Fluide glacial

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Fluide glacial
Image illustrative de l'article Fluide glacial

Pays Drapeau de la France France
Langue Français
Périodicité Mensuelle
Genre Bande dessinée
Diffusion 70 000 ex. (2011)
Date de fondation 1er avril 1975
Ville d’édition Paris

Directeur de la rédaction Thierry Capot
Rédacteur en chef Yan Lindingre
ISSN 0339-7580
Site web Fluide glacial

Fluide glacial est un magazine de bande dessinée humoristique, fondé en 1975 par Marcel Gotlib, Alexis et Jacques Diament.

Ligne éditoriale et contenu[modifier | modifier le code]

Fluide glacial est un mensuel de bandes dessinées humoristiques où l'humour en question (l'« umour ») est généralement bon enfant, libéré sans être provocateur, libertaire sans être forcément politique, mais aussi décalé. La publication tire son nom d'un article de farces et attrapes (ampoule de verre qui, une fois brisée libère un liquide répandu généralement sur une chaise glaçant le postérieur de celui qui s'assied dessus). Les bandes ont été publiées en noir et blanc depuis la création du magazine. Ce n'est que fin 2003 (no 328) que des planches en couleurs sont apparues.

En plus des bandes dessinées, le magazine édite des articles culturels, biographies d'auteurs, nouvelles et récits. Aucune publicité n'y apparaît, sinon pour le magazine lui-même et les auteurs maison, ou par « copinage »[1].

Pendant quelque temps, Fluide Glacial semble chercher une voie entre la bande dessinée « trash », à la Hara-Kiri, et une approche plus enfantine à la Spirou, dont l'influence est symbolisée par l'arrivée à la tête du magazine de l'ancien rédacteur en chef du Journal de Spirou, Thierry Tinlot. Cependant les ventes de Fluide Glacial restent assez hautes, s'élevant en moyenne à 55 000 exemplaires en kiosques auxquelles s'ajoutent 15 000 abonnés[2]. En juillet 2011, Thierry Tinlot cède sa place a Christophe Goffette, et annonce une augmentation des ventes à 70 000 exemplaires environ, moitié vente en kiosque, moitié abonnement[3].

Parallèlement à la parution régulière et sous la férule de son rédacteur en chef en mission spéciale Bruno Léandri, paraît tous les trois mois avec une sobre régularité le Fluide Glacial Hors Série. À un Hors Série à thème (en printemps/automne) avec des histoires inédites centrées sur un thème commun succède un Hors Série Série Or (en été/hiver) reprenant le meilleur des histoires publiées il y déjà des années. Depuis 2010, il existe un nouveau hors-série nommé Fluide.G ("Fluide point G"), axé sur l'humour sexy et féminin.

Année Rédacteur en chef
1975 Jacques Diament
1990 Jean-Christophe Delpierre
2000 Ronan Lancelot
2003 Albert Algoud
2005 Thierry Tinlot
2011 Christophe Goffette
2012 Yan Lindingre

Historique[modifier | modifier le code]

Fluide Glacial fait partie des magazines issus de l'émergence de la bande dessinée pour adulte dans les années 1970. À l'époque, l'esprit libertaire de mai 1968 pousse une génération d'auteurs à sortir des contraintes imposées par la bande dessinée pour la jeunesse[4]. Ainsi, plusieurs auteurs de Pilote partent fonder leur propre magazine, parmi lesquels Mandryka, Bretécher et Gotlib qui fondent L'Écho des savanes en mai 1972.

Au bout de dix numéros, Gotlib quitte le journal et part fonder un nouveau magazine avec son ami d'enfance Jacques Diament et le dessinateur Alexis. Ils sont accompagnés par Solé, Forest, Masse et Lacroix[5]. Les statuts de la société sont déposés le 1er avril 1975. Ils sont rapidement rejoints par Binet, Edika, Goossens, Maëster, Franquin et l'espagnol Carlos Giménez qui formeront la première génération d'auteurs[6]. À la manière du magazine américain Mad, les auteurs de Fluide Glacial cherchent à s'exprimer de manière totalement libérée[6].

« Avant de lancer Fluide, j'ai quitté ma maison, Pilote, pour collaborer à L'Écho des savanes, fondé par Mandrika et Bretécher. Là, j'ai fait ma crise «zizi, pipi, caca», que j'ai publiée ensuite sous le titre de Rhââ Lovely. Le problème, c'est que quand le titre a foiré au bout de 10 numéros, et que j'ai créé Fluide, les jeunes se croyaient obligés de m'envoyer des propositions avec des gros phallus et des histoires scato. Or, moi, j'en avais marre de tous ces gens en train de faire caca. J'ai appelé Binet, qui a commencé avec son chien Kador, avant d'enchaîner avec ses maîtres, Les Bidochon. J'ai récupéré aussi Edika, Goossens, cet alien de la BD, qui a trouvé le moyen de renouveler le genre avec un dessin à la limite du classique… J'ai aussi recruté Carlos Giménez, auteur espagnol, et ses Paracuellos, ces histoires de mômes dans une institution catholique sous le franquisme : dramatique, mais marrant. Mais le plus grand de tous, c'est Franquin, qui est venu avec ses Idées noires, quand il a arrêté le Trombone illustré, un supplément de Spirou. Je reconnais que j'ai toujours fait des choix très subjectifs. Mais les lecteurs me faisaient confiance. Ils appelaient Fluide « le journal de Gotlib »[7]. »

Le magazine devient vite mensuel. Deux ans après la création du journal, l'un de ses fondateurs, Alexis, meurt. De 1975 à 1990, plusieurs séries devenues emblématiques de Fluide Glacial voient le jour : Les Bidochon de Binet, Superdupont de Lob et Gotlib, Carmen Cru de Lelong, Sœur Marie-Thérèse des Batignolles de Maëster et Jean-Claude Tergal de Tronchet[6].

Suite à une couverture de 1989 montrant Sœur Marie-Thérèse des Batignolles avec une poupée gonflable de Jésus (no 162), le militant d'extrême-droite Bernard Antony attaque le journal mais perd le procès[7].

En 1995, au départ en retraite de Jacques Diament, le titre est revendu, en même temps que les éditions Audie (qui publient les albums des dessinateurs de Fluide Glacial), aux éditions Flammarion. La période 1975-1995 est retracée dans le livre de Jacques Diament Fluide Glacial, Gotlib...et moi, L'Harmattan 2010.

Fluide Glacial connaît alors plusieurs réorganisations qui entament à peine son succès, avec des tirages atteignant jusqu'à 100 000 exemplaires. Après le rachat des éditions Casterman, en 1999, Flammarion envisage un rapprochement entre ses deux éditeurs de bande dessinée avant d'être à son tour racheté par le groupe italien Rizzoli-Corriere-della Sera. Pour Fluide Glacial commence une période de doute qui se traduit par des désaccords au sein de l'équipe rédactionnelle. En 2003, le directeur de Casterman, Louis Delas, devient directeur de Fluide Glacial, dont l’équipe rejoint les locaux de Casterman. Albert Algoud est alors nommé à la tête du magazine fondé par Gotlib. Charles-Henri Flammarion, directeur de la publication de Fluide Glacial, quitte quelques mois plus tard le groupe qui porte son nom. Des dessinateurs comme Maëster et Coyote décident alors de reprendre leur liberté.

En janvier 2003, le journal est marqué par la mort de l'un de ses principaux collaborateurs, Moerell[8]. En février de l'année suivante meurt un autre pilier du journal, Lelong[9].

Auteurs[modifier | modifier le code]

Le 19 juin 2005, le site Internet de Fluide dénombrait pas moins de 120 auteurs ayant laissé leur griffe dans ce magazine. La liste ne peut qu'être incomplète, puisqu'elle évolue tous les mois. Cependant, on peut citer :

  • Alexis : Il faisait partie du premier groupe de dessinateurs travaillant au sein de Fluide. Il y travailla avec Gotlib, sur Dans la joie jusqu'au cou, et avec Jacques Lob et Solé sur Superdupont. Il fit d'autres bandes dessinées (Avatars et coquecigrues ainsi que Fantaisies solitaires) avant de mourir prématurément en 1977, date après laquelle il a été élu « directeur de conscience » du journal.
  • Coucho : De 1977 à 2002, les anti-héros de cet auteur ont rempli les pages du magazine, avec notamment Le Banni, qui fut un grand succès d'édition. Même si son départ a été plus ou moins définitif en 2002, on peut dire qu'il a cessé d'être un mastodonte de Fluide dès 1986[10].
  • Goossens : Peu après la création du journal, arrive ce chercheur en intelligence artificielle. Ses plus gros succès sont L'encyclopédie des bébés, La vie d'Einstein et bien sûr les aventures de ces deux personnages majeurs Georges et Louis, romanciers.
  • Binet : s'il s'est fait connaître par les aventures dessinées de Poupon la peste et du chien philosophe Kador, c'est sa série des Bidochon qui lui assurera sa notoriété au-delà du journal. Publiée à partir de 1977 dans Fluide glacial, cette caricature mordante d'un couple de Français moyens est désormais un classique de la BD (elle sera même adaptée au théâtre et au cinéma), le terme de bidochon étant même employé comme synonyme de beauf.
  • Manu Larcenet : Il fait partie de la jeune génération d'auteurs de Fluide Glacial, dont l'univers semble très influencé. Il est arrivé assez tardivement à la rédaction du journal en 1994, où il dessina des œuvres, qui furent pour la plupart de grands succès (La loi des séries, Minimal, Bill Baroud, Soyons fous) faisant de lui un pilier de journal, même s'il semble s'en éloigner depuis l'arrivée de Thierry Tinlot, le nouveau rédacteur en chef du journal depuis 2005. Il a annoncé son départ du journal le 20 juin sur son blog, mais continue à contribuer au journal avec la série Chez Francisque scénarisée par son comparse Lindingre.
  • Edika : Caractérisé par ses histoires burlesques, absurdes et menées à un rythme effréné, il est aujourd'hui un des auteurs les plus appréciés par les lecteurs de Fluide[réf. nécessaire]. Les 33 albums édités chez Fluide dont il est l'auteur, et qui le mettent, lui et sa famille, en image, ont été de grands succès, notamment grâce à la présence de son chat, de couleur verte et vêtu d'un slip : Clark Gaybeul.
  • Claire Bretécher : L'une des rares, sinon la seule femme à avoir contribué à la rédaction de Fluide Glacial, magazine très masculin s'il en est. Même si la plus grosse partie de sa carrière ne s'est pas passée à Fluide, elle y a travaillé avec l'Almanach du zouave Dupont et dans la Gazette de Frémion.
  • Bruno Léandri : Même s'il ne s'agit pas d'un dessinateur, Léandri reste l'un des auteurs les plus importants du magazine, dans lequel il travaille depuis le début. Il rédige chaque mois une Chronique du dérisoire (publiées dans La Grande Encyclopédie du dérisoire), qu'il illustre lui-même dans un style "dessinateur amateur" assumé, ainsi qu'une nouvelle, illustrée par un auteur du journal. Il est aussi l'auteur de nombreux romans-photos, qu'il réalise avec les autres dessinateurs de Fluide.
  • Lelong : Avec son seul et unique personnage, Carmen Cru, une vieille femme irascible vivant dans un milieu rural, cet auteur avait su se faire, avant sa mort, une place dans le magazine, où avec ses quelques albums, il était l'un de ceux avec qui il fallait compter.
  • Carlos Giménez : D'origine espagnole, il est devenu un des grands auteurs de Fluide et un des grands amis de Gotlib. Auteur de bandes dessinées à succès et engagées comme los Paracuellos, il dessine encore aujourd'hui dans le mensuel, particulièrement dans les séries Or.
  • Lamorthe : Il est certainement l'auteur de Fluide Glacial le moins prolifique, car depuis qu'il travaille dans le mensuel en 1985, il n'a publié que deux albums. Ces deux albums sont consacrés à son personnage Chaponoir, dont la place habituelle est la quatrième de couverture du journal.
  • Blutch : Remplies de poésie et très influencées par les travaux de Daniel Goossens, ses histoires très étranges sont bien appréciées par un public averti.
  • Gaudelette : Conseiller à la rédaction, il signe aujourd'hui la page sommaire de chaque numéro de Fluide glacial, même si ce que l'on peut retenir de son œuvre est plutôt ses personnages généralement obèses portants des nez uniques en leur genre. Il semble passionné par les démons et les sorcières qui hantent ses planches depuis ses débuts au mensuel.
  • Tronchet : Surtout connu pour ses personnages potaches de Jean-Claude Tergal et de Raymond Calbuth, il dessine régulièrement dans Fluide où il travaille actuellement sur la reprise d'une de ses anciennes séries : Patacrèpe et Couyalère, avec lesquels son humour noir peut se développer librement. Il s'est improvisé cinéaste avec son film Le Nouveau Jean-Claude et comédien puisqu'il a interprété lui-même le personnage de Jean-Claude dans la pièce de théâtre du même nom.
  • Moerell : Jusqu'à son décès en 2003, c'était l'un des auteurs les plus appréciés, non seulement par les auteurs mais aussi par les lecteurs du mensuel[réf. nécessaire]. Il présentait la particularité d'être lui-même le héros de ses histoires, où les femmes ont parallèlement une grande importance.
  • Hugot : De son dessin très artisanal et presque enfantin, avec un encrage et un coloriage aux feutres, sont nés divers personnages comme le professeur Armstrong ou Pépé Malin.

On peut aussi citer les auteurs suivants : Thiriet, Ferri, Clarke, Bercovici, Etienne Lécroart, Yoann, Colonnier, Coyote, Lewis Trondheim, Julien/CDM, Mo/CDM, Yves Frémion, Dupuy-Berberian, Al Coutelis, Foerster, Pascal Fioretto, Pixel Vengeur, Arthur de Pins, Stril, Libon, Zoé, David Sourdrille, Terreur Graphique, Jorge Bernstein, Laurent Houssin, Pluttark...

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On peut noter quand même l'apparition d'une publicité pour le magazine de musique Rock & Folk et pour une station de radio dans le cadre d'un jeu en 2004
  2. BD Gest', Thierry Tinlot arrive à Fluide Glacial
  3. Thierry Tinlot quitte Fluide Glacial sur le site actuabd.com
  4. Agnès Deyzieux, Les grands courants de la bande dessinée [lire en ligne], Le Français aujourd’hui, no 161, 2008, p. 59-68.
  5. Présentation de Fluide Glacial, Le Ouèbe Fluide Glacial, (page consultée le 3 janvier 2011).
  6. a, b et c Fluide Glacial, Krinein, (page consultée le 3 janvier 2011).
  7. a et b Catherine Mallaval, « On en a fait des conneries !», Libération, 12 mai 2005, (page consultée le 3 janvier 2011).
  8. Patrick Moerell est mort, NouvelObs.com, 16 janvier 2003, (page consultée le 3 janvier 2011).
  9. Lelong et Carmen Cru sont morts, Le Ouèbe Fluide Glacial, (page consultée le 3 janvier 2011)
  10. Publications de Coucho dans Fluide Glacial sur http://bdoubliees.com, page visitée le 16 décembre 2007

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Pilote, magazine père de Fluide Glacial
  • Mad, magazine américain qui a inspiré Fluide Glacial
  • Psikopat, magazine rival de Fluide Glacial
  • L'Écho des savanes, magazine dans la lignée de Fluide Glacial

Liens externes[modifier | modifier le code]