Jacques Mesrine

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Jacques Mesrine

alt=Description de l'image Jacques Mesrine (photo Paris Match).jpeg.
Nom de naissance Jacques René Mesrine
Alias
L'ennemi public n° 1
L'homme aux mille visages
Le Robin des Bois français
Le Grand
Jack Mess
Naissance 28 décembre 1936
Clichy-la-Garenne
Décès 2 novembre 1979 (à 42 ans)
Porte de Clignancourt, Paris
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession Représentant en tissus, militaire, maquettiste, restaurateur et aubergiste.
Formation
Formation de parachutiste-commando à l'armée
Famille
Trois enfants : Sabrina, Boris et Bruno Mesrine

Jacques René Mesrine [meʀin, mɛsʀin][Note 1], né le 28 décembre 1936 à Clichy-La-Garenne et mort à 42 ans le 2 novembre 1979 à la porte de Clignancourt à Paris, est un criminel français ayant opéré principalement en France mais aussi au Québec, en Espagne et une fois en Suisse, en Italie et en Belgique à Bruxelles. Il est surnommé « L'homme aux mille visages » ou, de son propre aveu, « le Robin des Bois français ». Par ailleurs, il se donnera lui-même le surnom de « Le Grand ». Déclaré « ennemi public numéro un » au début des années 1970, il est notamment connu, en France, pour des braquages médiatisés et pour ses évasions.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

Jacques Mesrine est issu d'une famille bourgeoise, il est le fils d'André Mesrine (1908-1973) et de Monique Mesrine, commerçants aisés du textile. C'est à Clichy-La-Garenne (au 3[1] ou au 5 de l'avenue Anatole-France) qu'il grandit et qu'il se met à fréquenter le quartier populaire de Pigalle à Paris. Ses parents ont pourtant des projets pour lui : ils souhaiteraient plus tard le voir intégrer l'école des hautes études commerciales (HEC)[réf. nécessaire], mais il n'aime pas l'école. Il effectue une partie de sa scolarité au collège libre de Juilly, tenu par les oratoriens. Il en est renvoyé à cause de violences exercées envers le proviseur. Il devient alors représentant en tissus. À Juilly, il avait comme camarade Jean-Jacques Debout[2].

Brièvement marié de juillet 1955 à 1956 avec Lydia de Souza, alors qu'il n'a que dix-neuf ans, Jacques Mesrine s'engage dans la guerre d'Algérie comme militaire du rang, dans une unité chargée du matériel. C'est durant celle-ci qu'il prend un pistolet .45 ACP et le rapporte en France. Il l'aura constamment sur lui. Jacques René Mesrine sera décoré de la croix de la Valeur militaire. Il revient en France en mars 1959, après avoir reçu un certificat de bonne conduite de la part de la 626e compagnie. D'après ses proches, l'expérience de l'Algérie l'a profondément marqué ; selon ses dires, il aura été plusieurs fois de « corvée de bois » (exécution sommaire de prisonniers algériens en dehors des enceintes militaires), ce qui a été contredit unanimement par ses camarades d'unité. En outre, Mesrine a souvent laissé entendre qu'il avait été membre de l'OAS en 1961[3],[4], ce qui paraît invraisemblable, mais ce dont les autorités françaises l'ont soupçonné suite à son arrestation de 1965 à Palma de Majorque, en flagrant délit de cambriolage de la villa du gouverneur militaire.

Premiers crimes en France[modifier | modifier le code]

Il participe à de nombreux cambriolages dès l'âge de vingt-trois ans. Le 4 novembre 1961, il a un enfant (une fille qui s'appellera Sabrina) avec Maria de la Soledad qu'il a rencontrée lors de vacances en Espagne, à Tossa de Mar[5]. Il ne se mariera qu'une seule fois. C'est à cette époque qu'il est arrêté et condamné pour la première fois à payer une amende pour port d'armes prohibées.

Le 17 janvier 1962, il est arrêté au Neubourg, à côté de Louviers, où ses parents avaient une maison de campagne, alors qu'il tentait, avec trois complices, de braquer le Crédit agricole. Il est condamné, pour la première fois, à dix-huit mois de prison en mars 1962. Il passera son temps d'incarcération dans les prisons d'Évreux, puis d'Orléans. Il est relâché en 1963. Il souhaite alors quitter la vie criminelle et trouve un emploi dans une entreprise d'architecture d'intérieur. Mais il perd son travail suite au chômage technique de celle-ci et redevient criminel. Entre 1961 et 1962, il réside au 31 de la rue Boinod, dans le 18e arrondissement[5].

Îles Canaries, Québec et Venezuela[modifier | modifier le code]

Le 2 décembre 1965, il est arrêté à Palma de Majorque en train de voler des documents politiques dans le bureau du gouverneur militaire. La police locale le soupçonne de travailler pour les services secrets français. Il est condamné à six mois de prison. En octobre 1966, il ouvre un restaurant à Santa Cruz de Tenerife dans les îles Canaries. Parallèlement Jacques Mesrine continue son activité criminelle. En décembre 1966, il attaque une bijouterie à Genève, en Suisse. En mai 1967, il ouvre une auberge à Compiègne, en France. Le 15 novembre 1967, il cambriole un hôtel à Chamonix où il est reconnu. Le 8 décembre, il braque une maison de haute couture parisienne où il est, là aussi, reconnu. Maria de la Soledad le quitte et leurs trois enfants, Sabrina Mesrine (1961), Bruno Mesrine (1964) et Boris Mesrine (1966), sont confiés aux parents de Mesrine.

Le 6 février 1968, il échappe aux policiers et fuit au Canada dans la province de Québec avec Jeanne Schneider, maîtresse rencontrée après son divorce. Cette dernière était une call-girl, dont les souteneurs ont été abattus par Mesrine, selon ses dires, bien qu'aucune trace d'un tel réglement de compte n'apparaisse dans les annales policières de cette période. À cette époque, il n'est recherché que pour escroqueries. En juillet 1968, les deux arrivent à Montréal. Le couple entre au service d'un millionnaire handicapé, Georges Deslauriers, qu'ils enlèvent à l'aide d'un complice français, Michel, rencontré sur place, le 12 janvier 1969, après avoir été renvoyés suite à une dispute, et demandent une rançon de 200 000 USD à son frère, Marcel. Mais Georges Deslauriers réussit à s'échapper. Dès lors, Mesrine a fait de facto son entrée dans le grand banditisme. Le 26 juin 1969, le couple Mesrine-Schneider quitte le motel des Trois Sœurs à Percé où il s'était réfugié et franchit illégalement la frontière des États-Unis. Le 30 juin, le corps étranglé d'Évelyne Le Bouthilier, patronne du motel, est découvert dans sa résidence à Percé. En fuite aux États-Unis, Mesrine est arrêté à Texarkana, dans l'Arkansas, et extradé vers le Québec. À sa sortie d'avion, il fanfaronne devant les journalistes et déclare, reprenant une phrase du général de Gaulle : « Vive le Québec libre ! » Accusé de meurtre et de kidnapping, Mesrine se retrouve à la une des journaux québécois. Il est déclaré ennemi public numéro un. Le 17 août 1969, Mesrine et Schneider s'évadent de la prison de Percé, mais ils sont repris le lendemain. Toujours en août 1969, ils sont condamnés respectivement à dix et à cinq ans de prison pour l'enlèvement et la séquestration de Georges Deslauriers. En janvier 1971, Mesrine et Schneider sont acquittés pour le meurtre d'Évelyne Le Bouthilier. Mais cette accusation d'un meurtre qu'il déclara ne pas avoir commis, malgré un important faisceau de présomptions[6], fut pour Mesrine un des thèmes principaux de son deuxième livre, Coupable d'être innocent, écrit en 1979.

Le 21 août 1972, il s'évade de la prison de Saint-Vincent-de-Paul avec cinq autres détenus dont notamment Jean-Paul Mercier. Alain Normandeau criminologue et directeur d'un projet de réinsertion, le rencontre à trois reprises dans sa cellule en 1972 ; il se souvient : « Jacques Mesrine n'était pas très grand, mais il avait un charisme incroyable. Il séduisait tout le monde, autant par ses propos que par sa prestance. Pour tout dire, il a même convaincu les gardiens de s'élever contre l'administration de la prison. Suivant ses conseils, ils ont organisé une conférence de presse très courue par les médias.»[7],[8]. La prison de Saint-Vincent est alors entourée de deux murets de barbelés et d'un mur de quatre mètres. Dans les miradors, nuit et jour chaque sentinelle fait le guet, sept jours par semaine. Les cellules sont alors éclairées en permanence et le plafond constitué de grillages sur lequel les gardiens font des rondes. À l'époque il y avait 65 gardiens pour 62 détenus. Le 21 août 1972, Mesrine (qui a repéré que les rondes sont moins fréquentes le week-end et qui s'est procuré limes, outils et une échelle de peintre) s'évade avec Jean-Paul Mercier, André Ouellet, Pierre Vincent et Robert Imbault en cisaillant les grillages de la cour de promenade (Jocelyne Deraiche est accusée d'avoir aidé à l'évasion de Mesrine et condamnée à 23 mois de prison). Leurs cavales sont émaillées de nombreux méfaits. Le 26 août, ensemble, ils braquent la caisse populaire de Saint-Bernard de Dorchester, puis, dix minutes plus tard, ils font de même avec celle de Saint-Narcisse de Lotbinière, soit deux le même jour. Leur butin s'élève à 26 000 USD. Le 28 août, ils braquent la Toronto Dominion Bank à Montréal. Ils la braquent à nouveau trois jours plus tard.

Le 3 septembre, ils échouent dans leur tentative de libérer trois prisonniers de la prison de Saint-Vincent-de-Paul, celle où ils se trouvaient prisonniers et ils blessent grièvement deux policiers. Une semaine plus tard, pendant qu'ils s'exercent au tir, Mesrine et Jean-Paul Mercier tuent deux garde-chasses, près de Saint-Louis-de-Blandford au Québec. En octobre, après d'autres braquages à Montréal, ils effectuent un court passage à New York, au palace du Waldorf-Astoria. Puis, d'octobre à novembre 1972, Mesrine fuit au Venezuela avec Jean-Paul Mercier et leurs deux maîtresses. Plus tard, Mercier les quittera pour revenir au Québec. Jean-Paul Mercier sera tué d'une balle dans la tête par la police canadienne lors d'une de ses tentatives de casse deux ans plus tard. Quant à Jeanne Schneider, elle finira sa peine en France à la prison de Fleury-Mérogis. À sa sortie, elle restera en France.

Retour en France[modifier | modifier le code]

Il retourne en France en décembre, où il commet le braquage de la paie d'une usine de Gisors pour un montant de 320 000 francs et d'une caissière retirant 280 000 francs d'une banque. Le 5 mars 1973, lors d'une altercation avec une caissière d'un café-bar, Mesrine brandit un revolver. Un policier tente d'intervenir et se voit grièvement blessé. Trois jours plus tard, Mesrine est arrêté à Boulogne-Billancourt. En mai, il est condamné en France à 20 ans de prison. Le 6 juin, il doit comparaître pour une petite affaire de chèques sans provisions mais il s'évade du tribunal de Compiègne en prenant en otage le président du tribunal, grâce à une arme dissimulée dans les toilettes par Michel Ardouin dit « le Porte-Avions » et Alain Caillol, un des ravisseurs du baron Empain avec lequel Mesrine est monté sur des braquages[9]. Le 21 juin, il attaque à main armée l'imprimerie Lang pour s'emparer de la paie des employés, rue Curial dans le 19e arrondissement de Paris, soit environ 300 000 francs. Petit intermède dans sa folle activité, il s'offre quelques vacances de juillet à août dans une station balnéaire de la côte normande, Trouville. Mais début août, il reprend ses activités en s'attaquant au Crédit lyonnais de l'avenue Bosquet dans le 7e arrondissement de Paris. Après ce coup retentissant, il se tient tranquille deux mois. Mais le 27 septembre, il braque deux banques coup sur coup.

Il est arrêté par le commissaire Robert Broussard une première fois le 28 septembre 1973, à son appartement rue Vergniaud dans le 13e arrondissement de Paris. Cette arrestation reste célèbre pour la théâtralisation faite par le truand, qui après des heures de négociation à travers la porte, finit par ouvrir la porte, cigare aux lèvres, aux policiers et offrit le champagne au commissaire Robert Broussard. Mesrine plaisante avec celui-ci: « Tu ne trouves pas que c'est une arrestation qui a de la gueule ? ». Une fois en prison, Mesrine se lie avec un compagnon de cellule, Jean-Charles Willoquet, qui organise en intérieur une évasion montée à l’extérieur par Martine, son amie. Celui-ci s'échappe sans faire profiter Mesrine de cette évasion. Une fois dehors, il lui promet de l'aider à sortir. Il prend du retard, mène Mesrine en bateau et finit par se faire reprendre le premier décembre 1975, ce qui lui vaudra des critiques de Mesrine qui le trouve redoutable les armes à la main, mais inorganisé et irréfléchi. Comprenant qu'il se passera probablement des années avant qu'une autre occasion d'évasion se présente, il décide d'écrire son autobiographie L'Instinct de mort, qui paraît en février 1977. Dans ce livre, il déclare avoir tué trente-neuf personnes. À ce sujet, un criminologue, René Reouven, commente : « Il y a chez Mesrine un petit tueur qui se voudrait grand et si l'on peut comptabiliser les crimes qu'il a commis, on ne saurait en faire autant pour ceux qu'il revendique ». En effet, les affaires de meurtre revendiquées par Mesrine ne se rapprochent d'aucun crime réel non élucidé. Le 19 mai 1977, Mesrine est condamné à 20 ans de prison pour attaques à main armée, recel et port d'armes par la cour d'assises de Paris présidée par le juge Petit. Durant ce procès, il se produit une anecdote célèbre : il défait le nœud de sa cravate, en sort une petite clé, qu'il proclame être celle de ses menottes procurée par un gardien véreux, puis il la lance aux journalistes présents au tribunal en déclarant prouver ainsi la corruption de la police et de la justice. Il s'avère qu'il s'agissait en fait de la clé servant à ouvrir le cadenas de la télévision de sa cellule. Il est transféré au quartier de haute sécurité de la prison de la Santé. Cette incarcération est à l'origine d'un combat médiatique qu'il entreprend par le biais de la presse afin de faire fermer les quartiers de haute sécurité, qu'il juge dégradants et inhumains[10]. Il parvient à s'évader le 8 mai 1978, à 10 heures du matin, accompagné de François Besse et de Carman Rives. Dans des conditions non encore élucidées, peut-être grâce à des complicités au sein de la prison ou certains de ses visiteurs au parloir, Mesrine parvient à dissimuler des armes dans un parloir, et profite d'un entretien avec l'un de ses avocats pour les saisir et neutraliser ses gardiens en compagnie de François Besse. Revêtant les uniformes de gardiens maîtrisés, ils libérent de façon improvisée un autre détenu, Carman Rives, puis escaladent le mur d'enceinte à l'aide d'une échelle entreposée dans la cour pour des travaux. Ils alors s'évadent de cette prison réputée inviolable, laissant derrière eux Carman Rives, abattu par une patrouille de police qui surprend par hasard l'évasion et ouvre le feu.

Mesrine et Besse dévalisent presque immédiatement une armurerie de Paris pour s'armer. Le 26 mai 1978, ils braquent le casino de Deauville. Ils volent environ 70 000 francs. Le braquage tourne à la fusillade, la police intervenant très rapidement sur les lieux, faisant deux blessés, mais les deux évadés parviennent à fuir en voiture, puis à trouver refuge dans une ferme de Normandie, prenant en otage la famille qui y vit. Deux jours plus tard, une vaste opération est déclenchée pour tenter de retrouver Besse et Mesrine. Plus de 300 gendarmes, ainsi qu'une section du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale assistée de policiers de la brigade antigang, sont déployés pour les rechercher ; en vain. Ils s'enfuient avec la famille de fermiers dans une Peugeot 504 en allant à Paris. Les deux gangsters sont dans le coffre et la famille, dans la voiture. C'est à cette période qu'il se met à écrire son deuxième livre, Coupable d'être innocent, plus politique que le premier, qui paraîtra après sa mort en 1979. Il continue les braquages, comme celui de la Société générale du Raincy le 30 juin 1978, tandis que la police poursuit ses efforts pour le localiser. La police craint le pire. Mesrine nargue les autorités en donnant des entretiens à des journalistes. Ainsi à Paris Match, le 4 août 1978, Isabelle Pelletier reçoit ses déclarations. Il se montre menaçant envers quiconque voudrait tenter de l'arrêter. Il veut abolir les quartiers de haute sécurité (QHS) et va jusqu'à sommer Alain Peyrefitte, ministre de la Justice de l'époque, de fermer les QHS sous peine de menaces. Sa notoriété entraîne une guerre des polices entre Lucien Aimé-Blanc, chef de l'Office central pour la répression du banditisme, et Robert Broussard, chef de l'antigang, pour l'arrêter. En juillet 1978, il rencontre Sylvia Jeanjacquot dans un bar à hôtesses. Il part en Algérie avec elle, puis retourne en France. Il reste caché dans le 18e arrondissement de Paris.

Le 10 novembre 1978, il essaie d'enlever le juge Petit, président de la cour d'assises de Paris à l'époque, qui l'avait condamné à vingt ans de prison en 1977, avec la complicité de Jean-Luc Coupé dit « Nounours ». Il voulait enlever le juge pour se venger de sa condamnation. Le juge n'étant pas chez lui, il prend sa famille en otage, et attend son retour. Mais la famille réussit à prévenir la police, par l'intermédiaire d'une des filles et d'un des fils du juge. Mesrine s'échappa sous le nez de la police grâce à son déguisement mais son complice, Jean-Luc Coupé, est arrêté. En janvier 1979, il accorde un entretien à Libération, déclaré personnage médiatique de l'année pour le journal de gauche. Le 21 juin 1979, il enlève le milliardaire Henri Lelièvre avec la complicité du braqueur Michel Schayewski dit « Le Viking », en se faisant passer pour un membre de l'OLP. Après vingt-huit jours d'enlèvement, il demande une rançon de six millions de francs et demande à Henri Lelièvre de choisir une personne de confiance pour l'apporter. Suite à cet évènement, une unité anti-Mesrine est créée en août 1979. Il dépense l'argent de la rançon en montres et dans des grands magasins, et achète une BMW 528i, la même que celle de la BRI sur laquelle il avait tiré lors de la première tentative de remise de rançon pour Henri Lelièvre. Le 10 septembre 1979, Mesrine et Charlie Bauer tendent un guet-apens dans la forêt d'Halatte (Oise) près de Senlis au journaliste de Minute Jacques Tillier. Après l'avoir emmené dans les profondeurs d'une grotte, Mesrine le torture, le met à nu, le tabasse et le blesse grièvement par trois balles en lui tirant dans la joue (« pour l'empêcher de dire des conneries »), le bras (« pour l'empêcher d'écrire des conneries ») et la jambe (« par simple plaisir », affirmera-t-il plus tard). Il le laisse pour mort. Mesrine reprochait à ce journaliste de l'avoir diffamé en écrivant qu'il n'était pas une personne « réglo » avec ses associés et que c'était un bandit sans honneur, en août 1979. Mesrine a pris en photos l'événement. Tillier arrive à s'en tirer. Il écrit des lettres aux journalistes disant qu'il ne voulait pas le tuer.

Décès et polémique[modifier | modifier le code]

Fin octobre 1979, Emmanuel Farrugia (commandant de police) et Paul Rément (capitaine de police), hommes du commissaire divisionnaire Lucien Aimé-Blanc, chef de l'Office central pour la répression du banditisme (OCRB), repèrent l'appartement de Mesrine rue Belliard, dans le 18e arrondissement de Paris. Ceci est rendu possible par le biais d'un indicateur, donné par Jacques Tillier qui voulait se venger, qui dénonce Charlie Bauer comme complice actif de Mesrine et grâce aux écoutes des coups de téléphone que Charlie Bauer passait à Jacques Mesrine. Maurice Bouvier, alors directeur central de la police judiciaire, saisit la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) du commissaire principal Robert Broussard, territorialement compétente pour procéder à l'arrestation de Jacques Mesrine. Le vendredi 2 novembre 1979 à 15 h 15, Mesrine, au volant de sa voiture avec sa compagne Sylvia Jeanjacquot, est encerclé par les hommes de la BRI, porte de Clignancourt à Paris. Un camion bâché, qui s'est inséré devant son véhicule, dissimule des tireurs qui ouvrent le feu sur lui et sa compagne. Vingt et une balles sont tirées. On retrouvera dix-huit impacts de balles à haute vélocité sur son corps. Il est tué en possession de grenades et d'armes de poing dissimulées à ses pieds. Sa compagne, grièvement blessée, perd un œil dans la fusillade.

La mort de Mesrine est un premier cas de remise en cause de la légitime défense invoquée par la police, car celle-ci aurait ouvert le feu sans sommation. Deux nouveaux témoins ont apporté des éclaircissements en octobre 2008 sur France Inter[11], Guy Peynet, qui était en 1979 le patron du bar Le Terminus, porte de Clignancourt, n’a jamais été entendu sur procès-verbal dans la procédure judiciaire ; il a envoyé une lettre, jointe au dossier. Il affirme que les policiers n’ont pas effectué de sommations avant de tirer sur Mesrine. Tout ce qu’il a entendu, c’est une rafale de coups de feu suivie du cri : « Bouge pas ! T’es fait ! »[11]. Geneviève Adrey ne s’est jamais exprimée publiquement depuis le 2 novembre 1979. Ce jour-là, alors étudiante en musicologie, elle se trouve dans une cabine téléphonique, avec une amie, porte de Clignancourt, à quelques mètres de la voiture de Jacques Mesrine. Elle raconte avoir entendu des rafales de mitraillette ou, en tout cas, des coups de feu très rapprochés, mais en aucun cas des sommations[11]. Les sommations restent toutefois un acte militaire auquel étaient soumis les gendarmes et non les policiers. La légitime défense n'est en aucun cas soumise à l'obligation d'effectuer des sommations. On rappelle toutefois à cette occasion un avertissement que Mesrine avait dit à Broussard : « Quand nous nous rencontrerons à nouveau, ce sera à celui qui tirera le premier »[10]. En outre, les policiers ont témoigné qu'au lieu de se rendre et de lever les mains, il eut un mouvement latéral comme s'il allait se saisir de quelque chose. Après coup, on constatera la présence de deux grenades et de pistolets automatiques dans un sac à ses pieds. Il dit sur une cassette retrouvée par les enquêteurs à destination de sa dernière compagne, Sylvia Jeanjacquot : « Si tu écoutes cette cassette, c'est que je suis dans une cellule dont on ne s'évade pas ».

L'instruction est rouverte en mars 2000. Elle débouche sur un non-lieu, le 14 octobre 2004. Le 6 octobre 2006, la Cour de cassation française a déclaré irrecevable le pourvoi en cassation de la famille Mesrine suite au non-lieu prononcé le 1er décembre 2005 par la chambre d'instruction de la Cour d'Appel de Paris. Jacques Mesrine est enterré au cimetière Nord de Clichy-La-Garenne, la ville qui le vit naître. Sa BMW 528i métallisée (Sylvia Jeanjacquot raconte l’achat dans son livre Ma vie avec Mesrine, éd. Plon 2011) immatriculée 83 CSG 75 est restée avec les scellés de justice vingt-huit ans dans une fourrière à Bonneuil-sur-Marne avant d'être broyée dans une casse d'Athis-Mons le 14 mai 2007.

Médias[modifier | modifier le code]

Divers domaines médiatiques et du divertissement parlent de, ou ont pour thème, Jacques Mesrine.

Cinéma et télévision[modifier | modifier le code]

Documentaire télévision[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

De nombreux artistes marqués par le jusqu'au-boutisme de Jacques Mesrine et par sa haine du système et de la société, lui dédient plusieurs de leurs chansons ou y incluent des allusions à sa vie. Mesrine a également été sacralisé par des membres des mouvements punk et hip-hop français, qui ont vu en lui l'anarchiste exemplaire, l'homme sans concessions.

  • Renaud : Il lui a dédié son album Marche à l'ombre.
  • Trust : Plusieurs chansons de ce groupe français de hard rock font référence à Jacques Mesrine, notamment Le Mitard (1980), dont les paroles sont de Mesrine lui-même, et qui comporte à la fin un enregistrement de la voix du criminel. La chanson Instinct de mort (1980) fait également référence à Mesrine et au désastre humain que représente le système pénitentiaire.
  • Mesrine : Ce groupe de grindcore québécois est allé jusqu'à prendre le nom de Mesrine comme nom de groupe.
  • IAM, Al K-Pote, Fonky Family, Médine dans sa chanson Don't Panik, Sinik, Sefyu, Sniper, Stomy Bugsy, Monsieur R, Seth Gueko, Zed, Mafia K'1 Fry, Les Spécialistes, Youssoupha, tragik, Ideal J dans les morceaux Hardcore et J'ai mal au cœur, ainsi que de nombreux groupes et artistes issus de la scène hip-hop française font également référence au célèbre gangster.
  • Pekatralatak : dans l'album Mort au punk (2001), un morceau s'intitule L'Instinct de mort et fait référence à Mesrine.
  • Les Fatals Picards : citent de nombreuses fois Mesrine : dans La France du Petit Nicolas, Poupée Gonflée, Petit poisson d'élevage ...
  • Bolchoï : dans leur album punk/Oi! sorti en 2004, il est fait référence à Mesrine dans la chanson Silence Armé 1+2.
  • La Souris déglinguée : Dans l'album Mékong, sorti en 2005, une chanson, intitulée Nous sommes tous, parle entre autres de Jacques Mesrine.
  • Jacques Higelin : chanson Lettre à la petite amie de l'ennemi public no 1, sur l'album No man's land.
  • Rohff à écrit une chanson en rapport à lui nommée "Pas de héros", et fait également allusion à lui dans le morceaux Paris.
  • Black Mesrimes Membre du groupe Sexion d'Assaut, son pseudonyme est un jeu de mots entre "rimes" et "Mesrine".
  • Monsieur R : Dans le morceau Ennemi public no 1 sorti en 2005, des extraits d'interviews de Jacques Mesrine sont utilisés avant et après chaque couplet du rappeur.
  • Pierpoljak : Dans sa chanson Je descends le Bar, Pierpoljak y fait une référence.
  • Sinik : fait référence à Jacques Mesrine dans sa chanson "Il faut toujours un drame" sortie en 2006.
  • Brigada Flores Magon : Ce groupe de Oi! dédie la chanson Héros et Martyrs a plusieurs personnes, dont Jacques Mesrine.
  • Mac Tyer : Ne me parle pas de rue fait référence à Jacques Mesrine (« Le suspect numéro 1 a changé depuis Mesrine »).
  • Taktika dans la chanson Qu'est-ce que tu voulais qu'il se passe ? mentionne Jacques Mesrine.
  • Œil Pour Œil Célèbre groupe de Oi! parisien dédie une chanson, Mesrine, à Jacques Mesrine.
  • L'album Mesrine réalisé par White&Spirit sortie en octobre 2008, avec Rohff, Kery James, Seth Gueko, Akhenaton, IAM, X-MEN, TLF, Nessbeal, Tunisiano, Rim-K, Lino (Arsenik), Rockin' Squat et de nombreux autres artistes.
  • Undercover Slut fait référence à Jacques Mesrine dans la chanson Legalize Homicide.
  • Ombre rouge reprend la chanson de Trust écrite par Mesrine Le Mitard (1980).
  • Tunisiano : Dans la bande originale du film L'Instinct de mort, le titre Arrête-moi si tu peux (2008)
  • Mister You : Dans Lettre Au Président, « Pour l'instant j'fume de la weed en pensant à Mesrine vers Clignancourt ».
  • Nessbeal : Amour éternel fait référence à la cassette posthume laissée à sa dernière compagne Sylvia Jeanjacquot.
  • Ideal J : Hardcore (« Hardcore comme ce qu'essaya d'entreprendre Jacques Mesrine ») J'ai mal au cœur (« De les contraindre à nous écouter. De l'atteindre comme Mesrine l'a fait. Et si tu l'fais sois décidé car ils te tueront, N'attendront pas que tu sois décédé mais t'assassineront »).
  • Rockin' Squat : sur l'album Mesrine, sur le morceau Les gangsters ne vivent pas longtemps (feat. Wyme) (« Quand ce n'est pas la guerre des gangs, c'est l'État qui assassine »).
  • Soprano : Tant que Dieu. Dans cette chanson, le rappeur français fait référence à « la poésie de Mesrine ». « Bing Bang, demande à Jacques Mesrine ».
  • Tristan-Edern Vaquette : dans Manifeste, « Quant à choisir Mesrine ou Cyrano, je prends Lacenaire, assassin mégalo ».
  • Olivier Béranger : dans On a tiré sur Jacques Mesrine.
  • 113 : dans la chanson Marginal « On peut pas tenir en laisse Marginal, unis comme Francois Besse et Jack Mess ».
  • Fabe : dans sa chanson L'emmerdeur public no 1, Fabe fait référence au statut qu'avait Mesrine à l'époque.
  • Despo Rutti : Dans L'Avocat Du Diable.
  • Ol Kainry : Dans Questions universelles « Pourquoi quand mon cœur devient noir je suis prêt a braquer comme Mesrine ? ».
  • Mokless : Dans Le temps d'une balle, il raconte l'histoire de Mesrine.
  • Areno Jaz (1995) : Dans le titre " Laisser une empreinte ", il chante : « Tant de soirs pour moi dans le noir à taguer mes rimes / Des poulets s'mettent à débouler, comme pour alpaguer Mesrine ».
  • Lacrim : Dans sa chanson Prêt de l'album Faites entrer Lacrim on entend des citations de Mesrine.
  • Kaaris : Dans sa chanson "Plus rien" de l'album "Or Noir" c'est la dernière phrase de son second couplet, on l'entend dire « C'est pas Messrine, C'est Mesrine » faisant allusion à son nom de famille qu'il voulait qu'on le prononce "Mérine" et non "Messrine".

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Jacques Mesrine[modifier | modifier le code]

  • 1977 : L'Instinct de mort, Jean-Claude Lattès, rééd. Champ Libre, 1984
    En 1984, Gérard Lebovici, fasciné par le caractère libertaire de Jacques Mesrine, décide de rééditer L'Instinct de mort. Parallèlement, il prend sous sa coupe sa fille, Sabrina Mesrine, et lui offre sa protection. Le livre sort doté d'une préface de Gérard Lebovici dans laquelle il fustige la nouvelle loi qui confisque à jamais les droits d'auteurs des personnes ayant publié un récit des crimes pour lesquels elles sont détenues, ainsi que l'attitude du précédent éditeur de Mesrine, Jean-Claude Lattès. Lebovici affirme dans sa préface que Mesrine était devenu pour les Français de l'époque le parfait symbole de la liberté et affirme le « redoutable honneur » que représente pour Champ Libre le fait d'être l'éditeur de Mesrine. Gérard Lebovici sera assassiné peu de temps après dans un guet-apens resté mystérieux.
  • 1979 : Coupable d'être innocent, Stanké

Autres auteurs[modifier | modifier le code]

  • Jocelyne Deraîche, J'ai tant aimé Mesrine, Stanké, 1979
  • Jeanne Schneider, Je n'ai pas le droit à l'oubli - il était une fois Janou et Jacques Mesrine, Hachette Littérature, 1980
  • Guy Adamik, Mesrine, la dernière cavale, Flammarion, 1984 (réédité en 2008)
  • Faisant allusion à l'assassinat de Jacques Mesrine, Roger Langlais et Bernard Pécheur intitulent leur présentation du numéro 7 de L'Assommoir « Le poison des prochaines années » (1985).
  • Sylvia Jeanjacquot, L'instinct de vie, 18 mois de cavale avec Mesrine, Flammarion, 1988
  • Charlie Bauer, Fractures d'une vie, éditions du Seuil, 1990
  • Commissaire Broussard, Mémoires. Éditions Plon, 1997
  • Lucien Aimé-Blanc et Jean-Michel Caradec'h, La chasse à l'homme. La vérité sur la mort de Jacques Mesrine, Éditions Plon, 2002
  • Emmanuel Farrugia, Code TL 825, Éditions DIE, 2003 (Inspecteur divisionnaire à l'OCRB qui débusqua Mesrine.)
  • Jacques Nain, Mesrine, ennemi public numéro 1 : Pour rétablir la vérité, France Europe Éditions, 2006 (ISBN 2848251263)[12]
  • Mathieu Delahousse, François Besse, la métamorphose d'un lieutenant de Mesrine, Flammarion, 2006
  • Jean-Marc Simon, Jacques Mesrine dit le Grand, biographie en deux volumes, Jacob-Duvernet, 2008
  • Jean-Emile Néaumet, Philippe Randa, Mesrine l'indompté, Dualpha, 2008 (ISBN 978-2353740734)
  • Michel Laentz, Dossier Mesrine, City Éditions, 2008 (ISBN 978-2352881827)
  • Michel Ardouin, Mesrine, mon associé, Les éditions du Toucan, 2008 (ISBN 978-2810001507)
  • Martine Malinbaum, Mesrine intime, Le Rocher, 2008
  • Mesrine, Fragments d'un mythe, Philippe Roizès & Anne-Claire Préfol, Flammarion, 2009
  • Alèssi Dell'Umbria, R.I.P. Jacques Mesrine, édition bilingue français-espagnol, Pepitas de Calabaza, 2011 (ISBN 978-84-939437-1-4)
  • Clément Fortin, Mesrine Le Tueur de Percé - Une Fraude Judiciaire, Wilson & Lafleur, Montréal 2012 http://fortinclement.blogspot.com

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lui-même prononçait son nom Mérine, mais les médias français ont popularisé la prononciation du « s », soit Mèsserine.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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