Écriture

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Écriture sur un support papier
Inscription, en écriture arabe calligraphiée datant du premier tiers du XIe siècle (vers 1011), gravée sur le fût d'une colonne dans la Grande Mosquée de Kairouan (Tunisie).

L’écriture est une représentation graphique ou visuelle d’une langue, au moyen de signes inscrits ou dessinés sur un support (papier, carton, bois, mur), et qui permet l'échange d'informations sans utiliser la voix.

L'invention de l'écriture a souvent été utilisée pour distinguer la Préhistoire de l'histoire, bien que cette conception soit remise en cause, puisqu'elle aboutit souvent à considérer que des peuples sans écriture sont des « peuples sans histoire », ce qui est problématique tant pour les peuples anciens et disparus que pour certains peuples autochtones actuels qui ne connaissent pas l'écriture mais sont pourtant intégrés à la mondialisation du XXIe siècle.

Histoire[modifier | modifier le code]

Des sceaux harrapéens de la civilisation de la vallée de l'Indus, IIIe millénaire av. J.-C.

L'écriture est inventée en Mésopotamie en 3500 avant J-C[réf. nécessaire].

À cette époque, l'agriculture prend de plus en plus d'importance. Des rois, des paysans n'arrivent plus à mémoriser tout ce qu'ils possèdent (troupeaux, récoltes...). Les historiens pensent que naturellement des paysans se sont mis à graver sur des tablettes d'argile vers -3500 pour d'abord compter des animaux, amenant au développement de l'une des premières formes d'écriture, l'écriture cunéiforme (utilisant des coins). En Mésopotamie, cette écriture utilise plus de 600 signes. En Égypte, vers la même époque apparaissent les hiéroglyphes, qui comptent 5000 signes. Ils sont déchiffrés par Champollion en 1822.

En Phénicie, vers -1000, apparaît l'alphabet phénicien. Vingt-deux signes y correspondent à vingt-deux sons. Cette forme d'écriture se propage ensuite sur le pourtour méditerranéen, et est à l'origine de nombreux alphabets utilisés de nos jours (alphabets romain, grec, cyrillique, arabe ...).

Inscription latine au Colisée à Rome (Ve siècle).

Les plus anciennes traces de caractères (plus tard utilisés par l'écriture mais ne formant pas encore un moyen de discours articulé) mises en évidence par la paléographie sont des signes néolithiques trouvés en Chine (en) et datant de 7 à 8 000 ans. Le site archéologique de Banpo révèle qu'il s'agit de pictogrammes incisés sur des os oraculaires[1].

Le paléoethnologue Emmanuel Anati fait remonter cette proto-écriture à 50 000 ans, considérant que l'art rupestre associe régulièrement des pictogrammes (figures humaines et animales) et idéogrammes (traits, points, quadrillages) et que cet art visuel préhistorique forme un code intentionnel et organisé[2].

L’écriture proprement dite est apparue sous des formes différentes dans au moins quatre « foyers de civilisations » maîtrisant de longue date l'agriculture et en plein développement urbain : en Mésopotamie (les tablettes des cités d'Uruk[3] datent de 3400 av. J.-C.)[4], en ÉgypteAbydos dans la tombe d'U-j attribuée au roi Scorpion Ier, les inscriptions hiéroglyphiques découvertes datent de 3250 av. J.-C.), en Chine vers 1400/1200 av. J.-C. et en Amérique centrale vers 1200 av. J.-C. (la découverte, en 1999, de la stèle de Cascajal, en particulier, a conduit à réviser les dates auparavant proposées pour l'Amérique pré-colombienne)[5]. Les hiéroglyphes égyptiens, malgré leurs différences avec l'écriture cunéiforme mésopotamienne, y trouvent probablement leurs origines, l'Égypte ayant en ce sens été influencée par le système inventé en Mésopotamie[6]. Ces quelques foyers d'écriture ont donné naissance aux systèmes graphiques actuellement connus[7].

La tablette de Dispilio (en) datant de 5260 av. J.C. suggère que l'écriture est apparue avant le troisième millénaire av. J.C.

Le développement récent des études de littératie, en remettant en cause certaines préconceptions communes de l'écriture et de la lecture, conduisent parfois à ré-évaluer ces dates respectives. En effet, selon le critère utilisé pour identifier un système d'écriture, on aura des résultats différents. Ainsi, certains soutiennent par exemple que les sceaux de la vallée de l'Hindus, qui datent du IIIe millénaire av. J.-C., ne constituent pas une écriture au sens propre, d'autres considérant au contraire qu'on ne les considère pas comme des systèmes d'écriture simplement parce qu'on projette dessus notre concept moderne d'écriture. L'histoire de l'écriture est donc dépendante d'une série de conceptions que nous avons concernant le langage et le rapport entre l'écrit et l'oral, et s'appuie donc sur une philosophie du langage particulière[8].

En Mésopotamie, on attribue à l’écriture une origine comptable. Les transactions entre contrées éloignées nécessitèrent la mise en place de contrats. Ces contrats étaient des boules creuses de glaise enfermant des calculi, des petites formes en argile (glaise) symbolisant des nombres sous trois aspects : des sphères, des cônes, des cylindres, auxquels étaient additionnées des formes conventionnelles pour désigner les choses échangées. En cas de contestation, la boule sèche sur laquelle on avait apposé son sceau pour contrôle était brisée, et la quantité de calculi et la livraison étaient comparées.

Empreintes de bâtonnet taillé.

Ces transactions devenant de plus en plus complexes, le système de calculi fut conservé mais, pour se souvenir de la teneur du contrat, en sus des sceaux, des signes furent dessinés sur l’extérieur de la boule de glaise encore fraîche, afin d'indiquer le contenu de cette boule, tant en quantité (le nombre) qu’en qualité (les choses contractées). Pour ces signes, un bâton assez fin nommé calame était utilisé. Une extrémité du calame était coupé en coin ou en biais, l’autre extrémité étant coupée d’équerre : l'objet permettait ainsi de dessiner un coin, un rond et un cône, représentant ces calculi, et de dessiner les formes conventionnelles[9].
Il semble que le système évolua ensuite vers l'utilisation d'une plaque de glaise aplatie dont les deux faces servirent à dessiner (écrire) le contenu du contrat. C’est probablement l’origine de l’écriture cunéiforme (dont le dessin a pour base la forme de coin), la forme ronde et cylindrique étant délaissée.

Une origine différente est possible, plus proches des systèmes qui conduisirent à la création d'autres principes d'écriture. Il s'agirait de procédés issus de symboles religieux et naturalistes possédant plusieurs valeurs, soit idéographique (l'idée est véhiculée par un graphème), soit logographique (un mot entier, désignant un objet concret, est figuré par un seul signe), soit syllabographique (une syllabe est désignée par le graphème), soit purement phonétique (le signe valant un son unique). Il est possible qu'à l'âge du bronze et au début de l'âge du fer, notamment en Égypte et en Chine, mais également en Crète, un même signe, en fonction du contexte, pouvait désigner soit une idée, soit un objet, soit une syllabe. Le support d'origine de ces écritures plus abstraites et plus philosophiques n'est pas, contrairement aux cunéiformes, principalement l'argile : elle peut se peindre ou se dessiner sur papyrus ou tout autre type de papier ou de peau ; elle peut orner des pans de murs sous forme de sculpture ou de peinture ; elle peut être incisée sur des vases de pierre ou de métal, voire des bijoux.

Une origine différente se trouve en Égypte antique, Sumer et en Mésoamérique : l'écriture apparut dans les Cités-États où l'organisation sociale stratifiée amenait à reconnaître un pouvoir prééminent, ce pouvoir justifiant idéologiquement sa prééminence par un apparat iconographique puis graphique, l'écriture[5].

Systèmes d’écriture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Système d'écriture.

L'étude des systèmes d'écriture et de leur évolution au cours de l'histoire humaine est l'étymographie.

Compléments[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Léon Vandermeersh, « Écriture et littérature en Chine », Extrême-Orient, Extrême-Occident, vol. 8, no 8,‎ 1986, p. 53-66
  2. Emmanuel Anati, Aux origines de l'art, Fayard,‎ 2003, 508 p.
  3. Trouvées dans une couche de rebut, leur datation reste sujette à caution.
  4. Lire à ce propos l'article Débuts de l'écriture en Mésopotamie.
  5. a et b Viviane Alleton, Jaroslaw Maniaczyk, Roland Schaer, Les origines de l'écriture, Le Pommier,‎ 2012, 207 p. (ISBN 9782746506374)
  6. (en), Peter T. Daniels, "The First Civilizations ", in The World's Writing Systems, ed. Bright and Daniels, 1996, p.24
  7. Fabienne Lemarchand, Les Cahiers de Sciences&Vie, n°107, octobre 2008.
  8. Béatrice Fraenkel et Aïssatou Mbod, « New Literacy Studies, un courant majeur sur l'écrit », Langage et société, no 133,‎ mars 2010, p. 7-24
  9. Denis Guedj, Zéro, Robert Laffont,‎ 2010, 312 p. (lire en ligne)

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis-Jean Calvet, Histoire de l’écriture, 1996, Hachette (rééd. de 1998) (ISBN 2-01-278887-4), Fayard/Pluriel (rééd. poche de 2011) (ISBN 978-2-8185-0130-6), 296 pages
  • Josèphe Chignier, Les systèmes d'écriture : un savoir sur le monde, un savoir sur la langue, éd. Centre régional de documentation pédagogique, 1990 (ISBN 2-86621-136-7)
  • James Février, Histoire de l’écriture, éd. Payot, 1995 (ISBN 2-228-88976-8)
  • Marcel Cohen et Jérôme Peignot, Histoire et art de l’écriture, Bouquins, Robert Laffont, 2005 (ISBN 2-221-10225-8), 1 179 pages
  • Giulio Angioni, La scrittura, una fabrilità semiotica, in Fare, dire, sentire. L'identico e il diverso nelle culture, il Maestrale, 2011, 149-169. ISBN 978-88-6429-020-1
  • André Leroi-Gourhan, Le Geste et la Parole, 1. : Technique et langage, 2. : La Mémoire et les Rythmes, Paris, Albin Michel, 1964-1965.
  • Anne-Marie Christin, Histoire de l’écriture, de l’idéogramme au multimédia, Flammarion, 2001 (ISBN 2-08-012279-7), traduction anglaise 2002, édition arabe Bibliotheca Alexandrina, 2005, 432 pages (400 illustrations)
  • Simone Breton-Gravereau et Danièle Thibault, L'aventure des écritures : matières et formes, éd. Bibliothèque nationale de France, 1998 (ISBN 2-7177-2059-6)

Liens externes[modifier | modifier le code]