Golem

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Golem (homonymie).
Shalom2.svg Cette page contient des caractères hébreux. En cas de problème, consultez Aide:Unicode ou testez votre navigateur.

Golem

Description de cette image, également commentée ci-après

Représentation d'un Golem, par Philippe Semeria, portant sur son front les consonnes du mot « golem ».

Créature

Nom hébreu גולם (cocon, fou ou stupide)
Groupe Créature de religions
(Judaïsme, Christianisme, Islam)
Sous-groupe Catégorie:Créature artificielle
Proches Homoncule

Origines

Région Moyen-Orient
Première mention Talmud

Le Golem (hébreu : גולם « embryon », « informe » ou « inachevé ») est, dans la mystique puis la mythologie juive, un être artificiel, généralement humanoïde, fait d’argile, incapable de parole et dépourvu de libre-arbitre façonné afin d’assister ou défendre son créateur.

Déjà mentionné dans la littérature talmudique, il acquiert une popularité considérable dans le folklore juif d’Europe Centrale, où il est associé à la figure du Maharal de Prague et aux accusations de meurtre rituel envers les Juifs. Dans l’une des versions les plus populaires de sa légende, reprise par certains contes chrétiens, il naît de la terre glaise après que quatre sages, figurant les quatre éléments, ont pourvu sa matière informe de leurs attributs ; sur son front figure le mot emet (« vérité ») qui devient, lorsque sa première lettre est effacée, met (« mort »), faisant retourner l’homme artificiel à la poussière.

Les légendes du Golem auraient inspiré nombre de figures de l’imaginaire moderne dont le monstre de Frankenstein (dans sa version filmée) ou Superman[1].

Le Golem dans les sources juives[modifier | modifier le code]

La première occurrence du terme golem apparaît en Psaumes 139:16 : « Galmi (i.e. mon golem) tes yeux ont vu » - le psalmiste loue ainsi Dieu qui le connaît avant même que sa chair n’ait pris forme. Commentant ce verset, Rabbi Yonathan interprète le golem comme un embryon dont les membres n’ont pas encore été formés[2] et la Mishna désigne figurativement comme golem la personne dont les dons intellectuels et sociaux sont demeurés à l’état brut.
Se basant sur le même verset, le Talmud enseigne que Dieu, créant Adam, le fit d’abord golem, l’élevant du sol au firmament avant de lui insuffler son âme[3]. Par ailleurs, comme « ce sont vos fautes qui ont creusé un abîme entre vous et votre Dieu » (Isaïe 59:2), Rava affirme que les justes qui se sont préservés des fautes pourraient, s’ils en avaient envie, créer un monde. Il crée donc un homme qu’il envoie aider Rabbi Zeira mais celui-ci, s’apercevant que « l’homme » ne lui répond pas, comprend sa nature et lui ordonne de retourner à la poussière. De même, Rav Hanina et Rav Ochaya façonnent un veau en consacrant toutes les veilles de chabbat à étudier le Sefer Yetsira[4].

Il n’est pas certain qu’il s’agisse là du Sefer Yetsira connu comme le plus ancien traité de mystique juive (certains exégètes penchent plutôt pour un surnom au Livre de la Genèse) mais cette hypothèse est retenue par la croyance populaire, prompte à reconnaître la puissance créatrice des lettres hébraïques. Le Sefer Yetsira est étudié au Moyen Âge afin de créer et animer un Golem, à la suite d'une expérience extatique induite par l’usage rituel de diverses lettres de l’alphabet hébraïque formant l’un des noms de Dieu [5],[6].

La légende de Rabbi Loew[modifier | modifier le code]

Selon d’autres sources, le rabbin qui l’a conçu au XVIe siècle, était le Maharal de Prague nommé Yehudah-Leib (Leib, de l’allemand Loewe/Lion, est le surnom judéo-allemand de Yehudah/Juda, dont le symbole de la tribu est un lion ; cf. Genèse 49:9, « Gour Aryé » (= lionceau), qui est par ailleurs, le titre d’une de ses œuvres).

Son but était de défendre la communauté des pogroms.

Il lui a donné la vie en inscrivant EMET(H) (אמת, vérité en hébreu et un des noms de Dieu) sur son front et en introduisant dans sa bouche un parchemin sur lequel était inscrit le nom ineffable de Dieu, parfois dit Hashem (Le Nom) pour ne pas le prononcer.

La façade arrière de la synagogue où l’on voit les barreaux scellés dans le mur qui permettent d’accéder aux combles.

Pour le stopper, il fallait effacer la 1re lettre (l’aleph) car MET(H)(מת) signifie mort. Le Golem étant devenu trop grand pour que le Rabbin pût effacer l’aleph, Rabbi Loew lui demanda de lacer ses chaussures, ce qu’il fit. La créature se baissa et mit son front à portée de son créateur, le Golem redevint ce qui avait servi à sa création : de la terre glaise.
Une légende veut que le Golem inactif soit entreposé dans la genizah (entrepôt des vieux manuscrits hébreux, il est interdit de jeter des écrits qui contiennent le nom du très-haut) de la communauté juive de Prague, qui se trouve dans les combles de la synagogue Vieille-Nouvelle de Josefov, qui serait d’ailleurs toujours scellée et gardée.

La vision actuelle du Golem[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Golem (homonymie).

La légende du Golem a inspiré de nombreux auteurs au fil des années, et la créature a été utilisée dans de nombreuses œuvres fantastiques avec plus ou moins de fidélité à la légende originelle.

Si certaines œuvres font clairement référence à la créature juive, la plupart des œuvres médiévales-fantastiques utilisent le mot golem pour désigner n’importe quelle créature humanoïde créée à partir de matière inerte par un magicien. Le plus souvent, il n’est plus question de tradition juive, de mots placés dans la bouche ou la tête de la créature, et celle-ci n’est plus forcément faite d’argile.

Le mot golem n’est d’ailleurs plus toujours utilisé pour décrire ces créatures. Il est souvent question d’« élémentaux » (créature faite d’un élément) ou tout simplement de noms inventés par l’auteur. Néanmoins, on reconnaît toujours la notion de serviteur créé par l’homme, qui renvoie à la légende originelle.

Le golem inspira directement le folklore yiddish : de nombreuses troupes de théâtre juives d’Europe de l’Est jouaient des adaptations de la légende du golem. Le golem et ses variations sont présents dans la majorité des médias (séries télévisées, dessins animés, bande dessinées, romans, films, jeux vidéo…)

Cinéma et télévision[modifier | modifier le code]

Voir la catégorie : Film mettant en scène un Golem.

Le Golem inspira aussi le cinéma allemand du début du vingtième siècle.

Le cinéaste Paul Wegener fit un premier film sur ce thème antérieur à 1914 et un second, plus abouti, en 1920, intitulé Der Golem, Wie er in die Welt kam (Le Golem, Comment au monde il est venu).

Martin Frič, cinéaste tchécoslovaque, qui sous le titre Le Golem (cz) (Císařův pekař - Pekařův císař, littéralement « Le Boulanger de l’Empereur et l’Empereur des Boulangers ») réalise en 1951 deux films qui sont présentés en un seul en Europe dès 1952.

Le Golem, dramatique télévisée, de Louis Pauwels, réalisé par Jean Kerchbron, diffusée le 18 février 1967 sur la deuxième chaîne française (rediffusée le 16 septembre 1971 sur la 1re chaîne), très fidèle à l’œuvre de Gustav Meyrink. Une version inspirée du Golem expressionniste de Paul Wegener (1922) a été réalisée en dessin animé par Gyora Gal Glupczynski (Atelier de Production de La Cambre - Bruxelles 1983).

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Le Golem, de Gustav Meyrink paru en 1915.
  • Le Kabbaliste de Prague, de Marek Halter, paru en 2010.
  • Frankenstein, de Mary Shelley, publié en 1818.
  • Isaac Bashevis Singer (1904-1991), écrivain yiddish, et prix Nobel de littérature en 1978, est également l’auteur d’une version de l’histoire du Golem.
  • Pieds d’argile, roman des Annales du Disque-monde de Terry Pratchett, met en scène des golems qui créent eux-mêmes un golem pour en faire leur roi.
  • Dans son roman Golems (2004), Alain Delbe imagine que des occultistes nazis (Otto Rahn et Wiligut) vont sur l’ordre de Himmler arracher aux Juifs de Prague le secret du Golem.
  • Le Golem est un personnage des albums de bandes-dessinée du scénariste/dessinateur Joann Sfar. Il apparaît dans une de ses premières œuvres, Le petit Monde du Golem, 1998, aux éditions L'Association et, entre autres, dans l’album du Grand Vampire Le peuple est un golem paru aux éditions Delcourt en 2005.
  • Le Legs de l’alchimiste (bande dessinée) de Bachelier et Hubert (édition Glénat) fait une large place au personnage du Golem ainsi que des références à la légende de Rabbi Loew dans ses tomes 1 (Joachim Overbeck, 2002) et 5 (Anna et Zaccharia, 2007).
  • Le principe du Golem ainsi que la légende du Golem de Prague sont réutilisé dans la tétralogie de fantasy, L’Âge de la déraison, écrite par Greg Keyes : il aurait alors été créé par Isaac Newton grâce à l’alchimie.
  • Le mythe du Golem occupe une place importante dans La Procédure, de Harry Mulisch, où la légende est rapportée, et où le narrateur, biologiste, a réussi à créer à notre époque un être humain.
  • Le Maître des Golems apparaît également dans Le Concile de fer de China Miéville. L'auteur y présente un homme aux pouvoirs puissants qui lutte pour la survie du train mythologique face aux armées de Nouvelle-Crobuzon, la tentaculaire et cruelle cité-État.
  • Dans la collection grand détectives (10/18), le thème central du livre Les Pièges du crépuscule de Franck Tallis est la reproduction d’un golem dans la Vienne du début du XXe siècle.
  • Dans les aventures de Bob Morane, L’Arbre de l’Eden, (texte Vernes, Dessin Coria, Édition Le Lombard). Une communauté juive est protégée par les Golems traquant les partisans de l’« Ordre noir ».
  • Dans son recueil de nouvelles Les Oliviers du Négus[7], Laurent Gaudé fait du Golem un des personnages principaux de sa troisième nouvelle "Je finirai à terre". Au cours de la Première Guerre mondiale, la terre elle-même fabrique le Golem, fait de boue, pour se venger des blessures que les hommes lui infligent.

Musique[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Arie Kaplan, From Krakow to Krypton : Jews and Comic Books, Philadelphie, The Jewish Publication Society,‎ 2008, 225 p. (ISBN 978-0-8276-0843-6, lire en ligne), p. 15
  2. T.J. Nidda 3:3, voir aussi la traduction Chouraqui sur ce verset.
  3. T.B. Sanhédrin 38b
  4. T.B. Sanhédrin 65b
  5. Idel, Moshe (1990), Golem: Jewish magical and mystical traditions on the artificial anthropoid. Albany, New York, State University of New York Press. ISBN 0-7914-0160-X. page 296
  6. Jewish Encyclopedia 1906
  7. Laurent Gaudé, Les Oliviers du Négus, 2011, éditions Actes Sud / Leméac