie dans la forteresse de Massada avec 960 personnes - les guerriers, les femmes et leurs enfants - où ils résistent plusieurs années aux légions romaines. Préférant mourir que de se rendre, les derniers zélotes se suicidèrent collectivement pour ne pas être capturés.

[modifier] Les Zélotes dans le Nouveau Testament

On trouve la trace dans les Évangiles de l'attente messianique d'une partie de la population, qui attendait un Messie politique, libérateur du joug des Romains. Cette attente se retrouve dans le qualificatif donné à deux apôtres: Simon le Zélote et à Judas l'Iscariote. "Iscariote" vient du latin sica qui donne « sicaire ». La présence d'un Zélote et d'un sicaire parmi les proches de Jésus a nourri un débat chez les exégètes sur la proximité de ce courant révolutionnaire avec les idées de Jésus mais cette approche est désormais frappée d'obsolescence[1]. Néanmoins, si Jésus refuse de contester radicalment le pouvoir romain[2], il ne manifeste pas davantage d'inclination envers celui-ci[3],[4]. Quoi qu'il en soit, de nombreux chercheurs considèrent le retournement d'opinion de ses compatriotes comme une attitude qui répond à la grande déception à son sujet, qui ne s'est pas révélé comme un leader militaire zélote venu pour délivrer les Juifs du joug romain, mais comme un leader spirituel, qui promettait une libération individuelle et non politique. On associe aussi ce retournement à la probable attitude de Judas Iscariote, qui serait désabusé parce que son Messie n'était pas le leader qu'il attendait.

[modifier] Les Zélotes, un courant violent

Le courant des Zélotes « se définit par un nationalisme intransigeant et agressif. Appelant de tous leurs vœux l’instauration du Royaume, ses tenants estiment devoir en hâter la venue par la violence. L’étranger est pour eux l’ennemi. ils dressent des embuscades, manient le poignard – d’où le nom de sicaires qu’on leur donnait parfois –, entretiennent en Palestine un climat d’insécurité et d’agitation chroniques. Ils sont, de façon très directe, à l’origine de la révolte de 66-70. », Marcel Simon[5].

[modifier] Signification actuelle du terme

Selon le Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey, on voit apparaître le terme zélote

au féminin, à partir de 1864, pour désigner une personne « animée d'un zèle religieux fanatique »,
puis dans un emploi littéraire, quelqu'un qui « pousse le zèle jusqu'à l'aveuglement ».

Le terme zélotisme figure dans Proudhon, en 1854, mais son emploi est rare[6].

[modifier] Notes et références

  1. voir « Jésus et les Zélotes » S.G.F. Brandon, 1967 et John Paul Meier, Un certain juif : Jésus. Les données de l'histoire, vol. III recension en ligne
  2. (Mc 12:13-17),(Mt 22:15-22), (Lc 20:19-26)
  3. Jean-Pierre Lémonon, Jésus face au pouvoir politique, in Aux origines du christianisme, Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, p. 209–211
  4. (Mt 27:11-14, (Mc 15:1-5, (Lc 22:25-26), (Lc 23:1-12)(Jn 13:13-17),(Jn 18:28-38)
  5. Marcel Simon, La civilisation de l'Antiquité et le christianisme, Arthaud, 1972 (chap. le Judaïsme)
  6. Dictionnaire d'Alain Rey
  • (de) Martin Hengel, Die Zeloten : Untersuchungen zur Jüdischen freiheitsbewegung in der Zeit von Herodes, I bis 70 n. Chr. (Éd. E.J. Brill, Leiden/Cologne, 1961)

[modifier] Voir aussi

Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Navigation
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils
Autres langues