Marcel Bigeard

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Officier général francais 4 etoiles.svg Marcel Bigeard
Le général Marcel Bigeard en octobre 1996, devant son propre portrait pris 40 ans auparavant.
Le général Marcel Bigeard en octobre 1996, devant son propre portrait pris 40 ans auparavant.

Surnom Bruno
Naissance 14 février 1916
à Toul, France
Décès 18 juin 2010 (à 94 ans)
à Toul, France. Le 20 novembre 2012, Les cendres du Général Bigeard ont été transférés au Mémorial de la guerre d'Indochine à Fréjus.
Origine Drapeau de la France France
Arme Infanterie de marine (parachutiste)
Grade Général de corps d'armée
Années de service 19361976
Conflits Seconde Guerre mondiale
Guerre d’Indochine
Guerre d’Algérie
Commandement 3e BT
BMI
6e BPC
3e RPC
Secteur d'Ain-Sefra
6e RIAOM
25e BP
20e BP
Forces de l'océan Indien
4e RM
Faits d'armes Bataille de Diên Biên Phu
Bataille d'Alger
Combats de Tu Lê
Distinctions Grand-croix de la Légion d’honneur
Croix de guerre 1939-1945
Croix de guerre des TOE
Croix de la Valeur militaire
Médaille de la Résistance
Distinguished Service Order
Autres fonctions Secrétaire d’État à la Défense nationale
Député

Marcel Bigeard, né le 14 février 1916 à Toul et mort le 18 juin 2010 dans la même ville, est un militaire et homme politique français. Il a la singularité d’avoir été appelé sous les drapeaux comme homme du rang, 2e classe, en 1936 et d’avoir terminé sa carrière militaire en 1976 comme officier général à quatre étoiles (général de corps d’armée). Le général Bigeard a longtemps été le militaire français vivant le plus décoré. Ancien résistant, son nom reste associé aux guerres de défense des colonies françaises (Indochine, Algérie). Une fondation portant son nom a été créée le 9 juin 2011.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales[modifier | modifier le code]

Marcel-Maurice Bigeard est le fils de Charles Bigeard (1880-1948), aiguilleur à la Compagnie des chemins de fer de l’Est et de Marie-Sophie Ponsot (1880-1964).

Le 6 janvier 1942, il épouse à Nice son amie d’enfance, Gabrielle Grandemange (Toul, 5 décembre 1919 - 4 juillet 2011[1]). Ils se marient pendant la guerre entre l’évasion de Marcel Bigeard d’Allemagne, et avant son départ pour être parachuté dans le maquis. Dans chacun de ses discours ou de ses livres, Marcel Bigeard citait régulièrement « Gaby, son grand et seul amour ». Leur unique enfant, Marie-France, naît le 13 février 1946. Gaby Bigeard est décédée le 4 juillet 2011 à Toul des suites d'une longue maladie.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Avant-guerre[modifier | modifier le code]

Après avoir travaillé six ans à la Société générale dans laquelle il gravit les échelons (coursier, puis service des portefeuilles, service des coupons, service des titres), tout en pratiquant la boxe[2], Marcel Bigeard effectue son service militaire à Haguenau au sein du 23e régiment d'infanterie de forteresse. Incorporé comme soldat de deuxième classe en septembre 1936, caporal-chef, il est libéré de ses obligations militaires avec le grade de sergent de réserve en septembre 1938.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Six mois après sa libération, devant l'imminence du conflit, il est rappelé le 22 mars 1939 au sein du 23e régiment d'infanterie de forteresse et est promu au grade de sergent.

En septembre 1939, grâce à l'arrivée de réservistes, les bataillons du 23e RIF servent chacun de noyau à la création de nouveaux régiments d'infanterie de forteresse « de mobilisation »[3], Bigeard est affecté au 79e régiment d'infanterie de forteresse dans le sous-secteur fortifié de Hoffen de la ligne Maginot[4]. Volontaire pour les corps francs, il prend la tête d'un groupe de combat à Trimbach en Alsace et devient rapidement sergent-chef puis adjudant à l'âge de 24 ans.

Le 25 juin 1940, il est fait prisonnier et passe 18 mois de captivité au Stalag 12A à Limbourg en Allemagne. C'est à sa troisième tentative, le 11 novembre 1941[5], qu'il parviendra à s'évader et à rejoindre la zone libre.

Volontaire pour l'AOF, il est affecté en février 1942 au camp de Bandia près de Thiès au Sénégal, dans un régiment de tirailleurs sénégalais de l'Armée d'armistice. Nommé sous-lieutenant en octobre 1943, il est dirigé avec son régiment sur Meknès au Maroc.

Recruté comme parachutiste de l'armée française de la Libération, il effectue une formation, avec les commandos britanniques, au Club des Pins près d'Alger durant trois mois puis est affecté avec le grade fictif de chef de bataillon à la Direction générale des services spéciaux[6]. Avec le titre de délégué militaire départemental, le commandant Aube est parachuté dans l'Ariège le 8 août 1944 avec trois camarades[7] afin d'encadrer l'action de la Résistance intérieure française. Lors de la libération du département le 22 août 1944, les pertes franco-espagnoles sont de 44 tués et blessés alors que les pertes allemandes comptent 1 420 prisonniers et 230 tués et blessés[8].

Au début de l'année 1945, Bigeard crée puis dirige pendant un semestre l'école régionale des cadres du Pyla, près de Bordeaux, destinée à former des officiers issus des Forces françaises de l'intérieur. Décoré de la Légion d'honneur et du Distinguished Service Order britannique pour ses actions en Ariège, Bigeard est nommé capitaine d'active en juin 1945.

Guerre d'Indochine[modifier | modifier le code]

Au milieu de l'année 1945, le capitaine Bigeard est chargé du commandement de la 6e compagnie du 23e régiment d'infanterie coloniale[9] à Villingen en Allemagne. Désigné pour participer au corps expéditionnaire en Indochine, le régiment débarque à Saigon le 25 octobre 1945 et participe jusqu'en mars 1946 aux opérations de pacification en Cochinchine.

C'est à cette époque que l'on commence à lui donner le surnom de « Bruno » qui est son indicatif radio[10].

Le 8 mars 1946, un détachement de la 2e DB et un de la 9e DIC, dont fait partie le 23e RIC, débarquent à Haiphong au Tonkin[11].

Le 1er juillet 1946, Bigeard quitte le 23e RIC et forme à Thuan Chau, au sud-est de Dien Bien Phu, une unité constituée de quatre commandos de 25 volontaires chacun au sein du bataillon autonome thaï du lieutenant-colonel Quilichini[12]. Au retour de ses hommes en métropole, mi-octobre 1946, il prend le commandement de la 3e compagnie, constituée de 400 hommes environ. Il quittera l'Indochine le 17 septembre 1947 et atterrira trois jours plus tard à Orly[13].

Volontaire pour un second séjour en Indochine, Bigeard est affecté le 1er février 1948 au 3e bataillon colonial de commandos parachutistes, sous les ordres du commandant Ayrolles, à Saint-Brieuc et prend le commandement du groupement de commandos parachutistes n° 2. Quand le 3e para débarque à Saïgon en novembre 1948, Bigeard, qui ne s'entend pas avec son supérieur, parvient à faire détacher son groupement au détachement Amarante du commandant Romain-Desfossé à Haiphong.

Le 1er octobre 1949, Bigeard met sur pied à Son La le 3e bataillon thaï, comprenant 2 530 hommes répartis en cinq compagnies régulières et neuf compagnies de gardes civils et de supplétifs militaires[14]. Relevé de son commandement à la suite d'un différend avec l'administrateur de la province, Bigeard est muté à Haïduong et prend le 5 avril 1950 le commandement du bataillon de marche indochinois qui reçoit, en août, le drapeau du 1er régiment de tirailleurs tonkinois décoré de la croix de guerre avec palme. Le 12 novembre 1950, Bigeard embarque à Saigon sur le paquebot La Marseillaise et quitte une nouvelle fois l'Indochine.

Au printemps 1951, Bigeard est affecté à Vannes à la demi brigade coloniale du colonel Gilles et se voit confier le bataillon de passage. En septembre 1951, il obtient le commandement du 6e bataillon de parachutistes coloniaux à Saint-Brieuc. Il a le grade de chef de bataillon en janvier 1952.

Le 28 juillet 1952, Bigeard, à la tête du 6e BPC, débarque à Haiphong pour un troisième séjour en Indochine et prend ses quartiers à Hanoï. Le 16 octobre 1952, le bataillon est parachuté sur Tu Lê [15] et affronte durant huit jours les régiments des divisions Viet Minh 308 et 312. L'unité se distingue à nouveau lors de la bataille de Na San (parachutage dans la cuvette de Ban Som le 27 décembre 1952), lors de l'opération Hirondelle sur Lang Son le 17 juillet 1953 et lors de l'opération Castor sur Dien Bien Phu le 20 novembre 1953.

Le 31 décembre 1953, il prend le commandement du GAP n° 4[16], constitué du II/1er RCP et du 6e BPC, et intervient au moyen Laos entre Thakhek et Savannakhet vers lesquelles deux divisions Viet Minh se dirigent.

Parachuté, le 16 mars 1954, alors que le sort de la bataille de Dien Bien Phu est scellé, le commandant Bigeard est nommé lieutenant-colonel lors des combats et devient l'un des héros de la cuvette en combattant avec son bataillon sur les points d'appuis Éliane 1 et 2, mais surtout en codirigeant les troupes d'intervention du camp retranché avec le colonel Langlais.

Le lieutenant-colonel Marcel Bigeard est fait prisonnier le 7 mai 1954 lors de la chute du camp. Libéré quatre mois plus tard, il quitte définitivement l'Indochine le 25 septembre 1954.

Guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

Insigne du 3° RPC

Le 25 octobre 1955, Bigeard prend le commandement du 3e BPC dans la région de Constantine en Algérie. Le 21 février 1956, le bataillon, devenu entre temps le 3e RPC, réalise la première opération héliportée de l'histoire lors de l'opération 744 en Kabylie[17]. Cette méthode est à nouveau employée en mars 1956 pour la capture des déserteurs de la 3e compagnie du 3e RTA.

Le 16 juin 1956, dans les Nemenchas, Bigeard, qui donne l'assaut aux rebelles, est grièvement blessé d'une balle au thorax. Rapatrié en métropole, il est décoré le 14 juillet 1956 par le président Coty et reçoit la plaque de grand officier de la Légion d'honneur. De retour en Algérie, il échappe le 5 septembre à un attentat et est blessé de deux balles dans l'humérus et une dans le foie.

Bataille d'Alger[modifier | modifier le code]

Au début de l'année 1957, le régiment participe au sein de la 10e DP du général Massu à la bataille d'Alger. La mission des parachutistes est de ramener la sécurité dans la ville et de neutraliser les cellules du FLN de Larbi Ben M'hidi[18], qui ont organisé plusieurs séries d'attentats à la bombe contre des civils dans divers lieux publics d'Alger entre l'automne 1956 et l'été 1957.

En mars 1957, le 3e RPC se rend dans les massifs au sud de Blida et participe aux opérations Atlas et Agounnenda. Durant l'été, le 3e para arrête 90 % des combattants du FLN[19], dont Taleb Abderrahmane, le chimiste des attentats du Milk Bar, de la Cafétéria et de l'Otomatic[20].

Le régiment relève le 1er RCP en juillet 1957 à Alger. La capture de Hassène Guandriche dit Zerrouk, adjoint chef de la région II de la Zone autonome d'Alger[19] retourné par le GRE, aboutit à la neutralisation des deux responsables de la Zone 2, Mourad et Ramel, mais surtout à celle d'Ali la Pointe et à la capture de Yacef Saadi, chef militaire FLN de l'ensemble zone autonome d'Alger.

Nommé colonel en janvier 1958, il dirige le 3e RPC qui avec d'autres participe à la « Bataille des frontières » (janvier-juin). Le 1er avril le colonel Trinquier le remplace à la tête du 3e RPC. Il rejoint Paris où Chaban-Delmas, ministre des Armées, lui demande de créer un centre d'instruction des cadres qui voit le jour fin avril près de Philippeville. Bigeard ne participe pas aux événements du 13 mai 1958, mais dans une interview à Paris-Presse il confie ses états d'âme à Jean Lartéguy, ce qui lui vaut le courroux du général Salan et son retour en métropole.

Après quatre mois passés à Toul, Bigeard repart pour l'Algérie et prend le commandement du secteur de Saida en Oranie le 25 janvier 1959[21]. Il a sous ses ordres environ 5 000 hommes répartis dans le 8e RIM, le 14e BTA, le 23e RSM, un groupe de DCA, un régiment d'artillerie, deux groupes mobiles de supplétifs, quelques avions de reconnaissance et deux hélicoptères[22].

À la suite d'une rencontre avec De Gaulle le 27 août 1959, il se voit confier le 1er décembre le commandement du secteur de Ain-Sefra, soit un effectif de 15 000 hommes[23].

Passant outre son devoir de réserve, il rédige pendant la semaine des barricades en janvier 1960 une proclamation qui est reprise par la presse et la radio et qui lui coûte son commandement malgré l'intervention du général Gambiez[24].

Il sera accusé plus tard d'avoir pratiqué la torture pendant la guerre d'Algérie par d'anciens membres du FLN, par la gauche, mais aussi par d'anciens combattants qui ont fait la guerre à ses côtés, ce qu'il a toujours nié (voir L'ennemi intime, documentaire dans lequel témoigne notamment Paul Aussaresses). La technique dite « crevette Bigeard » aurait été utilisée, mais reste niée par l'intéressé. Déclarant que dans le contexte de guerre la torture était un « mal nécessaire », tout en affirmant n'y avoir jamais participé[25].

Fin d'engagement en guerre : Après 1960[modifier | modifier le code]

De juillet 1960 à janvier 1963, Bigeard prend le commandement du 6e RIAOM[26] à Bouar en République centrafricaine.

Après un bref passage à l'école supérieure de guerre de juin 1963 à juin 1964, il prend le commandement de la 25e brigade parachutiste[27] à Pau le 31 août 1964, puis celui de la 20e brigade parachutiste[28] à Toulouse. Il accède au grade de général de brigade le 1er août 1967.

Après une entrevue avec le général de Gaulle, il est nommé au poste de commandant supérieur des forces terrestres[29] au Sénégal et rejoint Dakar le 7 février 1968.

En juillet 1970, Bigeard retrouve Paris et est affecté pendant dix mois à l'état-major du CEMAT.

Le 7 août 1971, il prend le commandement des forces françaises présentes dans l'océan Indien[30] à Tananarive et obtient le 1er décembre 1971 sa troisième étoile[31]. À la suite des manifestations qui secouèrent Madagascar en mai 1972 et qui conduisirent au départ de son président Philibert Tsiranana et à son remplacement par le général Gabriel Ramanantsoa, il quitte Madagascar le 31 juillet 1973 avec l'ensemble des forces françaises du secteur.

À son retour en France, il devient de septembre 1973 à février 1974 le deuxième adjoint du gouverneur militaire de Paris. Promu général de corps d'armée le 1er mars 1974, il prend le commandement de la 4e Région Militaire à Bordeaux, soit 40 000 hommes dont 10 000 parachutistes[32].

Convoqué par l'Élysée, il rencontre le 30 janvier 1975 le président Valéry Giscard d'Estaing qui lui propose le poste de secrétaire d'État à la Défense rattaché au ministre Yvon Bourges. Il occupe ce poste de février 1975 à août 1976, date à laquelle il remet sa démission[33].

Vie politique[modifier | modifier le code]

Marcel Bigeard
Fonctions
Parlementaire français
Député 1978-1988
Gouvernement Ve République
Groupe politique UDF
Biographie
Date de naissance 14 février 1916
Résidence Toul, Meurthe-et-Moselle

Après une courte retraite à Toul et à la suite du décès accidentel de la candidate UDF, il se présente aux élections et devient député de Meurthe-et-Moselle[34] de 1978 à 1981[35]. Durant cette première législature, il occupera également la fonction de président de la commission de défense. Il est réélu au premier tour en juin 1981 puis à la proportionnelle en mars 1986[36]. En 1988, à la suite de la dissolution de l'assemblée, il est finalement battu par le candidat socialiste de 411 voix[37].

Il se retire ensuite dans sa maison de Toul, dans laquelle il écrit des livres sur sa carrière militaire et propose ses réflexions sur l'évolution de la France. Quelque temps avant sa mort, il déclare : « Je suis le dernier des cons glorieux »[38]. Il meurt à son domicile de Toul le 18 juin 2010[39] à l’âge de 94 ans. Ses funérailles ont lieu en la cathédrale de Toul le 21 juin[40].


Philosophies[modifier | modifier le code]

Hommage à l'adversaire[modifier | modifier le code]

Bigeard a souvent manifesté son admiration et sa sympathie pour l'adversaire qui se bat bien. Depuis toujours, il a su distinguer le bon professionnel et ne lui a jamais ménagé son estime. On l'a vu en Indochine, et notamment à Diên Biên Phu, décerner des brevets de mérite aux Viets, on le verra en Algérie. Il est à noter que dans son livre de souvenir Pour une parcelle de gloire, il cite longuement, nommément, ceux qui ont montré de réelles qualités de soldat, vaillance, courage, rapidité de manœuvre : Abbas Laghrour dans les Nememcha, Mohammed le Balafré à Agounnenda et surtout le commandant Azzedine dont il dira [41]:

« Nous avons rencontré là un adversaire qui, surpris dans une sévère embuscade, réagit vite et courageusement. Il s'est même révélé capable, après quarante-huit heures d'isolement, de faire payer chèrement sa peau. On comprend qu'un tel groupement, commandé par de tels chefs, n'ait jusqu'ici remporté que des victoires. »

Cela explique sans doute la poignée de mains controversée qu'il échangea en direct à la télévision avec le commandant Azzedine. À ceux qui la lui ont reprochée, Bigeard a répondu : « On ne se déshonore pas en rendant hommage à l'adversaire »[41].

Parmi ces adversaires courageux auxquels il rendra hommage figure, en bonne place, Larbi Ben M'Hidi, l'un des responsables de la Zone autonome d'Alger durant la bataille d'Alger, dont il dit [42]:

« Il est l'âme de la résistance, fanatique, illuminé, il ne vit que pour l'indépendance de l'Algérie. »

Cependant, le respect qu'il a toujours porté à ses adversaires avait tout de même ses limites. En effets, alors qu'il était captif avec des milliers d'autres soldats à la suite de la chute de Dien Bien Phu, il ne pardonnera jamais aux Viets d'avoir laissé mourir de faim et d'épuisement des milliers de personnes alors qu'ils avaient la possibilité de traitements bien plus corrects envers eux.

« La vraie douleur, la seule chose que je ne pardonne pas aux Viets, ce sont les huit mille morts pendant ces quatre mois de captivité. Cruauté inutile, inhumanité. Giáp était un grand général, mais sa doctrine, le marxisme, était inhumaine. L'ancien capitaine vietminh m'a dit : « Nous n'avons tué aucun prisonnier. » C'est vrai, ils les ont laissé crever, alors qu'il aurait été si facile de sauver tout le monde. Je l'ai dit : une banane par jour, et on ramenait les gars vivants. Je ne pourrai jamais l'oublier[43]. »

Hormis le cas cité précédemment, Bigeard n'acceptera pas les actions « aveugles des terroristes » qui frappaient Alger : « Si nous avons de l'estime pour les combattants du djebel, surtout lorsqu'ils se battent bien, nous méprisons les terroristes[44]. »

Dépassement perpétuel[modifier | modifier le code]

Analyses personnelles[modifier | modifier le code]

La défaite de 1940[modifier | modifier le code]

« Le 10 mai 1940, l'armée de Hitler envahit la France, contournant la ligne Maginot, fonçant à travers les Ardennes. En quelques heures, nos divisions sont écrasées, c'est le désastre le plus total. Aujourd'hui encore, cette défaite éclair semble incroyable. Bien sûr, l'armée avait des faiblesses, l'état-major manquait de discernement, et notre état d'impréparation nous a cruellement affaiblis. Toutes les belles théories de ces états-majors, faisant la guerre depuis leurs bureau, ont été balayées en quelques heures. La réalité est impitoyable[45]. »

La situation en Indochine[modifier | modifier le code]

Bigeard aura beaucoup déploré l'incompétence de ses supérieurs dans ce conflit qu'il ne jugera perdu que dans les derniers jours de Dien Bien Phu. En effet, la méconnaissance du terrain, la situation et la fierté de certains dirigeants du type saint-cyriens aura pesé lourdement sur l'efficacité des actions menées contre les Viets. Dans Ma vie pour la France, il compara la guerre conventionnelle menée au fait de vouloir tuer une mouche insaisissable avec un pilon. Grâce à une certaine confiance acquise, il put mener des opérations de natures inédites avec de nombreux succès. En s'imprégnant de la mentalité de l'ennemi et en imitant ses méthodes, Bigeard a livré une véritable « contre guérilla » par des actions coup de poing à l'aube suivie d'un repli rapide, de sorte qu'une certaine insécurité permanente s'installait chez l'ennemi. Ses opérations étaient toujours précédées au préalable par un renseignement actif fruit de la collaboration et du dialogue avec les populations locales.

C'est pour les mêmes motifs que des régiments entiers mal dirigés et insuffisamment entraînés ont subi une surmortalité au cours de la guerre. Bigeard put former lui-même des troupes par de lourds programmes d'entraînement et d'apprentissage en France. Ceux-ci se sont par la suite imposés sur le terrain en tant qu'unités d'élite aux taux de réussite très élevés, sollicités pour les coups durs. Ce sera avec nombre de ces derniers qu'il commandera des assauts désespérés lors de la bataille de Dien Bien Phu.

Il conservera une amertume sur une situation devenue catastrophique par la faute d'un état-major incompétent et de décisions de politiques très distantes du terrain. C'est ainsi que, d'après lui, les douze mille hommes de la cuvette seront abandonnés à leur sort au vu de la situation dérangeante du fiasco. À cours de vivres et de munitions et après de lourdes pertes, ils seront abandonnés et oubliés.

Héritage militaire[modifier | modifier le code]

Les premières opérations héliportées eurent lieu sur le Sikorsky H-34 .

De par son originalité et sa relative autonomie, Marcel Bigeard a pu développer et mettre en pratique des techniques adaptées à certaines situations. Ainsi, suite aux échecs meurtriers et inutiles de l’Armée face à l’armée insaisissable des Viets, Bigeard s’adapta à la nature de l'ennemi, et développa des techniques de raid commando en profondeur dans les lignes ennemies. Par mimétisme, il opérait de manière très brève et furtive. En Algérie, à nouveau face à une guerre non conventionnelle, il développa le concept de contre-guérilla, fondée sur de très importants moyens de renseignement. Ceci lui permettait d’infiltrer et de reconstituer l’architecture des réseaux de la résistance d'Alger. Malgré une bonne efficacité globale, il considérait ce travail plus digne d'enquêteurs, de policiers que de militaires. Les innovations de Bigeard furent étudiées par le Pentagone pour préparer l’invasion de l’Irak.

Toujours en Algérie, après la bataille d’Alger, face aux immensités désertiques du Sud algérien, Bigeard inventa l’opération héliportée : au lieu d’utiliser les hélicoptères pour ramener les blessés comme il était d’usage jusqu’alors, il mit à profit la rapidité et la souplesse d’utilisation de ces engins pour surprendre l’ennemi, et par là-même, moderniser son expérience en terre indochinoise[46]. Ces pratiques seront massivement reprises par les Américains lors de la guerre du Viêt Nam.

Les hommages posthumes[modifier | modifier le code]

La Fondation Général-Bigeard[modifier | modifier le code]

Une Fondation Général-Bigeard, a été créée par sa veuve et sa fille en partenariat avec la Fondation de France en juin 2011. Cette fondation « a pour objet de perpétuer l’œuvre et la mémoire de Marcel Bigeard en s’attachant notamment à promouvoir auprès de la jeunesse les valeurs de courage et de fierté de la patrie, dans l’esprit du général ». Parmi les membres fondateurs figurent notamment le colonel Jacques Allaire, le général Jean-Louis Brette et René Guitton, l'éditeur de Marcel Bigeard. L’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing, dont Marcel Bigeard fut le secrétaire d’État à la Défense (1975-1976), a été nommé président d’honneur de la fondation[47].

Lieu de sépulture[modifier | modifier le code]

Avant sa mort, le général avait exprimé son souhait que ses cendres soient dispersées sur les lieux de la bataille de Diên Biên Phu, là où reposent ses compagnons d’armes tués au combat en 1954, mais les autorités vietnamiennes ont opposé un refus catégorique à cette requête.

Sur proposition du ministre de la Défense, Gérard Longuet, il est d’abord envisagé de transférer les cendres du général Bigeard à l’hôtel des Invalides, avec l’accord de sa fille Marie-France[48].

Après que certaines voix se soient élevées contre ce projet de transfert aux Invalides, le ministère de la Défense annonce le 29 septembre 2012 que les cendres du général Bigeard reposeront finalement sur le site du Mémorial des guerres en Indochine à Fréjus[49].

Le 20 novembre 2012, en présence de l’ancien président Valéry Giscard d'Estaing[50], le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian inaugure à Fréjus sur le site du Mémorial des Guerres en Indochine, une stèle qui accueille ses cendres[51].

Une « Promotion Marcel Bigeard » à l’Émia[modifier | modifier le code]

Le 23 juillet 2011, la cinquantième promotion de l’École Militaire Interarmes de Coetquidan a choisi de se faire baptiser Promotion Général Bigeard.

Mémorial au 3e RPIMa de Carcassonne[modifier | modifier le code]

Une stèle haute de 3,65 m et pesant près de dix tonnes, réalisée en marbre de Caunes-Minervois, a été inaugurée le 29 juin 2012. Elle est installée place du Général-de-Gaulle, face à l’entrée de son ancien régiment, le 3e RPIMa. Elle représente le général Bigeard de profil, fumant la pipe et coiffé de la célèbre casquette Bigeard. Le monument a été financé par une souscription qui a rapporté 35 000 euros[52].

Distinctions[modifier | modifier le code]

(Liste non exhaustive)

Décorations[modifier | modifier le code]

Legion Honneur GC ribbon.svg Croix de Guerre 1939-1945 ribbon.svg Croix de Guerre des Theatres d'Operations Exterieurs ribbon.svg Croix de la Valeur Militaire ribbon.svg

Medaille de la Resistance ribbon.svg Medaille des Evades ribbon.svg Medaille d'Outre-Mer (Coloniale) ribbon.svg Medaille commemorative de la Campagne d'Indochine ribbon.svg

Medaille (Insigne) des Blesses Militaires ribbon.svg Ordre du Dragon d'Annam (par le Gouvernement Francais) Chevalier ribbon.svg Merite civil Tai .png Dso-ribbon.png

Ordre national du Tchad - officier.svg

Les décorations du Général Marcel Bigeard.

Intitulés des décorations françaises[modifier | modifier le code]

Intitulés des décorations étrangères[modifier | modifier le code]

Honorariat[modifier | modifier le code]

Photo du document envoyé par Marcel Bigeard au général Jean-Louis Brette le mandatant pour la création de la Fondation Général Bigeard

Toponymes[modifier | modifier le code]

En France, plusieurs avenues, places et rues portent sont nom :

Publications[modifier | modifier le code]

  • Contre guérilla, Alger, Baconnier, 1957
  • Aucune bête au monde ..., Éditions Pensée Moderne, 1959
  • Piste sans fin, Éditions Pensée Moderne, 1963
  • Pour une parcelle de gloire, Édition Plon, 1975, (ISBN 2-259-00571-3)
  • Ma Guerre d'Indochine, Éditions Hachette, 1994, (ISBN 2-01-237023-3)
  • Ma Guerre d'Algérie, Éditions du Rocher, 1995, (ISBN 2-01-237043-8)
  • De la brousse à la jungle, Éditions Hachette-Carrère pour France Loisirs, 1994, (ISBN 2-7242-8310-4)
  • France, réveille-toi !, Éditions no 1, 1997, (ISBN 2-863-91797-8)
  • Lettres d'Indochine, Éditions no 1, 1998-1999, Tome 1 ISBN , Tome 2 (ISBN 2-86391-906-7)
  • Le siècle des héros, Éditions no 1, 2000, (ISBN 2-86391-948-2)
  • Crier ma vérité, Éditions du Rocher, 2002, (ISBN 2-7028-7631-5)
  • Paroles d'Indochine, Éditions du Rocher, 2004, (ISBN 2-268-05058-0)
  • J'ai mal à la France, Éditions du Polygone, 2006, (ISBN 2-913832-07-5)
  • Adieu ma France, Éditions du Rocher, 2006, (ISBN 2-268-05696-1)
  • Mon dernier round, Éditions du Rocher, 2009, (ISBN 978-2-268-06673-8)
  • Ma vie pour la France, Éditions du Rocher, 2010, (ISBN 978-2-268-06435-2)
  • Ma Guerre d'Indochine, documentaire de 52 minutes Réalisation: Jean-Claude Criton - Production L. Salles/Carrère (1994)
  • Ma Guerre d'Algérie, documentaire de 52 minutes Réalisation: Jean-Claude Criton - Production L. Salles/Carrère (1994)
  • Portrait de Bigeard, documentaire de 52 minutes Réalisation: Jean-Claude Criton - Production L. Salles/Carrère (1994)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Erwan Bergot, Bataillon Bigeard, Presse de la Cité, 1977,
  • Erwan Bergot, Bigeard, Éditions France Loisirs, 1988, (ISBN 2-7242-4074-X)
  • La mort, un terme ou un commencement, Christian Chabanis, Fayard 1982, entretiens avec Marcel Bigeard, etc.
  • Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l’école française, La Découverte, 2004.
  • René Guitton, Bigeard, l’hommage, Éditions du Rocher, 2011, (ISBN 978-2-268-07141-1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Décès de la veuve du général Bigeard , AFP/Le Figaro, 5 juillet 2011
  2. « Le général Bigeard passe l’arme à gauche », Libération, 19 juin 2010
  3. Il s'agit des 22e RIF, 23e RIF, 68e RIF et 79e RIF.
  4. In Bigeard, page 58
  5. Les dates des deux autres tentatives d'évasion sont le 14 juillet et le 22 septembre 1941
  6. In Pour une parcelle de gloire, page 33
  7. Major Bill Probert (anglais), John Deller (canadien - radio) et Casanova (français ariégeois - guide)
  8. In Pour une parcelle de gloire, page 42
  9. 6e compagnie, 2e bataillon du 23e régiment d'infanterie coloniale
  10. Bruno
  11. In Bigeard, page 149.
  12. In Bigeard, page 173
  13. In Pour une parcelle de gloire, page 72.
  14. In Bigeard, page 232.
  15. In Bigeard, page 273.
  16. In Bigeard, page 330.
  17. In Bigeard page 390 et Pour une parcelle de gloire, page 236.
  18. Larbi Ben M'hidi sera capturé le 23 février 1957.
  19. a et b In Pour une parcelle de gloire, page 305.
  20. In Bigeard, page 444.
  21. Au départ, Bigeard devait prendre le poste d'adjoint au général Ducournau à la tête de la 25e DP, In Bigeard, page 486
  22. 8e régiment d'infanterie motorisée - 14e bataillon de tirailleurs algériens - 23e régiment de spahis marocains, In Pour une parcelle de gloire, page 370.
  23. In Bigeard, page 499.
  24. In Bigeard, page 504.
  25. http://www.france24.com/fr/20121120-polemique-cendres-encore-brulantes-general-bigeard-reposeront-frejus-algerie-torture-indochine
  26. 6e régiment interarmes d'outremer
  27. la 25e brigade parachutiste comprend alors le 1er RCP et le 9e RCP
  28. Il succède au général Langlais et dirige donc les 3e RPIMa, 6e RPIMa et 9e RCP
  29. Les forces terrestres au Sénégal sont d'environ 2 000 hommes répartis ainsi : armée de terre 1 100, Marine 500 armée de l'air 400
  30. In Pour une parcelle de gloire, page 440.
  31. Général de division
  32. In De la brousse à la jungle, page 74.
  33. In De la brousse à la jungle, page 120.
  34. Il arrive en tête au premier tour avec 13 208 voix contre 10 064 pour le PS et 9 526 pour le RPR, In De la brousse à la jungle, page 143.
  35. Date de dissolution de l'assemblée par François Mitterrand.
  36. In De la brousse à la jungle, page 212.
  37. In De la brousse à la jungle, page 243.
  38. Citation relevée par l'hebdomadaire Marianne.
  39. Mort du général Bigeard.
  40. Agence France-Presse, « Obsèques du général Bigeard lundi à Toul », Le Point, 19 juin 2010.
  41. a et b Historia, Bigeard le colonel vedette, pages 43-44, N°423, février 1982.
  42. Historia, Bigeard le colonel vedette, page 45, N°423, février 1982.
  43. Marcel Bigeard, Ma vie pour la France, Éditions du Rocher,‎ 2010, 503 p. (ISBN 978-2-268-06435-2) op. cit. p. 196
  44. Marcel Bigeard, Ma vie pour la France, Éditions du Rocher,‎ 2010, 503 p. (ISBN 978-2-268-06435-2) op. cit. p. 268
  45. Marcel Bigeard, Ma vie pour la France, Éditions du Rocher,‎ 2010, 503 p. (ISBN 978-2-268-06435-2) op. cit. p. 32
  46. « Les hélicoptères pendant la guerre d’Algérie », sur histoire-militaire.pagesperso-orange.fr (consulté le vendredi 4 mars 2011)
  47. Création de la Fondation Général Bigeard
  48. Les cendres du général Bigeard vont être transférées aux Invalides, Le Monde.fr, 17 novembre 2011.
  49. Le général Bigeard au mémorial de Fréjus France 3 Lorraine, 30 septembre 2012.
  50. « Les cendres du général Bigeard transférées à Fréjus », sur lemonde.fr,‎ 20 novembre 2012 (consulté le 20 novembre 2012)
  51. « Transfert des cendres du général Marcel Bigeard », sur defense.gouv.fr, Ministère de la Défense,‎ 29 septembre 2012 (consulté le 4 novembre 2012)
  52. Jean-Dominique Merchet, « À Carcassonne Bigeard est désormais dans le marbre », sur le site Secret défense, 4 juillet 2012.