Constantin Brâncuși

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Constantin Brâncuși

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Constantin Brâncuși photographié par Edward Steichen dans son atelier de Voulangis, en 1922.

Naissance 19 février 1876
Hobița, Județ de Gorj, Roumanie
Décès 16 mars 1957 (à 81 ans)
Paris, France
Activités Sculpture
Formation École nationale supérieure des beaux-arts
Mouvement artistique Art moderne
Récompenses Académie roumaine

Œuvres réputées

Constantin Brâncuși (prononcé [konstanˈtin brɨnˈkuʃʲ ]), souvent désigné en français par son seul nom de famille écrit sans signes diacritiques Brancusi, né le 19 février 1876 à Hobița dans le județ de Gorj, en Roumanie, et mort le 16 mars 1957 à Paris, fut l'un des sculpteurs les plus influents du début du XXe siècle. Il est considéré comme ayant poussé l'abstraction sculpturale jusqu'à un stade jamais atteint dans la tradition moderniste et ayant ouvert la voie à la sculpture surréaliste ainsi qu'au courant minimaliste des années 1960[1].

Brâncuși photographe[modifier | modifier le code]

L'atelier de Brâncuși sera lui-même une œuvre d'art à part entière. L'artiste expose dans son atelier. Chaque œuvre occupe une place bien définie. Déplacer une seule de ces œuvres serait pour lui rompre l'harmonie qui règne dans ce lieu. C'est pourquoi les photographies prises par l'artiste dans son atelier sont un apport inestimable pour la compréhension de son œuvre.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Portrait de Brâncuși, par Amedeo Modigliani.

Plusieurs musées rassemblent des collections importantes :

Outre l'atelier de Brâncuși reconstitué à l'identique au Centre Pompidou, Paris, on peut admirer à Târgu Jiu, Roumanie, un parc avec trois de ses plus importantes créations (la Colonne sans fin, La Porte du Baiser, La Table du silence) ou le Musée d'Art de Craiova.

Au cimetière du Montparnasse à Paris, où Brâncuși est enterré (18e division), on peut voir dans une autre partie du cimetière (22e division, au nord du petit cimetière) Le Baiser, une de ses sculptures qui est une des œuvres les plus célèbres de cette nécropole, sur la tombe de Tania Rachevskaïa [2]. Une des œuvres principales de Brâncusi est « Oiseau dans l'espace ». Elle est constituée de plusieurs pièces. La volonté du sculpteur était de récréer l'envol d'un oiseau. Cette série à débuté avec la Maïastra qui fut l'idée première de la série « Oiseau dans l'espace ». Il associe le vol et son contraire en souhaitant représenter « l'essence du vol ». « Je n'ai cherché pendant toute ma vie que l'essence du vol » C.Brancusi Cette série prendra 32 ans de sa vie (de 1919 à 1941). Après 27 pièces de marbre et de bronze, le sculpteur termine sa série en 1941. « J'ai voulu que la Maïastra relève la tête sans exprimer par ce mouvement la fierté, l'orgueil ou le défi. Ce fut le problème le plus difficile et n'est qu'après un long effort que je parvins à rendre ce mouvement intégré à l'essor du vol » C.Brancusi [3].

Très tôt, les sculptures de Brâncusi ont suscité de nombreuses critiques. Dès sa première exposition à New York en 1913, l'artiste est confronté à de multiples appréciations incongrues telles que « Un œuf dur sur un morceau de sucre » ou bien « un descente d'égout accouplée à une cotte de mailles ». La raison de ses critiques n'était autre que la démarcation et l'abstraction des œuvres de l'artiste et ne correspondaient pas à la notion de l'esthétique, telle qu'elle était admise en 1926[4]. En effet, l'épure très poussée ainsi que les variations avec lesquelles il travaille dérangent quelque peu les conceptions traditionnelles de la sculpture. Il change ses œuvres de socle, position, lieu et les photographie, de sorte qu'il travaille aussi en mettant en relation ses sculptures avec le domaine de l'image pour faire jaillir d'elles quelque chose de nouveau à chaque entreprise (lumière et espace deviennent ainsi des enjeux importants). Si certains se rient du Roumain, lui n'en tient pas compte et œuvre avec foi sur ces projets éminemment modernes dont l'accomplissement, de par leur lisseur polie et leur allure abstraite, semblent tenir de l'absolu.

Brâncusi contre les États-Unis[modifier | modifier le code]

En 1927, suite à la réception d'un objet, dont les autorités douanières des États-Unis (l'United States Customs Service) ne savaient dire s'il s'agissait d'une œuvre d'art ou bien d'une pièce de métal, le célèbre procès « Brâncusi contre États-Unis » s'ouvre afin de donner une nouvelle définition de l'art.

La-dite pièce fait 1 mètre 35 de long, est de forme mince et fuselée et est polie comme un miroir sur toute sa surface. Si pour certains[5] elle ne semble être rien de plus qu'un objet manufacturé -dont on ignore cependant l'utilité-, pour d'autres il s'agit d'une œuvre d'art dont la beauté est égale à celles exposées dans les musées les plus connus du monde.

La volonté première de ce procès est surtout de poser les questions suivantes : « Quels sont les critères pour juger de la notion d'œuvre d'art ? », « À quoi reconnait-on l'artiste ? », « Qui est juge en la matière ? »[4].

Contexte[modifier | modifier le code]

Depuis 1913, la législation américaine exonère de droits de douane tout objet ayant le statut d'œuvre d'art. Cela inclut donc que les œuvres de Brâncusi doivent être reconnues comme œuvres d'art afin de ne pas être taxées. De 1914 à 1926, l'œuvre de Brâncusi commence à devenir de plus en plus abstraite. C'est en 1926 que débute vraiment le problème de reconnaissance des œuvres de Brancusi. Il ne s'agit pourtant pas de la première déconvenue entre Brâncusi et les douanes américaines. Auparavant, l'artiste avait à ses côtés l'avocat John Quinn, également collectionneur des œuvres de Brâncusi, qui indiquait qu'il s'agissait d’œuvres d'art à chaque arrivée d’œuvre dans le pays. Mais suite à son décès précoce, les œuvres ne peuvent plus bénéficier de cette protection. C'est pour cette raison qu'en octobre 1926, suite à l'arrivée d'une vingtaine d’œuvres sur le territoire américain, les autorités douanières restent perplexes et saisissent les sculptures. Afin de récupérer ce qui lui appartient de droit, Brâncusi est sommé de payer la somme de 4 000 dollars. Grâce à des interventions de personnes influentes[6], les frais sont annihilés. Cependant les douanes américaines décident de taxer de 40 % de la valeur les pièces qui seront vendues sur le territoire américain. En faisant cela, les autorités ne reconnaissent pas le statut d’œuvre d'art aux pièces de Brâncusi. Le problème éclate lorsqu'Edward Steichen, vieil ami de Brâncusi, doit payer 240 dollars pour conserver «l'oiseau dans l'espace » en bronze qu'il possède. En apprenant la nouvelle, Brâncusi demande à son ami Marcel Duchamp de réagir afin de pouvoir réparer l'erreur commise et « exposer publiquement le tout ensemble ». Suite à cela, d'autres sculptures de Brâncusi sont saisies par la douane et Duchamp finit par faire appel. De nombreux noms du monde de l'art à New York sont mobilisés et l'oiseau de Steichen est utilisé en guise de pièce à conviction. L'enjeu n'est pas simplement lié à la seule pièce qu'est l'oiseau, mais plutôt à tout le monde de l'art et à la libre circulation des œuvres.

Le procès[modifier | modifier le code]

Déroulement du procès[modifier | modifier le code]

Le procès se déroule de la façon suivante : dans un premier temps, les témoins cités par Brâncusi sont interrogés le 21 octobre 1927. S'ensuit l'interrogatoire et le contre-interrogatoire de Brâncusi, le 21 novembre 1927 à Paris. Par la suite il y a l'interrogatoire des témoins cités par les États-Unis, le 23 mars 1928. Après cela les avocats de Brâncusi donnent leur conclusion, il y a le mémoire en faveur de Brâncusi, puis les conclusions de l'avocat des États-Unis et pour terminer, le jugement le 26 novembre 1928[7].

Les témoins[modifier | modifier le code]

Les témoins cités par le plaignant (autrement dit le « demandeur », Brâncusi) sont experts en art moderne : Edward Steichen, artiste, collectionneur et marchand; Jacob Epstein, sculpteur; Forbes Watson, rédacteur en chef de la revue The Arts; Frank Crowninshield, rédacteur en chef de la revue Vanity Fair; William Henry Fox, directeur du Brooklyn Museum of Art; et enfin Henry Mc Bride, critique d’art au Sun et à The Dial.

Pour les témoins cités par le défendeur (en l’occurrence le gouvernement), il s’agit uniquement de deux sculpteurs : Robert Ingersoll Aitken et Thomas H. Jones.

Les témoins sont tous des spécialistes de l'art, néanmoins de nombreuses divergences d'opinion sont apparues au cours du procès.

Les divergences d'opinion[modifier | modifier le code]

La défense et le plaignant s'opposent sur la question de la définition des limites de l'art, c'est-à-dire qu'est-ce qui peut être considéré comme une production artistique. Les deux parties s'interrogent sur les critères qui définissent une œuvre d'art, par exemple la ressemblance avec la nature, l'intervention personnelle de l'artiste, les qualifications de l'auteur de l'œuvre ou l'absence de fonction utilitaire. La défense apporte une série d'arguments pour prouver que la sculpture n'est pas une œuvre d'art : le manque de ressemblance de la sculpture avec un oiseau, le manque de qualification des témoins des plaignants pour juger l'œuvre, le caractère marginal du travail de Brâncusi et l'absence de beauté. Ce à quoi le plaignant répond que l'œuvre appartient à un nouveau courant artistique qui ne repose pas sur l'imitation, que les témoins de la défense ne sont pas qualifiés, que Brâncusi est un artiste mondialement reconnu et que la beauté est subjective.

La décision de la justice[modifier | modifier le code]

Le jugement est rendu le 26 novembre 1928 et déclare que l'objet présenté ici, l'« Oiseau dans l'espace », est bien une œuvre d'art. Le juge affirme qu'une « école dite d'art moderne s'est développée dont les tenants tentent de représenter des idées abstraites plutôt que d'imiter des objets naturels. Que nous soyons ou non en sympathie avec ces idées d'avant-garde et les écoles qui les incarnent, nous estimons que leur existence comme leur influence sur le monde de l'art sont des faits que les tribunaux reconnaissent et doivent prendre en compte. »[7]. On assiste à la reconnaissance d'une nouvelle conception de l'art et son intégration dans le domaine juridique. En raison de son caractère purement esthétique, de sa beauté, et du fait que son auteur est un artiste professionnel, la sculpture est considérée comme une œuvre d'art et bénéficiera de la franchise douanière prévue par le Tariff Act de 1922.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

Le procès Brâncusi contre les États-Unis a une influence dans le domaine juridique et dans celui de l'art. Le droit se heurte à la définition de l'art et à son évolution, qui n'a pas cessé de modifier les critères de qualification de l'œuvre d'art. Marcel Duchamp et ses « ready-made » ont remis en question la conception de l'art qui prévalait jusqu'alors. En effet, l'art conceptuel suit des règles différentes de celles de l'art qui existait jusqu'alors. Les frontières de l'art sont élargies pour intégrer une nouvelle conception de l'art qui cherche à représenter des idées abstraites plutôt qu'imiter la nature. Le verdict du procès mène vers une remise en cause des critères d'appréciation des douanes et vers une nouvelle vision de l'art, ou du moins vers un élargissement des limites de ce qui peut être considéré comme artistique[7]. La loi s'adapte aux nouvelles pratiques artistiques et reconnaît une nouvelle définition de ce qu'est l'art.

«La sculpture, bien que ne présentant pas de ressemblance évidente avec un être vivant (…) a été déclaré en tant qu'œuvre d'art, et bénéficie donc d'une franchise douanière totale en vertu de l'article 1704 du Tariff Act de 1922. Il a été taxé par l'inspecteur des douanes à 40 % de sa valeur au titre d'objet métallique relevant de l'article 399 de ladite loi. L'article stipule que sont considérés comme des sculptures « des productions de sculpteurs professionnels en bronze, en marbre, [...] taillées ou sculptées, et en tout cas travaillées à la main [...] »[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Union List of Artist Names • Bibliothèque nationale de France • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Bibliothèque nationale de la Diète • WorldCat
  • Radu Varia, Brâncusi éd. Gallimard, 1989.
  • Constantin Brâncuși Photographe (texte de Elizabeth A. Brown), Éditions Assouline, Paris, 1995 (ISBN 2-908228-23-8)
  • Brâncuși contre États-Unis, un procès historique 1928 (Préface de Margit Rowell, postface et fortune critique André Paleologue, trad. Jocelyne de Pass), Adam Biro, Paris, 1995 (ISBN 2-87660-164-8)
  • Tabart Marielle, Brâncuși - L'inventeur de la sculpture moderne, Éditions découvertes Gallimard, 2001 (ISBN 2-07-053321-2)
  • Cabanne Pierre, Constantin Brâncuși, Éditions Terrail, 2002 (ISBN 2-87939-241-1)
  • Paul Rezeanu, Brâncuși à Craiova, Editura "Arc 2000", Bucarest, 2002 (ISBN 973-99717-7-6)
  • Victor Crăciun, LA PETITE MAIASTRA, Editura Liga Culturală Pentru Unitatea Românilor de Pretutindeni et l'Editure SEMNE, Bucarest, 2006
  • Victor Crăciun – Constantin Târziu, Brâncuși și Biserica Ortodoxă Română din Paris (Brâncuși et l’Église orthodoxe roumaine de Paris), Editura Liga Culturală Pentru Unitatea Românilor de Pretutindeni et l'Editure SEMNE, Bucarest, 2007 (ISBN 978-973-624-545-9)
  • Victor Crăciun, Estesisul Teologal Brâncușian, Editura Liga Culturală Pentru Unitatea Românilor de Pretutindeni et l'Editure SEMNE, Bucarest, 2008 (ISBN 978-973-624-572-5)
  • Victor Crăciun, Măiestrele și Brâncuși ("Les oiseux Maiestrele et Brâncuși") le centenaire Brâncuși: éditée avec le soutien de l’UNESCO et de l’Academie Roumaine, Editura Liga Culturală Pentru Unitatea Românilor de Pretutindeni et l'Editure SEMNE, Bucarest, 2010 (ISBN 978-973-624-936-5)
  • Victor Crăciun, Portretul-Autoportret Brâncuși de Milita Petrascu si Brâncuși, Versiunea 1938 ("Le Portrait – Autoportrait de Brancusi, par Milita Petrascu et Brancusi, Version 1938 ") éditée avec le soutien de l’Académie Roumaine et le Conseil National du Renseignement Supérieur CNCSIS, Editura Liga Culturală Pentru Unitatea Românilor de Pretutindeni et l'Editure SEMNE, Bucarest, 2011 (ISBN 978-606-15-0113-7)
  • Barbu Brezianu, Sidney Geist, Brâncusi "Le Baiser" , Carnet de l'Atelier Brâncusi (Centre Georges Pompidou Paris, Service Commercial, Juin 1999) (ISBN 978-2844260246 )
  • Barbu Brezianu, Brâncusi en Roumanie , Bucarest : Editions Bic All, 1998. (ISBN 973-571-201-6)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alex Potts, The Sculptural Imagination : Figurative, Modernist, Minimalist p. 127–139
  2. Le Baiser sur bluetravelguide.com
  3. Brancusi, l'inventeur de la sculpture moderne. Ed. Découvertes Gallimard, M. Tabart
  4. a et b Brancusi aux États-Unis, qui suscita un procès historique, 1928 . Ed. Adam Biro
  5. Brâncusi contre États-Unis, un procès historique, 1928. Ed Adam Biro.p.7
  6. Brâncusi contre États-Unis, un procès historique, 1928. Ed Adam Biro.p.8
  7. a, b, c et d http://www.reds.msh-paris.fr/publications/revue/html/ds034/ds034-09.htm

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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