Feu follet

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Reconstitution d'un feu follet

Le feu follet est une manifestation lumineuse ayant l'apparence d'une petite flamme. Connue et décrite depuis longtemps, cette manifestation fut longtemps uniquement vue comme celle d'esprits malins et d'âmes en peine venues sous formes de petites flammes hanter les forêts désertes, les marécages et les cimetières, et fit l'objet d'un folklore important, tant sur l'origine de ces esprits que sur les façons de s'en débarrasser. Plus récemment, des recherches zététiques orientées vers la chimie donnent plusieurs explications scientifiques du phénomène.

Étymologie et terminologie[modifier | modifier le code]

Le mot français « feu follet » vient d'ignis fatuus en latin, qui signifie « esprit du feu ». Le feu follet en tant qu'esprit est connu sous plusieurs autres noms en fonction des régions du monde, en Angleterre, ils sont nommés Will-o'-the-wisp (Will au tortillon)[1], et aux États-unis, ils portent les noms de spook-lights ou ghost-lights (« lumières de fantômes ») donné par les folkloristes et les amateurs de paranormal[2],[3].

Description[modifier | modifier le code]

Un feu follet peut apparaître sous la forme d’une lueur pâle de couleur bleutée, parfois jaunâtre ou vermillon, en forme de flammèche suspendue dans l’air à une faible hauteur au-dessus du sol ou de l’eau. La lumière est plus ou moins diffuse, vacillante et brève. Certains feux follets pourraient persister dix à trente secondes, voire exceptionnellement plusieurs minutes. Selon les témoins, ils ne produisent pas de fumée ni n’enflamment les objets, ni ne brûlent les herbes avec lesquelles ils sont en contact. D'après l'explication scientifique, avec le drainage et la régression des zones humides et des forêts inondées, ainsi que l’enterrement des morts dans les cercueils, il est probable que les feux follets soient devenus plus rares.

Ils sont beaucoup observés dans ou autour des marais, et surtout dans les cimetières[1].

Explications[modifier | modifier le code]

Le phénomène (dont il existe peut-être plusieurs formes ou qui parfois pourrait être confondu avec d’autres phénomènes) a reçu diverses explications[4] :

  • Vers le XVIIIe siècle, des physiciens évoquent une matière visqueuse et glaireuse (rappelant des œufs de grenouilles) qui serait sublimée dans l’air sous l’action de la chaleur solaire et y deviendrait lumineuse à la manière des phosphores.
    En 1704, Isaac Newton cite les feux follets dans son traité Opticks comme des « vapeurs s’élevant des eaux putréfiées habituellement appelées ignes fatui ».
  • L’explication la plus fréquente a ensuite été qu’il s’agirait d’une émanation conjointe de méthane (CH4) à partir de plantes en décomposition et de formes chimiques du phosphore (diphosphine (P2H4) et/ou d’hydrogène phosphoré (phosphine) (PH3 ; pyrophorique) émis par la décomposition d’un cadavre animal, le tout s’enflammant spontanément à l’air libre.
  • L’absence de phénomène de combustion ou brûlure visible laisse penser qu’il s’agit plutôt d’une lumière froide de type phosphorescence, qu’une flamme véritable.

Le phénomène pourrait dans certains cas avoir été confondu avec un phénomène électrique de type électricité statique, feu de Saint-Elme ou foudre en boule.

Les feu follets dans les cimetières sont dus aux gaz de décompositions des cadavres.

Folklores[modifier | modifier le code]

Un folklore abondant est associé aux feux follets et ce, dans toutes les régions du monde où les manifestations lumineuses se sont produites.

France[modifier | modifier le code]

Les feux follets sont décrits dans le folklore français inspiré des croyances catholiques comme des âmes en peine qui ont besoin de prières pour sortir du Purgatoire, il peut s'agir d'enfants morts sans baptême ou d'esprits mauvais qui cherchent à entrainer les voyageurs nocturnes dans les marais et les précipices[1], ou au fond des forêts. Les feux follets se manifestent uniquement la nuit, et en particulier autour de la période de l'avent[1]. Dans les Landes, le fantôme de l'Abbé Ducasse se serait manifesté plusieurs fois vêtu de son surplis et de son étole vers 1822, mais d'après le texte « le chemin bordait un marais, et le peuple avait pris pour un revenant les feux follets qui s'élevaient par intervalles au milieu des marécages »[5]. Les feux follets étaient vus dans la région de Pont-Audemer comme les spectres de femmes pécheresses condamnées à garder cette apparence sept ans durant[1].

Dans le marais du Yeun Elez, au cœur des Monts d'Arrée, ils sont probablement à l'origine de la légende des « Portes de l'enfer ».

Les feux follets du lac de Sewen, fréquents par temps chaud et humide, ont contribué à la légende selon laquelle le lac serait hanté par le fantôme d'un fermier frappé par la foudre un soir d'orage. Ils apparaissent dans les zones de tourbière et sont en réalité le résultat de dégagements gazeux principalement de méthane.

Italie[modifier | modifier le code]

Dans la région de Bologne, un célèbre météore nommé Bocca d'Inferno était vraisemblablement vu comme une manifestation de feux follets qui apparaissaient pour égarer les voyageurs[6].

Angleterre et pays de Galles[modifier | modifier le code]

En Angleterre, les feux follets sont décrits comme des esprits du feu qui prennent la forme de jeunes garçons portant des lanternes, d'où les noms de Jack-o'-lantern (Jack à la lanterne) et Will-o'-the-wisp (Will au tortillon). Ils entraînent ensuite les voyageurs malheureux au fond des forêts et au bord des précipices, avant de souffler leur lanterne et de les précipiter au fond d'un ravin[1]. Les feux follets sont vus au pays de Galles comme des esprits revenus chercher un parent sur le point de mourir, et la taille de leur flamme correspond à l'âge de la personne concernée : si le feu follet est tout petit, il annonce la mort d'un enfant. Le lutin maléfique Pwcca était aussi réputé pour se changer en petite flamme afin d'égarer les voyageurs[1].

Pays nordiques[modifier | modifier le code]

Les Danois, Finnois, Suédois, Estoniens et Lettons, parmi d'autres, croyaient que les feux follets marquaient l'emplacement de trésors cachés dans le sol ou sous l'eau, et que celui-ci ne pouvait être trouvé que si on le déterrait lorsque la flamme se manifeste. En Finlande et dans d'autres pays, le milieu de l'été était réputé être la meilleure période de l'année pour se mettre en quête de feux follets et de trésors.

Asie[modifier | modifier le code]

Représentation de feu follet, par Ogita Ansei, vers 1687

Un théologien asiatique a établi une relation entre les feux follets et les « feux de renard » produits par le kitsune dans le folklore japonais[7]. En plus des feux de renard, des phénomènes similaires sont décrits dans le folklore japonais, incluant Hitodama (littéralement « balle humaine » en tant que « balle d'énergie »), Hi no Tama (« balle de flammes »), Aburagae, Koemonbi, Ushionibi, etc. Tous ces phénomènes sont décrits comme des boules de feu ou de lumière, parfois associées aux cimetières, mais observés au Japon dans une grande variété de lieux[8]. En Inde, deux régions, le Bengale et le Kutch (Gujarat) subissent ce phénomène, les habitants du Kutch appellent depuis des millénaires ce phénomène Chhir Batti, les bengalis pensent que les feu follet sont les âmes de défunts qui sont en peine.

Protection contre les feux follets[modifier | modifier le code]

Plusieurs rituels de protection contre les feux follets sont attestés dans différents folklores, l'un d'eux consistait à se signer ou planter une aiguille par terre, pour obliger les feux follets à passer à travers le chas et pouvoir s'enfuir le temps qu'il le fasse. Jeter une pierre dans l'eau était censé faire s'éloigner les feux follets qui brillaient au-dessus des étangs, ils se précipitaient alors dans l'eau en ricanant[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Édouard Brasey, La Petite Encyclopédie du merveilleux, Paris, Éditions le pré aux clercs,‎ 14 septembre 2007, 435 p. (ISBN 978-2842283216), p. 61
  2. (en) Stephen Wagner, « Spooklights: Where to Find Them », sur About.com (consulté le 8 décembre 2007)
  3. (en) Randall Floyd, « Historical Mysteries: Ghostly lights as common as dew in Dixie », sur Augusta Chronicle,‎ 1997 (consulté le 8 décembre 2007)
  4. « Feux follets », sur http://esprit.critique.free.fr/ (consulté le 3 septembre 2009)
  5. V Foix, Sorcières et loup-garous dans les Landes, Auch,‎ 1904
  6. « Les feux follets », sur http://www.cosmovisions.com/ (consulté le 3 septembre 2009)
  7. Jamie Hall Half Human, Half Animal: Tales of Werewolves and Related Creatures. Bloomington, Indiana: Authorhouse, 2003. p. 142.
  8. Shigeru Mizuki, Graphic World of Japanese Phantoms. 講談社, 1985. (ISBN 978-4-06-202381-8)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]