Henri Rousseau

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Henri Rousseau
Le douanier Rousseau

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Moi-même, Portrait-paysage (Autoportrait) de Rousseau, 1890, Prague, Galerie nationale

Nom de naissance Henri Julien Félix Rousseau
Naissance 21 mai 1844
Laval, Drapeau de la France France
Décès 2 septembre 1910 (66 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Activités Peintre
Formation Autodidacte
Mouvement artistique Post-impressionnisme, art naïf, primitivisme

Œuvres réputées

  • La Bohémienne endormie
  • Joyeux Farceurs
  • La charmeuse de serpents
  • Le Rêve

Henri Rousseau (Henri Julien Félix Rousseau) dit Le Douanier Rousseau (né le 21 mai 1844 à Laval dans sa maison familiale et mort le 2 septembre 1910 de gangrène à la jambe à l'hôpital Necker à Paris) est un peintre français. Il est considéré comme un représentant majeur de l'Art naïf. Issu d'une famille modeste, il étudie le droit avant de partir à Paris, où il travaille dans un octroi. Cette position lui vaut son surnom de « douanier ».

Il apprend lui-même la peinture et produit un grand nombre de toiles, qui représentent souvent des paysages de jungle. Il n'a pourtant jamais quitté la France. Son inspiration provient surtout de livres illustrés, des jardins botaniques et de rencontres avec des soldats qui avaient participé à l'intervention française au Mexique.

Ses toiles montrent une technique élaborée, mais leur aspect enfantin a valu beaucoup de moqueries à Henri Rousseau. Habitué du Salon des indépendants, il commence à recevoir des critiques positives à partir de 1891, et rencontre quelques autres artistes à la fin de sa vie, comme Robert Delaunay, Paul Signac et Pablo Picasso. Son travail est aujourd'hui considéré comme crucial pour l'Art naïf et il a influencé de nombreux artistes, notamment des Surréalistes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Signature

Issu d'une famille modeste, il est le fils de Julien Rousseau (1808-1868), ferblantier et d'Éléonore Guiard (1819-1890)[1]. Il devient commis d'avocat à Nantes. Il s'engage dans l'armée peu après pour éviter les poursuites consécutives à un vol chez son employeur. Il est libéré en 1868 à la suite du décès de son père et rejoint alors Paris.

Il épouse en 1869 Clémence Boitard avec qui il aura sept enfants, dont un seul parviendra à l'âge adulte. Il entre, après la guerre de 1870, à l’Octroi de Paris, comme commis de deuxième classe. Cet organisme perçoit les taxes des marchandises entrant dans Paris. C'est Alfred Jarry qui donna à Henri Rousseau ce surnom de « douanier » lorsqu'il apprit que son ami occupait le poste à l'octroi de Paris de « gardien des contrôles et des circulations du vin et de l'alcool ». Il débute là sa carrière de peintre en autodidacte d'une formidable candeur et, en adepte du spiritisme, il est persuadé que les esprits guident son pinceau. Il obtient une carte de copiste au musée du Louvre, ce qui lui permet de se familiariser avec les chefs-d’œuvre. Son entrée dans la vie artistique est donc relativement tardive. Il tente sans succès d'exposer au Salon officiel en 1885 et c’est seulement en 1886 qu'il participe au Salon des indépendants, grâce à l'absence de jury d'entrée. Il y expose plusieurs tableaux dont Une soirée au carnaval.

Henri Rousseau en 1902

Sa notoriété s'accroît avec les années et il continue de participer chaque année au Salon des Indépendants. En 1891, il y montre son premier « tableau de jungle », Surpris !, représentant la progression d'un tigre dans une brousse luxuriante. Cette œuvre est particulièrement appréciée par le peintre Félix Vallotton, parlant à son propos d'« Alpha et d'Oméga de la peinture ».

Sa femme meurt en 1888 et sa situation financière devient difficile. Il héberge un temps l'écrivain Alfred Jarry et il prend sa retraite de l'octroi en 1893 pour se consacrer à la peinture, ce qui ne lui apporte pas suffisamment de revenus pour vivre. Il donne alors des cours de violon et écrit plusieurs pièces de théâtre. Il se remarie en 1899 avec une veuve, Joséphine-Rosalie Nourry, qui mourra en 1903.

Petit à petit, il se fait reconnaître et estimer par les peintres avant-gardistes tels qu'André Derain ou Henri Matisse. Il se lie d'amitié avec Robert Delaunay, avec Guillaume Apollinaire, puis avec Pablo Picasso.

Il possède un atelier au no 2 bis de la rue Perrel, dans le 14e arrondissement de Paris.

Le 2 septembre 1910, il meurt de la gangrène à l’hôpital Necker à Paris.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Pour peindre, il s’évertue à reproduire ce qu’il voit et essaie de faire coïncider ce qu’il voit avec ce qu’il sait des faits. L’exotisme abonde dans son œuvre même si Rousseau n'a pratiquement jamais quitté Paris. Son exotisme est imaginaire et stylisé, issu du Jardin des Plantes, du jardin d'Acclimatation, des revues illustrées et des revues de botanique de l’époque. On lui reprochait ses portraits de face de personnages figés, son manque de perspective, ses couleurs vives, sa naïveté et sa maladresse mais « Les nostalgiques de l'enfance, les traqueurs de merveilleux et tous ceux qui entendaient naviguer loin des normes s'emballèrent. Ils virent en ce douanier un passeur, un homme à la lisière entre raison et fantasme, entre civilisation et sauvagerie. » (Séric Biétry-Rivierre, Le Figaro, édition des 13 et 14 février 2010). Grand solitaire, il est l'objet de moqueries incessantes mais les milieux artistiques d’avant-garde sont ravis par « …les trente nuances de vert de ses forêts inextricables, où se mêlent sans souci de vraisemblance le houx, le cactus, le paulownia, le marronnier, l'acacia, le lotus ou le cocotier… Picasso acheta chez un brocanteur un imposant et étrange portrait de femme qu'il conserva toute sa vie. » (Séric Biétry-Rivierre). Coloriste original, avec un style sommaire mais précis, il a influencé la peinture naïve.

L'œuvre de Rousseau a momentanément freiné la progression des recherches artistiques menées par les peintres futuristes italiens, qui sont revenus à une peinture naïve pendant une courte période précédant celle des « polymatières ».

Les « jungles »[modifier | modifier le code]

Combat de tigre et buffle.1891
Le lion ayant faim se jette sur l’antilope.(1905)

C'est l'une des thématiques les plus fécondes du peintre qu'il poursuit jusqu'à sa mort.

Toujours dans une flore exubérante et totalement inventée (en témoignent les nombreux régimes de bananes qui pendent à chaque branche, ou la disproportion des feuillages), il met en scène des combats féroces entre un fauve et sa proie (sauf dans Tigre combattant un nègre), ou au contraire, un portrait plus apaisé d'un grand animal, comme dans les Singes farceurs. Ces animaux lui ont été inspirés par ceux de la ménagerie du jardin d'Acclimatation et par des revues.

Dans ses dernières « jungles », il a représenté des personnages (dans La Charmeuse de serpents et Le Rêve) en harmonie avec la nature. D'abord critiquées par leur manque de réalisme et leur naïveté, ses « jungles » seront plus tard reconnues comme des modèles par tous, d'où cette phrase de Guillaume Apollinaire lors du salon d'Automne où Rousseau exposa Le Rêve : « Cette année, personne ne rit, tous sont unanimes : ils admirent. »

Les paysages[modifier | modifier le code]

Ils sont soit végétaux, intemporels, représentant des lieux qu'il connaît bien (berges de l'Oise), soit plus urbains. Ils comportent souvent des détails en rapport avec le progrès technique de son temps : dirigeable, poteaux télégraphiques, ponts métalliques, la tour Eiffel. Ces paysages restent cependant dans une tonalité naïve. En effet, Rousseau n'y fait apparaître aucune notion de perspective.

Les portraits[modifier | modifier le code]

Les personnages sont figés, de face, le visage le plus souvent inexpressif. S'ils sont plusieurs, ils sont représentés simplement juxtaposés. Ils paraissent massifs, gigantesques en comparaison avec les éléments du décor, mais cela semble être une conséquence du fait que le peintre ne maîtrise pas la représentation des perspectives (ou qu'il utilise, sans la connaître, la perspective signifiante du Moyen Âge). En effet, le paysage est presque au même plan que le sujet, avec son foisonnement de détails mais à la perspective absente. Ses portraits sont le plus souvent sans nom, même si des indices permettent d'identifier le personnage, par exemple Pierre Loti dans son Portrait de M. X (1910, KunstHaus de Zürich). De même, le premier portrait réalisé par le peintre, représentant une femme qui sort d'un bois, semble être celui de sa première femme, Clémence.

Ses écrits[modifier | modifier le code]

Il a dans ses relations autant de peintres que d'écrivains. Parmi ces derniers, on peut citer, outre Alfred Jarry et Apollinaire, Blaise Cendrars et André Breton. Il a écrit plusieurs pièces de théâtre :

  • La Vengeance d'une orpheline russe en 1898
  • Une visite à l'exposition de 1899 en 1899
  • L'Étudiant en goguette

Il a écrit également plusieurs courts textes ou poèmes explicatifs sur certaines de ses œuvres, notamment pour sa Bohémienne endormie (1897).

Quelques œuvres et leurs lieux d'exposition[modifier | modifier le code]

  • au Museum of Modern Art de New York :
    • La Bohémienne endormie (1897)
    • Le Gitan endormi (1897)
    • Le repas du lion (1907)
    • Le Rêve (1910)
    • Berges de la Bièvre près de Bicêtre
  • au Musée d'Orsay de Paris :
  • à la Galerie nationale de Prague :
    • Moi-même (1890)
    • Portrait-paysage (Autoportrait) de Rousseau, (1890)
  • au musée de l'Orangerie de Paris :
    • La Noce (vers 1905)
    • La carriole du Père Juniet (1908)
    • Le Navire dans la tempête
    • La Fabrique de chaises à Alfortville
    • La Fabrique de chaises
    • La Falaise
    • Les Pêcheurs à la ligne
    • Promeneurs dans un parc
    • L'Enfant à la poupée
  • au Musée Picasso de Paris (collection personnelle de Picasso) :
    • Portrait de femme (1895)
    • Portrait de l'Artiste (1900-1903)
    • Portrait de la seconde femme de l'Artiste avec une lampe (1900-1903)
  • au Musée national d'art moderne de Paris :
    • La basse-cour (1896-1898)
    • Le peintre et son modèle (1900-1905)
    • Nature morte aux cerises (vers 1907)
  • à la Fondation Beyeler de Bâle :
    • Le lion ayant faim se jette sur l’antilope (1905)
  • à la National Gallery de Londres :
    • Tigre dans une tempête tropicale (1891)
  • au Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg
    • Combat de tigre et buffle, (1891)
  • au Philadelphia Museum of Art de Philadelphie
    • Joyeux Farceurs
  • au Kunstmuseum de Winterthour
    • Nature morte aux fleurs (1910),
  • Une soirée au carnaval
  • La cascade (1910)

Rétrospectives[modifier | modifier le code]

La dernière grande rétrospective en date est Jungles Urbaines au Grand Palais du 15 mars au 19 juin 2006. La précédente (en France) remontait à 1984 (Paris - Grand Palais) , il y eut aussi New York - MOMA.

Références dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Le chanteur Serge Gainsbourg l'évoque dans sa chanson Lemon Incest. Il dit de sa fille qu'elle est « naïve comme une toile du nierdoi sseaurou ».« Nierdoi sseaurou » est le verlan de « douanier rousseau ».

La Compagnie créole lui a aussi dédié une chanson : "Vive le douanier Rousseau".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Elle est la fille de Jean-Baptiste Guiard (1791, Laval - 1833, Bône), capitaine au 3e bataillon de la légion de la Côte-d'Or

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Rousseau dit « Le Douanier » 1844-1910 - Exposition de son cinquantenaire - Galerie Charpentier, Paris, Galerie Charpentier 1961
  • Rousseau, Découvrons l'Art (Cercle d'Art)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]