Serge Lifar

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Serge Lifar

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Portrait de Serge Lifar par Boris Grigoriev

Naissance 2 avril 1905
Kiev, (Ukraine), Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Décès 15 décembre 1986 (à 81 ans)
Drapeau de la Suisse Lausanne, Suisse
Activité principale Premier danseur à l'Opéra de Paris
Maître de ballet à l'Opéra de Paris
Style Danseur
Années d'activité 1923 - 1956
Maîtres Enrico Cecchetti
Site internet Site officiel de la Fondation Serge-Lifar

Serge Lifar (Сергей Михайлович Лифарь) est un danseur, chorégraphe et pédagogue ukrainien, qui obtint la nationalité française, né à Kiev le 2 avril 1904 (date réelle 1905) et mort à Lausanne le 15 décembre 1986.

Il a souvent été décrit comme un danseur d'une grande beauté physique et doté d'une présence rayonnante, l'un des plus importants de sa génération.

Réformateur du mouvement et de la technique de la danse à laquelle il ajouta deux positions de pied, Serge Lifar a été l'un des créateurs qui imposèrent le style néo-classique, terme qu'il employa pour qualifier notamment son ballet Suite en blanc de 1943 [1].

Nommé maître de ballet de l'Opéra de Paris, de 1930 à 1944 et de 1947 à 1958, il s'employa à restaurer le niveau technique du Ballet de l'Opéra de Paris pour en faire, dans les années 1930 et jusqu'à aujourd'hui, l'un des meilleurs du monde. Yvette Chauviré, Janine Charrat, Roland Petit ont incontestablement subi son influence.

Biographie[modifier | modifier le code]

Timbre ukrainien à l'effigie de Serge Lifar.

Fils d'un fonctionnaire ukrainien, il partagea son enfance avec sa sœur Evguenia (1903-1968) et ses frères Basile (1904-1982) et Leonid (1906-1982). Il suivit des études classiques jusqu'à l'âge de 15 ans et subit les affres de la révolution bolchévique.

Leonid, Basile, Evgenia, Serge

Après avoir été l'élève à Kiev de Bronislava Nijinska, la sœur du grand Vaslav Nijinski, il quitta, tout comme elle, la Russie soviétique en 1921. Dans la nouvelle Borée de Joseph Kessel (La Nouvelle Revue Française n° 134, Gallimard, 1er novembre 1924), Serge Lifar, assis à la terrasse d'un café parisien, relate à l'écrivain d'origine russe l'épopée de sa fuite du pays. Par la suite, il se présenta chez Diaghilev qui l'embaucha immédiatement pour ses Ballets russes et qui, subjugué par sa beauté physique et par son ardeur, eut une brève liaison avec lui.

Sur indication de Diaghilev, Lifar se rendit à Turin où il travailla à l'amélioration de ses connaissances techniques, sous la direction d'Enrico Cecchetti (1850-1928). Il débuta en 1923 au sein des Ballets russes et devint rapidement premier danseur.

Il créa ensuite les principaux rôles dans des ballets de George Balanchine et composa sa première chorégraphie, une reprise de Renard, en 1929.

La mort de Diaghilev entraîna la disparition des Ballets russes. Pendant que d'autres comme Kochno ou Balanchine s'efforcèrent de recréer de nouveaux Ballets russes, Lifar se fit engager par l'Opéra de Paris. Au cours de sa double carrière d'interprète et de chorégraphe, il passa 16 ans à l'Opéra de Paris, comme premier danseur d'abord en 1929, puis comme danseur étoile, enfin comme maître de ballet de 1930 à 1944 et de 1947 à 1958.

À partir de 1930, Serge Lifar connut un immense succès, essentiellement dans ses propres créations de ballets, avec notamment Les Créatures de Prométhée (1929), une vision personnelle du Spectre de la rose (1931) et de L'Après-midi d'un faune (1935), Icare (1935) avec des décors et costumes de Picasso[2] Istar (1941), ou Suite en Blanc (1943) créés pour l'Opéra de Paris.

Il fut aussi très rapidement reconnu comme une des stars de la capitale, par le « Tout-Paris » artistique, qui le choya et l'adula. Les journaux et hebdomadaires illustrés rendaient compte de ses moindres activités ou déclarations. Peu avant le début de la Seconde guerre mondiale, il aurait eu une liaison avec Mary Marquet.

Pendant la guerre[modifier | modifier le code]

Lorsque la France signa l'armistice en 1940, Lifar considéra comme sa mission première de veiller à la continuation des activités de la scène lyrique et du ballet de l'Opéra. Dans ce but, il prit des risques de bonne entente avec les forces de l'Occupation.

Il devint l'une des « vedettes » de la vie culturelle et mondaine parisienne, où officiers allemands et collaborateurs se côtoyaient. Il s'engagea dans une amitié avec le sculpteur allemand Arno Breker. Il félicita l'Allemagne après la prise de Kiev. Anticommuniste et antisémite, il entra en correspondance avec Goebbels, qu'il rencontra ensuite dans le Paris occupé afin de tenter de jouer un grand rôle dans l'administration de l'Opéra de Paris, qui resta géré par Jacques Rouché.

Il fit des tournées en Allemagne et de surcroît vécut avec l'une des « comtesses » de la Gestapo, Sonia Olinska (de son vrai nom Irène Blache), espionne de la Gestapo ; l'aveu qu'elle en fit à Lifar signifia la fin de leur liaison.

Olinska tourna avec sa fille « Bijou » dans le film de Guillaume Radot Le Loup des Malveneur avec Pierre Renoir, Madeleine Sologne et Gabrielle Dorziat. Lifar lui, réalisa deux documentaires sur la danse Symphonie en blanc et La Danse éternelle qui ne connurent pas le succès.

En 1942 Lifar fit la chorégraphie du ballet Animaux modèles de Francis Poulenc, qui dédicaça la partition manuscrite à son ami Maurice Brianchon le 8/08/1942 laquelle fut vendue 36 000 euros lors de la vente Brianchon des 7, 8 et 9/04/2013[1].

Tout au long du conflit, Radio-Londres avait fustigé Lifar et sa collaboration avec l'occupant, lui promettant la mort. Inévitablement, à la Libération, il fut sans autre forme de procès licencié de l'Opéra et rayé à vie des scènes nationales. Il se cacha dans Paris chez plusieurs amies ballerines. Une instruction judiciaire fut ouverte afin d'examiner sa conduite, qui se termina par un non-lieu ; il avait entre-temps échappé à l'arrestation.

Après la Guerre[modifier | modifier le code]

Afin de se faire oublier, Lifar se fit engager comme directeur des Ballets de Monte-Carlo, mais pas pour longtemps, car dès 1947 il « rentrait en grâce » et retrouvait son poste de maître des ballets de l'Opéra...

Il obtint de la direction de l'Opéra de Paris quelques réformes importantes, dont la création d'une classe d'adage et l'instauration d'une soirée hebdomadaire réservée exclusivement à la danse. En 1955, une chaire lui sera confiée à la Sorbonne pour l'étude de la chorégraphie-chorélogie, science de la danse. Il fit ses adieux à la scène en 1956 dans le rôle d'Albert dans Giselle.

Il poursuivit son activité chorégraphique à travers le monde jusqu'en 1969, puis fonda et anima avec passion l'Institut chorégraphique de l'Opéra et l'université de la danse.

En 1967 il dirigea les ballets lors du couronnement impérial à Téhéran du shah d'Iran.

Le duel[modifier | modifier le code]

Rapporté abondamment dans les journaux de l'époque, un duel entre le marquis de Cuevas et Serge Lifar eut lieu le 30 mars 1958. Les deux hommes réglaient ainsi à l’épée un différend artistique, en présence de nombreux photographes de presse et d'une caméra. La querelle avait pour origine un désaccord au sujet de la reprise du ballet de Lifar, Noir et Blanc (ou Suite en blanc) par le Grand Ballet du Marquis de Cuevas[2]. Au cours d'une discussion assez vive le marquis avait asséné une gifle à Lifar, qui exigea réparation sur le pré. Cuevas avait alors 73 ans, Lifar 54.

La date fut fixée au 30 mars et la rencontre eut lieu à Blaru près de Vernon en Normandie. Au bout de trois reprises, Lifar se laissa toucher à l'avant bras. « J'ai cru percer mon fils » déclara le marquis, et ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre.

L'un des témoins du marquis était, bandeau sur l'œil, Jean-Marie Le Pen. Les témoins de Lifar étaient un danseur-étoile, Max Bozzoni (1917-2003) et un premier danseur, Lucien Duthoit (1920-2008).

Lillian Ahlefeldt-Laurvig[modifier | modifier le code]

En 1958 Lifar fit la connaissance d'Inge Lisa Nymberg (9 août 1914 - 27 août 2008) qui devint son amie et son « ange gardien » se présentant sous le nom de comtesse d'Ahlefeldt-Laurvig à la suite d'un mariage de courte durée avec le comte danois de ce nom. Elle avait eu ensuite des liaisons avec le prince héritier du Népal, le prince Vladimir Romanov et un milliardaire américain.

Sa liaison avec Lifar perdura et après sa mort, elle s'attacha à perpétuer son souvenir.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Tamara Toumanova et Serge Lifar.

S'estimant trop peu apprécié à Paris, Lifar habita une dizaine d'années à Monte-Carlo, puis, après un bref retour à Paris, le couple alla s'installer à Lausanne, où il se préoccupa principalement de la rédaction de ses mémoires.

C'est dans cette ville qu'il mourut ; il fut inhumé au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois.

Sa compagne créa une Fondation internationale Serge-Lifar afin de perpétuer sa mémoire, contribuant entre autres à l'organisation du concours international de danse Serge Lifar, fondé à Kiev en 1994.

Ayant dépassé les quatre-vingts ans, elle se remaria avec un Moldave plus jeune d'un demi-siècle, mariage qui fut de courte durée. Elle fut inhumée aux côtés de Lifar à Sainte-Geneviève-des-Bois.

Le collectionneur[modifier | modifier le code]

Très jeune, Lifar débuta une collection de tout ce qui avait trait à la danse, activité qu'il poursuivrait toute sa vie.

La mort de Diaghilev fut à l'origine de l'importance que prit la collection; après la mort et l'enterrement de celui-ci, Lifar, de concert avec Boris Kochno, « dévalisa » l'appartement parisien de son maître, et acquit ensuite des choses qu'il n'avait pu récupérer ou elles lui furent offertes par leurs propriétaires. La collection augmenta en permanence, car rien, jusqu'au plus modeste bout de papier, ne semblait échapper à sa rage de collectionneur.

De temps en temps Lifar vendait, poussé par des besoins d'argent, comme en 1933, près de 300 pièces de sa collection au Hartford's Wedsworth Atheneum Museum of Art.

En 1975 il vendit par l'intermédiaire de Sotheby's-Monaco la bibliothèque de Diaghilev, composée de plus de 800 livres parmi lesquels des imprimés du XVIe siècle et beaucoup de premières impressions; environ un huitième fut acquis par la bibliothèque de l'université Harvard.

En 1985 il légua aux Archives Communales de Lausanne une partie de ses archives (bibliothèque, collection d'affiches, programmes, l'argus de presse qui lui était consacré, correspondances, ainsi que ses œuvres peintes). L'année précédente, il avait vendu chez Sotheby's-Londres, 227 pièces qui atteignirent des prix-record. En 1991, Sotheby's vendit 51 lettres de Lifar à Diaghilev datées de 1924 à 1928, qui furent acquises par la New York Public Library.

Le 6 décembre 2002 Sotheby's-Londres vendit le « lot 92 » consistant en trois coffres contenant des milliers de documents concernant Diaghilev, les Ballets Russes et Lifar. Le tout fut vendu en un seul lot pour 140 000 livres sterling. Le vendeur était quelqu'un « dans l'entourage immédiat du danseur », donc sans doute sa compagne.

Le 13 mars 2012 l'Hôtel des Ventes de Genève dispersa une importante collection de lettres, de photos et de peintures ayant appartenu à Lifar, plusieurs manuscrits autographes de Jean Cocteau, ainsi qu'une lettre de Coco Chanel, adjugée elle seule à 430 000 CHF. Tous les lots, issus de la succession de la comtesse Lilian Ahlefeldt-Laurvig, unique héritière testamentaire de Lifar (morte en 2008), ont atteint un montant total de 7,25 millions de francs suisses (six millions d'euros)[3]

Enfin (?) le 22 avril 2013 la maison de ventes aux enchères Arts Talents Encheres mit en vente à Paris "les derniers souvenirs de Serge Lifar, photographies, manuscrits, dessins, gouaches, tableaux, objets de curiosité costumes..." (article signé A.F. dans "La Gazette de l'Hôtel Drouot" n°15 (19/04/2013, p.49.) ; l'auteur indique que Lifar, héritier (? cf. plus haut) de Diaghilev, "n'a cessé de compléter cet ensemble et a formé une collection d'oeuvres de ses amis artistes ou ayant trait à la danse".

Honneurs[modifier | modifier le code]

La ville de Kiev s'est, depuis l'indépendance nouvellement acquise de l'Ukraine, souvenue de Lifar, lui donnant un nom de rue et celui d'une école. La marque la plus importante d'hommage est constituée par le Concours international de danse, tenu à Kiev pour la première fois en 1994. La septième édition a eu lieu à Donetsk en mars-avril 2011.

En 2004, l'UNESCO organisa à Paris une séance d'hommage à Lifar, à l'occasion du centenaire de sa naissance.

Œuvre écrite[modifier | modifier le code]

Mémoires[modifier | modifier le code]

Lifar s'est penché sur son passé dans plusieurs livres,

  • Du temps que j'avais faim, Paris, Stock, 1935.
  • Ma Vie, Paris, Julliard, 1965.
  • Les Mémoires d'Icare, Paris, Filipacchi, 1989 (rédigés peu de temps avant sa mort), préface de Serge Tolstoï.

Livres consacrés à la danse[modifier | modifier le code]

Lifar est l'auteur de nombreux livres sur le ballet et sur l'histoire de la danse. La plupart d'entre eux ont été écrits par d'autres, soit sur ses indications, soit qu'ils lui aient été proposés pour les publier sous son nom.

  • Le Manifeste du chorégraphe, Paris, Étoile, 1935.
  • La Danse. Les grands courants de la danse académique, Paris, Denoël, 1938.
  • Serge Diaghilev, His Life, His Work, His Legend: An Intimate Biography, New York, 1940.
  • Carlotta Grisi, Paris, Albin Michel, 1941.
  • Giselle, apothéose du ballet romantique, Paris, Albin Michel, 1942.
  • Terpsichore dans le cortège des muses, Paris, Lagrange, 1943.
  • Pensées sur la danse, Paris, Bordas, 1946.
  • Préface, dans : F. Divoire, La Danse – The Dance, Paris, 1948.
  • Traité de danse académique, Paris, Bordas, 1949.
  • Auguste Vestris, le dieu de la danse, Paris, Nagel, 1950.
  • Histoire du ballet russe, Paris, Nagel, 1950.
  • Traité de chorégraphie, Paris, Bordas, 1952.
  • A History of Russian Ballet, Londres, 1954.
  • Les Trois Grâces du XXe siècle. Légendes et vérité, Buchet-Chastel 1957.
  • Au service de la danse, Paris, université de la Danse, 1958.
  • Hommage à Arno Breker, Marco édition, Bonn-Paris, 1975.

Littérature et sources[modifier | modifier le code]

  • Jean Laurent & Julie Sazanova, Serge Lifar, rénovateur du ballet français, Paris, Buchet-Chastel, 1960.
  • The Diaghilev-Lifar Library, catalogus, Sotheby's, Monte-Carlo, 1975.
  • Roger Peyrefitte, L'innominato. Nouveaux propos secrets, Paris, Albin Michel, 1989, p. 88-89.
  • Ballet material and manuscripts from the Serge Lifar Collection, catalogus, Sotheby's, Londen, 1984
  • Alexander Schouvaloff The Art of Ballets Russes: The Serge Lifar Collection of Theater Designs, Costumes, and Paintings at the Wadsworth Atheneum, Yale University, 1998.
  • Roger Leong (ed.), From Russia With Love: Costumes for the Ballets Russes 1909-1933, Australian Publishers, 2000, ISBN 0-642-54116-7, ISBN 978-0-642-54116-1.
  • Laurence Benaïm, Marie-Laure de Noailles, la vicomtesse du bizarre, Paris, Grasset, 2001.
  • Robert Aldrich & Garry Wotherspoon, Who’s Who in Gay and Lesbian History from Antiquity to World War II, Routledge, Londres, 2002, ISBN 0-415-15983-0.
  • Gilbert Serres, Coulisses de la danse, France-Europe éditions, 2005
  • Stéphanie Corcy, La Vie culturelle sous l'Occupation, Paris, Perrin, 2005.
  • Lynn Garafola, Legacies of Twentieth-century Dance, Weslyan University Press, Middletown, 2005
  • Cyril Eder, Les Comtesse de la Gestapo, Paris, Grasset, 2006
  • Florence Poudru, Serge Lifar : la danse pour patrie, Hermann, 2007 (ISBN 9782705666378) [présentation en ligne]
  • Serge Lifar, musagète, DVD, 2008.
  • Frederic Spotts, The Shameful Peace: How French Artists and Intellectuals Survived the Nazi Occupation, Yale University Press, New York, 2008.
  • Jean-Pierre Pastori, Serge Lifar, la beauté du diable, ed. Fame Sa, 2009.
  • Sjeng Scheijen, Sergej Diaghilev, een leven voor de kunst. Amsterdam, Bert Bakker, 2009, ISBN 90-351-3624-1.
  • Alan Riding, And the Show Went On: Cultural Life in Nazi-occupied Paris, 2010.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (Chantal Humbert, Dans l'intimité de Maurice Brianchon, dans "La Gazette de l'Hôtel Drouot" n° 15 - 19/04/2013 p. 159)
  2. « L'incident Lifar-Cuevas », sur Le Monde,‎ 24 mars 1958 (consulté le 17 septembre 2014)
  3. Dépêche AFP du 15.3.2012

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