Patrick Dewaere

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Patrick Dewaere

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Patrick Dewaere (dessin au crayon).

Nom de naissance Patrick Jean Marie Henri Bourdeaux
Surnom Patrick Maurin
Patrick de Waëre
Naissance 26 janvier 1947
Saint-Brieuc, Côtes-d'Armor, France
Nationalité Drapeau de France Français
Décès 16 juillet 1982 (à 35 ans)
Paris (14e)
Profession Acteur
Auteur-compositeur-interprète
Films notables Les Valseuses (1974)
Adieu poulet (1975)
F… comme Fairbanks (1976)
Le Juge Fayard dit le shérif (1977)
Préparez vos mouchoirs (1978)
Série noire (1979)
Un mauvais fils (1980)
Beau-père (1981)
Paradis pour tous (1982)

Patrick Bourdeaux[N 1], dit Patrick Dewaere, est un acteur français né le 26 janvier 1947 à Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor) et mort le 16 juillet 1982 à Paris 14e[1].

Considéré par beaucoup comme un des acteurs les plus brillants de sa génération[2], Patrick Dewaere a incarné la « fureur de vivre » à la française et demeure un modèle pour les générations de jeunes comédiens qui lui ont succédé[3]. Son jeu se caractérise par un naturel, une exactitude et une vérité dans les expressions, dans les gestes et dans les attitudes qui sont désormais jugées comme proches de celle de l’Actors Studio, inventives et généreuses alors qu’en son temps, dans les années 1970, les critiques préféraient les « rondeurs » et le jeu de son alter-ego professionnel, concurrent et ami Gérard Depardieu[4].

Il se suicide à l'âge de trente-cinq ans, après avoir joué dans trente-sept longs-métrages durant une longue carrière de trente et une années. Il a également composé et interprété plusieurs chansons pour lui-même ou encore pour Françoise Hardy ainsi que la musique du film F… comme Fairbanks.

Il est le père de la scénariste Angèle Herry qu'il a eue avec Miou-Miou ainsi que celui de la comédienne Lola Dewaere.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et débuts[modifier | modifier le code]

Fils de la comédienne Mado Maurin, le jeune Patrick fait très tôt partie d’une famille d'artistes, baptisée par le métier les « petits Maurin » comprenant ses frères Jean-Pierre Maurin (1941-1996), Yves-Marie Maurin (1944-2009) et Dominique Collignon-Maurin (né en 1949), auxquels s’adjoignent ensuite Jean-François Vlérick (né en 1957) et Marie-Véronique Maurin (née en 1960). Cette troupe familiale collabore à de nombreux films, téléfilms, feuilletons télévisés ainsi qu'à des représentations au théâtre et à la radio.

Le théâtre municipal de Saint-Brieuc en 2005

En 1946, séparée de son mari, Mado Maurin est nommée directrice des théâtres municipaux de Saint-Brieuc et de Morlaix. Le dimanche 26 janvier 1947, le petit Patrick vient au monde à Saint-Brieuc où il ne restera que quelques mois avec sa mère avant de rejoindre la région parisienne. Après une rupture douloureuse, sa mère épouse Georges Collignon, déjà père de deux jeunes garçons. Dès lors, la tribu de ce qui devient bientôt « les petits Maurin » est constituée. Tous les enfants adoptent alors ce patronyme artistique qui facilite leur placement dans divers spectacles, pièces de théâtre, émissions de télévision et films de cinéma. Les Maurin emménagent dès lors dans un grand appartement au 3e étage du 65, rue Sainte-Anne à Paris[5], où le jeune Patrick habitera jusqu'en 1968[6].

Le comédien Yves-Marie Maurin, l'un des six « petits Maurin »

Dirigée par l'énergique Mado, la famille baigne à la fois dans un univers de « saltimbanques » et dans une profonde foi catholique[6]. Ainsi, Patrick va accomplir sa communion solennelle en 1959, à la basilique Montmartre de Paris. Côté « professionnel », il fait ses débuts en 1950, âgé seulement de 3 ans, sur les planches du théâtre de Chaillot dans Primerose de Robert de Flers, où sa mère tient aussi un rôle. Les « petits Maurin » (Dewaere conservera le pseudonyme de Patrick Maurin jusqu’en 1967) vont dès lors se jalouser les rôles enfantins. C'est l'époque où, sans le savoir, le tout jeune Patrick qui ne ressemble pas complètement à ses frères, déclare souvent malicieusement : « Moi, on m'a trouvé dans une poubelle ! »[6], car ses parents ont échafaudé alors sur ses origines, un scénario vraisemblable mais mensonger, son père officiel étant à cette période Pierre-Marie Bourdeaux qui l'a reconnu à sa naissance.

En 1954, un événement traumatisant survient, relaté par Mado Maurin[6] : Patrick, alors âgé de 7 ans et son grand frère Jean-Pierre partent se divertir à la foire de Gouvernes. Dans un stand de tir, Patrick blesse malencontreusement le responsable de l'attraction qui passe juste devant lui au moment où il parvient, non sans mal, à tirer. Une volée de plombs atteint aux poumons l'homme qui s'effondre et est emmené, quelques minutes plus tard, en ambulance sous les yeux du jeune garçon, particulièrement affecté par son geste malheureux. Mado Maurin avoue qu'il « en a été malade ».

À cette période, il est inscrit à l’école publique primaire de la rue de Louvois où il fait la connaissance de Francis Huster[7]. Dans le film Monsieur Fabre, il donne la réplique à une immense vedette de l'époque, Pierre Fresnay, aux côtés de ses frères Jean-Pierre et Yves-Marie. En janvier 1956, il joue son premier rôle important dans la pièce Procès de famille au théâtre de l'Œuvre. Le sujet est tragique : un petit garçon est déchiré entre trois couples qui se le disputent. Giflé par l'une des femmes et fou de douleur, il se suicide alors en se jetant dans une cage d'ascenseur. La même année, il joue le jeune Pepeniello, un enfant tiraillé entre deux familles, dans Misère et Noblesse, mise en scène par Jacques Fabbri à Paris, puis accompagne la troupe pour des représentations à l'étranger.

En 1958, le petit Patrick Maurin joue dans un spectacle, au Cirque d'hiver de Paris

De récents témoignages rapportés par Christophe Carrière dans sa biographie Patrick Dewaere, une vie[8], révèlent que l'enfant aurait subi des abus sexuels de la part d'un membre de sa famille[9]. Selon les mêmes témoignages, ces événements auraient contribué à forger sa personnalité, à la fois rebelle, fragile et tourmentée. Durant cette période, il joue la comédie au théâtre et intervient dans différents films dont certains sont signés par des personnalités reconnues comme Marc Allégret, Gene Kelly ou encore Henri-Georges Clouzot. L'enfant est vif, jovial et turbulent, toujours prêt à en découdre avec l'autorité. Ainsi, son frère Dominique Collignon-Maurin relate que lors du tournage du film La Route joyeuse, l'acteur star et réalisateur américain Gene Kelly prend un caillou en pleine tête parce que le petit Patrick, six ans, s'amuse alors à faire des ricochets. Pour les punir, on les enferme dans une chambre d'hôtel. En représailles, son frère et lui vont la mettre à sac[6].

En 1958, il se retrouve avec son frère Yves-Marie au Cirque d'hiver pour jouer la comédie-spectacle Jimmy Boy et Davy Crocket où il monte à cheval et tire sur des indiens aux allures de cascadeurs et de clowns. Il se voit confier peu à peu des rôles de plus en plus importants. Ainsi, le 19 décembre 1959, à l'âge de 12 ans, il interprète en direct à la radio française le personnage de Jerry dans la pièce de Samuel Beckett Tous ceux qui tombent[10] aux côtés de Roger Blin[11]. En 1961, dans la série télévisée La Déesse d'or, il fait partie d'un quarteron de gamins prêts à toutes les aventures.

L'immeuble rue Sainte-Anne à Paris où l'acteur a vécu jusqu'en 1968.

Tout comme Michel Polnareff, il est inscrit au cours Hattemer, une école privée de la rue de Londres où il reçoit un enseignement personnalisé et alors considéré comme « moderne ». Durant sa scolarité adolescente, il noue une relation sentimentale avec une jeune fille prénommée Dominique. Dans son livre, Mado Maurin confie qu'à ses yeux, il est foncièrement « réservé, pur, honnête, droit... et entier ». Et de souligner combien il rêve alors de théâtre[6]. Durant les périodes de vacances, il continue à participer aussi à des émissions pour la télévision, notamment en août 1961 où il joue le rôle d'un jeune candide à la découverte de notions scientifiques[12]. En 1962, il campe sur scène le rôle de l'Innocent dans l'adaptation de L'Arlésienne aux côtés de Joséphine Baker[13] En 1963, il interprète la pièce (au titre symbolique) Fils de personne d’Henry de Montherlant au théâtre des Mathurins. L'histoire retrace la France sous l'Occupation allemande, la collaboration, les restrictions alimentaires mais aussi la séparation des familles et le sort cruel de certains enfants. Le 25 janvier 1964, quelques jours après la dernière représentation et le jour de ses 17 ans, l'illustre auteur lui adresse un mot de félicitations[6].

Toujours en 1963, pour la pièce intitulée Les Yeux de dix-huit ans de Jean Schlumberger[14], auteur dramatique proche de Louis Jouvet, il partage les planches avec Armand Mestral. L'histoire met en scène un industriel sachant qu'il ne lui reste que quelques minutes à vivre. L'homme se place devant un grand miroir et revoit défiler les événements marquants de sa vie. Le tout jeune Patrick figure sa jeunesse. L'homme l'interpelle, lui faisant des reproches, démontrant combien il a trahi ses idéaux, ses rêves et ses espoirs en grandissant. Pour Mado Maurin[15], cette fiction fait étrangement écho aux tout derniers instants de Dewaere, installé face à son miroir, juste avant son geste fatal.

En 1965, avec ses frères Jean-Pierre, Yves-Marie, Dominique (et comme Jean-Paul Belmondo avant eux[16]), il est inscrit au cours de Raymond Girard[17], professeur au Conservatoire censé les préparer pour le concours d'entrée. Mais alors que Jean-Pierre et Dominique sont reçus, Yves-Marie et lui sont recalés.

Le 14 août 1965, il tourne dans le cadre du Théâtre de la jeunesse diffusé sur la première chaîne de l'ORTF un téléfilm consacré à Marie Curie. Il y côtoie de futures vedettes comme Jacques Higelin, Sabine Haudepin ou encore Caroline Cellier[18].

Différend familial[modifier | modifier le code]

Après une trentaine de pièces de théâtre et de téléfilms à succès pour l’ORTF, il choisit de prendre du champ par rapport à sa famille, pour deux motifs. D’une part, il apprend à dix-sept ans en 1964 par la bouche de son frère Dominique, qu'il n'est pas l'enfant biologique de Pierre-Marie Bourdeaux[N 2], bien que celui-ci l'ait reconnu, mais le fils naturel de l’artiste lyrique et chef d’orchestre Michel Têtard, mort en 1960 à l’âge de trente-cinq ans. Celui-ci avait rejoint la troupe d'artistes que dirigeaient Mado Maurin et son mari à la sortie de la guerre, en 1945 et a entamé une liaison avec la comédienne. Dans sa biographie[6], Mado Maurin précise que les deux hommes avaient abordé ensemble le principe d'un divorce et que dès lors Bourdeaux l'avait quittée. Mais après quelques mois d'une passion dévorante, lorsqu'elle avait annoncé à son amant sa grossesse, elle avait reçu en retour un télégramme de rupture, celui-ci refusant de croire qu'il était le père de l'enfant.

D’autre part, Jean-Marc Loubier affirme que Dewaere aurait été pratiquement dépossédé d’un héritage par sa mère, à la même période[19]. Le jour de ses dix-sept ans, parce que sa mère l'empêche de téléphoner, il est pris d'une colère subite et la brutalise en la jetant par terre. Il est alors mis à la porte de la maison familiale et se réfugie dans une chambre de bonne. Après deux mois de brouille, il se réconcilie pourtant avec Mado.

Un jeune acteur remarqué[modifier | modifier le code]

En 1966, bien que figurant et non crédité au générique, il est remarqué par le réalisateur de Paris brûle-t-il ?, René Clément par son incarnation courageuse et physique d'un jeune résistant. Le réalisateur fera à nouveau appel à lui en 1971 dans La Maison sous les arbres pour camper une nouvelle fois comme figurant, le personnage d'un jeune homme rebelle, atypique et un peu anarchiste. Ses différends familiaux l’encouragent à adopter un pseudonyme, élaboré à partir du nom marital de son arrière-grand-mère maternelle Devaëre[N 3], dont il changera la troisième lettre par un W. Ainsi, le nom de Patrick de Waëre[N 4],[N 5] apparaît au générique de la mini-série Les Hauts de Hurlevent en 1964, avant d'adopter l'orthographe sous laquelle il deviendra célèbre : Patrick Dewaere.

Le public le remarque réellement en 1967, grâce à un feuilleton télévisé où il tient pour la première fois de sa carrière le rôle principal, Jean de la Tour Miracle, également réalisé par Jean-Paul Carrère et qui bénéficie alors d'un certain succès populaire. Refusant d'être doublé, il effectue toutes ses cascades et monte à cheval avec assurance. Le 6 janvier 1968, après la diffusion de la série, il déclare à la revue Télé 7 jours : « Je veux faire peau neuve complètement et repartir à zéro. Mon passé, je ne le porte pas comme un panache mais je le traîne comme un boulet »[20]. Il quitte alors le domicile familial de la famille Maurin pour s'installer dans un appartement du 18e arrondissement de Paris, rue Ordener, en colocation avec un ami comédien du même âge, Jean-Jacques Ruysdaël[21] qui se tue dans un accident automobile, quelques mois plus tard[6]. C'est à cette époque, selon Christophe Carrière, qu'il adopte la moustache pour vieillir son visage angélique, déclarant : « J'aimerais être laid et vilain. Je me dis qu'en buvant beaucoup, j'aurai des poches sous les yeux et peut-être un jour, une gueule intéressante »[21].

Premiers succès[modifier | modifier le code]

Le Café de la Gare en 2013

Émancipé de la tutelle familiale à vingt-et-un ans[N 6], prenant de la distance avec son passé de jeune comédien et sa foi catholique, il adopte une position libertaire[6] et gagne sa vie comme déménageur en livrant des réfrigérateurs. Il profite aussi de la montée de la contestation étudiante pour rencontrer des acteurs alternatifs. De février à avril 1968, il partage l'affiche avec Pierre Arditi[22] dans Ma déchirure de Jean-Pierre Chabrol, mise en scène au théâtre de la Commune par Gabriel Garran ; dans la distribution figure aussi Élisabeth Wiener avec laquelle il noue une relation amoureuse qui durera quelques mois[23]. N'hésitant pas à faire le coup de force, il participe aux événements de Mai 68 et se fait alors matraquer par un CRS[24].

Le théâtre de la Commune s'étant mis en grève par solidarité avec le mouvement, Dewaere rencontre lors des Journées du cinéma de Suresnes la comédienne-réalisatrice Sotha, qui partage alors sa vie avec Romain Bouteille[25],[26]. Durant l'occupation de la salle de cinéma Les 3 Luxembourg, ils nouent une relation passionnée et se marient, autant par défi que par jeu, le 26 juillet 1968. Les témoins, Rufus et une amie danseuse, Christine Haydar[27], jurent de garder le secret sur cette « union officielle »[28]. Les jeunes mariés partent quelques semaines en Tchécoslovaquie, en plein Printemps de Prague, avant de rentrer à Paris[29] pour intégrer le collectif réuni autour de Romain Bouteille (qui pousse l'abnégation jusqu'à prêter son appartement au jeune couple[26]) et participer activement aux travaux de construction de son premier café-théâtre, 18 rue d'Odessa dans le quartier du Montparnasse: le Café de la Gare. Il y partage les planches avec Coluche, Henri Guybet, Martin Lamotte, Renaud et Sotha, sans oublier celle qui deviendra la passion de sa vie : Miou-Miou[30]. Il dira ironiquement à plusieurs reprises que « le Café de la Gare, ce n'est qu'une histoire de fesse »[31]. À cette époque, il n'a pas d'argent et la troupe l'invite à manger. Au bout de quelques mois, il vend sa voiture pour acheter à son tour à manger à toute l'équipe[31].

Renaud, ami depuis 1969, rendra hommage à Dewaere, dans la chanson Mon bistrot préféré

Durant cette période, il signe le scénario et les dialogues de différents sketchs, notamment avec Sotha[32]. La troupe accueille par la suite Gérard Lanvin, Gérard Depardieu, puis Bernard Le Coq[33], Thierry Lhermitte, Josiane Balasko, Anémone et Gérard Jugnot. En novembre 1968, Dewaere doit rejoindre l'armée pour faire son service militaire obligatoire. Pour être réformé, il absorbe alors quantité de médicaments sous la surveillance de sa compagne Sotha et succombe presque à un empoisonnement. Le médecin qui le suit lors de son hospitalisation diagnostique des « tendances à l'autolyse », ce qui signifie un net penchant pour les tentatives de suicide[34]. Désormais libéré des obligations militaires, Dewaere s’essaie au doublage, prêtant notamment sa voix à Dustin Hoffman dans Le Lauréat[N 7] ou à Jon Voight dans Macadam Cowboy et développe sa passion pour la musique et la chanson. Le 12 juin 1969, le Café de la Gare ouvre ses portes au public avec comme slogan : « C'est moche, c'est sale, c'est dans le vent ! ». L'une des toutes premières pièces s'intitule Spectacle en or massif de et avec Romain Bouteille, Dewaere, Coluche, Sotha, Claude Mann, Henri Guybet et Miou-Miou[35]. À cette période, il vit avec Sotha dans un loft situé rue Lepic dans le 18e arrondissement et les jeunes « mariés clandestins », faute de faire un enfant, adoptent une guenon à l'instar de Léo Ferré[36].

En 1971, il compose et interprète ainsi en duo avec Françoise Hardy, la chanson T’es pas poli lors d'une émission diffusée sur Antenne 2 et intitulée Duo inattendu. Comme ses amis du Café de la Gare, il tourne également quelques publicités qui aident à financer le théâtre. La même année, il participe à deux courts-métrages avec la troupe du Café de la Gare et obtient un petit rôle dans Les Mariés de l'an II de Jean-Paul Rappeneau. Assistant sur le film, Luc Béraud relate une anecdote que Dewaere lui a confiée ; lors du tournage, alors qu'il n'interprète qu'un tout petit rôle, il déclare avec malice à Jean-Paul Belmondo, l'acteur principal : « Fais gaffe à tes fesses ! Nous, on est derrière ; on va te faire tomber »[6].

À cette période, Coluche déclenche une bagarre générale dans la troupe du Café de la Gare, certains l'accusant de se servir indûment de leur travail pour ses propres sketches. Il se fait renvoyer et part mener sa carrière en solo. Il quitte également sa compagne, Miou-Miou, laquelle se rapproche progressivement de Patrick Dewaere alors que Sotha choisit de le quitter au tout début de l'année 1972[37]. En 1972, il est pressenti pour jouer un petit rôle de séducteur dans César et Rosalie mais Claude Sautet prend peur en constatant la fougue et la richesse du jeu de ce jeune homme qui selon lui, en donne trop[38]. La même année, Robert Enrico lui fait passer des essais pour Les Caïds mais il n'obtient pas le rôle attribué à son ami Patrick Bouchitey. Ils partageront néanmoins l'affiche du film La Meilleure Façon de marcher en 1976[39] et élaboreront un projet de film intitulé On est pas des héros avec Dewaere dans le rôle principal et Bouchitey à la réalisation[40].

Toujours en 1972, comme le révèle Claude Miller alors assistant du réalisateur Gérard Pirès, il participe au casting du film Elle court, elle court la banlieue, en compagnie de ses collègues et amis du Café de la Gare[6]. À la fin de la même année, il continue à courir le cachet et participe à une émission humoristique consacrée à et produite par Pierre Dac[41]. Il y cotoie d'autres comédiens, parmi lesquels Grégory Ken, futur chanteur de Chagrin d'amour (duo). En 1973, il interprète l'un des rôles principaux d'un film totalement expérimental et d'expression poétique : Themroc de Claude Faraldo, aux côtés de Michel Piccoli et ses comparses Romain Bouteille, Coluche, Henri Guybet et Miou-Miou. Bien que devenu culte parce que les dialogues n'exploitent aucune langue réelle et qu'une certaine improvisation y est flagrante, ce film ne recueille alors qu'un succès d'estime. La même année, l'immeuble qui abrite le Café de la Gare devant être détruit, la salle est transférée au 41, rue du Temple dans le 4e arrondissement. Dès lors, l'esprit collectif et solidaire d'origine est quelque peu abandonné, ainsi que les signatures collectives des pièces[42].

Période faste[modifier | modifier le code]

Bertrand Blier, ami de Dewaere et réalisateur du film Les Valseuses

Dewaere se révèle au grand public en 1974 dans Les Valseuses de Bertrand Blier, film où il apparaît aux côtés de Gérard Depardieu et Miou-Miou. Il vit avec cette actrice, une intense passion amoureuse de laquelle naît une fille, Angèle Herry, le 13 août 1974. Le réalisateur hésite un temps pour donner l'un des rôles principaux à Coluche mais grâce aux essais fulgurants qu'il tourne avec Dewaere, Blier décide de l'engager, persuadé de son talent et de son charisme pour le rôle. Le tournage est émaillé des quatre cent coups du duo Depardieu - Dewaere et doit même être prolongé de deux semaines par leur faute et leurs dérives. Heureusement, le succès populaire et commercial est très important car le film recueille plus de 5,7 millions d'entrées[43]. Pourtant lors du tournage Bertrand Blier est témoin des déchirements passionnels que se livrent Miou-Miou et Dewaere. Un soir, Dewaere défonce la porte de la chambre d'hôtel de Gérard Depardieu, persuadé à tort que Miou-Miou le trompe avec lui[44]. Cet épisode douloureux démontre l'hypersensibilité de Dewaere et un vif penchant pour les réactions à chaud. Selon les témoignages recueillis par Christophe Carrière, l'acteur éprouve du mal à affronter les démons de ses origines incertaines et de son enfance abîmée et abusée; le mensonge et la dissimulation, représentant pour lui, les ennemis absolus.

À cette période, il tourne Au long de rivière Fango, un film écrit et réalisé par celle qui est toujours son épouse officielle, Sotha et cofinancé par Coluche. L'intrigue fait étrangement écho à la vie personnelle de l'acteur, comme le relate Christophe Carrière[45] : elle traite du « mensonge par omission » concernant les origines parentales de l'un des héros, mettant en évidence la responsabilité de la mère, Mathilde, interprétée par Emmanuelle Riva. S'il ne remporte pas un succès populaire, ce « film de potes » (il regroupe les habitués du Café de la Gare, Romain Bouteille, Christine Dejoux et Rufus, mais aussi des proches comme Élisabeth Wiener, Catherine Ringer ou Gérard Lanvin) procure de grandes satisfactions à l'acteur.

Rufus, comédien, témoin de mariage et ami de l'acteur (2010)

Toujours avec Rufus, il entame alors le tournage du film Lily aime-moi. Dans le documentaire d'Alexandre Moix figurant dans le DVD du film, La Bande à Lilly[46], Dewaere déclare : « Ce qui arrive à ce type-là, c'est vraiment une histoire politique », mettant en évidence l'implication personnelle de l'acteur, que confirment le réalisateur Maurice Dugowson et Jean-Michel Folon. Huit ans avant le tournage de d'Édith et Marcel de Claude Lelouch, Patrick Dewaere s'entraîne pour être crédible à l'écran comme boxeur. Dans une archive du même documentaire, Dewaere déclare qu'il est réellement monté sur le ring pour une rencontre hors tournage le 30 novembre 1974, mais ayant fait match nul, ce qui l'énerve, il se sent obligé à refaire un nouveau combat avec le même boxeur professionnel. Folon livre aussi quelques secrets dans le travail de Dewaere sur ce film. Selon lui, il « gomme, il nettoie, il simplifie le plus possible » son jeu d'acteur. Folon relate que l'acteur ne joue pas, il incarne en réalité le personnage et que lors du tournage, entre deux plans, Dewaere lui a lu la fin de Cyrano de Bergerac ; tous deux sont alors en larmes à la fin de la tirade. Rufus évoque également la fragilité, la modestie et la grande solitude éprouvée par son ami acteur, pourtant en pleine période de gloire, il le considère « aussi fragile qu'un enfant ». Le film traite également de la rupture et de l'amour perdu et Dewaere donne la réplique à Miou-Miou, alors sa compagne dans la vraie vie. Parmi l'un des dialogues du film, à travers son personnage de boxeur raté, l'acteur dévoile une part intime de ses errances personnelles, concernant l'amour et ses déboires; il avoue à son ami sur ce sujet, une parole prémonitoire concernant le suicide : « Et je m'emmerde… à me pendre ! ».

Après le flop de la comédie légère (mais bien payée)[38] Catherine et Compagnie avec Jane Birkin, Dewaere choisit d'incarner un petit flic de province aux côtés de Lino Ventura (rôle que vient de refuser Alain Delon)[47], bien qu'il ne porte pas dans son cœur les forces de l'ordre depuis mai 1968 et qu'il éprouve quelques réticences avec les armes à feu à la suite de son accident de jeunesse. Adieu poulet de Pierre Granier-Deferre remporte un réel succès avec près de 2 millions d'entrées[43] et lui permet d'obtenir un gros cachet. Il en profite alors pour s'acheter une voiture de luxe et loue un duplex dans le quartier Saint-Germain-des-Prés à Paris[6]. À cette période, Coluche s'installe dans une petite maison rue Gazan (14e arr.), où, après d'importants travaux de rénovation (il y fait même installer une piscine), il convie régulièrement ses amis, le dimanche soir étant tout spécialement réservé aux membres de la troupe du Café de la Gare, parmi lesquels Bouteille, Dewaere et Miou-Miou[48].

Dewaere et Miou-Miou partent en Italie pour tourner La Marche triomphale de Marco Bellocchio. Le couple n'est alors plus en crise et le tournage se déroule sans accroc, même si Dewaere est toujours sous l'emprise de la drogue et qu'il juge finalement le film décevant[49]. À la suite de cette expérience, son nom est retenu pour une production italo-américaine pour laquelle Miou-Miou est engagée, Un génie, deux associés, une cloche mais Dewaere refuse ce qu'il considère comme un navet. Les relations du couple commencent alors à se déliter.

Dewaere enchaîne avec le premier long métrage d'un jeune réalisateur, Claude Miller (jusque-là directeur de production de François Truffaut) : La Meilleure Façon de marcher. L'idée du film lui est venue dans un moment de colère : « Je ne supportais pas l'espèce d'intolérance que je constatais dans un cercle d'amis vis-à-vis de l'homosexualité[50]. » Dans l'ouvrage de Mado Maurin[6], Luc Béraud, coscénariste du film, relate sa rencontre avec l'acteur. Le début de leur collaboration est chaotique : l'acteur le traite de « facho » parce qu'il a un tempérament de « gueulard » (ce que Béraud reconnaît lui-même bien volontiers). De plus, Dewaere a été choisi alors qu'à l'origine son ami Philippe Léotard devait tenir le rôle[51] mais le réalisateur ne s'aperçoit pas que l'acteur est en pleine dérive. Ce dernier vient de rencontrer par l'intermédiaire de Patrick Bouchitey, Barbara Anouilh, petite-fille du célèbre auteur dramatique[52]. Entre 1977 et 1978, elle va l'entraîner du Festival du cinéma américain de Deauville[53] aux soirées mondaines de la capitale[54], mais aussi l'initier aux drogues dures[40].

Après le tournage de La Meilleure Façon de marcher, qui permet à Dewaere d'obtenir la seule récompense de sa carrière : l'Étoile de cristal du meilleur acteur en 1975 (partagée avec Bouchitey), lui et Bouchitey se laissent aller à des excès nocturnes qui finissent par les impliquer dans un grave accident de voiture à Paris. Dewaere s'en tire avec quelques contusions, Bouchitey est blessé et surtout l'accident a fait une victime, la conductrice de l'autre véhicule. Ce épisode dramatique marque encore un peu plus l'acteur[55], déjà éprouvé par l'accident de tir dont il avait été responsable durant son enfance.

Rupture[modifier | modifier le code]

À l’été 1975, quelques semaines après la sortie du film Lily aime-moi, Miou-Miou est choisie pour le tournage du film D’amour et d’eau fraîche. Elle tente d'imposer à la production Dewaere pour camper le premier rôle masculin. Mais le réalisateur Jean-Pierre Blanc refuse et préfère engager Julien Clerc qui pourtant, n'a jamais fait de cinéma jusqu'alors et que sa compagne France Gall vient de quitter. Sur les plateaux, Miou-Miou, dont le couple est en crise, tombe sous le charme du chanteur[N 8] et décide de rompre avec Dewaere au cours d'une conversation téléphonique[56], lequel fait aussitôt le trajet depuis Paris pour « casser la gueule » du chanteur à son hôtel, lors du tournage à Évian[57].

Miou-Miou et le réalisateur Jean-Pierre Blanc en 1976, sur le tournage du film D'amour et d'eau fraîche

Cette situation rend particulièrement difficile le tournage de leur film suivant F… comme Fairbanks qui débute quelques semaines plus tard. Les personnages incarnés par Miou-Miou et Dewaere s’aiment et se déchirent, à l’image des deux acteurs dans leur vie privée[58]. Second long-métrage de Dugowson avec une partie des mêmes acteurs principaux, dont Dewaere, Miou-Miou et Jean-Michel Folon. En 1992, dans le film de Marc Esposito, Patrick Dewaere, Miou-Miou avoue combien ce tournage aura été éprouvant pour elle et pour son ex compagnon. Dans le documentaire La Ballade de Fairbanks réalisé par Alexandre Moix en 2005[59], une archive dévoile comment Patrick Dewaere entend incarner intensément son rôle. Dans l'interview, il s'exprime à la première personne, comme si le personnage parlait par sa bouche : « Moi, je suis le contraire d'un Fairbanks ; c'est ce qui m'agace, en fait. Moi, je supporte pas que mon père m'appelle Fairbanks toujours… Parce que moi, il m'arrive des ennuis tout le temps… ». Il tente de se reprendre aussitôt et déclare que c'est un film où, il ne cesse de tomber, il n'a pas de boulot, sa compagne vient de le quitter, ce qui l'affecte profondément alors que selon lui, au contraire, Fairbanks réagit formidablement face aux événements, il a une posture « de gagnant, de roi, de chef » et rien ne peut l'atteindre. Dewaere poursuit : « Alors que moi, tout me diminue complètement et je finis par devenir complètement dingue à la fin ». Film à message social comme le précédent (Lily aime-moi), F… comme Fairbanks traite à nouveau du chômage, comme fléau majeur de notre époque et exploite une nouvelle fois Dewaere en anti-héros « perdant ». Le producteur Michel Seydoux relate qu'il existe « une certaine souffrance dans ce film ».

Pour Jean-Michel Folon, ce film de Dewaere est le plus beau car il est chargé d'émotions vécues. Il révèle que le soir, après le tournage, la toute petite Angèle doit tantôt repartir avec l'un ou l'autre de ses parents, ce qui est déchirant pour toute l'équipe. La force intense du drame personnel que vit alors Patrick Dewaere trouve son paroxysme dans l'une des scènes essentielles du film, lorsqu'il surgit sur une scène de théâtre, interrompt la pièce où le personnage que Miou-Miou joue en public et l'entraîne en coulisse devant tous, pour régler ses comptes avec elle. Jean-Michel Folon précise que quelques instants avant de tourner ce long plan, Dewaere déclare au réalisateur qu'il ne sera en mesure de faire qu'une seule prise, compte tenu de l'intensité dramatique de la séquence. L'acteur déclare à Dugowson : « Je vais tout donner… Arrange-toi pour qu'il n'y ait personne sur mon passage ». Lors de la scène, il hurle et se précipite à plusieurs reprises, la tête en avant contre une cloison, sans être doublé par un cascadeur. Jean-Michel Folon dévoile que durant cette période, l'acteur lui a confié s'être retrouvé tout seul à la cathédrale Notre-Dame de Paris, au milieu de la nuit pour prier. Le documentaire s'achève sur une phrase de Jean-Michel Folon, son ami : « Patrick était une flamme. Une flamme, c'est fragile et ça peut s'éteindre au moindre courant d'air. Et il y a eu un courant d'air... Et Patrick s'est éteint ».

Ambitions cinématographiques et musicales[modifier | modifier le code]

Dans un reportage diffusé dans le journal télévisé de 13 h de TF1 le 16 février 1976, Miou-Miou et Dewaere parlent de leur métier lors du tournage de F… comme Fairbanks[60]. Ils évoquent leurs débuts au Café de la Gare et leur apprentissage du métier d'acteur. Dewaere estime que le succès a été très long à venir. Il en a été profondément affecté parce qu'il avait « une haute opinion » de lui-même, déclare-t-il en riant. Il observe que le fonctionnement commercial du cinéma impose des aberrations comme, par exemple, se focaliser durant une très courte période sur un artiste, en portant toute la lumière médiatique sur lui. Miou-Miou partage cette analyse et évoque la disproportion, l'amplification, la distorsion que le métier engendre. Elle confirme que l'argent en est un moteur évident, y compris pour les acteurs. Dewaere avoue pourtant, quelque peu dépité : « Maintenant que ça marche pour moi, ça ne me passionne plus autant qu'avant ». Il ajoute que, désormais, il connaît toutes les facettes du métier. Ce qui pourrait toutefois changer sa position, consisterait à choisir les réalisateurs avec lesquels il aimerait travailler, sans en nommer aucun[60].

Le 1er mars 1976, Philippe Caloni reçoit Patrick Dewaere sur France Inter pour la sortie du film La Meilleure Façon de marcher[61]. L'acteur dévoile qu'il a accepté le rôle dès la lecture du scénario, ce qui est alors inédit pour lui. Concernant la dernière séquence du film où son personnage macho dévoile son trouble face au jeune homme sexuellement ambigu (joué par Patrick Bouchitey) qu'il avait continuellement agressé au cours de l'histoire, Dewaere déclare : « C'est la plus grande scène du film. Je n'ai tourné tout le film que pour cette scène-là ». Interrogé sur son parcours professionnel, il répond : « Oui, oui, j'ai fait beaucoup de chemin », tout en ne se prétendant pas « vedette de l'écran ». Il précise qu'il n'en est pas encore à vraiment choisir ses rôles ou les metteurs en scène. Durant cette période, Dewaere fonde encore l'espoir de voir le cinéma français changer. Le journaliste soulève la question du risque de tourner avec Claude Miller que personne alors ne connaît vraiment. Dewaere répond avec malice : « Non. Ce n'est pas un risque. C'est un bon calcul ! ». Et d'enchaîner sur l'état du 7e art des années 1970 : « Jusqu'alors, le cinéma français se bande un peu les yeux ». Sur l'hypothèse de tourner un film gentillet mais très bien payé, Dewaere répond par la négative : « J'en ai déjà refusé pas mal comme ça. Non. Je n'ai pas envie ». À la journaliste Sophie Dumoulin qui indique qu'il vient d'achever le tournage de F… comme Fairbanks de Maurice Dugowson, il précise : « Dans le film de Claude Miller, je suis un type que rien n'abat alors que pour le film de Dugowson, je deviens fou à la fin », soulignant combien les événements dramatiques d'une existence peuvent affecter un être humain aussi fragile et sensible que le personnage de F… comme Fairbanks. Concernant son physique, il constate et apprécie qu'on ne l'affuble pas de rôles de « jeune premier trouduc ». Au sujet d'un précédent entretien où il déclarait vouloir se crever un œil ou s'enlaidir, Dewaere répond avec une sérénité affichée : « La vie fera de moi ce qu'elle veut et je serai toujours content ». Concernant sa technique d'acteur, Dewaere confirme qu'il refuse de « faire semblant ». Il prétend que ce serait plus simple et qu'il procéderait ainsi par paresse. Il confirme littéralement vivre les émotions du personnage et agir en fonction du rôle. Il réfute en revanche, la notion d'improvisation et confirme un choix délibéré, une réflexion et une certaine préparation. Au sujet de son succès naissant, il avoue que cela le conforte et le rassure. Cette confiance des autres le rend plus fort, ce qui lui permet de donner encore plus à son métier.

Pour conclure, l'acteur confirme un nouveau tournage en costumes d'époque avec ses comparses du Café de la Gare prévu pour le mois de mai 1976, sous l'égide de Romain Bouteille et intitulé Yeomen sans colère, une satire de mai 1968 transposée au Moyen Âge. En dépit de leurs efforts, le projet ne se fera pas mais inspirera largement Coluche pour son film Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine, sorti l'année suivante et dans lequel on retrouve une partie de la troupe du Café de la Gare dont Sotha, Philippe Manesse, Gérard Lanvin et Martin Lamotte. Clin d'œil à la désertion de l'acteur, pris par ses nombreux tournages, le Café de la Gare monte à cette époque une pièce humoristique intitulée À nos chers disparus : Hommage à Patrick Dewaere avec Coluche, Gérard Avenrell, Miou-Miou, Henri Guybet, Jean-Michel Haas et Catherine Mitry[42].

Le 24 mai 1976, interrogé toujours sur TF1 en direct du Festival de Cannes pour défendre F… comme Fairbanks projeté hors sélection officielle[62], Dewaere précise que s'il n'aime pas les décorations, il apprécierait considérablement le fait de recevoir une distinction de la part de sa profession. Sur les réalisateurs avec lesquels il rêve de travailler, il cite Martin Scorsese, Robert Altman et John Cassavetes. On apprend également qu'il signe toujours l'engagement d'un film au « dernier moment parce qu'il peut toujours se produire quelque chose de mieux », afin de préserver une part de liberté dans ses choix artistiques.

Lors du tournage du film Le Juge Fayard dit Le Shériff, Yves Boisset observe l'acteur qui n'interprète pas le rôle mais l'incarne et le vit et révèle alors dans le livre de Mado Maurin : « Ce jour-là, j'ai compris qu'il ne jouait pas, mais qu'il vivait la scène et je me suis dit, mon dieu, il est en danger ! ». Au cours de la préparation d'une séquence devant être réalisée au palais de justice d'Aix-en-Provence où se déroule le film, Dewaere, contrarié par une interdiction de manger à l'intérieur de l'édifice, s'énerve contre le réalisateur qui entend le raisonner. Devant toute l'équipe technique l'acteur propose de se battre à Yves Boisset, pour régler la question de manière virile. Après avoir échangé deux coups de poings, Dewaere se met à rire et déclare : « Au moins, maintenant, on est copains ! ». La fin du tournage se déroule sans aucun accroc, l'acteur s'attachant à exécuter scrupuleusement tout ce que lui demandera le metteur en scène. À sa sortie, le film séduit un large public avec plus de 1,7 millions d'entrées, ce qui constitue le second gros succès, pour l'acteur après Adieu Poulet[63]. Selon Boisset dans le même ouvrage, l'acteur dissimule alors en réalité son hypersensibilité et sa très grande pudeur, par de constantes provocations, un comportement volontairement agressif, « parce que même pour un empire, il n'aurait pas voulu être tout simplement gentil ». Il ajoute que l'acteur souffre alors considérablement de sa rupture avec Miou-Miou. Boisset raconte qu'une nuit à Saint-Étienne, de retour d'une réunion tardive avec le maire, il aperçoit Dewaere en train d'arracher des affiches de Julien Clerc, alors en tournée dans la même ville. Le réalisateur n'ose pas le surprendre et ressent alors qu'il « devait être terriblement malheureux ». Dans le même livre, Yves Boisset explique à Mado Maurin qu'après Le Juge Fayard dit Le Shériff, il mesure à quel point ses rôles peuvent influencer la vie de Dewaere. Le réalisateur se jure alors de ne lui proposer que des personnages et des histoires positives (comme il le fera dans La Clé sur la porte ou encore Le Prix du danger qu'il ne pourra jamais tourner, ayant mis fin à ses jours quelques mois avant le début du tournage).

Dewaere retrouve sur le tournage Luc Béraud, à nouveau coscénariste. Les deux hommes partagent une maison à Aix-en-Provence et un lien se tisse entre eux qui inspire aux producteurs l'idée d'un remake de Fanfan la Tulipe avec Dewaere dans le rôle principal, Claude Miller à la réalisation Béraud au scénario. Peu avant, Miller a réalisé Dites-lui que je l'aime avec Gérard Depardieu et Dewaere ayant refusé de jouer les « seconds couteaux » avec « le gros » en vedette (comme il l'appelle alors), le rôle est revenu à Christian Clavier[37]. Béraud en profite alors pour parler à la production de son propre projet de long-métrage pour lequel il souhaite Dewaere : Plein sud qui verra le jour en 1981 et pour lequel l'implication de l'acteur s'avèrera déterminante.

Amitiés et impact des rôles[modifier | modifier le code]

En plus de Coluche, Bertrand Blier ou encore Jean-Michel Folon, Dewaere entretien une relation d'amitié depuis le début des années 1970 avec celui que la profession considère comme son alter ego, Gérard Depardieu. Plusieurs réalisateurs et producteurs, pensent systématiquement à l'un ou l'autre durant cette période, comme s'ils étaient interchangeables. Le réalisateur Claude Sautet avouera ainsi avoir pensé embaucher Depardieu lors de l'écriture de Un mauvais fils mais qu'il avait finalement renoncé, estimant « qu'il manque à Gérard, quelque chose d'angélique et d'enfantin ». Avec humour, Depardieu déclare lors d'une interview : « Avec Dewaere, c'est bien et c'est pas cher. Avec Depardieu, c'est plus cher et c'est pas mieux »[38].

Martin Eden (1909) de Jack London, livre de chevet de l'acteur.

Lors d'un séjour à Dakar offert par un voyagiste et à l'invitation d'Yves Boisset, Patrick Dewaere fait la connaissance d'une jeune fille. Une nouvelle fois, la drogue est l'un de leurs centres d'intérêt communs, d'autant plus qu'ils sont tous deux en période d'abstinence. Mais cette brève relation est encore abîmée par une issue tragique : Dewaere apprendra quelques mois plus tard que cette jeune fille s'est suicidée en se jetant par la fenêtre[64]. Pour se changer les idées et relever un nouveau défi personnel, Dewaere décide de traverser en solitaire, le Sahara en moto. Les forces de l'ordre marocaines lui interdiront alors d'entreprendre sa traversée[65]. Boisset révèle également qu'il lui offre le roman quasi autobiographique de Jack London, Martin Eden, lequel devient dès lors son livre de chevet[66].

Pour Préparez vos mouchoirs, son réalisateur et ami Bertrand Blier décide de réunir à nouveau le trio Dewaere, Depardieu et Miou-Miou mais cette dernière refuse, non pas en raison de sa rupture avec Dewaere, mais parce que le rôle est particulièrement déshabillé et qu'elle ne souhaite plus exhiber sa nudité[67]. Blier confie alors le personnage féminin à Carole Laure. Le tournage se déroule beaucoup plus calmement que celui des Valseuses et Bertrand Blier avoue qu'une page est tournée car la folie des débuts a fait place à l'expérience professionnelle, surtout pour Depardieu qui a désormais son assistant personnel et son maquilleur. En France, le film qui réalise un score honorable avec 1,3 millions d'entrées[43] bénéficie d'une estime favorable des critiques.

Durant cette période, Dewaere reçoit une douzaine de propositions[68], dont notamment cinq projets qu'il retient :

  • Le Bourrin ou Le Hareng de Jean-Jacques Annaud écrit par Francis Veber, sur l'univers du football en province qui deviendra Coup de tête ;
  • Crimes obscurs en Extrême-Orient d'Yves Boisset, racontant l'assassinat du Pape par des agents de la CIA. En octobre 1977, Dewaere tourne des essais au Vatican, Boisset réalisant les prises de vues en caméra légère avec une équipe réduite. La distribution comprendrait Lauren Bacall et James Coburn. Une production internationale contrôlée par des investisseurs suisses qui à terme, abandonneront le projet;
  • Au revoir... à lundi de Maurice Dugowson qui comprend Miou-Miou et Carole Laure et pour lequel le réalisateur demande son avis à Dewaere, mais dans lequel ni ce dernier ni son frère Jean-François ne jouent contrairement à ce qui était initialement prévu;
  • La Java de Claude Miller, grosse production internationale avec Miou-Miou, film d'époque en costumes traitant notamment du « Paris canaille » des années 1800. Un long-métrage qui ne se montera pas, principalement faute de financements suffisants ;
  • Il n'y a pas de mai de Gérard Oury (qui deviendra La Carapate), comédie autour de mai 1968 avec Pierre Richard que Dewaere refuse et dont le personnage est repris par Victor Lanoux. Un différend contractuel oppose alors la Gaumont dirigée par Alain Poiré et l'acteur qui se règle à l'amiable, évitant à Dewaere de payer un dédommagement élevé.

Ce dernier épisode affecte la notoriété publique de l'acteur qui commence à avoir la réputation de « casse-pieds » (euphémisme). En parallèle, sa relation passionnée et abîmée par la drogue avec sa nouvelle compagne, Elsa (de son vrai nom Élisabeth Malvina Chalier[N 9]), l'éloigne de la plupart de ses amis. Bertrand Blier avoue espérer que l'acteur la quittera, notamment durant la période du tournage de La Clé sur la porte avec Annie Girardot car « il était incontestablement esclave de son amour pour elle. Pourtant, elle l'a maltraité, l'a beaucoup trompé »[69]. Cette situation ne freine pourtant pas sa carrière et la comédie La Clé sur la porte remporte un succès public, réunissant près de 2 millions d'entrées[43].

Pourtant, le 31 mai 1978, lorsque plusieurs organismes publics intentent un procès à des café-théâtres parisiens (dont le Café de la Gare) pour des motifs administratifs, il fait partie des nombreux artistes qui viennent défendre Romain Bouteille au Tribunal. Il interpelle même le président : « C'est Bouteille qui est poursuivi mais ça aurait pu être moi ». Celui-ci lui répond : « Taisez-vous et asseyez-vous... Patrick Dewaere, connais pas ! »[70]

Yves Simon, ami et producteur du premier disque de Dewaere

Le réalisateur Jean-Jacques Annaud parvient à l'imposer pour le film Coup de tête à la Gaumont et Alain Poiré qui pourtant ne veulent pas en entendre parler et proposent Depardieu à la place. Annaud révèle dans le même ouvrage[6] que lors de la préparation du film en 1978, Patrick Dewaere, lassé de ce qu'il considère comme des échecs au cinéma, mise considérablement sur la chanson et sort son premier disque. Mais le 45 tours produit par Yves Simon ne reçoit pas un accueil très populaire et la critique est mitigée, y compris celle de ses proches et amis. En 2004, Annaud livre plusieurs précisions concernant le tournage de Coup de tête. Ainsi, il relate qu'en 1978 l'acteur est agréable à diriger et qu'il ne subit alors aucun méfait de la drogue, sauf pour la toute dernière semaine du tournage[71]. Le réalisateur précise pourtant : « Il vivait un cauchemar avec la femme avec laquelle il avait choisi de vivre ». Concernant sa carrière, selon Annaud, Dewaere pensait alors que Gérard Depardieu raflait les meilleurs rôles et s'estimait lui-même comme « un acteur de seconde classe ». Pourtant Jean-Jacques Annaud ne tarit pas d'éloges concernant Dewaere, soulignant sa puissance de jeu et le prodige qu'il est alors capable de jouer deux partitions à la fois en incarnant un rôle. Lors du tournage d'une scène essentielle du film où tous les protagonistes se retrouvent pour un banquet et que le héros du film doit réagir en force face à eux, le réalisateur dévoile que tous les acteurs présents étaient terrorisés par l'incroyable violence incarnée par Dewaere pour servir son personnage. Lors du dernier jour de tournage du film, Dewaere épuisé, dort dans un coin du plateau, sur un banc. Annaud demande alors à l'accessoiriste de déplacer son sac de couchage. L'acteur se réveille en sursaut et il frappe au visage l'accessoiriste, dont une dent se brise, à la suite du choc. Désespéré par son geste malheureux, Dewaere ne sait comment se faire pardonner. L'accessoiriste ne lui en veut pas mais l'acteur se confond en excuses, lui fait un cadeau et l'invite au restaurant. À ce sujet, Annaud confie à Mado Maurin que ce soir-là, toute l'équipe constate que « Patrick n'était pas dans son état normal. Et son comportement avait changé. C'était dramatique »[6].

Satisfaction, bien que très provisoire, pour Dewaere, Préparez vos mouchoirs reçoit l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood. Le 10 avril 1979, Pierre Bouteiller reçoit Dewaere dans le journal de 13h, Inter Actualités, sur France Inter[72]. « Ce matin j'étais très content en me réveillant mais plus je me réveille, plus je m'aperçois que grâce à cet Oscar, plus rien ne sera jamais plus comme avant pour moi ! » s'exclame l'acteur en riant. S'il ne pense pas que la récompense aura une réelle influence sur sa carrière, il estime cependant que « même si on n'est pas grand chose, on peut continuer à l'être, la tête haute ».

Série noire et descente aux enfers[modifier | modifier le code]

Alain Corneau, réalisateur du film Série noire

Pour le tournage de son film suivant Série noire, Alain Corneau révèle que si l'acteur n'avait pas accepté le rôle, il aurait renoncé à monter le film. Dewaere va alors mettre toute son énergie et la force de son talent d'acteur dans ce film. Il déclarera lors de sa dernière interview qu'il s'agit du long-métrage qu'il aura eu le plus de plaisir à jouer[73]. Comme le relate Christophe Carrière[45], l'acteur qui subit toujours une addiction à la drogue reste cependant toujours parfaitement lucide durant toute la durée du tournage et maîtrise son texte à la perfection. Pour l'une des scènes du film, il se précipite tête la première et sans aucune protection contre le capot d'une voiture, refusant d'être doublé par un cascadeur. Marie Trintignant témoigne : « Dans ce film, j'ai l'impression qu'on se jetait tous dans les scènes, dans les éléments, comme des animaux… C'était un film violent. Tout était violent ! »[6]. Myriam Boyer précise aussi combien le budget du film était « maigre », avec une équipe très réduite. Après une séquence forte où le personnage joué par Dewaere bat celui de Myriam Boyer, l'acteur révèle à sa partenaire qu'il avait l'impression de frapper sa mère (Mado Maurin), comme pour régler ses comptes avec elle[6]. Dans le même ouvrage, Myriam Boyer confirme que Dewaere se sentait obsessionnellement menacé par le succès grandissant de son alter ego Gérard Depardieu.

Lors de la présentation hors compétition du film au Festival de Cannes, Dewaere se confie à plusieurs journalistes. Le 15 mai 1979, Alain Schneider recueille pour le JT de la nuit de TF1 les propos de l'acteur au sujet du film[74]. Selon Dewaere, le personnage de Frank Poupart est à l'image de « tout le monde » mais dans la chaîne composant l'humanité, il « est le maillon qui a craqué ». Il précise que cet individu subit un tas de choses dans sa vie - dont sa profession - et qu'il étouffe. Il a envie de vivre. L'acteur souligne ce besoin d'évasion, de rêve, d'exotisme. Il précise : « Ce n'est pas un salaud, c'est un mec tout à fait normal ». Dewaere confirme qu'il est persuadé qu'il s'agit de son meilleur rôle. Particularité du long-métrage selon lui : « Dans un film, il y a toujours quatre ou cinq scènes importantes » et le reste représente un simple lien entre elle. Pour lui, dans ce film, chaque jour de tournage et chaque scène ont représenté « un tournant du film ».

À Pierre-André Boutang qui le questionne sur ses « rêves d'enfant », il avoue admirer les acteurs américains Marlon Brando, Dustin Hoffman ainsi que les actrices Jane Fonda et Shelley Duvall[75]. Sur le travail d'acteur de Brando, il déclare qu'il ne fait rien et est génial, alors que Dustin Hoffman « en fait des tonnes » et il est tout autant efficace à l'écran. Concernant la façon dont il perçoit son avenir, il avoue : « Je ne serai jamais vieux, moi. On devient vieux à partir du moment où on a peur du lendemain. C'est à ce moment-là qu'on devient vieux... J'essaierai de ne jamais avoir peur du lendemain ». Concernant les récompenses, il se révèle à la fois ironique et dépité : « Moi j'ai toujours raté tous mes examens. Je suis très habitué. Je n'ai jamais été choisi par un jury »[75]. De fait, le film est diversement accueilli par la critique. Parmi ses détracteurs, Gérard Lefort, journaliste à Libération écrira le jour même de la mort de Dewaere qu'il « jouait la comédie comme une chaussette molle, trimbalant sa petite gueule de frappe teigneuse comme unique carte de visite »[76]. Toutefois, le même critique changera publiquement d'avis bien des années plus tard, notamment au sujet de Série noire[77]. La déception de Dewaere est plus grande encore quand, un an plus tard, le film ne reçoit aucune récompense aux César.

Le jeune réalisateur Didier Haudepin étant parvenu non sans mal à monter son film Paco l'infaillible. Dewaere part pour l'Espagne avec Elsa mais les démons de la drogue sont toujours présents et un soir, Haudepin retrouve l'acteur enfermé dans sa chambre. En pleine crise, il a brisé une table en verre et un gros éclat s'est planté dans son artère fémorale[78]. Après 48 heures d'hospitalisation dans une clinique privée de Madrid, l'acteur assume son rôle sans sourciller (le film ne sortira en France qu'en mars 1982).

En juillet 1979, le chanteur et compositeur François Deguelt souhaite se lancer dans la production de cinéma. Il a achevé un scénario intitulé Mourir à Brest, en confie la réalisation à Bernard Farrel et propose les rôles-titres à Lino Ventura et Patrick Dewaere qui en ont accepté le principe[79] mais le film ne se fera pas.

Quelques mois après la sortie de Série noire, Myriam Boyer rencontre Dewaere à Los Angeles ; ils parlent alors longuement. Visitant ensemble le parc Disneyland, elle note : « Il rêvait de l'Amérique comme un gamin »[6]. C'est également à Los Angeles que Dewaere voit la pièce de théâtre Les Enfants du silence et entreprend des démarches auprès de la William Morris Agency pour acheter les droits d'adaptation afin de la jouer en France. Mais du fait des contraintes de temps nécessaires pour apprendre la langue des signes, indispensable afin de jouer le rôle principal masculin, il doit abandonner le projet ne pouvant se permettre une année sabbatique.

Sotha qui a longtemps repoussé la formalité comme pour le protéger, accepte de divorcer, le 12 novembre 1979. Désormais, il peut s'unir officiellement à Elsa qui est enceinte, le couple étant alors sevré (du moins provisoirement) de la drogue[80]. La petite Lola naît trois semaines plus tard, le 4 décembre 1979.

Lola Dewaere, seconde fille de l'acteur, en 2013

Entre 1979 et 1981, l'acteur enchaîne sans aucune interruption, une dizaine de tournages. Afin de mieux figurer le personnage vulnérable qu'impose le rôle d'Un mauvais fils, Dewaere surprend Claude Sautet en venant à un rendez-vous préparatoire, sans la moustache qu'il arbore, pour se vieillir, depuis sa participation au Café de la Gare au tout début des années 1970. Ce geste touche profondément le réalisateur. Quand il lui demande pourquoi il a fait ça, celui-ci répond : « Je ne sais pas, comme ça. Pour montrer que j'en étais capable »[6]. Dewaere précise sa méthode de travail lors d'un entretien à la télévision : « Parfois, il est nécessaire de piéger le metteur en scène et d'autre fois, il convient de respecter scrupuleusement ses orientations »[81]. Au sujet de ses rapports avec Sautet, il déclare que globalement cela s'est bien déroulé, en précisant : « On s'est engueulés qu'une fois. Ça a été net et... très bien »[81]. Concernant le scénario du film, qui relate l'addiction à la drogue dont les personnages joués par Dewaere et Brigitte Fossey sont victimes et qui fait écho à l'épreuve endurée par l'acteur dans la vie réelle, il ajoute : « Moi, je crois encore à mon âge qu'on peut parler de choses désespérantes et qu'il faut avoir le courage de les dire et lui [Sautet] est arrivé à un âge où il en a marre et il préfère que les choses se passent bien et que tout soit beau »[81].

Ce film s'inscrit dans une succession de longs-métrages où les rôles négatifs s'additionnent, même pour certaines comédies. Tantôt paumé, perdant, marginal, drogué, désespéré, paranoïaque, frustré, introspectif, violent, fantasque ou manipulateur, une majorité de films vont exploiter jusqu'à la fin, son énergie, ses fêlures et sa vulnérabilité intérieure, le plus marquant (et son dernier), Paradis pour tous, mettant en scène un suicide prémonitoire.

C'est néanmoins pour une comédie que l'acteur est sollicité par Philippe de Broca la même année : Psy. Philippe de Broca déclare dans la revue Première : « J'avais vu tout ce qu'il avait tourné et je trouvais que c'était un comédien remarquable »[82]. Le scénario est adapté d'une bande dessinée signée par Gérard Lauzier[83]. L'auteur est proche de la bande du Café de la Gare et Dewaere se sent en confiance. De plus, il partage l'affiche avec une tribu de comédiens dont certains vont se révéler au grand public bien plus tard : en plus d'Annie Duperey, Michel Creton et Jean-François Stévenin, on compte les jeunes Jean-Pierre Darroussin, Catherine Frot et Michel Muller. Si les relations entre le réalisateur et l'acteur s'avèrent moins idylliques que prévues durant le tournage, ce dernier prend le temps entre les prises d'écouter les conseils Alexandre Mnouchkine, qui avait déjà produit Adieu poulet 5 ans plus tôt.

Toujours en 1980, Dewaere refait un bref passage au Café de la Gare pour jouer Les robots ne sont pas méchants, « trilogie en deux parties » de et avec Sotha, ainsi qu'Odile Barbier, Arnold Boiseau, Romain Bouteille, Marie-Christine Descouard, Henri Guybet, Philippe Manesse, Patrice Minet, Jacki Sigaux et Dominique Vallée[84].

Boycott des médias[modifier | modifier le code]

Brigitte Fossey actrice partage l'affiche avec Dewaere dans Un mauvais fils.

Alors que sa carrière prend de l’ampleur avec plusieurs grands rôles successifs (Coup de tête, Série noire et Un mauvais fils), une affaire privée va néanmoins valoir à Dewaere un véritable boycott de la part de la presse et des médias : il frappe d'un coup de poing Patrice de Nussac, un journaliste du Journal du dimanche qui avait trahi sa promesse – faite en raison de liens d’amitié – de ne pas révéler son prochain mariage[N 10] avec Elsa. Dans une interview donnée à Ciné Revue en novembre 1982, Mado Maurin précise le déroulement de l'incident : après la parution de l'article, le couple demande à voir de Nussac pour obtenir des explications ; après un bref échange entre le journaliste et l'acteur, Elsa aurait rappelé à Nussac qu'elle avait clairement exigé lors de l'entretien que l'article ne parle pas d'elle. Le journaliste aurait aussitôt répondu : « D'abord toi, tu n'es qu'une menteuse ! » Dewaere aurait alors immédiatement réagi en donnant un coup de poing au journaliste avant de partir[85].

Quoi qu'il en soit, les journalistes lui font payer cher ce dérapage. Ainsi, le présentateur du 20h d'Antenne 2, Daniel Bilalian s'offusque en direct : « Il s'agit d'un acte qu'on peut considérer comme scandaleux contre notre corporation ». Dès lors, il n’est plus interviewé et la presse omet même son nom dans les articles sur Un mauvais fils[N 11], un exemple sans précédent en France. Les producteurs éprouvent quant à eux quelques réticences à l’employer. L'affaire du coup de poing se dénouera « à l'amiable » quelques mois plus tard, de Nussac acceptant 75 000 francs, une forte somme pour l'époque. Pour autant, la justice poursuit l'acteur et il se voit condamné à un an d'emprisonnement avec sursis et 10 000 francs d'amende[86]. Au sujet de la vindicte des médias contre lui, le réalisateur Jean-Jacques Annaud avoue en 2004 que la situation était grave et a profondément affecté Dewaere : « Ce rejet de la presse lui a énormément coûté »[71]. Durant cette période, Dewaere et Elsa se réfugient souvent chez les parents de celle-ci, qui habitent un manoir du XVIe siècle à Saint-Lambert-du-Lattay entre Angers et Cholet. En 2012, Yves et Annie Chalier livrent à la presse régionale leurs souvenirs : « Patrick était dans la vie comme dans ses films... Quand il venait ici, il allait faire ses courses comme tout le monde »[87]. Parfois, à la fin d'un repas, comme se souvient le grand-père de Lola, il se met à jouer la comédie pour la fillette. Yves Chalier relate également que neuf jours avant son suicide, il le rencontre à Paris, impasse du Moulin-Vert : « Il ressemblait plus à Cerdan que son propre fils ! Et pourtant, il s'inquiétait beaucoup pour son avenir. Je trouvais ça ridicule, mais il m'a fait remarquer que s'il ne pouvait pas parler de ces choses-là à sa famille, à qui en parlerait-il ? »[87].

Flagrants délires[modifier | modifier le code]

L'acteur « accusé » au Tribunal des flagrants délires sur France Inter, le 17 octobre 1980

Le 17 octobre 1980, l'acteur participe sur France Inter à l'émission radio quotidienne en direct, Le Tribunal des flagrants délires[88]. Sous forme de procès humoristique, il s'agit de juger l'acteur, en pleine période où il est la cible de la presse et des médias, à la suite de l'« affaire du coup de poing ». Pour décliner son identité, il déclare : « Patrick Dewaere, 33 ans, l'âge du Christ ». Le procureur joué par Pierre Desproges répond alors, avec ironie : « Ça s'est mal terminé cette histoire. Il n'a pas fait long feu ! ». Pour démontrer sa qualité de comédien, Dewaere déclame de mémoire, quelques vers de Jean Racine, « Le songe d'Athalie ». Il est alors accusé d'usurpation de fonction, car il est supposé avoir pris la place d'Alain Delon (brocardé comme éternel jeune premier), mais aussi « d'incitation à la violence » de par les rôles qu'il a incarnés au cinéma et l'épisode punitif contre le journaliste.

En réponse, « l'accusé Dewaere » souligne tout d'abord combien, de temps à autres, le retour au Café de la Gare auprès de ses amis lui fait du bien. Il y revient par plaisir et apprécie que « la seule carte d'entrée nécessaire, c'[est] d'être disponible ». Ainsi, avant de tourner Un mauvais fils pour Claude Sautet, il dit y être retourné travailler six mois. De même, durant le tournage en Espagne de Plein sud de Luc Béraud, il passe la frontière le soir pour rejoindre la troupe dans le sud-ouest de la France. Évoquant ses deux déclarations dans la presse au moment des faits qui lui sont reprochés (« Je suis la tolérance personnifiée » et « il y a une vérité par personne, par seconde, par moment »), il avoue à la fois avec ironie et agacement : « C'est brûlant, je suis assez gêné d'en parler. Tout ce que je vais dire peut être retenu contre moi. Je reconnais que j'aurais pas dû taper dessus. J'aurais dû juste... le disputer ! ». Au sujet de la violence qui transpire dans certains de ses films, il répond qu'il faut « se servir de ce qui existe et que le monde est extrêmement violent ». À la question « Avez-vous peur en sortant de chez vous ? », il répond par la négative, fataliste : « Ce qui peut m'arriver, m'arrive et puis c'est tout. Il ne faut pas avoir peur mais vivre complètement dedans ». Et d'ajouter une phrase ambigüe : « Entre le moment où on naît et celui où on va mourir, il se passe des tas de choses. Il ne faut pas redouter de s'abîmer. Moi je crois que plus on s'abîme, plus on est beau. On ressemble à notre époque ».

Il dénonce ensuite le conformisme, l'aspect primaire et la vulgarité d'un certain cinéma populaire et convenu. Il admet qu'il n'y a pas beaucoup de films français qui l'intéressent durant cette période. En revanche, il souligne combien il a apprécié l'un des derniers films qu'il a vu, L'Ultime Attaque, film de guerre réalisé par Douglas Hickox qui relate la bataille d'Isandhlwana entre l'armée britannique et les Zoulous en 1879.

Gérard Depardieu, alter ego et rival de Patrick Dewaere

Concernant les pratiques de la presse et des médias, il déplore que le moindre propos soit décortiqué et déformé : « Si je dis par exemple : “Non je vois pas beaucoup Gérard Depardieu en ce moment. Chacun a sa vie...”, cela se transforme par le titre “Non, non et non, Depardieu n'est pas mon meilleur copain” ». Même si Depardieu n'en croit pas un mot, Dewaere ajoute : « mais les trois-quarts de la profession qui ne me connaissent pas vont douter. C'est pas comme ça que je travaillerai ». Concernant son état psychologique, il répond avec insistance : « Je suis bien, je suis heureux, je ne vais pas m'emmerder à trouver des trucs ». À la question « Qui auriez-vous aimé être ? », il répond aussitôt : Marlon Brando, selon lui, le meilleur acteur de tous les temps et dont le talent reste actuel. Les comédiens qui l'intéressent sont « ceux qui ont un discours, pas des machines à répéter un texte ».

Concernant certains rôles qu'il a incarné, Dewaere avoue préférer les personnages avec lesquels le public s'identifie : « Moi, quand je fais un personnage, c'est que je l'aime bien, je le trouve sympa et le public me trouve alors sympa aussi ». Concernant le film Adieu poulet, il ajoute que jouer un flic sympa lui pose problème. Il évoque aussi son envie d'interpréter des rôles de cape et d'épée, de jouer dans des films comme L'Ultime Attaque, ce qu'il avoue apprécier le plus. Mais selon lui, le cinéma français des années 1980 n'a pas les moyens de ce genre de productions. Il précise : « Tourner d'Artagnan aujourd'hui, revient à dépenser 3 milliards de francs[N 12] ». Il ajoute que les producteurs qui investiraient cette somme veulent des garanties pour la récupérer lors de l'exploitation du film, ce qui les pousse à investir dans des valeurs qu'ils croient sûres pour faire venir le public.

Surprenant ses accusateurs, il prend la défense de l'omniprésent Alain Delon qui selon lui, avant d'avoir réussi à atteindre le sommet de la popularité, a eu des envies, des rêves. Il ajoute que « cela a un impact sur une personne ». Et Dewaere imagine alors un monde idéal où son talent serait enfin reconnu : « Moi, peut être que la réussite va m'amener à penser que le monde n'est pas si pourri ». À la fin de l'émission, son confrère et ami Patrick Bouchitey intervient au titre du témoin en faveur de l'accusé. Il témoigne que Patrick Dewaere est « tout sauf violent. Il est sensible et avec beaucoup d'humour. Les gens ne savent pas combien il est courtois ». Bouchitey évoque aussi sa passion pour la musique en précisant qu'elle « n'est pas agressive ». Dewaere confirme alors : « Je serais plutôt blues ». L'émission s'achève sur une chanson de Michel Polnareff que Dewaere interprète avec la troupe et le public, La Poupée qui fait non.

Derniers rôles[modifier | modifier le code]

Après son passage à vide, Dewaere retrouve Luc Béraud pour leur projet maintes fois différé : Plein sud. La distribution du film est prestigieuse (Jeanne Moreau, Pierre Dux ou encore Guy Marchand[N 13]) mais l'actrice principale Clio Goldsmith ne s'investit que très superficiellement sur le tournage, ce qui fait enrager le perfectionniste Dewaere. Lors d'une interview par Michel Drucker sur TF1, le 29 avril 1981[89] Dewaere dévoile sa perception du rôle à travers une métaphore : un âne avance seul, sur une route toute droite. On lui présente une carotte et il quitte alors la voie tracée pour « partir dans les chemins rocailleux ». Il précise : « L'âne c'est moi et la carotte, c'est Clio Goldsmith et la montagne, c'est l'aventure », une dérive qu'il apparente à de la délinquance. Dewaere évoque l'importance du courage pour franchir ce type d'obstacles vers la liberté. Il donne son point de vue tout personnel en écho avec son existence à cette période. Il précise que comme acteur, il bénéficie d'un certain succès mais prendre la décision de tout abandonner « tout ce qu'il a vécu jusque là et tout ce qui lui reste à vivre » pour une passion amoureuse relève d'un véritable courage. Il avoue : « Heureusement que je suis acteur. Comme ça, je peux vivre à travers les films », ajoutant aussitôt avec ironie : « C'est pas cher ! ». À la pertinente question « Est-ce qu'on en sort intact, de tous ces rôles ? », il confirme que par exemple, d'avoir joué des actes de meurtre sont des éléments qui restent en lui. Pour lui, une très faible différence existe entre la vie et son implication dans un rôle. Il résume alors : « Oui, ça doit taper un petit peu le mental ».

La plage de Biarritz hors saison, lieu du tournage d'Hôtel des Amériques d'André Téchiné.

Dans Hôtel des Amériques d'André Téchiné en 1981, il interprète une nouvelle fois le rôle d'un homme marginal et paumé, dans une histoire d'amour sans issue et avec le suicide en toile de fond. À l'origine intitulé Mexico Bar, le film doit se tourner sous le soleil de Tunisie[90] mais faute de budget et de temps, la production se rabat sur Biarritz à la morte saison. Le réalisateur se souvient d'un aveu de l'acteur, au cours du tournage : « Je suis à poil dans ce film, comme le personnage ! Et c'est comme ça qu'il faut être ! ». Téchiné reconnaît être profondément marqué a posteriori par le fait d'avoir écrit un tel rôle destructeur et suicidaire pour Dewaere : « Je l'ai poussé dans un abîme à travers ce film et ce personnage qui correspondaient sans doute à ses propres démons »[6]. Catherine Deneuve (avec laquelle il avait participé enfant à des séances de doublages quand elle s'appelait encore Dorléac) estime quant à elle qu'il ne joue pas, mais qu'il vit réellement les rôles qu'il incarne ajoutant : « C'est l'un des rares acteurs qui m'aient vraiment fait pleurer »[6]. Pourtant, l'actrice et Dewaere ne connaissent pas de véritable osmose durant le tournage, la présence permanente d'Elsa (et de la drogue), isolant ce dernier de l'équipe. L'acteur se sent lui-même en décalage et il n'en tire pas un souvenir professionnel enrichissant[45].

Le 5 décembre 1981, Pierre Bouteiller reçoit à nouveau Dewaere sur France Inter dans le cadre du journal d’Inter Actualités, à l'occasion de la sortie d'Hôtel des Amériques[91]. Au sujet du film d'André Téchiné, Dewaere avoue s'en être remis pour la première fois de sa carrière totalement au réalisateur : « C'est la première fois que je me sens autant à poil dans un film [...] On raconte la seule chose qui nous reste encore aujourd'hui, c'est-à-dire l'amour... Et il ne peut être que passionnel ». Concernant l'approche intellectuelle ou politique de son travail, il déclare : « Je crois que le cinéma n'est pas révolutionnaire ». Selon lui, le 7e art se développe alors en écho avec les préoccupations et le ressenti du public. Pierre Bouteiller lui demande s'il aimerait passer derrière la caméra et réaliser lui-même un film. Dewaere répond aussitôt qu'il en a toujours eu envie. Selon lui, le metteur en scène se sert de ses propres motivations ou désirs. Il en mesure la valeur : « Ça doit être un grand pied ! On doit se sentir très efficace sur un tournage ». Bouteiller évoque ensuite la posture contradictoire de « star / anti-star » que représente Dewaere et lui demande s'il ne se sent pas enfermé dans cette unique fonction de comédien pour de longues années. Dewaere répond qu'il ignore ce que le futur va lui donner. Et de préciser que l'unique motivation qui le propulserait réalisateur, consisterait à écrire un scénario. Modestement, il ajoute : « Mais je ne peux pas me déclarer metteur en scène comme ça... [...] Je n'ai pas encore assez envie ». Pour l'instant, il se dit « excommunié », « militant de rien » et n'a pas encore trouvé d'histoire à défendre. Bouteiller l'interroge alors sur ses rapports difficile avec les médias notamment en raison de l'accrochage l'année passée avec un journaliste. Dewaere répond aussitôt : « Ce n'est pas la presse qui a eu des rapports difficiles avec moi... C'est un mec ». Bouteiller insiste, en soulignant qu'il s'agit de fait, d'un journaliste. Ironique, l'acteur réagit : « Oh, mais ce n'est pas de sa faute, le pauvre, s'il était journaliste ! ». Sur l'impact négatif que ce pénible épisode a engendré, Dewaere persiste et signe : « Si c'était à refaire, je ferais exactement la même chose » car pour lui, l'objectif est atteint désormais : « Les journalistes ont un rapport beaucoup plus sain » [avec lui]. Pour Dewaere, ce rapport doit consister en un échange à l'amiable entre l'acteur qui doit parler au public de ses films et le journaliste, qui doit relayer l'information. Cet accord tacite doit être respecté : « Moi, je ne suis pas vengé avec juste la justice et un million d'amende... C'est très violent ce qui m'est arrivé; j'ai réagi avec violence ». Selon lui, pour un acteur il est essentiel de rester le plus discret possible sur sa vie privée afin que ses personnages soient le plus crédible auprès du public. Il revendique - ce qui n'est alors pas l'usage - le droit d'être seulement un acteur et ne pas « donner sa vie privée en échange ».

Le rôle décisif suivant va être celui de Beau-père dont le sujet est à la fois très controversé et dangereux pour son image publique : un trentenaire se voit séduit par une très jeune adolescente, la fille de son ex-compagne qui vient de mourir dans un accident de voiture. Le rôle de l'adolescente est proposé à Sophie Marceau[92], mais il revient finalement à une inconnue, Arielle Besse. La photo évocatrice de l'affiche et le fait que dans le film, le réalisateur Bertrand Blier ne porte aucun jugement moral sur les protagonistes, déclenche de violentes critiques d'autant plus que le long-métrage ne reçoit pas le succès escompté[93]. Et une nouvelle déception professionnelle est en passe d'affecter l'acteur qui a tant soif de reconnaissance de ses pairs.

Le 27 février 1982, lors de la 7e cérémonie des César, Dewaere n'est pas récompensé pour son rôle dans Beau-père qui s'est pourtant énormément investi dans son rôle[N 14]. Nommé pour la sixième fois depuis 1976, il ne reçoit une nouvelle fois aucun César. Après la soirée, il passe un moment avec son alter ego et adversaire Gérard Depardieu au Fouquet's pour boire un verre avec celui qui a été récompensé l'année précédente pour Le Dernier Métro. Plus tard, Jean-Jacques Annaud qui a réalisé l'année précédente Coup de tête et qui vient de recevoir un César pour La Guerre du feu, retrouve Dewaere qui s'effondre en sanglots dans ses bras. Le réalisateur explique que l'acteur est alors à la fois sincèrement heureux qu'Annaud ait obtenu un César mais en même temps, profondément triste de ne pas en avoir obtenu un, pour son rôle dans Beau-père. Bouleversé, Jean-Jacques Annaud dévoile que même pour le rôle pourtant positif du personnage de Coup de tête, le personnage est interprété par Dewaere avec une dose de détresse dans le jeu, le regard et les gestes.

Doutes et déceptions[modifier | modifier le code]

Henri Verneuil parvient à l'imposer dans une grande production populaire, Mille milliards de dollars, même si quelques réticences des médias subsistent, lors de la promotion du film. Ainsi, le 21 août 1981 dans le 13h de TF1, Yves Mourousi ne le laisse s'exprimer que quelques secondes sur une interview de plus de 9 minutes avec une partie de l'équipe du film, bien qu'il ait le premier rôle. Il parvient toutefois à préciser avec ironie, au sujet du personnage qu'il interprète et qui est lui-même, un journaliste : « Je suis accusé à tort, d'un très grand scandale », référence au boycott médiatique dont l'acteur a fait l'objet[94].

Toujours en plein tournage du film, l'acteur répond à la Radio télévision suisse, le 23 novembre 1981. Calme et concentré, il va livrer au cours de cette interview, fait assez rare, quelques-unes de ses failles, reconnaître ses doutes et avouer des erreurs commises, tant professionnelles que plus personnelles[95]. Il se dit « Breton pure race » et se reconnait volontiers têtu, ajoutant : « Je sais ce que je veux ». Concernant son enfance de « saltimbanque », il dévoile une blessure : « Je n'étais pas doué du tout ; le moins doué de mes frères ». Ils connaissaient alors un certain succès et pas lui. Il avoue qu'il n'était « pas du tout à l'aise » et que cela représente « des souvenirs affreux, des cauchemars ». Il résume : « J'avais horreur d'être acteur quand j'étais enfant, donc j'étais très mauvais ». Il avoue aussi un blocage, probablement de la timidité. De plus, il éprouvait des difficultés à concilier l'ambiance de l'école avec celle des tournages. Dès lors, il était décidé à ne pas faire ce métier-là. Attiré par « les boutons et les lumières », appréciant les aspects techniques, il aurait aimé être pilote ou, toujours dans l'audiovisuel, cameraman ou encore ingénieur du son. « Plutôt derrière la caméra que devant », précise-t-il. « J'ai fini par le faire [l'acteur] parce que c'était la seule chose que je savais faire ». Il affirme toutefois ne pas le regretter, bien que cela n'ait pas été un choix[95].

Il déclare avoir commencé à réellement aimer son métier à partir de la période Café de la Gare, soit après déjà une quinzaine d'années de carrière. Il apprécie dès lors, la grande liberté de créer ce qu'il souhaite, sans se conformer aux formats conventionnels imposés par d'autres : « Ça a été primordial pour moi ». Il souligne combien cette équipe a représenté aussi une forme de famille pour lui, dont il entretient encore le lien : « On ne peut pas passer un an sans se voir ». Le point commun de tous était « un état d'esprit de disponibilité »[N 15]. « Je me suis trouvé », dit-il. Pour la première fois, il entend rire le public, réagissant à son travail de comédien. Il est alors interloqué et perd le fil du dialogue. Avec, dixit, « sa gueule de jeune premier trouduc », il n'avait jamais connu jusqu'alors un tel succès comique. Jean-Paul Rappeneau vient au café-théâtre afin d'engager Coluche pour son film Les Mariés de l'an II. Le réalisateur propose à Dewaere de lui donner la réplique lors d'un bout d'essai. Finalement, il est retenu et pas Coluche[95].

Lorsque Miou-Miou lui annonce qu'il a obtenu le rôle des Valseuses, il prend conscience que sa vie va changer. Pour toute l'équipe, « c'était le premier film important. [...] Tout le monde mettait le paquet. Et c'était difficile à tenir », car l'ambiance sur les plateaux tourne au délire. Dewaere relate que Bertrand Blier a failli plusieurs fois « prendre ses valises et se casser du tournage ». Dewaere ajoute : « Gérard Depardieu qui venait de Châteauroux et qui avait fait de la prison, se sentait parfaitement dans son élément ». Hors du tournage, son comportement restait le même que l'amusant voyou du film[95].

Évoquant l'après-succès des Valseuses, Dewaere confirme qu'il a connu des périodes creuses durant lesquelles il n'a pas voulu accepter n'importe quel rôle. À d'autres moments, croyant que plus aucun film ne lui serait proposé et qu'il « ne ferait plus jamais de cinéma », il avoue avoir eu peur et qu'une certaine « boulimie » de tournage l'a pris. Pour expliquer le côté cyclique de son orientation professionnelle, Dewaere indique que la pression provient de ce qu'il veut toujours faire mieux que le film exceptionnel qu'il vient parfois de réussir, sans trouver forcément à la suite, de rôles à la même hauteur. Voulant toujours progresser, il déclare qu'après un rôle superbe, « il faut un petit moment pour redescendre de là »[95].

Aveu rare dans la profession, Dewaere explique au sujet de Plein sud avoir été considérablement déçu en voyant le résultat à l'écran, en dépit de son fort investissement personnel pour en défendre le sujet et même aider à en monter la production. Ce semi-échec l'affecte alors considérablement : « C'est vrai que j'ai un petit peu perdu confiance en moi à ce moment-là ». Selon lui, il aurait alors perdu tout crédit pour défendre à l'avenir un film auquel il tiendrait. Et il ajoute : « C'est difficile à encaisser ». Concernant le fait de tenir plus compte du box-office que de la qualité d'un scénario, il déclare : « Entre les deux, mon cœur balance ». Pour définir son jeu d'acteur, Dewaere précise que son travail s'articule selon deux méthodes complémentaires : il se dit à la fois extrêmement cérébral « cogitant les moindres détails toujours la veille pour la scène du lendemain », pouvant parfois même travailler une nuit entière, mais il sait aussi abandonner toute sa préparation et jouer une scène « à l'inspiration du moment ». En réponse à la question concernant l'actuelle maîtrise de son comportement face aux caméras de télévision et à son calme apparent, l'acteur révèle qu'il s'agit bien d'une façon de dissimuler une angoisse. Au sujet des pirouettes et des traits d'humour pour masquer ce stress, il avoue que c'est du « bluff ». Il en profite pour dénoncer avec ironie, certaines « ficelles » du métier d'acteur pour frimer lors d'un tournage devant les médias. « On me l'a fait pas à moi ! » dit-il avec un grand sourire, tout en reconnaissant user lui-même de ces artifices[95].

Pour ses attentes face au réalisateur, il compare la relation acteur-réalisateur à celle d'un couple marié : « le metteur en scène étant l'homme et l'acteur, la femme ». Il souligne combien les acteurs ont besoin d'une considérable complicité, de la franchise et de la fidélité. Dewaere apprécie ce type de relations professionnelles. Dès qu'il rencontre un réalisateur, il perçoit aussitôt s'il peut avoir confiance ou pas, « au feeling »[95].

Il explique en revanche pourquoi il a refusé La Carapate de Gérard Oury, dans lequel, la période de mai 1968 était trop traitée, selon lui, sous forme de gags, un élément de comique qu'il avoue ne pas aimer. « Selon moi, les gags, c'est un cinéma de papa » précise-t-il. Il défend au contraire l'univers cinématographique de Verneuil et souligne combien peu importe pour lui la génération ou l'âge des réalisateurs qu'il apprécie[95].

Concernant l'autocritique de sa filmographie passée, il ne distingue que quatre films : La Meilleure Façon de marcher, dont il salue « la mise en scène aboutie » et le sujet « tellement rare, tellement fort et actuel », Série noire pour lequel il explique qu'après avoir lu l'histoire en quelques heures, il a téléphoné à 4h du matin à Alain Corneau pour lui dire : « Si jamais tu proposes ce scénario à un autre acteur, je te pète la gueule illico ». Également parmi ses préférés, Un mauvais fils au sujet duquel il indique : « Sautet m'a fait découvrir une méthode de jeu que je ne connaissais pas : utiliser les expressions du visage et une réelle sobriété » et Beau-père de Bertrand Blier[95]. Concernant Psy, il révèle que durant l'écriture du film, l'auteur du scénario Gérard Lauzier ne s'est pas du tout entendu avec le réalisateur Philippe de Broca, ce qui a compliqué le tournage. « Je croyais qu'ils allaient s’additionner mais en fait, ils se sont soustraits », regrette-t-il[95].

Revenant à Mille milliards de dollars, il avoue avoir accepté le film uniquement pour le message que le film véhicule. Il apprécie le cri d'alarme concernant les dérives des groupes financiers surpuissants et celles des médias, ainsi que la manipulation de l'information (dans le film, il joue un journaliste obsédé par la recherche de scoops qui va entraîner involontairement le suicide d'un personnage politique de premier plan). Concernant le succès hypothétique du film de Verneuil, il répond avec prudence : « Rien n'est jamais joué ». Il souligne combien travailler avec Verneuil a été agréable et même confortable pour lui[95].

Concernant son image publique, Dewaere semble hésiter un long moment puis il répond qu'il « préfère penser qu'ils [les spectateurs] m'aiment ». Il ajoute : « Si j'en suis arrivé là, c'est qu'en quelque sorte, j'ai un peu été élu par le public.... On ne peut pas dire que ce soient les médias qui m'aient imposés, ou la profession du cinéma ». Selon lui, ce serait grâce à l'appréciation du public que le milieu du cinéma l'a fait travailler et non l'inverse. Concernant les limites de la célébrité, il souligne : « Il y a des inconvénients énormes... mais c'est tellement rien à côté des avantages ! »[95].

Dewaere soutient ensuite combien pour les acteurs, il est essentiel de rester discret hors des écrans afin que le public soit plus efficacement convaincu par les rôles interprétés. Il confirme qu'il a deux passions dans sa vie : le cinéma et sa vie privée. Il dit : « J'ai envie de vraiment vivre les choses ». Il explique aussi qu'en tant qu'acteur, il doit « enregistrer » les événements de la vraie vie, pour enrichir ensuite sa pratique professionnelle. Il souligne : « Le public ne se rend pas compte à quel point un article de presse peut avoir un impact terriblement violent sur la vie personnelle ». Il évoque ensuite l'épisode du coup de poing donné au journaliste qui a trahi sa confiance : « Il n'était pas méchant, l'article, il était médiocre ». Dewaere précise que ce type de journal dispose d'un budget pour tout procès en diffamation et ainsi, « ils peuvent écrire ce qu'ils veulent ». Il reconnaît avoir fait justice lui-même, tout en insistant sur la douleur subie lors de cette publication : « Je me suis senti décapité quand il m'a fait ça ». Il confirme qu'un contrat moral existe, consistant selon lui à offrir au public « la meilleure partie de moi-même, de ce que je sais faire » et se refusant en revanche à livrer sa vie privée aux médias[95].

En conclusion, il confirme sa très forte envie de faire du théâtre, de préférence une création. À la dernière question, concernant le bilan de sa vie, de savoir ce qui du positif ou du négatif l'emporterait, il répond un peu déstabilisé et dans un sourire : « Je crois que c'est le positif... Non ? »[95].

Dewaere est sollicité à cette époque par Serge Gainsbourg pour interpréter le rôle principal de son long-métrage Équateur dont le tournage doit se dérouler au Gabon[96]. Dans une interview donnée en 1989, Gainsbourg révèle qu'il avait déjà pensé précédemment à lui pour un long-métrage devant réunir Isabelle Adjani, Jane Birkin et Dewaere et dont le titre aurait été Call-girl, mais qui n'avait pas vu le jour[97]. À la même période, le réalisateur Jean Becker envisage un temps de recruter Patrick Dewaere pour son film L'Été meurtrier, toujours avec Isabelle Adjani[98] mais ce sera finalement Alain Souchon qui incarnera le personnage masculin principal[99]. Également prévu pour 1982, Ticket d'acier écrit par Bertrand Blier qui confie la réalisation de ce qui doit être son premier long-métrage à Denys Granier-Deferre, son assistant sur Buffet froid et Beau-père. Dewaere doit y retrouver, Annie Girardot qui a déjà partagé plusieurs films avec lui, dont La Clé sur la porte et Le Grand embouteillage et qui incarne ici une femme séduisante dans la plénitude de son âge[100].

Philippe Léotard, compagnon de route et d'ivresse de Dewaere

Pour ce qui deviendra son ultime film, Paradis pour tous, Patrick Dewaere interprète le rôle d'un homme en perdition et à bout de forces qui se suicide en se jetant du haut de l'immeuble où il travaillait. Échappant miraculeusement à la mort, le cerveau du personnage est « flashé » grâce à un procédé médical révolutionnaire afin d'en éliminer toute pensée ou sentiment négatif pour mieux se réintégrer dans la société moderne. Ironie du sort, Dewaere retrouve une seconde fois à l'écran, son ami et compagnon d'ivresse Philippe Léotard après Le Juge Fayard dit Le Shérif. Si Léotard arrive épuisé chaque matin par ses excès nocturnes, Dewaere qui s'est mis intensément au sport pour se préparer physiquement à son prochain film, Édith et Marcel, dans lequel il interprète le boxeur Marcel Cerdan, lui avoue avec un ton ironique : « Dans un an, tu auras tous mes rôles… Je serai mort »[101].

Claude Lelouch avait remarqué Dewaere pour ses talents de boxeur dès 1974, lors d'un combat-exhibition où il avait fait match nul contre un boxeur émérite et avait retenu son nom, ayant déjà en tête le projet d'un film sur la liaison entre Édith Piaf et Marcel Cerdan. Les séances d'entraînement de Dewaere pour entrer dans le rôle sont intenses comme en témoigne l'acteur Charles Gérard, car « en quelques jours, il a perdu 5 kilos »[102]. À cette période, comme le révèle Jean-Michel Folon[58], la personnalité de Patrick Dewaere change aussi. Il est amaigri, il a perdu le sourire, il doute et a tendance à rechercher l'affection et l'écoute de quelques amis, ce que confirmera également Bertrand Blier : « Je me souviendrai toujours de Patrick debout sur mon paillasson. Il n'en bougeait plus. Moi, je lui disais : « Mais si tu veux, reste ! - Non je vais aller dormir, mais je n'arrive pas à me décoller du paillasson.... Et il restait là, c'est la dernière fois que je l'ai vu, le 15 juillet au soir. Et le lendemain… »[6]

Ultime interview[modifier | modifier le code]

En 1982, Elsa le quitte pour s'installer avec Coluche en Guadeloupe[6]. Son amie et ex-épouse Sotha, qui se prépare à partir en vacances, lui ouvre sa porte pour recueillir ses états d'âme. Alors qu'elle lui annonce qu'elle attend elle aussi un enfant, il lui répond qu'il va se suicider, soulignant sa fatigue, ses ennuis d'argent et de drogue... S'engage alors un long dialogue à l'issue duquel Sotha parvient à le raisonner, notamment en lui parlant de ses deux filles, Angèle et Lola[103].

La maison de l'acteur (Paris 14e, où il s'est donné la mort en 1982.

Le 13 juillet 1982, sa maison est cambriolée et de nombreux souvenirs personnels disparaissent dont de précieuses photos d'enfance et des vidéos familiales[104]. Le même jour, pour ce qui sera sa toute dernière interview de télévision, Dewaere se livre au journaliste québécois Michel Jasmin[105]. Il le reçoit à son domicile, dans sa maison du 25, impasse du Moulin-Vert dans le 14e arrondissement de Paris, qu'il habite depuis 1980. Il raconte comment il a eu un coup de cœur pour cette maison avec un jardin, loin du bruit des voitures mais pourtant située en plein Paris. « C'est la campagne, c'est un endroit complètement rêvé ». Et de souligner combien l'acquisition a été coûteuse pour lui, car il a été dans l'incapacité de masquer son envie de l'acheter. Il dévoile ainsi que dans la vie, il éprouve quelques difficultés à jouer la comédie et à être hypocrite, notamment pour négocier. Du fait que son métier consiste à mentir, quand il s'arrête de travailler, il se refuse à exploiter cette méthode.

Concernant son court séjour au Québec pour présenter Coup de tête en 1979, il déclare combien il a apprécié les relations franches des habitants de « la belle province », par opposition à celles qu'il observe alors à Paris, qu'il juge plutôt faussement intello et cartésianiste. Durant la période où il a écrit des paroles de chansons, Dewaere a imaginé les faire adapter par un ami québécois, pour les sublimer. Pour la première fois lors d'une interview, il dévoile les méandres de son identité qu'il qualifie « de souche bretonne », son véritable père « ténor de métier », son enfance en compétition parmi les autres « petits Maurin ». Au passage, il relate avec sarcasme, comment sa mère Mado Maurin fournissait à la demande aux producteurs ou metteurs en scène, un ou plusieurs de ses six enfants, selon leur âge. Il déclare, plus sérieux : « Et c'est ainsi que nous sommes tous devenus acteurs ». Il poursuit concernant sa décision de quitter la « tribu Maurin » : « C'est très difficile de passer d'enfant-acteur à acteur ». Il dévoile également comment il choisit le patronyme « Dewaere » de son arrière grand-mère maternelle, dont il précise qu'il a remplacé par erreur, le v d'origine par un w. Patrick Dewaere raconte comment il tente d'entrer ensuite au Conservatoire, étant refusé, deux années de suite. Il passe alors une nouvelle année dans un cours d'art dramatique où on lui apprend « comment jouer du théâtre classique », dans une posture qu'il estime, depuis, « artificielle et décalée ».

Quelque peu découragé, il décide de devenir réalisateur et metteur en scène et commence par passer son permis de conduire, indispensable pour être assistant (étape incontournable pour devenir réalisateur). La période est alors troublée par les événements de mai 1968 et il rencontre quelques membres de la future troupe du Café de la Gare qu'il va cofonder et contribuer à construire au sens propre comme au figuré. Dewaere dévoile comment il doit alors désapprendre tout ce qui lui a été enseigné au théâtre classique, à la télévision et dans les films formatés dans lesquels il a joué jusqu'alors. « Ça a été très dur », avoue-t-il, mais il en apprécie aussitôt le lien direct et privilégié avec le public. Écrire ses textes, concevoir, créer et monter les décors, les costumes, représente pour lui, « une expérience formidable », une expérimentation pure, un véritable « fantasme d'acteur ». Il apprend à établir un rapport qu'il définit comme « sain » avec le public, sans intermédiaire. « C'est là qu'on pourrait dire, que je me suis trouvé ! » explique-t-il. Le succès du Café de la Gare permet alors d'attirer les décideurs du cinéma. Il constate dès lors que grâce à cette modeste scène, le rapport avec la profession s'inverse ; le demandeur d'emploi devenant alors « offreur » de sa prestation. Dewaere évoque ensuite le film Themroc tourné avec la troupe, puis Les Valseuses. Il précise qu'il était persuadé du succès du film et combien, à l'évidence, il s'était projeté dans ce rôle. Il souligne la chance qu'il a eu de décrocher le rôle. Concernant la qualité de certains de ses autres films, Dewaere marque un silence, sourit puis répond qu'il revendique chacun des films qu'il a tourné. Pour parfaire son métier, il dévoile qu'il apprécie particulièrement assister aux projections en salle de cinéma ; il précise que dès la préparation du tournage, il travaille son jeu avant de faire la scène, en imaginant les réactions du public, à l'instar des méthodes qu'il a apprises au café-théâtre.

Pour incarner le boxeur Marcel Cerdan dans Édith et Marcel dont le tournage est prévu dans moins de deux semaines, il reconnait que son entrainement est très pénible. Il a dû maigrir de 4 kilos en une semaine pour atteindre les 72 kg. Parlant du scénario, Dewaere insiste sur l'aspect mystique et l'importance de Dieu pour les deux personnages principaux. Au sujet de la succession ininterrompue de tournages et de sa saturation possible, Dewaere répond : « Moi, dès que je ne tourne pas, je suis chez moi, je tourne en rond, je contemple mes doigts de pieds... Je m'ennuie ». Il confirme au journaliste qu'il « ne rentre chez lui que pour dormir ». Concernant la longévité de sa carrière, il répond à travers un rire un peu figé qu'il aimerait bien. Il précise que depuis 1980, il a cessé de monter sur les planches et combien ça lui manque. Il souligne l'importance du théâtre pour son métier afin de rester en lien direct avec le public. Il considère que c'est un véritable carburant : « faut qu'on aille se remplir de super » et qu'il n'existe aucune autre solution. Il dévoile que dès le tournage de Claude Lelouch achevé, il recommencera à retrouver les planches, à Paris. Concernant la cellule familiale qu'il a lui-même constitué, Dewaere déclare que pour lui, « c'est énorme ! ». Il parle de ses deux filles qui ont alors respectivement sept ans (Angèle) et deux ans et demi (Lola). Concernant sa notoriété et la part de vérité due au public par les vedettes, il estime qu'il convient de ne pas être artificiel, de ne pas sur-valoriser la vie des célébrités et de dédramatiser l'image de « star de cinéma ». Pour lui, son métier impose de rester en lien avec le réel, l'existence de ses contemporains. Il reconnaît qu'il ne dévoile pas tous ses jardins secrets aux médias, qu'il « se renferme », protégeant l'intimité des siens, pour éviter que sa femme et ses enfants « deviennent des objets publics ». Pourtant, même s'il reconnaît que ses filles sont encore trop petites, il respecte leur futur choix éventuel par rapport à cette image publique. Il ajoute que son épouse est cependant « trop timide » puis il éclate de rire, en ajoutant « moi, je respecte ! ».

Suicide[modifier | modifier le code]

Acte officiel de décès de Patrick Dewaere né Bourdeaux.

Le matin du 16 juillet 1982, Dewaere participe à des essais d'Édith et Marcel tournés en vidéo légère par Claude Lelouch au bois de Boulogne. Il retrouve Évelyne Bouix qui joue le rôle d'Édith Piaf. Un événement étrange est alors relaté par l'actrice[102]. Alors qu'ils sont en barque au milieu d'un petit lac pour une séance photo, l'actrice se rend compte que parmi les rares visiteurs du bois, quelqu'un utilise un petit miroir pour jouer avec le reflet du soleil sur leur visage. Déstabilisé, Dewaere dit à sa partenaire qu'il « ne faut pas faire cela parce que cela porte malheur » et il répète cette phrase sans arrêt à Évelyne Bouix. Lors de ces séances préparatoires, Dewaere exécute ce que demande Lelouch et ceux qui relatent plus tard ces instants déclarent que son visage affiche un étrange sourire. Après ces quelques prises de vues, l'acteur déjeune avec le metteur en scène. Claude Lelouch se souvient qu'au cours du repas, Dewaere s'isole quelques minutes pour téléphoner. Après le repas, il est conduit en voiture par l'acteur Charles Gérard qui doit l'accompagner jusqu'à la salle d'entraînement de boxe. Mais Patrick Dewaere lui annonce qu'il veut repasser chez lui d'abord. Il se rend donc à son domicile ; il est alors environ 15 heures. Peu après, il met subitement fin à ses jours dans sa maison de l'impasse du Moulin-Vert en se tirant une balle dans la bouche devant le miroir de sa chambre[106] avec une carabine 22 Long Rifle offerte par Coluche[102], sans laisser de mot d’explication mais après un appel téléphonique entre midi et 14 h qui, selon les témoins parmi lesquels Claude Lelouch avec lequel il a déjeuné, l’aurait bouleversé. Selon sa fille Lola, le même jour, son père désespéré aurait vainement tenté de joindre son fournisseur de drogue[107].

Selon Mado Maurin[6], le coup de téléphone émanerait d’Elsa, laquelle lui aurait annoncé qu’il « ne reverrait plus jamais sa fille ». Pour Yves Boisset, qui le rencontre huit jours avant son suicide, l'acteur subissait aussi une accumulation de problèmes : « histoires d'impôts, dettes énormes, ennuis de santé et certains aspects de sa vie privée qui lui étaient devenus insupportables ». Le réalisateur dévoile que durant quatre années après le suicide de Dewaere, Miou-Miou est restée profondément meurtrie par le geste de « l'homme de sa vie », passant deux nuits d'anniversaire de la date de sa mort avec l'actrice « sanglotant dans mes bras »[108].

Saint-Pierre-de-Montrouge où sont célébrées ses obsèques, le 23 juillet 1982.

Mado Maurin reconnaît qu'elle partage une part de responsabilité sur les souffrances de son fils avec le compagnon qui l'a quittée et le père qui ne l'a jamais reconnu : « Pauvre petit enfant, il te faut pardonner à ce père qui t'a tué avant de te faire vivre. Par sa faute et par la mienne aussi, tu allais porter comme une blessure, tout au long de ta courte vie, le poids de cette carence… qui, peut-être, te fera mourir »[6]. En 2007, dans le documentaire Patrick Dewaere, le dernier jour diffusé sur France 2, sa fille confirme elle-même que l'ultime conversation téléphonique entre ses deux parents aura été « un élément déclenchant » de son suicide.

Ses obsèques sont célébrées à l'église Saint-Pierre-de-Montrouge (Paris 14e), le vendredi 23 juillet 1982, en présence entre autres de Mado Maurin et Miou-Miou[109]. Ses quatre frères portent son cercueil[110]. Son ami Coluche rentré en urgence de Guadeloupe refuse de s'y rendre, « pour ne pas transformer cette cérémonie en foire »[111]; quatre ans plus tard, cette même église célèbrera les propres obsèques de l'humoriste[112].

Patrick Dewaere est inhumé au cimetière de Saint-Lambert-du-Lattay (Maine-et-Loire)[113], dans le caveau de sa belle-famille.

Près de six mois après sa mort, pour couper court aux rumeurs véhiculées par la presse selon lesquelles Patrick Dewaere aurait été drogué au moment de son suicide, Mado Maurin publie dans le magazine Ciné Revue du 18 novembre 1982 une copie des rapports d'autopsie de son fils attestant qu'il était parfaitement sain[114].

Théâtre[modifier | modifier le code]

Sous le nom de Patrick Maurin[modifier | modifier le code]

Sous le nom de Patrick Dewaere[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

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Sous le nom de Patrick Dewaere[modifier | modifier le code]

Principaux projets engagés avant sa mort[N 17]

Télévision[modifier | modifier le code]

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Radio[modifier | modifier le code]

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Voxographie[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

  • 1971 : compose et chante en duo avec Françoise Hardy, T’es pas poli (paroles de Sotha)[N 18]
  • 1976 : signe la musique du film F… comme Fairbanks (une composition qu'il improvise au piano et sélectionnée par le réalisateur)
  • 1978 : compose et enregistre deux titres sortis en 45 tours et produits par Yves Simon (artiste) : L’Autre (paroles de Sotha) et Le Policier (paroles de Patrick Dewaere)[115]
  • 2006 : huit chansons inédites composées et interprétées par l'acteur sont éditées sur un CD accompagnant la biographie écrite par sa mère[6]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Le double prix Schneider-Dewaere récompense les espoirs féminins et masculins du cinéma français

En 1975, Dewaere reçoit l'Étoile de cristal du meilleur acteur, ex-aequo avec Patrick Bouchitey pour La Meilleure Façon de marcher[116]. Cette « moitié de trophée » est l'unique récompense que la profession lui décernera.

Entre 1976 et 1982, l’Académie des arts et techniques du cinéma français nommera 6 fois l’acteur sans jamais lui attribuer un seul César du cinéma :

Le 9 avril 1979, l'Oscar du meilleur film étranger est attribué à Préparez vos mouchoirs de Bertrand Blier, en raison notamment de l'interprétation de son couple vedette Dewaere-Depardieu. Le film connaît un succès d'estime à l'étranger mais n'attire qu'un 1,3 million de spectateurs en France[117].

En 2008, le prix Patrick-Dewaere, destiné à récompenser les acteurs espoirs du cinéma français est créé en remplacement du prix Jean-Gabin[N 19].

Hommages[modifier | modifier le code]

Émissions, documentaires et films[modifier | modifier le code]

Film documentaire réalisé par Marc Esposito, journaliste à Première, à l’occasion du 10e anniversaire de la disparition de l’acteur, consistant en une collection de témoignages de certains de ses proches : Bertrand Blier, Alain Corneau, Miou-Miou, Claude Sautet, Sotha, etc.
Documentaire de 52 minutes, assemblant des documents rares et inédits, notamment la dernière interview filmée de l’acteur, trois jours avant son suicide, avec les commentaires drôles et émouvants d’Yves Boisset, Vincent Cassel, Jean-Paul Rouve, Jean-Jacques Annaud, Sotha, Serge Rousseau (son agent), Lola Dewaere (sa deuxième fille), Ariel Besse, Bertrand Blier, Alain Jessua et Jean-Marc Loubier (son biographe).
Long-métrage contenant une séquence où le héros interprété par Gael Garcia Bernal se métamorphose en Patrick Dewaere[118] et rejoue plusieurs scènes majeures du film Série noire (film, 1979). Le titre de la bande musicale originale accompagnant cette séquence s'intitule Rêve Patrick Dewaere[119].
Parallèlement à la sortie de son livre-album Patrick Dewaere, la douleur de vivre (Albin Michel), Bertrand Tessier réalise Patrick Dewaere, le dernier jour, diffusé sur France 2 dans l’émission de Laurent Delahousse Un jour, une heure. Ce documentaire retrace les dernières heures de Patrick Dewaere avec des images de Claude Lelouch tournées le matin même de sa mort et les témoignages de proches Bertrand Blier, Yves Boisset, Claude Lelouch, Mado Maurin, Jean-François Vlérick, Sotha et Jean-Marc Loubier, son biographe.

Divers[modifier | modifier le code]

  • 1982 : Ami de Dewaere, Murray Head signe la chanson Shades of the Prison House dans l'album Shades et qui sera reprise comme bande originale du film Patrick Dewaere, réalisé par Marc Esposito en 1992[120]
  • 1983 : Louis Chedid évoque le souvenir de l'acteur dans sa chanson Les absents ont toujours tort. La même année, Catherine Lara lui rend également hommage, avec le titre T'es pas drôle.
  • En septembre 1995, une unité de soins pour jeunes adultes suicidaires prend son nom, au Centre hospitalier spécialisé de Lierneux (Belgique)[121].
  • 1996 : dans la chanson Nirvana de l'album Premières Consultations, Doc Gynéco écrit : « J’vais me foutre en l’air comme Patrick Dewaere »
  • 2002 : Renaud évoque Dewaere dans sa chanson Mon bistrot préféré sur l’album Boucan d’enfer.
  • 2005 : Raphaël lui rend hommage avec sa Chanson pour Patrick Dewaere sur l'album Caravane.
  • Le 22 décembre 2009, l’esplanade du théâtre de Verdure située dans le parc des Promenades de Saint-Brieuc, sa ville natale, est baptisée esplanade Patrick-Dewaere[122],[123],[124]
  • 17 juillet 2012 : Sélection photographique consacré à Patrick Dewaere à l'occasion des 30 ans de sa mort, publié par le quotidien 20 Minutes et réalisé par Gaëlle Labarthe[125]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Penso, Patrick Dewaere, Paris, éditions PAC, coll. « Tête d'affiches »,‎ 1981
  • Mado Maurin, Parce que c'est vrai !, Paris, éditions MAME, coll. « Raisons de vivre »,‎ 1984
  • Christian Dureau, Patrick Dewaere, Paris, PAC, coll. « Ciné-Poche »,‎ 1985
  • Véronique Lesueur, Patrick Dewaere, Paris, Presses de la Cité,‎ 1992
  • Mado Maurin, Patrick Dewaere, mon fils, cet inconnu, Paris, MAME,‎ 1993
  • Jean-Marc Loubier, Patrick Dewaere, la frayeur de vivre, Paris, Michel Lafon,‎ 6 juin 2002, 326 p. (ISBN 978-2840988311)
  • Mado Maurin, Patrick Dewaere, mon fils : La Vérité, Paris, Le Cherche midi,‎ novembre 2006, 295 p. (ISBN 978-2749105314)
    Accompagné d'un CD audio avec 8 chansons inédites, écrites et interprétées par Patrick Dewaere.
  • Bertrand Tessier, Patrick Dewaere : La Douleur de vivre, Paris, Albin Michel,‎ 3 janvier 2007, 96 p. (ISBN 978-2226152145)
    Livre-album avec des photos de films et des photos personnelles inédites. Préface inédite et manuscrite de Bertrand Blier.
  • Stéphane Million (dir.), Bordel no 6 , éd. Scali, 25 janvier 2007, Paris, p. 272, (ISBN 978-2-35012-085-0), numéro spécial en hommage à Patrick Dewaere dans lequel 22 écrivains et artistes parmi lesquels Jean Tulard, Bernie Bonvoisin, Jean-Paul Rouve, Jérôme Attal, donnent leur vision romanesque de l’artiste.
  • Rémi Fontanel, Patrick Dewaere, le funambule, Paris, Scope Éditions,‎ novembre 2010, 122 p.
  • Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, Paris, Balland,‎ juin 2012, 250 p. (présentation en ligne)

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Environ un tiers des films dans lesquels Patrick Dewaere est apparu comme acteur sont édités en vidéo.

Un coffret hommage comprenant dix longs-métrages et le documentaire de Bertrand Tessier, Patrick Dewaere, le dernier jour, a été plusieurs fois annoncé par l’éditeur StudioCanal, puis retardé. Après divers problèmes de production et de droits, le coffret est édité en octobre 2007.

De même, le film Plein sud aurait dû être édité le 17 octobre 2007 (chez Gaumont Tristar) mais, pour des raisons de distribution (Gaumont Vidéo), sa sortie a plusieurs fois été repoussée[N 20]. Il sort finalement le 4 octobre 2010 mais dans une copie non restaurée[126].

Toutefois à ce jour, plusieurs films où il tient un rôle important n’ont jamais été édités en DVD : Le Juge Fayard dit Le Shériff et La Clé sur la porte d'Yves Boisset, Paco l'infaillible de Didier Haudepin, Catherine et Compagnie de Michel Boisrond, Au long de rivière Fango de Sotha… Également introuvable en vidéo, le film documentaire de Marc Esposito intitulé Patrick Dewaere, sorti en 1992. Sur son blog officiel, Marc Esposito précise que son film n'a jamais été édité ni en VHS, ni en DVD et qu'il est très peu probable qu'il le soit un jour[127]. Pressés de présenter le film au Festival de Cannes 1992, les producteurs n'ont en effet pas négocié les droits vidéo. Il est toutefois parfois diffusé à la télévision sur les chaînes thématiques. Certains films enfin existent uniquement en version italienne ou sont disponibles en VHS d’occasion.

Enfin, il est impossible de trouver deux films dans lesquels il est crédité sous le nom de Patrick Maurin, durant son enfance : La Route joyeuse et surtout Je reviendrai à Kandara, dans lequel il tient un rôle important.

Côté télévision, à part L'Abonné de la ligne U et Jean de la Tour Miracle sortis respectivement en 2008 et 2009, les productions de l’ORTF dans lesquels Dewaere a joué un premier rôle, sont longtemps restés inédites en DVD. Il reste cependant possible de visionner certains feuilletons, dramatiques et téléfilms via les archives en ligne de l’Institut national de l'audiovisuel.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Nom figurant sur l’extrait de naissance no 117-1947 de l’état-civil de Saint-Brieuc. Bourdeaux est le nom d’épouse de Mado Maurin, bien qu’à l’époque elle soit déjà séparée de son mari. Le patronyme du père officiel, Pierre-Marie Bourdeaux est également publié par Mado Maurin dans Patrick Dewaere mon fils, ma vérité (Le Cherche midi, 2006), page 18
  2. Premier époux de Mado Maurin et père de ses deux premiers enfants Jean-Pierre et Yves-Marie ; son second époux, Georges Collignon, est le père de Dominique, Jean-François et Marie-Véronique
  3. Le terme « de vaere » signifie en flamand « le vrai »
  4. Générique de fin des Hauts de Hurlevent réalisé par Jean-Paul Carrère (de h 51 min 42 s à h 51 min 47 s).
  5. Reproduction d'un autographe de Patricke Dewaere datant de 1968 dans Mado Maurin, Patricke Dewaere, mon fils, la vérité, op. cit., p. 126.
  6. Âge de la majorité légale en France jusqu'en juillet 1974.
  7. Aux côtés notamment de Rosy Varte (voix française d’Anne Bancroft).
  8. Ils auront ensemble une fille, Jeanne, en 1978.
  9. Nom d’épouse figurant sur l’acte de décès de l’acteur, no 208-1982 de l’état-civil de la mairie du 14e arrondissement de Paris.
  10. Le 16 octobre 1980).
  11. Comme le révèlent le film de Marc Esposito et la biographie de Jean-Marc Loubier, la presse refuse de citer son nom alors qu'il interprète le rôle-titre d’Un mauvais fils, ou ne publie que ses initiales avec une connotation se voulant insultante : « P. D. ».
  12. 4,5 millions d'euros, une somme colossale pour 1980.
  13. . À noter que, l'espace d'une scène, Mado Maurin partage l'un des rares moments à l'écran avec son fils.
  14. Il a notamment travaillé des heures au piano pour être synchrone avec la bande sonore du film alors que, musicien autodidacte, il ne sait pas lire une partition comme il le confie à Pierre Bouteiller sur France Inter.
  15. Romain Bouteille avait initialement prévu de créer ce théâtre pour les amis avec lesquels il avait travaillé précédemment au cabaret : Rufus, Victor Lanoux, Jacques Higelin et Jean-Pierre Sentier. Mais au bout de huit mois de travaux, Rufus proposa que ce soit ceux qui avaient mis la main à la pâte qui constituent la troupe du Café de la Gare.
  16. Également crédité comme cocompositeur de la musique.
  17. Selon les déclarations de Claude Lelouch, Bertrand Blier et Yves Boisset dans le film de Marc Esposito et les biographies de Jean-Marc Loubier et Christophe Carrière.
  18. La face B du 45 tours, Let My Name Be Sorrow, paroles et musique de Bernard Estardy et Martine Habib, est interprétée par Françoise Hardy seule.
  19. Ce prix existe depuis 1980 et son organisation est totalement indépendante de celle des Césars.
  20. À noter que le même distributeur a produit un film homonyme de Sébastien Lifshitz, sorti en salles le 30 décembre 2009.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Acte officiel de décès de Patrick Dewaere né Bourdeaux, no 2081 du 16 juillet 1982, État civil de la mairie de Paris, 14e arrondissement.
  2. « Je trouvais que Patrick Dewaere était le meilleur de la génération précédente ». Marcel Carné dans « Marcel Carné, le visiteur du soir »,L’Événement du jeudi, 19 octobre 1989.
  3. Bordel no 6 « Spécial Dewaere », éditions Scali, 25 janvier 2007.
  4. Bertrand Tessier, Patrick Dewaere, la douleur de vivre, éd. Albin Michel, 2007.
  5. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 21.
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z et aa Mado Maurin, Patrick Dewaere, mon fils : La Vérité, Le Cherche midi, 2006.
  7. « CV de stars : Francis Huster », VSD, 24 juin 2008
  8. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, Balland, juin 2012, 250 p.
  9. Interview de Christophe Carrière sur Europe 1 en juin 2012.
  10. Fiche de la pièce radiophonique Tous ceux qui tombent sur le site de l'INA
  11. Entretien avec Roger Blin au sujet de Beckett à la télévision, le 2 février 1968, sur le site de l'INA.
  12. Entretien avec une professeur à la faculté des sciences de Paris, l'adolescent découvre la luminescence et l'affichage électronique pour la chaîne nationale française (ORTF), le 17 août 1961, sur le site de l'INA.
  13. Article dans un quotidien de Casablanca, 25 janvier 1958, sur le site du biographe Jean-Marie Loubier.
  14. Jean Schlumberger, Les Yeux de dix-huit ans sur le site des éditions Gallimard.
  15. Mado Maurin, Patrick Dewaere, mon fils : La Vérité, op. cit., p. 116.
  16. « Itinéraire d'un enfant gâté, Jean-Paul Belmondo s'offre un album pour ses 40 ans de carrière », Le Soir, 24 avril 1996.
  17. Devenu depuis l'Atelier-théâtre Frédéric-Jacquot.
  18. Extrait sur le site de l'INA.
  19. Alexandre Moix, Patrick Dewaere, l’enfant du siècle, documentaire, 2003
  20. Cité par Christophe Carrière dans Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 29.
  21. a et b Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 30.
  22. Résumé biographique de Pierre Arditi.
  23. Selon Sotha citée par Christophe Carrière dans Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 32.
  24. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 34.
  25. Sandro Cassati, Coluche, du rire aux larmes, éditions City, 2011, p. 41.
  26. a et b Star Fan no 9, spécial Coluche, novembre 2011, p. 25
  27. Christine Haydar dans Bordel no 6 « Spécial Dewaere », éditions Scali, 25 janvier 2007.
  28. Christine Haydar, Le blog d'une petite môme de Pigalle, 21 janvier 2013.
  29. Sandro Cassati, Coluche, du rire aux larmes, op. cit., p. 43.
  30. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 36.
  31. a et b Interview de Dewaere dans Cinéscope (1976) dans La Télé de A à Z Spéciale « Vive le Théâtre » (no 42), sur le site de la RTBF.
  32. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 31.
  33. Christian Laborde « Renaud : Biographie », Le Figaro, 17/10/2008.
  34. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. .
  35. Charles Joyon, « Du café au théâtre : Voyage avec les baladins des petites scènes », L'Harmattan, 2004, p. 71.
  36. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 41.
  37. a et b Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 44.
  38. a, b et c Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 67.
  39. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 82.
  40. a et b Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 87.
  41. [1] Petit rôle dans l'émission humoristique de Pierre Dac, diffusée à la télévision, le 16 décembre 1972, sur le site de l'INA.
  42. a et b Charles Joyon, « Du café au théâtre : Voyage avec les baladins des petites scènes », op. cit., p. 75.
  43. a, b, c et d [2] Classement au box office de tous les longs-métrages avec Patrick Dewaere.
  44. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 53.
  45. a, b et c Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. ?.
  46. DVD du film Lily aime-moi sur le site consacré à Jean-Michel Folon.
  47. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 69.
  48. Sandro Cassati, Coluche, du rire aux larmes, op. cit., p. 99.
  49. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 105.
  50. Léo Bonneville, « Rencontre avec Claude Miller », Séquences, la revue de cinéma, no 124,‎ avril 1986, p. 22-27 (lire en ligne)
  51. « Claude Miller est mort : sa filmographie en images » sur le site de L'Express, le 1er août 2011
  52. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 85.
  53. Patrick Dewaere et Catherine Anouilh au Festival de Deauville en septembre 1977 sur le site Tipsimages.it.
  54. Patrick Dewaere et Catherine Anouilh au Bal des légendes, , Le Palace, 13 avril 1978 sur le site Tipsimages.it.
  55. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 180.
  56. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 79.
  57. Interview de Miou-Miou dans le magazine Elle no 1873 du 30 novembre 1981.
  58. a et b Témoignage de Jean-Michel Folon dans le documentaire d’Alexandre Moix, La Ballade de Fairbanks (2004), inclus dans le DVD de F… comme Fairbanks.
  59. Fiche du documentaire sur IMDb.
  60. a et b « Miou-Miou et Dewaere », JT de 13h, TF1, 16 février 1976, sur le site de l'INA.
  61. « Entretien avec Patrick Dewaere », Inter Actualités, France Inter, 1er mars 1976, sur le site de l'INA.
  62. Restez donc avec nous le lundi, TF1 24 mai 1976, sur le site de l'INA.
  63. [3] Classement au box-office de tous les longs-métrages avec Patrick Dewaere.
  64. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 114.
  65. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 119.
  66. Éric Neuhoff, « Patrick Dewaere le survolté », Le Figaro, 18 juillet 2012.
  67. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 122.
  68. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., pp. 127-128.
  69. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 136.
  70. Charles Joyon, « Du café au théâtre : Voyage avec les baladins des petites scènes », op. cit., p. 550.
  71. a et b Propos de Jean-Jacques Annaud dans le commentaire audio du DVD de Coup de tête, sorti en 2004.
  72. « Nuit des oscars à Hollywood », Inter Actualités, 10 avril 1979, sur le site de l'INA.
  73. Entretien avec Patrick Dewaere, La Vie no 3037, 13 novembre 2003
  74. « Présentation du film Série noire au festival de Cannes », JT de la nuit, TF1, 15 mai 1979, sur le site de l'INA.
  75. a et b Ciné regards, FR3, 27 mai 1979. Cité dans la revue Généalogies de l'acteur au cinéma : Echos, influences, migrations no 27, L'Harmattan, 2011, p. 97.
  76. Gérard Lefort, « Le suicide de Patrick Dewaere», Libération, 17 juillet 1982
  77. Gérard Lefort, « Le cinéaste Alain Corneau est mort », Libération, 30 août 2010
  78. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 158.
  79. « Deguelt scénariste », Paris Match no 1574, 27 juillet 1979, p. 121.
  80. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 166.
  81. a, b et c Interview de Dewaere par Fabienne Vende Meerssche, Le Monde du cinéma, RTBF, 1980, sur le site sonuma.be.
  82. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 185-186 .
  83. Fiche de Gérard Lauzier sur le site de la Cinémathèque française.
  84. Charles Joyon, « Du café au théâtre : Voyage avec les baladins des petites scènes », op. cit., p. 574-575.
  85. Bernard Ales, « Toute la vérité sur la mort de Patrick Dewaere », Ciné Revue no 47, 18 novembre 1982, p. 10.
  86. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 192.
  87. a et b Le Courrier de l'Ouest, édition Angers, 14 juillet 2012, p. 2.
  88. « Archive Ina de la semaine : Le Tribunal des flagrants délires avec Patrick Dewaere » sur le site de Télérama, 13 juillet 2012.
  89. Entretien avec Michel Drucker dans le JT de la nuit sur TF1, le 29 avril 1981, sur le site de l'INA.
  90. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 208.
  91. Inter actualités, France Inter, 5 décembre 1981, sur le site de l'INA.
  92. « Les bonheurs de Sophie Marceau: deux films, 15 millions d’admirateurs et la gloire à 16 ans », France-Soir no 11990, 5 mars 1983.
  93. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 201.
  94. Journal de 13h d'Yves Mourousi, TF1, 21 août 1981, sur le site de l'INA.
  95. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n « Gros Plan : Patrick Dewaere », RTS, 23 novembre 1981, sur le site des archives de la RTS
  96. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 230.
  97. Interview de Serge Gainsbourg par le journaliste Jef Tombeur, le 29 juillet 1989.
  98. Marie-Élisabeth Rouchy, Les dessous de l'Été meurtrier », Le Nouvel Observateur, août 2010.
  99. Interview de Jean Becker dans l'édition DVD du film sortie en 2010.
  100. « Les gens : Annie Girardot lance deux défis, à l'amour et à son métier », Paris Match no 1709, 26 février 1982.
  101. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 220.
  102. a, b et c Bertrand Tessier, Patrick Dewaere, le dernier jour, diffusé sur France 2 dans l’émission de Laurent Delahousse, Un jour, un destin en 2007.
  103. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 227.
  104. Christophe Carrière, Patrick Dewaere : Une vie, op. cit., p. 229.
  105. Interview télévisée de l'acteur par le journaliste Michel Jasmin, sur le site 7e Art (3 parties)
  106. « Patrick Dewaere : Itinéraire d'un acteur déjanté », L'Humanité, 3 novembre 2007.
  107. « Lola Dewaere : je suis le portrait de mon père », Paris Match, le 26 juillet 2010.
  108. Mado Maurin, Patrick Dewaere, mon fils : La Vérité, op. cit., p. 101.
  109. « La vie secrète de Patrick Dewaere. Des obsèques d'une émouvante simplicité. », Ciné Revue no 31, 2 août 1982.
  110. Mado Maurin, Patrick Dewaere, mon fils : La Vérité, op. cit., p. 222.
  111. Frank Tenaille, Coluche, même pas mort, éditions no 1, 17 mai 2007, p. 27.
  112. Sandro Cassati, Coluche, du rire aux larmes, op. cit., p. 211.
  113. Site de la commune de Saint-Lambert-du-Lattay.
  114. Frank Tenaille, Coluche, même pas mort, éditions no 1, 2006, p. 115.
  115. « Discographie », sur dewaere.online.fr,‎ 22 janvier 2010
  116. Reynald Dal Barco, « César 2012 : un peu d'histoire avant la grand-messe de demain ! », Cinemovies.fr, 23 février 2012.
  117. « Préparez vos mouchoirs : Secrets de tournage » sur le site allocine.fr, le 3 décembre 2010
  118. Interview de Gael Garcia Bernal sur ecranlarge.com.
  119. BO sur Amazon.fr.
  120. Paroles originales de la chanson sur le site officiel de Murray Head
  121. La Dernière Heure (Belgique), 18 novembre 2003
  122. Dépêche AFP sur le site du Point.
  123. Article de Ouest-France sur le site saint-brieuc.maville.com.
  124. Vidéo de l'inauguration sur le site Le Télégramme.com.
  125. Gaëlle Labarthe, Portfolio sur le site de 20 minutes.
  126. Plein sud sur le site de la Gaumont, consulté le 17 octobre 2010. Une fiche détaillée est accessible par le lien DVD Blu-Ray de l'éditeur.
  127. Marc Esposito répond aux demandes concernant la sortie en vidéo de son documentaire sur son blog officiel, le 21 juillet 2006.

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