Céramique

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne les « arts du feu ». Pour les céramiques développées en science des matériaux, voir céramique technique.

La céramique fut le premier « art du feu » à apparaître, bien avant la métallurgie et le travail du verre.

  • Une première branche, la terre cuite, recouvre l’ensemble des objets, fabriqués à partir de terre argileuse, qui ont subi une transformation physico-chimique irréversible au cours d’une cuisson à température élevée. Elle reste actuellement le matériau le plus répandu dans les arts de la table ou la construction (briques, tuiles).
  • Une seconde branche de matériaux céramiques a vu le jour au cours du XXe siècle. Ce sont les céramiques techniques dotées de nouvelles propriétés (tenue à très haute température, tribologie, conductibilitéetc.). Elles se rencontrent dans les applications médicales, sanitaires ou industrielles.

Si les premiers indices d'utilisation de la céramique au Paléolithique (~29000 av. J.-C.) relèvent du domaine cultuel, son utilisation domestique (plats et jarres) apparait au Néolithique (~10000 av. J.-C.), avec la sédentarisation des peuplades.

Son utilisation comme moyen d'expression artistique se développe ensuite et témoigne de l'art de vivre des civilisations qui lui donnent des formes et des décorations de plus en plus élaborées : vases grecs, poteries précolombiennes, céramique et porcelaine chinoises, céramique et porcelaine d'Europe et du Moyen-Orient.

Panneau mural à décor d'azulejos à l'entrée du marché central de Funchal (île de Madère).

Généralités[modifier | modifier le code]

Sculpture en grès émaillé par Jean-Joseph Carriès, Le Grenouillard, vers 1891 - musée d'Orsay, Paris.
Pièces de roulements, céramique composite (nitrure de silicium Si3N4).

Le mot « céramique » vient du grec ancien κέραμος, kéramos, qui signifie « terre à potier », « argile ». Il a donné son nom à un quartier d'Athènes, le Céramique.

Un matériau céramique est solide à température ambiante et n'est ni métallique, ni organique. Les objets en céramique sont réalisés par solidification à haute température d'une pâte humide plastique (verres minéraux), ou frittage (agglutination par chauffage) d'une poudre sèche préalablement comprimée, sans passer par une phase liquide (céramiques polycristallines) ; par assimilation, on désigne sous le terme « céramique » les objets ainsi fabriqués.

On peut distinguer plusieurs catégories de céramique :

Évolution historique[modifier | modifier le code]

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Vénus de Dolní Věstonice.

La Vénus de Dolní Věstonice (République tchèque) est l'un des plus anciens témoignages de création en céramique : cette Vénus paléolithique est une représentation féminine datant de 29 000 à 25 000 avant le présent (BP) (Gravettien)[1].

La céramique est ensuite attestée :

D'abord fondée sur la poterie en colombins, la technique de travail évolue vers la fin du Néolithique avec l'invention du tour rapide, qui apparut en Chine dans la culture de Longshan, entre 3000 et 2000 ans avant J.-C. Le tour lent apparut même plus tôt, dès la culture de Yangshao, vers 4000 ans avant J.-C.

Extrême-Orient[modifier | modifier le code]

Chine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Céramique chinoise.
Coupe noire « coquille d'œuf » typique de la culture de Longshan, datant de près de 5 000 ans (université de Pékin).

Si la céramique chinoise est universellement connue pour la porcelaine, inventée sous la dynastie Han de l'est (de 25 à 220 après J.-C.)[6], elle est aussi riche d'une longue tradition d'innovations techniques et stylistiques.

En effet, la poterie est en Chine un art d'une extrême ancienneté : si la culture de Yangshao, qui date de plus de 4 000 ans avant J.-C., est la première à fournir des poteries en grand nombre, les tout premiers exemplaires de terres cuites datent de 6 000 ans avant J.-C., avec les cultures Cishan (au Hebei) et Peiligang (au Henan)[4]. À l'époque néolithique, après la culture Yanshao, puis la culture Majiayao, les productions de Longshan témoignent de l'apparition du tour rapide, indispensable du fait de la finesse et de la hauteur de certaines pièces de prestige dites « coquille d'œuf »[7].

La céramique se développe encore, tant sur le plan des formes et des décors que sur le plan technique, sous les dynasties des Shang et des Zhou.

Beaucoup de pièces notables proviennent du mobilier funéraire (mingqi) : armée enterrée de Qin Shi Huangdi ; représentations de bâtiments, de fermes et figurines humaines des Han ; danseuses et musiciennes, représentations humaines ou animales « trois couleurs » des Tang, parfois de grande taille.

Les vases « bleu et blanc », qui apparaissent sous la dynastie mongole des Yuan, se développeront pleinement sous les Ming, puis encore au début de la dynastie des Qing, lors du règne de l'empereur Kangxi. Sous les Qing également se développent les porcelaines de la « famille rose » et de la « famille verte ».

Les céramiques et porcelaines chinoises ont eu une grande influence sur le développement des techniques et des styles en Corée, au Japon puis en Europe.

Corée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Céramique coréenne.

En Corée, l'influence de la céramique chinoise se fit sentir très tôt, dès l'occupation du pays par la Chine de 108 avant Jésus-Christ à 313 après J.-C. C'est à ce moment qu'apparurent les premiers fours élaborés, sans doute au plus tard vers le IIIe siècle après J.-C[8]. L'art de la céramique en Corée connut un développement rapide et produisit des pièces de céladon raffinées. La porcelaine coréenne blanche connut une grande popularité au XVe siècle, et était souvent décorée de cuivre.

Vers le milieu de la période Joseon, vers la fin du XVIIe siècle, les potiers coréens produisirent des céramiques « bleu et blanc », faisant appel à l'oxyde de cobalt.

Japon[modifier | modifier le code]

Plat à décor Imari (Arita, Japon, XVIIIe siècle).
Article détaillé : Poterie japonaise.

Après la période Jomon, les premières céramiques japonaises sont les haniwa (埴輪?, cylindres de terre cuite), qui sont des figurines funéraires japonaises. On les a retrouvés dans de nombreuses tombes du Kofun (古墳時代, kofun jidai?, IIIe siècle au VIe siècle) à travers tout le Japon. Ils sont le sujet de recherches scientifiques et archéologiques depuis l'ère Edo (江戸時代?) mais sont manipulés le moins possible car ils sont très fragiles.

Les sources anciennes évoquant les haniwa sont peu nombreuses. On compte parmi elles le Nihon Shoki (日本書紀?, Annales du Japon, début du VIIIe siècle).

Puis, c'est vers l'époque de Nara, au VIIIe siècle, que fut tentée la première assimilation de la céramique chinoise. La Cour japonaise connaissait d'élégants vases sancai (« trois couleurs »), caractéristiques de la dynastie Tang. La beauté de ces céramiques faisait d'elles des objets rituels, comme le montre l'une de ces pièces conservées au Shōsō-in. Les trois couleurs Tang firent plus qu'influencer la céramique japonaise : elles apportèrent au Japon la révélation de la couleur[9]. Mais, sans doute du fait de l'importance donnée aux objets laqués, le Japon ne connut pas de véritable développement de la céramique avant la fin du XVIe siècle[10].

À partir de 1616 se développa une production autochtone de porcelaine, inspirée de la production chinoise, au travers des potiers coréens ramenés de force de leur pays après l'invasion de la Corée par le Japon à la fin du XVIe siècle[11]. De plus, l'invasion de la Chine par les Mandchous se traduisit à partir de 1640, et pendant plusieurs décennies, par un afflux de potiers chinois vers la région d'Arita, au Japon, ce qui contribua à l'amélioration des techniques. La production de porcelaine japonaise la plus connue est la porcelaine d'Imari, produite à Arita, et par ailleurs largement exportée vers l'Europe.

Inde[modifier | modifier le code]

La production céramique de haute qualité dans l'Empire moghol est quasiment inexistante. Ceux-ci se servaient presque exclusivement de vaisselle chinoise en porcelaine. On peut pourtant signaler une production de carreaux de revêtement aux couleurs vives réalisés par la technique de la cuerda seca, sans doute principalement à Lahore. Une série d'entre eux, conservée au musée Guimet, provient de la tombe de Madani à Srinagar.

Moyen-Orient, Méditerranée et Europe[modifier | modifier le code]

Carreau de revêtement aux lapins, aux serpents et à la tortue utilisé pour illustrer Les Merveilles des choses créées et les curiosités des choses existantes d'Al-Qazwini (XIIIe siècle) ; céramique siliceuse à décor moulé et peint sous glaçure réalisée en Iran au XIXe siècle.
Vase de la Manufacture de Sèvres, offert par Louis XVIII au futur Charles X.
Le Déluge, embarquement sur l'Arche de Masseot Abaquesne, 1550. Exposé au musée national de la Renaissance d'Écouen.

La céramique apparaît au Proche-Orient plusieurs millénaires avant J.-C., à Çatal Hüyük (entre -6500 et -5700) en Anatolie, et en Mésopotamie au Néolithique avec en particulier les cultures de Hassuna (entre -6500 et -6000) et Samarra (entre -6200 et -5700). En Égypte antique, la culture de Badari (dès -5500) offre une belle céramique rouge polie à bord noir.

L'apparition du tour au Proche-Orient puis en Europe permet la production rapide de nombreux récipients standardisés. La pose de vernis noir à base d'oxydes métalliques permet d'améliorer les techniques de décor. La technique est reprise par les potiers de la Grèce antique puis dans l'Empire romain, notamment avec la technique de la céramique sigillée dont un des principaux centres de production est le site de La Graufesenque, dans le sud-ouest de la Gaule. La céramique romaine, dans les premiers temps de l'Art de la Rome antique hérite de l'apport de la céramique étrusque puis du contact avec toutes les formes de céramique du monde antique.

La découverte du décor vitrifié (à base d'eau, de silice et d'oxydes métalliques), déjà employée dans l’Empire byzantin et en terre d’Islam, permet au Xe siècle le développement de la poterie vernissée. Les Arabes qui occupent l'Espagne jusqu'au XVe siècle et l'Italie du Sud jusqu'au XIIe siècle introduisent la technique en Europe. La technique de la terre vernissée est redécouverte en France entre le XIVe et le XVIe siècle, notamment avec les travaux sur l'émail de Bernard Palissy dont les Italiens et les Espagnols avaient jusque là le quasi-monopole en Europe. En Italie, au Quattrocento, elle atteint des sommets avec les bas-reliefs en terracotta invetriata des Della Robbia.

Les techniques empruntées aux potiers ottomans et arabes permettent aussi aux Italiens de découvrir le sgraffiato et les majoliques. Le décor à istoriato apparaît à Florence et à Faenza au XVe siècle et la faïence est fréquemment utilisée. La technique de la porcelaine est redécouverte et affinée, mais s'interrompt au début du XVIIe siècle.

À partir du XVIe siècle, l'art des potiers italiens se répand. Au XVIIe siècle, l'Europe subit deux influences : l’une italienne à Nevers, l’autre chinoise à Delft. La faïence française du XVIIIe siècle, avec des décors cuits à température de petit feu, se développe avec des centres de production comme Marseille, Strasbourg, Niderviller.

Le secret de fabrication de la porcelaine est réétudié. Ehrenfried Walther von Tschirnhaus et Johann Friedrich Böttger découvrent la façon de faire de la porcelaine véritable en 1708 alors qu'ils travaillent pour la manufacture de Meissen en Allemagne. Les premiers échantillons de kaolin sont introduits en France par François-Xavier d'Entrecolles en 1712. En 1765, on découvrira les gisements de kaolin à Saint-Yrieix-la-Perche au sud de Limoges, ce qui permettra enfin de reproduire en France la porcelaine chinoise[12]. Dès lors la fabrication devient intensive, variée et abondante. La Manufacture de Sèvres devient Manufacture nationale en France. Au XIXe siècle, ses collections sont alimentées par son directeur, Alexandre Brongniart.

En Europe comme en Orient, la céramique connut un essor particulièrement important durant la Renaissance. Le château d'Écouen (devenu musée national de la Renaissance, Val d'Oise) fut bâti par Anne de Montmorency, grand amateur de céramiques. L'imposante demeure contient donc de très nombreuses faïences et céramiques de l'époque Renaissance, dont une partie fut réalisée par Masseot Abaquesne. On peut citer notamment le triptyque en faïence Le Déluge, embarquement sur l'arche, ainsi que les pavements en céramique. Ce sont des œuvres typiques de la Renaissance, probablement réalisées vers 1550, et très colorées du fait de leur fonction d'ornement. Mais on peut aussi admirer au château d'Écouen des assiettes de faïence réalisées par Nicolà da Urbino en 1525 ainsi que des céramiques de Bernard Palissy. D'origine différente mais de la même époque, le musée national de la Renaissance d'Écouen expose également 522 pièces uniques de céramique ottomane (plats, bouteilles, coupes, etc.). Elles furent pour l'essentiel réalisées dans la deuxième moitié du XVIe siècle, à Iznik, en Turquie. De très nombreuses autres faïences et céramiques provenant du monde entier sont visibles dans ce musée, dans la collection des Arts du feu. Toutes les œuvres datent de la Renaissance.

L'industrialisation croissante à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle modifie le rapport à la céramique. La généralisation de procédés de fabrication pour la production de masse et les nouveaux moyens de transport (notamment le chemin de fer), signent l'arrêt de la pièce unique artisanale aux profit des Arts appliqués. Les ateliers se transforment en fabriques et la petite industrie se développe dans des centres comme Limoges, Vallauris ou encore Saint-Uze.

La « Céramique parlante »[13] se caractérise par l'emploi de texte dans le décor (sous forme de strophes, poésies, proverbes, etc.) et d'illustrations associées.

Sous la révolution française, des milliers d'assiettes accompagnent au jour le jour les évènements politiques en les illustrant de bonnets phrygiens, de coqs, de canons ou de drapeaux.
On trouve les grands personnages de l'histoire de France : Bayard, Jeanne d'Arc, Henri IV, Thiers, Gambetta, Mac-Mahonetc.
Lorsque le conflit éclate en 1914, l'assiette participe à l'effort d'union nationale en exprimant des accents guerriers (« Vive le son du canon !»), humoristiques ou satiriques.

Au début du XXe siècle, l'art nouveau fait rentrer l'art — et en particulier la céramique — dans la majorité des foyers. Il est prolongé après la Première Guerre mondiale par l'art déco et les recherches sur le design. Mais la crise économique de 1929 et l'arrivée de matériaux comme la fonte, l'aluminium ou l'inox vont amener un désintérêt pour la céramique utilitaire. L'apparition après la Seconde Guerre mondiale des matières plastiques va aggraver la situation des artisans et des petites fabriques.

En parallèle, l'évolution de la chimie et de l'étude des matériaux va aussi permettre la création de nouveaux matériaux céramiques pour des applications industrielles ; aussi appelée néocéramique, c'est la céramique technique.

Face à cette désaffection de l'artisanat utilitaire, un nouveau courant artistique apparaît dans l'immédiat après-guerre : la céramique contemporaine naît des échanges entre artistes, souvent des peintres venus à la céramique. Les techniques de céramique orientales, notamment celles de Chine et du Japon — par l'intermédiaire de l'anglais Bernard Leach — sont popularisées. En France, des villages de potiers revivent. C'est le cas de La Borne sous l'impulsion de Jean et Jacqueline Lerat et leurs travaux sur le grès. Vallauris vit une véritable renaissance avec l'arrivée de nombreux artistes, suivis rapidement par une célébrité : Picasso.

De nombreux artistes travaillent aussi en Italie à Albisola : Jorn, Wifredo Lam, Fontana, Capogrossi, Arroyo, Recalcati, Rougemont, Mondino, Laveri, etc. Depuis les futuristes jusqu'aux artistes les plus contemporains du movimento artistico mediterraneo, les ateliers de cette petite ville balnéaire sont restés ouverts à toutes les tendances contemporaines.

Amériques[modifier | modifier le code]

Amérique du Nord et États-Unis[modifier | modifier le code]

Bol anasazi en céramique peinte, XIe-XIIIe siècles, Chaco Canyon.
Article connexe : Chaco Canyon.

Les populations indiennes d'Amérique du Nord ont développé un art de la céramique important. Les Anasazis en particulier ont, dès le VIe siècle, mis au point un style de poteries décorées de figures (lignes, points) reprenant sans doute des décors simples de vannerie. Plus tard, le style devint plus complexe : des représentations d'animaux ou d'êtres humains furent dessinées. Les couleurs utilisées étaient différentes selon les régions : noir et blanc dans le Colorado, noir et rouge dans le nord de l'Arizona, rouge et chamois dans l'Utah. La poterie était souvent richement décorée de motifs incrustés, avant cuisson, au moyen de divers objets (épis de céréales, tige de yucca ou coquillages).

De nos jours, aux États-Unis, la technique des cuissons rapides, notamment celle du raku japonais, est réappropriée par des artistes comme Paul Soldner. Sa simplicité apparente conjuguée à la vague des rencontres professionnelles de potiers permet une large démocratisation de l'art céramique à partir des années 1970 en Amérique, puis de 1981 en Europe.

Mésoamérique[modifier | modifier le code]

Les différentes civilisations mésoaméricaines ont développé un art de la céramique très élaboré. La plus ancienne pièce céramique de Mésoamérique est une petite figurine provenant du site de Tlapacoya-Zopihalco. Elle est datée de 2300 av. J.-C.

Amérique du Sud[modifier | modifier le code]

Article connexe : Art des Andes centrales.
Vase-portrait mochica anse-goulot en forme d'étrier, Ier siècle av. J.-C.-VIIIe siècles, musée du quai Branly, Paris.

Si la céramique apparaît tardivement dans les Andes centrales vers 1800 - 1000 avant J.-C., elle est bien plus précoce dans les zones côtières d'Équateur, de Colombie et du Venezuela où elle apparaît au moins dès le cinquième millénaire av. J.-C. Mais c'est à la basse Amazonie que revient la palme de la plus ancienne céramique avec la céramique des sites de Taperinha et de Caverna da Pedra Pintada, datée des septième-huitième millénaires av. J.-C.
Elle apparait également plus précocement dans l'Amazonie au pied des Andes qu'au Pérou même, comme l'atteste le Complexe Mayo-Chinchipe[14] situé sur le versant oriental des Andes équatoriennes, ainsi que les cultures Tutshcaynio et Shakimu dans le bassin versant de l'Ucayali péruvien.

Au Pérou, son apparition semble surtout liée à un but utilitaire, notamment pour la cuisson des nouveaux produits agricoles. Cependant, on connaît aussi quelques figurines féminines, comme la Vénus de Curayacu, du musée national du Pérou, datée du IIe millénaire avant notre ère[réf. nécessaire]. Ce personnage féminin se présente dans une attitude frontale et hiératique, les bras plaqués sur le corps, le décor se résumant à des incisions.

La céramique de Chavin apparaît vers 1200/800 – 300 av. J.-C. Elle agit comme un médium qui véhicule l’iconographie de Chavin vers les régions éloignées de la cité principale. Les formes de céramique les plus fréquemment rencontrées sont des vases globulaires à anse-goulot en étrier et des bouteilles à haut col. En général, les surfaces sont de couleurs sombres (gris, noir ou brun) ; un décor de félins, de fleurs ou d'oiseaux est incisé, gravé ou modelé.

Vers 100 à 600 après J.-C., la poterie polychrome des Nazcas reprend en grande partie les thèmes iconographiques des Paracas, mais une nouveauté technique fondamentale y apparaît : les couleurs sont désormais appliquées avant cuisson, et non plus séparées par des incisions. Les types de céramiques s’enrichissent également, de vases sphériques à goulots reliés par une anse pont (qui existaient déjà chez les Paracas), de gobelets, de bols, de terrines, de jarres, de récipients anthropomorphes. Les couleurs, posées en aplat, sont le plus souvent délimitées par un contour noir, formant divers motifs décoratifs, avec une grande dislocation dans les figures.

Vers 100 à 700 après J.-C., la culture mochica est la seule culture qui crée de véritables scènes complexes avec interaction de personnages multiples, notamment dans sa poterie funéraire. Les spécialistes distinguent cinq phases différentes, reconnaissables à la forme de l’anse-goulot en étrier. Les décors sont variés, entre le modelage, le relief, l'incision, la peinture, ou encore le dessin au trait, le tout dans des tons lie de vin sur crème en général. Parfois, ces poteries peuvent également être noires (phase 3) ou à engobes gris ou polychromes (phase 5). L'évolution a lieu vers plus de réalisme, de vie et une plus grande complexité, et la poterie mochica est la première qui parte à la conquête de l’expression (personnages en train de rire). Les thèmes sont donc riches et variés : félins, guerriers portant bouclier rond, masse d'arme, tunique en coton et casque, ou encore chamans mastiquant de la coca mêlée à de la chaux.

Enfin, au XVe siècle, la céramique inca est marquée par l'apparition de différentes formes comme l’aryballe (grande jarre accrochée dans le dos) et le florero (avec un long col évasé). Les décors sont de préférence géométriques, mais il existe tout de même des motifs floraux, des représentations d'animaux et d'humains.

Afrique[modifier | modifier le code]

Vase Teke, RD Congo.

Même si l'étude des céramiques africaines n'a pas fait l'objet de la même attention que celles du Proche-Orient, de la Chine ou de l'Europe, des céramiques ont été produites en Afrique de l'Ouest, on l'a vu, dès le IXe millénaire av. J.-C., soit 500 ans avant les premières céramiques égyptiennes et 2000 ans avant le Proche-Orient. Ces céramiques ne semblent pas associées à l'invention de l'élevage et de l'agriculture, ce qui modifie la vision classique de la révolution néolithique.

Les fouilles de Hasi Uenzga au Maroc, dans le Rif oriental, ont mis au jour des tessons de céramique encore plus anciens, qui pourraient également dater du IXe millénaire avant J.-C.

Carreaux de céramique lustrée décorant la partie supérieure du mihrab de la Grande Mosquée de Kairouan en Tunisie.

La terre cuite, du fait de sa faible valeur, a rarement été réemployée alors que les métaux ont été transformés et refondus tandis que le bois était la proie des termites. C'est donc en terre qu'ont été modelées les plus anciennes figures retrouvées.

La barrière physique du Sahara, en limitant les échanges, a créé des conditions de développement différentes entre le nord et le sud du continent africain.

  • Les pays du Maghreb, sous l'influence phénicienne, puis romaine et arabe, ont découvert deux innovations majeures :
    1. le tour de potier a permis l'apparition d'une céramique régulière produite en quantité ;
    2. les émaux et les glaçures, introduits par les arabes, ont favorisé la production de céramique décorative et architecturale. L'un des plus anciens et des plus remarquables ensembles de céramiques lustrées du Maghreb et même de tout le bassin méditerranéen, est celui composé de 139 carreaux de céramique à reflets métalliques ornant la partie supérieure du mihrab (niche de prière) de la Grande Mosquée de Kairouan en Tunisie ; cet ensemble précieux de carreaux monochromes et polychromes date du début de la seconde moitié du IXe siècle (vers 862)[15].
  • Les régions d'Afrique subsaharienne, à l'écart de ces innovations, ont créé des styles de poteries plus centrés sur les valeurs plastiques et symboliques du travail de la terre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vénus de Dolní Věstonice
  2. É. Huysecom, "Un néolitihique "très" anciens en Afrique de l'Ouest ?, Dossier Pour la Science n° 76, Juillet-septembre 2012
  3. Découverte des premiers tessons de poterie en Chine
  4. a et b LI, He, La Céramique chinoise (2006), p. 19
  5. La plus vieille poterie du monde serait japonaise
  6. HE Li, La Céramique chinoise (2006), p. 39.
  7. Tour de potier et céramiques « coquilles d'œuf » dans la culture de Longshan
  8. Influence de la céramique chinoise en Asie de l'est et du sud-est
  9. Elisseeff D. et V. : La Civilisation japonaise (1974), p. 305. Les Grandes Civilisations - Arthaud. (ISBN 2-7003-0014-9)
  10. Développement de la céramique japonaise grâce aux prisonniers coréens à la fin du XVIe siècle
  11. Importance des potiers coréens pour le développement de la céramique japonaise au XVIIe siècle
  12. Porcelaine véritable, donc dure, alors que les principaux centres de production européens (Rouen, Saint-Cloud, Chantilly, Mennecy, Vincennes et Sèvres) utilisaient une porcelaine tendre.
  13. Françoise Marcard, La France de 1870 à 1918, Armand Colin, Paris, 2005
  14. http://www.arqueo-ecuatoriana.ec/fr/galerie-ceramologique/59-oriente/102-complejo-mayo-chinchipe
  15. La céramique lustrée (Qantara patrimoine méditerranéen)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Céramique.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • He Li, La Céramique chinoise, Thames & Hudson,‎ 2006 (ISBN 2-87811-270-9)
  • Cécile et Michel Beurdeley, La Céramique chinoise - Le Guide du connaisseur, Office du livre, Fribourg - Vilo, Paris,‎ 1974
  • Christine Lahaussois, La céramique, coll. Arts et techniques, éd. Massin, (ISBN 2-7072-0255-X)
  • Vocabulaire technique de la céramique, ouvrage collectif, éditions du patrimoine, 2001 (ISBN 2-85822-657-1)