Christian Zervos

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Christian Zervos

Nom de naissance Χρήστος Ζερβός
Naissance 1er janvier 1889
Argostoli (Céphalonie, Grèce)
Décès 12 septembre 1970 (à 81 ans)
Paris (France)
Nationalité
Pays de résidence France
Profession Éditeur, critique d'art
Formation
Docteur en Philosophie
Distinctions
Conjoint
Yvonne Zervos (1905-1970)
Descendants

Christian Zervos, (grec moderne : Χρήστος Ζερβός) né le 1er janvier 1889 à Argostoli sur l'île de Céphalonie en Grèce et mort le 12 septembre 1970 à Paris, est un critique d'art et éditeur français d'origine grecque, fondateur de la revue Cahiers d'art en février 1926.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les premières années[modifier | modifier le code]

Christian Zervos est né le 1er janvier 1889 à Argostoli dans l'île grecque de Céphalonie, la plus grande des îles Ionniennes. Il passe son enfance à Alexandrie, puis à Marseille où il suit des études secondaires. En 1907, à l'âge de 18 ans, il monte à Paris pour entamer des études de philosophie et y rencontre Jean Badovici, dans l'hôtel des Carmes où ils demeurent tous les deux. En 1918, il soutient à la Faculté de Paris une thèse de doctorat consacrée au philosophe et homme d'état byzantin Michel Psellos[1]. Grâce à son ami Jean Badovici, Christian Zervos rencontre l'éditeur Albert Morancé qui l'engage dans sa maison d'édition, 32, rue de Fleurus. Zervos y fait ses armes comme secrétaire de rédaction pour les revues Les Arts de la Maison (1923) puis L'Art d'aujourd'hui (1924) où il écrit ses premiers articles sur Pablo Picasso.

Premiers succès, le critique d'art, l'éditeur[modifier | modifier le code]

Christian Zervos fonde en février 1926 sa propre revue: Cahiers d'Art, présentant des analyses esthétiques et des critiques couvrant la période de la préhistoire à l'art contemporain. Les Cahiers d'art furent publiés de 1926 à 1960, avec une interruption durant la Seconde Guerre mondiale de 1941 à 1943. Durant cette période, les Zervos partent à Vézelay où ils possèdent une maison de vacances. La maison d'édition qu'il crée, les Éditions « Cahiers d'Art » s'installent d'abord dans un local voisin du cabinet de l'architecte André Lurçat, 40,rue Bonaparte, avant de s'installer définitivement au 14, rue du Dragon à Paris, en 1929. Durant les années 1930, Zervos publie une grande série de monographies consacrées à des artistes variés comme Henri Rousseau ou l'architecte Frank Lloyd Wright, ou un important ouvrage sur l'art grec. Pablo Picasso confie à Zervos la constitution du catalogue raisonné de son œuvre peinte et dessinée en 1932. Ce catalogue complété de 1970 à 1978 par Mila Gagarine, comprend 33 volumes et constitue la base la plus complète sur l'œuvre peinte de Picasso[2].

Cafés parisiens et relations mondaines[modifier | modifier le code]

En août 1928, alors qu'il vient rendre visite à Picasso en vacances à Dinard, il rencontre la jeune Yvonne Marion, qu'il emmène en voiture depuis la gare. Picasso encourage leur flirt et bientôt Yvonne et Christian Zervos partagent leur vie ensemble à Paris[3]. Le 12 mai 1932, Christian Zervos épouse Yvonne, qui développe dès 1934 la galerie des « Cahiers d'Art » en transformant le rez-de chaussée de la maison d'édition du no 14, rue du Dragon [4]. En 1939, la Galerie se doublera de la Galerie MAI (Meubles Architectures Installations) où fut présentée début 1940 une vaste exposition collective "L'art représentatif de notre temps" puis des expositions personnelles de Joan Miró, Marc Chagall, Fernand Léger et Pablo Picasso.

La galerie cosmopolite[modifier | modifier le code]

Fermée avec l'occupation, la galerie ne ré-ouvre qu'en 1945. Elle soutint un certain nombre d'artistes comme Victor Brauner, Luis Fernández, César Domela, René Magritte dans leur traversée du désert avant qu'ils ne trouvent ou retrouvent un marchand plus prestigieux. Elle soutint le retour à la figuration d'un Jean Hélion et d'un Gaston-Louis Roux. Elle fit ressurgir Serge Charchoune et Joseph Sima. Elle découvrit quelques jeunes : le peintre Philippe Bonnet et les sculpteurs Yerassimos Sklavos, Boyan et José Subirà-Puig. Toujours très internationale, elle accueillit les américains Jesse Reichek et Mary Callery, l'allemand Werner, la norvégienne Bergmann, l'italien Antonio Corpora, les grecs Constantin Byzantios, Manolis Calliyannis et Alekos Kontopoulos.

Christian Zervos, collectionneur d'art[modifier | modifier le code]

Dans le cadre d'une exposition d'art moderne qu'ils organisent dans la grande chapelle du Palais des papes d'Avignon, Christian Zervos et le poète René Char demandent à Jean Vilar, acteur et metteur en scène de théâtre, une représentation de Meurtre dans la cathédrale, qu'il a créé en 1945. Après qu'il a refusé, Vilar leur propose, en 1947, trois créations : La Tragédie du roi Richard II, de Shakespeare, une pièce méconnue en France, La Terrasse de midi, de Maurice Clavel, auteur alors encore inconnu, et L'Histoire de Tobie et de Sara, de Paul Claudel[5]. C'est la naissance du festival d'Avignon.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Yvonne Zervos décède des suites d'un cancer alors qu'elle prépare l'exposition Picasso d'AVignon, le 20 janvier 1970. Christian Zervos très affecté par la disparition de sa femme décède peu après à Paris, le 12 septembre 1970, quelques mois après sa femme emportée par un cancer le 20 janvier 1970. Son testament olographique rédigé en mai 1970 précise les conditions d'un legs de l'ensemble de ses biens et propriétés à la ville de Vézelay. La maison Zervos accueille la Fondation Christian et Yvonne Zervos, tandis qu'est créé en mars 2006, le musée Zervos dans la maison Romain-Rolland de Vézelay. Le Prix Christian et Yvonne Zervos est attribué tous les deux ans à un artiste ou à un architecte afin de lui permettre de concrétiser un projet[6]. Ce lieu sécurisé permets d'accueillir les œuvres d'art qui constituent le legs de sculptures et de peintures de Picasso, Deux figurines en bronze de Giacometti (1941-1945) et un Grand mobile noir de Calder (1954).

Christian Zervos est enterré à Vézelay, rejoint par le corps de sa femme, inhumé auprès de lui en juin 1983[7].

Publications[modifier | modifier le code]

Thèse universitaire[modifier | modifier le code]

L'article « Michel Psellos » est un complément détaillé sur ce sujet.
  • Un philosophe néoplatonicien au XIe siècle: Michel Psellos: sa vie, son œuvre, ses luttes philosophiques, son influence, Thèse pour le doctorat d'université présentée à la faculté des lettres de Paris par Christian Zervos, diplômé d'études Supérieures de Philosophie, Paris, Éditions Ernest Leroux, 1919, p. 270[1].

Catalogue raisonné des œuvres de Pablo Picasso[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pablo Picasso.

Publié de 1932 à 1978, Christian Zervos a constitué le catalogue raisonné de l'intégralité des œuvres de Pablo Picasso, en compagnie de l'artiste qui est devenu un de ses amis proche à partir de 1924. À la mort de l'éditeur, Mila Gagarine a supervisé la publication de 11 volumes supplémentaires de 1970 à 1978[2]. L'œuvre en 33 volumes couvre l'intégralité de l'œuvre de 1895 à 1972, avec près de 16000 photographies en noir et blanc selon la volonté de l'artiste [8].

  • Christian Zervos, Catalogue raisonné des œuvres de Pablo Picasso, Paris, éditions « Cahiers d'Art », 1978.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Aristide Maillol, Paris, Albert Morancé (coll. "L'Art d'aujourd'hui"),‎ 1925, 16 p.
  • Picasso, œuvres de 1920-1926, Paris, Éditions « Cahiers d'Art », 1926
  • Raoul Dufy, 1928
  • Paul Nelson, Christian Zervos, Cité hospitalière de Lille, Paris, Éditions « Cahiers d'Art », 1933
  • Art de la Mésopotamie, 1935
  • Matthias Grünewald : le retable d'Isenheim, Paris, Editions « Cahiers d'Art »,‎ 1936, VIII + 32 p.
  • L'art de la catalogne, de la seconde moitié du neuvième siècle à la fin du quinzième siècle. Textes de Christian Zervos, Ferran Soldevilla, Josep Gudiol, Paris, Éditions « Cahiers d'Art », 1935, In-4 , reliure d'éditeur, cartonnée, 36 pages (texte de Zervos sur le « prétendu vandalisme des républicains ») et 223 planches.
  • Histoire de l'art contemporain, Paris, Éditions « Cahiers d'Art », 1938
  • Les Œuvres du Greco en Espagne, Paris, Editions « Cahiers d'Art »,‎ 1939, LXI + 224 p.
  • Exposition de peintures et sculptures contemporaines au Palais des papes à Avignon, du 27 juin au 30 septembre 1947
  • Dessins de Picasso 1892-1948, Paris, Éditions « Cahiers d'Art », 1949
  • Nus de Lucas Cranach l'Ancien, Paris, Editions « Cahiers d'Art »,‎ 1950, 77 p.
  • Fernand Léger : œuvres de 1905 à 1952, Paris, Éditions « Cahiers d'Art », 1952
  • Civilisation de la Sardaigne : néolithique au nouragique, 1954
  • L'Art des Cyclades, du début à la fin de l'âge du bronze, 2500-1100 avant notre ère, Paris, Éditions « Cahiers d'Art », 1957
  • Corpora, 1957
  • L', Paris, Éditions « Cahiers d'Art », 1959
  • L'art de l'époque du Renne en France, Paris, Éditions « Cahiers d'Art », 1959, In-folio, 495 p.
  • Chauvin, Paris, Éditions Cahiers d'Art, 1960, 103 p.
  • Domela, Amsterdam, J. M. Meulenhoff, 1965. In-8 br. Coll. « Art et architecture aux Pays-Bas ».
  • Brancusi, Paris, Editions « Cahiers d'Art »,‎ 1957, 104 p.
  • La Civilisation Hellénique - Tome I - XI éme - VIII éme siècle, Paris, Editions « Cahiers d'Art »,‎ 1969, VII + 320 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Thèse de Zervos
  2. a et b |http://collections.bm-lyon.fr/presseXIX/PER00449b68b92455f2 A la découverte de Picasso, au travers des 16 000 œuvres recensées dans le catalogue établit par Christian Zervos]
  3. John Richardson, A Life of Picasso: The Triumphant Years, 1917-1932, Volume 3, p. 359
  4. Sylvie Lecoq-Ramond, Matthew Affron, Fernand Léger, Fage Édition, 2004, p. 19
  5. « Histoire », site du festival d'Avignon.
  6. http://www.culturecommunication.gouv.fr/Regions/Drac-Bourgogne/Disciplines-et-secteurs/Architecture-et-espaces-proteges/Promotion-de-l-architecture-education-aux-arts-de-l-espace/Le-Prix-Christian-et-Yvonne-Zervos
  7. « Christian Zervos », sur musee-zervos.fr : « La tombe des Zervos se trouve dans le vieux cimetière en haut du village. ».
  8. http://www.nytimes.com/2013/05/23/arts/design/the-zervos-picasso-catalog-is-resurrected.html?pagewanted=all&_r=0

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Index général de la revue Cahiers d’art, 1926-1960, pref. Dora Vallier, Paris, Ed. Cahiers d’art, 1981.
  • (en) Chara Kolokytha, « The Art Press and Visual Culture in Paris during the Great Depression: Cahiers d'Art, Minotaure and Verve », Visual Resources, An International Journal of Documentation, vol. 29, no 3,‎ 2013, p. 184–215 (ISSN 0197-3762)
  • (en) Chara Kolokytha, « Christian Zervos et Cahiers d'art, Archives de la Bibliothèque Kandinsky », Konsthistorisk tidskrift/Journal of Art History, vol. 82, no 4,‎ 2013, p. 339–342 (ISSN 0023-3609)
  • Jean-Pierre De Rycke, « Christian Zervos et Tériade: deux insulaires grecs à la conquête de l'avant-garde européenne, Paris - Athènes, 1863 - 1940 », Pinacothèque Nationale et Musée Alexandros Soutzos, Athènes,‎ 2006
  • (en) Kim Grant, « Cahiers d'Art and the Evolution of Modernist Painting », The Journal of Modern Periodical Studies, vol. 1, no 2,‎ 2010, p. 216–227 (ISSN 1947-6574)
  • Christian Derouet, Rémi Labrusse et Rainer Rochlitz, Cahiers d'art, Musée Zervos à Vézelay, Paris, Editions Hazan,‎ 2006, 278 p. (ISBN 978-2754100533)
  • (en) Christopher Green, « Zervos, Picasso and Brassaï, ethnographers in the field: a critical collaboration », dans Malcolm Gee, Art criticism since 1900, Manchester University Press,‎ 1993.
  • Valery Dupont, Le discours anthropologique dans l’art des années 1920-1930 en France, à travers l’exemple des Cahiers d’art, thèse, 1999, Art et Archéologie, Université de Dijon.
  • Yvette Szczupak-Thomas, Un Diamant brut: Vézelay-Paris 1938-1950, Paris, Editions Métailié,‎ 2008, 438 p. (ISBN 978-2864246541)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]