Dora Maar

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Dora Maar

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Rêve ensoleillé, d'après original Picasso

Nom de naissance Henriette Theodora Markovitch
Naissance
Paris
Décès (à 89 ans)
Paris
Activités Photographie, peinture, poésie
Formation Les arts décoratifs, École des beaux-arts
Maîtres André Lhote
Mouvement artistique surréalisme

Œuvres réputées

Portrait d'Ubu, photographie, 1936[1].
La Femme qui pleure, peinture, 1937[2].

Henriette Theodora Markovitch, née le à Paris[3] et morte le à Paris, est une photographe et peintre française, connue sous le pseudonyme de Dora Maar. Elle fut l'amante et la muse de Pablo Picasso, rôle qui a éclipsé l'ensemble de son œuvre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Henriette Theodora Markovitch est la fille unique de Joseph Markovitch (1874-1969), architecte croate qui a étudié à Zagreb, Vienne puis Paris où il s'installe en 1896, et de Julie Voisin (1877-1942), originaire de Tours (Indre-et-Loire) et catholique.

En 1910, la famille part pour Buenos Aires où le père a obtenu plusieurs commandes dont l'ambassade d'Autriche-Hongrie. Cette réalisation lui valut de recevoir une décoration de l'empereur François-Joseph 1er, même s'il fut « le seul architecte qui n'ait pas fait fortune à Buenos Aires[4]. »

En 1926, la famille revient à Paris. Dora Maar, pseudonyme qu'elle se choisit, suit les cours de l'Union centrale des arts décoratifs et de l'École de photographie. Elle s'inscrit également à l'Académie Julian[5] à l'École des Beaux-arts, qui a l'avantage d'offrir le même enseignement aux femmes qu'aux hommes. Dora Maar fréquente l'atelier d'André Lhote où elle rencontre Henri Cartier-Bresson[6].

L'atelier cesse ses activités, et Dora Maar part, seule, à Barcelone puis à Londres, où elle photographie les conséquences de la dépression économique consécutive à la crise boursière de 1929 aux États-Unis. À son retour, et avec l'aide de son père, elle ouvre un autre atelier au 29 rue d'Astorg, (Paris 8e)[7].

Dora Maar photographe[modifier | modifier le code]

Début 1930, elle installe un atelier de photographie rue Campagne-Première[8] (Paris 14e) avec Pierre Kéfer, photographe et décorateur pour le film de Jean Epstein, La Chute de la Maison Usher (1928). Elle fait la connaissance du photographe Brassaï avec qui elle partage la chambre noire de l'atelier. Dora Maar rencontre Louis-Victor Emmanuel Sougez, photographe travaillant pour la publicité, l'archéologie et directeur artistique du journal L'Illustration (à partir des années 1930), qu'elle considère comme un mentor[9].

En 1932, elle a une liaison avec le cinéaste Louis Chavance[10]. Dora Maar fréquente le groupe Octobre, formé autour de Jacques Prévert et Max Morise après leur rupture avec le surréalisme[11].

Sa première exposition personnelle est organisée à la Galerie Vanderberg, à Paris[12].

Par l'intermédiaire d'une association d'extrême-gauche antistalinienne, Masses, dirigée par René Lefeuvre et administrée par Jacques Soustelle, ouverte aux marxistes et non-marxistes, avec le soutien, notamment, de Simone Weil, elle rencontre Georges Bataille, membre de cette association depuis octobre 1933. Après les manifestations fascistes du 6 février 1934 devant l'Assemblée nationale française, elle signe le tract Appel à la lutte rédigé à l'initiative d'André Breton[13].

Fin 1935, Dora Maar est engagée comme photographe de plateau sur le film de Jean Renoir, Le Crime de Monsieur Lange. C'est à cette occasion que Paul Éluard lui présente Pablo Picasso. Leur liaison durera près de neuf années, sans que Picasso ne rompe pour autant sa relation avec Marie-Thérèse Walter, avec qui il a eu une fille, Maya.

Dora Maar photographie les étapes successives de la création de Guernica, tableau que Picasso peint dans son atelier de la rue des Grands-Augustins de mai à juin 1937[14] ; Picasso a utilisé ces photos dans son processus de création[15]. Parallèlement, elle est le principal modèle de Picasso qui la représente le plus souvent en larmes. Elle-même réalise plusieurs autoportraits intitulés La Femme qui pleure[12].

Ce sont cependant les travaux de la période surréaliste qui demeurent les plus recherchés par les amateurs : Portrait d'Ubu (1936), 29 rue d'Astorg, Sa sœur noire, collages ou photo-montages.

Sa liaison avec Picasso s'achève en 1943, bien qu'ils se revoient épisodiquement jusqu'en 1946. Ainsi le , elle tient le rôle de l'Angoisse grasse lors de la lecture chez Michel Leiris de la première pièce de Picasso, Le Désir attrapé par la queue, conduite par Albert Camus[16]. En 1944, par l'intermédiaire de Paul Éluard, Dora Maar rencontre Jacques Lacan qui la soigne de sa dépression nerveuse. Picasso lui achète une maison à Ménerbes, dans le Vaucluse[12]. Elle s'y retire, y vit seule, se tourne vers la religion catholique, rencontre le peintre Nicolas de Staël qui habite le même village et peint des tableaux abstraits[17].

Dora Maar peintre[modifier | modifier le code]

L'œuvre peint de Dora Maar est resté méconnu jusqu'à la vente posthume, organisée en 1999, qui fit découvrir au public et aux professionnels une production très personnelle qui n'avait jamais quitté son atelier.

Dora Maar abandonne la photographie pour la peinture aux côtés de Picasso. L'influence, ou plutôt l'écrasante présence du maître, lui impose un style cubisant qui souffre de la comparaison avec son modèle. Encouragée par Picasso à s'exprimer dans cette technique, on peut légitimement s'interroger sur cette volonté de Picasso d'éloigner son amante du domaine où elle excelle pour la contraindre dans la peinture qu'il maîtrise depuis longtemps.

C'est à partir de la douloureuse séparation d'avec Picasso qu'apparaît vraiment Dora Maar peintre. Les œuvres tragiques figuratives comme Portrait d'Éluard, ou Autoportrait à l'enfant (1946), traduisent dans une palette sombre la douleur des années d'après-guerre.

Après des années de lutte, entre dépressions et mysticisme, l'enfermement volontaire de Dora Maar avec ses souvenirs connaît une brève embellie dans les années 1960 à 70, avec des Grands formats abstraits aux couleurs chatoyantes. Mais c'est à partir des années 1980 que le peintre s'exprime pleinement dans ses multiples tableaux du Luberon, où les paysages sauvages autour de sa maison de Ménerbes, balayés de nuages et de vent, révèlent avec force la lutte d'une artiste aux prises avec les fantômes de son passé.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Photographies[modifier | modifier le code]

(Tirage au sel d'argent sauf mention contraire)

  • Vous revoilà mon amour, autoportrait avec la tête d'un squelette, 1927, tirage sépia au sel d'argent, 5,2 × 8,2 cm[18]
  • Autoportrait au ventilateur, sans date, tirage par contact au sel d'argent, 10,6 × 6,3 cm[19]
  • Double portrait avec effet de chapeau, 1930, photomontage, 29,8 × 23,8 cm[20]
  • Série de photographies du Mont Saint-Michel, en collaboration avec Pierre Kéfer pour l'illustration d'un livre du critique d'art Germain Bazin, 1931[21]
  • Paris pris en plongée, sans date, trois tirages par contact au sel d'argent, 10,4 × 6,2 cm chacun[22]
  • Orgues rocheuses, sans date[23]
  • Arums, 1930, 23,4 × 20,4 cm[24]
  • Barcelone, 1934, 23,2 × 26 cm[25]
  • Money and morals, 1934, 24 × 18,2 cm[26]
  • No dole, 1934, 39,3 × 29,6 cm[27]
  • Sans titre : main sortant d'un coquillage sous un ciel d'orage », photomontage, 1934, tirage par contact au sel d'argent, 24 × 17,8 cm[28]
  • Les Années vous guettent, 1934, portrait de Nusch Éluard avec la surimpression d'une toile d'araignée, 24 × 18,2 cm[29]
  • Marionnette accrochée à une palissade, 1934, 27,3 × 23,2 cm[30]
  • Naïade du Pont Mirabeau, 1934, 27,6 × 24 cm[31]
  • Publicité pour la lotion capillaire Pétrole Hahn : un voilier miniature voguant sur un océan de cheveux, en collaboration avec Pierre Kéfer, 1935, 29,9 × 25 cm[32]
  • Baigneuse en maillot avec surimpression de l'eau de la piscine, 1935, photomontage, 30 × 28,5 cm[33]
  • Jambes I & II, 1935, deux tirages, 28,5 × 22,5 cm chacun[34]
  • Jeux interdits, 1935, photomontage, 25,9 × 21,3 cm[35]
  • Action surréaliste à la galerie Gradiva, 35, rue de Seine, 1935, 20 × 19,7 cm[36]
  • Grotesque, 1935, 18,2 × 24 cm[37]
  • L'Objet invisible dans l'atelier d'Alberto Giacometti, 1936, 21,5 × 16 cm[38]
  • Mannequin tenant une mandoline, 1936, tirage coloré à la main, 27,8 × 21,4 cm[39]
  • Mannequin avec une grande étoile à la place de la tête, 1936, 29,6 × 16,8 cm[40]
  • 29 rue d'Astorg, 1936, photomontage, deux versions, 29,4 × 24,4 cm[41]
  • Le Simulateur, 1936, photomontage, 27 × 24,4 cm[42]
  • Le Silence, 1936, photomontage, 27,6 × 22 cm[43]
  • Liberté, 1936, photomontage, 29,7 × 23,9 cm[44]
  • Portrait d'Ubu, 1936, 24 × 18 cm[45]
  • Reportage sur l'évolution de Guernica, mai-juin 1937, neuf tirages, de 19 × 29 cm à 24 × 30 cm[46]

Portraits[modifier | modifier le code]

Peintures[modifier | modifier le code]

(Huile sur toile sauf mention contraire)

  • Portrait de Pablo Picasso, 1936, deux tableaux, 65 × 54 cm et 65 × 54,5 cm[61]
  • La Femme qui pleure, 1937, 55 × 46 cm[2]
  • La Femme qui pleure au chapeau rouge, 1937, 61 × 50 cm[62]
  • La Femme qui pleure sur fond rouge, 1937, 65 × 54 cm[63]
  • La Femme qui pleure sous une lampe, 1937, 55 × 38 cm[64]
  • Portrait de Pablo Picasso au chapeau noir, 3 novembre 1939, 61 × 50 cm[65]
  • Visage cubiste, 1939, huile sur panneau, 67 × 60 cm[66]
  • Portrait de Pablo Picasso au miroir, sans date, 60 × 50 cm[67]
  • Portrait de Jacqueline Breton, sans date, 92 × 73 cm[68]
  • Homme et arbre rose, janvier 1939, 65 × 54 cm[69]
  • Le Réveil, 9 août 1940, 24 × 35 cm[70]
  • Composition au réveil, 20 avril 1943, 81 × 65 cm[71]
  • Les Quais de la Seine, 5 juin 1944, 81 × 100 cm[72]
  • Portrait d'Alice B. Toklas, 1946[73]
  • Buste de femme, sans date, 41 × 33 cm[74]
  • Double portrait, sans date, 55 × 46 cm[74]
  • James Lord, juillet 1954, esquisse au crayon, 50 × 33,5 cm[75]
  • Ciel et montagne, sans date, 46 × 38 cm[76]
  • Grand ciel blanc, sans date, 55 × 46 cm[76]
  • Paysage et ciel, sans date, 46 × 55 cm[77]

Illustration[modifier | modifier le code]

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Les poèmes écrits sur un carnet conservé au Centre historique des Archives nationales, sont à ce jour, inédits.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mary Ann Caws, Les vies de Dora Maar : Bataille, Picasso et les surréalistes, Paris, Thames & Hudson,‎ 2000, 224 p. (ISBN 2878111850)
    228 illustrations dont 87 en couleurs
  • Georgiana Colvile, Scandaleusement d'elles : trente-quatre femmes surréalistes, Paris, J.-M. Place,‎ 1999 (ISBN 2858934967), p. 179 à 185[79].
  • Victoria Dexeus, Dora Maar : Bataille, Picasso et les surréalistes, Marseille, Musées de Marseille,‎ 2002 (ISBN 2902308256)
    catalogue d'exposition Marseille, Barcelone, 2003
  • James Lord, Picasso et Dora, Paris, Seguier,‎ 2000, 447 p. (ISBN 9782840491545)
  • Alicia Ortiz, Dora Maar : prisonnière du regard, Paris, Grasset,‎ 2003, 358 p. (ISBN 2246607914)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Caws, p. 78.
  2. a, b, c et d Caws, p. 127.
  3. Rue d'Assas, Caws, op. cité, p. 13.
  4. Propos de Dora Maar cités dans James Lord, Picasso et Dora, Séguier, Paris, 2000. Repris dans Caws, op. cit., p. 13.
  5. Académie fondée par Rodolphe Julian en 1868. Caws, op. cit., p. 14.
  6. Caws, op. cit., p. 14.
  7. Caws, op. cit., p. 32 et 40.
  8. Le local est prêté par Harry Ossip Meerson, photographe polonais qui émigrera aux États-Unis, se fera un nom grâce à ses reportages pour Paris-Magazine, puis rejoindra son frère Lazare Meerson, directeur artistique à Hollywood. Caws, op. cit., p. 20.
  9. Après avoir étudié en Allemagne et en Suisse, Sougez est l'introducteur en France d'un nouveau mouvement qui rejette la photographie « sentimentale et picturale du passé en faveur d'une esthétique plus austère, plus pure et plus réaliste ». En Allemagne, ce mouvement s'appelle Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité). Michel Frizot, Nouvelle histoire de la photographie, Adam Biro & Bordas, Paris, 1994 et Caws, op. cit., p. 24.
  10. Qui sera le scénariste du film Le Corbeau de Henri-Georges Clouzot.
  11. Caws, op. cit., p. 46.
  12. a, b et c Colvile, op. cit., p. 178.
  13. Caws, op. cit., p. 47.
  14. Jérôme Serri, «Quand Dora Maar photographiait Guernica », L'Express, 01/05/2006.
  15. Dans « Le mystère Picasso » (émission télévisée de la série Secrets d'histoire, diffusée sur France 2 le 9 avril 2013 à 20h45), Anne Baldassari, biographe de Picasso et présidente du musée national Picasso de Paris, dit, de 1h02’10’’ à 1h02’18’’ : « Les photographies faites par Dora Maar sont utilisées par Picasso pour changer la peinture. C'est une espèce d'œuvre à deux mains qui se fait pendant cette période ».
  16. Picasso par Roland Penrose (1958), collection Champs chez Flammarion nº 607, p. 394-398.
  17. Caws, op. cit. & Colevile, op. cit..
  18. Caws, op. cit., p. 15.
  19. Caws, op. cit., p. 16.
  20. Caws, op. cit., p. 18.
  21. Caws, op. cit., p. 19 et 21.
  22. Caws, op. cit., p. 20.
  23. Caws, op. cit., p. 23.
  24. Caws, op. cit., p. 28.
  25. Caws, op. cit., p. 41.
  26. Caws, op. cit., p. 43.
  27. Caws, op. cit., p. 45.
  28. Caws, op. cit., p. 50.
  29. Caws, op. cit., p. 65.
  30. Caws, op. cit., p. 70.
  31. Caws, op. cit., p. 70.
  32. Caws, op. cit., p. 30.
  33. Caws, op. cit., p. 35.
  34. Caws, op. cit., p. 52 & 53.
  35. Caws, op. cit., p. 55.
  36. Caws, op. cit., p. 60.
  37. Caws, op. cit., p. 71.
  38. Caws, op. cit., p. 61.
  39. Caws, op. cit., p. 38.
  40. Caws, op. cit., p. 39.
  41. Caws, op. cit., p. 72, coloré à la main et 73.
  42. Caws, op. cit., p. 74.
  43. Caws, op. cit., p. 75.
  44. Caws, op. cit., p. 76.
  45. Caws, op. cit., p. 78.
  46. Caws, op. cit., p. 101, 104-105 et 108-109.
  47. Caws, op. cit., p. 29, 34, 36 et 37.
  48. Caws, op. cit., p. 33.
  49. Caws, op. cit., p. 204.
  50. Caws, op. cit., p. 136.
  51. Caws, op. cit., p. 167.
  52. Caws, op. cit., p. 204.
  53. Caws, op. cit., p. 63, 64, 185 & 139.
  54. Caws, op. cit., p. 137.
  55. Caws, op. cit., p. 68 & 69 et Colvile, op. cit., p. 181.
  56. a et b Caws, op. cit., p. 66.
  57. Caws, op. cit., p. 58.
  58. Caws, op. cit., p. 32.
  59. Caws, op. cit., p. 94, 150 & 170.
  60. Caws, op. cit., p. 47.
  61. Caws, p. 118 et Colvile, p. 184.
  62. Caws, p. 129.
  63. Caws, p. 130.
  64. Caws, p. 131.
  65. Caws, p. 151.
  66. Caws, p. 152.
  67. Caws, p. 153.
  68. Caws, p. 154.
  69. Caws, p. 155.
  70. Caws, p. 174.
  71. Caws, p. 175.
  72. Caws, p. 181.
  73. Alice B. Toklas fut la compagne de Gertrude Stein, Caws, op. cit., p. 188.
  74. a et b Caws, p. 189.
  75. Caws, p. 193.
  76. a et b Caws, p. 202.
  77. Caws, p. 203.
  78. Deux eaux-fortes reproduites, Caws, op. cit., p. 199 et 200.
  79. Avec une photographie de Dora Maar prise par Lee Miller en 1937.
  80. Première diffusion le 16 février 2011, sur France 2.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]