Boby Lapointe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Lapointe.

Boby Lapointe

Naissance 16 avril 1922
Pézenas
Décès 29 juin 1972 (à 50 ans)
Pézenas
Activité principale Auteur-interprète
Genre musical Chanson française
Années actives 1956-1972
Labels Fontana

Boby Lapointe (Robert, Jean-François, Joseph, Pascal Lapointe, dit), né le 16 avril 1922[1] à Pézenas (Hérault), mort à 50 ans dans cette même ville le 29 juin 1972, est un auteur-interprète français, surtout connu pour ses textes parsemés de calembours, de contrepèteries et d'à-peu-près.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et études[modifier | modifier le code]

« Élevé par ses parents. Études au collège. Fort en maths », comme il le raconte lui-même dans ses mémoires, son côté fantasque et farceur se révèle très tôt. Dès son adolescence, avec quelques camarades de jeu, il prend plaisir à narguer le bourgeois et à ridiculiser la société bien-pensante et le clergé.

Cependant, son rêve est de voler : il ambitionne de devenir pilote d'essai, et se montre bon en sciences (notamment en mathématiques) à l'école tout en se révélant casse-cou avec des engins (plus ou moins) volants qu'il conçoit, réalise et essaie, sans se soucier des fractures qu'il accumule ni des hospitalisations subséquentes.

Après avoir obtenu son baccalauréat, il commence à préparer le concours d'entrée à deux grandes écoles françaises : l'École centrale et Supaéro pour assouvir sa passion de l'aviation et des maths. Louis Leprince-Ringuet, à qui Boby Lapointe présenta un traité de mathématiques, fut impressionné par sa rigueur de raisonnement et lui confia qu'il aurait pu se lancer dans la recherche. Il créa par la suite un mode de calcul basé sur le binaire, appelé la numération Bibi.

La guerre[modifier | modifier le code]

À l'âge de 20 ans, il doit abandonner ses études et est envoyé à Linz, en Autriche, en 1943 au titre du STO. Éternel insoumis, il s'évade la même année et rejoint, en mai 1944, sa région natale après sept mois d'errance sous différents noms d'emprunt. Une anecdote veut que parmi eux, il ait utilisé le nom de Robert Foulcan. Sa grande stature et sa force physique lui permettent de devenir scaphandrier au port de La Ciotat, essentiellement pour échapper aux recherches dont il est l'objet par les Allemands et la milice locale.

Son amour des mots et son envie d'écrire le poussent, à partir de ce moment, à composer des chansons dont le style est très marginal, tout en calembours, jeux de mots et contrepèteries : un style trop intellectuel pour qu'on lui donne facilement sa chance. Il rédige également un recueil de poésies et un traité sur les calembours [réf. nécessaire]. Il cherche des interprètes pour ses chansons, mais son style rebute : lors d'un gala de la chanson à Juan-les-Pins, les Frères Jacques qu'il y rencontre déclinent sa proposition, un peu effrayés par la complexité des textes truffés de jeux d'esprit.

Monument en hommage à Boby Lapointe (Pézenas).

Débuts et succès[modifier | modifier le code]

En 1946, il épouse Colette Maclaud, avec qui il aura deux enfants, Ticha et Jacky. Ils quittent La Ciotat et la famille s'installe à Paris, où il ouvre un commerce de layettes. L'affaire ne marche pas et la boutique met la clé sous la porte. Dans la foulée, le couple divorce et Lapointe change de métier pour devenir installateur d'antennes de télévision, sans arrêter l'écriture.

C'est en 1954 qu'il débute officiellement sa carrière musicale : l'acteur Bourvil et le réalisateur Gilles Grangier choisissent une de ses chansons (Aragon et Castille) pour un passage musical où Bourvil chante, dans le film Poisson d'avril. Étienne Lorin, l'accordéoniste de Bourvil, est en effet devenu l'ami de Lapointe et a suggéré cette chanson à Bourvil. Bien que le film comme la chanson ne connaissent pas de succès, Lapointe est enfin introduit dans le milieu parisien.

Il fait ses grands débuts en tant que chanteur dans un cabaret parisien, Le Cheval d'Or. Il y croise Anne Sylvestre, Raymond Devos, Ricet Barrier et Georges Brassens, avec qui naît une sympathie réciproque. Lapointe est remarqué non seulement pour sa présence physique (sa taille et son aspect athlétiques n'y sont pas étrangers, de même que ses airs faussement bourrus), mais aussi pour son élocution aléatoire et son style de textes tout en jeux de mots. Il devient ainsi l'attraction principale du cabaret et attire l'attention du réalisateur François Truffaut. Ce dernier imagine de lui faire jouer le rôle du chanteur de bar dans son nouveau film Tirez sur le pianiste, avec Charles Aznavour dans le rôle du pianiste[2]. Les chansons choisies sont Framboise et Marcelle. Lapointe rencontre Philippe Weil sur le tournage. Celui-ci l'engage dans un autre cabaret parisien, Les Trois Baudets. En 1960 et 1961, Lapointe y enregistre deux disques avec notamment les chansons Marcelle, Le Poisson fa, Bobo Léon et Aragon et Castille, qui rencontrent enfin le succès.

Les compositions suivantes ne démentent pas ce succès : L'Hélicon, Ta Katie t'a quitté, Saucisson de cheval, Comprend qui peut, Méli-mélodie, Le Tube de toilette, La Maman des poissons… Boby Lapointe devient un invité récurrent de l'émission Les Raisins verts de Jean-Christophe Averty, pour laquelle il ira jusqu'à interpréter une chanson qui n'est pas à son répertoire habituel, Si j'avais un marteau, en maniant une faucille d'un air entendu.

Les années difficiles[modifier | modifier le code]

Dans les années 1960, Lapointe et Brassens enchaînent les tournées et les récitals. Mais son côté fantasque lui fait commettre des erreurs. Quand il ouvre un café concert, Le Cadran Bleu, la faillite survient rapidement. Brassens le secourt en épongeant une partie des dettes et l'aide à trouver des petits boulots pour vivre. Le directeur des programmes d'Europe 1, Lucien Morisse, intervient pour qu'il signe un contrat. Mais la période yéyé a commencé et le style musical de fanfare, sur lequel toutes les chansons de Lapointe sont basées, ne fait plus autant recette, ni sur les ondes, ni dans les bacs.

Lapointe reprend donc une carrière plus cinématographique, en jouant pour le réalisateur Claude Sautet : il est ainsi le demeuré brutal de Max et les ferrailleurs ou le chauffeur de bétaillère dans Les Choses de la vie. Dans le même temps, Joe Dassin pousse Lapointe à signer un nouveau contrat chez Fontana/Philips tout en devenant son producteur. Lapointe part en tournée pour promouvoir son dernier album, Comprend qui peut sous la houlette de Dassin. L'album est illustré par un portrait du chanteur réalisé par le peintre naïf Maurice Ghiglion-Green. Ce portrait deviendra d'ailleurs quelques années plus tard l'icône de Lapointe, en pull marin et le nez dans les pâquerettes.

En 1968, il invente le système bibi-binaire, système de numération qui préfigure une voie que suivra l'évolution de l'informatique. Ce système sera publié en 1970 dans le livre Les Cerveaux non humains, introduction à l'Informatique (S.G.P.P.), de Jean-Claude Quiniou, Jean-Marc Font, Gérard Verroust, Philippe et Claudine Marenco.

Il continue à chanter toutefois, et sa dernière apparition en public a lieu en première partie d'un concert de son ami et fan Pierre Perret à la salle Bobino à Paris.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Sculptures devant la mairie de Pézenas, ville natale de Boby Lapointe :

Sa dernière apparition à la télévision remonte à l'été 1971, ou il participa à l'émission de Jean-Christophe Averty "la lanterne magique" aux côtés de la chanteuse Dani, et avec Michel Fugain, l'acteur Claude Piéplu, ainsi que d'autres célébrités de l'époque.

Atteint d'un cancer du pancréas, Boby Lapointe décède à cinquante ans, en 1972, à Pézenas où il est enterré. Il a enregistré une cinquantaine de chansons.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sa carrière discographique comporte onze disques vinyls et a fait l'objet d'une réédition sous coffret. Quatre CD sont édités chez Polygram.

  • Intégrale des textes (Domens, 1994)
  • Partitions : intégrale (Musicum, 1975)

Sur CD[modifier | modifier le code]

  • Comprend qui peut
  • Boby Lapointe Mes 50 plus belles chansons
  • 1994 : Boby Lapointe en public
  • 1998 : L'Intégrale des Enregistrements
  • 2001 : Au pays de…
  • 2002 : Boby Lapointe
  • 2006 : Gold
  • 2007 : Avanie et Framboise
  • 2007 : Le Best of

Filmographie[modifier | modifier le code]

Il participe à quelques films comme acteur mais aussi comme compositeur :

En 2008 sort le DVD, compilation de ses chansons et interviews. Il contient entre autres un reportage à son sujet.

Liste des chansons[modifier | modifier le code]

  • Aragon et Castille
  • Framboise !
  • Marcelle
  • Insomnie
  • Le Poisson fa
  • Embrouille minet
  • Petit homme qui vit d'espoir
  • Bobo Léon
  • Tchita
  • Le Beau Voyage
  • L'Ange
  • Le Troubadour (ou la Crue du Tage)
  • La Fleur bleue contondante
  • La Fille du pêcheur
  • Eh ! Toto
  • L'Hélicon
  • Léna
  • La Peinture à l'huile
  • Eh ! V'nez les potes
  • J'ai Fantaisie
  • Leçon de guitare sommaire
  • Ta Katie t'a quitté
  • Je joue du violon tzigane
  • T'as pas, t'as pas tout dit
  • Le Papa du papa
  • Aubade à Lydie en do
  • Lumière Tango (Loumiere's Tango)
  • From Two to Two
  • Saucisson de cheval no 1
  • Saucisson de cheval no 2
  • L'Ami Zantrop
  • La Banane anana
  • L'été où est-il ?
  • La Question ne se pose pas
  • Andrea c'est toi
  • L'Idole et l'Enfant
  • Comprend qui peut
  • Monsieur l'agent
  • Méli-mélodie
  • Diba-diba
  • Le Tube de toilette
  • Madam' Mado m'a dit
  • Moi, le philosophe et l'esthète
  • La Maman des poissons
  • Revanche
  • Sentimental bourreau
  • Ça va ça vient
  • In the Desert
  • Mon père et ses verres
  • Je suis né au Chili
  • Le Tigre [parution posthume]


 ___
 Note : La chanson « Depuis l'temps que j'l'attends mon prince charmant », qu'il chante en duo avec Anne Sylvestre, est de celle-ci, paroles et musique © 1969 Alleluia.

Le bibi-binaire[modifier | modifier le code]

Féru de mathématiques, Boby Lapointe imagina une prononciation pour la codification en base 16, qu'il nomma « bibi-binaire » (pour binaire puissance deux puissance deux). On nomme aussi cette codification « bibi », et son avantage principal sur la notation classique est un énoncé à la fois plus bref, plus compréhensible, voire plus poétique des nombres.

Article détaillé : Numération Bibi.

Hommages[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

« Ce satané Boby Lapointe, depuis qu'il a tourné le coin, à Pézenas comme à Paris ses copains et admirateurs ont du mal à s'y habituer. En ce qui me concerne, les soirs où son amitié et sa bonhomie me manquent un peu, je fais comme si rien n'était, j'écoute ses chansons pour qu'il continue à vivre, le bougre, et il continue. Mon vieux Boby, putain de moine et de Piscénois, fais croire à qui tu veux que tu es mort ; avec nous les copains ça ne prend pas. »

— Georges Brassens[3]

« Un jour, lors d'un enregistrement public, qu'est-ce que je vois sur le trottoir : un homme qui flanquait des coups de pieds rageurs à sa voiture : « Bon ! puisque c'est comme ça, puisque tu te conduis mal, je ne te paierai plus d'essence ! » Je me suis approché, je me suis enquis de la personnalité du quidam. C'était Boby Lapointe.[réf. nécessaire] »

— Jacques Martin

« Autour des années 60-65, nous faisions tous deux partie d'une tournée de Georges Brassens. Nous voyagions par deux ou trois dans des voitures particulières ; je partageais celle de Pierre Nicolas, le bassiste de Georges, et nous avions souvent des difficultés d'itinéraire. Nous nous arrêtions pour consulter la carte. J'affirme qu'après avoir pourtant constaté que nous étions sur la bonne route, dans la bonne direction, il nous est arrivé à plusieurs reprises de voir surgir en sens inverse la voiture de Boby qui nous saluait par le toit ouvrant, en continuant sa route. Inutile de dire que nous étions inquiets le soir à l'étape de savoir s'il serait à l'heure pour le spectacle. Il était là, gaillard, serein, arrivé avant nous, mais toujours secret sur ses mystérieux itinéraires.[réf. nécessaire] »

— Pierre Maguelon

Albums[modifier | modifier le code]

Un album de reprises Boby Tutti-Frutti - L'hommage délicieux à Boby Lapointe de Lilicub est sorti en 2002, avec les nombreuses participations de Jacques Higelin, Izïa Higelin, CharlElie Couture, Marka, Daran, Noriko Kato, Caroline Loeb, John Lenine Band, Clarika, Pierre Vassiliu et Thallia, Rachel Des Bois, Paule-Andrée Cassidy, Gérard Blanchard, Marcel et son Orchestre, Java, Sttellla, Jacno, Alain Souchon, Les Cherche Midi, et enfin Elli Medeiros.

En 2012, le pianiste de jazz Jean-Marie Machado invite André Minvielle pour un album hommage à Boby Lapointe qui s'intitule La Fête à Boby. L'album sort le 11 octobre sur le label Bee Jazz. L'album comprend des grands succès de Boby Lapointe repris et ré-arrangés, mais aussi des compositions originales de Jean-Marie Machado et André Minvielle inspirées par l'univers de Boby Lapointe[4].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Huguette Long Lapointe, Boby Lapointe, Encre éditions, Paris, 1980 (ISBN 2-86418-091-X)
  • Jacques Perciot, Boby Lapointe, Denoël, 1997, coll. Document et histoire
  • Alain Poulanges, Boby Lapointe, Éditions du May, 1994
  • Le Boby Lapointe, textes illustrés, Mango, 1998, coll. Il suffit de passer le pont
  • La Maman des poissons, texte illustré par Fabrice Turrier, Didier Jeunesse, 2000, coll. Guinguette
  • Alain Poulanges, Boby Lapointe - Les mamelles du destin, Éditions L'Archipel, 2012 (ISBN 9782809807110)

Références[modifier | modifier le code]

  1. « C'était le 16 avril, le jour de Pâques, une photo de l'album familial représente le bébé en oisillon au sortir de l'œuf » Jacques Persot, Boby Lapointe, éd. Denoël, 1997, page 19.
  2. Truffaut juge utile, vu le rythme des calembours, de faire sous-titrer la séquence du chant. Boby Lapointe devient pour la presse « le chanteur français sous-titré ».
  3. Recto de l'édition vinyle de l'intégrale des enregistrements de Boby Lapointe, coffret n. 6654 002, Philips, 1976.
  4. La Fête à Boby.

Liens externes[modifier | modifier le code]