René Char

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Char (homonymie).

René Char

Description de cette image, également commentée ci-après

René Char, dit Capitaine Alexandre, à Céreste, en 1944.

Nom de naissance René Émile Char
Autres noms Capitaine Alexandre pendant la Résistance
Activités Poète
Naissance 14 juin 1907
L'Isle-sur-la-Sorgue
Décès 19 février 1988 (à 80 ans)
Paris
Langue d'écriture Français
Genres Poésie

Œuvres principales

  1. Le Marteau sans maître (1934)
  2. Feuillets d'Hypnos (1946)
  3. Fureur et mystère (1948)
  4. La Parole en archipel (1962)

René Char est un poète et résistant français né le 14 juin 1907 à L'Isle-sur-la-Sorgue et mort à Paris le 19 février 1988.

Biographie[modifier | modifier le code]

1907-1929[modifier | modifier le code]

René Émile Char est le cadet des quatre enfants issus des secondes noces, en 1888, d'Émile Char, négociant né en 1863 à L’Isle-sur-la-Sorgue, et de Marie-Thérèse Rouget, sœur de sa première épouse, Julia Rouget, morte en 1886 de tuberculose un an après leur mariage. À la naissance de René Char ses sœurs, Julia et Émilienne, ont dix-huit et sept ans, son frère Albert en a quatorze.

Son grand-père paternel, Magne Albert Char, dit Charlemagne, enfant naturel et abandonné, né en 1826 à Avignon, placé dans une ferme du Thor puis plâtrier à L’Isle-sur-la-Sorgue, avait épousé en 1848 Joséphine Élisabeth Arnaud, fille de meunier. Son grand-père maternel, Joseph Marius Rouget, maçon, avait en 1864 épousé Joséphine Thérèse Chevalier, née en 1842 à Cavaillon.

Son père Joseph Émile Magne Char, qui a abrégé son nom, est maire de L’Isle-sur-la-Sorgue à partir de 1905 et devient en 1907 administrateur délégué des plâtrières de Vaucluse. René Char passe son enfance aux « Névons », la vaste demeure familiale dont la construction au milieu d'un parc venait d'être achevée à sa naissance, et où logent également ses grands-parents Rouget. Il bénéficie de l'affection de son père et est attaché à sa grand-mère paternelle, à sa sœur Julia, à sa marraine Louise Roze et sa sœur Adèle qui habitent une vaste maison au centre de la ville, mais subit le rejet hostile de sa mère, catholique pratiquante opposée aux idées politiques de son mari, et de son frère. La famille passe l'été dans une autre de ses propriétés, La Parellie, entre l'Isle et La Roque-sur-Pernes.

En 1913 René Char entre à l'école. Mordu en 1917 par son chien enragé, il est l'un des premiers à recevoir à l'hôpital de Marseille le vaccin mis au point par Pasteur. Après la mort de son père le 15 janvier 1918 d'un cancer du poumon, les conditions matérielles d’existence de la famille deviennent précaires. René Char se lie vers 1921 avec Louis Curel, cantonnier, admirateur de la Commune de Paris et membre du Parti communiste qu'il dépeindra sous le nom d'Auguste Abondance dans Le Soleil des eaux, son fils Francis, élagueur, Jean-Pancrace Nougier dit l'Armurier (il répare les vieux fusils) qu'il évoquera dans Le Poème pulvérisé et qui sera lui aussi l'un des personnages du Soleil des eaux, les pêcheurs de la Sorgue et quelques vagabonds au parler poétique qu'il nommera plus tard les Transparents.

Bâti comme un colosse (1,92 m) et impulsif, il joue passionnément au rugby qu'il pratique avec son ami Jean Garcin. Interne à partir de 1918 au lycée Mistral d’Avignon, il décide en 1923 de le quitter, après une dispute avec l'un de ses professeurs qui se moque de ses premiers vers. Il fait en 1924 un voyage en Tunisie où son père avait créé une petite plâtrerie, puis, en 1925, suit les cours de L'école de Commerce de Marseille, qui ne l'intéressent pas davantage. Il lit Plutarque, François Villon, Racine, les romantiques allemands, Alfred de Vigny, Gérard de Nerval et Charles Baudelaire mais aussi, vraisemblablement, Rimbaud, Mallarmé et Lautréamont, peut-être des poèmes d'Éluard. Après avoir travaillé à Cavaillon dans une maison d'expédition de fruits et légumes, il effectue en 1927 son service militaire dans l'artillerie à Nîmes, affecté à la bibliothèque des officiers. Il écrit alors une première critique, d'un roman d'André de Richaud, pour la revue parisienne Le Rouge et le Noir à laquelle il collabore jusqu'en 1929. En 1928 est publié aux éditions de la revue, grâce à l'aide financière de sa grand-mère qui meurt en décembre 1926, son premier recueil, Les Cloches sur le cœur, rassemblant des poèmes écrits entre 1922 et 1926, dont il détruira la plus grande partie des 153 exemplaires. Il publie également en revues un texte sur la ville d'Uzès en 1928 dans La Cigale uzégeoise et en 1929 un poème ancien dans Le Feu d'Aix-en-Provence[1].

1929-1939[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1929, René Char fonde à l'Isle-sur-la-Sorgue, aidé financièrement par le directeur de la maison d'expédition de Cavaillon où il avait travaillé, la revue Méridiens avec André Cayatte, rencontré lors de son service militaire, qui connaîtra trois numéros de mai à décembre. Dans le deuxième il publie une lettre inédite du maire de Charenton sur la mort de Sade, trouvée dans la bibliothèque des sœurs Roze (où il découvrira également treize lettres inédites de Sade), et une nouvelle largement autobiographique, Acquis par la conscience. En septembre, il envoie l'un des vingt-six exemplaires hors commerce de son second recueil, Arsenal, publié en août à Nîmes, à Paul Éluard qui vient lui rendre visite à l'automne à L’Isle-sur-la-Sorgue où il passe trois semaines. À la fin novembre, René Char arrive à Paris, rencontre Louis Aragon, André Breton, René Crevel et leurs amis, adhère au groupe surréaliste au moment où Desnos, Prévert et Queneau le quittent, et publie en décembre Profession de foi du sujet dans le douzième numéro de La Révolution surréaliste. Durant quatre ans il va collaborer aux activités du mouvement, dont il est en 1931 et 1932 le trésorier.

Le 14 février 1930 les surréalistes saccagent à Paris le bar « Maldoror », lors d'une bagarre au cours de laquelle Char est blessé d'un coup de couteau dans l'aine. Il partage alors avec Éluard une vie, libre et fastueuse et c'est ensemble qu'ils rencontrent en mai 1930 « Nush » (Maria Benz), figurante sans travail et sans toit, qui vient habiter avec eux et épousera Éluard en 1934. Tandis qu'il lit les philosophes présocratiques et les grands alchimistes, Char publie une deuxième édition remaniée d'Arsenal, puis en avril 1930 à Nîmes Le Tombeau des secrets, douze photographies dont un collage de Breton et d'Éluard, légendées par des poèmes. Paraît simultanément, imprimé à Nîmes Ralentir travaux (d'après un panneau rencontré sur la route de Caumont-sur-Durance), poèmes écrits entre le 25 et le 30 mars en collaboration par Breton, Char et Éluard à Avignon et dans le Vaucluse et L'action de la justice est éteinte en juillet 1931.

Aragon, Breton, Char et Éluard fondent en juillet 1930 la revue Le Surréalisme au service de la révolution. Char revient régulièrement en Provence, durant l'été près de Cannes, et avec Nusch et Éluard s'embarque à Marseille, faisant escale à Barcelone pour séjourner à Cadaqués chez Salvador Dalí et Gala[2]. Ses poèmes d'Artine paraissent en novembre aux Éditions surréalistes, chez José Corti, avec une gravure de Dalí. En février 1931 Éluard lui rend à nouveau visite à l'Isle avec Jean et Valentine Hugo et ils visitent Ménerbes et Gordes, Lacoste et Saumane dont les deux châteaux appartenaient à la famille du marquis de Sade. Char signe en 1931 les tracts surréalistes concernant le film L'Âge d'or (réalisé par Dalí et Buñuel et attaqué par les ligues de droite), l'exposition coloniale et la situation politique en Espagne. L'héritage qu'il a reçu de son père dilapidé, Char loge en 1932 rue Becquerel dans l'appartement aménagé par Éluard pour Gala tandis qu'elle le quittait pour Dalí. Pendant l'été il voyage en Espagne avec Francis Curel et rencontre sur la plage de Juan-les-pins Georgette Goldstein qu'il épouse à Paris en octobre 1932, Éluard étant l'un des témoins. En janvier Char séjourne brièvement à Berlin avec Éluard et signe en mars un tract antifasciste. De juin à octobre 1933 le couple s'installe à Saumane. Durant l'hiver Char revient à L'Isle, loue au début de 1934 un appartement à Paris rue de la Convention, séjourne en février au Cannet, rentre à l'Isle en avril puis surveille à Paris, avec Georgette, l'édition chez José Corti, à 500 exemplaires, du Marteau sans maître, refusé par Gallimard, illustré d'une gravure donnée par Kandinsky. Au mariage d'Éluard le 30 août, Breton est son témoin, Char celui de Nush.

Char se détache à partir de décembre 1934 du groupe surréaliste : « Le surréalisme est mort du sectarisme imbécile de ses adeptes », écrit-il dans une lettre à Antonin Artaud. Il demeure principalement à l'Isle l'année suivante mais va en février retrouver en Suisse Éluard et Crevel au sanatorium de Davos. En avril il accueille Tzara et sa femme Greta Knutson à l'Isle et les rejoint avec Éluard à Nice en septembre. Dans une lettre ouverte à Péret, il confirme le 7 décembre 1935 : « J'ai repris ma liberté voici treize mois, sans éprouver en revanche le besoin de cracher sur ce qui durant cinq ans avait été pour moi tout au monde »[3]. Renonçant à son appartement parisien en mars 1936 il s'installe avec Georgette à l'Isle et est nommé en avril administrateur délégué de la société des Plâtrières du Vaucluse qu'avait dirigée son père, fonction qu'une septicémie le contraint rapidement à ne pas assumer et à laquelle il renoncera en mai 1937. Pendant sa convalescence qui dure plus d'un an, il lit dans la bibliothèque des sœurs Roze des ouvrages de D'Alembert, D'Holbach, Helvétius. Éluard et Man Ray viennent à l'Isle aider Char pour la préparation de Dépendance de l'adieu, avec un dessin de Picasso qu'Éluard lui a fait rencontrer, publié en mai par GLM à 70 exemplaires. À la fin du mois d'août Char s'installe pour quelques semaines à Céreste où il se lie avec maître Roux et ses quatre fils, puis séjourne au Cannet. En décembre GLM édite, avec l'aide financière d'Éluard, Moulin premier à 120 exemplaires. Éluard et Nush lui rendent visite au Cannet en janvier 1937. En août Char reçoit, avec Georgette, à Céreste le couple de surréalistes belges Louis Scutenaire et Irène Hamoir, dont il s'éprend[4] et qu'il va rejoindre en septembre à La Haye où elle travaille à la Cour internationale de justice, liaison rapidement interrompue par son mari. À la fin de l'année il s'installe à nouveau avec Georgette à Paris, rue des Artistes. Placard pour un chemin des écoliers, édité en décembre, est dédié aux enfants victimes de la guerre d'Espagne. À travers sa correspondance avec Gilbert Lely, rencontré en 1934, naît une amitié qui se renforce l'année suivante lors de leurs promenades à Paris au square Saint-Lambert puis traversera les années de guerre. Dès février 1938 Char propose à Christian Zervos ses premiers écrits sur les peintres, Corot et Courbet. Cette même année il s'éprend d'une passion amoureuse, qui durera jusqu'en 1944, pour Greta Knutson, peintre d'origine suédoise de huit ans son aînée, séparée depuis l'année précédente de son mari, Tristan Tzara, passe avec elle le mois d'août dans le Luberon à Maubec où il commence d'écrire les poèmes, imprégnés de sa présence, du Visage nuptial. Avec Greta Knutson il découvre le romantisme allemand et particulièrement Hölderlin ainsi que la philosophie de Heidegger. En septembre il est mobilisé à Paris pour une dizaine de jours puis en 1939 à Nîmes comme simple soldat[5].

1939-1945[modifier | modifier le code]

Le cabanon de René Char à Céreste et le village, en 1941, avec la mention autographe
Le village de Céreste, au temps des monts enragés et de l'amitié fantastique

Pendant l’Occupation, René Char, sous le nom de Capitaine Alexandre, participe, les armes à la main, à la Résistance, « école de douleur et d’espérance ». Il commande le Service action parachutage de la zone Durance. Son QG est installé à Céreste (Basses-Alpes). Les Feuillets d’Hypnos (repris en volume dans Fureur et mystère), ses notes du maquis, "sont calculés pour restituer l'image d'une certaine activité, d'une certaine conception de la Résistance et, d'abord, d'un certain individu avec sa multiplicité interne, ses alternances et aussi sa différence, qu'il est moins disposé que jamais à oublier [...] L'apparence fragmentaire du récit montre l'allergie de René à toute rhétorique, à ces transitions, introductions et explications qui sont le tissu intercalaire de tout corps de récit normalement constitué ; ne subsistent, séparées, que les parties vives, ce qui donne aux Feuillets un faux air de recueil d'aphorismes ou de journal intime, alors que la composition d'ensemble et même les annotations sont très calculées [...] L'ensemble demeure une des images les moins convenues et les plus approfondies de ce que fut la résistance européenne au nazisme." (Paul Veyne, René Char en ses poèmes)

À ce recueil capital, il convient d'adjoindre les Billets à Francis Curel, datés des années 1941 à 1948 et recueillis dans Recherche de la base et du sommet. Compléments indispensables à la lecture des Feuillets d'Hypnos, ces documents éclairent de l'intérieur cette expérience fondatrice que fut pour Char celle de la Résistance : refus de publier durant l'Occupation, dénonciation du nazisme et de la collaboration française, interrogations aiguës et douloureuses sur son action et ses missions, prise de distance sitôt la guerre terminée.

Enfin, c'est en octobre 1945, à Paris, que René Char et Yves Battistini se rencontrent. Entre eux, « c’est le début en amitié d’une longue conversation souveraine » avec la philosophie grecque et la poésie.

1946-1988[modifier | modifier le code]

Rue de Chanaleilles, 4, où habitèrent René Char et Albert Camus
Rue de Chanaleilles, 4, plaque commémorative de René Char
Signature autographe de René Char à Roger Vailland

L'après-guerre laissera Char profondément pessimiste quant à la situation politique française et internationale jusqu'à la fin de sa vie, comme en témoignent À une sérénité crispée et L’Âge cassant (repris en volume dans Recherche de la base et du sommet). Sous ce rapport, ses vues très lucides sont proches de celles d'Albert Camus dans L'Homme révolté, avec qui il entretiendra une indéfectible amitié.

Dans le cadre d'une exposition d'art moderne qu'ils organisent dans la grande chapelle du Palais des papes d'Avignon, Christian Zervos et René Char demandent à Jean Vilar, acteur, metteur en scène et directeur de théâtre, une représentation de Meurtre dans la cathédrale, qu'il a créé en 1945.

Après avoir refusé, Vilar leur propose en 1947 trois créations : La Tragédie du roi Richard II, de Shakespeare, une pièce méconnue en France, La Terrasse de midi, de Maurice Clavel, auteur alors encore inconnu, et L'Histoire de Tobie et de Sara, de Paul Claudel[6]. C'est la naissance du Festival d'Avignon.

Le 9 juillet 1949, il divorce de Georgette Goldstein[7].

Durant les années cinquante et soixante, en dépit de brèves et malheureuses expériences dans le domaine théâtral et cinématographique, Char atteint sa pleine maturité poétique. Les plaquettes se succèdent : Les Matinaux, La Bibliothèque est en Feu, Lettera amorosa, Retour Amont (repris en volumes dans La Parole en Archipel et Le Nu perdu). Il éprouve également le besoin de rendre hommage aux poètes et aux peintres qui l'ont accompagnés et nourris, ceux qu'il nomme ses "grands astreignants" et ses "alliés substantiels" (Recherche de la base et du sommet). Malgré son refus de toute forme de littérature engagée, René Char participe activement en 1966 aux manifestations contre l'installation des missiles à tête nucléaire sur le plateau d'Albion.

Outre la publication de quelques recueils d'importance, tels La Nuit talismanique qui brillait dans son cercle, Aromates Chasseurs et Chants de la Ballandrane, les deux dernières décennies voient la consécration officielle de la figure solitaire de René Char, symbolisée par la publication d'un Cahier de l'Herne en 1971 et, surtout, celle de ses Œuvres complètes dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade, en 1983.

En octobre 1987, il épouse Marie-Claude de Saint-Seine, une éditrice. Il meurt le 19 février 1988 d'une crise cardiaque.

L’Hôtel Campredon ou Maison René Char à L’Isle-sur-la-Sorgue propose au public une collection de manuscrits, dessins, peintures et objets d’art ayant appartenu à René Char jusqu'en décembre 2009. Depuis lors, cette situation pose avec acuité la question de la pérennité de l'œuvre du poète dans la ville et la recherche d'une nouvelle géographie de la mémoire[8].

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Signature de René Char

Maurice Blanchot, dans La Part du feu, observait que « l'une des grandeurs de René Char, celle par laquelle il n'a pas d'égal en ce temps, c'est que sa poésie est révélation de la poésie, poésie de la poésie. » Ainsi, dans toute l'œuvre de Char, « l'expression poétique est la poésie mise en face d'elle-même et rendue visible, dans son essence, à travers les mots qui la recherchent. » Il est hautement significatif que Char ait recueilli et publié une anthologie plusieurs fois augmentée de tout ce qui a trait explicitement dans son œuvre à la parole poétique : Sur la poésie. Sur le plan formel, sa poésie trouve son expression privilégiée dans l'aphorisme, le vers aphoristique, le fragment, le poème en prose (ce que Char nomme sa parole en archipel), si tant est que ces catégories littéraires soient pertinentes.

Dans L'Entretien infini, Blanchot se penche longuement sur cette question : « La parole de fragment n'est jamais écrite en vue de l'unité, même le serait-elle. Elle n'est pas écrite en raison ni en vue de l'unité. Prise en elle-même, en effet, elle apparaît dans sa brisure, avec ses arêtes tranchantes, comme un bloc auquel rien ne semble pouvoir s'agréger. Morceau de météore, détaché d'un ciel inconnu, et impossible à rattacher à rien qui puisse se connaître. Ainsi dit-on de René Char qu'il emploie la « forme aphoristique ». Étrange malentendu. L'aphorisme est fermé et borné : l'horizontal de tout horizon. Or, ce qui est important, important et exaltant, dans la suite de « phrases » presque séparées que tant de ses poèmes nous proposent - textes sans prétexte, sans contexte -, c'est que, interrompues par un blanc, isolées et dissociées au point que l'on ne peut passer de l'une à l'autre ou seulement par un saut et en prenant conscience d'un difficile intervalle, elles portent cependant, dans leur pluralité, le sens d'un arrangement qu'elles confient à un avenir de parole [...] Qu'on entende que le poète ne joue nullement avec le désordre, car l'incohérence ne sait que trop bien composer, fût-ce à rebours. Ici, il y a la ferme alliance d'une rigueur et d'un neutre. Les « phrases » de René Char, îles de sens, sont, plutôt que coordonnées, posées les unes auprès des autres : d'une puissante stabilité, comme les grandes pierres des temples égyptiens qui tiennent debout sans lien, d'une compacité extrême et toutefois capables d'une dérive infinie, délivrant une possibilité fugace, destinant le plus lourd au plus léger, le plus abrupt au plus tendre, comme le plus abstrait au plus vivace (la jeunesse du visage matinal) ».

Dans sa préface à l'édition allemande des Poésies de Char, parue en 1959[9], Albert Camus écrit : « Je tiens René Char pour notre plus grand poète vivant et Fureur et mystère pour ce que la poésie française nous a donné de plus surprenant depuis Les Illuminations et Alcools [...] La nouveauté de Char est éclatante, en effet. Il est sans doute passé par le surréalisme, mais il s'y est prêté plutôt que donné, le temps d'apercevoir que son pas était mieux assuré quand il marchait seul. Dès la parution de Seuls demeurent, une poignée de poèmes suffirent en tout cas à faire lever sur notre poésie un vent libre et vierge. Après tant d'années où nos poètes, voués d'abord à la fabrication de « bibelots d'inanité », n'avaient lâché le luth que pour emboucher le clairon, la poésie devenait bûcher salubre. [...] L'homme et l'artiste, qui marchent du même pas, se sont trempés hier dans la lutte contre le totalitarisme hitlérien, aujourd'hui dans la dénonciation des nihilismes contraires et complices qui déchirent notre monde [...] Poète de la révolte et de la liberté, il n'a jamais accepté la complaisance, ni confondu, selon son expression, la révolte avec l'humeur [...] Sans l'avoir voulu, et seulement pour n'avoir rien refusé de son temps, Char fait plus alors que nous exprimer : il est aussi le poète de nos lendemains. Il rassemble, quoique solitaire, et à l'admiration qu'il suscite se mêle cette grande chaleur fraternelle où les hommes portent leurs meilleurs fruits. Soyons-en sûrs, c'est à des œuvres comme celle-ci que nous pourrons désormais demander recours et clairvoyance. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Recueils poétiques[modifier | modifier le code]

Divers[modifier | modifier le code]

Anthologies[modifier | modifier le code]

  • René Char, Commune présence, Paris, Gallimard.
  • René Char, Dans l'atelier du poète. Choix de poèmes présentés dans le texte de leur publication initiale, appareil biographique et critique établi par Marie-Claude Char, Paris, Gallimard, coll. "Quarto", 1996 (1064 p.) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Œuvres complètes[modifier | modifier le code]

  • René Char, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade», 1983; édition revue en 1995. Introduction de Jean Roudaut. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Correspondance[modifier | modifier le code]

  • René Char et Nicolas de Staël, Correspondance 1951-1954, éditions des Busclats, 2010.
  • Albert Camus & René Char, Correspondance 1946-1959, Paris, Gallimard, 2007, édition établie, présentée et annotée par Franck Planeille.
  • « Cher ami, cher poète », lettres de René Char à Vadim Kozovoï, Paris, Po&sie, 2007, no 119, p. 7-39.
  • En 2008 se trouve dispersé à l'Hôtel Drouot de Paris un ensemble composé de livres dédicacés, de poèmes manuscrits (dont onze poèmes inédits) et de 521 lettres et cartes postales adressées entre 1951 et 1966 par René Char à Maryse Lafont, Paris, Catalogue Binoche-Renaud-Giquello, Claude Oterelo expert, 19 et 20 mai 2008, Hôtel Drouot, p. 48-54).
  • René Char et Raúl Gustavo Aguirre, Correspondance 1952-1983, Paris, Gallimard, 2014, traduction de l'espagnol par Michèle Gazier, édition établie par Marie-Claude Char, avant-propos de Rodolfo Alonso (es).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christine Dupouy, René Char, Paris, Pierre Belfond, 1987 (ISBN 9782714420381)
  • Jean-Claude Mathieu, La poésie de René Char ou le sel de la splendeur, Tome I Traversée du Surréalisme, Paris, José Corti, 1988 (ISBN 2714302858)
  • Jean-Claude Mathieu, La poésie de René Char ou le sel de la splendeur, Tome II Poésie et résistance, Paris, José Corti, 1988 (ISBN 2714302866)
  • « René Char », revue Europe, no 705/706, janvier-février 1988
  • Dominique Fourcade, René Char, Paris, Librairie Générale Française, 1988
  • Philippe Castellin, René Char, traces, Paris, Evidant, 1989
  • Paul Veyne, René Char en ses poèmes, Paris, Gallimard, coll. « Essais », 1990
  • Numéro de L'ARC, René Char, Paris, Librairie Duponchelle, 1990 (ISBN 2878770145)
  • Jean Pénard, Rencontres avec René Char, Paris, José Corti, 1991, coll. « En lisant en écrivant » (ISBN 9782714304094)
  • « René Char », Le Magazine littéraire, no 340, février 1996
  • Georges-Louis Roux, La nuit d'Alexandre. René Char, l'ami et le résistant, Paris, Grasset, 2003
  • Laurent Greilsamer, L'Éclair au front. La vie de René Char, Paris, Fayard, 2004
  • Marie-Claude Char, Pays de René Char, Paris, Flammarion, 2007
  • Philippe Corcuff, Homme de la pluie et enfant du beau temps : René Char ou la philosophie politique d'une résistance, Cahiers de la Villa Gillet, no 12, novembre 2000 ; réédité dans le catalogue sous la direction de Marie-Claude Char de l’exposition René Char et ses alliés substantiels-Artistes du XXe siècle, organisée par la Ville de L'Isle-sur-la-Sorgue et l’Association Campredon Art et Culture-"Maison René Char", placée sous le haut patronage de la Bibliothèque nationale de France, du 12 juillet au 28 septembre 2003, L’Isle-sur-la-Sorgue.
  • Danièle Leclair, René Char. Là où brûle la poésie (biographie), Éditions Aden, coll. « Le cercle des poètes disparus », 2007 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Laure Michel, René Char. Le poème et l'histoire (1930-1950), Paris, Honoré Champion, 2007
  • Mireille Sidoine-Audouy, Darwin fera la mise en scène, Une enfance auprès de René Char (1940-1950), préface de Jérôme Prieur, Paris, Éditions du Sextant, 2009 (ISBN 978-2-84978-027-5)
  • « Le Géant Magnétique », Télérama Hors Série.
  • René Char, catalogue d'exposition sous la direction d'Antoine Coron, Paris, BNF/Gallimard, 2007
  • René Char, le poète et le maquis, texte de Dominique Bellec, Photographies de Jean-Baptiste Duchenne, Le passager clandestin, 2007
  • Serge Venturini, Éclats d’une poétique de l'inaccompli, (ouvrage dédié à René Char), Paris, L'Harmattan, 2009-2011, coll. « Poètes des cinq continents » (ISBN 978-2-296-55628-7)
  • Patrick Renou, Tina, l'amour infini de René Char, préface André Comte-Sponville, (roman), Paris, Le Cherche Midi, coll. « Style », 2012

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tous éléments biographiques extraits de René Char, Œuvres complètes, éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1983, p. LXIII-LXVI, et Danièle Leclair, René Char. Là où brûle la poésie, Éditions Aden, 2007, p. 17-62
  2. En 1930 selon Danièle Leclair, dans René Char. Là où brûle la poésie, qui corrige, à partir des Lettres à Gala d'Éluard, la date, 1931, indiquée dans René Char, Œuvres complètes, éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1983.
  3. Dans l'atelier du poète, p. 127
  4. « Du torrent épars de la vie arrêtée j'avais extrait la signification loyale d'Irène. La beauté déferlait de sa gaine fantasque, donnait des roses aux fontaines.», écrit alors Char dans un poème, Allègement, publié dans Seuls demeurent (Œuvres complètes, éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1983, p. 134)
  5. Tous éléments biographiques extraits de René Char, Œuvres complètes, éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1983, p. LXVII-LXXI, Danièle Leclair, René Char. Là où brûle la poésie, Éditions Aden, 2007, p. 63-131, et Georges-Louis Roux, La Nuit d'Alexandre, René Char, l'ami et le résistant, Grasset, 2003, p. 46, 47 et 55
  6. « Histoire », Site du festival d'Avignon
  7. Lancaster, Rosemary, La poésie éclatée de René Char, Amsterdam : Rodopi, 1994, p. 209 (cf. http://books.google.fr/books?id=WgS-d_u99Z4C&pg=PA209&lpg=PA209&dq=divorce+char&source=bl&o#v=snippet&q=divorce&f=false)
  8. www.lesamisderenechar.fr
  9. Dichtungen, Fischer Verlag, Francfort, traductions par Paul Celan, Johannes Hübner, Lothar Klüner et Jean-Pierre Wilhem
  10. Louis Broder, éditeur, Paris. Cité dans Lam et les poètes, Hazan, Paris, 2005, p. 98 et 102.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]