Jean-Claude Brisseau

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Jean-Claude Brisseau

Naissance 17 juillet 1944 (70 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession réalisateur, scénariste, producteur
Films notables

De bruit et de fureur,

Noce blanche,
L'Ange noir,
La Fille de nulle part

Jean-Claude Brisseau (né le 17 juillet 1944 à Paris[1]) est un réalisateur, acteur, producteur, scénariste, directeur de la photographie, monteur français.

Personnalité dérangeante, « encombrante[2] » du cinéma français, Jean-Claude Brisseau est un cinéaste autodidacte, professeur de français pendant une vingtaine d’années avant de se tourner entièrement vers le cinéma grâce au succès commercial de son film Noce blanche. Ses films réalistes frôlent parfois le fantastique et traitent de la violence sociale, du plaisir féminin, du mysticisme.

En août 2012, il reçoit une importante reconnaissance avec le Léopard d'or du festival de Locarno pour son film La Fille de nulle part[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Dans les années 1950, le jeune Jean-Claude Brisseau fréquente assidûment les salles de cinéma et, « le lundi matin, à l'école, [il] rêve du film qu'[il] a vu la veille. » C'est ainsi que le réalisateur évoque sa naissance au cinéma[4]. Mais, né dans une famille modeste, il doit renoncer à faire l'IDHEC, et choisit l'enseignement : il sera instituteur puis professeur. Longtemps, il fera ses films tout en enseignant le français dans un collège de la région parisienne (collège Diderot d'Aubervilliers en Seine-Saint-Denis).

C'est, en quelque sorte, grâce au progrès technique, que Jean-Claude Brisseau peut se lancer dans le cinéma : vers le milieu des années 1970, il achète une caméra Super 8 sonore, modèle qui vient de sortir, et réalise, pendant ses congés, deux films. L'un d'eux, La Croisée des chemins, est diffusé dans un festival de films amateurs au cinéma l'Olympic. Le film est vu par Maurice Pialat et par Éric Rohmer.

Grâce à ce dernier, Brisseau obtient le soutien de l’Institut national de l'audiovisuel (INA) qui produit un premier film, La Vie comme ça, en 1978. Il réalise aussi pour la télévision Les Ombres, qui s’inscrit dans la série La Télévision de Chambre, ainsi qu'un court-métrage, L’Échangeur, dans le cadre de la série Contes pour enfants. Rohmer et les Films du Losange qui ont déjà essayé de produire La Vie comme ça produisent son premier long métrage, Un jeu brutal, et co-produiront les deux suivants.

En 1983, Brisseau rencontre Bruno Crémer, qu'il dirige dans trois films successifs : Un jeu brutal, De bruit et de fureur et Noce blanche. Pour Sylvie Vartan, rencontrée par hasard à Cannes où il présente De bruit et de fureur, il écrit L'Ange noir. C'est d'ailleurs une exception dans sa méthode de travail puisque jamais il n'« écrit en fonction des gens qui pourraient jouer dedans[5]. »

Noce blanche, initialement écrit pour la Sept, et sorti en 1989, est contre toute attente un gros succès commercial. C'est pourtant, selon le réalisateur, « le film de moi qui m'intéresse le moins[6]. »

Choses secrètes (2002) ouvre ce qui constituera une trilogie consacrée à la sexualité féminine ; Les Anges exterminateurs et À l'aventure sont les deux autres volets de cette exploration du plaisir féminin[7].

Jean-Claude Brisseau est condamné, en décembre 2005, à un an de prison avec sursis et 15 000 euros d'amende pour harcèlement sexuel sur deux actrices à qui il avait demandé d'accomplir des actes érotiques lors d'auditions pour son film Choses secrètes. Cette histoire constitue la trame de son film suivant, Les Anges exterminateurs. En 2006 paraît un livre d'entretiens, L'Ange exterminateur, dans lequel il s'explique sur ses méthodes de travail, notamment avec les acteurs, ainsi que sur « l'affaire Brisseau » (2005), son procès et les débats relatifs à cette affaire.

En 2007, il est entendu par la justice en tant que témoin assisté pour deux viols[8] mais il en sort libre et sans être mis en examen, l'enquête se poursuivant[9].

En 2011, le festival international du film Entre vues de Belfort lui consacre une rétrospective.

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Ses premiers films traitent en apparence du mal-vivre des cités[10], car déjà s'y glissent des éléments oniriques proches du surréalisme. Bien qu'il se défende d'avoir fait des films de banlieue[11], il annonce ce qu'à l'époque on se refuse à voir : ségrégation urbaine et sociale, misère, violence.

Le film suivant, Noce blanche, a encore pour cadre l'institution scolaire[note 1] et retrace une relation amoureuse destructrice entre un enseignant et l'une de ses élèves.

Dans Céline (1991), le réalisateur s'intéresse au mysticisme et aux phénomènes paranormaux. Avec l'intrusion d'éléments oniriques, le cinéaste juxtapose « des éléments quotidiens et des éléments fantastiques pour filmer la contagion de sens », s'agissant pour lui de voir « comment la réalité quotidienne peut être modifiée par une autre dimension[7]. »

Jean-Claude Brisseau peine à faire ses films : les sujets qu'il traite sont risqués et, les producteurs étant frileux, il est conduit à produire lui-même certains de ses films, notamment Choses secrètes, projet qui s'est étalé sur presque dix ans[7].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'Ange exterminateur : Jean-Claude Brisseau, entretiens avec Antoine de Baecque, Grasset, 2006
  • Entretiens disponibles avec le réalisateur dans les revues suivantes :
    • à propos d'Un jeu brutal : Cahiers du cinéma, 350, août 1983
    • à propos de De bruit et de fureur : Cahiers du cinéma, 407-408, mai 1988 ; Positif, 328, juin 1988
    • à propos de Noce blanche : Positif, 345, novembre 1989
    • à propos de Céline : Cahiers du cinéma, 454, avril 1992 ; Positif, 374, avril 1992
    • à propos des Anges exterminateurs : Positif, 547, septembre 2006
    • entretien croisé avec John B. Root et Jean-Claude Brisseau : Cahiers du cinéma, 574, décembre 2002

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. De bruit et de fureur se déroulait déjà, en partie, dans un collège.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Père, « Locarno 2012 Day 8 : Jean-Claude Brisseau », Blog d'Olivier Père,‎ 8 août 2012 (lire en ligne)
  2. Olivier Séguret, « Brisseau de haut vol », Libération,‎ 8 mars 2000 (lire en ligne)
  3. Jean-Baptiste Morain, « Brisseau, Léopard d’or à Locarno ! », Les Inrockuptibles,‎ 12 août 2012 (lire en ligne)
  4. Brisseau, « Mes dates clés », Libération,‎ 16 octobre 2002 (lire en ligne)}.
  5. Interview du réalisateur sur le site kinok.com en avril 1994.
  6. Propos tenu dans l'émission de France Culture, le Rendez-vous, le 23 novembre 2011.
  7. a, b et c Isabelle Potel, « Le sexe comme élément de suspense », Libération,‎ 16 octobre 2002 (lire en ligne)
  8. Voir dépêche de l'AFP.
  9. « Le cinéaste Jean-Claude Brisseau soupçonné de viols mais laissé en liberté » AFP, 22 décembre 2007.
  10. « Solitudes des cités » ; à propos des premiers films de Brisseau. Archives de Libération du 12 avril 2003.
  11. « Ce n'est pas un film sur la banlieue, cela n'a rien à voir avec La Haine ! » Entretien pour le site Objectif cinéma.

Liens externes[modifier | modifier le code]