Miracle

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Iconographie chrétienne du miracle

Un miracle désigne un fait extraordinaire, positif, non explicable scientifiquement. Il est vu comme surnaturel, attribué à une puissance divine et accompli soit directement, soit par l'intermédiaire d'un serviteur de cette divinité[1]. Il s'agit d'une notion religieuse définie par rapport à la science.

Sens chrétien[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Miracles dans le Nouveau Testament.

Les premiers miracles au sens chrétien ont été faits par Jésus et les apôtres, et sont relatés dans le Nouveau Testament. Les noces de Cana sont les premiers mentionnés[2].

Trois signifiants définissent le miracle :

  • c'est un fait prodigieux ;
  • d'ordre surnaturel survenant dans un contexte religieux qui manifeste une intervention spéciale et gratuite de Dieu ;
  • adressant aux hommes un signe sensible de sa présence dans le monde.

Fait prodigieux : contraire aux lois de la nature, et donc par définition contraire aux lois scientifiques : de telle sorte que par définition un miracle est "scientifiquement impossible".

C'est aussi un signe « sensible », que des témoins peuvent percevoir et attester : ainsi, un « voyage mystique » d'une personne ne peut pas être considéré comme un miracle (sauf si des témoins ont vu la personne ailleurs, par exemple en bilocation). De même, la transsubstantiation ne peut pas être qualifiée de miracle au sens strict, puisque les témoins ne voient rien (sauf dans le cas des miracles eucharistiques).

Dans la religion catholique, le miracle ne se limite pas à sa composante extraordinaire et inexplicable par la connaissance scientifique : de tels phénomènes extraordinaires peuvent (dans cette interprétation) être obtenus par des actions de magie ou de théurgie, sans qu'il y ait un miracle au sens propre. Pour le catholicisme, le miracle est l'intervention directe de la puissance de Dieu. Ceci exclut l'intervention de puissances intermédiaires d'esprits ou de démons, qui peuvent également provoquer des phénomènes inexplicables sous forme de phénomènes paranormaux.

Pour pouvoir parler de miracle, il faut en principe montrer que le phénomène extraordinaire constaté a eu un effet conforme au plan de Dieu. Le miracle se caractérise donc avant tout par son effet par rapport à l'avancement de la foi : si l'effet a été positif, il est possible de parler de miracle. Inversement, si l'effet est négatif, le phénomène extraordinaire sera interprété comme l'intervention possible d'un esprit, mais non comme l'intervention effective de Dieu.

Dans la religion protestante, le miracle sert à authentifier, confirmer la foi du croyant ou à confirmer que son message est vrai (conforme à l'écriture biblique).

« Voici les miracles qui accompagneront Ceux qui auront cru... Le Seigneur travaillait avec eux, Et confirmait la Parole par les miracles qui l’accompagnaient. (Évangile de Marc 16 / 15 à 20). »

La Bible différencie le miracle de la « guérison ». Si la guérison est instantanée, on parlera alors de miracle. Avec une manifestation plus tardive, c'est le mot guérison qui prendra plus de sens[3].

Différentes connotations du mot[modifier | modifier le code]

Bien que l’on entende souvent par miracle les miracles de Dieu, dans la religion abrahamique, n’importe quelle divinité peut effectuer des miracles. On pense notamment aux divinités des religions polythéistes comme les religions grecque, scandinave ou pré-colombiennes. Cependant, il semble que l’émerveillement soit plus spécifiquement associé aux religions monothéistes : pour les religions antiques, les miracles, tout surnaturels qu’ils soient, ne sont pas inhabituels.

Un autre sous-entendu est qu’un miracle est forcément « bénéfique ». Là encore, dans une optique d'un Dieu bon, c’est généralement le cas. Les miracles censément accomplis par Jésus de Nazareth (résurrection de Lazare, multiplication des pains...) sont ceux qui sont les plus familiers aux chrétiens. Dans le monde musulman, la venue du Coran sur terre est un miracle, ou bien encore le voyage nocturne de Mahomet. Cependant, un miracle peut très bien être négatif, comme les plaies d’Égypte ou le Déluge, pour rester dans les religions abrahamiques. Quant aux « miracles » (s’ils ne sont jamais appelés ainsi, techniquement, c’en sont) des dieux grecs, ce sont rarement des interventions véritablement bénéfiques (que l’on parle de la transformation d’Arachné en araignée pour cause d’hubris, ou d'égarement en mer d’Ulysse par Poséidon ou même de la métamorphose de Narcisse en narcisse).

Le miracle en ésotérisme[modifier | modifier le code]

En ésotérisme / occultisme s'opposent deux concepts :

  • le miracle, produit par le biais de la théurgie. C’est le pouvoir de la religion, du prêtre ;
  • le prodige, produit par le biais de la thaumaturgie. C’est le pouvoir de la magie, du mage/magicien/sorcier.

Dans les deux cas, une explication scientifique est largement accessoire. Le miracle vient « d’en haut », alors que le prodige vient d’en bas. Si dans un sens courant, on dit d’un thaumaturge qu’il « accomplit des miracles », c’est par définition incorrect : il accomplit des prodiges (il s’agit d’une métonymie). Seul un être divin ou son représentant (son « conduit ») peut accomplir un miracle. Bahram Elahi explicite la distinction entre miracles et prodiges dans La Voie de la perfection : « Les premiers procèdent d’un don divin alors que les seconds sont le fruit d’un savoir et de longues préparations, permettant d’exploiter certaines énergies [...] Ainsi, il est à la portée de tout un chacun de réaliser, au moyen d’une longue préparation par des techniques particulières (ascèses, méditation, techniques occultes ou autres), des prodiges tels que communiquer par la pensée... Mais ce genre de pouvoirs relève du paranormal, et non du Divin. »

Sens courant[modifier | modifier le code]

Une autre métonymie est le sens actuel du mot miracle. Un miracle selon l'entendement commun étant à la fois mémorable, incroyable et bénéfique, on dit d’une personne qu’elle accomplit des miracles quand elle produit un haut-fait, quelque chose considéré comme très difficile.

Par un affaiblissement sémantique encore plus poussé, un tel « miracle » peut simplement être une action très utile et relativement difficile.

Critique du miracle[modifier | modifier le code]

Comme pour tout phénomène surnaturel, l'existence avérée des miracles est un sujet de litige entre croyants (religieux ou ésotéristes) et rationalistes pour lesquels il s'agit de phénomènes naturels que les connaissances contemporaines du « miracle » ne pouvaient expliquer ou d'interventions habiles et subtiles aussi explicables qu'un tour de magie.

Le philosophe David Hume est l'un des premiers à mettre en doute les témoignages concernant les miracles, contraires à toute expérience, en raison de leur improbabilité[4]. Le sociologue Gérald Bronner, en travaillant statistiquement sur les travaux de Brendan O'Regan et Caryle Hirshberg[5], n'obtient pas de différences statistiques significatives entre les miracles de Lourdes et les rémissions spontanées en milieu hospitalier (soit 1 cas pour 350 000)[6].

Ernest Renan écrivit : « C'est au nom d'une constante expérience que nous bannissons le miracle de l'Histoire. »

D'après l'historien Thierry Murcia, la plupart des miracles thérapeutiques relatés dans le Nouveau Testament s'expliquent naturellement ou médicalement. Concernant la nature des pathologies qui y sont présentées, le texte poserait des problèmes de traduction et Jésus aurait eu des connaissances médicales dont il serait servi pour guérir les malades venus le trouver[7].

On trouve sur internet des sites humoristiques présentant de pseudo-miracles[8].

Les miracles aujourd’hui[modifier | modifier le code]

Pour les catholiques, il y aurait peu de miracles en Occident latin (250 récits de miracles depuis le début du christianisme)[2] ; à quelques rares exceptions près comme Lourdes, les stigmates ou les apparitions de la Vierge, force est de constater que les miracles sont rapportés surtout dans les pays du Sud et les sociétés pauvres. Dans les milieux protestants, le miracle est souvent associé au charisme d'un prédicateur. C'est le cas, de l'évangéliste américain T.L Osborn, surnommé par certains médias français, « L'homme qui fait marcher les croyants »[9], par d'autres journalistes, « Le pasteur miracle »[10]. Le ministère de cet homme a débuté en France dans le début des années 1960, touchant en majorité la communauté gitanes et tziganes.

D'après un sondage de l'IFOP effectué en 2004, 42 % des Français croyaient aux miracles[11].

35 % des Français affirment croire aux miracles, selon un sondage de l'institut TNS-Sofrès réalisé en face-à-face les 6 et 7 juillet 2006 auprès d'un échantillon de 1 000 personnes représentatif de la population, selon la méthode des quotas. 62 % des personnes interrogées ne croient pas aux miracles et 3 % n'ont pas d'opinion sur le sujet, 31 % y voient « un phénomène que l'on ne peut expliquer », 27 % « un événement heureux auquel on ne s'attendait pas » et seulement 8 % « une intervention de Dieu ».

Dans le catholicisme[modifier | modifier le code]

Textes bibliques au sujet des miracles[modifier | modifier le code]

Marc 16, 15-20 : Jésus leur dit : « Allez par le monde entier, prêchez l'Évangile à toute la création... Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons, ils parleront des langues nouvelles, ils empoigneront des serpents, et s'ils boivent quelque poison, il ne leur fera aucun mal ; ils imposeront les mains aux malades, et ceux-ci en seront guéris... Ils s'en allèrent prêcher partout, le Seigneur les assistant dans leur travail, et confirmant leur parole par les miracles qui l'accompagnaient. »

Luc 16, 31 : « S'ils n'écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si un mort ressuscitait, ils ne se laisseraient pas persuader ».

Jean, 14, 12-13 : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m'en vais au Père, et que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. »

Actes 3, 11-16 : La guérison d'un infirme totalement invalide ; les apôtres expliquent que c'est Dieu qui agit : « L'homme ne lâchait plus Pierre et Jean. Tout le peuple accourut vers eux à l'endroit appelé colonnade de Salomon. Les gens étaient stupéfaits ; voyant cela, Pierre s'adressa au peuple : « Hommes d'Israël, pourquoi vous étonner ? Pourquoi fixer les yeux sur nous, comme si nous avions fait marcher cet homme par notre puissance ou notre sainteté personnelles ? Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a donné sa gloire à son serviteur Jésus... Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, nous en sommes témoins. Tout repose sur la foi au nom de Jésus : c'est ce nom qui a donné la force à cet homme, que vous voyez et que vous connaissez ; oui, la foi qui vient de Jésus a rendu à cet homme une parfaite santé en votre présence à tous ». »

La reconnaissance des miracles et divers types de miracles[modifier | modifier le code]

Le terme miracle peut être utilisé de façon plus ou moins stricte. Ce qui est considéré par certains comme un miracle peut ne pas l'être par d'autres. Par exemple, une photo miraculeuse pourra (et devra) être considérée comme un miracle par celui qui a pris la photo et ses proches, mais ne pourra pas nécessairement l'être par des gens qui ne savent pas qui a pris la photo.

Au xixe siècle, les catholiques s'imaginaient qu'un miracle irréfutable obligerait n'importe quel sceptique à se convertir. C'est pourquoi on a eu tendance à rendre de plus en plus rigoureux l'examen pour l'approbation d'un miracle, au point de rendre les choses très difficiles. Et une attitude hyper-critique s'est fait jour dans l'Eglise : "Devant un fait troublant, l'hypothèse la plus invraisemblable paraît préférable à la simple supposition d'une intervention surnaturelle" (G. Morand)[12]. Et Georges Morand de s'étonner que malgré le durcissement extrême, on trouve encore des miracles qui, comme à Lourdes, arrivent quand même à passer toutes les épreuves.

La reconnaissance officielle des miracles. Elle ne s'applique pas à tous les types de miracles ; bien des miracles n'en ont pas besoin, n'importe qui est capable de le constater : voir par exemple dans l'Évangile la guérison de l'aveugle-né, ou dans les Actes celle de l'infirme par Pierre et Jean.

Quelques exemples de miracles : Miracles eucharistiques, bilocations, lévitations (le fait de se soulever miraculeusement au-dessus du sol ; phénomène qui peut être imité par le démon, voir le cas du magicien Elymas dans les Actes des Apôtres 13, 8, qui s'est élevé dans les airs avant de retomber se fracasser sur le sol).
Le miracle du soleil qui a dansé, annoncé plusieurs mois à l'avance, et vu par 70 000 personnes à Fátima le 13 octobre 1917. Ce miracle se serait produit plus récemment et à de nombreuses reprises dans quelques lieux d'apparitions mariales, par exemple à El Escorial (et aussi les Apparitions mariales de Međugorje, controversées, et qui font l'objet depuis plus d'un an d'une commission d'enquête du Saint-Siège, laquelle comprend notamment six cardinaux).
Voir aussi l'article Dons du Saint-Esprit.

Dans le sikhisme[modifier | modifier le code]

La population sikhe a tendance à croire aux miracles comme aux rituels de bonne fortune. Dans certains récits hagiographique de Guru Nanak, le gourou fondateur du sikhisme, (les Janam Sakhi), il y a des miracles. Dans le passé en Inde, des personnes mal intentionnées soutiraient de l'argent aux fidèles contre des guérisons qui devaient être miraculeuses. Guru Nanak, dans les textes du sikhisme, dit que seul le fait que Dieu existe est un miracle. Le concept de l'intervention divine sur un être pour des raisons mineures est rejeté. Le dharma, le karma sont les valeurs mises en avant[13].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir le rite funéraire étrusque
  2. a et b Patrick Sbalchiero, L'Église face aux miracles : de l'Évangile à nos jours, Fayard, Paris, 2007 (ISBN 9782213620978)
  3. http://revelationbible.fr/miracles/sourde.html Explication d'un miracle par le pasteur M. Genton
  4. Enquête sur l'entendement humain, Section X, Les miracles.
  5. Analyse exhaustive des publications scientifiques de 1574 cas de guérisons inexpliquées en milieu hospitalier entre 1864 et 1992.
  6. Gérald Bronner, Coïncidences : Nos représentations du hasard, Broché, Ed Vuibert, 2007
  7. Thierry Murcia, Jésus, les miracles en question, 1999 - Jésus, les miracles élucidés par la médecine, 2003
  8. Miracles en direct: http://ikonoki.com/
  9. http://www.20minutes.fr/article/105114/France-L-homme-qui-fait-marcher-les-croyants.php Quotidien 20 minutes Août 2006
  10. Le Figaro du 28 août 2006
  11. Claire Chartier, « Saint suaire, Vierge de Guadalupe, dalaï-lama... Les grandes énigmes du sacré », dans L'Express du 27 juillet 2006 [lire en ligne]
  12. Georges Morand, Sors de cet homme, Satan, Fayard, 1993. Voir aussi Henri Joyeux et René Laurentin, Études médicales et scientifiques sur les apparitions de Medjugorje, O.E.I.L., Paris, 1re éd. 1985, p. 162-164.
  13. A Popular dictionnary of Sikhism de W. Owen Cole et Piara Singh Sambhi, édition Curzon, page 108, ISBN 0700710485

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lucien Daly, Dieu, les miracles et la science, Tatamis, 2012.
  • Patrick Sbalchiero, L'Église face aux miracles. De l'évangile à nos jours, Fayard, 2007.
  • Thierry Murcia, Jésus - Les miracles élucidés par la médecine, Paris, 2003 (approche rationalisante).
  • Henri Dufour, Professeur de physique à l'Académie de Lausanne, L'idée de miracle et la physique moderne, Petite bibliothèque des chercheurs, Arthur Imer Éditeur / Librairie F. Payot, Lausanne, 1886.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]