Retable d'Issenheim

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Le retable d’Isenheim tel qu’exposé au musée d’Unterlinden de Colmar

Le retable d’Issenheim (ou d’Isenheim), consacré à saint Antoine, provient du couvent des Antonins à Issenheim, au sud de Colmar, où il ornait le maître-autel de l’église de la préceptorerie. Il est l’œuvre de deux grands maîtres allemands du gothique tardif : le peintre Matthias Grünewald, dont il constitue incontestablement le chef-d’œuvre, pour les panneaux peints (1512-1516) et Niklaus von Hagenau pour la partie sculptée (autour de 1490).

Le retable est constitué d’un ensemble de plusieurs panneaux peints qui s’articulent autour d’une caisse centrale composée de sculptures.

Ce magnifique et monumental polyptyque se trouve aujourd’hui à Colmar, au musée d'Unterlinden dont il est indubitablement la pièce maîtresse et qui lui doit sa renommée internationale. Il est exposé dans la chapelle, où tout a été fait par les responsables du musée pour sa mise en valeur.

Le retable d’Issenheim comporte des scènes d’une intensité dramatique peu commune, et tout à fait exceptionnelle pour son époque. Le fantastique n’en est pas exclu – ce qui rapprocherait Grünewald de Jérôme Bosch – ni un maniérisme qui font de cet artiste un génie isolé et presque inclassable.

L'étonnante modernité de l'œuvre a fasciné de nombreux artistes français et étrangers, au premier rang desquels le peintre japonais Itsuki Yanai, qui a passé plus de vingt ans à copier le tableau original.

Sommaire

[modifier] Historique

Le retable est réalisé entre 1512 et 1516 pour la commanderie des antonins d'Issenheim, d'où son nom. Il est entreposé à Colmar en 1793 au musée national (ancien collège royal des jésuites puis transféré, à son ouverture en 1853, au musée d'Unterlinden.

Lors de la première Guerre mondiale, il est placé dans une salle blindé d'une banque puis transféré à Munich le 13 février 1917. Il reprendra sa place au musée en septembre 1919.

Lors de la seconde Guerre mondiale, en 1939, il est déplacé au château de Lafarge (près de Limoges) puis au château de Hautefort en Périgord. Suite à la capitulation française en 1940, le retable est rapatrié au château du Haut-Kœnigsbourg dans le plus grand secret. L'armée américaine le découvre en 1944 et, le 8 juillet 1945, le retourne à nouveau au musée, son emplacement actuel[1].

[modifier] L’œuvre

Le retable d'Issenheim v. 1512-1515, huile sur bois, musée d’Unterlinden, Colmar
Le retable d'Issenheim v. 1512-1515, huile sur bois, musée d’Unterlinden, Colmar

[modifier] Préambule : l’ordre des Antonins

Le grand Saint Antoine, patron des Antonins, volet latéral du retable

L’ordre des Antonins a été fondé vers 1070 à Saint-Antoine-en-Viennois, petit village du Dauphiné situé entre Valence et Grenoble. Il s’agit d’un ordre « mendiant » qui a pour vocation de soigner et d’assister les malades et qui suit la règle de saint Augustin.

Les religieux se consacraient à cette époque à une affection qui se répandait rapidement, l’empoisonnement par l’ergot de seigle. Cet empoisonnement par un champignon microscopique attaquant la céréale causait des douleurs terribles aux malades qui étaient affectés de ce que l’on appelait alors le « mal des ardents » ou « feu de saint Antoine » (ergotisme gangreneux). Le but de l’ordre des Antonins était ainsi de prendre en charge les nombreux malades pour leur apporter la guérison par la protection du « Grand saint Antoine ». Ils intervenaient également lorsque les populations étaient décimées par des épidémies de peste noire.

Le monastère des antonins d’Issenheim était situé sur une ancienne voie romaine menant des pays germaniques, par Bâle, vers les lieux de pèlerinage traditionnels du Moyen Âge, Rome et Saint-Jacques-de-Compostelle : nombreux étaient les pèlerins et voyageurs qui y passaient. C’est pour son hôpital que fut commandé et réalisé le retable. Les malades y étaient amenés au début de leur prise en charge, et l’on espérait que saint Antoine pourrait intercéder pour obtenir un miracle en leur faveur, ou tout au moins qu’ils trouveraient réconfort et consolation par la contemplation des scènes qui y étaient représentées. D’après la représentation du Moyen Âge, les images de méditation sont de la « quasi-médecine ».

[modifier] L’histoire de la réalisation du retable d’Issenheim

Le Christ ici est représenté bifrons.

Le cloître d’Issenheim avait déjà un retable, dit « retable Orliaco ». Ce retable fermé montre sur les deux ailes la scène de l’Annonciation. Sur l’aile gauche se trouve l’archange Gabriel et sur la droite Marie. Ouvert, on peut voir sur l’aile gauche comment Marie encense le bébé et sur la droite saint Antoine et Jean d’Orliaco ou d'Orlier (le recteur du cloître au moment de la réalisation du retable). Martin Schongauer avait peint, en 1475, ces quatre personnes à la demande du recteur du cloître. Ouvert, les ailes du « retable Orliaco » encadrent une sculpture de la sainte Vierge grandeur nature. Cette partie se trouve maintenant au Louvre. En 1485, Orliaco commande chez Nicolas de Haguenau la création d’une sculpture pour un retable. L’historien des arts Zierman démontre qu’elle a probablement été créée parce que l’on trouvait, à ce moment, le retable d’Orliaco déjà démodé.

On ne sait pas à quel moment précis Grünewald reçut la commande de cette œuvre et, du fait du manque de documents, on n’arrivera probablement jamais à clarifier cette date. La raison pour laquelle c’est justement Grünewald qui reçut la commande du retable pour ce cloître situé au pied des Vosges reste également une énigme. Une première hypothèse est que la commande originale concernait la partie sculptée, effectuée vers 1490, Grünewald n’intervenant que 12 à 15 ans plus tard. Une autre est qu’il s’agit d’une commande en bloc de Guy Guers (ou Guido Guersi, successeur de Jean d'Orlier) vers 1510 et que le retable a été réalisé dans son intégralité entre 1510 et 1516[2].

Une particularité à souligner : le Christ y est représenté bifrons. Le second visage dirigé vers le haut n'est pas à son avantage.



[modifier] La conception du retable d’Issenheim

Le retable d’Issenheim est un retable polyptyque sur lequel les différents volets peuvent être ouverts pour illustrer les différentes périodes liturgiques durant le culte lors les fêtes correspondantes. Le retable possède au total trois faces illustrées (triptyque), alors qu’en principe de tels retables n’en possédaient que deux. Au centre du retable se trouve un autel sculpté et l’ensemble était surmonté d’un meneau gothique sculpté et doré, qui a été perdu.

[modifier] Postérité

Le retable fut démonté lors de la Révolution française puis remonté au milieu du XIXe siècle sur son lieu actuel d’exposition. Mais il dut encore quitter par deux fois le musée Unterlinden. En 1917, il fut envoyé à Munich pour restauration, alors que l'Alsace était allemande. En 1939, le retable fut caché dans un château du Périgord, puis, jusqu'à la Libération, protégé dans les caves du château fort alsacien du Haut-Koenigsbourg.

En 2011, le musée Unterlinden, à l'occasion d'un agrandissement, devait opérer une longue et coûteuse restauration du chef-d’œuvre de Grünewald. La somme investie se monte à 340 860 € TTC, financés pour 100 000 € par la Fondation du Patrimoine, 80 000 € par l’État via la DRAC Alsace et Région Alsace et 10 860 € par la société Schongauer. Des mécènes ayant trouvé les 200 000 € restants, le travail a été confié à deux restauratrices confirmées, Carole Juillet et Florence Meyerfeld. Or, sur son site La Tribune de l'art, Didier Rykner s'est engagé contre ce qu'il considère comme une menace pour le retable, dénonçant, entre autres, une hâte coupable selon lui. Le fait est que le conseil de spécialistes ne s'est réuni pour la première fois que le 5 juillet 2011, quelques jours avant le début des travaux. Le projet est désormais gelé, probablement sous la pression exercée sur Frédéric Mitterrand, actuel ministre de la Culture. Notons qu'il faut des mois pour amincir des vernis et que cette opération, éminemment délicate, a été exécutée en six jours par les deux restauratrices dont Étienne Dumont, de La Tribune de Genève du 2 août 2011, nous apprend qu'elles ont été engagées sans appel à la concurrence. Affaire à suivre.

[modifier] Notes et références

  1. Le Point colmarien n° 221 décembre 2011 - janvier 2012 ISSN 0767-9041
  2. Lorentz P, Le retable d’Issenheim a-t-il livré ses secrets ?, Dossier de l’art n° 148 p5-8

[modifier] Bibliographie

  • Bruno Calvès, « Grünewald et le retable d'Isenheim : regards nouveaux sur un chef-d'œuvre », Historiens & géographes, n° 410, avril-mai 2010, p.65-71

[modifier] Voir aussi

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