Messie dans le judaïsme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le Messie (Mashia'h hébreu : משיח) est, dans le judaïsme, un homme, issu de la lignée du Roi David, qui amènera à la Fin des temps, une ère de paix et de bonheur, éternelle et dont bénéficiera la nation israélite et le monde, qui s'élèvera avec elle.
Pour les juifs, ce Messie n'est pas encore venu : le fait d'avoir cru en la messianité de Jésus a séparé les Juifs des premiers Chrétiens il y a deux millénaires, et la messianité de Menachem Mendel Schneerson affirmée par certains de ses partisans, les Hassidim de Loubavitch, des Juifs hautement orthodoxes, leur ont valu de vives critiques de la part d'autres, ces critiques allant parfois jusqu'à la suspicion d'hérésie.
Cependant, si les temps messianiques sont une croyance généralement partagée, les avis sur le Messie divergent, et nombreux sont les Juifs, notamment les Juifs réformés, qui estiment pouvoir s'en passer.

Pèlerins devant l’ancienne synagogue de Meron (מֵירוֹן). Photo 1880 L'architrave de la porte principale est brisée et repose en équilibre précaire, menaçant de s'effondrer. Il existe une tradition comme quoi l'effondrement de cette pierre coïncidera avec la venue du Messie. Toutefois, dans les années 1960, le Département des Antiquités a renforcé la porte avec du béton.

Le Mashia'h dans la Bible hébraïque[modifier | modifier le code]

Dans la synagogue Ben Zakai à Jérusalem, un flacon d'huile et un shofar attendent la venue du Messie. Selon la légende, il existe un tunnel secret reliant directement cette synagogue au Mont du Temple.

Mashia'h (משיח) provient de la racine מש"ח (MS'H), signifiant « onction d'un homme dans de l'huile d'olive », selon la coutume ancienne.
La première occurrence d'onction dans le Texte se trouve dans le Livre de l'Exode (chapitre 29) lors de l'intronisation des prêtres Cohanim : « Tu prendras l'huile d'onction, tu en répandras sur sa tête, et tu l'oindras ». Furent également oints les instruments du culte. C'est dans Lév. 4:3 que le terme « mashia'h » est accolé pour la première fois au Cohen, pour désigner le Cohen Gadol.

Cette coutume d'onction des prêtres était très répandue dans le Proche-Orient : de l'huile de sésame était versée sur la tête des mariées, des esclaves affranchis, etc. Les prêtres oints (pašîšû) constituaient une classe importante du clergé babylonien. En revanche, l'onction des Rois semble avoir été propre aux Israélites et s'est poursuivie chez les rois chrétiens.
Elle est évoquée dans Jg 9,8 et apparaît clairement dans le Livre de Samuel comme liée aux rois, lorsque David poursuit Saül (1 Sam. 24:6) : « Que l'Éternel me garde de commettre contre mon seigneur, l'oint de l'Éternel, une action telle que de porter ma main sur lui, car il est l'oint de l'Éternel »
Les rois qui ont été consacrés par onction furent Saül, David, Absalom, Salomon, Hazaël (roi d'Aram, par Élie), Jéhu, Joas et Joachaz.
Les prophètes le furent également : Élisée fut oint par Élie, et Isaïe se présente comme oint par le Seigneur.

Exigences textuelles[modifier | modifier le code]

La plupart des exigences textuelles concernant le Messie et ses réalisations sont tirées du Livre d'Isaïe dans lequel pratiquement toutes les références [sauf (Isaïe 11:12)] renvoient à un messie qui ne concerne pas un peuple spécifique et cela, bien que le messie soit désigné comme étant un descendant de Jéssé, ancêtre de David. Mais on trouve des références traitant des temps futurs — sans préciser que ces changements dépendent de la venue du messie — dans pratiquement tous les livres bibliques, et celles-ci désignent explicitement la maison d'Israël ou les Juifs.

  • « Les juges et les conseillers seront rétablis » (Isaïe 1:26)
  • « Il sera un arbitre entre les nations et le percepteur de peuples nombreux… » (Isaïe 2:4)
  • « … Seul Dieu sera grand en ce jour. » (Isaïe 2:17)
  • « Un rameau sortira de la souche de Jessé. » (Isaïe 11:1)
  • « Sur lui reposera l'esprit du Seigneur : esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de crainte de Dieu » (Isaïe 11:2)
  • « Il jugera les faibles avec justice, il rendra des arrêts équitables en faveur des humbles du pays... du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. » (Isaïe 11:4)
  • « ... Les nations se tourneront vers lui. » (Isaïe 11:10)
  • « Il sera un messager de paix » (Isaïe 52:7)
  • « Car Ma Maison sera appelée une maison de prières pour toutes les nations. » (Isaïe 56:3-7)
  • « En ces jours-là, dix hommes de toute langue, de toute nation, saisiront le pan de l'habit d'un seul individu juif en disant : Nous voulons aller avec vous car nous avons entendu dire que Dieu est avec vous ! » (Zacharie 8:23)
  • « Les cités en ruine d'Israël seront restaurées » (Ezéchiel 16:55)
  • « Les armes de guerre seront détruites » (Ezéchiel 39:9)
  • « Le Temple sera reconstruit. » (Ezéchiel 40)
  • « Je gratifierai les peuples d'un idiome épuré, pour que tous invoquent le nom de l'Éternel et l'adorent d'un cœur unanime. » (Sophonie 3:9)
  • « ... Je ferai pénétrer ma loi en eux (la maison d'Israël), c'est dans leur cœur que Je l'inscrirai... Car, tous ils me connaîtront… » (Jérémie 31:33-34)
  • « Il prendra la terre inculte et la rendra abondante et fertile » (Isaïe 51:3, Amos 9:13-15, Ezéchiel 36:29-30, Isaïe 11:6-9)

Analyse textuelle critique[modifier | modifier le code]

Le concept du Messie semble évoluer au fil de la Bible : selon les tenants de l'hypothèse deutéronomiste, ce concept, peu évoqué dans le Pentateuque, sinon dans la prophétie de Balaam (cf. l'opinion de Maïmonide, plus bas) a été modelé pour correspondre au roi Josias : le qualificatif de Mashia'h revient le plus souvent dans le Tanakh en association avec David, ce qui explique peut-être pourquoi le dirigeant qui devra sortir de ses rangs est appelé Mashia'h, selon les prophéties des prophètes du Second Temple (ex: Daniel 9). La prophétie de Balaam serait donc un « ajout ». Peut-être servent-elles de justification aux réformes cultuelles entreprises par Josias, ou peut-être celui-ci les accomplit-il afin d'établir la messianité de son personnage.
Après la mort de celui-ci, la dimension militaire perd de sa prépondérance : il est en effet marquant que les prophéties guerrières d'Isaïe, déjà présentes chez Michée, cèdent le pas aux prophéties miraculeuses d'Ezéchiel, qui élabore fidèlement sur ses prédécesseurs en tous les autres domaines.
Le concept de Messie ressort particulièrement lorsque l'idéologie deutéronomiste dessert les idéologies nationalistes, comme à l'époque hasmonéenne (circa IIe siècle AEC), où les prophéties de Zacharie, faisant allusion à Ezra et Zorobabel, sont réinterprétées comme annonçant l'arrivée de deux sauveurs.
C'est dans cette optique que certains interprètent la trahison de Judas Iscariote, dont le nom pourrait signifier « Judas le Sicaire » : comme une tentative de pousser Jésus à adopter une attitude martiale vis-à-vis des Romains et ainsi reprendre l'aspect militaire que possède le Messie.

Sar HaSarim[modifier | modifier le code]

En 2008, des chercheurs découvrent l'existence d'une stèle juive qui parle du Messie en termes de Sar hasarim. Le chercheur Israël Knohl affirme, en effet, que le texte hébreu décrypté sur la stèle annonce que l'ange Gabriel ressuscitera trois jours après sa mort le « prince des princes » (« sar hasarim »), une formule s'appliquant au messie dans la tradition juive[1].

Dans le Talmud[modifier | modifier le code]

Les Sages s'interrogent (Traité Horayot 11b) pourquoi tous les rois ne furent pas oints ? Une réponse est que l'onction ne survenait que lorsqu'un doute survenait en début de leur royauté sur leur désignation par l'Eternel. Elle faisait donc office de permission officielle. Cependant, même les rois n'ayant pas reçu l'onction avaient le titre de Melekh HaMashia'h. C'est que le titre de "Mashia'h" indique que leur sacre a reçu l'approbation divine, ce qui explique pourquoi le roi perse Cyrus est aussi appelé mashia'h (Isaïe 45), car il mena la vie dure au roi de Babylone, et le remplaça, avec l'appui et la bénédiction de Dieu (un appui dont Cyrus est bien conscient, car il n'hésite pas à en remercier Ahura Mazda, dieu suprême de l'hénothéisme mazdéen).

Le Mashia'h est en pratique un homme, né d'une femme (exégèse de ad ki yavo Silo), sans aucun caractère divin ou surhumain. ("Le Talmud ne fait mention nulle part d'une croyance en un rédempteur surhumain en tant que Messie"[2])
Selon une tradition répandue, un Messie potentiel se lève à chaque génération, mais il ne peut s'accomplir que si la providence suprême estime que la génération en est digne.

Selon les Sages, il y a deux Messies, le premier étant le Mashia'h ben Yossef, qui réalise les étapes pratiques, comme le rassemblement du peuple, et le Mashia'h ben David, qui est le Messie spirituel. Le Mashia'h ben Yossef, de la tribu d'Éphraïm, descend de Rachel, tandis que le Mashia'h ben David, de la tribu de Juda, descend de Léa.

Le Talmud discute du Messie en d'autres endroits :

  • Sanhédrin 94a:

    Le Saint, béni soit-Il, voulut faire d'Ézéchias le Mashia'h et de Sennacherib Gog et Magog.
    La mesure de justice vint Lui dire : Maître du monde, qu'en est-il du Roi David, qui a dit tant de chants et éloges devant Toi ? Tu n'as pas fait de lui le Mashia'h, [alors qu']Ézéchias, pour lequel Tu as réalisé tous ces miracles, et qui n'a pas chanté un chant devant Toi, tu ferais de lui le Mashia'h ?

  • Sanh. 98a :

    Rabbi Yehoshoua ben Levi, se promenant, rencontra adossé à l'entrée d'une caverne, le prophète Élie, à l'endroit où était enterré Rabbi Shimon Bar Yochaï.
    Il lui demanda : Ai-je une part dans le monde à venir?
    Il (Élie) répondit : si le Maître le veut.
    […]Il lui demanda ensuite : Quand viendra le Messie?
    Il répondit - Va et demande-lui.
    Où le trouverai-je?, s'enquit le Rabbi.
    A la porte de Rome
    Et comment je vais le reconnaître?
    Il est assis avec les pauvres affectés de toutes sortes de maladies. Tous défont et refont leurs pansements en une seule fois, mais lui, il fait et refait ses pansements, les uns après les autres, en disant ceci:'Lorsque je devrai amener la Délivrance, il ne faut pas que je sois retardé à refaire tous mes pansements!'
    Il (Rabbi Yehoshoua ben Levi) alla donc, et le salua :
    Paix sur toi, mon maître et professeur
    Paix sur toi, fils de Levi (Ben Levi)
    Quand viendras-tu, Maître?
    Aujourd'hui
    À son retour auprès d'Élie, Élie s'enquit :
    que t'a-t-il dit ?
    Paix sur toi, fils de Levi
    Par cela, il t'a assuré, ainsi qu'à ton père, une portion du monde à venir.
    Il ne m'a pas parlé vrai, il a dit qu'il viendrait aujourd'hui, mais il ne l'a pas fait!
    Il (Élie) lui répondit :
    C'est ce qu'il t'a dit : aujourd'hui, si vous entendez Sa voix (Psaumes 95:7)

  • Soukka 52b:

    Il est écrit (Michée 5:4): "C`est ainsi qu'il y aura la paix. Lorsque l`Assyrien viendra dans notre pays, et qu`il pénètrera dans nos palais, nous ferons lever contre lui sept pasteurs et huit oints".
    Qui sont les sept pasteurs ? David au centre; Adam, Seth, Mathusalem à sa droite; Abraham, Jacob, et Moïse à sa gauche.
    Et qui sont les huit oints ? Jessé, Saül, Samuel, Amos, Sophonie, Sédécias, le Mashia'h et Élie.

Opinions rabbiniques[modifier | modifier le code]

Maïmonide[modifier | modifier le code]

Rabbin et philosophe du XIIIe siècle, Moïse Maïmonide n'a que 13 ans lorsque sa famille est contrainte de fuir sa ville natale de Cordoue, tombée aux mains des Almohades. La conquête de l'islam bat son plein, et de nombreux Juifs se convertissent parfois sous la contrainte, mais aussi impressionnés par les succès de l'islam dans lequel certains voient le doigt de Dieu. Au Yémen, un prétendant à la messianité prêche aux Juifs d'adopter un syncrétisme judéo-musulman.
C'est dans ce contexte qu'il faut lire l'opinion de Maïmonide, dont la conception du Mashia'h dans la pensée juive est si fortement tributaire. Le passage suivant est tiré de son Mishné Torah (Hilkhot Melakhim Oumil'hamoteihem, chapitre 11):

"Le Roi oint (Melekh HaMashia'h) est destiné à se lever et restaurer le royaume Davidique dans son antique et première souveraineté. Il construira le Temple de Jérusalem et rassemblera les égarés d'Israël. Toutes les lois reprendront vigueur en ses jours comme avant: les offrandes sacrificielles seront offertes et les années sabattiques ainsi que les Jubilés seront tenus, en accord avec tous les préceptes mentionnés dans la Torah. Quiconque ne croit pas en lui, ou n'attend pas sa venue, ne défie pas seulement les autres prophètes, mais aussi la Torah et Moïse notre Maître. Car la Torah témoigne à propos de lui en ces termes: "alors l'Éternel, ton Dieu, ramènera tes exilés et aura compassion de toi, il te rassemblera encore… Quand tu serais exilé à l'autre extrémité du ciel… et c'est là qu'Il t'ira chercher." etc. (Deutéronome 30:3-5)."
"Ces mots sont explicitement mentionnés dans la Torah, circonscrivent et incluent tous les mots parlés par tous les prophètes. Dans la section de la Torah référant à Bala'am, aussi, il est écrit : "et voilà qu'il prophétisa à propos des deux oints": le premier oint, c'est David, qui a sauvé Israël de tous ses oppresseurs; et le dernier oint se lèvera parmi sa descendance et sauvera Israël à la fin. Voici ses propos (Nombres 24:17-18): "Je le vois, mais non maintenant" - c'est David; "Je le contemple, mais non de près" - c'est le Melekh HaMashia'h. "Un astre sort de Jacob" - c'est David, "Un sceptre s'élève d'Israël" - c'est le Melekh HaMashia'h. "Il perce les flancs de Moab" - c'est David, ainsi qu'on l'apprend de "Il battit les Moabites, et il les mesura avec un cordeau…" (II Samuel 8:2), "Et il abat tous les enfants de Seth" - c'est le Melekh HaMashia'h, à propos duquel il est dit : "Et il dominera d'une mer à l'autre" (Zacharie 9:10). "Il se rend maître d'Édom" - c'est David, ainsi: "Et Édom fut assujetti à David, etc." (II Samuel 8:6); "Il se rend maître de Séir, ses ennemis" - c'est le Melekh HaMashia'h, ainsi: "Des libérateurs monteront sur la montagne de Sion, Pour juger la montagne d'Ésaü; Et à l'Éternel appartiendra le règne" (Abdias 1:21)."
"Et [dans la section] des Villes de Refuge, il est dit : "Lorsque l'Éternel, ton Dieu, aura élargi tes frontières… tu ajouteras encore trois villes à ces trois-là", etc. (Deutéronome 19:8-9). Cela ne s'est jamais produit, or le Saint, béni soit-Il ne commande pas en vain. Mais, comme pour les paroles des prophètes, cela ne nécessite pas de preuve, comme tous leurs livres sont emplis de ce sujet."
"N'imagine pas que le Melekh HaMashia'h doit produire des miracles et des signes et produire de nouvelles choses dans le monde ou ressusciter les morts et ainsi de suite. Cela n'est pas ainsi : car Rabbi Akiva fut un grand savant au sein des sages de la Mishna, il fut l'assistant-guerrier du roi Bar-Kokhba, et clama qu'il était le Melekh HaMashia'h. Lui et tous les Sages de sa génération le créditèrent de l'être, jusqu'à ce qu'il fut tué par [ses] péchés; ce n'est qu'à sa mort qu'ils surent qu'il ne l'était pas. Les Sages ne lui avaient demandé ni miracle ni signe…"
"Et si un roi se lève, venant de la Maison de David, étudiant la Torah et s'impliquant dans les commandements comme son père David, d'après les Torah écrite et orale, s'il oblige tout Israël à les suivre et à renforcer ses points faibles, et mène les guerres de Hashem, celui-là devra être traité comme s'il était l'oint. S'il réussit {et remportait sur toutes les nations qui l'entourent. Vieilles versions et mss.} et construit un Saint Temple en l'endroit assigné et rassemblait les égarés d'Israël, ce sera en vérité le Mashia'h, et il amendera le monde entier, qui vénérera le Seigneur ensemble, ainsi qu'il est dit : "Alors Je donnerai aux peuples des lèvres pures, afin qu`ils invoquent tous le Nom de l`Éternel, pour le servir d`un commun accord. (Sophonie 3:9)."
"Cependant, s'il ne réussissait pas jusqu'à maintenant, ou était tué avant de le faire, il serait clair qu'il n'est pas celui que la Torah nous a promis, et qu'il est en vérité comme tous les rois propres et entiers de la Maison de David qui sont morts. Le Saint, béni soit-Il ne l'aura fait venir que pour éprouver le peuple, ainsi: "Quelques-uns des hommes sages succomberont, afin qu'ils soient épurés, purifiés et blanchis, jusqu'au temps de la fin, car elle n`arrivera qu'au temps marqué." (Daniel 11:35)."

Maïmonide écrit ensuite la raison pour laquelle les Juifs pensent que Jésus eut tort de "créer" le christianisme et que Mahomet eut tort de fonder l'islam : non seulement ils n'ont pas sauvé Israël, rassemblé leurs exilés et renforcé leurs mitzvot, mais ils ont causé sa perte par l'épée, la dispersion de ses rescapés et leur humiliation, ils ont changé ou nié la Torah et, pour le christianisme, conduit une grande partie du monde à rendre erronément un culte à un dieu autre que le Seigneur. Toutefois, écrit Maïmonide, ces deux fois aident à rapprocher le monde de Dieu, et participent donc à sa rédemption.

Nahmanide[modifier | modifier le code]

Voir La disputation de Barcelone

En juillet 1263, Nahmanide, rabbin de Gérone devenu chef spirituel de la communauté juive de Catalogne, est convoqué par son protecteur le roi Jaime Premier à une disputation publique avec un Juif apostat devenu moine dominicain, connu sous le nom de Fra Pablo Christiani, qui entend prouver la vérité du christianisme à partir des passages de textes pharisiens (aggadot tirées du Talmud et du Midrash) traitant du Mashia'h. Cet épisode marque un tournant dans la pensée juive : discuter de ce qu'est le Messie cède le pas à discuter de ce qu'il n'est pas.

Nahmanide démontre l'inanité des prétentions de Christiani en remettant les passages cités dans leur contexte. Il fait remarquer au passage que la plupart ne sont que des "sermons" n'ayant pas aux yeux du judaïsme la force du Talmud ou de la Torah. Il cite ensuite de nombreux passages bibliques et talmudiques prouvant que le Mashia'h attendu par les prophètes est un être humain, de chair et de sang, et non une divinité dans l'entendement chrétien de Jésus; qu'il doit amener un règne de paix et de justice universelles, et non une ère de violence, de guerres, surtout au nom de la religion (chrétienne).

Par ailleurs, Nahmanide affirme que la question du Messie n'est pas si importante pour les Juifs que les Chrétiens ne l'imaginent : il est plus méritoire pour un Juif d'observer les préceptes exilé, souffrant, humilié sous la botte des Chrétiens, que sous le règne du Mashia'h où c'est l'état naturel des choses.

Joseph Albo[modifier | modifier le code]

Voir Sefer HaIkkarim

À la fin du XIVe siècle, une vague de persécutions s'abat sur les Juifs d'Espagne, entraînant un nombre de conversions souvent forcées, et irréversibles, créant la classe des Cristianos Nuevos ou marranes.
Le grand rabbin de Burgos, Salomon HaLévi choisit de se convertir avec toute sa famille. Il est vivement critiqué par l'un de ses anciens élèves, Joshua HaLorki. 20 ans plus tard, le même Joshua HaLorki, entretemps devenu médecin du pape après sa conversion sous le nom de Geronimo de Santa Fe, provoque les Juifs lors d'une disputation menée de façon tendancieuse, et aboutissant après deux ans à d'autres conversions plus ou moins volontaires.

L'un des participants à cette fameuse disputation de Tortosa, le Rav Joseph Albo, note que le 12e principe de foi de Maïmonide, l'attente du Messie, a particulièrement mis les Juifs à mal, d'autant que Geronimo de Santa Fe n'a pas hésité l'erreur de l'un des plus grands érudits du judaïsme, Hasdaï Crescas, maître du Rav Albo, qui s'est laissé abuser par le pseudo-Messie de Cisneros.
Joseph Albo décide donc de reformuler les principes de foi (Ikkarim) de façon à ne garder que les trois principes suivants :

  1. Croyance en l'existence de Dieu;
  2. Croyance dans la révélation;
  3. Croyance dans la justice divine.

La seule religion véritablement révélée est celle qui, à partir de ces principes, peut faire ressortir les autres sans se contredire.
Le Messie n'est aucun de ses dérivés : en d'autres termes, on peut être Juif et ne pas croire au Messie sans être apostat.
Cet ouvrage, dont le but était avant tout de déplacer la polémique vers un terrain plus "neutre" fut excessivement mal accueilli au sein du judaïsme.

Isaac Abravanel[modifier | modifier le code]

Isaac Abravanel, homme de cour, commentateur et contradicteur de Maïmonide vit au premier plan l'un des plus grands traumatismes de l'histoire des Juifs jusqu'à la Shoah : l'expulsion des Juifs d'Espagne le 2 août 1492, du sol où la plupart étaient établis depuis l’Exil.
À son échec personnel de n'avoir pu faire annuler le décret de l'Alhambra et sa souffrance, s’ajoute la perception de la souffrance de ses frères, mourant dans la misère et le désarroi, se détachant de toute spiritualité et sainteté. C'est afin de renforcer leur foi qu'il rédige sa Trilogie messianique (Migdol Yeshou’ot)

Ces malheurs fondant subitement sur le peuple Juif ne sont-elles pas les douleurs d’enfantement du Messie ?
Abravanel réfute les interprétations chrétiennes de la réalisation des prophéties messianiques, particulièrement celles du livre de Daniel, en la personne de Jésus, mais aussi les interprétations de ceux des commentateurs Juifs qui situent la réalisation des prophéties à l’époque du Second Temple. Selon Abravanel, celui-ci n'était qu’un ersatz du premier, et s’inscrivait dans les suites de l’exil qui débuta lorsque le Premier Temple tomba.
Il fait non seulement remarquer que le royaume des chrétiens n’est pas indestructible, puisque les musulmans les ont fait reculer à plusieurs reprises, mais que la quatrième bête de Daniel pourrait bien être Rome, et sa "petite corne" (Daniel 7 :8) la papauté, qui a des "yeux d’homme" et dit "des choses monstrueuses", telles les doctrines de la Trinité ou de l’Incarnation.
Abravanel défend également les sources rabbiniques du messianisme, parmi lesquelles la Aggada, mise à mal par Nahmanide. Il commente principalement le chapitre 28 des Pirke de Rabbi Éliezer (qui traitent des quatre empires du songe de Daniel) et les passages du traité Sanhédrin afférant au Messie. Finalement, il fait de même avec les passages bibliques.

Les idées d'Abravanel connaîtront une grande pérennité en son temps et dans les siècles à venir.

Le Gaon de Vilna[modifier | modifier le code]

Les impressions du Gaon de Vilna sur le Messie, et le Messie fils de Joseph en particulier, ont été consignées par l'un de ses élèves, le Rav Hillel de Siklov dans son livre "Qol HaTor".

Loin de tout mysticisme, le Gr"a (HaGaon Rabbenou Eliyahou) spécule sur un Mashia'h ben Yossef responsable d'hommes, qui fait avancer les choses afin de resscuciter, défendre, protéger et faire vivre la nation (juive), sans aucune publicité ni reconnaissance, s'occupant au contraire des plus démunis. Selon le Gr"a, le Mashia'h ben Yossef n'est pas forcément un homme : la Reine Esther joua ce rôle au sein de sa génération.

Le Maharal[modifier | modifier le code]

Dans son Netza'h Israël, entièrement consacré au sujet de la Délivrance, le Rav Yehouda Löw estime que le Roi David fut le prototype du Messie fils de David, se basant sur les derniers versets du Livre de Samuel (2 Sam 23:1) : "Voici les dernières paroles de David. Parole de David, fils d'Isaï, Parole de l'homme haut placé, De l'oint du Dieu de Jacob, Du chantre agréable d'Israël."
Le futur Messie devra être un roi sur lequel compte Israël, menant leur guerre dans une dimension spirituelle.

Opinions actuelles[modifier | modifier le code]

Judaïsme orthodoxe[modifier | modifier le code]

Le judaïsme orthodoxe se fonde sur les 13 principes de Maïmonide, ceux-ci se fondant sur les Prophètes. Ils croient donc en la venue du Messie, même si celui-ci devait tarder.

La figure que prendra le Mashia'h ben David est cependant loin de faire l'objet d'un consensus. Il pourrait être :

  • un enfant qui grandira pour faire régner la paix (d'après ,Isaïe. C'est de l'interprétation de cette prophétie que provient la notion de Hevlei Hamashia'h.
  • un juge descendant de David (d'après ,Isaïe qui décrit aussi ses qualités. Cette version est l'une des plus populaires. Selon le traité Sanhédrin (93b), c'est en s'appuyant sur cette description que les prétentions de Siméon bar Kokhba à la messianité furent prises en défaut)
  • un grand guerrier (selon Eikha Rabba, un midrash sur les Lamentations, c'est en voyant la force de Bar-Kokhba, qui aurait arrêté les pierres des catapultes romaines avec son genou et les aurait retournées à l'envoyeur, que Rabbi Akiva l'aurait proclamé Mashia'h)
  • dépendante du peuple d'Israël (Selon Rabbi Yehoshoua ben Levi, si Israël est méritant, le Messie descendra des nuées, comme le dit Daniel (7:13), sinon, il arrivera humble et montant un âne comme le dit Zacharie (9:7)- Sanhédrin 98a)
  • un mendiant (selon la aggada de Rabbi Yehoshoua ben Levi, cf. supra)
  • horrible et beau (selon le Sefer Zeroubavel, un ouvrage pseudépigraphique du VIIe siècle, publié à Jellinek et faisant l'apologie d'un prétendant juif à la messianité nommé Menahem ben Amiel.)
  • le directeur de l'Académie céleste, où étudient les justes (Zohar Bereshit 1,4b)
  • un roi-philosophe (Moïse Maïmonide, Mishné Torah, cf. supra, et Commentaire de la Mishna, voir eschatologie juive.)

Cette liste n'est pas exhaustive.

Judaïsme Massorti[modifier | modifier le code]

Selon Emet VeEmounah (le "manifeste" des positions "traditionalistes"):

"Comme personne ne peut énoncer de certitude sur ce qui se passera lors de l'ère messianique, chacun est libre d'élaborer sa propre spéculation. Certains d'entre nous les acceptent comme littéralement vraies, d'autres comme de jolies métaphores…
Pour le monde, nous rêvons d'un temps où la guerre sera abolie, où la justice et la compassion seront les axiomes universels, ainsi qu'il est dit dans Isaïe 11: "...la terre sera emplie de la connaissance du Seigneur comme les eaux emplissent la mer."
Pour notre peuple, nous rêvons du rassemblement de tous les Juifs à Sion, où nous pourrons de nouveau mener nos destinées et exprimer notre génie distinctif en tout domaine de notre vie nationale. Nous affirmons la prophétie d'Isaïe(2:3) que "...la Torah sortira de Sion, et la parole de l'Éternel de Jérusalem".
"Nous ne savons pas quand le Messie viendra, ni s'il sera une figure humaine charismatique ou le symbole de la rédemption de l'humanité des maux du monde. Par la doctrine d'une figure messianique, le judaïsme nous enseigne que chaque être humain doit vivre comme s'il ou elle a individuellement la responsabilité d'amener les temps messianiques. Au-delà de cela, nous faisons écho aux paroles de Maïmonide, basées sur celles du prophète Habaccuc (2:3), que quand bien même il pourrait tarder, nous l'attendrons chaque jour."

Judaïsme progressiste (reconstructionniste et réformé)[modifier | modifier le code]

Ces mouvements ont, pour différentes raisons, rejeté le concept de « Messie », bien que certains croient aux temps messianiques, non pas au sens eschatologique que comprennent les orthodoxes, mais d'utopie, à laquelle tous les Juifs sont obligés de concourir, substituant à l'attitude jugée « attentiste » des orthodoxes, une attitude active et réaliste.

En 1976, la Central Conference of American Rabbis (l'organisme officiel des rabbins américains réformés) écrivait à propos de l'ère messianique :

« Les précédentes générations de Juifs réformés avaient une confiance inaltérable dans le potentiel humain pour le bien. Nous sommes passés par de terribles tragédies, et avons été obligés de nous réapproprier le réalisme de notre tradition sur la capacité humaine à œuvrer au mal. Néanmoins, notre peuple a toujours refusé de désespérer. Les survivants de l'Holocauste, ayant reçu la vie, l'ont saisie, l'ont nourrie et, se relevant au-dessus de la catastrophe, ont montré à l'humanité que l'esprit humain était indomptable. »

« L'État d'Israël, établi et maintenu par la volonté juive de vivre, démontre ce qu'un peuple uni peut accomplir dans l'histoire. L'existence du Juif est un argument contre le désespoir ; la survie juive est garante de l'espoir humain. Nous demeurons les témoins de Dieu que l'histoire n'est pas vaine de sens. Nous affirmons qu'avec l'aide de Dieu, les gens ne sont pas impuissants à influencer leur destinée. Nous nous consacrons, comme les générations de Juifs qui nous ont précédés, à œuvrer et attendre ce jour où « Ils ne blesseront ni ne détruiront dans toute Ma sainte montagne, car la terre sera emplie de la connaissance du Seigneur comme les eaux emplissent la mer. » »

Judaïsme messianique[modifier | modifier le code]

Il s'agit de mouvements yahwistes fondés sur la personnalité d'un messie, ou d'un prétendant juif à la messianité, selon les points de vue, comme Sabbataï Tsevi, Jacob Franck, ou Jésus. Ils attendent non pas la venue du Messie mais son retour, et diffèrent donc fondamentalement des autres courants du judaïsme, tant rabbanite que karaïte, qui, du reste, ne reconnaissent pas leur légitimité, quand bien même beaucoup de leurs membres sont Juifs d'un point de vue halakhique.

En effet, si les mouvements reconnaissant la messianité de Jésus, parmi lesquels on compte les ébionites, les Juifs pour Jésus, etc., ne se considèrent pas chrétiens mais juifs, et si Jésus n'est pas tout le temps présenté comme Messie mais comme prophète, ils sont néanmoins liés à des mouvements d'évangélisation chrétienne[réf. nécessaire] et sont activement missionnaires.
Quant aux mouvements fondés par Sabbataï Zvi et Jacob Franck, ils ont quitté le giron de judaïsme pour l'islam ou le christianisme.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Une stèle mystérieuse fait le lien entre judaïsme et christianisme
  2. in Cohen, 1949. Chap. XI, The Hereafter, § I. The Messiah, p. 347

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cohen Abraham, Neusner Jacob, "Everyman's Talmud: The Major Teachings of the Rabbinic Sages (première éd.1949) ed.Schocken Books, New York 1995 ISBN 0-8052-1032-6
  • Philosophies of Judaism by Julius Guttmann, trans. by David Silverman, JPS. 1964
  • Mishneh Torah, Maimonides, Chapter on Hilkhot Melakhim Umilchamoteihem (Laws of Kings and Wars)
  • Mashiach Rabbi Jacob Immanuel Schochet, published by S.I.E., Brooklyn, NY, 1992
  • Moses Maimonides's Treatise on Resurrection, Trans. Fred Rosner
  • Emet Ve-Emunah: Statement of Principles of Conservative Judaism, Ed. Robert Gordis, Jewish Theological Seminary of America, 1988
  • Reform Judaism: A Centenary Perspective, Central Conference of American Rabbis

Liens externes[modifier | modifier le code]