Paul Barril

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Paul Barril (né le à Vinay, Isère) est un ancien officier de la Gendarmerie nationale, élevé au grade de capitaine, auteur de plusieurs livres sur sa carrière militaire, qui abordent diverses affaires impliquant l'État français.

Gendarme jusqu'en 1984, il a commandé le Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) pendant deux ans avant de participer à la création de la cellule antiterroriste de l'Élysée sous le premier septennat de François Mitterrand. Jeune retraité militaire, il a ensuite fondé plusieurs entreprises dans le domaine de la sécurité privée. Ses activités en Afrique et plus particulièrement au Rwanda à l'époque du génocide font l'objet de nombreuses controverses.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Commandant en second du GIGN auprès du commandant Christian Prouteau de 1978 à 1980, puis commandant du GIGN par intérim de 1981 à 1982 (le commandant Prouteau ayant reçu pour mission de créer le GSPR). Durant cinq années particulièrement intenses au sein du GIGN, Paul Barril a « arrêté 115 personnes, participé à la reddition de 61 forcenés, neutralisé à mains nues 17 individus armés, libéré plus de 450 otages »[1].

En 1979, il fait partie de l'équipe du GIGN envoyée à La Mecque pour aider le pouvoir saoudien à venir à bout d'une prise d'otage dans la Grande mosquée. Après l'attentat de la rue Marbeuf du , il participe avec Christian Prouteau à la création de la cellule antiterroriste de l'Élysée. Il est impliqué dans plusieurs affaires retentissantes comme celle des Irlandais de Vincennes qui éclate peu après et l'affaire des écoutes de l'Élysée, révélée onze ans plus tard. Il ne sera pas poursuivi dans le cadre des procès concernant la perquisition irrégulière effectuée chez les "Irlandais". Cependant le 17 septembre 1992, Paul Barril perd le procès en diffamation qu'il avait intenté contre Le Monde pour un article d'Edwy Plenel relatant son rôle dans cette affaire. "Fait rarissime dans un jugement en diffamation, le tribunal de Paris estime alors que le journaliste a apporté la preuve de ses écrits et se prononce sur le fond en désignant le coupable : «L'opération des Irlandais n'a été de bout en bout qu'un montage réalisé par le capitaine Barril»"[2]. Le jugement sera confirmé en appel et en cassation[3].

Dans son ouvrage Guerres secrètes à l'Élysée, qui lui valut une condamnation, il remet en question la thèse du suicide de François de Grossouvre.

Dans le privé[modifier | modifier le code]

Suite à l'affaire des Irlandais de Vincennes, fin 1984, il crée la société Epsylon, rue d'Artois, à Paris.

Paul Barril est également le dirigeant de la société SECRETS (pour Société d'Études de Conception et de Réalisation d'Équipements Techniques de Sécurité)[4], pour des interventions de « sécurité » dans des pays étrangers (Congo-Brazzaville).

En 1988, il constitue un « groupe d'action » autour du président Félix Houphouët-Boigny, en Côte d'Ivoire[réf. nécessaire].

Rôle au Rwanda[modifier | modifier le code]

L'aspect le plus controversé des activités de Paul Barril est son implication au Rwanda pendant la première moitié des années 1990, à l'époque où se prépare le génocide des Tutsi. Barril retourne à Kigali en avril 1994 juste après l'attentat contre l'avion transportant le président Juvénal Habyarimana et d'autres personnalités, au moment où commence le génocide. S'il est difficile d'imaginer que les services secrets français ignoraient ses activités, Paul Barril a déclaré « n'avoir pas besoin de prendre [ses] ordres de l'Élysée ou de Matignon » et « savoir la direction qui est bonne pour [son] pays »[5].

Le capitaine Barril se présente comme un conseiller du président Habyarimana. Il a été contacté en 1989 concernant une réorganisation des services de renseignements rwandais[6]. D'autres sources parlent d'un audit de l'armée rwandaise réalisé en 1990[7].

Il est également présent à Kigali le 7 et le 27 avril 1994[8]. Après l'assassinat de Juvénal Habyarimana il est engagé, via sa société SECRETS[9], par sa veuve pour éclaircir l'affaire et déclare à des journalistes du Monde et de France 2 détenir les boîtes noires de l'avion présidentiel. Il est également l'un des promoteurs de la thèse d'une culpabilité du FPR dans l'attentat[10].

À la même époque, le 20 mai 1994, il est chargé par le gouvernement intérimaire Hutu, qui dirige le pays pendant le génocide, de recouvrer un acompte de 1 650 000 dollars américains versé dans le cadre d'un contrat d'achat d'armement non honoré[11].

Selon l'historienne Alison Des Forges et le journaliste Patrick de Saint-Exupéry, le capitaine Paul Barril serait associé à l'opération insecticide qui aurait eu lieu entre avril et juin 1994.

Le 7 juin 2012, le juge anti-terroriste Marc Trévidic après avoir entendu Paul Barril ordonne une perquisition chez lui dans le cadre de l'enquête sur l'attentat du 6 avril 1994 au Rwanda[12]. Cette perquisition permet de mettre la main sur un contrat qu'il avait signé le 28 mai 1994 avec le premier ministre du gouvernement intérimaire rwandais, Jean Kambanda[13] qui confirme des informations partielles antérieures. Devant ces éléments nouveaux, le 25 juin 2013, il est l'objet d'une plainte pour « complicité de génocide » déposée par la FIDH, la Ligue des droits de l'homme et l'association Survie auprès du Tribunal de grande instance de Paris. Il lui est reproché, alors que le génocide se déroulait, d'avoir signé « un accord d’assistance de fourniture d’armes et de munitions, et de formation et d’encadrement » avec les génocidaires hutu pour le compte d'une société privée[14]. Suite à cette plainte les magistrats parisiens ont ouvert une information judiciaire le 27 juin 2013[15].

Rôle au Congo-Brazzaville[modifier | modifier le code]

Dans son livre Noir silence, François-Xavier Verschave mentionne l'aide qu'aurait apportée Paul Barril, via sa société SECRETS, en recrutant quatre mercenaires en 1991, auprès de Denis Sassou-Nguesso, pour le compte d'Elf.

Blanchiment d'argent[modifier | modifier le code]

Mis en cause par un des suspects déjà écroués dans le cadre de l'enquête sur une affaire de blanchiment d'argent présumé au sein du cercle de jeux parisien Concorde, Paul Barril a été mis en examen pour « association de malfaiteurs, en vue de la commission d'extorsion en bande organisée, en vue de la commission d'assassinat et de corruption » dans le cadre de l'affaire du cercle parisien de jeux Concorde, instruite par les juges marseillais Charles Duchaine et Serge Tournaire et écroué le [16].

Selon son avocate « Paul Barril nie farouchement les faits qui lui sont imputés » et il a interjeté appel de l'ordonnance de placement en détention[16]. L'appel est rejeté le 2 janvier 2008 devant la Chambre de l'Instruction de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence. Barril décide alors de se pourvoir en cassation contre cette décision.

Il sort de la prison des Baumettes le contre le paiement d'une caution[réf. nécessaire]. Il est relaxé le 25 septembre 2013 par le tribunal correctionnel de Marseille[17].

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Biographie de Paul Barril sur le site Barril.com
  2. Patricia Tourancheau, Paul Barril capitaine multicarte, Libération 9 mars 1995
  3. Commissaire Broussard, Mémoires tome 2, Plon 1998
  4. SOCIETE.COM : L'information gratuite sur les entreprises du Registre du Commerce
  5. Entretien avec Paul Barril publié dans le numéro de mars 1995 du magazine Playboy, reproduit sur le site du Réseau Voltaire.
  6. Informations mentionnées dans l'annexe 10 du rapport de la Mission d'information de l'Assemblée nationale sur les opérations militaires au Rwanda entre 1990 et 1994 (disponible sur le site de l'Assemblée nationale.
  7. Libération du 29 juillet 1994, cité par le Réseau Voltaire.
  8. Paul Barril, Guerres secrètes à l'Élysée, Albin Michel, Paris, 2000, cité par le Réseau Voltaire.
  9. Au Rwanda article du Réseau Voltaire.
  10. France 2, 28 juin 1994, émission évoquée dans le Rapport parlementaire sur le Rwanda, p. 238.
  11. Rapport parlementaire, p. 257-258 et annexe 10, notamment p. 575-581.
  12. Info TF1News : Paul Barril entendu par l'anti-terrorisme
  13. Jeune Afrique 24 janvier 2013, Rwanda : le capitaine, l'avion et le génocide
  14. Laurent Larcher, « Paul Barril visé par une plainte pour complicité de génocide au Rwanda », La Croix,‎ 25 juin 2013
  15. « La justice enquête sur Paul Barril dans le dossier rwandais », Le Monde et Reuters,‎ 27 juin 2013
  16. a et b L'ex-capitaine Paul Barril écroué dans le cadre de l'affaire du cercle Concorde, Le Monde, 25 décembre 2007.
  17. Benoît Collombat, David Servenay, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), p.59

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]