Jean-Luc Lagardère

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Jean-Luc Lagardère

Naissance 10 février 1928
Aubiet, France
Décès 14 mars 2003 (à 75 ans)
Paris, France
Nationalité Français
Diplôme
Ingénieur Supélec
Profession Chef d’entreprise
Ascendants

André Lagardère, son père,

Marthe Fourcade, sa mère
Famille

Jean-Luc Lagardère, de son vrai nom Jean Lucien Lagardère, né le 10 février 1928 à Aubiet dans le Gers et mort le 14 mars 2003 à Paris 15e, est un chef d'entreprise industriel et patron de presse français.

Son fils unique, Arnaud Lagardère, a repris la succession du groupe qu'il dirigeait.

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Jean-Luc Lagardère monte à Paris à l’âge de 12 ans pour suivre son père, fonctionnaire, nommé à la direction financière de l’Onera. Il prépare les concours d’entrée à Navale et à Supélec au Lycée Saint-Louis. Il intègre Supélec le 8 novembre 1949 et en ressort diplômé en 1951 après avoir fait un stage d’été en Suède. Il commence sa carrière au début de 1952 chez Dassault aviation, responsable d’un département d’électronique.

Matra[modifier | modifier le code]

En 1962, il est approché par le président de Matra, Marcel Chassagny, qu’il connaît, pour devenir son second. C’est en total accord avec l’actionnaire principal Sylvain Floirat (qui l’intronisera aussi à Europe 1) que Marcel Chassagny confie les rênes de Matra à Jean-Luc Lagardère le 2 janvier 1963. Matra est à l’époque une société électronique modeste dont le chiffre d’affaires s'élève en 1962 à 68 millions de francs. Elle travaillait principalement dans le domaine militaire et dans le spatial depuis 1961.

Avec lui la société se diversifie dans de nouveaux domaines : les automatismes, les télécommunications, l’informatique, la recherche offshore, les transports urbains et surtout l’automobile.

En 1977, il devient PDG de Matra. Il conduit une stratégie de croissance ambitieuse. Certaines acquisitions seront de grands succès, d’autres de grands échecs. Parmi ces derniers, les exemples marquants sont : l’acquisition de la société EMO en 1975 qui fabriquait des postes de télévision en couleur, dont les pertes importantes mettront en danger la société mère, l’acquisition de Manurhin, la reprise de Yema et le création du pôle Matra Horlogerie en 1982, le reprise de Jaeger en 1979 et de l’activité carburateur de Solex en 1980 qui constitueront un pôle équipement automobile éphémère. À la même époque les nombreux succès assurent la croissance des filiales majeures, Matra Défense, Matra Espace, Matra Communication, Matra Electronique et Matra Transport.

La société Matra sera nationalisée à 51 % en septembre 1981, Jean-Luc Lagardère en restera le PDG, au terme de négociations habiles. Avec l’arrivée de Jacques Chirac à Matignon en mars 1986, il œuvre pour que la privatisation de Matra se fasse au plus vite. Il crée Arjil SA fin 1986 avec des partenaires financiers. Arjil SA devient le premier actionnaire de MMB (société devenue Lagardère SCA en 1987). MMB est une société cotée qui tient le capital d’Hachette et qui lève des fonds sur le marché boursier pour entrer en force dans Matra. Elle obtiendra 6 % de Matra avec le droit d’accroître sa participation. Le groupe allemand Daimler-Benz, allié historique aura 4 %, GEC aura aussi 4 %, la famille Wallenberg et des banques publiques permettant en sus de constituer un noyau détenant au total 22 % du capital. Le krach de Wall Street du 19 octobre 1987 a lieu trois jours après le lancement de l’opération initiale de privatisation et il force le gouvernement à la suspendre. Le 27 janvier 1988, l’offre publique de vente sera terminée à un prix bas.

En 1992, lors de la vente des Mirages de Taïwan par un groupement réunissant Thomson-CSF, Snecma, Dassault Aviation et Matra, ce dernier réussit lors des négociations à doubler sa part dans le contrat, au détriment de ses partenaires. Le président de Thomson, Alain Gomez va alors chercher à faire payer Matra. Il monte alors l’opération « Couper les ailes de l’oiseau » qui à coup de guérilla judiciaire aboutira à une haine tenace entre les états-majors des deux entreprises[1].

En 1996, le gouvernement français souhaite privatiser Thomson avec une « logique européenne ». Candidat, Matra va alors nouer des annonces avec le britannique General Electric Company et l’allemand DASA[2]. Auparavant, Matra et British Aerospace avaient mis en commun leur activité missile tactique avec la création de Matra BAe Dynamics (qui est à l’origine de MBDA)[3]. Bien que Thomson soit repris par Alcatel, ce sera Jean-Luc Lagardère qui sera à l’origine de la consolidation des industries de la Défense, En effet en 1999, Matra fusionne alors avec l’Aérospatiale lors de sa privatisation avec Jean-Luc Lagardère à sa tête[4]. Un an plus tard, Aerospatiale Matra formera avec l’allemand DASA et l’espagnol CASA le groupe EADS[5].

Hachette[modifier | modifier le code]

Jean-Luc Lagardère ne parvient pas à prendre le contrôle de TF1 lors de sa privatisation en avril 1987, l’offre du concurrent, le groupe Bouygues, ayant été choisie. Pour prendre place dans le monde de la télévision, via Hachette qu’il contrôle, il entre en mars 1990 au capital de La Cinq initialement détenue par Robert Hersant, Silvio Berlusconi et Jérôme Seydoux. Il en prendra le contrôle total et l’opération se terminera par la liquidation de la chaîne, qui engloutit tous les fonds propres du groupe.

Jean-Luc Lagardère y voit son « plus grave échec ». La facture totale pour Hachette approche les 6 à 7 milliards. Il est convaincu que la bonne solution pour éviter la faillite et le dépeçage de Hachette passe par la fusion de Matra et de Hachette. Il parviendra à ses fins, Matra-Hachette qui deviendra plus tard le Groupe Lagardère est créé. Pour bénéficier d’une réduction d’impôt considérable sur ses bénéfices futurs, c’est Hachette qui absorbe juridiquement Matra. Grâce au statut de société en commandite par actions, Jean-Luc Lagardère conserve le contrôle de la gestion avec quelque 10 à 13 % des actions. Mais, comme associé gérant à titre personnel, il est responsable du passif sur ses biens propres. Son fils unique Arnaud est désigné comme son successeur.

Sport[modifier | modifier le code]

Matra 610 "Coupé Napoléon"

Jean-Luc Lagardère est passionné par le sport et par la compétition. Il sponsorise l’équipe de football du Racing Club de Paris[6]. Il fera de Matra un constructeur automobile intervenant dans les voitures de sport (530, Bagheera, Murena, etc.) et la compétition automobile de 1965 à 1974 (champion du monde de F1 en 1969 et trois fois victorieux des 24 Heures du Mans).

Passionné aussi par le courses hippiques, il avait repris un haras à Pont-d'Ouilly et une écurie de courses célèbre avec près de 220 chevaux et juments de course, celle des Dupré (casaque grise, toque rose). Depuis 2003, le Prix Jean-Luc Lagardère lui rend hommage. Ses effectifs ont depuis été acquis par Karim Aga Khan IV.

Disparition[modifier | modifier le code]

Le 27 février 2003, il est opéré de la hanche à la clinique du Sport à Paris. Huit jours après, il dîne avec sa femme Bethy et des amis, le couturier Emanuel Ungaro et Marie-Laure de Villepin, l’épouse de Dominique de Villepin, qui était ministre des Affaires étrangères. Le lendemain, il est retrouvé dans le coma par sa femme, sur le sol de sa chambre à coucher. Après quelques jours en réanimation, il meurt à l’hôpital Lariboisière à Paris. Le diagnostic annoncé par le chef de service, le Pr Didier Payen, est une encéphalomyélite aiguë auto-immune, un cas rarissime[7]. Pour Jean-Louis Gergorin, la mafia russe a assassiné le patron de Matra en empoisonnant son sang. Une technique souvent utilisée, selon lui, par les services secrets russes, qui ont coutume d’introduire un staphylocoque dans le sang. Jean-Louis Gergorin va alors écrire des lettres anonymes mettant en cause les anciens dirigeants de Thomson[7].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Jean-Luc Lagardère épouse Corinne Levasseur en 1958. Elle lui donne un fils, Arnaud, né en mars 1961. C’est elle qui l’initie et l’incite à entrer dans le milieu des courses et de l’élevage des purs-sangs. Le couple divorce en 1975[8].

En 1978 il fait la connaissance de Elisabeth Pimenta Lucas, mannequin chez Ungaro, surnommée Bethy. Elle est issue d’une famille de propriétaires terriens du Sud du Brésil. Ils se marient le 30 août 1993 après quinze ans de vie commune.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Follorou, « Sur fond d'espionnage, la rivalité entre Thomson et Matra devant le tribunal correctionnel », Le Monde,‎ 15 novembre 2005
  2. Christophe Jakubyszyn et Anne-Marie Rocco, « Matra lance la restructuration européenne avant la privatisation de Thomson-CSF », Le Monde,‎ 9 mai 1997
  3. Christophe Jakubyszyn, « British Aerospace et Lagardère fusionnent dans les missiles tactiques », Le Monde,‎ 17 août 1996
  4. Anne-Marie Rocco, « La plus belle victoire industrielle de Jean-Luc Lagardère », Le Monde,‎ 16 février 1999
  5. Christophe Jakubyszyn, « EADS, futur géant européen de l'aéronautique, constitue son équipe avant sa création en juin », Le Monde,‎ 16 février 2000
  6. Jacques Isnard, « L'aigle à deux têtes de Jean-Luc Lagardère », Le Monde,‎ 18 octobre 1996
  7. a et b Gilles Gaetner et Jean-Marie Pontaut, « Les coulisses d’une affaire d’État », L’Express,‎ 13 décembre 2004 (lire en ligne)
  8. Vincent Nouzille et Alexandra Schwartzbrod, L'acrobate - Jean-Luc Lagardère ou les armes du pouvoir, Editions du Seuil,‎ février 1998

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Pages liées[modifier | modifier le code]