BBB 20003

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BBB 20003 (SNCF)
Description de cette image, également commentée ci-après
La BBB 20003.
Identification
Exploitant(s) SNCF
Désignation BBB 6053 puis
BBB 20003
Type locomotive électrique
Construction 1955
Transformation transformée en BBB 6003 (1964-1965)
Constructeur(s) MTE
Affectation Sud-Est
Caractéristiques techniques
Disposition des essieux Bo'Bo'Bo'
Écartement standard
Alimentation bicourant 1,5 kV
& 25 kV 50 Hz
Pantographes 2, type GM[1]
Moteurs de traction 6 moteurs JW474H 750 V[2]
Puissance continue en 1,5 kV : 1750 kW
en 25 kV : 1800 kW
Masse en service 114 t
Largeur 3,040 m
Hauteur 3,669 m
Masse totale 114 t
Longueur totale 18,700 m
Empattement 5,500 m
Empattement total 14,000 m
Bogies 3
Empattement du bogie 3,000 m
Diamètre des roues Ø1100 mm
Vitesse maximale 90 km/h

La BBB 6053 est une ancienne locomotive électrique bicourant prototype de la SNCF.

Dès sa livraison en 1955, elle est renumérotée BBB 20003. Mise en service sur les lignes de Savoie, elle fait preuve d'une fiabilité aléatoire et de performances insuffisantes. Technologiquement dépassée, elle ne circule que trois ans. Arrêtée pendant plusieurs années, elle est transformée en 1964 en BBB 6003 à courant continu mais ses performances et sa fiabilité n'en sont pas améliorées et sa brève carrière prend fin en 1968.

Genèse[modifier | modifier le code]

L'objectif des concepteurs est de développer une locomotive électrique bicourant offrant presque les mêmes performances sous courant continu 1,5 kV et sous courant alternatif 20 kV 50 Hz. C'est dans cette optique qu'est commandé en 1948 le prototype BB 6053[3]. Décision est prise d'équiper l'engin d'un groupe convertisseur tournant, seule solution technique alors envisageable[4]. Le choix du type BBB (trois bogies à deux essieux) s'explique par deux raisons majeures : cette formule paraît moins agressive pour la voie sur des lignes sinueuses et elle permet de construire une locomotive moins lourde et donc moins chère — à l'époque, le prix des locomotives est proportionnel à leur poids[5]. La partie mécanique est réalisée par la Société des Forges et Ateliers du Creusot et la partie mécanique par la société Jeumont-Schneider, réunies au sein du groupement MTE[6].

L'engin est finalement livré à la SNCF le au dépôt de Chambéry puis muté à la fin du mois à celui d'Annemasse[7] sous le numéro BBB 20003 (en 1952, la numérotation des locomotives monophasées a été revue)[6]. Depuis 1953, la tension électrique sur la ligne d'Aix-les-Bains-Le Revard à Annemasse et sur l'« étoile de Savoie », sur laquelle il est destiné à circuler sous courant alternatif, est passée de 20 à 25 kV le [8].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Caisse[modifier | modifier le code]

Plan de la BBB 6053, future BBB 20003

Sa caisse, qui évoque celle de la BBB 6002 dont elle est issue, se distingue par une forme rectangulaire avec des faces plates. Sur les faces latérales, le bandeau en haut de caisse est biseauté. Durant sa carrière, les huit petites persiennes alignées sur les flancs latéraux sont restées inchangées. En revanche, les persiennes supérieures ont changé de forme : à l'origine, la machine possède six grilles rectangulaires encadrées de deux hublots sur un flanc et six hublots vitrés sur l'autre flanc[9]. Par la suite, la disposition des ouvertures est modifiée à plusieurs reprises, avec le percement ou l'obturation de certains hublots, le remplacement du vitrage de certains autres par une grille métallique pour améliorer la ventilation ; c'est dans ce même but qu'un panneau grillagé est aménagé sur l'une des faces de la locomotive.

La BBB 20003 sort des usines du Creusot dans la livrée des prototypes de Savoie, « bleu monophasé » pour la caisse et gris pour le châssis. Les traverses et l'entourage des baies frontales sont rouges.

Équipement électrique[modifier | modifier le code]

La machine dispose un groupe convertisseur composé d'un transformateur et d'un moteur asynchrone de 3 800 ch entraînant trois génératrices à courant continu[10] — l'ensemble mesure 7 m de long et pèse 20 t[7] —, lesquelles alimentent en courant continu chacun deux moteurs de traction[6]. La locomotive est apte au chauffage électrique des rames de voyageurs[6].

Le système de ventilation complexe et bruyant, doit assurer le refroidissement du groupe convertisseur, du transformateur et des moteurs de traction[4].

Bogies[modifier | modifier le code]

Les bogies à deux essieux comportent chacun deux moteurs. L'empattement des bogies est de 3,000 m et les entraxes des bogies sont distants de 5,500 m. Le diamètre des roues neuves est de 1 100 mm[11].

Service[modifier | modifier le code]

Les conducteurs redoutent de devoir piloter la BBB 20003 pour laquelle ils sont contraints de demander de fréquents secours en ligne[9]. Son fonctionnement aléatoire[6] et des problèmes de nuisances sonores provoquent le placement de la locomotive en réparation différée[Note 1] dès 1958[6], d'autant que la petite série des CC 25000, plus performante et plus fiable, est livrée dès 1955 et circule sur les mêmes lignes[12]. De plus, la technologie des groupes convertisseurs est dépassée bien avant la sortie de la machine : les redresseurs par ignitrons plus fiables, compacts et légers sont testés dès 1948 et mis en service en 1954 dans le nord et l'est de la France sur les BB 12000[4].

Après plusieurs années d'inutilisation, la BBB 20003 entre le 2 décembre 1963 à l'atelier de Tarbes pour être transformée en une locomotive à courant 1,5 kV continu, notamment par dépose de tous les équipements monophasés, ajout d'un lanterneau de ventilation en toiture et remplacement des pantographes. Les moteurs de traction restent en place. À sa sortie, le [7], elle est renumérotée BBB 6003 ; elle est affectée à Limoges où elle assure, lorsqu'elle est en état de circuler, des trains de messageries[9]. Toutefois, la conduite en banalité de ce prototype fragile par des agents qui n'ont pas spécialement été formés pour cela est la cause de nombreuses pannes et avaries et la décision est prise de réformer la locomotive et de la radier des inventaires de la SNCF le [13] ; dernier engin de type BBB à circuler sur les voies de la SNCF, elle est ferraillée entre le 21 avril et le au chantier d'Ussel[7].

Modélisme[modifier | modifier le code]

La BBB 20003 a été reproduite à l'échelle HO par l'artisan ApocopA sous forme de transkit (caisse en résine à monter sur un châssis de son choix).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La mise en réparation différée consiste à retirer du service un engin pour y effectuer une réparation qui doit être réalisée « plus tard », avant de le remettre en service actif à une échéance non précisée.

Références[modifier | modifier le code]

  1. BBB 20003, Fiche documentaire Loco-Revue, n°398, juillet 1972.
  2. « BB 25100/25150 Des brumes du nord aux vallées savoyardes », Voies ferrées, no 72,‎ , p. 28.
  3. Keseljevic et Babilotte 2015, p. 17.
  4. a, b et c Keseljevic et Babilotte 2015, p. 18.
  5. Keseljevic et Babilotte 2015, p. 21.
  6. a, b, c, d, e et f Dupuy 2005.
  7. a, b, c et d Constant 2011, p. 21.
  8. « Tableau chronologique de l'électrification du réseau SNCF », Revue de l'AFAC, no 393,‎ , p. 261-.
  9. a, b et c Bernard Collardey, « Adieu aux premières monophasées », La Vie du rail, no 1733,‎ , p. 7.
  10. « Les prototypes monophasés de l'étoile de Savoie - La BBB 20003 ex BBB 6053 de la SNCF », sur le site de l'Association pour la Préservation du Matériel Ferroviaire Savoyard (consulté le 31 mars 2018).
  11. Constant 2001, p. 20.
  12. Keseljevic et Babilotte 2015, p. 19-20.
  13. Keseljevic et Babilotte 2015, p. 20.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Constant, « La BBB 20003 - Dernière BBB française », Le Train « Encyclopédie du matériel moteur SNCF, Tome 8 : Les locomotives bicourant, bifréquence et polytension (1re partie) »,‎ , p. 20-21 (ISSN 1296-5537).
  • Jean-Marc Dupuy, « Le choix de la ligne de Savoie », Le Train, no 41 « Les électrifications SNCF, Tome 1 : Le monophasé des origines à 1962 - Savoie - Nord-Est - Jura »,‎ , p. 23 (ISSN 1296-5537).
  • Christophe Keseljevic et Vincent Babilotte, « BBB 20003/6003, Un proto aux deux vies fugaces », Ferrovissime, Auray, LR Presse, no 75,‎ , p. 14 à 21.

Liens internes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

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