Commentaires sur la société du spectacle

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Commentaires sur la société du spectacle
Auteur Guy Debord
Genre Essai politique
Pays d'origine Drapeau de la France France
Éditeur Éditions Gérard Lebovici
Date de parution 1988
Chronologie
Précédent Considérations sur l'assassinat de Gérard Lebovici Panégyrique, tome premier Suivant

Commentaires sur la société du spectacle est un essai de Guy Debord paru en mai 1988 aux Éditions Gérard Lebovici. Cet essai fut réédité à partir de 1992 par les éditions Gallimard suivi de la Préface à la quatrième édition italienne de "La Société du spectacle" publiée initialement en 1979.

Analyses[modifier | modifier le code]

À première vue classique, l'écriture de l'auteur est en réalité très moderne et contribue à modifier les règles de la langue française. Ainsi, dans le chapitre XVIII de ce livre, il écrit : "Le pouvoir est devenu si mystérieux qu’après l’affaire des ventes illégales d’armes à l’Iran par la présidence des États-Unis, on a pu se demander qui commandait vraiment aux États-Unis, la plus forte puissance du monde dit démocratique ? Et donc qui diable peut commander le monde démocratique ?" Le morphème "aux", dont le sens selon la grammaire traditionnelle doit être bien fixé, est ici flottant : il s'agit à la fois d'une préposition et en ce cas désigne un groupe aux États-Unis manœuvrant pour vendre des armes à l'Iran, et d'un article amalgamé, désignant de l'extérieur ce même pays. Les deux lectures éclairent le sens du passage : quelle forces, aux États-Unis et à l’étranger, peuvent décider d’élections démocratiques dans un pays libre ? L'incise "qui diable" renvoie de manière ironique aux appellations réciproques de l'époque : Washington voyait dans l’Iran le “Mal” et Téhéran pointait “le grand Satan” américain. Les conflits de surface masquaient ainsi des relations politiques inavouables en profondeur. D'où la manière cachée de Debord de les évoquer comme une chose impossible, en forçant la langue.

La Préface à la quatrième édition italienne de "La Société du spectacle" se conclut ainsi : "Les jours de cette société sont comptés ; ses raisons et ses mérites ont été pesés, et trouvés légers ; ses habitants se sont divisés en deux partis, dont l'un veut qu'elle disparaisse." La répétition du son [e] simule le consensus des habitants de la péninsule italienne, mais le son disparaît à la fin de la phrase, laissant apparaître une véritable disjonction sociale. Les "raisons" et les "mérites" peuvent rappeler Tacite, Annales, Livre I, Chapitre XLVIII ("en temps de paix, on tient compte des raisons et des mérites ; lorsque la guerre est déclarée, les innocents et les coupables tombent pareillement"). C'est enfin une variation sur le Mane, Thecel, Phares ("compté", "pesé", "divisé")[1] de la Bible, Daniel, V ; Isaïe, XXI, 5 : elle annonce la chute prochaine de Babylone devant les Perses, pendant une fête et des réjouissances dans la ville (voir Hérodote, L'Enquête, I, 191). Cette conclusion s'apparente donc à un appel à la guerre civile et la promesse d'une victoire des insurgés révolutionnaires.

Réactions diverses[modifier | modifier le code]

  • Le philosophe Giorgio Agamben en 1990 : « L’aspect sans doute le plus inquiétant des livres de Debord tient à l’acharnement avec lequel l’histoire semble s’être appliquée à confirmer ses analyses. Non seulement, vingt ans après La Société du spectacle, les Commentaires sur la société du spectacle (1988) ont pu enregistrer dans tous les domaines l’exactitude des diagnostics et des prévisions, mais entre-temps, le cours des événements s’est accéléré partout si uniformément dans la même direction, qu’à deux ans à peine de la sortie du livre, il semble que la politique mondiale ne soit plus aujourd’hui qu’une mise en scène parodique du scénario que celui-ci contenait. L’unification substantielle du spectacle concentré (les démocraties populaires de l’Est) et du spectacle diffus (les démocraties occidentales) dans le spectacle intégré, qui constitue une des thèses centrales des Commentaires, que bon nombre ont trouvé à l’époque paradoxale, s’avère à présent d’une évidence triviale. Les murs inébranlables et les fers qui divisent les deux mondes furent brisés en quelques jours. Afin que le spectacle intégré puisse se réaliser pleinement également dans leur pays, les gouvernements de l’Est ont abandonné le parti léniniste, tout comme ceux de l’Ouest avaient renoncé depuis longtemps à l’équilibre des pouvoirs et à la liberté réelle de pensée et de communication, au nom de la machine électorale majoritaire et du contrôle médiatique de l’opinion (qui s’étaient tous deux développés dans les États totalitaires modernes). » [2]

Éditions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]