Métamorphoses (Ovide)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Métamorphose.
Frontispice de l'édition de George Sandys, Londres, 1632.

Les Métamorphoses est un long poème épique latin d'Ovide, dont la composition débute probablement en l'an 1. L'œuvre comprend 15 livres (près de douze mille vers) écrits en hexamètres dactyliques et décrit la naissance et l'histoire du monde gréco-romain jusqu'à l'époque de l'empereur Auguste.

Analyse[modifier | modifier le code]

Les auteurs dont s'inspire Ovide sont des poètes de l'époque hellénistique qui songèrent à regrouper les légendes grecques présentant les métamorphoses des dieux ou des mortels de la mythologie. Parmi ces poètes il faut citer Nicandre de Colophon (IIIe-IIe siècle av. J.-C.), Antigone de Caryste et Parthénios de Nicée (Ier siècle av. J.-C.). Le renouveau du pythagorisme donne aussi une certaine actualité à la doctrine du transformisme.

Ovide met en scène des centaines de fables (environ 250) depuis le Chaos originel jusqu'à l'apothéose d' Auguste César, de façon soit développée soit allusive. Le plus difficile est de donner à cette matière hétérogène une certaine unité. Ovide y parvient, non sans artifices, en s'inspirant des catalogues et des généalogies archaïques (comme le Catalogue des femmes d'Hésiode). Toutes les qualités d'Ovide, verve naturelle, art du développement, effets de surprise, adresse dans les transitions, élégance et légèreté de touche se retrouvent dans les Métamorphoses mais avec un dosage particulier afin de correspondre à la durée du poème. Ainsi Ovide recherche le pittoresque avec bonheur et pousse parfois jusqu'à un réalisme brutal comme dans ce portrait de la Faim (VIII, v. 790-799) :

« (...) Elle cherchait la Faim : elle la vit dans un champ pierreux, d'où elle s'efforçait d'arracher, des ongles et des dents, de rares brins d'herbe. Ses cheveux étaient hirsutes, ses yeux caves, sa face livide, ses lèvres grises et gâtées, ses dents rugueuses de tartre. Sa peau sèche aurait laissé voir ses entrailles ; des os décharnés perçaient sous la courbe des reins. Du ventre, rien que la place ; les genoux faisaient une saillie ronde énorme, et les talons s'allongeaient, difformes, sans mesure... »

Illustration de Virgil Solis pour une édition de 1562 : la métamorphose des pierres que lancent Deucalion et Pyrrha derrière eux.

La psychologie des personnages est variée et s'accompagne quand c'est nécessaire des ressources de la rhétorique voire de la déclamation (dispute d'Ajax et d'Ulysse autour des armes d'Achille (XIII). Quant aux combats, ils ont parfois l'allure épique des grandes épopées. Cependant, Ovide ne renonce pas à sa frivolité ni à la malice du poète qui ne souhaite pas être dupe de son récit, ce qui nuit parfois à l'harmonie d'ensemble de l'œuvre. Enfin Ovide, bien qu'il ait été en contact avec le pythagorisme qui ne cesse à cette époque de faire des progrès dans la haute société romaine, ne le fait intervenir qu'à son dernier chant avec une magnificence de termes mais sans grande profondeur.

Les Métamorphoses ne sont pas totalement terminées quand Ovide est exilé à Tomes (l'actuelle Constanţa en Roumanie, au bord de la mer Noire). C'est dans cet endroit, qui pour lui est un exil infernal, qu'il termine à une date imprécise, sans doute autour de l'an 9 ou 10, son œuvre qui est la seule du poète latin composée en hexamètres dactyliques.

Principaux épisodes :

Postérité et évocations artistiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marylène Possamaï, « L’Ovide moralisé, ou la « bonne glose » des Métamorphoses d’Ovide », in Cahiers de linguistique hispanique médiévale, n°31 (2008), pp. 181-206. Lire en ligne sur le portail de revues Persée (page consultée le 7 novembre 2010).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions
Études
  • Jacqueline Fabre-Serris, Mythe et poésie dans les Métamorphoses d'Ovide : fonctions et significations de la mythologie dans la Rome augustéenne, Paris, Klincksieck,‎ 1995 (ISBN 9782252029923)
  • Rosalba Galvagno, Le Sacrifice du corps. Frayage du fantasme dans les Métamorphoses d'Ovide, Panoramitis,‎ 1995 (ISBN 978-2911040054)
  • Isabelle Jouteur, Jeux de genre: dans les Métamorphoses d'Ovide, Louvain-Paris, Peeters Publishers,‎ 2001 (ISBN 9789042910713)
  • Jean-Pierre Néraudau, Ovide ou les Dissidences du poète, Paris, Hystrix,‎ 1989 (ISBN 9782907783019)
  • Hélène Vial, La métamorphose dans les Métamorphoses d'Ovide : Étude sur l'art de la variation, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Études anciennes Série latine »,‎ 2010 (ISBN 978-2251328799)
  • (en) Barbara Weiden Boyd, Brill's Companion to Ovid, Leiden-Boston-Köln, Brill,‎ 2002 (ISBN 978-9004121560)
  • (en) Richard Treat Bruère, « The Manuscript Tradition of Ovid's Metamorphoses », Harvard Studies in Classical Philology, vol. 50,‎ 1939, p. 95-122
  • (en) Otto Steen Due, Changing Forms : Studies in the Metamorphoses of Ovid, Museum Tusculanum Press,‎ 1974 (ISBN 9788772890883)
  • (en) Karl Galinsky, Ovid's Metamorphoses : An Introduction to the Basic Aspects, University of California Press,‎ 1975 (ISBN 9780520028487)
  • (en) Sara Myers, « The Metamorphosis of a Poet: Recent Work on Ovid », The Journal of Roman Studies, vol. 89,‎ 1999, p. 190-204
  • (en) Charles Paul Segal, Landscape in Ovid’s Metamorphoses : A study in the transformations of a literary symbol, Wiesbaden,‎ 1968
  • (en) Charles Paul Segal, « Ovid's Metamorphoses: Greek Myth in Augustan Rome », Studies in Philology, vol. 68, no 4,‎ octobre 1971, p. 371-394
  • (en) Joseph B. Solodow, The World of Ovid's Metamorphoses, Chapel Hill, UNC Press Books,‎ 1988 (ISBN 9780807854341)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Sur les autres projets Wikimedia :