Psychokinèse

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La psychokinèse ou psychokinésie (PK) est la faculté métapsychique d'agir directement sur la matière, par l'esprit. C'est un mot introduit par Joseph Banks Rhine pour désigner « tous les effets physiques et biologiques semblant se produire à partir du désir, conscient ou non d'un individu ». Aujourd'hui, cette capacité est considérée comme une potentialité hypothétique du psychisme.

La psychokinèse est étudiée par la psilogie (ou parapsychologie). La classification[1] fournie par l'Institut métapsychique international distingue la biopsychokinèse, influence de l’esprit humain sur le vivant (bactéries, cellules animales ou végétales), la micropsychokinèse, influence de l'esprit sur le hasard (par exemple, faire en sorte qu’un dé fasse quatre ou autre) et la macropsychokinèse, influence de l’esprit sur la matière physique (en lui insufflant de l'énergie pour la déplacer, la briser, par exemple).

Le positionnement des scientifiques sur l'existence effective de la psychokinèse est mitigé. Le mouvement sceptique contemporain considère que la parapsychologie a échoué dans son projet de prouver l'existence des phénomènes psi et que la plupart des réussites psychokinétiques relèvent des techniques illusionnistes. C'est la conception de certains scientifiques tels que Georges Charpak et Henri Broch par exemple. Cependant, des institutions comme l'Institut métapsychique international, ou la Society for Psychical Research et d'autres scientifiques et universitaires comme Alfred Kastler, Olivier Costa de Beauregard, Charles Crussard, Yves Lignon, Jean-Jacques Trillat et Albert Ducrocq considèrent la psychokinése comme un phénomène réel auquel il manque aujourd'hui un modèle d'explication théorique satisfaisant.

Les recherches[modifier | modifier le code]

En micropsychokinèse[modifier | modifier le code]

La plupart des recherches effectuées en micropsychokinèse utilisent des générateurs de nombres aléatoires (GNA) qui produisent des nombres de façon aléatoire à partir d’un bruit électronique ou d’une source radioactive. Pour étudier la micropsychokinèse, on effectue des tests de contrôle dans lesquels les GNA fonctionnent seuls, des tests avec un sujet psi qui tente d’influencer les résultats des GNA.

Les sujets tentent généralement d’influencer un GNA à travers une interface « ludique » : le but va être, par exemple, de faire s’allumer des diodes, gérées par le GNA, le plus souvent possible. On compare ensuite les résultats de façon à déterminer si, statistiquement, les résultats du GNA influencé par le sujet correspondent au hasard ou non. Dans le cas de la recherche avec les diodes, on étudie si elles se sont allumées plus souvent en présence d’un sujet psi.

Ces tests sont le fait d’Helmut Schmidt, physicien, introducteur de la méthode des générateurs de nombres aléatoires. Il prétend avoir obtenu des résultats significatifs[2],[3],[4]. Dean Radin et Diane Ferrari ont collecté 148 études expérimentales portant sur la psychokinèse. L’effet global obtenu aurait une petite taille d’effet de p = 0,5016[5] (effet non significatif).

Les sceptiques considèrent cependant, à l'inverse de Dean Radin et co., que l'utilisation de la technique de la méta-analyse en parapsychologie est fallacieuse. En effet, pour prouver l'existence du psi, il faudrait que chaque expérience prise indépendamment ait une taille d'effet non négligeable, et pas uniquement lorsqu'on fait une méta-analyse en incluant une sélection d'expériences plus ou moins similaires les unes avec les autres surtout quand on pense à l'effet tiroir. Or les expériences individuelles en parapsychologie ont, quand elles ont la chance d'obtenir un effet significatif, ont toujours une taille d'effet faible, ce qui est insuffisant pour prouver l'existence du phénomène allégué.

Entre 1969 et 1984, 332 expériences utilisant des générateurs de nombres aléatoires ont été effectuées. Leurs auteurs prétendent avoir obtenu, sur l’ensemble, une valeur « très significative » de p[6] = 10–43[7].

Les résultats combinés de 597 études expérimentales utilisant des générateurs de nombres aléatoires, faites entre 1959 et 1987, auraient donné une valeur de p = 10–12. Les 235 études contrôles ont donné lieu à des résultats en adéquation avec le hasard. L’effet total reste cependant faible avec 51 % de réussite au lieu des 50 % attendus par le simple fait du hasard[8].

Fiona Steinkamp a mis en place 357 études expérimentales et 142 études de contrôle. Le z[9] (Stouffer) pour les études expérimentales était de 13,09 mais pondéré à la taille de l’étude, il atteignait 2,70, p = 0,004, avec une très petite taille d’effet de p = 0,50003. Les sujets doués auraient significativement mieux réussi[10].

Dans les années 1990, Helmut Schmidt a voulu répondre aux critiques en faisant participer des sceptiques à une série d’expériences : ces études ont été reconduites à cinq reprises avec, à l’issue d’une étude cumulative, p < 1/12000[réf. nécessaire].

En macropsychokinèse[modifier | modifier le code]

La macropsychokinèse recouvre les phénomènes spontanés de type poltergeist qui apparaissent au sein d’une famille et sont inexpliqués comme des bruits sans source ou des objets qui semblent se déplacer seuls. Un certain nombre de cas de poltergeist ont été étudiés par des scientifiques comme Bender, Roll, Persinger, Gregory et Resch. Il est difficile de savoir s'il s'agit réellement d'interactions de type psychokinétique ou de fraudes. Lorsqu'un objet ne se contente plus de bouger sur place mais « translate » ou « lévite », on parle de télékinésie (TK), et non plus de macropsychokinèse. Car dans ce cas on sort du contexte de la Psychokinèse, qui ne peut agir sur la matière que par l'énergie qui la compose, pour entrer dans une autre capacité qui permettrait de « saisir » carrément la matière par la pensée.

Les sujets psychokinétiques sont censés avoir des capacités psychokinétiques au niveau macroscopique. L'image la plus populaire est celle de la torsion de cuillère. Ce domaine est particulièrement controversé. Les sujets PK étudiés ont généralement des personnalités très particulières et ont quasiment tous été pris à tricher au moins une fois. Pour certains, cela fait la preuve que ces sujets sont tous des imposteurs qui n'ont pas réellement de capacités PK. Pour d'autres, ces sujets PK en viennent à tricher car n'arrivant pas à produire l'effet attendu à chaque fois, ils le créent artificiellement pour éviter d'être ridiculisés lorsqu'ils n'y arrivent pas.

En biopsychokinèse[modifier | modifier le code]

L'influence psychique sur des cellules végétales ou animales est testée sur des cultures de bactéries. Certaines sont utilisées comme cultures contrôle et ne sont pas influencées tandis que d'autres seraient influencées par un sujet. On compare ensuite les différentes cultures afin de déterminer si les hypothèses de départ concernant un éventuel effet psychique ont été confirmées.

La guérison psychique a été testée aux États-Unis, notamment en ce qui concerne l'influence de la prière. Les résultats de ces travaux sont très controversés. Certaines de ces études auraient donné des résultats probants, d'autres au contraire n'ont rien donné.

Une absence de validation scientifique[modifier | modifier le code]

Lors des recherches effectuées dans le domaine de la psychokinèse, les expériences obtiennent des résultats différents d'un laboratoire à l'autre et rendent les phénomènes psychokinétiques irreproductibles et aléatoires. Cela invalide, scientifiquement, les résultats des recherches. Surtout, il n’y a pas de théorie permettant d’expliquer de façon causale les résultats attendus de ces expériences.

Pour la communauté scientifique, la psychokinèse n'existe pas. Les sceptiques ont invalidé encore et encore les médiums prétendant être capables de psychokinèse, en démontrant qu'ils utilisaient des trucs de prestidigitation. Le plus célèbre de ces déboulonnages fut celui de Uri Geller, réalisé par le magicien James Randi. Le projet Alpha impliquant des tests de sujets prétendument capables de psychokinèse, toujours du même James Randi, a démontré que les protocoles expérimentaux en parapsychologie étaient insuffisamment sécurisés contre les trucs de prestidigitation. Les chercheurs participants du scepticisme scientifique pensent que les résultats obtenus en parapsychologie ont en particulier pour origine des biais au niveau des protocoles, des concordances hasardeuses, des manipulations statistiques erronées, des erreurs d'interprétation, voire des falsifications de données. Les différents résultats obtenus ne feraient donc pas la preuve de l'existence de ces phénomènes mais correspondraient simplement à des artefacts. Les scientifiques considèrent que les recherches en parapsychologie prouvent bien plus l'inexistence des phénomènes psi que leur existence.

Le projet Alpha[modifier | modifier le code]

Le projet Alpha est un vaste canular fomenté par le magicien James Randi destiné à mettre en évidence les faiblesses expérimentales des laboratoires de recherche en parapsychologie. Il a proposé à une équipe de chercheurs de soi-disant sujets psi, en réalité des prestidigitateurs qui ont manipulé les résultats pendant plusieurs années, bernant les parapsychologues et révélant les faiblesses des protocoles expérimentaux utilisés en parapsychologie.

D'un point de vue épistémologique, ce canular ne permet toutefois pas de conclure que les phénomènes psi sont inexistants, ce qui est de toute façon impossible car la parapsychologie n'est pas réfutable, mais il remet en cause l'ensemble des résultats supposés prouver l'existence de tels phénomènes et affecte profondément la crédibilité des études « sérieuses » de la parapsychologie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir sur le site de l’Institut métapsychique international.
  2. Helmut Schmidt, (1969), « Quantum processes predicted ? », dans New Scientist, 16 October, p.114-115.
  3. Helmut Schmidt, (1969), « Precognition of a quantum process », dans Journal of Parapsychology, no 33, p.99-108.
  4. Helmut Schmidt, (1993), « Observation of a psychokinetic effect under highly controlled conditions », dans Journal of Parapsychology, no 57, p.351-372.
  5. Radin, Dean., & Ferrari, D. C. (1991), « Effects of consciousness on the fall of dice. A meta-analysis », dans Journal of Scientific Exploration, no 5, p.61-84
  6. Note au lecteur : le « p » ici indiqué n’est pas une notation statistique.
  7. Radin, D. I., May, E. C. & Thomson, M. J., (1986), « Psi experiments with random number generators : Meta-analysis Part 1 », dans D. H. Weiner & D. I. Radin (Edit.s) Research in Parapsychology, 1985, pp. 14-17. Metuchen. NJ., Scarecrow Press.
  8. R. Nelson et D. Radin, (1989), « Statistically robust anomalous effects : Replication in random event generator experiments », dans Research in Parapsychology, éd. L. Henckle & R. E. Berger, 23-26 Metuchen, NJ : Scarecrow Press.
  9. Note au lecteur : le « z » ici indiqué n’est pas une notation statistique.
  10. Steinkamp, F., Boller, E., & Bösch, H., (2002), « Experiments examining the possibility of human intention interacting with random number generators : A preliminary meta-analysis », Proceedings of the 45th Convention of the Parapsychological Association, Paris, pp. 256-272.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jeffers, S. (2003). Physics and claims for anomalous effects related to consciousness. Dans Alcock, J., Burns, J., Freeman, A. (Eds.). Psi Wars – Getting the grips with the paranormal. Journal of Consciousness Studies, vol. 10, n°6-7.
  • Théodore Flournoy, Apparences supranormales : Phénomènes physiques, Des Indes à la planète Mars. Étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie, Chapitre X - §II, Éditions Alcan et Eggimann, Paris et Genève, 1900.
  • Encyclopédie du paranormal de Jean-Pierre Girard, Ed. Trajectoire, Introduction de Rémy Chauvin, Préface d'Emmanuel Ransford, 2005
  • Le pouvoir de la pensée, Les secrets de la psychokinèse de Jean-Pierre Girard, présenté par Philippe Wallon, Éditions Les Presses du Châtelet, 2009

Liens externes[modifier | modifier le code]

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