Reliure

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Reliure à la Duseuil (XVII° siècle).

La reliure (nom dérivé de « relier », lui-même issu du latin « religare ») consiste à lier, à rassembler « la » ou « les » feuilles d'un livre, pliées ou non en « cahier », de manière à en prévenir la dégradation, à en permettre l'usage durable et, souvent, à lui donner une esthétique avenante. Par extension, le terme désigne aussi le résultat de ce travail.

Très vite[réf. souhaitée], cette pratique artisanale s'est érigée en art. Aujourd'hui les amateurs bibliophiles peuvent rechercher des reliures à la rareté ou à l'esthétique exceptionnelles.

Il existe plusieurs grands types de reliure :

On distingue la reliure pleine, qui se dit d'un livre entièrement recouvert de cuir ou de tissu ; la demi-reliure, dont seul le dos est recouvert d'une matière noble (le reste du volume étant recouvert d'un papier) ; et les demi-reliures à bande ou à coins, dont on protège également les parties les plus exposées à la main du lecteur, côté « gouttière ». La reliure en toile est généralement ornée d'une pièce de titre (morceau de cuir placé sur le dos du livre), sur laquelle sont apposés le nom de l'auteur et le titre du livre.

Les qualités des cuirs utilisés et leurs utilisations peuvent varier. Il existe des reliures, du meilleur au plus banal, en peau de vélin, en veau ou box, en maroquin, en daim ou en agneau velours (peaux très souples et chamoisées), en chagrin, en basane, etc. Cette hiérarchie a pu varier selon les époques.

La reliure industrielle utilise des matériaux et des méthodes différentes de la reliure manuelle.

Note : les termes en italique sont expliqués dans le chapitre sur le glossaire du relieur.

Histoire de la reliure[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la reliure.
Reliure médiévale rhénane, musée de Cluny

La reliure est déjà considérée comme un art chez les Romains : on distinguait les librarioli, les glutinatores, etc. Pendant le Moyen Âge, les reliures sont quelquefois splendides, mais le plus souvent sobres et peu ornées. Après la découverte de l’imprimerie et à l’époque de la Renaissance, cet art prend un grand essor : dès la fin du XVe siècle, on voit les reliures en maroquin et en veau succéder aux reliures en bois couverts d’étoffes ou de peaux mégissées. L’Italie, puis Lyon et Paris fournissent alors les plus habiles relieurs : on cite, en France, Claude de Picques, Pierre Roffet, dit le Faucheux, sous François Ier et Henri II ; Nicolas et Clovis Ève, sous Charles IX, Henri III et Henri IV. Les amateurs recherchent les livres qu'ont fait relier les bibliophiles de ce temps, notamment Jean Grolier, Thomas Mahieu, Laurin, Maioli, etc.

Au XVIIe siècle, les arabesques italiennes, les filets, les entrelacs, les ornements rehaussés d’or et de couleur, font place à des reliures simples et sévères, notamment en maroquin rouge et en veau uni, souvent de couleur sombre, comme dans les reliures dites Jansénistes. Le Gascon, Pierre Gaillard et Ruette, puis Boyet, Du Seuil, les deux Dérôme et Philippe Padeloup, enfin Bisiaux et Bradel, sont les relieurs les plus estimés des XVIIe et XVIIIe siècle ; on cite à la même époque, en Angleterre, Baumgarten[Qui ?], Welcher, Roger Payne, Kalthober, etc.

Du XIXe siècle, on retiendra les reliures de Purgold, des frères Bozerian, de Simier, de Joseph Thouvenin, de Bauzonnet et de Trautz, son gendre, celles de Kœhler, Duru[Qui ?], Niédrée, Capé, Thompson[Qui ?], Marius-Michel, etc., en France, et de Clarke[Qui ?], Lewes[Qui ?], Hering, relieur[Qui ?], etc., en Angleterre.

Avec le début du XXe siècle, la reliure devient création artistique à part entière et se répartit entre livres d’artistes (création originale de tout le livre dont la reliure) et livres-objets (création d’une reliure originale). Parmi les relieurs d’art les plus remarquables du XXe siècle, citons Rose Adler, Paul Bonet, Robert Bonfils, Antoinette Cerutti, Georges Cretté, Henri Creuzevault, Germaine de Coster, Louise-Denise Germain, Pierre Legrain, Georges Leroux, Madame Marot-Rodde, Monique Mathieu, Pierre Lucien Martin, Georges Plumelle, Mary Reynolds, François-Louis Schmied.

À la même époque, naît la reliure industrielle qui, grâce à la rationalisation du travail, à l'emploi de machines et la concentration de la main-d’œuvre, permet des séries très importantes. Le relieur Engel et Lenègre en sont les initiateurs en France.

Le travail traditionnel du relieur[modifier | modifier le code]

Un doreur en action

Sauf s'il travaille pour un éditeur qui pratique des tirages limités, le relieur n'a plus à se préoccuper - comme il pouvait avoir à le faire jusqu'au XIXe siècle - de plier les feuilles qui lui arrivent de l'imprimeur. Il reçoit le livre broché, c'est-à-dire cousu rapidement et recouvert d'une couverture en papier fort. Son premier travail consiste donc à décoller cette couverture, à débrocher les cahiers et à en ôter soigneusement les éventuelles traces de colle.

Autrefois les cahiers étaient battus au marteau pour tasser le papier. Aujourd'hui on les place sous une presse à percussion (qui permet de donner des coups pendant le serrage), où ils sont maintenus entre 24 et 48 heures. Après avoir été collationnés, les cahiers sont alors grecqués : avec une scie à main, on pratique des incisions au dos du volume maintenu dans un étau. Ces incisions permettront de loger les ficelles ou de positionner les rubans sur lesquels le livre est cousu. Les grecqures de tête et de queue serviront à dissimuler les nœuds de chaînette qui relient un cahier au suivant. Les cahiers sont ensuite cousus un par un sur le « cousoir » (le bâti sur lequel sont positionnés très précisément les ficelles ou les rubans). Pendant longtemps, cette opération de couture (ou cousure) était réservée aux femmes, dans les grands ateliers qui employaient plusieurs personnes. On appelait « brocheuses » ces ouvrières dont le travail était réputé moins noble que celui des autres compagnons.

Une fois cousu, le livre est encollé au dos. Quand la colle est sèche, on arrondit le dos en frappant à plat avec un marteau à endosser. C'est l'arrondissure. Puis on forme les « mors » en plaçant le livre dans un étau à endosser et en rabattant à 90° les fonds des cahiers de début et de fin, toujours au marteau. C'est contre les mors que viendront s'appuyer les plats. On en profite pour rectifier l'arrondissure. On colle alors une mousseline sur le dos. Dans un étau, le livre peut être rogné en tête, avec un « fût à rogner ». Il peut parfois n'être que poncé. Une tradition relativement récente veut que l'on ne touche qu'un minimum à la gouttière et à la queue, qui ne sont qu'ébarbées avant la cousure.

On met en place « tranchefiles » et « signets », puis on rattrape les épaisseurs avec des papiers kraft ou goudron, soigneusement poncés une fois secs, pour que le dos soit définitivement solide et sans aspérités. À ce stade, le livre est relié de facto.

Si l'on fait une reliure traditionnelle, les ficelles qui dépassent du dos sont alors passées par dessus (en leur taillant un logement) puis par dessous les cartons des plats, où elles sont aplaties en éventail (passure en carton) et collées en place. L'ensemble est alors recouvert soit en demi-reliure (toile ou cuir sur le dos et papier sur les plats), soit en plein cuir. Pour un Bradel, les plats sont collés sur un faux dos et l'ensemble sera recouvert avant d'être emboîté à l'ouvrage par collage sur les premières gardes blanches (et les éventuelles gardes couleur). Le tout est de nouveau remis en presse jusqu'au lendemain. En dernier, interviendra le travail de dorure pour les titres et les éventuels motifs décoratifs.

Cette description n'est que très succincte, et certaines opérations n'ont pas été évoquées. Leur ensemble prend plusieurs heures. Mais compte tenu des temps de séchage et de mise sous presse, c'est bien plusieurs jours qu'il faut compter pour obtenir un livre fini.

Les formats[modifier | modifier le code]

En matière de reliure, métier de traditions, on s’exprime beaucoup plus souvent en formats qu’en mesures métriques. Il existe un vocabulaire pour le format des feuilles, un vocabulaire pour le format définitif du livre et même des formats donnant des informations complémentaires.

Format des feuilles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Format de papier.

Plusieurs pages sont imprimées simultanément sur une même grande feuille de papier. Cette feuille sera ensuite pliée de telle façon que les pages se présentent au lecteur dans l’ordre où elles doivent être lues, et celles-ci constituent ce que l’on appelle un cahier. Les pages seront finalement coupées au niveau des plis pour obtenir un livre proche de sa forme définitive. De format différent, ces grandes feuilles sont appelées, suivant leurs dimensions : Colombier, Jésus, raisin, Carré, Coquille ou Couronne.

Format des livres[modifier | modifier le code]

Chacune des feuilles de tirage est susceptible d’être pliée une fois (in-folio), deux fois (in-quarto, aussi noté in-4o), trois fois (in-octavo, aussi noté in-8o), quatre fois (in-seize) ou plus. Lorsque le livre, chose exceptionnelle, est composé de feuilles entières, il porte le nom d’« in-plano ». Il est donc de très grande taille, mais ne peut pas être relié tel quel. Les feuilles doivent d'abord être réunies en cahiers, soit par collage sur un onglet, soit par surjetage (couture). Dans le tableau ci-dessous, nous donnons une idée des dimensions (en cm et avant rognage) créées par la combinaison des formats.

Nom des feuilles in-plano in-folio in-4o in-8o in-16 in-18
Colombier 63 × 90 45 × 63 31,5 × 45 22,5 × 31,5 15,7 × 22,5 15 × 21
Jésus 55 × 70 35 × 55 27,5 × 35 17,5 × 27,5 13,7 × 17,5 11,6 × 13,8
Raisin 50 × 65 32,5 × 50 25 × 32,5 16,2 × 25 12,5 × 16,2 10,8 × 16,6
Coquille ou carré 45 × 56 28 × 45 22,5 × 28 14 × 22,5 11,2 × 14 9,3 × 15
Écu 40 × 52 26 × 40 20 × 26 13 × 20 10 × 13 8,6 × 13,3
Couronne 36 × 46 23 × 36 18 × 23 11,5 × 18 9 × 11,5 7,7 × 12

Divers formats de papier peuvent être compris dans ces formats de livres. Toutefois, d’autres formats dits « bâtards » existent, notamment le Grand Monde, le Grand aigle, le Grand colombier, le Grand soleil, le Grand Jésus, le Petit Jésus, le Petit raisin, le Cavalier, la Double cloche et la Tellière (34 × 44 cm). Certains de ces formats sont encore utilisés de nos jours, bien que la plupart soient obsolètes[1].

Au cours de l'histoire de l'impression et de la publication de livres, divers formats de papier et de reliures ont existé. Leurs dimensions évoquent l'importance de chaque parution. Les bibles, publiées généralement en formats impériaux (in-folio) pour l'usage liturgique, sont bien connues malgré le fait que des éditions « de poche » aient été publiées au cours du XIXe siècle (surtout aux États-Unis, dans les années 1830). Ces formats, ne dépassant pas les 15 cm de hauteur (c.à-d. The Holy Bible; containing the Old Testament, and the New; / translated out of the original tongues; and with the former translations diligently compared and revised. Hartford, Connecticut : Judd, Loomis & Co., 1836, 7 × 12,7 par 3,8 cm d'épaisseur), sont identiques à ceux des « livres d'étrennes » anglais, publiés en Europe (le plus souvent à Londres) et aux États-Unis (principalement à Boston et à Philadelphie). Ils témoignent de l'adaptation du milieu de la publication aux diverses bourses[2].

Les formats plus rares, tels que la Antiquarian (78,7 × 13,46 cm), sont utilisés par les architectes, alors que le format in-plano - qui correspond à l'actuel format A3 - n'est utilisé que pour quelques grands ouvrages de référence, en édition de prestige.

Les formats in-quarto et in-octavo, moins coûteux et moins volumineux, sont utilisés généralement pour les ouvrages illustrés de littérature dont la vente, au XVIIIe siècle et au XIXe siècle, est plus démocratique (les coûts différant selon les besoins et les bourses de chacun, le format étant également déterminé par la portion du tirage prévu). Divers formats, moins usités, sont également disponibles, passant des formats in-quarto (in-4o, plié deux fois, donne quatre folios soit huit pages imprimables) au format in-soixante-quatre (in-64, plié six fois, donne soixante-quatre folios, soit 128 pages imprimables) et même in-128. Les ouvrages in-plano, ne comprenant que des folios non pliés, sont rares. Par exemple Illustrations of the Bible gravées, imprimées et publiées par John Martin, K.L. (1789-1854), entre 1831 et 1835, et ses ré-éditions en 1838 et 1839, publiées par l'éditeur londonien Charles Tilt[3].

Nombre de pliages d'une feuille, noms des formats et dimensions :

  • In-plano : feuille non pliée / 2 (côtés de) page imprimés (dim : voir formats d'une feuille papier)
  • In-folio : feuille pliée 1 fois /4 pages imprimées (abr : fol., in-fo ; dim : plus de 30 cm de haut)
  • In-quarto : feuille pliée 2 fois / 8 pages imprimées (abr : in-4o ; dim : entre 25–30 cm de haut)
  • In-six : pliage (3 fois)/ 6 folios/ 12 pages imprimables (abr : in-6, in-6to/ dim : ?)
  • In-octavo : feuille pliée 3 fois / 16 pages imprimées (abr : in-8o ; entre 20–25 cm de haut)
  • In-douze : pliage (4 fois)/ 12 folios/ 24 pages imprimables (abr : in-12, in-12mo/dim : entre 17,5–20 cm de haut)
  • In-seize : feuille pliée 4 fois 32 pages imprimées (abr : in-16 ; dim : entre 15-17,5 cm de haut)
  • In-dix-huit : pliage (4 fois)/ 18 folios/ 36 pages imprimables (abr : in-18, in-18mo/ dim : entre 12,5–15 cm de haut)
  • In-vingt : pliage (?)/ 20 folios/ 40 pages imprimables (abr : in-20, in-20mo/ dim : ?)
  • In-vingt-quatre : pliage (?)/ 24 folios/ 48 pages imprimables (abr : in-24, in-24mo/ dim : 13 cm de haut approx.)
  • In-trente-deux : feuille pliée 5 fois / 64 pages imprimées (abr : in-32 ; dim : entre 10-12,5 cm de haut)
  • In-quarante-huit : pliage (?)/ 48 folios/ 96 pages imprimables (abr : in-48, in-48mo/ dim : entre 7,5–10 cm de haut)
  • In-soixante-quatre : pliage (6 fois)/ 64 folios/ 128 pages imprimables (abr : in-64, in-64mo/ moins de 7,5 cm de haut).

Autres types de format[modifier | modifier le code]

Les livres dont la hauteur est plus petite que la largeur sont dits de format « oblong » ou « à l’italienne ». En dehors des formats réguliers qui figurent sur le tableau, il existe d’autres formats regroupés sous le vocable générique de « formats bâtards », énumérés en dessous de ce tableau.

Le glossaire du relieur[modifier | modifier le code]

Ce vocabulaire est aussi employé par les libraires, les bibliothécaires et les bibliophiles, pour décrire les défauts ou les qualités d’un livre ancien, il est donc utilisé dans les transactions à distance (internet et autres), qui requièrent des descriptions complètes des reliures.

le jargon du relieur
Ais 
Planchette de bois utilisée lors de la mise en presse et aussi plat d'un in-folio
Cahier 
Ensemble de feuillets pliés 1, 2, 3 ou 4 fois puis cousus les uns à la suite des autres au moyen d'un cousoir. Le fil utilisé est toujours du fil de lin, que l'on utilise des rubans de lin ou de coton ou encore des ficelles de chanvre.
Chasse 
Distance (3 à 4 mm) de laquelle les plats débordent du corps d'ouvrage, en tête, en queue et en gouttière. (voir schéma)
Coiffes 
Extrémités du dos rabattues au-dessus des tranchefiles.
Contreplat 
Intérieur du plat.
Corps d'ouvrage 
L'intérieur du livre, sans les plats ni la couvrure.
Collationner 
Vérifier la bonne suite des pages.
Demi-reliure 
Reliure dont les plats sont pour partie recouverts de papier.
Dos 
Le côté visible une fois le livre rangé normalement dans une bibliothèque et sur lequel on dore le titre.
Entrenerfs 
Distance séparant les nerfs entre eux.
Fonds 
Plis des feuillets doubles.
Gardes 
(1) gardes blanches, placées au début et à la fin du volume avant la couture, pour le protéger et améliorer sa présentation ;
(2) gardes couleur, en papier marbré, décoré ou uni, appliquées après la mise en toile ou en cuir et collées directement sur le contreplat.
Gouttière 
Côté opposé au dos.
Mors 
Angle de 90° formé par le fond des cahiers de début et de fin lors de l'arrondissure. Il a pour hauteur l'épaisseur des plats qui viennent s'y plaquer. C'est aussi le nom du cuir ou de la toile qui revient sur les plats dans une demi-reliure.
Nerfs 
À l'origine, traces visibles, en relief sur le dos, des nerfs sur lesquels le livre était cousu. Aujourd'hui ce ne sont plus que de simples décorations, qui tendent d'ailleurs à disparaître dans la reliure contemporaine.
Plats 
Ce sont les deux cartons recouvrant le livre (plat avant et plat arrière...).
Plein cuir, plein maroquin, plein chagrin, etc. 
Ouvrage relié entièrement en cuir.
Queue 
La queue est la partie inférieure de l'ouvrage.
Signet 
Ruban fixé en tête du livre, destiné à marquer la page où s’est arrêtée la lecture.
Tête 
La tête d’un livre est le côté supérieur de l'ouvrage (voir schéma).
Tranche 
Indifféremment des trois côtés du livre autres que le dos, qui peut-être de tête, de queue ou de gouttière.
Tranchefiles 
Petite bande de soie ou de cuir, unicolore, bicolore ou tricolore, placée sous la coiffe, servant uniquement de décoration.

La reliure industrielle et bureautique[modifier | modifier le code]

Le dos carré collé[modifier | modifier le code]

Avec la reliure industrielle, les cahiers, assemblés selon l'ordre normal de la lecture, sont découpés sur le dernier pli du cahier à l'aide d'un massicot, pour obtenir un dos bien plat; à moins que les exemplaires à relier soient déjà assemblés et au format (photocopies ou impression numérique) : les feuillets seront alors indépendants. Le livre posé sur le dos sera fraisé (par grecquage), pour obtenir des entailles qui permettront à la colle de pénétrer, assurant une parfaite adhérence de chaque feuillet sur le dos de la couverture.

La couverture sera rajoutée aussitôt pour parfaire l'ouvrage et l'ensemble est massicoté sur les trois faces du livre pour permettre de tourner les pages sans avoir à utiliser le coupe-papier manuel, lorsque le livre est réalisé avec des cahiers assemblés.

Les reliures en bureautique[modifier | modifier le code]

Reliure anneaux plastiques

La reliure bureautique, comme la reliure classique, est destinée à présenter des documents assemblés. Cependant elle présente une variété de solutions pour s'adapter aux besoins spécifiques du monde de l'entreprise, qui sera attentif aux caractéristiques suivantes :

  • le coût et le délai de fabrication sont souvent des facteurs importants : les entreprises recherchent un coût faible et une production dans des délais courts ;
  • la permanence de la reliure : contrairement aux livres, les documents d'entreprise n'ont pas forcément une durée de vie longue ; ils peuvent devenir obsolètes en quelques mois, parfois quelques semaines seulement ;
  • le nombre de documents à relier, qui peut varier de quelques exemplaires à plusieurs milliers ;
  • les destinataires : une entreprise ne met pas le même budget pour l'impression des résultats annuels destinés aux actionnaires que pour la diffusion d'une note interne ;
  • l'accessibilité de la technique employée : dans un monde en perpétuel mouvement, pouvoir relier des documents soi-même représente souvent une économie de temps et de moyens.

C'est pourquoi il existe plusieurs types de reliures. Le plus courant et le plus simple consiste à perforer préalablement le papier à l'aide d'un perforelieur, puis à monter une reliure plastique ou métallique sur le document perforé. On parle alors de « reliure mécanique ». C'est souvent à tort que l'on fait référence à la « reliure spirale », car la reliure en question n'est pas une spirale à proprement parler mais le plus souvent un « peigne » constituant une série d'anneaux en plastique (comb binding en anglais) ou en métal (double ring binding en anglais). Il existe une véritable reliure bureautique en spirale hélicoïdale en métal (ou en plastique, dans sa version plus moderne), que l'on trouve principalement en Amérique, sous l'appellation de reliure coil (ressort en anglais).

La reliure de type « ATOMA » permet grâce à des anneaux de section T de placer et d'ôter les feuilles de papier, plastique, etc.. Chaque feuille est perforée en « T ». Ce système, utilisé dans le cahier du même nom, est fabriqué pour la première fois en 1948 par les papeteries G. Mottart, à Forest, près de Bruxelles en Belgique (créées en 1923). Le brevet est actuellement détenu par cette société[4].

La reliure type « Serdo » ou « Serodo » permet de rassembler des pages sans collage ni perforation. Elle ne nécessite aucun matériel, mais l'épaisseur des ouvrages ainsi rassemblés reste limitée. Ceux-ci doivent être glissés dans la baguette de reliure, l'ensemble tenant par simple pression de la baguette sur les feuillets.

Il existe aussi des reliures garantissant l'authenticité d'un document par scellé, des reliures à peigne rigide, des reliures thermocollées à dos souple ou rigides[5] viennent compléter les possibilités d'assemblage des documents.

De plus en plus, la diffusion massive de documents, par voie électronique (notamment par messagerie électronique, par site Internet, par serveur FTP, sur disque optique ou sur clé usb), en diminuant le nombre de documents diffusés sous forme papier, concurrence fortement le marché de la reliure d'entreprise.

Formation[modifier | modifier le code]

Dans l'atelier de reliure de la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris

France[modifier | modifier le code]

  • CAP Arts de la reliure : en deux ans après la troisième, ou en un an après le baccalauréat.
  • BMA (Brevet des métiers d'art) Arts de la reliure et de la dorure : en deux ans après le CAP Arts de la reliure.
  • Les titulaires d'un CAP Arts de la reliure et de la dorure peuvent également préparer un DMA (Diplôme des Métiers d'Art) Reliure-Dorure à l'École Estienne. Le DMA est directement accessible après un Bac Arts Appliqués, ou des études d'arts.

Le CAP se prépare au lycée professionnel Tolbiac, à Paul Cornu à Lisieux, le BMA se prépare à Tolbiac ainsi qu'à Paul Cornu.

Belgique[modifier | modifier le code]

Restauration des reliures[modifier | modifier le code]

Aujourd’hui, des recommandations internationales[6] règlent la restauration des reliures anciennes[7] : tout bon restaurateur doit travailler dans le respect des techniques anciennes. Dans le cas d’une utilisation de matériaux nouveaux, ceux-ci doivent être compatibles avec les matériaux d’origine, neutres, respectant les techniques de l’époque et de l’œuvre si elles sont encore visibles, ne pas porter préjudice à l’œuvre et pouvoir être retirés, afin de redonner à l’œuvre un aspect aussi fidèle que possible à l’original. Le travail du restaurateur doit également être décelable et les transformations subies par l’œuvre identifiables. L'artisan doit essayer de conserver autant d’éléments d’origine que possible.

Les opérations de restauration des reliures les plus courantes concernent les mors, les coins et les coiffes (éléments de peau qui garnissent les extrémités du dos du livre et se replient sur la tranchefile), c'est-à-dire les parties les plus vulnérables, mais parfois aussi les plats et les livrets [Quoi ?], qui peuvent avoir été attaqués par les moisissures ou les insectes : même lorsque l’ais est en chêne résistant, il peut être menacé ou avoir été atteint, ce qui nécessite une désinfection préalable. Avant toute restauration, le restaurateur doit nettoyer l’ouvrage et sa reliure, au moyen d'un savon spécifique. Nous nous concentrerons ici sur la restauration des reliures et n’aborderons donc pas celle des feuilles de papier et parchemins.

Concernant la restauration de reliure proprement dite, les techniques utilisées par les restaurateurs sont les mêmes que celles utilisées par les artisans au Moyen Âge. Parfois, il est nécessaire de décoller les gardes pour restaurer les ais, les coins… : cela peut se réaliser à froid, à la vapeur ou avec des buvards. Lorsque les ais sont rongés ou attaqués, il est parfois nécessaire de réaliser de nouveaux plats, en respectant autant que possible l’essence du bois d’origine. Dans le cas où l’ais peut être restauré, le restaurateur utilise des queues d’aronde qu’il incruste dans l’ais afin de tout ressouder. Puis il faut poncer et raboter la surface pour l’égaliser. Les trous et les interstices sont bouchés à la pâte à bois. Si la tranchefile est abîmée, étant donnée la complexité de sa restauration, il est beaucoup plus simple pour le restaurateur de la retirer et de la refaire à l’identique.

Concernant la restauration des couvrures, il s’agit souvent de déchirure dans le cuir ou le tissu. Dans ces cas-là, il faut inciser le cuir autour de la déchirure, soulever la couvrure avec un scalpel, afin de pouvoir intégrer celle de restauration à la reliure, de préférence de mêmes matière et couleur. Pour les coins, il faut agir de même avec la couvrure, tout en reconstituant le creux ou l’amincissement avec différents matériaux (pâte à papier|pâte à bois, ou simplement une surépaisseur de cuir ou de tissu de couvrure).

Enfin, concernant les mors, lorsque ceux-ci sont brisés ou largement fendus, il faut nécessairement refaire un dos, et poser par-dessus le dos d’origine. Parfois néanmoins, il est possible de masquer la fente en y posant une bande de peau. La restauration des coiffes reprend la technique de restauration des coins. Néanmoins, le restaurateur possède un large choix dans la manière dont il souhaite restaurer sa reliure et les techniques exposées ici ne sont pas systématiques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Formats de papiers.
  2. Formats de livre archaïque et actuels et formats de papier 1
  3. Dany Larrivée et Deo Omnipotenti, Le cycle original des Illustrations of the Bible et la représentation du pouvoir divin d'après John Martin (1789-1854), Mémoire de maîtrise en Histoire de l'art, Québec, Canada : Université Laval, ca. 2011
  4. « Site de la société » et « Article de journal »
  5. les feuilles sont insérées dans une chemise dont la tranche, qui contient une colle liquide à chaud, est chauffée ; en se liquéfiant, la colle se propage sur les tranches des feuilles ; en refroidissant, la colle redevient solide, bloquant les feuilles
  6. Service technique de la direction des Archives de France, Règles pour la restauration et la reliure des documents d’archive, Paris, 1999
  7. D’après Adam (C.), Restauration des livres et manuscrits anciens, précis et témoignages 2, Issy les Moulineaux, Imprimerie J.L.D., 1984. D’après Service technique de la direction des Archives de France, Règles pour la restauration et la reliure des documents d’archive, Paris, 1999

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paule Brunot-Fieux, Olivier d'Huissier et Michèle Fieux (photographes), préface de Florent Rousseau, L'art de la reliure : Bradel, demi-reliure, pleine peau. Eyrolles (coll. Le geste et l'outil), 2011 (ISBN 978-2-212-12872-7), 173 pages
  • Michel Cammameri, La reliure pas à pas, Dessain & Tolra, 1990 (ISBN 2-249-27807-5), 208 pages
  • Joannis Guigard, Armorial du Bibliophile, Paris, 1870-73, Edizioni Orsini De Marzo, réédition 2009 (ISBN 978-88-7531-012-7), 244 pages [présentation en ligne]
  • Théotiste Lefèvre, Guide pratique du compositeur d'imprimerie. Firmin-Didot, 1860. À propos de l'imposition (disposition et nombre de pages sur une feuille d'imprimerie), téléchargeable sur internet
  • Louis-Sébastien Le Normand, Nouveau manuel du relieur, dans toutes ses parties, Encyclopédie Roret, 1840. Téléchargeable sur internet et consultable sur wiki Manuel-Roret du relieur
  • Jacqueline Liekens, La reliure : technique et rigueur : passé-carton, chemise, étui, coffret, Faton (coll. Art et métiers du livre), 2010 (ISBN 978-2-87844-138-3)
  • Jacques Michel, La reliure : fiches techniques. Atelier d'Arts Appliqués du Vésinet, Faton (coll. Art et métiers du livre), 2003 (ISBN 2-87844-059-5), 130 pages
  • Lucile Olivier, La reliure : bases et bons gestes. Massin (coll. Recettes d'atelier), 2001 (ISBN 2-7072-0417-X), 204 pages
  • A. Persuy, S. Evrard, La reliure, Denoël (coll. Connaissance & technique), 1989 (ISBN 2-207-23532-7)
  • Ernest Thoinan, Les Relieurs français (1500-1800), 1893

Liens externes[modifier | modifier le code]