Michel Leiris

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Michel Leiris

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Michel Leiris dans son bureau
au Musée de l'Homme en février 1984.

Activités écrivain, poète, ethnologue
Naissance 20 avril 1901
Paris
Drapeau de la France France
Décès 30 septembre 1990 (à 89 ans)
Saint-Hilaire (Essonne)
Drapeau de la France France
Langue d'écriture français
Genres autobiographie, essai, poésie

Œuvres principales

Michel Leiris (Julien Michel Leiris), né le 20 avril 1901 à Paris 16e et mort le 30 septembre 1990, à Saint-Hilaire dans l'Essonne[1], est un écrivain, poète, ethnologue et critique d'art français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Michel Leiris est né au sein d'une famille bourgeoise cultivée habitant au 41 rue d'Auteuil dans le 16e arrondissement de Paris. Sa famille le pousse contre son gré à faire des études de chimie alors qu'il est attiré par l'art et l'écriture. Il fréquente les milieux artistiques après 1918, notamment les surréalistes jusqu'en 1929. Il se lie d'amitié avec Max Jacob, André Masson, Picasso, etc. Son œuvre a marqué les recherches ethnographiques et ethnologiques.

En 1935, dans L'Âge d'homme, voici comme il se décrit :

« Je viens d’avoir trente-quatre ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis de taille moyenne, plutôt petit. J’ai des cheveux châtains coupés court afin d’éviter qu’ils ondulent, par crainte aussi que ne se développe une calvitie menaçante. Autant que je puisse en juger, les traits caractéristiques de ma physionomie sont : une nuque très droite, tombant verticalement comme une muraille ou une falaise, marque classique (si l'on en croit les astrologues) des personnes nées sous le signe du Taureau ; un front développé, plutôt bossué, aux veines temporales exagérément noueuses et saillantes. (...) Mes yeux sont bruns, avec le bord des paupières habituellement enflammé ; mon teint est coloré ; j'ai honte d'une fâcheuse tendance aux rougeurs et à la peau luisante (...). »

— Je viens d'avoir trente-quatre ans, §1 in Michel Leiris, L'Âge d'homme, Gallimard, 1939.

Milieu familial[modifier | modifier le code]

Son grand-père paternel, Jacques Eugène Leiris (1819-1893), employé de commerce, a pris part aux journées de juin 1848[2].

Sa mère, Marie-Madeleine née Caubet (1865-1956), catholique fervente, a fréquenté la Sorbonne, parlait couramment l’anglais, mais n’exerça aucune fonction rémunérée.

Eugène Leiris (1855-1921), son père, travaille dès l’âge de quatorze ans. Il est agent de change d’Eugène Roussel (1833-1894) puis de son successeur Jacques Sargenton, caissier des titres de ce dernier, puis son fondé de pouvoirs. Établi à son compte, il est alors l’homme d’affaires de Raymond Roussel (fils d’Eugène Roussel et écrivain à qui Leiris voue une immense admiration). Eugène Leiris décède, le 16 novembre 1921, des suites d’une opération de la prostate. Max Jacob, retiré, fin juin 1921, au couvent des bénédictins de Saint-Benoît-sur-Loire, adresse, le 18 novembre 1921, ses condoléances à Michel Leiris qui vient de perdre son père. C'est la première des lettres qu’il lui adresse (deux par mois) au cours des deux années qui suivent. Les soixante-six lettres, dont cinquante-deux de novembre 1921 à décembre 1923, conservées par Leiris ont été publiées[3].

Eugène et Marie Leiris qui ont perdu une fille, Madeleine, élèvent quatre enfants : trois fils, Jacques, Pierre (dont les deux fils, François et Henri, décèdent au combat en novembre 1944), Michel et leur nièce Juliette, marraine de Michel. Elle est, pour lui, une sœur aînée, une seconde mère mais aussi, grâce à son excellente mémoire, celle qui lui permet de vérifier l’exactitude de ses souvenirs d’enfance. Juliette épouse, le 2 juin 1910, Gustave Jannet (1883-1935). Le couple vient habiter Paris, près de chez les Leiris, Michel peut ainsi continuer à voir sa sœur tous les jours.

Il épouse en 1926 Louise Godon (1902-1988)[1] surnommée Zette, fille « naturelle » de Lucie Godon qui a trois sœurs plus jeunes. Michel Leiris devient ainsi le beau-frère de Daniel-Henry Kahnweiler, le puissant marchand de tableaux (s'occupant de Picasso notamment), ami de Max Jacob, Georges Braque, Juan Gris, et théoricien du cubisme[4]. Chez les Kahnweiler, on rencontre régulièrement André Masson et ses amis, le critique d’art Maurice Raynal (1884-1954), Élie Lascaux et son épouse Berthe (1893-1984) (sœur de Lucie Godon), Suzanne Roger et son mari André Beaudin, le sculpteur Jacques Lipchitz, le musicien Erik Satie, le dramaturge Armand Salacrou et sa femme Lucienne, des écrivains et poètes Antonin Artaud, Charles-Albert Cingria (1883-1954), André Malraux et sa femme Clara.

Études[modifier | modifier le code]

Les parents de Michel Leiris s’installent, en 1904, au 8 rue Michel-Ange dans un quartier d’Auteuil. De 1906 à 1909, Michel fréquente, jusqu’à la classe de neuvième incluse, l’école privée mixte de la rue Michel-Ange.

Au mois d’octobre 1909, il entre au cours Kayser-Charavay, avenue Montespan, pour une année scolaire. En octobre 1910, il est en classe de septième, et l’année suivante en sixième, au cours Daguesseau, dirigée par l’abbé Llobet, rue Boileau.

Puis, en octobre 1912, il intègre le lycée Janson-de-Sailly pour y suivre les cours de cinquième. En juillet 1914, Michel termine sa quatrième avec le deuxième prix de français et le premier prix de récitation. En juillet 1916, il obtient, à la fin de sa classe de seconde, les premiers prix de composition française et d’exercices latins, mais, pour raison disciplinaire, il doit quitter le lycée Janson-de-Sailly. Sa famille le protège des nouvelles concernant la Première Guerre mondiale.

Au mois d’octobre 1916, il entre à l’école Vidal de la rue de Passy, pour y suivre la classe de première. Michel obtient en juillet 1917, la première partie du baccalauréat latin-langues, avec l’indulgence du jury. Il retourne, en octobre 1917, au cours Kayser-Charavay, pour suivre sa classe de philosophie. Il échoue, en juillet 1918, à la deuxième partie du baccalauréat. L’été 1918, les Leiris s’installent au 2 rue Mignet dans le seizième arrondissement de Paris. Michel suit des cours de philosophie dans une école privée, l'« école Descartes ». Il repasse, le 28 octobre 1918, la deuxième partie du baccalauréat (philosophie) qu’il obtient « tant bien que mal » d'après ses dires. Il découvre le jazz, le whisky, les boîtes de Montmartre et des chanteuses noires américaines, comme Bricktop, venues s'installer à Paris après la guerre.

De 1919 à la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Dès 1919, Michel Leiris fait quelques tentatives pour avoir un emploi stable. Après deux tentatives comme employé de commerce aux magasins Peter Robinson et chez le commissionnaire Max Rosambert, Leiris abandonne très rapidement.

Durant l’automne 1920, il prépare l’examen d’entrée à l’Institut de chimie. Le 15 décembre 1921, Michel Leiris commence un service militaire, au fort d'Aubervilliers, puis à l’Institut Pasteur, où il termine ses deux ans de conscription.

Il habite encore chez sa mère (rue Mignet), et prépare, seulement pour la forme, un certificat de chimie. Le 15 décembre 1923, libéré du service militaire, il met fin à ses études de chimie. Il dira lui-même : « J’obéis à ma vocation — et renonçant aux vagues études que j’avais poursuivies jusqu’alors — je quittai le laboratoire où j’avais fini mon service […], décidé à consacrer toute mon activité à la littérature. »

Au mois d’octobre 1926, Michel Leiris est représentant en librairie, métier qui l’ennuie, mais lui laisse le temps d’écrire. Il adhère au syndicat CGT des V.R.P. (voyageurs représentants placiers). Marxiste, il est sensible aux critiques de Souvarine à l'endroit du Parti Communiste Soviétique.

Il entre à Documents, revue fondée en 1929, par Georges Bataille, Georges Henri Rivière, Carl Einstein et financée par le marchand d’art Georges Wildenstein, le 3 juin 1929, comme secrétaire de rédaction, succédant à un poète et romancier, Georges Limbour, et précédant un ethnologue, Marcel Griaule, à son retour d’Éthiopie. Une rencontre décisive pour sa carrière d’ethnographe. À vingt-huit ans, c'est son premier emploi stable.

De 1929 à 1935, il suit une psychanalyse sous la conduite d'Adrien Borel. Il ressent le besoin, pour la parachever, ou en constater l'échec, d'écrire une autobiographie : L'Âge d'Homme. Cette première œuvre est ensuite prolongée par les quatre tomes de La Règle du Jeu, rédigés de 1948 à 1976.

Avec l’appui de Georges Henri Rivière, sous-directeur du Musée d’ethnographie du Trocadéro depuis 1929, Leiris est officiellement recruté, en janvier 1931, par Marcel Griaule en tant qu’homme de lettres et étudiant en ethnologie faisant fonction de secrétaire archiviste de la Mission ethnographique, la « Mission Dakar-Djibouti ». Bien qu'il n'ait pas de formation d'ethnologue, l'intérêt qu'il a montré au cours de sa collaboration à la revue Documents pour les relations entre les sciences sociales et le marxisme lui vaut d'avoir été choisi pour cette expédition, une place dans celle-ci, que Luis Buñuel a dédaignée, restant disponible[5]. Michel Leiris tient le journal de bord de cette mission, publié sous le titre de L'Afrique fantôme, dont la tonalité est de plus en plus personnelle et intime.

La falaise de Bandiagara, au Mali, dans le Pays Dogon, où la Mission Dakar-Djibouti s'est longuement arrêtée.

La mission comprend, en 1931, six personnes : Marcel Griaule (chef de la mission), Marcel Larget, un naturaliste, chargé de l’intendance et second de la mission, Leiris, Éric Lutten (enquêtes sur les technologies et prises de vue cinématographiques), Jean Mouchet (études linguistiques) et Jean Moufle (enquêtes ethnographiques). Plus tard, André Schaeffner (musicologue), Abel Faivre (géographe et naturaliste), Deborah Lifchitz (1907-1943), linguiste, et Gaston-Louis Roux, recruté sur la recommandation de Leiris comme « peintre officiel de la Mission » chargé d’étudier et collecter des peintures éthiopiennes anciennes et d’en exécuter des copies. À ces personnes, il est essentiel d'ajouter Abba Jérôme Gabra Mussié, un grand lettré éthiopien qui sera à la fois l'interprète et l'informateur principal de Leiris à Gondar.

De retour à Paris, il a du mal à se réadapter à la vie parisienne. Il habite encore — avec sa femme — chez sa mère, rue Wilhem.

Il se met à étudier l'ethnologie en suivant les cours de Marcel Mauss à l'Institut d'ethnologie, puis prend la responsabilité du Département d'Afrique noire du Musée d'ethnographie du Trocadéro (ancêtre du Musée de l'Homme).

Il fait un trait, comme Paul Nizan (dans Aden Arabie), sur le voyage comme mode d'évasion, en signant L'Afrique fantôme : monumental journal de voyage dans lequel il détourne les techniques d'enquête et de retranscription ethnographiques pour les appliquer à la description du quotidien et des conditions de travail de l'équipe de chercheurs. La publication de ce texte dans la collection « Les documents bleus » chez Gallimard en 1934 provoque la rupture avec Marcel Griaule qui craint que la révélation des méthodes brutales utilisées pour la collecte de certains objets sacrés ne porte atteinte à la réputation des ethnographes[6].

Il se donne comme mission d'obtenir les diplômes qui légitimeront ses activités. Son mémoire sur la langue secrète des Dogons présenté à l’École pratique des hautes études (EPHE) est ajourné par Louis Massignon (1883-1962) qui lui reproche de procéder par « explosions successives de pensée » et non par enchaînements discursifs.

Il le présente en juin 1938. Entre temps, en janvier 1935, il commence à suivre les cours sur les religions primitives de Maurice Leenhardt à l’EPHE et, à partir du mois de novembre, une licence de lettres à la Sorbonne.

En 1936, il obtient son certificat d’histoire des religions (option religions primitives), mention bien, et le 21 novembre de la même année un certificat de sociologie. En juin 1937, il décroche son certificat d’ethnologie (options linguistique et Afrique Noire), mention bien, et le 21 d’octobre le diplôme d’amharique de l’École nationale des langues orientales vivantes, mention bien. De 1937 à 1939, il participe aux travaux du Collège de Sociologie, fondé par Georges Bataille et Roger Caillois, qui, entre autres, s'emploie à « appliquer » les thèses sur le sacré de Marcel Mauss et de Robert Hertz aux faits sociaux et politiques contemporains[7].

Le fronton du musée de l'Homme avec les stances de Paul Valéry

Au printemps de l’année 1938, désormais licencié ès lettres, Leiris est nommé directeur de service au Laboratoire d’ethnologie du Muséum national d'histoire naturelle, puis il entre comme chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) tout en demeurant affecté au musée de L'Homme. Il en reste salarié jusqu’à sa retraite, en 1971.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale[modifier | modifier le code]

Au mois d’août 1940, le linguiste Boris Vildé (1908-1942), l’anthropologue Anatole Lewitsky (1901-1942) et la bibliothécaire Yvonne Oddon (1902-1982) créent le « secteur Vildé » du réseau de résistance dit Groupe du musée de l'Homme.

Leiris entretient des rapports cordiaux avec le groupe, sans en faire partie, notamment pour préserver la sécurité et les intérêts de Kahnweiler – qui, comme juif, a dû quitter Paris et se réfugier dans le sud-ouest de la France – et de la galerie Simon (devenue galerie Louise Leiris en 1941), mais Michel Leiris et son épouse abritent, sans aucune réserve, Deborah Lifchitz, juive d’origine polonaise, dans leur appartement de la rue Eugène-Poubelle. Cette collaboratrice de la Mission Dakar-Djibouti, amie et collègue de Denise Paulme au musée de L'Homme, meurt à Auschwitz après son arrestation par la police française, le 21 février 1942. Leiris dédiera à sa mémoire La Langue secrète des Dogons de Sanga au moment de sa publication en 1948.

Durant la fin de la guerre, il organisera également dans son appartement le 19 mars 1944 la lecture de la première pièce de théâtre de Picasso, Le Désir attrapé par la queue, regroupant une importante partie de l'intelligensia parisienne (Sartre, Beauvoir, Lacan, Reverdy...) sous la direction d'Albert Camus[8]

C'est au cours de ces années de guerre que prend forme La Règle du jeu, une vaste et méticuleuse entreprise autobiographique. Considéré comme l'un des plus grands prosateurs du XXe siècle (Claude Lévi-Strauss)[9], Leiris renouvelle totalement ce genre littéraire, le dégageant de la chronologie, disloquant celle-ci, et procédant par associations d'images, de mots et d'idées, et par analepses. En même temps qu'un travail de et sur la mémoire, c'est à une mise en abîme de l'écriture qu'il se livre alors : s'écrire, se décrire, se vivre en écrivant. De 1948 à 1976, quatre tomes sont publiés : Biffures, Fourbis, Fibrilles, Frêle Bruit où, à l'image des longues phrases à périodes et parenthèses qui les parsèment, se lit une sorte de mise en boucle de soi - de soi et de son rapport au monde, aux autres, au langage – qui n'est pas sans évoquer les Essais de Montaigne[10].

Après guerre[modifier | modifier le code]

Michel Leiris en 1950

En octobre 1942, Leiris rencontre Sartre au Havre. Les deux écrivains se sont auparavant mutuellement lus et appréciés, Leiris ayant été subjugué par La Nausée et L'âge d'homme ayant fait forte impression sur Sartre.

Cette rencontre sera décisive pour la pensée et l'écriture de Leiris, au point qu'il réalisera une longue préface à L'Âge d'homme (« De la littérature considérée comme une tauromachie »), marquée par la thématique sartrienne de la « littérature engagée ». Après la Libération, il devient membre de l'équipe fondatrice de la revue Les Temps modernes dirigée par Sartre. Il participe également, avec Alioune Diop, Aimé Césaire, dont il devient l'ami, et Georges Balandier, à la fondation de la revue Présence africaine en 1945. Il écrit également des nouvelles et de nombreux poèmes.

Parallèlement, il embrasse la profession d'ethnologue et, à partir de 1943, devenu chercheur du CNRS au Musée de l'Homme, il exercera une grande influence sur une nouvelle génération d'ethnologues comme Georges Condominas, Georges Balandier, Paul Mercier ou Gilbert Rouget.

Il est nommé Satrape du Collège de 'Pataphysique en 1957, et publie de nombreux textes dans la revue du Collège.

D'un tempérament mélancolique et angoissé, atteignant une profonde dépression, il tente en 1957 de se suicider, et reste quatre jours dans le coma (ce qu'il relatera dans le troisième tome de La Règle du jeu, Fibrilles).

À partir des années 1960[modifier | modifier le code]

En 1960, Michel Leiris participe à la fondation et à la direction des Cahiers d’études africaines publiés par l’École pratique des hautes études (VIe section).

En juillet de la même année, prenant position contre le colonialisme, il est notamment un des premiers signataires du Manifeste des 121 - Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie, et également membre du Mouvement de la paix, publié en septembre dans différents périodiques, qui furent saisis ; vingt-neuf des signataires, dont Leiris, furent inculpés de provocation à l’insoumission et à la désertion.

Le 25 octobre 1960, année de l’accession à l’indépendance des colonies françaises d’Afrique noire et de Madagascar, une commission paritaire du CNRS se réunit en conseil de discipline pour examiner le cas des chercheurs signataires du « Manifeste des 121 ». Tentant de se défendre, Leiris affirme que sa vocation d’ethnologue le pousse à défendre les peuples qu’il étudie et dont il est « l’avocat désigné, celui qui plus que quiconque doit s’attacher à faire admettre leurs droits, sans excepter le droit de lutter à leur tour pour se constituer en nation ». Le 7 décembre, un blâme lui est infligé.

En janvier 1961, quelques mois après la sanction concernant la signature du « Manifeste des 121 », il est promu maître de recherche au CNRS

Jean Rouch conseille à Leiris en 1967 de postuler au grade de directeur de recherche au CNRS (ce qui lui prolonge de trois ans sa carrière). Il est nommé directeur de recherche en janvier 1968.

Il préside avec Simone de Beauvoir, l’association des amis du journal maoïste La Cause du peuple. Il s’associe au mouvement de mai 1968.

En 1968, il rejoint André du Bouchet, Yves Bonnefoy, Paul Celan, Jacques Dupin et Louis-René Des Forêts au comité de rédaction de la revue L'Éphémère, jusqu'au dernier numéro en 1972.

Avec Robert Jaulin et Jean Malaurie, il assure durant l'année 1969 la critique des théories d’ethnologie dans le cadre de l’enseignement « critique » et « polémique » donné à la Sorbonne, parallèlement aux cours officiels d’ethnologie.

Il laisse, en plus de son œuvre autobiographique, d'importantes études de critique esthétique et d'ethnologie. Il a notamment travaillé sur la croyance en la possession - le culte des génies « zar » - dans le nord de l'Éthiopie, l'analysant dans une perspective proche du thème sartrien de la mauvaise foi existentielle et des travaux d'Alfred Métraux, dont il était un ami proche, sur le culte vaudou en Haïti.

En matière de critique d'art, Leiris est l’un des observateurs les plus aigus de son temps, et il s'est principalement intéressé à la peinture moderne figurative, consacrant des articles et des essais aux grands peintres "réalistes" du 20e siècle : Pablo Picasso, Wifredo Lam, André Masson, Alberto Giacometti ou Francis Bacon (dont on peut considérer qu’il fut le « découvreur »), avec qui il partagera une amitié dès 1966.

En 1980, Leiris refuse le Grand prix national des lettres.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Son bureau au Musée de l’Homme lui est supprimé, au mois d’août 1984[11], une mesure rapportée fin septembre par l’assemblée des professeurs du Muséum national d'histoire naturelle, après les protestations et pétitions du personnel du musée. Au mois de janvier de l’année suivante Leiris fait don, au Musée de l’Homme, de ses archives relatives à l’ethnologie et à sa carrière d’ethnographe, archives aujourd'hui conservées (et numérisées) par la bibliothèque du Laboratoire d'anthropologie du Collège de France.

Avec Jean Jamin, Leiris a fondé en 1986 au musée de l'Homme la revue d'anthropologie Gradhiva, aujourd'hui publiée par le Musée du quai Branly, ainsi que la collection “Les cahiers de Gradhiva” publiée aux éditions Jean-Michel Place.

Hospitalisé à l’Hôpital américain de Neuilly (du 7 au 20 novembre 1989) à la suite d'une crise cardiaque, il décède le dimanche 30 septembre 1990, à 9 h 15 du matin, dans sa maison de Saint-Hilaire (Essonne). Incinéré au crématorium du Père-Lachaise, ses cendres furent placées dans le caveau où reposent Lucie (1882-1945) et son mari Daniel-Henry Kahnweiler (1884-1979), Jeanne Godon (1886-1973) et Zette (Louise Alexandrine) Leiris (née Godon le 22 janvier 1902 à Paris).

Leiris a légué ses biens à Amnesty International, à la Fondation des Droits de l’Homme, au Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP). Sa bibliothèque, ses manuscrits littéraires et sa correspondance sont donnés à la Bibliothèque Jacques Doucet, tandis que ses travaux et archives ethnographiques sont déposés au Laboratoire d'anthropologie sociale. Jean Jamin en est l'héritier littéraire.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1925 - Simulacre, Le Point cardinal
  • 1934 - L'Afrique fantôme
  • 1938 - Miroir de la tauromachie (essai)
  • 1939 - L'Âge d'homme
  • 1943 - Haut Mal (poèmes)
  • 1946 - Aurora (roman)
  • 1948 - Biffures (La Règle du jeu - I)
  • 1948 - La Langue secrète des Doguons de Sanga (deuxième édition : 1992)
  • 1951 - Race et Civilisation
  • 1955 - Fourbis (La Règle du jeu - II)
  • 1955 - Contacts de civilisation en Martinique et en Guadeloupe
  • 1958 - La Possession et ses aspects théâtraux chez les Éthiopiens de Gondar
  • 1961 - Nuits sans nuit et quelques jours sans jour
  • 1964 - Grande fuite de neige
  • 1966 - Fibrilles (La Règle du Jeu - III)
  • 1966 - Brisées (recueil d'articles)
  • 1967 - Afrique noire : la création plastique (en collaboration avec Jacqueline Delange)
  • 1969 - Cinq études d'ethnologie
  • 1969 - Mots sans Mémoire (recueil de textes poétiques)
  • 1969 - Fissures
  • 1971 - André Masson, "Massacres" et autres dessins
  • 1974 - Francis Bacon ou la vérité criante
  • 1976 - Frêle Bruit (La Règle du Jeu - IV)
  • 1978 - Alberto Giacometti
  • 1980 - Au verso des images
  • 1981 - Le Ruban au cou d'Olympia
  • 1985 - Langage, tangage, ou ce que les mots me disent
  • 1987 - Francis Bacon
  • 1987 - Roussel l'ingénu
  • 1988 - À cor et à cri
  • 1989 - Bacon le hors-la-loi
  • 1991 - La Course de taureau (scénario)
  • 1992 - Zébrage (recueil d'articles)
  • 1992 - Journal 1922-1989
  • 1992 - Operratiques
  • 1992 - Un génie sans piédestal (recueil de textes sur Picasso)
  • 1992 - C'est-à-dire (édition posthume d'entretiens réalisés en 1986 et 1987 avec Jean Jamin et Sally Price)
  • 1992 - L'Évasion souterraine
  • 1994 - Journal de Chine
  • 1994 - L'Homme sans honneur. Notes pour le sacré dans la vie quotidienne
  • 1995 - Francis Bacon ou la brutalité du fait
  • 1996 - Miroir de l'Afrique (collection Quarto, Gallimard – recueil posthume illustré comprenant ses principaux écrits d'ethnologie africaine)
  • 1997 - Wifredo Lam
  • 1998 - Roussel & Co.
  • 2000 - Le Merveilleux
  • 2000 - Correspondance Leiris-Paulhan, 1926-1962
  • 2002 - Ondes, suivi de Images de marque
  • 2002 - Correspondance André Castel-Michel Leiris, 1938-1958
  • 2003 - La Règle du jeu (Bibliothèque de la Pléiade)
  • 2004 - Échanges et correspondances, Bataille-Leiris
  • 2004 - Francis Bacon, face et profil
  • 2011 – Écrits sur l'art (Paris, CNRS Éditions, recueil posthume de tous ses textes sur la peinture et la sculpture)
  • 2013 - Correspondance Jacques Baron-Michel Leiris, 1925-1973
  • 2014 - Glossaire j'y serre mes gloses, suivi de Bagatelles végétales [12]

Bon nombre de ces œuvres ont été traduites en allemand, anglais, italien, espagnol, portugais, polonais, roumain, japonais. L'Âge d'homme a figuré au programme de l'agrégation de lettres en 2005. Plusieurs périodiques français ou étrangers (Europe, Littérature, Critique, Il Verri, L'ire des vents, Le Magazine littéraire, Sub-stance, Sulfur, Modern Literay Notes, Konteksty) ont consacré des numéros spéciaux à Michel Leiris.

Une revue consacrée à Michel Leiris a été fondée en 2007. Éditée par les Éditions Les Cahiers, les Cahiers Leiris consacrent chacune de leurs livraisons à la publication d'articles critiques et de documents inédits

La publication dans la Bibliothèque de la Pléiade du deuxième volume des œuvres de Michel Leiris (L'Afrique fantôme, L'Âge d'homme, Miroir de la tauromachie), sous la direction de Denis Hollier, est prévue pour la fin novembre 2014.

Une grande exposition Leiris : L'âge d'homme, sous la direction de Agnès de la Beaumelle, Marie-Laure Bernadac et Denis Hollier, est programmée au Centre Beaubourg-Metz; elle aura lieu de mars à octobre 2015.

Anecdote[modifier | modifier le code]

Max Jacob prévient Leiris en février 1923 qu’il avait utilisé ses lettres pour le caractère d’un personnage d’un roman en cours (paru en mars 1924) « L’Homme de chair et l’homme reflet », où l’on peut lire : « Maxime [Lelong] croyait de son devoir d’être ingénieur-chimiste [...]. Il se détestait, se regardait aux glaces pour se détester davantage, rageait contre ses vêtements pauvres [...]. Il souffrait de tout sans se l’avouer ou en le criant trop pour qu’on le prît au sérieux ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance no 16/473/1901, avec mention marginale du décès (consulté le 27 mai 2012)
  2. Voir Jacques-Eugène Leiris, Jadis (Paris, Fourbis, 1990, préface de Michel Leiris : « Jours de juin »), et Louis Hinckert, « Archives d'une “ Afrique fantôme ” », dans L'Homme, n° 195-196, 2010, pp. 307-332.
  3. Voir Max Jacob, Lettres à Michel Leiris, Paris, Honoré Champion, 2001 (édition de Christine Van Rogger Andreucci).
  4. Voir ses Confessions esthétiques, Paris, Gallimard, 1963.
  5. Voir L. Moutot, Biographie de la revue Diogène : les « sciences diaginales » selon Roger Caillois, p. 68, Paris, L'Harmattan, 2006, ISBN 2-296-01369-4.
  6. Voir notamment l'épisode du « vol du kono » relaté à la date du 6 septembre 1931 (épisode cité dans Benoît de L'Estoile, Le Goût des autres. De l'Exposition coloniale aux arts premiers, Flammarion, Paris, 2007, p. 142).
  7. Voir Jean Jamin, « Un sacré Collège ou les apprentis-sorciers de la sociologie », dans Cahiers internationaux de sociologie, vol. LXVIII, 1980, pp. 5-30.
  8. Picasso par Roland Penrose (1958), collection Champs chez Flammarion nº 607 p. 394-398.
  9. Voir le témoignage de Claude Lévi-Strauss, « Une grâce miraculeuse », dans Le Nouvel Observateur du 11-17 octobre 1990.
  10. Le rapprochement sera fait en première page et en titre (« Michel Leiris : the Modern Montaigne »), du Times Literary Supplement en date du 3 mars 1993, annonçant un long article de Richard Sieburth sur le Journal de Leiris, paru en septembre 1992.
  11. Voir Jean Jamin, « L'air sec un peu », dans L'Homme, n° 143, 1997, pp. 79-82.
  12. Édition apocryphe, qui mixe les différents états du Glossaire en un seul ensemble, non approuvée par l'exécuteur testamentaire de Michel Leiris.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aliette Armel, Michel Leiris, Paris, Fayard, 1997. [Biographie].
  • Bruno Blanckeman (éd.), Lectures de Leiris, L'Âge d'homme, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004.
  • Alain-Michel Boyer, Michel Leiris, Paris, Éditions universitaires, 1974.
  • Robert Bréchon, L'Âge d'homme de Michel Leiris, Paris, Éditions L'Improviste, 2005, préface de Pierre Vilar.
  • Pierre Chappuis, Deux essais : Michel Leiris / André du Bouchet, Paris, Éditions José Corti, 2003.
  • Gérard Cogez, Leiris l'indésirable, Nantes, Éditions Cécile Defaut, 2010.
  • Jean Frémon, "Michel Leiris face à lui-même", Paris, Éditions L'Échoppe, 2011.
  • Nicolas Grimaldi, Les Théorèmes du moi, Paris, Grasset, 2013.
  • Seán Hand, Alter Ego. The Critical Writings of Michel Leiris, Oxford, Legenda, 2004.
  • Denis Hollier, Le Collège de sociologie, Paris, Gallimard, 1979 (2e édition revue et augmentée, Paris, Gallimard, 1995).
  • Catherine Maubon, Michel Leiris en marge de l'autobiographie, Paris, Éditions José Corti, 1994.
  • Philippe Lejeune, Lire Leiris. Autobiographie et langage, Paris, Éditions Klincksieck, 1975.
  • Philippe Lejeune, Claude Leroy & Catherine Maubon (eds.), Michel Leiris ou De l'autobiographie considérée comme un art, Paris, Cahiers Ritm-Université Paris X, 2004.
  • Stephan Moebius, Die Zauberlehrlinge. Soziologiegeschichte des Collège de sociologie, Konstanz, 2006.
  • Annie Pibarot, Michel Leiris, des premiers écrits à « L'Âge d'homme », Nîmes, Théétète Éditions, 2004.
  • Guy Poitry, Michel Leiris, dualisme et totalité, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1995.
  • Jean-Jacques Queloz, Pour une poétique de Michel Leiris. « À cor et à cri », du journal à l'œuvre, Paris, Honoré Champion, 1999.
  • Roland H. Simon, Orphée médusé. Autobiographies de Michel Leiris, Paris, Éditions L'Âge d'homme, 1984.
  • Louis Yvert, Bibliographie des écrits de Michel Leiris – 1924 à 1995, Paris, Éditions Jean-Michel Place, 1996.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Leiris ou l'homme sans honneur, film de Christophe Barreyre et Jean Jamin, musique de Michel Portal, Paris, Les Films à Lou et Antenne 2, 1996, 52 minutes.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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