Alain Péters

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Alain Péters

Naissance 10 mars 1952
Saint-Denis (La Réunion)
Décès 12 juillet 1995 (à 43 ans)
Saint-Paul (La Réunion)
Genre musical Maloya, séga

Alain Péters, né le 10 mars 1952 à Saint-Denis (La Réunion) et mort le 12 juillet 1995, est un poète et musicien de la Réunion.

Biographie[modifier | modifier le code]

Alain a été très tôt initié à la musique par son père, chauffeur de taxi, mais batteur et joueur de flûte à ses heures pour l'orchestre de cuivres de Chane Kane. C'est dans l'orchestre de Jules Arlanda qu'il fera ses premières armes en choisissant comme instrument de prédilection la guitare. Alain qui n'a alors que 13 ans entamera la longue tournée des bals de l'île et ses études à l'école des frères Saint-Michel s'en ressentent. Il abandonnera définitivement celles-ci en seconde, faisant le choix de la vie d'artiste.

Au milieu des années soixante, la vague pop rock déferle sur la Réunion et c'est toute une génération qui vibre au rythme de cette nouvelle mode. Le séga et la variété sont alors délaissés par les jeunes musiciens qui préfèrent pousser leurs amplis à fond et cracher des riffs infernaux copiés sur les disques vinyles, fraichement débarqués sur l'île. Alain est aux premières lignes, accompagné des frères Gilbert et Dédé Lebon au sein des Lords, puis de Pop-Décadence. Il quittera le groupe en 1975, se plongeant dans le rock progressif avec Satisfaction qui n'aura qu'une courte existence. En effet, nous sommes à la fin des années 1970 et le disco fait désormais fureur dans l'île reléguant les orchestres aux oubliettes.

C'en est fini du chanteur de rock, la page est tournée pour lui et il laisse de côté les rythmes anglo-saxons pour explorer des chemins encore bien peu fréquentés à l'époque, ceux qui mènent à la redécouverte d'un patrimoine musical longtemps laissé en friche. Le maloya sort peu à peu de l'ombre dans laquelle il fut longtemps plongé. C'est par l'intermédiaire d'Alain Gili, de Pierrot Vidot et de Claude Telié que le poète découvre en 1976 l'étrange équipe qui œuvre au sous-sol du Cinéma Royal à Saint-Joseph. Il y créera son nouveau groupe, les Caméléons et fera ses premiers enregistrements avec le soutien du Producteur Chan-Kam-Shu, propriétaire des lieux. Nourris des Beatles, ils mélangent Hendrix avec les rythmes du séga et du maloya. Parmi ceux-ci figurent Bernard Brancard, Hervé Imare, Luc Donat et Joël Gonthier. Venu de métropole, Loy Ehrlich vient se joindre à la bande jouant un bœuf psychédélique permanent. Mais dans ce sous-sol mué en étrange creuset viennent aussi enregistrer les célèbres ségatiers de la famille Lacaille. Les Caméléons signeront l'orchestration du 33 tours de la chanteuse Michou. Le groupe produira un 45 tours comportant une chanson d'Alain, La Rosée si feuille songe et une composition de Loy, Na voir demain, mais pour des raisons financières l'expérience du Royal tournera court.

À cette époque, Alain Péters fait une rencontre importante pour lui : celle de Jean Albany. Avec le soutien de l'ADER et d'Alain Gili naît le projet de la cassette Chante Albany dont la direction musicale sera confiée à Alain. Il composera également les musiques de deux textes de Jean Albany: L'tonton Alfred et Bébett coco sortis en 1979 sur un 45 tours.

Grand poète et mélodiste réunionnais qui a influencé toute une génération actuelle de musiciens de l'île de La Réunion, Alain Péters a aussi été le membre du groupe Carrousel de 1979 au début des années 1980. Cette année même, Alain perdra son père et va s'engouffrer dans un alcoolisme dévastateur. Quelque temps après, son épouse Patricia le quitte prenant avec elle leur unique fille Ananda.

Les quinze années d'errance et d'alcoolisme qui suivirent figurent pourtant parmi les plus créatives de sa vie. C'est avec l'aide d'Alain Gili, son producteur et d'Alain Séraphine qu'il enregistrera au sein de l'association Village Titan en 1984 le 45 tours Panier su la tête ni chanté avec en face B Romance pou un zézère. Il y enregistrera également un album intitulé Mangé pou le cœur qui sera diffusé à l'époque sur cassette et accompagné d'un livre de poèmes du même nom. On y retrouve entre autres, des titres comme La complainte de Satan, Mon pois l'est au feu et Ti pas, ti pas, n'a'rriver. Mais l'alcoolisme d'Alain s'aggrave, on le retrouve errant dans les rues ivre et de plus en plus déconnecté de la réalité. Il sera d'ailleurs à cette époque, embarqué par les services sociaux et fera de nombreux séjours à l'asile de St-Paul. En 1985, l'association l'aide à aller en cure de désintoxication dans un centre spécialisé de Toulon, accompagné d'un ami, le Docteur Marc Dorémieux. Mais après quelque temps, l'association perd de ses nouvelles, Alain s'est enfui. Marc Polot, dit "Marco" est envoyé par l'association pour retrouver Alain et son intuition le conduit dès son arrivée à aller à Marseille plutôt qu'à Toulon car la fille et l'ex-compagne d'Alain y vivent. Le soir même, Marco le retrouvera dans les abords du Vieux-Port avec les nombreux sans domiciles de la cité phocéenne. Marco l'emmène alors à Paris chez Daniel Sauvaget, critique de cinéma et ami d'Alain Séraphine. Celui-ci les hébergera et aidera Alain à oublier quelque temps la boisson. Puis Alain sera hébergé plusieurs mois dans l'appartement parisien de la réalisatrice réunionnaise Madeleine Beauséjour. La chanson Rest' là maloya rendra d'ailleurs hommage à ce périple et ce soutien que Marco lui aura donné dans cette période sombre de sa vie.

Par l'intermédiaire de Marco, Alain renouera contact avec son vieil ami Loy Ehrlich, avec lequel il était en froid depuis 1980. En 1994 Marco organisera le grand retour d'Alain sur la scène musicale réunionnaise au travers de deux concerts mémorables au Palaxa et au théâtre de Saint-Gilles. Un soir de pleine lune, frappé par une crise dans une rue de Saint-Paul, Alain Péters décèdera le 12 juillet 1995, à l'âge de 43 ans.

Le Succès posthume[modifier | modifier le code]

  • Le CD posthume Parabolér, publié en 1998, est la meilleure vente du label Takamba et fait connaître l'œuvre d'Alain Péters à un public de plus en plus large. Des chanteurs comme Raphaël et Kent connaissent et apprécient ses chansons. En juin 2007, Parabolér est élu meilleur album francophone par le magazine musical Chorus.
  • Le festival Sakifo crée en août 2007 le prix Alain Péters qui récompense un talent en devenir. Le trophée, sculpté en basalte par Eric Pongérard, représente une takamba, l'instrument fétiche d'Alain Péters. Pour la 1re édition, le jury était présidé par Gilbert Pounia, leader du groupe Ziskakan et le prix a été remporté par Lo Griyo, trio composé par Sami Pageaux-Waro, Yann Costa (également membre de Zong) et Luc Joly.
  Les Gagnants:
- 2012 : Grèn Sémé (Maloya)
- 2011 : Tyeri Abmon (Maloya)
- 2010 : Zorro Chang (Reggae-Dancehall)
- 2009 : Alex (Rap / Maloya)
- 2008 : le Groove Lélé (Maloya)
- 2007 : Lo Griyo (Maloya)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Du créole écrit au créole chanté : Alain Péters de Michel Minaud, 2001 (26 min.)

Discographie[modifier | modifier le code]

Alain Péters :

  • La Rosée si feuilles songes - Na voir demain, avec le groupe Caméléon, Royal, 1977 (45 tours).
  • Chante Albany, textes de Jean Albany dits par l'auteur ou mis en musique par Pierrot Vidot, Jean-Michel Salmacis, Hervé Imare et Alain Péters, ADER, 1977-1978.
  • L'tonton Alfred et Bébett coco, textes de Jean Albany, 45T, ADER, 1979.
  • Mangé pou le cœur, Album, ADER et Village Titan, 1984.
  • Panier su la tete ni chante et Romance pou un zézère, 45T, ADER et Village Titan, 1984.
  • Tappadanmontet la poliss - avec Patrick Persée - titre enregistré en 1992 au Studio du Verseau à Saint-Leu qui figure sur la réédition CD de l'album Ti galet : tribute to Alain Péters.
  • Parabolér, Takamba, 1998, album CD posthume.
  • Vavanguèr, Takamba, 2008. Les mêmes titres que Parabolér avec une nouvelle remastérisation et deux inédits en CD (Romance pou in zézère et La Rosée sur feuille songe) plus un DVD de 90 minutes comprenant des extraits de concerts, un documentaire et une interview.

Reprises :

  • Anthologie Bourbon cuivre, 2003. (Caloubadia par la fanfare Byin Mayé).
  • Anthologie Un Siècle de musique réunionnaise, Association Lacaze, 2004. (Panier sur la tête par Bernard Joron ; Rosée su feuille songe par René Lacaille).
  • Anthologie World & Pluriel no 16 : île de la Réunion, PRMA, 2007. (Plime la misère (mix) par DJ Big Bouddha).
  • Willy Aquime, Rest'la Péters. (album entier de reprises).
  • Čankišou, Lé la, 2008. (Caloubadia ; Mangé Pou Le Cœur).
  • Duo Célimène, Guitare séga opus 2 : Sax séga, 2007. (Panier su la tête, ni chanté ; Rest' là maloya ; Mangé pou le cœur).
  • Loy Ehrlich, Les Îles du désert, Tangram, 1993. (La Valse des anges = Maya).
  • Free Jam, Free Jam, Hémisphère Sud, 2004. (Caloubadia).
  • Désiré François (du groupe Cassiya), Rekonesans. (Res La Maloya).
  • Iza, Cilaos, JMF, 2008. (Complainte de Satan).
  • Olivier Ker Ourio, Oversea, Dreyfus Jazz, 2007. (Panier su la tête, ni chanté instrumental ; Mangé pou le cœur chanté par Danyèl Waro.)
  • René Lacaille, Aster, Discorama, 1996. (La Rosée si feuilles songes).
  • René Lacaille, Mapou, World Music Network, 2004. (La Rosée si feuilles songes).
  • René Lacaille, Poksina, Daqui, 2011. (Rest'la maloya).
  • Henry Legras. (Mangé pou le cœur ; Moin té crois pi ; Complainte pour mon défunt papa).
  • Mart'nália, Menino do Rio, Quitanda, 2006. (Essa mania = Rest'la maloya).
  • Mart'nália, Em Berlim ao vivo, Quitanda, 2006. (Essa mania = Rest'la maloya).
  • Malavoi, Marronnage, Déclic, 1998. (Panié Si Mon Têt).
  • Patrick Persée, Ti galet : tribute to Alain Peters, Olive, 1990. Réédition CD en 2002. (Caloubadia).
  • Emmanuelle Péters, Fleur d´sel, 2010. (Rest' là maloya).
  • Pil Kat, Kat pat kok, Oasis, 2003. (Mangé pou le cœur).
  • Willy Ramboatinarisoa. (Manze poo le ker).
  • Tue-Loup, Penya, Le Village Vert, 2002. (Rest'la maloya).
  • Silvain Vanot, Il fait soleil, Labels, 2002. (Rame le canot = Ti pas, ti pas n'arriver).
  • Vwadhéva, Ségas, maloyas et romances de La Réunion, 2007. (Rest' là maloya, Mangé pou le cœur).
  • Danyèl Waro, Tikok Vellaye, René Lacaille, Loy Ehrlich, Joël Gonthier, Bernard Marka, Yanis Lacaille, Rest'la maloya : hommage à Alain Péters, Cobalt, 2003. (Enregistrements en public le 23 décembre 2000 au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis (93) et le 13 octobre 2001 au K à Saint-Leu (Île de la Réunion).
  • Tukatukas, Chaleur tropicale, Mass Prod, 2012. (Moin té crois pi).
  • Bernard Lavilliers, Baron samedi, Disques Barclay, 2013. (Rest' Là Maloya).

Hommages :

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]