Jacques Médecin

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Jacques Médecin
Fonctions
Parlementaire français
Maire de Nice 1966-1990, député 1967-1988
1967 –
Gouvernement Ve République
Groupe politique PDM (1967-1973)
RDS (1973-1978
UDF (1978-1981)
RPR (1981-1988)
Biographie
Date de naissance 5 mai 1928
Date de décès 17 novembre 1998 (à 70 ans)
Résidence Alpes-Maritimes

Jacques Médecin, né le 5 mai 1928 à Nice (Alpes-Maritimes) et mort le 17 novembre 1998 à Punta del Este (Uruguay), est un homme politique français, maire de Nice de 1965 à 1990, secrétaire d'État au Tourisme en 1976.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jacques Médecin est issu d'une famille d'hommes politiques niçois : son père, Jean Médecin fut maire de Nice pendant 37 ans et son grand-père, Alexandre Médecin, fut conseiller général de la ville.

Après des études de droit à Paris, il est élu conseiller général des Alpes-Maritimes en 1961 puis, à la mort de son père en 1965, maire de Nice à l'àge de 37 ans. Dans ces responsabilités, il construit une réputation sur un style autoritaire, interventionniste et clientéliste.

Condamné par la justice française pour plusieurs affaires de corruption, Jacques Médecin évite plusieurs peines de prison ferme en s'exilant en Uruguay de septembre 1990 jusqu'à son extradition en novembre 1994. Il repart pour l'Uruguay en 1996 jusqu'à sa mort.

Responsabilités publiques[modifier | modifier le code]

Mairie de Nice[modifier | modifier le code]

Au cours de 5 mandats de 1965 à 1990, il initie ou soutient en tant que maire de grands travaux d'infrastructure et d'équipement. Les réalisations les plus importantes de cette période incluent: les centres d'affaires L'Arenas et Nice-la-Plaine, le musée d'art moderne et d'art contemporain, la station d'épuration de Ferber, le centre commercial Nicetoile, le palais des congrès Acropolis, ou encore l'agrandissement de l'aéroport de Nice-Côte d'Azur[1]. La politique de la municipalité sur cette période est favorable au transport routier, avec la construction du contournement routier de Nice (aujourd'hui voie Pierre-Mathis) et de parcs de stationnement souterrains en centre-ville. Le bilan de certains de ces projets est critiqué pour la mauvaise qualité de leur concept, de leur exécution ou leurs consequences sur l'endettement de la ville[2].

Jacques Médecin démissionne de son mandat de Maire en septembre 1990 suite à sa mise en examen pour délit d'ingérence.

Autres mandats[modifier | modifier le code]

Outre son poste de maire de Nice, il fut député des Alpes-Maritimes de 1967 à 1988, secrétaire d'État au Tourisme dans le gouvernement Jacques Chirac de janvier à août 1976 et président du conseil général des Alpes-Maritimes de 1973 à 1990.

Positionnement politique[modifier | modifier le code]

Personnalité extravertie et impulsive, anticommuniste, Jacques Médecin a été membre du CNI, des Républicains indépendants, et du RPR. Lors du débat sur le projet de loi autorisant l'interruption volontaire de grossesse, défendu par Simone Veil en 1974, il se prononce contre l'avortement[3], déclarant notamment que « l'avortement, c'est un meurtre »[4]. La même année, il projette de jumeler Nice avec Le Cap, en Afrique du Sud, alors sous le régime de l'apartheid[5]. En 1981, il vote contre l'abolition de la peine de mort, et demande par la suite son rétablissement, notamment lors d'une manifestation en 1985[6]. Il se rapproche alors du FN, dont il avait déclaré dans National-Hebdo partager « 99,9 % des idées »[7],[8]. Dans les derniers mois de sa carrière politique, il cesse d'être apparenté RPR suite à des propos contestés sur des membres juifs du conseil municipal. Il reçoit enfin Jean-Marie Le Pen en visite officielle à la mairie de Nice en septembre 1990.

Engagement philosophique[modifier | modifier le code]

Dans les Les Frères invisibles [9] , Ghislaine Ottenheimer et Renaud Lecadre indiquent que Jacques Médecin n’a jamais fait mystère de son engagement dans la franc-maçonnerie française, et que son appartenance à la franc-maçonnerie était plus dictée par le souhait de monter et contrôler des réseaux affairistes que par un souci de perfectionnement personnel.

Affaires judiciaires[modifier | modifier le code]

Enquêtes pour corruption[modifier | modifier le code]

À partir des années 1980, des soupçons de corruption et de clientélisme pèsent sur sa gestion, notamment après la publication (hors de France) du pamphlet "J'accuse" de Graham Greene, qui dénonce un système de crime organisé en Côte d'Azur autour du maire de Nice[10]. Jacques Médecin est mis en examen pour la premiere fois en novembre 1989 pour délit d'ingérence, aujourdhui abus de bien social, suite à la plainte d'associations visant l'achat de publicité par la Mairie de Nice dans un journal dont le Maire est propriétaire[11]. Jacques Médecin démissionne en septembre 1990 de tous ses mandats et s'enfuit à Punta del Este en Uruguay[12]. Il fait ensuite l'objets de plusieurs mises en examen et condamnations en France:

  • En septembre 1991, la Chambre régionale des comptes le rend « comptable de fait » pour une perte de 5,7 millions de francs dans la renégociation de la dette de la Ville de Nice, suite au versement d'importantes commissions sans motif à des tiers. Une information judiciaire est ouverte à ce sujet en avril 1992.
  • En septembre 1991, une information judiciaire s'intéresse à l'association Nice-Opéra, au moment de la présidence de Jacques Médecin, pour non-paiement d'impôts sur les sociétés. Une nouvelle information judiciaire vise spécifiquement Jacques Médecin à ce sujet en avril 1992.
  • En octobre 1991, la Chambre regionale des comptes le déclare de nouveau «comptable de fait» de l'association paramunicipale Nice-Communication, puis encore en octobre 1992 à hauteur de 250 millions de francs au sujet du comité des fêtes de la ville.
  • À partir d'avril 1992, 3 mandats d'arrêts internationaux sont émis pour les enquêtes concernant l'association Nice-Opéra, l'entreprise Cerel et un delit d'ingerence[13].

Arrêté par la police uruguayenne et transféré à la prison de Montevideo en novembre 1993, Jacques Médecin est extradé en France en novembre 1994. Suite à une confusion des peines accordée par la cour d'appel de Grenoble, une peine de prison avec sursis est substituée aux quatre ans de prison ferme prononcés en 1ere instance, lui permettant de retourner en liberté[14].

Détail des condamnations[modifier | modifier le code]

  • 6 janvier 1992: un an de prison ferme et 300 000 francs d'amende pour délit d'ingérence. Jacques Médecin est également déclaré « incapable, à jamais, d'exercer aucune fonction publique » et doit verser 2 168 874 F de dommages et intérêts à Joseph Figueras, un contribuable niçois qui avait été autorisé à se constituer partie civile en lieu et place de la commune (« Pour délit d'ingérence — Jacques Médecin est condamné à un an de prison ferme », Le Monde, 8 janvier 1992).
  • 16 mai 1995: deux ans de prison ferme, 200 000 francs d'amende et cinq ans de privation de droits civiques pour « détournement de fonds » dans le scandale de l'Opéra de Nice (« Jacques Médecin est condamné à deux ans de prison ferme pour abus de confiance », Le Monde, 18 mai 1995).
  • Août 1995: trois ans et demi de prison ferme et un million de francs d'amende pour abus de biens sociaux et corruption dans le scandale de la Serel, société spécialisée dans la signalisation et la régulation routière. Entre 1986 et 1990, Jacques Médecin avait reçu près de quatre millions de francs de pots-de-vin de Francis Guillot, président-directeur général de la Serel (« Jacques Médecin est condamné à trois ans et demi de prison ferme dans l'affaire de la Serel », Le Monde, 5 août 1995). Le 12 janvier 1996, les peines sont confirmées en appel, sauf la peine de prison, réduite à deux ans avec sursis. Pourtant, Jacques Médecin quitte la France sans être inquiété et ne purge pas ces condamnations (« Condamné, Jacques Médecin s'apprête à repartir en Uruguay », Le Monde, 14 janvier 1996 et « Jacques Médecin — Un élu rattrapé par les affaires », Le Monde, 19 novembre 1998).
  • 31 mars 1998: condamné par défaut à deux ans de prison pour fraude fiscale[15].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La cuisine du comté de Nice, Paris, Julliard, 1972, 374 p. (ISBN 9782260000259)
  • Et moi je vous dis... ma vérité : entretiens avec Henri-Christian Giraud, Michel Lafon : Éd. de la Table ronde, 1991, 333 p. (ISBN 9782908652062)
  • Un lynchage exemplaire : Mitterrand m'a tuer, Première ligne, 1994, 280 p. (ISBN 9782841440016)
  • La République des juges, Hachette, 1996, 214 p. (ISBN 9782012370500)
  • La bonne cuisine du comté de Nice, Solar, coll. « La bonne cuisine », 2003, 288 p. (ISBN 9782263035067)

Ouvrages consacrés à Jacques Médecin[modifier | modifier le code]

  • Bernard Bragard, Frédéric Gilbert, Catherine Sinet et Henri Montant, J.M., le feuilleton niçois, Paris, La Découverte, 1990.
  • Brigitte Renaldi et Claude-Henry Laval, Jacques Médecin, chronique d'un sabordage, Boulogne-Billancourt, J.-P. Taillandier,‎ 1991, 243 p. (ISBN 978-2-8763-6093-8)
  • Brigitte Renaldi et Claude-Henry Laval, Jacques Médecin : le retour, Paris, J.P. Taillandier,‎ 1994, 223 p. (ISBN 978-2-8656-2064-7)
  • Claude Reyger, Jacques Médecin : le monolithe fracture, Golfe-Juan, Indivision Gervais,‎ 2003, 212 p. (ISBN 978-2-9520-9910-3)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le maire qui redessina sa ville »,‎ 22/11/2008
  2. « Ces grands projets coûteux et inutiles de la Côte d'Azur », sur Nice Matin,‎ 3/2/2013 (consulté le 21/9/2014)
  3. Intervention de Jacques Médecin à l'Assemblée nationale
  4. « Estrosi, anatomie d'une haine », sur Mediapart,‎ 12/7/2013 (consulté le 23/9/2014)
  5. « Quand Jacques Médecin, maire de Nice, soutenait les ennemis de Mandela », Nice-Matin, 6 décembre 2013
  6. « À Nice — M. Jacques Médecin appelle à un défilé pour le rétablissement de la peine de mort », Le Monde, 15 septembre 1988
  7. « Affirmant que les thèses du FN sont les siennes « à 99,9 % » — M. Jacques Médecin se rapproche du mouvement de M. Jean-Marie Le Pen », Le Monde, 13 avril 1990
  8. Alain Garrigou, « Le boss, la machine et le scandale: la chute de la maison Médecin » in Politix, 1992, volume 5, no 17, p. 8 [lire en ligne]
  9. Éditions Albin Michel, 2001, spécialement p. 76-77.
  10. (en) « On the Riviera, A Morality Tale by Graham Greene », sur The New York Times,‎ 5/2/1982 (consulté le 23/9/2014)
  11. « JT Antenne 2, novembre 1989 », sur INA,‎ 11/1989 (consulté le 23/9/2014)
  12. « L'ultime exil de Jacques Médecin. L'ancien maire de Nice est mort hier en Uruguay. », Libération, 18 novembre 1998
  13. « Ce qui attend Jacques Médecin », sur L'Express,‎ 2/12/1993 (consulté le 23/9/2014)
  14. « Jacques Médecin, condamné mais pas emprisonné », sur Liberation,‎ 13/1/1996 (consulté le 23/9/2014)
  15. « FRAUDE FISCALE: Jacques Médecin a été condamné par défaut à deux ans de prison », Le Monde, 2 avril 1998

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Précédé par
Francis Palmero
Président du conseil général des Alpes-Maritimes
1973-1990
Suivi par
Charles Ginésy