Testimonium flavianum

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Le testimonium et son commentaire dans une édition de 1631

Le Testimonium Flavianum est le nom donné à un passage que l'on trouve dans les trois grands manuscrits des Antiquités judaïques de l'historiographe juif de la fin du Ier siècle Flavius Josèphe, dans lequel il est fait mention de Jésus de Nazareth. Il a fait l'objet de nombreuses études et son authenticité fait débat dans la communauté des exégètes[1].

Les sources[modifier | modifier le code]

Trois passages des Antiquités judaïques, évoquent des personnages du Nouveau Testament. Le premier passage est le Testimonium flavianum, le second - dans lequel il n'est nullement question de Jésus - présente « Jean dit le Baptiste », le troisième mentionne très brièvement « Jacques, frère de Jésus dit le Christ ».

Le Testimonium flavianum se trouve aux paragraphes 63 et 64 du Livre 18, dont il existe plusieurs manuscrits datant du Moyen Âge, ainsi qu'il figure dans deux ouvrages d'Eusèbe de Césarée (~265-~340) : L’Histoire ecclésiastique et la Démonstration évangélique. Le texte est cependant suspect d'avoir été interpolé, soit en totalité, soit notamment les passages signalés entre crochets :

« En ce temps-là paraît Jésus, un homme sage, [si toutefois il faut l'appeler un homme, car] ; c'était un faiseur de prodiges, un maître des gens qui recevaient avec joie la vérité. Il entraîna beaucoup de Judéens et aussi beaucoup de Grecs ; [Celui-là était le Christ.] Et quand Pilate, sur la dénonciation des premiers parmi nous le condamna à la croix, ceux qui l'avaient aimé précédemment ne cessèrent pas. [Car il leur apparut le troisième jour, vivant à nouveau ; les prophètes divins avaient dit ces choses et dix mille autres merveilles à son sujet.] Jusqu'à maintenant encore, le groupe des chrétiens [ainsi nommé après lui] n'a pas disparu[2]. »

Il existe de multiples autres versions avec des variations assez importantes, dans des textes de Flavius Josèphe en différentes langues, mais aussi en grec et en latin. Une version en slavon se trouve même dans la Guerre des Juifs, (au lieu des Antiquités judaïques), une autre œuvre de Flavius Josèphe.

L’Histoire chrétienne universelle d'Agapios de Menbidj, évêque melchite de Hiérapolis au Xe siècle, en langue arabe semble faire référence à une version peut-être elle-même en arabe qui correspond à peu près exactement au texte expurgé des possibles interpolations[3] :

« Josèphe l’Hébreu parla aussi de cela dans ses livres sur les guerres des Juifs : À cette époque-là, il y eut un homme sage nommé Jésus dont la conduite était bonne ; ses vertus furent reconnues. Et beaucoup de Juifs et des autres nations se firent ses disciples. Et Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. Mais ceux qui s'étaient faits ses disciples prêchèrent sa doctrine. Ils racontèrent qu'il leur apparut trois jours après sa crucifixion et qu'il était vivant. Il était considéré (par eux) comme le messie au sujet duquel les prophètes avaient dit des merveilles. »[4] »

Si l'on en croit les témoignages d'Origène (IIIe siècle), de Théodoret de Cyr (Ve siècle) de Photios (IXe siècle) et même de Jacques de Voragine (XIIIe siècle), qui semblent disposer de versions qui ne comportent pas ce passage, il y aurait eu, en revanche, plusieurs autres passages parlant des personnages fondateurs du mouvement chrétien dans les livres de Flavius Josèphe. Toutefois, ces passages ne se trouvent pas dans les livres de Josèphe tels que nous les connaissons aujourd'hui.

Débat sur l'authenticité[modifier | modifier le code]

La question de l'authenticité du Testimonium flavianum se pose depuis le XVe siècle avec Lorenzo Valla puis au XVIe siècle avec la prise de position de Lucas Osiander.

Les commentaires anciens[modifier | modifier le code]

Origène[modifier | modifier le code]

En effet, Origène, commentant le XVIIIe livre des Antiquités judaïques dans son "Contre Celse", regrette que Josèphe « ne reconnaisse pas Jésus pour le Christ », mais mentionne en revanche quelque chose d'étonnant puisque d'après lui Flavius Josèphe attribuait la ruine du Temple « à la vengeance que Dieu voulut faire de la mort qu'ils avaient fait souffrir à Jacques le Juste (frère de Jésus) »[5]. Un passage qui a totalement disparu des versions que nous connaissons aujourd'hui, mais qui était encore connu par Jacques de Voragine au XIIIe siècle puisqu'il le cite en l'affectant bien à Flavius Josèphe dans son livre La Légende dorée.

Les autres écrivains chrétiens jusqu'au IVe siècle[modifier | modifier le code]

Eusèbe de Césarée est le premier à mentionner ce passage (IVe siècle), il le cite d'ailleurs dans la version classique, dont il a été maintes fois jugé improbable qu'elle ait été rédigée par Flavius Josèphe. Avant lui, aucun autre auteur ne cite ou ne mentionne ce passage.

Jacques Giri, indique: « Certains ajoutent que [ce passage] n'est jamais cité par les pères de l'Église du IIe siècle et IIIe siècle qui ont lu Josèphe. Et en même temps après le IVe siècle, certains écrivains chrétiens qui ont lu Josèphe, comme Photius (Photios de Constantinople) par exemple, n'en parlent pas, comme si l'exemplaire des Antiquités judaïques qu'ils ont eu entre les mains ne contenait pas ce passage[6]. »

La bibliothèque de Photios[modifier | modifier le code]

Encore au IXe siècle, Photios patriarche de Constantinople, écrit des notes de lecture sur un grand nombre de livres. La bibliothèque de Constantinople est alors l'une des meilleures bibliothèques, réputée par la qualité de ses manuscrits et Photios est l'un des plus grands érudits de son temps. Il établit entre autres, des notes sur trois livres de Flavius Josèphe (Guerre des Juifs, Antiquités judaïques, et un livre qu'il appelle Antiquités des Juifs[7]). Il mentionne le passage qui parle de « Jean surnommé Baptiste », mais n'évoque aucun passage qui parle de Jésus. Lorsqu'il établit la note de lecture du livre Chronique des rois des Juifs (perdu aujourd'hui), il regrette:

« De même que tous les autres écrivains juifs, [Juste de Tibériade] n'a fait aucune mention de la venue du Christ, des choses qui lui sont arrivées, de ses miracles[8]. »

Ce qui indique que le passage mentionnant Jésus, le Testimonium flavianum, n'existait pas dans les livres de l'auteur juif Flavius Josèphe à la disposition de Photios[6],[9]. Il semble en être de même pour la version du Ve siècle lu par Théodoret de Cyr car celui-ci expose à peu près la même idée qu'Origène: Josèphe n'a pas reconnu Jésus comme étant le Christ[10].

Juste de Tibériade était un gouverneur militaire de Galilée, au même moment que son rival Flavius Josèphe, lui aussi historien juif. Dans son autobiographie (Vita), Flavius Josèphe mentionne plusieurs passages où il s'est affronté avec Juste de Tibériade, ainsi que d'autres membres de la tendance à laquelle appartenait Juste. Vingt ans plus tard, tous deux se critiquaient sévèrement dans leurs livres et se rendaient mutuellement responsable de la défaite de la révolte[11].

La version slavonne de la Guerre des Juifs[modifier | modifier le code]

On trouve ce passage correspondant à peu près à la version révélée par Eusèbe de Césarée dans l'autre livre majeur de Flavius Josèphe: la Guerre des Juifs en langue Slavonne (Vieux-slave). Celle-ci diffère beaucoup de celle des manuscrits grecs que nous connaissons. Le slavon est la langue liturgique des Slaves orthodoxes, cette version est connue par plusieurs manuscrits datant du XVe siècle jusqu'au XVIIIe siècle. Il ne s'agit pas d'une traduction du texte grec, car ledit « Josèphe slavon » contient vingt-deux passages qui sont absents de la version grecque[12].

Cette version du Testimonium flavianum comporte toutefois des différences avec celle d'Eusèbe de Césarée qui ont conduit les partisans de la thèse de l'interpolation partielle à considérer un temps que c'était la version dont dérivait toutes les autres. Cette thèse va de pair avec l'hypothèse émise en 1928 par H.S.J. Thackeray selon laquelle le texte slavon pourrait être la traduction de l'original perdu « que Flavius Josèphe aurait rédigée en araméen, ce qui expliquerait les différences[12]. » Cette hypothèse reprise par plusieurs spécialistes de l'École Biblique de Jérusalem se heurte toutefois au patient travail de traduction de N. A. Mescerskij dont l'analyse minutieuse a mis en relief un si grand nombre d'incohérences qu'il est difficile de les imputer à Flavius Josèphe. Il paraît douteux que cette version slavone remonte à l'antiquité[13]. « La plupart des chercheurs qui se sont penchés sur la question estiment qu'il est plus simple de considérer que les additions slavones datent du Moyen Âge. L'ouvrage a été adapté par son traducteur médiéval afin de combler ce qui devait passer pour des lacunes aux yeux du lecteur chrétien ; cette explication est d'autant plus vraisemblable que les huit principaux ajouts slavons concernent Jean Baptiste, Jésus et les origines du christianisme[12]. »

Depuis la publication de la version d'Agapios par Shlomo Pinès, la plupart des partisans de l'interpolation partielle estiment que ce serait plutôt celle d'Agapios qui aurait pu être la version de base.

La controverse[modifier | modifier le code]

La controverse s'est intensifiée au XVIIe siècle puis au XVIIIe siècleVoltaire et les encyclopédistes ont imposé l'idée d'un faux. Ernest Renan fut le premier savant moderne d'envergure, cependant après Henri Wallon, à défendre l'authenticité, sous réserve d'interpolations mineures. La thèse de l'interpolation totale a été prédominante entre les deux guerres, puis, à la suite de la publication en 1971 des manuscrits syriaques par Shlomo Pinès, celle de l'interpolation partielle.

Cette thèse la plus habituelle chez les historiens contemporains consiste en la position intermédiaire entre la thèse d'un faux intégral - une interpolation complète du passage - et celle d'une authenticité totale - le texte ne contiendrait aucun ajout : en isolant des interpolations ponctuelles, qui sont vraisemblablement des ajouts d'origine chrétiennes remontant probablement à l'Antiquité, on peut obtenir un texte que peut avoir écrit un historiographe judéen du Ier siècle[14].

Interpolation complète[modifier | modifier le code]

Selon cette thèse, c'est l'ensemble du passage qui serait un ajout chrétien, antérieur à la mention faite par Eusèbe de Césarée (début du IVe siècle).

Les arguments en faveur de cette thèse sont les suivants:

  • Un juif orthodoxe comme Flavius Josèphe, qui resta fidèle au judaïsme jusqu'à sa mort, qui éduqua ses fils en cette religion, un Juif qui considère comme son plus grand orgueil celui d'être le descendant d'une souche sacerdotale hébraïque, un Juif qui écrit, comme lui-même le dit dans la présentation de Antiquités judaïques, pour démontrer la supériorité de la religion mosaïque sur toutes les autres, ne peut absolument pas avoir reconnu comme vrais les concepts de base de la catéchèse chrétienne, il ne peut avoir affirmé que Jésus était le vrai Christ, c'est-à-dire la réalisation du Messie dont lui-même, en tant que Juif, attendait encore la venue.

Voltaire écrit ainsi en son Dictionnaire philosophique (chap.V)

« Les chrétiens, par une de ces fraudes pieuses, falsifièrent grossièrement un passage de Flavius Josèphe. Ils supposent à ce juif, si entêté de sa religion, quatre lignes ridiculeusement interpolées ; et au bout de ce passage ils ajoutent : Il était le Christ. Quoi ! Si Josèphe avait entendu parler de tant d'événements qui étonnent la nature, Josèphe n'en aurait dit que la valeur de quatre lignes dans l'histoire de son pays! Quoi ! ce Juif obstiné aurait dit : Jésus était le Christ. Eh ! si tu l'avais cru Christ, tu aurais donc été chrétien. Quelle absurdité de faire parler Josèphe en chrétien! Comment se trouve-t-il encore des théologiens assez imbéciles ou assez insolents pour essayer de justifier cette imposture des premiers chrétiens, reconnus pour fabricateurs d'impostures cent fois plus fortes ! »

— Voltaire, Dictionnaire philosophique, rubrique « Christianisme »


  • Le passage est mis entre deux faits qui semblent l'exclure.

L'examen des deux événements, mis bout-à-bout, sans le passage concernant Jésus, indiquent une énumération de faits fâcheux qui arrivent aux Juifs à cette époque, et que Flavius Josèphe voulait donner comme exemples des disgrâces qui les touchent.

Après avoir terminé le récit d'un massacre d'habitants de Judée par des soldats romains, suite à une émeute parce que Pilate s'était servi de l'argent du Trésor sacré pour réaliser un aqueduc, par la phrase : « Ainsi se termina l'émeute », Joseph Flavius raconte ensuite une autre disgrâce qui frappe les Juifs en commençant ainsi : « Dans la même période, un autre événement terrible jeta le désordre parmi les habitants de Judée et simultanément eurent lieu des actions de nature scandaleuse en connexion avec le temple d'Isis à Rome… ». Le passage concernant Jésus qui commence par : « Au même temps, environ, vécut Jésus, un homme sage… » et qui interrompt cette relation séquentielle, suggère que cette phrase n'est une interpolation pure et simple entre deux faits qui l'excluent.


  • Flavius Josèphe dans son Autobiographie parle de l'année 53 et du recensement des sectes existantes :
«  Et quand j’ai eu à peu près 16 ans, j’eus dans l’idée de recenser les différentes sectes qui étaient parmi nous. Ces sectes, les voici : la première est celle des Pharisiens, la seconde celle des Saducéens et la troisième celle des Esséniens, dont je vous ai souvent parlé ; et je pensais que par ce moyen, je pourrais choisir la meilleure si j’en faisais partie ; alors, j’ai payé le prix dur, et fait face à de nombreuses difficultés, et je fis partie de toutes ces sectes. »

Suivant la chronologie chrétienne, en 53 ap. J.-C., Paul prêche ardemment et convertit de nombreuses personnes. Si on croit la chronologie chrétienne, Jésus est mort depuis 20 ans, les chrétiens se multiplient, des foules ont suivi Jacques, Pierre et Paul et un évangile, ne comportant que de des paroles de Jésus (la source Q que l'on retrouve dans les évangiles attribué à Matthieu et à Luc) serait déjà en circulation.

Pourtant, Flavius Josèphe, qui désire se faire un avis des différents mouvements religieux à cette date, n'en parle absolument pas. Ce silence amène à se demander si les chrétiens existaient déjà à l'époque en tant qu'entité à part. Toutefois, on peut aussi supposer que le mouvement Nazôréens que Jésus a créé, est l'un des mouvements « Galiléen »[15], que Flavius Josèphe réprouve au point de les appeler des « brigands » (lestaï), à l'instar des romains, dont l'écrivain juif était devenu un écrivain officiel, dépendant de l'imprimatur de Vespasien et de Titus.

  • Origène dans son Contre Celse (IV chp XI) fait une apologie pour prouver que Jésus a bien existé. Il cite Flavius Josèphe, non le passage cité plus haut, mais le Contre Appion pour parler de Moïse. Dans son Commentaire de l'Évangile de Matthieu (chap 17), il ne cite pas non plus ce passage fort de l'historien juif, mais explique que les Juifs ont subi la destruction de leur temple à cause de la mort de Jacques, frère de Jésus (dit le Christ). Le passage entre parenthèses est sujet à débat, à savoir si c'est Origène qui l'a rajouté dans son discours ou s'il cite réellement l'auteur.
  • Dans son livre XX des Antiquités judaïques où le passage nous concerne, il est parlé de 4 Jésus (Jésus dit le Christ, Jésus fils de Gamaliel, de Damnaios et de Josidek). 3 sont situés à la même époque. Dans l'ensemble de ses ouvrages et dans ce livre en particulier, Flavius Josèphe nomme les personnages, suivant la coutume juive de l'époque, "fils de" et quand c'est nécessaire au récit "frère de". Un Jésus Christ orphelin et sans parenté amène à penser à des coups de calame postérieurs à l'auteur.

Ce passage complet est cité pour la première fois au IVe siècle dans l'œuvre d'Eusèbe de Césarée ; il est totalement ignoré pendant 2 siècles, par les premiers pères de l'Église.

Représentants de ce point de vue : Alfred Loisy, Prosper Alfaric, Paul-Louis Couchoud, Jacques Moreau, Charles Guignebert, Pierre Battifol, Léon Hermann, Daniel-Rops, Marie-Joseph Lagrange, Marcel Simon, Pierre-Aimé Puech, Edmond Staffer, Solomon Zeitlin, Pierre Geoltrain, Gérard Mordillat, Jérôme Prieur, Jacques Giri.

Interpolation partielle[modifier | modifier le code]

Selon cette thèse, le texte ne serait que partiellement remanié : une fois retirées les expressions à connotation chrétienne, apparaît un texte cohérent, conforme au style de Josèphe, où Jésus est simplement considéré comme « un homme sage ». C'est le point de vue qui avait été adopté par Ernest Renan et qui est aujourd'hui celui de la majorité des spécialistes.

Les groupes de mots considérés comme interpolés varient selon les auteurs, mais en font le plus souvent partie : « si toutefois il faut l'appeler un homme » et « Celui-là était le Christ », moins souvent « Car il leur apparut… », et d'autres.

Shlomo Pinès, de l'Université hébraïque de Jérusalem a mis en valeur cette hypothèse en publiant des versions délaissées du Testimonium : celle d'Agapios, et celles des chroniqueurs Georges Kédrénos (rédigée en grec) et Michel le Syrien.[réf. nécessaire]


Il semble qu'ait circulé une forme courte du Testimonium, paraissant spécifiquement syrienne, qui ne comporte justement pas les passages controversés et qui s'opposerait à la tradition « occidentale ». La concordance des manuscrits, malgré l'existence de variantes, est en faveur de cette théorie.
L'idée sous-jacente est qu'elle aurait mieux préservé le texte original puisque présente dans une région où a persisté un christianisme indépendant du christianisme orthodoxe et qui s'est trouvée sous domination musulmane.
La version syrienne aurait, selon ses détracteurs, son origine dans la version grecque et en représenterait un état dégradé. Ainsi que le fait remarquer Étienne Nodet, « Il était considéré comme le Messie » implique que Josèphe n'utilisait pas le mot comme un nom mais évoquait bien la question de la messianité de Jésus (ce qui ramène, d'une certaine manière, à l'objection initiale portée contre le texte traditionnel) et que ses lecteurs romains étaient conscients de ce dont il s'agissait.

Représentants de ce point de vue : Henri Wallon, Ernest Renan, Albert Réville, Maurice Goguel, Adolf Harnack, Robert Eisler, Giuseppe Ricciotti, Shlomo Pinès, Jean Daniélou, Antoine Guillaumont, Pierre Prigent, Charles Perrot, André-Marie Dubarle, Mireille Hadas-Lebel, John P. Meier.

Authenticité complète[modifier | modifier le code]

Selon cette thèse, il s'agirait d'un témoignage sur le judaïsme du Ier siècle à destination des païens, pour qui le Christ n'est qu'un agitateur, et des juifs pour qui il s'inscrit dans le courant messianique.

Cette thèse est encore soutenue par certains contemporains qui essaient de sauver l'intégrité du texte tout en essayant de lui conférer un sens acceptable[16].

Les arguments en faveur de cette thèse sont les suivants:

  • Origène déclare à deux reprises (dans son Commentaire de Matthieu et dans Contre Celse) que « Josèphe ne croyait pas que Jésus était le Christ ». Cela prouve qu'il connaissait un texte de Josèphe sur Jésus. Il comprenait que Josèphe ne croyait pas à la messianité du Christ même s'il le désignait ainsi.
  • Josèphe pouvait difficilement ignorer Jésus alors qu'il décrit les événements en historien et que le christianisme avait pris de l'importance à Rome et déjà entraîné des persécutions. Il en parle d'ailleurs dans un autre passage, à propos de Jacques, dont à peu près personne ne dit qu'il ait fait l'objet d'une interpolation.
  • Il procède souvent par digressions, ce qui explique la place du passage dans le récit. Théodore Reinach trouve normal que Josèphe ait parlé de Jésus au moment où il traitait de Pilate.
  • À propos de l'impossibilité qu'il ait pu dire de Jésus qu'il était le Christ, Serge Bardet estime que la traduction « il [Jésus] était le Christ » n'est pas la seule possible. Selon lui, « si telle était la seule traduction défendable, la cause serait entendue[17]. » Il fait remarquer que même un partisan de l'interpolation comme Charles Guignebert[18] reconnaît que Christos a été très rapidement employé comme un nom propre. Etienne Nodet, plus récemment argue que Christos devait être lu comme un sobriquet dont Flavius Josèphe pouvait repérer les connotations religieuses, mais dont il savait pertinemment que son lecteur romain les ignorait[19],[17].
  • La mention « il leur apparut après le troisième jour, vivant à nouveau ; les prophètes divins avaient dit ces choses et dix mille autres merveilles à son sujet. » est la relation de ce que disent les chrétiens, explicative du fait que leur groupe n'ait « pas disparu ».
  • Il y a une « extrême difficulté »[20] à croire à la possibilité d'interpolation intentionnelle. Personne ne remettait en cause l'existence de Jésus à l'époque des Pères de l'Église qui n'ont pas cité ce passage parce qu'ils n'avaient aucune raison de le faire. La production d'un faux devrait nécessairement répondre à une attente qui manque dans ce cas. Comment croire, d'ailleurs, qu'on ait pu falsifier tous les manuscrits de Josèphe qui existaient dans l'empire et que la falsification ait pu prendre cette forme ? Le style du passage est bien celui de Josèphe. Une contrefaçon n'est pas envisageable parce qu'elle supposerait un talent hors du commun et c'est une idée qui ne pouvait venir à l'esprit d'un écrivain de l'Antiquité : la théorie de l'imitation comme mystification n'apparaît pas avant le De arte poetica de Marco Girolamo Vida en 1527.
  • Le Testimonium expose une christologie archaïque (pas d'allusion à la naissance virginale, au salut, à la fin des temps, à la Trinité) qui remonte au Ier siècle.
  • Il se situe normalement dans un livre qui s'adresse aux Romains mais aussi, et peut-être surtout, aux juifs, et parmi eux aux chrétiens qui appartenaient encore à cette époque au judaïsme et à qui il s'oppose : il condamne le phénomène messianique, auquel se rattache le Christ, qu'il décrit brièvement et assez ironiquement comme participant à une période d'agitation qui se terminera par la guerre et la destruction définitive du Temple.

Représentants de ce point de vue : Gustave Bardy, Louis-Claude Fillion, Théodore Reinach, Alphonse Tricot, Léon Vaganay, Eugène Mayaud, André Feuillet, René Draguet, Franz Dornseiff, Henri Cazelles, Pierre Vidal-Naquet, André Pelletier, Étienne Nodet, Serge Bardet.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Maraval et Simon Claude Mimouni, Le christianisme ancien des origines à Constantin, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2007, p.74
  2. Traduction et crochets tirés de Pierre Maraval et Simon Claude Mimouni, Le christianisme ancien des origines à Constantin, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2007, p.75
  3. Pierre Maraval et Simon Claude Mimouni, Le christianisme ancien des origines à Constantin, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2007, p.75
  4. traduction tirée de Charles Perrot, Jésus, éd. P.u.f., 1998
  5. «Josèphe qui, au xviiie livre de son Histoire des Juifs, témoigne que Jean était revêtu de l'autorité de baptiser, et qu'il promettait la rémission des péchés à ceux qui recevaient son baptême. Le même auteur, bien qu'il ne reconnaisse pas Jésus pour le Christ, recherchant la cause de la prise de Jérusalem et de la destruction du temple, ne dit pas véritablement comme il eût dû faire, que ce fut l'attentat des Juifs contre la personne de Jésus qui attira sur eux ce malheur, pour punition d'avoir fait mourir le Christ qui leur avait été promis : mais il approche pourtant de la vérité, et lui rendant témoignage comme malgré soi, il attribue la ruine de ce peuple à la vengeance que Dieu voulut faire de la mort qu'ils avaient fait souffrir à Jacques le Juste, homme de grande vertu, frère de Jésus, nommé Christ. C’est ce Jacques que Paul, le vrai disciple de Jésus, alla visiter, ainsi qu'il le dit lui-même, le considérant comme frère du Seigneur (Gal., I. 19)» Origène, Contre Celse, Livre I.
  6. a et b Jacques Giri, Les nouvelles hypothèses sur les origines du christianisme: enquête sur les recherches récentes, éd. Karthala, 2007, p. 76-77
  7. Ce livre inconnu aujourd'hui, semble contenir un résumé des Antiquités judaïques suivi par l'autobiographie de Flavius Josèphe
  8. Photios, Bibliothèque, Juste de Tibériade, note 33 sur la Chronique des rois des Juifs sur http://remacle.org
  9. Voir à ce sujet Prosper Alfaric dans l'article Thèse mythiste
  10. Serge Bardet, Le judéo-christianisme dans tous ses états, Acte du colloque de Jérusalem; 6-10 juillet 1998, Paris, Cerf, 2001, p. 171.
  11. Voir l'Autobiographie (Vita) de Flavius Josèphe.
  12. a, b et c Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, p. 94.
  13. Étienne Nodet, Appendice sur la version slavone de la Guerre, dans H.S.J. Thackeray, Flavius Josèphe : l'homme et l'historien, Paris 2000, pp. 170-174. Pour une comparaison entre la Guerre des Juifs et la version slavone, voir H. et K. Leening (éd), Josepjus' Jewish War and its Slaonic Version. A. Synoptic Comparison, Leyde, 2003.
  14. Paul Mattéi, Le christianisme antique de Jésus à Constantin, éd. Armand Colin, 2008, p.51
  15. Le mouvement Galiléen, appelé aussi IVe philosophie par Flavius Josèphe avait été fondé par Juda le Galiléen lors de la mobilisation d'une partie de la population juive contre le recensement de Quirinius (+6). Il donnera naissance au mouvement Zélote (zélé pour Dieu) à une date indéterminée.
  16. Par exemple Serge Barbet, Testimonium Flavianum. Examen historique, considérations historiographiques, éd. Cerf, 2002 ; cité par Paul Mattéi, op. cit., 2008
  17. a et b Serge Bardet, Le judéo-christianisme dans tous ses états, Acte du colloque de Jérusalem; 6-10 juillet 1998, Paris, Cerf, 2001, p. 169.
  18. Charles Guignebert, dans Revue de l'histoire des religions 94 (1926), p. 217, cité par Serge Bardet, Le judéo-christianisme dans tous ses états, p. 169.
  19. Etienne Nodet, Jésus et Jean Baptiste selon Josèphe, dans Revue biblique 92 (1985), pp. 321-348 et pp. 497-524 cité par Serge Bardet, Le judéo-christianisme dans tous ses états, p. 169.
  20. Pierre Geoltrain, postface au livre de S. Bardet Le Testimonum flavianum, 2002

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Serge Bardet : Le Testimonium flavianum, Examen historique, considérations historiographiques, avec une postface de Pierre Geoltrain. Cerf 2002. L'auteur analyse les arguments avancés en faveur des différentes hypothèses, puis il aborde de manière nouvelle la question pour conclure en faveur de l'authenticité.