Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X
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La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X ou FSSPX est une société de prêtres catholiques romains, dont les buts sont « de former des prêtres et créer des séminaires ». Fondée le 1er novembre 1970, cette société perd sa reconnaissance officielle le 6 mai 1975[1]. Malgré cette dissolution, Mgr Marcel Lefebvre, son fondateur, décide de poursuivre son action sans l'accord de Rome, ce qui le conduit à ordonner des évêques sans l'accord de Rome en 1988 et à être excommunié pour acte schismatique.
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[modifier] Buts, droit et organisation
- Buts
La FSSPX, comme il ressort de ses statuts[2], a pour but « le sacerdoce et tout ce qui s'y rapporte et rien que ce qui le concerne », principes qui impliquent, entre autres, « d'orienter et réaliser la vie du prêtre vers ce qui est essentiellement sa raison d'être : le saint sacrifice de la Messe » tout en évitant « avec soin les erreurs modernes, en particulier le libéralisme et tous ses succédanés. » En pratique, cela sous-tend le maintien du rite tridentin, une théologie fondée sur saint Thomas d'Aquin et une critique virulente des « erreurs modernes ».
- Droit
Elle considère que la dissolution prononcée en 1975 est inefficace car entachée d'irrégularités[3].
- Du point de vue du droit canonique de l'Église catholique romaine, si la FSSPX fut une œuvre d'Église entre 1970 et 1975, elle ne l'est plus aujourd'hui et ne reçoit de Rome aucune forme d'approbation ou de reconnaissance. De plus, depuis les sacres d'évêques en 1988, Mgr Lefebvre, son co-célébrant Mgr Antonio de Castro-Mayer, et les quatre nouveaux évêques sont excommuniés[4]. Néanmoins, à plusieurs reprises, le cardinal Castrillon Hoyos, président de la commission pontificale Ecclesia Dei a indiqué dans les médias que la FSSPX était à l'intérieur de l'Eglise, mais qu'il lui manquait néanmoins « une plus parfaite communion ».
Enfin du point de vue des pouvoirs politiques, le Bureau des cultes du ministère de l'Intérieur français la considère comme une association cultuelle chrétienne indépendante de l'Église catholique romaine et n'ayant aucun contact avec elle. La situation est la même dans la majeure partie des pays du monde où elle est présente.
- Organisation
La FSSPX compte aujourd'hui 472 prêtres, 178 séminaristes dans six séminaires (dont le plus célèbre, à Écône, fut fondé en 1971), 85 frères, 250 religieuses, et revendique quelques 150 000 fidèles dans 30 pays[5]. Le supérieur de la FSSPX est Mgr Bernard Fellay, qui fut sacré le 30 juin 1988 par Mgr Lefebvre avec trois autres prêtres[6]. La Fraternité est organisée en 13 « districts », c'est-à-dire des pays ou groupes de pays où elle possède plus de 3 prieurés formés et en 6 « maisons autonomes », qui sont des districts en préparation
- En France, l'une des implantations les plus connues est l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet[7], dans le Ve arrondissement de Paris. L'occupation par la force de cette église a été reconnue par la justice française. Sous la mandature Delanoë, le groupe des verts a effectué de nouvelles tentatives, désapprouvée par le Maire, pour obtenir que la FSSPX soit expulsée mais sans succès : cette décision n'appartenant de toute facon pas à la Mairie, mais à l'Archevêché de Paris, à qui échoit l'affectation de cette église (Voir plus haut).
[modifier] Histoire des relations avec l'autorité romaine
[modifier] Les débuts
En 1970, Mgr Marcel Lefebvre fonde à Écône (Suisse) la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X à la demande de plusieurs séminaristes français. Les buts de cette fraternité sacerdotale sont « le sacerdoce et tout ce qui s’y rapporte et rien que ce qui le concerne ». Avec l'autorisation de Paul VI, l'institution est érigée canoniquement par Mgr Charrière, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg en tant que « pieuse union » pour une durée de trois ans ad experimentum renouvelables. De son côté, l'évêque de Sion l'autorise à fonder un séminaire à Écône.
Par la suite, Mgr Lefebvre continue de stigmatiser, plus ou moins violemment, la politique d'ouverture post-conciliaire, attaquant en particulier le dialogue inter-religieux auquel s'essaie l'Église catholique. Le 21 novembre 1974, il publie un manifeste résumant ses positions :
« Nous adhérons de tout coeur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la Foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité. Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues. (…) Aucune autorité, même la plus élevée dans la hiérarchie, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi catholique clairement exprimée et professée par le magistère de l'Église depuis dix-neuf siècles. S'il arrivait, dit saint Paul, que nous-même ou un Ange venu du ciel vous enseigne autre chose que ce que je vous ai enseigné, qu'il soit anathème. (Gal. 1:8). N'est-ce par ce que nous répète le Saint-Père aujourd'hui ? Et si une certaine contradiction se manifestait dans ses paroles et ses actes ainsi que dans les actes des dicastères, alors nous choisissons ce qui a toujours été enseigné et nous faisons la sourde oreille aux nouveautés destructrices de l'Eglise.(…) Cette Réforme étant issue du libéralisme, du modernisme, est tout entière empoisonnée ; elle sort de l'hérésie et aboutit à l'hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques. Il est donc impossible à tout catholique conscient et fidèle d'adopter cette Réforme et de s'y soumettre de quelque manière que ce soit. (…) C'est pourquoi sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment nous poursuivons notre œuvre de formation sacerdotale sous l'étoile du magistère de toujours, persuadés que nous ne pouvons rendre un service plus grand à la Sainte Église catholique, au Souverain Pontife et aux générations futures. C'est pourquoi nous nous en tenons fermement à tout ce qui a été cru et pratiqué dans la foi, les moeurs, le culte, l'enseignement du catéchisme, la formation du prêtre, l'institution de l'Eglise, par l'Eglise de toujours et codifié dans les livres parus avant l'influence moderniste du concile en attendant que la vraie lumière de la Tradition dissipe les ténèbres qui obsurcissent le ciel de la Rome éternelle. »[8]
En conséquence, au printemps 1975, le nouvel évêque de Fribourg retire l'autorisation accordée par son prédécesseur à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X[9]. Malgré cela Mgr Lefebvre décide de continuer son action de formation de prêtres, et en juin 1976, il ordonne treize prêtres sans lettres dimissoires[10].
Le 22 juillet 1976, Paul VI frappe Marcel Lefebvre d'une suspense a divinis[11] pour son opposition au Concile Vatican II et son opposition aux réformes qui s'y rattachent[12] et la Fraternité est dissoute. En réponse, dans une interview au Figaro, Mgr Lefebvre décrit Vatican II comme « un concile schismatique » [13]». Et le 29 août, Mgr Lefebvre célèbre la « messe de Lille »[14].
Après cette première fêlure dans l'union avec Rome, Mgr Lefebvre et la Fraternité Saint-Pie-X choisissent de continuer leur action en formant des prêtres, ouvrant des lieux de culte (appelés « prieurés ») dans tout le monde chrétien avec la volonté de « maintenir et perpétuer le sacrifice glorieux et expiatoire du Christ dans l'Église »[15]. Peu à peu, la fraternité se dote d'une structure hiérarchique distincte et séparée de l'Église romaine, dans le but de « maintenir la Sainte Église catholique et romaine, vouloir la continuer et la continuer par le Sacerdoce[16] ». Le 3 octobre 1984, Rome publie la lettre Quattuor abhinc annos[17] libéralisant sous certaines conditions la célébration du rite tridentin, sous la juridiction des évêques. La FSSPX, tout en se réjouissant de ce premier pas, reste très méfiante envers la hiérarchie diocésaine et demande une libéralisation générale des livres de 1962 ainsi qu'un statut juridique directement soumis au pape[18].
Mgr Lefebvre critique sévèrement la visite d'une synagogue par Jean-Paul II, ou les rencontres inter-religieuses d'Assise en 1986. À l'occasion de cette rencontre, donnant lieu à des prières pour la paix mondiale, tous les représentants religieux présents avaient prié chacun leur Dieu. Pour la tradition catholique, cela peut sembler dire que « toutes les religions se valent », ce qui fut toujours condamné par l'Église catholique[19]. Mgr Lefebvre affirme ,lors d'une conférence spirituelle à Écône, que le pape est alors inspiré par le diable et les francs-maçons.
[modifier] La rupture
Les rapports sont maintenus avec Rome, et une tentative de normalisation de la situation de la FSSPX a lieu le 5 mai 1988, par la signature d'un accord entre le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre. Cet accord[20] reconnaissait le principe de l'ordination d'un évêque, le maintien de « la discipline spéciale concédée à la Fraternité par une loi particulière ». Mais le lendemain, 6 mai, Mgr Lefebvre revient sur sa signature[21].
Se sentant vieillir, et voulant garantir la pérennité de son œuvre, Mgr Lefebvre décide de procéder à des sacres d'évêques, même sans l'accord de Rome. Ce qu'il fait, malgré les mises en garde canoniques[22], le 30 juin 1988. Mgr Lefebvre, assisté de Mgr Antonio de Castro-Mayer, évêque émérite de Campos, sacre quatre évêques, Alfonso de Galarreta, Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais et Richard Williamson.
Ce sacre d'évêques malgré l'interdiction de Rome relève de l'excommunication latæ sententiæ : l'individu s'excommunie lui-même, du simple fait de son acte, mais l'excommunication doit faire l'objet d'une déclaration publique. C'est ce que fait le cardinal Gantin, le 1er juillet 1988 par le décret Dominus Marcellus Lefebvre : il avertit toute personne de bonne volonté que Mgr Lefebvre a « posé un acte schismatique » en citant les canons 1364-1 et 1382 du Code de droit canonique
« L'apostat de la foi, l'hérétique ou le schismatique encourent une excommunication latæ sententiæ. » « L'Évêque qui, sans mandat pontifical, consacre quelqu'un Évêque, et de même celui qui reçoit la consécration de cet Évêque encourent l'excommunication latæ sententiæ réservée au Siège Apostolique. »[4]
Il déclare donc excommuniés Mgr Lefebvre lui-même, Mgr de Castro-Mayer, évêque co-consécrateur, et les quatre nouveaux évêques. Le 2 juillet 1988 par le motu proprio Ecclesia Dei[23], Jean-Paul II rappelle aux fidèles que nul ne doit ignorer que « l'adhésion formelle au schisme constitue une grave offense à Dieu et comporte l'excommunication prévue par le droit de l'Église ».
[modifier] De 1988 à nos jours
[modifier] Les « ralliés », ou « communauté Ecclesia Dei »
Certaines communautés de la mouvance de la FSSPX, comme les bénédictins du Barroux, n'acceptent pas la situation de schisme provoquée par les sacres du 30 juin. Ils sont canoniquement accueillis dans l'Église catholique en juillet 1988. Quelques prêtres de la FSSPX fondent la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, sur le modèle des accords du 5 mai. Une commission cardinalice —la commission pontificale « Ecclesia Dei » — veille aux applications pratiques du motu proprio.
- L'affaire de Campos
Jusqu'en 2000, il n'y a plus de relations officielles entre Rome et la Fraternité. Celle-ci s'attache à développer son implantation mondiale et à fustiger les « ralliés »[24]. En août 2000, la Fraternité Saint-Pie-X effectue un pèlerinage à Rome dans le cadre du Jubilé. À cette occasion, divers membres importants dont Mgr Fellay, le supérieur général, rencontrent le cardinal Castrillon-Hoyos, président de la commission Ecclesia Dei. Durant toute cette année 2000, les rencontres se multiplient[25], mais à la mi-2001 les relations sont au point mort.
Une des communautés de la mouvance de la fraternité Saint-Pie-X, l'union Saint-Jean-Marie-Vianney, de Campos au Brésil, dirigée par Mgr Rangel, continue quant à elle les pourparlers avec le Vatican, reconnaît le concile Vatican II interprété à la lumière de la tradition et la validité et licéité du rite de Paul VI et obtient le 18 janvier 2002 le statut « d'administration apostolique de caractère personnel » soumise directement au pape[26]. Le rite tridentin leur est reconnu comme rite propre.
- Nouveaux ralliements
Au sein de la Fraternité Saint-Pie-X, ce genre d'accord paraît satisfaisant à certains. Ainsi, au cours de l'année 2003, l'abbé Paul Aulagnier, ancien supérieur du district de France, exprime son soutien aux « accords de Campos » ; il est exclu de la FSSPX en octobre 2003. En 2004, l'abbé Philippe Laguérie, ancien curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet exprime son mécontentement quant au fonctionnement des séminaires et à certains choix de la Fraternité ; il fait l'objet d'une mutation disciplinaire au Mexique, qu’il refuse. Mgr Bernard Fellay déclare alors que l’abbé Laguérie « ne faisait plus partie de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X ». La sanction est la même pour ceux qui lui avaient manifesté son soutien, tels les abbés Guillaume de Tanoüarn, Christophe Héry et Henri Forestier. Le 8 septembre 2006, les abbés Philippe Laguérie, Guillaume de Tanoüarn, Paul Aulagnier, Christophe Héry et Henri Forestier rejoignent la pleine communion avec l'Église catholique romaine au sein de l'Institut du Bon-Pasteur[27], avec l'usage exclusif des livres de 1962 et le droit à une « critique constructive » du concile Vatican II.
[modifier] L'attraction de la FSSPX
Le 30 juillet 2006, un pasteur luthérien suédois, Sten Sandmark, abjure le luthéranisme et fait profession de foi catholique en l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet devant Mgr Tissier de Mallerais[28]. La Fraternité Saint-Josaphat, fondée en 2001, regroupant des prêtres de rites slavons en Ukraine, se place dans la mouvance FSSPX en demandant à celle-ci des professeurs pour son séminaire. Mgr Tissier de Mallerais ordonne un prêtre de cette communauté en 2003. En 1995, Mgr Lazo, évêque émérite de La Union (Philippines), rejoint la FSSPX. Il décède en 2000.
[modifier] Poursuite des contacts
En septembre 2005, les contacts sont renoués entre Mgr Fellay et le Vatican, dans la mesure où Benoît XVI jouit d'un plus grand crédit auprès des catholiques traditionalistes. Le premier point réclamé par Mgr Fellay - l'extension du droit de célébrer la messe selon le rite ancien, dit « de saint Pie V » - a abouti (Motu Propio pour la libération de la messe(été 2007). Le second - la levée des excommunications touchant les quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988 - ne devrait pas poser de problème.
De ce fait, la réintégration des « évêques excommuniés » et des presque 500 prêtres de la Fraternité semble possible, mais très difficile, selon les mots du cardinal Castrillón-Hoyos de la commission pontificale Ecclesia Dei. En janvier 2006, la FSSPX avait cependant annoncé des « progrès » dans les contacts avec la commission pontificale Ecclesia Dei.
[modifier] Le Motu Proprio Summorum Pontificum (7 juillet 2007)
Par le motu proprio Summorum Pontificum, publié le 7 juillet 2007, le pape Benoît XVI, qui en tant que préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi était très sensibilisé au « problème traditionaliste », a voulu remettre en valeur le rite tridentin. Dans sa lettre aux évêques qui accompagne le motu proprio le pape précise que l'un des buts de ce texte est la « réconciliation interne au sein de l’Église ».
Ces dispositions ont été saluées par Mgr Fellay au nom de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X . Pour lui, ce « climat favorable instauré »[29] par Benoit XVI, et cette « indéniable avancée liturgique »[30] doivent précéder le retrait de excommunications et l'ouverture de vraies discussions doctrinales.
[modifier] Doctrine
La rupture entre Rome et la Fraternité s'est faite en deux temps au plan juridique. Mais la séparation est due à des problèmes plus profonds reposant sur l'expression du dogme de l'Église catholique.
[modifier] Les points sensibles
Ainsi la FSSPX refuse l’aggiornamento et ce qu'elle nomme les mesures libérales du concile Vatican II, notamment :
- la liberté religieuse qui selon la FSSPX s'opposerait à la doctrine de la royauté sociale du Christ,
- la collégialité qui diluerait et lierait l'autorité pontificale en accordant trop de pouvoir aux conférences épiscopales,
- l'œcuménisme et ce qui serait son corollaire, l'abandon du prosélytisme ou de la mission,
- les modifications dans la liturgie.
[modifier] Une réponse romaine
Le cardinal Castrillon-Hoyos, préfet de la Congrégation du clergé énumère dans une lettre du 5 avril 2002 à Mgr Bernard Fellay plusieurs points de contestation, indiquant : « Je me permets (…) d'énumérer quelques-unes de ces attitudes et affirmations contradictoires dans lesquelles votre Fraternité semble s'être hasardée, qui suscitent la perplexité et sont en contradiction avec la Tradition de l'Église ».
Sur le plan doctrinal, le cardinal Castrillon-Hoyos rappelle les enseignements du premier concile du Vatican, selon lesquels la papauté est exempte de tout risque d'erreur. Pour lui, le magistère pontifical de Jean-Paul II ne contredit donc pas l'enseignement antérieur de l'Église. Il rappelle que les « états de nécessité » invoqués par la Fraternité pour justifier les ordinations de 1988 sont toujours soumis au jugement du pape et ne peuvent être invoqués contre celui-ci ou en dehors de lui. Enfin, il reproche aux prélats de la Fraternité leurs « manques de charité » et leur ton volontiers polémique.[31]
[modifier] Liturgie
La FSSPX célèbre exclusivement la messe selon le rite dit « de saint Pie V » ou Rite tridentin, en latin dans sa version de 1962 et rejette le rite de Paul VI (Novus Ordo Missæ), qui, selon elle, affaiblit l'expression de la doctrine sur le sacrement de l'Eucharistie. Ainsi, les disciples de Mgr Lefebvre dénoncent le caractère « équivoque » de la nouvelle liturgie qui serait, selon eux, susceptible de permettre une interprétation protestante de la messe. Ils reprochent notamment à la réforme liturgique d'avoir affaibli et obscurci la conception traditionnelle de la messe (tel que son caractère propitiatoire par exemple) afin de faciliter le dialogue avec les communautés protestantes. Pour la FSSPX, la modification de la liturgie traditionnelle est emblématique des modifications apportées par le concile Vatican II. Mgr Lefebvre écrit ainsi dans une déclaration du 21 novembre 1974 :
« On ne peut modifier profondément la lex orandi sans modifier la lex credendi. À messe nouvelle correspond catéchisme nouveau, sacerdoce nouveau, séminaires nouveaux, universités nouvelles, Église charismatique, pentecôtiste, toutes choses opposées à l'orthodoxie et au magistère de toujours. »
La publication du motu proprio Summorum Pontificum a levé une grande partie des difficultés dues à l'interdiction de facto du rite tridentin.
[modifier] Les controverses quant à la situation canonique
[modifier] Point de vue romain
Suite à une demande de Mgr Norbert Brunner, évêque catholique romain de Sion (Suisse), diocèse dans lequel sont situés, à Écône, le séminaire et la Fraternité Saint-Pie-X, Rome, par l'intermédiaire de la Congrégation des évêques et le Conseil pontifical pour l'interprétation des textes législatifs, émet cet avis :
- Le droit canon revu en 1983 précise que le sacre d'évêque sans mandat du Saint-Siège cause une excommunication automatique (latæ sententiæ) du prélat qui ordonne et des ordinants. C'est à Rome que revient ensuite de rendre publique cette sanction. Par la lettre Dominus Marcellus Lefebvre[4] du 1er juillet 1988, le cardinal Gantin effectue cette procédure.
- le délit de schisme est, pour le Conseil pontifical pour l'interprétation des textes législatifs, le processus d'éloignement de la communion hiérarchique[32]. En conséquence, le fait de persévérer dans la désobéissance à l'autorité légitime suite à l'acte schismatique de 1988, entraîne une scission entre la FSSPX et Rome.
Pour l'Église catholique, si tous les prêtres et évêques membres de la FSSPX sont validement ordonnés, leur statut juridique n'est pas conforme aux lois ecclésiales. En conséquence, baptême, eucharistie, confirmation, ordination et sacrement des malades sont tout à fait valides, même si effectués dans un cadre illicite. En revanche, pour être valides, les sacrements de pénitence et de mariage doivent être conférés par un ministre ayant reçu juridiction pour le faire. Pour ces deux sacrements, il y a donc doute sur la validité.[33]
Pour autant, le cardinal Castrillon-Hoyos, préfet de la Congrégation du Clergé et président de la commission Ecclesia Dei explique le 13 novembre 2003 « Nous ne sommes pas face à une hérésie. On ne peut pas dire en termes corrects, exacts, précis qu’il y ait un schisme. Il y a, dans le fait de consacrer des évêques sans le mandat pontifical, une attitude schismatique. Ils sont à l’intérieur de l’Église. Il y a seulement ce fait qu’il manque une pleine, une plus parfaite – comme cela a été dit durant la rencontre avec Mgr Fellay – une plus pleine communion, parce que la communion existe. »
Mais le 23 février 2006, ce même cardinal précise dans un courrier au sujet du départ de séminaristes indiens de la FSSPX vers le diocèse : «Le témoignage de ces séminaristes donne raison aux sérieuses inquiétudes quant à la mentalité séparatiste qui les a entourés au séminaire de Goulburn ». Ainsi, pour lui, le schisme n'est pas consommé mais il peut le devenir. Il a confirmé cette opinion lors d'une interwiew le 16 mars 2007[34].
[modifier] La position de la Fraternité Saint-Pie-X
Dès les sacres de 1988, la FSSPX publie plusieurs articles justifiant ses choix. À la fin des années 1990, la FSSPX lance une campagne d'information auprès de ses fidèles. Un tract est largement distribué, proclamant en première page :
« La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X est-elle schismatique ? excommuniée ? Rome répond non ! Les fidèles peuvent-ils assister à une Messe de Saint Pie V célébrée par un prêtre de la Fraternité Saint-Pie X ? Oui ! »
La base argumentaire repose sur plusieurs points :
- L'état de nécessité
- En effet, lorsque l'extrême ou quasi extrême nécessité spirituelle de l'individu (danger de mort) ou la grave nécessité spirituelle d'un grand nombre (par exemple la diffusion incontestée d'une hérésie) le requièrent, et que le secours des Pasteurs ordinaires manque, toutes les limitations posées par le droit ecclésiastique tombent, et tout ministre de Dieu (prêtre ou Évêque) a le devoir de faire, donc légalement, même « sans l'autorisation nécessaire », tout ce qu'il peut validement faire par droit divin en vertu de son pouvoir d'ordre. S'il ne le faisait pas, il pécherait mortellement, parce que le droit divin naturel et positif oblige à secourir, chaque fois que c'est possible, toute personne en état de grave nécessité. (Voir, entre autres, Saint Alphonse Teologia Moralis, I.3, tract. 3 n. 27 et I.6, tract. 4, n. 560; F. Suarez De charitate disput. 9, sect. II, n. 4: Billuart De charitate disert. IV, art. 3; Saint Thomas S. Th. Suppli Q. 8 a. 6.3; Cappello Summa Iuris Canonici vol. I p. 258 n. 258 § 2.)[35]
- La volonté de schisme
- Pour qu'il y ait schisme, selon le canon n°1364, il faut qu'il y ait volonté de créer une église parallèle. Or, pour la FSSPX, cette volonté n'a jamais existé, donnant pour arguments que lors de la messe les prêtres prient pour le pape régnant, que les sédévantistes sont exclus de la Fraternité, et que la Fraternité adhère totalement à la doctrine catholique. De plus, pour eux, Rome n'a jamais défini en quoi la FSSPX était schismatique.
- L'invalidité des excommunication
- Citant le canon n°1323 « N'est punissable d'aucune peine la personne qui, lorsqu'elle a violé une loi ou un précepte, a agi forcée par une crainte grave, ou bien poussé par la nécessité, ou pour éviter un grave inconvénient, a commis une violation… » ainsi que le canon n°1324, qui réduit la peine pour celui qui se croyait en état de nécessité, la FSSPX défend le fait que s'il y a eu acte schismatique, les circonstances atténuantes de ces deux canons font que le terme d'excommunication n'aurait pas dû être prononcé et que celle-ci est par là-même invalide[36].
[modifier] La FSSPX et le sédévacantisme
La situation irrégulière de la Fraternité Saint-Pie X entraîne une remise en cause de la soumission au pouvoir pontifical. Si la position officielle de la Fraternité est un clair refus du sédévacantisme[37], certains de ses membres ont pu conclure à la vacance du Saint-Siège. Les prêtres qui, tel l’abbé Claude Barthe[38] en 1980, ou l'abbé Daniel Dolan en 1983[39] ont exprimé cette opinion, ont été exclus de la Fraternité.
[modifier] La Fraternité et la politique
La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X reprend la doctrine catholique quant à l'engagement en politique : « L'action politique, réellement politique, concrètement politique, fait partie du devoir d'état, même si ses modalités pratiques peuvent varier d'un individu à l'autre en fonction des capacités, des situations et des urgences »[40]. Mgr Tissier de Mallerais explique[41] que, selon les paroles du Christ « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22, 21) », le domaine temporel, celui de la société civile, et le domaine spirituel, celui de l'Église sont souverains chacun en son genre, sans pour autant devoir être dissocié. Pour lui, le bien commun, but de la société civile est lié au salut éternel, but de l'Église.
Dans ce contexte, les membres (clercs) de la FSSPX n'ont pas d'engagement politique partisan, car cela risquerait d'entraîner la confusion des domaines, et ce même si certaines activités spirituelles ont pu susciter un certain trouble, comme les pélerinages à l'île d'Yeu, sur la tombe du maréchal Pétain[42],[43] à l'instar de celui du 22 septembre 2007 au cours duquel, l’abbé de Cacqueray « compare le combat du maréchal Pétain pour la France à celui de Mgr Lefebvre pour l’Église. »[44].
En revanche, nombre de laïcs proche de cette fraternité ont un engagement politique. En lien avec la doctrine catholique, ils sont très opposés au communisme que le pape Pie XI a fermement condamné en 1937, par l'encyclique Divini Redemptoris. Ils sont aussi fidèles à l'enseignement des derniers papes sur le « droit à la vie » développé par l'encyclique Evangelium vitae en 1992. Ces fidèles refusent généralement de militer dans des mouvements ou partis qui ne sont pas en accord avec la doctrine morale de l'Église. C'est la raison pour laquelle l'abbé Laguérie, membre de la FSSPX jusqu'en 2004, avait reconnu en 1991 le Front national comme « le parti le moins éloigné du droit naturel ». En France et en Belgique, un certain nombre d'associations à buts politique, telle Belgique & Chrétienté se réclament de cette doctrine sociale de l'Église telle qu'elle est pronée par la FSSPX.
[modifier] Polémique à Amiens
En 2007, la Fraternité Saint-Pie-X d'Amiens arrive au terme du bail de la chapelle qu'elle occupait jusque là, le propriétaire souhaitant la transformer en crèche dans le cadre d'un projet global. La FSSPX demande alors à l'évêque Jean-Luc Bouilleret la mise à disposition d'une église ou d'une chapelle pour célébrer la messe avec ses propres officiants selon la forme extraordinaire du Rite Romain, c'est à dire selon le missel de 1962, en s'appuyant sur le motu proprio Summorum Pontificum du pape Benoît XVI de juillet 2007. Suite à la réponse négative de l'évêque d'Amiens par lettre du 16 septembre 2007 et suite à l'échec d'une tentative de dialogue avec l'évêque, la FSSPX a organisé des messes sur le parvis de la cathédrale ou devant l’église Saint Germain depuis le 11 novembre 2007[45].
Le 25 novembre, Mgr Bouilleret a annoncé qu'une messe tridentine serait célébrée à Amiens par un prêtre diocésain un dimanche sur deux. Les membres de la FSSPX n'ont pas souhaité assister à ces célébrations.
Mgr Bouilleret estime que le motu proprio s'adresse aux catholiques traditionalistes qui sont en pleine communion avec le pape et l'évêque du lieu (comme la Fraternité Saint-Pierre), ce qui n'est pas le cas de la Fraternité Saint Pie X.[46]. Il fait valoir que la municipalité d'Amiens pourrait mettre une salle à disposition, ce que les membres de la FSSPX refusent. Ses membres poursuivent leur manifestation sous forme de messe sur les parvis d'églises. Pour eux, il s'agit de demander à l'évêque la charité du prêt d'une église parmi les centaines du diocèse qui sont quasi désaffectées par suite de l'effondrement du nombre de fidèles. Pour l'évêque, cela démontre ainsi que les enjeux ne sont pas la messe en latin mais ceux de l'unité de l'Église catholique romaine[47].
[modifier] Annexes
[modifier] Notes et références
- ↑ Lettre de Mgr Mamie à Mgr Lefebvre - 6 mai 1975
- ↑ Statuts de la FSSPX
- ↑ avis de la FSSPX quand à sa situation juridique
- ↑ a b c Décret d'excommunication de Mgr Lefebvre, 1er juillet 1988 par le Préfet de la congrégation pour les Evêques sur le site Sacrosanctum-concilium
- ↑ Chiffres par la FSSPX, le nombre de fidèles était donné jusqu'à l'automne 2006
- ↑ Journal TV d'A2 le 30 juin 1988
- ↑ Communiqué des évêques de Paris au sujet de la prise de Saint-Nicolas du Chardonnet, le 26 février 1977
- ↑ Déclaration de Mgr Lefebre aux journalistes le 21 oct 1974
- ↑ Lettre de l'évêque de Fribourg à Mgr Lefebvre le 6 mai 1975 sur le site sacrosanctum-concilium
- ↑ Document donnant le pouvoir de juridiction à un évêque.
- ↑ Notification de la suspense par la congrégation des évêques le 22 juillet 1976
- ↑ Article de l'Osservatore Romano du 26 juillet 1976 sur le site sacrosanctum-concilium
- ↑ Entrevue au Figaro, 4 août 1976
- ↑ Journal télévisé d'A2, le 29 août 1976
- ↑ Lettre de Mgr Lefebvre aux futurs évêques, le 29 août 1987.
- ↑ Sermon de Mgr Lefebvre aux ordinations de 1982
- ↑ le texte de la lettre Quattuor abhinc annos
- ↑ Pétition au Saint-Père de 1985
- ↑ « C’est, en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est ‘moyen général de salut’, que peut s’obtenir toute la plénitude des moyens de salut. » Catéchisme de l'Église catholique, § 816.
- ↑ Protocole d'accord du 5 mai 1988 entre le Saint Siège et la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X
- ↑ Lettre de Mgr Lefebvre au Cardinal Ratzinger - 6 mai 1988
- ↑ Monition canonique du 17 juin 1988
- ↑ Motu proprio Ecclesia Dei, le 2 jullet 1988, sur le site du Vatican
- ↑ « La grande illusion des ralliés », par l'abbé Aulagnier, éditorial de Fideliter n°96, Nov-dec 1993
- ↑ Le Figaro, 22 février 2001
- ↑ « Traditionalisme catholique: un ralliement au Brésil et ses conséquences pour Ecône », de jean-françoi Mayer, in Religioscope, le 25 janvier 2002
- ↑ Décret 118/2006, « érection de l'Institut du Bon Pasteur », le 8 septembre 2006, sur le site d’Item
- ↑ « 30 juillet 2006 : cérémonie d'abjuration », sur le site de La porte latine
- ↑ « Communiqué de Mgr Fellay » du 7 juillet 2007 sur le site de la porte latine
- ↑ « Lettre aux fidèles » du 20 juillet 2007 sur le site de la porte latine
- ↑ « Lettre (présumée) du cardinal Darío Castrillón-Hoyos, préfet de la Congrégation du Clergé, à Mgr Bernard Fellay de la Fraternité Saint Pie X », le 5 avril 2002
- ↑ « Réponse de la congrégation des évêques sur la situation juridique de la FSSPX », le 31 octobre 1996, publié en mai 1997 par le diocèse de Sion, sur le site sacrosanctum-concilium
- ↑ Éléments sur la validité des mariages
- ↑ (it) Interwiew du Cardinal Hoyos par Simone Ortolani sur le site Nihil Obstat, le 16 mars 2007
- ↑ Le courrier de Rome Année XXXVI n° 265 sur le site La porte latine
- ↑ Le schisme introuvable, conférence de l'abbé Simoulin, le 17 mars 1997
- ↑ voir Ce siège est-il vacant, par l’abbé Dominique Boulet, FSSPX et Réflexions, Janvier 2006 - Mgr Williamson
- ↑ Depuis, l'abbé Barthe est revenu sur ces positions
- ↑ Depuis l'abbé Daniel Dolan, ordonné évêque en 1993, a participé à la création d'une fraternité Saint-Pie V, sédévacantiste
- ↑ Abbé de Caqueray, supérieur du district de France de la FSSPX, « le devoir politique » sur le site La porte latine
- ↑ article de Mgr Tissier de Mallerais, « L'Etat catholique et la religion », sur le site La porte latine
- ↑ Invitation et affiche du pélerinage du 22 septembre 2007, accompagné d'une Adresse au Maréchal Pétain par Mgr Lefebvre (13 avril 1987 à l’Ile d’Yeu), sur le site de La Porte latine
- ↑ Photos du pélérinage, bénédiction de la tombe de Pétain par l’abbé de Cacqueray, 22/09/2007, sur le site du Prieuré de Saint-Louis
- ↑ Idid.
- ↑ Les événements relatés par l'organe de communication de la FSSPX.
- ↑ « pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l'usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. »
- ↑ Lettre de Mgr Bouilleret, 15 janvier 2008, sur le site Catholicae disputatio
[modifier] Bibliographie
- Luc Perrin, l'affaire Lefebvre, cerf, 1989, 128p, (ISBN 2204031283)
[modifier] Articles connexes
- Mgr Lefebvre, Mgr Bernard Fellay
- Concile Vatican II
- François Ducaud-Bourget
- Schisme, Excommunication
- Catholicisme traditionnel, Sédévacantisme, Crise moderniste
- Ecclesia Dei, Fraternité Saint-Pierre, Institut du Bon Pasteur
- Calendrier liturgique tridentin
[modifier] Liens externes
- DICI L'actualité de la FSSPX et notamment de ses rapports avec Rome
- Le site officiel de la FSSPX ;
- La Porte latine Le site officiel de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X pour la France : ;
- Documents officiels de l’Église catholique romaine au sujet de la FSSPX
- Le site du Séminaire d'Écône
- Dérives sectaires dans l'église catholique, articles controversés de L'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu

