Écriture

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Statue de Gudea dédiée au dieu Ningishzida, v. 2120 av. J.-C., musée du Louvre
Inscription, en écriture arabe calligraphiée datant du premier tiers du XIe siècle (vers 1011), gravée sur le fût d'une colonne dans la Grande Mosquée de Kairouan (Tunisie).

L’écriture est un moyen de communication qui représente le langage à travers l'inscription de signes sur des supports variés. C'est une forme de technologie qui s'appuie sur les mêmes structures que la parole, comme le vocabulaire, la grammaire et la sémantique mais avec des contraintes additionnelles liées au système de graphies propres à chaque culture.

Dans les sociétés humaines émergentes, le développement de l'écriture est probablement lié à des exigences pragmatiques comme l'échange d'informations, la tenue de comptes financiers, la codification des lois et l'enregistrement de l'histoire.

Autour du IVe millénaire av. J.-C.[1], la complexité du commerce et de l'administration en Mésopotamie dépasse les capacités de mémorisation des hommes de sorte que l'écriture y devient une méthode plus fiable d'enregistrement et de conservation des transactions[2]. Dans l'Égypte antique et en Mésoamérique, l'écriture a pu évoluer pour l'élaboration des calendriers et la nécessité politique de consigner les événements historiques et environnementaux.

Ainsi, l'écriture a joué un rôle dans la conservation de l'Histoire, la diffusion de la connaissance et la formation du système juridique.

Le résultat de l'écriture est généralement un texte dont le destinataire est le lecteur.

L'apparition de l'écriture distingue la Préhistoire de l'Histoire, car elle permet de conserver la trace des événements et fait entrer les peuples dans le temps historique. Elle marque aussi une révolution dans le langage et le psychisme, car elle fonctionne comme une extension de la mémoire.

Systèmes d’écriture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Système d'écriture.

Les systèmes d'écriture peuvent être classés fonctionnellement en trois grandes catégories : logographique ; syllabique et alphabétique[1]. Certains y ajoutent les systèmes sémasiographiques. Il existe aussi des systèmes mixtes. L'étude des systèmes d'écriture et de leur évolution au cours de l'histoire humaine est l'étymographie.

Sémasiographies[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sémasiographie.

Les sémasiographies sont des système de communication d'idées qui ne s'appuient pas sur la représentation d'unités d'une langue parlée. Tous les spécialistes ne s'accordent pas à les considérer comme des écritures : on parle également parfois de pré-écritures ou proto-écritures. Les symboles Adinkra des Akans, au Ghana et en Côte d'Ivoire, en sont un exemple.

Écritures logographiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Logogramme.

Un logogramme est un caractère ou glyphe écrit qui représente un mot ou un morphème. Il s'agit d'un pictogramme lorsque le logogramme représente directement un objet, d'un idéogramme lorsqu'il symbolise une idée.

En complément, les systèmes logographiques incorporent généralement une composante directement phonétique, représentant des syllabes ou des sons sans référence à un sens précis : on parle alors de phonogrammes.

Dans les anciens caractères chinois, cunéiformes ou dans l'écriture maya, un glyphe peut être un morphème, une syllabe ou les deux. Les hiéroglyphes égyptiens comportent à la fois des logogrammes et des phonogrammes consonantiques.

Un grand nombre de logogrammes est nécessaire pour écrire une langue[1].

Écritures syllabiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Syllabaire.

Dans un syllabaire, chaque symbole représentent une syllabe. Le linéaire B utilisé pour écrire le mycénien ou les kana japonais sont des syllabaires. En moyenne, 80 à 120 signes syllabiques sont typiquement nécessaires pour écrire une langue[1].

Écritures alphabétiques[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Abjad, Alphabet et Alphasyllabaire.

Une écriture alphabétique est un ensemble de symboles dont chacun représente un phonème de la langue. La combinaison de plusieurs symboles est nécessaire pour représenter une syllabe ou un mot. Une trentaine de signes alphabétiques peuvent suffire à écrire une langue[1].

Il existe trois grands types d'écriture alphabétique.

  • Les abjads ou alphabets consonantiques ne comportent de signes que pour les consonnes. C'est le cas de la plupart des systèmes d'écriture du Moyen-Orient, bien que les voyelles puissent y être indiquées secondairement et de façon plus ou moins facultative par l'ajout de divers diacritiques ou matres lectionis (consonnes jouant un rôle vocalique). Le terme d'abjad provient de la contraction des noms des quatre premières lettres de l'alphabet arabe : ʾalif, bāʾ, ǧīm et dāl (أﺑﺠﺪ).
  • Les alphabets proprement dits comportent à la fois des signes pour les consonnes et les voyelles. Le premier à être développé fut l'alphabet grec, issu de l'alphabet phénicien (qui est un abjad). Le passage de l'abjad à l'alphabet complet se fit en réaffectant à la notation des voyelles certaines lettres correspondant à des consonnes du phénicien qui n'avaient pas d'usage en grec. La plupart des alphabets ultérieurs dérivent de ce protoype grec. Le mot même d'alphabet provient des noms deux premières lettres de l'alphabet grec : alpha, bêta.
  • Les alphasyllabaires représentent une autre voie d'évolution des abjads vers la notation systématique des voyelles. Dans ces systèmes, les signes de base représentent des consonnes seules ou suivies d'une voyelle inhérente, et les autres voyelles sont indiquées par des diacritiques ou des modifications de la forme des signes consonantiques. Les alphasyllabaires sont répandus dans l'écriture des langues en Éthiopie, en Érythrée, en Inde et dans les pays du Sud-Est asiatique. Ils sont appelés également appelés abugidas, par contraction de quatre signes de l'alphasyllabaire guèze : አቡጊዳ, a-bou-gui-da.

Systèmes mixtes[modifier | modifier le code]

Le système d'écriture d'une langue peut faire coexister plusieurs sous-systèmes de fonctionnements différents. C'est le cas en japonais, où sont employés simultanément des logogrammes (les kanji, usage japonais des caractères chinois) et deux syllabaires (les hiragana et les katakana). Un autre exemple est constitué par les semi-syllabaires, qui comportent à la fois des signes pour des syllabes entières et d'autres pour des phonèmes isolés.

Histoire[modifier | modifier le code]

Sceaux harrapéens de la civilisation de la vallée de l'Indus, IIIe millénaire av. J.-C.

Problématique[modifier | modifier le code]

Le développement récent des études de littératie, en remettant en cause certaines préconceptions communes sur l'écriture et la lecture, peut amener à ré-évaluer les dates habituellement proposées pour l’apparition de l’écriture. En effet, selon le critère utilisé pour identifier un système d'écriture, on aura des résultats différents. Certains soutiennent par exemple que les sceaux de la vallée de l'Hindus, qui datent du IIIe millénaire av. J.-C., ne constituent pas une écriture au sens propre, alors que pour d'autres, on ne les considère pas comme des systèmes d'écriture parce qu'on projette sur ces traces notre concept moderne d'écriture. L'histoire de l'écriture est donc dépendante d'une série de conceptions que nous avons concernant le langage et le rapport entre l'écrit et l'oral, et s'appuie sur une philosophie du langage particulière[3].

Proto-écriture[modifier | modifier le code]

Peinture dans la grotte de Lascaux

Selon André Leroi-Gourhan, « l'art figuratif est, à son origine, directement lié au langage et beaucoup plus près de l'écriture au sens le plus large que de l'oeuvre d'art[4]. » Cet art serait lié à la constitution d'un couple intellectuel associant phonation et graphie[5].

Ce point de vue est partagé par le paléoethnologue Emmanuel Anati, pour qui l'écriture en tant que telle n'a pas une origine unique mais s’est développée sur les divers continents à partir de prémices communes et ne s’est fixée sous une forme systématique que là où l'état de la société l'exigeait[6]. Selon ce chercheur, qui a réuni une documentation sur 70 000 sites d’art rupestre, dans les grottes de 160 pays, ainsi que sur 500 000 vestiges mobiliers[7], l'art rupestre associe régulièrement des pictogrammes (figures humaines et animales) et des idéogrammes (traits, points, quadrillages) et cet art visuel préhistorique forme un code intentionnel et organisé. Anati a ainsi identifié dans des grottes de la Dordogne et des Hautes Pyrénées des séquences d’idéogrammes incisés sur des os datant de plus de 15 000 ans[8]. Il s’agit là d’une proto-écriture, mais non pas d’une écriture au sens strict du terme, car ces symboles ne correspondaient vraisemblablement pas à des sons d’une langue précise.

De même, on a trouvé en Chine des traces anciennes de caractères, plus tard utilisés par l'écriture mais ne formant pas encore un système articulé, datant de 7 à 8 000 ans[9]. Le site archéologique de Banpo révèle qu'il s'agit de pictogrammes incisés sur des os oraculaires[10].

Débuts de l’écriture[modifier | modifier le code]

« L'émergence de l'écriture ne se fait pas plus à partir d'un néant graphique que celle de l'agriculture ne se fait sans intervention d'états antérieurs[11]. » L'écriture n'est apparue que là où existait déjà depuis un certain temps un État organisé avec des institutions politiques et religieuses :

« Il ne put y avoir d'écriture, de représentation visible de cet invisible que sont les actes mentaux de numération et de nomination, que dans la mesure où la représentation des dieux invisibles avait déjà imprimé son ordre parmi les humains[12]. »

Mésopotamie[modifier | modifier le code]

Tablette cunéiforme de Ritmal. Vers 2400 av. J.-C.

En Mésopotamie, l'écriture n'est pas apparue d'un seul coup, mais s'est mise au point de façon progressive durant plusieurs millénaires[13]. Au cours du septième millénaire avant notre ère, pour des besoins de comptabilité, on commence à utiliser des jetons en argile (calculi) pour compter les possessions (troupeaux, récoltes) et les biens manufacturés[14] (Voir Débuts de l'écriture en Mésopotamie). Par la suite, le système se raffine. Ces calculi de 2 cm de long moulés en argile symbolisent des nombres sous trois aspects : des sphères, des cônes et des cylindres. Ces jetons représentent à la fois la nature de la marchandise (une jarre d’huile = un jeton de forme ovoïde) et la quantité (10 moutons = un jeton de forme lenticulaire)[15]. Vers 3400 apparaissent les bulles-enveloppes à calculi dans lesquelles sont placés les jetons. Vers 3300, on grave sur la surface de ces bulles d’argile scellées des pictogrammes, ou dessins stylisés, représentant les jetons à l’intérieur. Puis les jetons sont abandonnés et seuls sont utilisés les pictogrammes. Un système d’écriture se met ainsi en place vers 3300, alors qu'apparaissent les premières tablettes numériques et, vers 3200, des tablettes avec chiffres et logogrammes[16].

D’abord composée de signes renvoyant à des choses, cette écriture se complexifie et, vers le début du troisième millénaire, recourt à un certain nombre de phonogrammes pour représenter des sons[17]. Le principe du phonogramme est le même que dans un rébus, où les dessins d'un chat et d'un pot permettent de signifier le mot chapeau[18]. En Mésopotamie, cette écriture utilise plus de 600 signes. Chaque signe pouvait, selon le contexte, renvoyer à plusieurs sens : le signe du pied pouvait signifier « marcher », « se tenir debout », « transporter », etc.[18]

Vers 2600 av. J.-C., les tablettes ne sont plus seulement utilisées à des fins de comptabilité ou d'administration, et ne sont plus rédigées uniquement sous forme de listes, mais contiennent aussi des récits mythiques dont le plus connu est l'Épopée de Gilgamesh. La temporalité du récit a pour effet de renforcer la linéarité de l'écriture : « La conquête de l'écriture a été précisément de faire entrer, par l'usage du dispositif linéaire, l'expression graphique dans la subordination complète à l'expression phonétique[19]. »

Vers 2000 av. J.-C., la Mésopotamie est conquise par les Akkadiens, et la langue du conquérant supplante le sumérien, qui est réduit à servir de langue sacrée. L'écriture doit alors s'adapter en développant son aspect phonétique, de façon à transcrire l'akkadien. Elle restera en vigueur dans le royaume de Babylone qui se développe peu après, puis du royaume d'Assyrie. L'écriture cunéiforme sera également adoptée par les Élamites et les Hittites, même si ces derniers parlent une langue indo-européenne, très différente de l'akkadien[20].

Cette écriture est appelée cunéiforme parce qu'elle utilise un calame pour faire des marques dans l'argile humide. Une extrémité du calame était coupée en coin ou en biais, l’autre extrémité en équerre : l'objet permettait ainsi de dessiner un coin, un rond et un cône, représentant ces calculi, et de dessiner les formes conventionnelles[21]. Une fois les signes tracés sur une tablette d'argile molle, celle-ci est mise à sécher au soleil ou dans un four.

Les scribes constituaient l'élite des fonctionnaires. Ils étaient formés dans des écoles de scribes, où la discipline était très sévère. Dans les débuts de l'écriture, ils étaient placés sous la protection de la déesse Nisaba; à la suite de la conquête assyrienne, ils relèvent du dieu Nabû, le scribe par excellence[22].

Plus de 500 000 tablettes ont été conservées[23], dont 85 % ont un contenu de type administratif, juridique, religieux ou scientifique, tandis que le reste est constitué par des chroniques, des lexiques[24], des lettres, des lamentations et des textes littéraires et mythiques[25]. D'abord orientée de haut en bas, cette écriture prend l'orientation gauche-droite à partir de 2600 av. J.-C. Les tablettes sont de formes et de tailles très variées : certaines ont 30 cm de côté, beaucoup ont une taille qui se rapproche d'un téléphone intelligent ou encore plus petite, telle une tablette de 2,2 cm de haut sur 2,6 cm de large qui compte 30 lignes de texte et un total de 144 signes[26]. Les textes d'une certaine ampleur nécessitaient plusieurs tablettes. Les textes sont souvent accompagnés d'un colophon. La bibliothèque du roi Assurbanipal (669-627 av. J.-C.) découverte à Ninive en 1849 et déposée au British Museum compte plus de 20 000 tablettes[27].

Égypte[modifier | modifier le code]

Inscription en hiéroglyphes sur un mur du temple de Philae
Scribe accroupi (Musée du Louvre)
Texte en démotique sur la pierre de Rosette

En Égypte, l'inscription la plus ancienne est la palette de Narmer, datée de 3200 av. J.-C., rédigée en écriture hiéroglyphique. Au lieu de se former progressivement, cette écriture est bien structurée dès son apparition : « D'emblée, les Égyptiens, à la différence de leurs voisins sumériens, conçoivent un système graphique qui peut tout exprimer[28]. », mais ce peut être la conséquence d'une influence de la Mésopotamie[29]. Selon certains spécialistes, les hiéroglyphes égyptiens, malgré leurs différences avec l'écriture cunéiforme mésopotamienne, y trouvent probablement leur origine[30].

Le mot « hiéroglyphe » signifie littéralement « caractère » (glyphe) sacré (hiéros) : selon un mythe égyptien repris par Platon dans le Phèdre, l'écriture aurait été inventée par le dieu Thot. Le plus souvent, les hiéroglyphes se lisent de droite à gauche. Le sens de la lecture est indiqué par l'orientation des têtes humaines ou des oiseaux, le lecteur devant lire en allant vers la face ou le bec, sauf si l'inscription est placée à côté de la statue d'un dieu important[31]. Il faut 5 000 signes pour écrire en hiéroglyphes. Ceux-ci sont de trois sortes : des pictogrammes, des phonogrammes et des déterminatifs indiquant de quelle catégorie de choses il est question[32]. L'emploi des phonogrammes syllabiques fait évoluer le système vers l' acrophonie, soit l'attribution d'un signe au premier phonème de la syllabe représentée, qui est obligatoirement une consomme, mais « les Égyptiens ne franchissent pas le pas qui les aurait amenés au système alphabétique[29]. »

Tout comme à Sumer, l'écriture est réservée à une élite de fonctionnaires hautement spécialisés, les scribes, qui sont au service des pharaons, des prêtres et des autorités militaires. Cette fonction héréditaire est importante pour assurer les communications à l'intérieur d'un empire étendu et pour en assurer l'unité. Le scribe, anciennement placé sous la protection de la déesse Seshat, déesse de l'écriture, sera par la suite rattaché au dieu Thot. Sa plume est le symbole de la vérité et son animal emblématique est le babouin.

La plupart des textes sont écrits sur des volumen faits de feuilles de papyrus. La tige du papyrus était découpée en fines lamelles qu'on assemblait en les entrecroisant et en superposant deux couches. La feuille ainsi obtenue était séchée sous pression puis polie. On collait ensuite avec de la pâte d'amidon autant de feuilles ensemble qu'on le souhaitait pour obtenir un rouleau de longueur variable : les plus longs peuvent mesurer jusqu'à 40 m de long. Le scribe, assis en tailleur, déroulait le rouleau de la gauche vers la droite, et utilisait pour écrire une baguette de roseau d'une vingtaine de centimètres qu'il trempait dans « une encre composée d'un mélange de poudre de suie et d'eau, additionnée d'un fixateur comme de la gomme arabique. Titres, en-têtes et débuts de chapitres étaient écrits à l'encre rouge, à base de poudre de cinabre, un sulfure de mercure, ou de minium, un oxyde de plomb[33]. » Le procédé de fabrication était tenu secret, de façon à garantir un monopole à l'Égypte et à assurer à l'État une importante source de revenus, car les rouleaux étaient exportés dans tout le bassin méditerranéen dès le milieu du IIIe millénaire av. J.-C.. Le rouleau le plus ancien, datant de 2900 av. J.-C., a été trouvé à Sakkara[34]. Au total, la masse des documents conservés en cette écriture est cent fois moins importante que celle des tablettes en cunéiforme, car le végétal est moins durable que l’argile cuite[23].

Vers 650 av. J.-C. les scribes adoptent l'écriture démotique, qui est une écriture cursive plus claire et plus rapide à écrire que les hiéroglyphes. Elle figure sur la pierre de Rosette grâce à laquelle les hiéroglyphes ont pu être déchiffrés par Champollion en 1822.

Écritures élamites[modifier | modifier le code]

Disque de Phaistos. Hiéroglyphes crétois

Au fil des siècles, trois systèmes d'écriture se sont développés dans le royaume d'Élam, situé au sud-ouest du plateau iranien.

Le proto-élamite est le plus ancien. On a retrouvé des tablettes d'argile datant de 3200-2900 av. J.-C. à Suse, capitale d'Élam. L'écriture proto-élamite se serait développée à partir d'une écriture cunéiforme. Elle compte environ un millier de signes, et serait partiellement logographique. Ces tablettes n'ont pas été déchiffrées.

L'élamite linéaire est une écriture toujours non déchiffrée peut-être dérivée du proto-élamite et utilisée entre 2250 av. J.-C. et 2220 av. J.-C.

L'écriture cunéiforme élamite fut en usage de 2500 à 330 av. J.-C., adaptée à partir de l'akkadien. Cette écriture consiste en 130 symboles, soit bien moins que la plupart des autres écritures cunéiformes.

Écritures crétoises[modifier | modifier le code]

On a trouvé en Crète trois types d'écriture : (a) des hiéroglyphes gravés sur des sceaux en stéatite ou dans de l'argile, tel l'énigmatique disque de Phaistos datant de la première moitiés du IIe millénaire av. J.-C. ; (b) le linéaire A, une écriture toujours non déchiffrée, au même titre que les hiéroglyphes, utilisée entre -1700 et -1450 ; (c) le linéaire B, dérivé du linéaire A, utilisé entre -1375 et -1200, et qui a été déchiffré dans les années 1950.

Alphabet phénicien[modifier | modifier le code]

Une coupe attique à fond ocre et dessins noirs, vue du dessous. Sur le tour sont gravés deux alphabets grecs, sur deux lignes, séparés par les anses et le support.
Un alphabet grec archaïque sur une poterie (Musée national archéologique d'Athènes).

L'alphabet phénicien est adapté du proto-cananéen vers le XIVe siècle av. J.-C., à la suite d'une évolution qui pourrait avoir commencé en Égypte trois siècles plus tôt[35]. Il se développe et se fixe à Byblos (anciennement Gebal) vers 1060 av. J.-C.[36]. Il s'agit d'un abjad, ou alphabet consonantique, car les langues sémitiques ont très peu de voyelles. Vingt-deux signes y correspondent à vingt-deux sons de consonnes. Chaque signe représente le dessin de l'objet correspondant à son premier phonème : la lettre « a » (aleph) renvoie au bœuf, la lettre « b » (bet) à une maison, etc.[37] Cette écriture est orientée de droite à gauche. Elle n'a pratiquement pas laissé de traces, mais s'est propagée rapidement sur le pourtour méditerranéen, et notamment en hébreu.

Les Grecs adoptent cet alphabet dès la fin du IXe ou le début du VIIIe siècle av. J.-C.. Ils y ajoutent des voyelles en reprenant des signes du phénicien notant des consonnes qui n'existaient pas en grec. L'alphabet grec compte alors 17 consonnes et 7 voyelles. Quant à l'orientation de l'écriture, on adopte d'abord le boustrophédon, qui consiste à commencer la ligne de gauche à droite puis à revenir de droite à gauche pour la ligne suivante, de la même façon que le paysan trace les sillons dans un champ. Au Ve siècle av. J.-C., l'orientation gauche-droite se généralise.

Les exemplaires les plus anciens de papyrus grecs qui nous soient parvenus datent du IVe siècle av. J.-C.[38]. On se servait aussi de tablettes recouvertes de cire, surtout pour des exercices scolaires, parce que la même surface pouvait être effacée et servir à nouveau. On écrivait aussi sur de la poterie.

L'écriture alphabétique mise au point par les Grecs sera reprise par de nombreuses langues, notamment l'étrusque, d'où dérive, vers le IIIe siècle av. J.-C., un alphabet latin comptant 20 lettres. Outre notre alphabet et l'alphabet cyrillique, on peut rattacher à cette même origine l'écriture de nombreuses langues de la péninsule indienne, notamment le devanagari[39].

Chine[modifier | modifier le code]

En Chine, après une période allant du XVe siècle au xe siècle av. J.-C. où l’écriture ossécaille (pratiquée sur des os et des écailles de tortue) était utilisée à des fins divinatoires, une écriture sigillaire se développe à partir des formes archaïques. Elle comptera 9 353 caractères vers la fin du IIe siècle[40].

Méso-Amérique[modifier | modifier le code]

En Amérique centrale, la découverte, en 1999, de la stèle de Cascajal a conduit à réviser les dates auparavant proposées pour l'Amérique pré-colombienne et à faire remonter l’apparition de l’écriture aux environs de 1200 av. J.-C. dans la civilisation olmèque[41]. À leur suite, aux environs du IIIe siècle, les Mayas développent une écriture à base de logogrammes syllabiques comportant plus de 700 glyphes (450 signes principaux et 250 signes additionnels)[42].

Tout comme dans « les plus anciennes écritures de la Méditerranée, d'Extrême-Orient ou d'Amérique, [celles-ci] débutent dans des notations numériques ou calendériques et dans celle de noms de divinités ou de hauts personnages, sous la forme de figures assemblées en petits groupes à la manière de mythogrammes successifs[43]. »

Supports de l'écriture[modifier | modifier le code]

Sappho écrivant avec un stylet sur une tablette de cire. Herculanum. Ier siècle

De nombreux outils et matériels d'écriture ont été utilisés à travers l'histoire. La stèle de pierre, la plaque de bronze, la feuille d'or ou d'argent, la tablette d'argile, la poterie, la tablette de cire, l'écorce de bouleau, la soie, les lattes de bambou en liasse, le volumen de papyrus et le codex de parchemin ont servi de support à l'écriture, certains durant des millénaires. Aujourd'hui, le papier est de loin le support le plus utilisé, mais il est concurrencé par l'encre électronique et l'écran à cristaux liquides.

Des outils comme des styles en os, en fer ou autres ; les calames, les plumes ont permis de tracer les glyphes.

Les Incas auraient utilisé des cordes nouées, les quipus, comme un système d'écriture[44].

Les machines à écrire et les traitements de textes sont désormais des outils d'écriture répandus et des études comparent leurs impacts sur l'écriture[45],[46].

Avec l'expansion des tablettes tactiles et des téléphones intelligents, la possibilité que l'écriture cursive ne soit plus enseignée inquiète les psychologues, car cette gestuelle active des zones spécifiques du cerveau et contribue à solidifier les apprentissages[47].

Écriture et oralité[modifier | modifier le code]

L’écriture a été regardée avec suspicion dans plusieurs systèmes religieux qui y voyaient une menace pour la transmission orale et l'ordre existant. Platon rapporte un ancien mythe égyptien selon lequel l’invention de l’écriture se ferait au détriment de la mémoire :

« Cette connaissance aura pour effet, chez ceux qui l'auront acquise, de rendre leurs âmes oublieuses, parce qu'ils cesseront d'exercer leur mémoire : mettant en effet leur confiance dans l'écrit, c'est du dehors, grâce à des empreintes étrangères, non du dedans et grâce à eux-mêmes qu'ils se remémoreront les choses[48]. »

De même, la religion hindoue se méfiait de l’écriture, au point que le Rig Veda, son livre le plus sacré, ne pouvait pas être mis par écrit et devait être transmis exclusivement sous forme orale, depuis sa composition vers le XIe siècle av. J.-C. La méfiance à l'égard de l’écriture était telle qu’un fidèle ne devait même pas réciter ce livre après avoir pratiqué des activités d’écriture[49].

Selon le témoignage de Jules César, les druides gaulois ne voulaient pas que leurs poèmes sacrés soient confiés à l’écriture, de peur que l’on en vienne à négliger la mémoire et que leur science ne se répande dans le vulgaire :

« Là, dit-on, ils apprennent un grand nombre de vers, et il en est qui passent vingt années dans cet apprentissage. Il n'est pas permis de confier ces vers à l'écriture, tandis que, dans la plupart des autres affaires publiques et privées, ils se servent des lettres grecques. Il y a, ce me semble, deux raisons de cet usage: l'une est d'empêcher que leur science ne se répande dans le vulgaire; et l'autre, que leurs disciples, se reposant sur l'écriture, ne négligent leur mémoire; car il arrive presque toujours que le secours des livres fait que l'on s'applique moins à apprendre par coeur et à exercer sa mémoire[50]. »

Sur les quelque 3 000 langues répertoriées dans le monde, les linguistes n'en dénombrent « qu'à peine plus d'une centaine qui s'écrivent[51]. »

Impact culturel[modifier | modifier le code]

La généralisation de l'écriture a eu des effets importants au plan culturel et social. Selon l'anthropologue Jack Goody, « l'écriture, surtout l'écriture alphabétique, rendit possible une nouvelle façon d'examiner le discours grâce à la forme semi-permanente qu'elle donnait au message oral[52]. » Il en résulta une extension du champ de l'activité critique, ce qui favorisa la rationalité, l'attitude sceptique et la pensée logique. Les effets ne s'arrêtent pas là :

« Simultanément s'accrut la possibilité d'accumuler des connaissances, en particulier des connaissances abstraites, parce que l'écriture modifiait la nature de la communication en l'étendant au delà du simple contact personnel et transformait les conditions de stockage de l'information. Ainsi fut rendu accessible à ceux qui savaient lire un champ intellectuel plus étendu. Le problème de la mémorisation cessa de dominer la vie intellectuelle; l'esprit humain put s'appliquer à l'étude d'un texte statique [...], ce qui permit à l'homme de prendre du recul par rapport à sa création et de l'examiner de manière plus abstraite, plus générale, plus rationnelle[53]. »

En transformant le matériau sonore du langage en une suite graphique, purement visuelle, l'écriture mérite d'être considéré comme une technologie, dont les outils consistent en une surface soigneusement préparée et un jeu d'instruments pour écrire —plume, calame, stylet, pinceau, clavier[54].

Une fois mis sous forme écrite, le discours peut être réactualisé par les lecteurs à l'infini. Dépouillé de sa dimension sonore par la lecture silencieuse, l'écrit entraîne à voir la vie intérieure comme une réalité neutre et impersonnelle[55]. Il rend possibles les grandes traditions religieuses introspectives —bouddhisme, judaïsme, christianisme et islam[56]. Par le jeu de la transcription de sa pensée personnelle, l'écriture a pour effet d'augmenter le champ de conscience[57].

Les effets de l'écriture seront encore multipliés avec la mécanisation de l'écriture par l'imprimerie, qui marque « une nouvelle étape vers des schémas encore plus formalisés[58] » et donnera naissance au roman[59].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « BNF - Les systèmes d'écriture », sur BNF
  2. Robinson, 2003, p. 36
  3. Béatrice Fraenkel et Aïssatou Mbod, « New Literacy Studies, un courant majeur sur l'écrit », Langage et société, no 133,‎ mars 2010, p. 7-24
  4. Leroi-Gourhan 1964, p. 266
  5. Leroi-Gourhan 1964, p. 269
  6. Anati 2013, p. 10
  7. L’anthropologie, 112 (2008), p. 503
  8. Anati 2013, p. 23
  9. signes néolithiques trouvés en Chine (en)
  10. Léon Vandermeersh, « Écriture et littérature en Chine », Extrême-Orient, Extrême-Occident, vol. 8, no 8,‎ 1986, p. 53-66
  11. Leroi-Gourhan 1964, p. 278
  12. Herrenschmidt 2007, p. 82
  13. Gilmont 2004, p. 17
  14. Herrenschmidt 2007, p. 70
  15. Gingras, p. 19. Voir les travaux de Denise Schmandt-Besserat
  16. Herrenschmidt 2007, p. 388
  17. Gingras, p. 20
  18. a et b Jean 1987, p. 16
  19. Leroi-Gourhan 1964, p. 270-272
  20. Jean 1987, p. 18
  21. Denis Guedj, Zéro, Robert Laffont,‎ 2010, 312 p. (lire en ligne)
  22. Baez 2013, p. 46
  23. a et b Gingras, p. 16. Environ la moitié de ces tablettes était numérisée en 2013 (Baez 2013, p. 77).
  24. Comme l'écriture sumérienne a été adoptée par les Akkadiens, puis par les Assyriens, les besoins d'intercompréhension ont donné lieu à une intense production de lexiques.
  25. Baez 2013, p. 77
  26. Baez 2013, p. 83
  27. Baez 2013, p. 73
  28. Jean 1987, p. 27
  29. a et b Gilmont 2004, p. 18
  30. (en) Peter T. Daniels, "The First Civilizations", in The World's Writing Systems, ed. Bright and Daniels, 1996, p.24
  31. Jean 1987, p. 29
  32. Jean 1987, p. 27-28
  33. Jean 1987, p. 41
  34. Baez 2013, p. 97
  35. Voir Mugnaioni 1999.
  36. Baez 2013, p. 19
  37. Baez 2013, p. 19
  38. Baez 2013, p. 1115
  39. Jean 1987, p. 67
  40. Baez 2013, p. 42
  41. Alleton
  42. Baez 2013, p. 43
  43. Leroi-Gourhan 1964, p. 281-282
  44. The Khipu Database Project
  45. Daniel Chandler, « Do the write thing? », Electric Word, vol. 17,‎ 1990, p. 27–30
  46. (en) Daniel Chandler, The Act of Writing: A Media Theory Approach, Aberystwyth, Prifysgol Cymru,‎ 1995
  47. (en) The New York Times, 2 juin 2014, What’s Lost as Handwriting Fades
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  57. Ong 1982, p. 81
  58. Goody 1979, p. 137
  59. Ong 1982, p. 146

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Emmanuel Anati, Aux origines de l'art, Fayard,‎ 2003, 508 p.
  • (it) Giulio Angioni, La scrittura, una fabrilità semiotica, in Fare, dire, sentire. L'identico e il diverso nelle culture, il Maestrale, 2011, 149-169. ISBN 978-88-6429-020-1
  • (es) Fernando Báez, Los primeros libros de la humanidad, Madrid, Forcola,‎ 2013, 621 p. (ISBN 9788415174752)
  • Larissa Bonfante, John Chadwick, B.F. Cook, W.V. Davies, John Healey, J.T. Hooker, C.B.F Walker, Collectif, La naissance des écritures : du cunéiforme à l'alphabet, Paris, éditions du Seuil,‎ 1994, 503 p. (ISBN 9782020334532)
  • Simone Breton-Gravereau et Danièle Thibault, L'aventure des écritures : matières et formes, éd. Bibliothèque nationale de France, 1998 (ISBN 2-7177-2059-6)
  • Louis-Jean Calvet, Histoire de l’écriture, 1996, Hachette (ISBN 2-01-278887-4), Fayard/Pluriel (rééd. poche de 2011) (ISBN 978-2-8185-0130-6), 296 pages
  • Josèphe Chignier, Les systèmes d'écriture : un savoir sur le monde, un savoir sur la langue, éd. Centre régional de documentation pédagogique, 1990 (ISBN 2-86621-136-7)
  • Anne-Marie Christin, Histoire de l’écriture, de l’idéogramme au multimédia, Flammarion, 2001 (ISBN 2-08-012279-7), 432 pages
  • Marcel Cohen et Jérôme Peignot, Histoire et art de l’écriture, Bouquins, Robert Laffont, 2005 (ISBN 2-221-10225-8), 1 179 pages
  • James Février, Histoire de l’écriture, éd. Payot, 1995 (ISBN 2-228-88976-8)
  • Jean-François Gilmont, Une introduction à l'histoire du livre et de la lecture : Du manuscrit à l'ère électronique, Liège, Céfal,‎ 2004, 136 p. (lire en ligne)
  • Yves Gingras, Peter Keating et Camille Limoges, Du scribe au savant : Les porteurs du savoir de l’Antiquité à la révolution industrielle, Montréal, Éditions du Boréal,‎ 1999, 360 p. (ISBN 9782764600047)
  • Jack Goody, La raison graphique : La domestication de la pensée sauvage [« The domestication of the savage mind »], Paris, Les Éditions de Minuit,‎ 1979, 276 p.
  • Clarisse Herrenschmidt, Les trois écritures : Langue, nombre, code, Paris, Gallimard,‎ 2007, 510 p.
  • Georges Jean, L'écriture, mémoire des hommes, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes »,‎ 1987, 224 p.
  • André Leroi-Gourhan, Le Geste et la Parole : Vol. I. Technique et langage, Paris, Albin Michel,‎ 1964
  • (en) Walter J. Ong, Orality and Literacy : The Technologizing of the Word, Londres, Methuen,‎ 1982

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]