Ogre

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L'Ogre égorgeant ses propres filles dans Le Petit Poucet. Illustration de Gustave Doré de 1867

Un ogre (du latin orcus, « enfer », fém. ogresse) est un personnage de contes et traditions populaires, sorte de géant se nourrissant de chair fraîche et dévorant les petits enfants.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Norandino et Lucina découverts par l'Ogre, œuvre de Giovanni Lanfranco peinte en 1624 en illustration de Orlando furioso

L'étymologie est incertaine. L'attestation la plus ancienne du terme remonte à la fin du XIIe siècle et se trouve dans l'œuvre de Chrétien de Troyes, Perceval ou le Conte du Graal, où le terme apparaît en ces vers :

« et s'est escrit que il est encore
que toz li reaumes de Logres,
qui ja dis fu la terre as ogres,
ert destruite par cele lance
 »

(Et il est écrit que viendra le jour où tout le royaume de Logres, qui fut jadis la terre des ogres, sera détruit par cette lance).

On a longtemps cru qu'il s'agissait d'une déformation de « Hongrois »[1], en référence aux exactions commises en Europe occidentale par ce peuple de 899 à 955. Cette proposition a depuis été largement contestée, le terme roman pour désigner ces derniers ne pouvant aboutir à cette transformation.

On admet plus communément aujourd'hui que le terme dérive du latin Orcus (enfer, dieu de l'enfer) par métathèse. Le mot italien pour « ogre », orco, confirme cette hypothèse. Les Romains s'inspirent en cela des Étrusques qui, dans leur panthéon divin, représentent un démon des enfers sur la Tomba dell'Orco (littéralement la tombe de l'Ogre), à côté d'autres dieux infernaux de leur mythologie.

Un exemple précoce du orco en italien apparaît en 1290 dans Jacomo Tolomei : orco… mangia li garzone (« ogre… [qui] mange les garçons »), On le décrit en 1516 dans Orlando furioso, œuvre du poète Ludovico Ariosto, comme étant un monstre bestial et aveugle qui serait inspiré du cyclope de l'Odyssée. Giambattista Basile (1575-1632) utilise plus tard, dans son Pentamerone (1634-1636 ; conte n° I-1) le terme napolitain de uerco.

C'est à partir de 1697, année où il paraît dans Les Contes de ma mère l'Oye de Charles Perrault, que le terme se popularise en langue française. L'auteur en donne la définition suivante en note de l'un de ses contes : « Homme sauvage qui mange les petits enfants »[2]. Madame d'Aulnoy le reprend à son compte l'année suivante, en 1698, dans son récit l'Oranger et l'Abeille.

Folklore, contes et mythologie[modifier | modifier le code]

Les Ogres sont dépeints comme des brutes géantes, hirsutes, inintelligentes et cruelles. Si dans l'imaginaire breton, l'Ogre géant est constructeur de mégalithes et de dolmens, sa figure a été popularisée par Charles Perrault dans les Contes de ma mère l'Oye :

  • un des Ogres les plus fameux y est celui du conte le Petit Poucet.
  • un autre Ogre apparaît dans le Chat botté. Il a le pouvoir, tel Protée, de prendre une forme quelconque. Le Chat botté le mange après l'avoir mis au défi de se transformer en souris.
  • une des variantes de l'Ogre est le personnage de la Barbe bleue, qui tue les femmes qu'il épouse sans toutefois les manger.

La mythologie grecque, à travers le personnage de Cronos (Saturne chez les Romains) dévorant ses propres enfants, préfigure l'ogre primaire, qu'on retrouve dans les peintures noires de Francisco de Goya.

Portrait d'ogres[modifier | modifier le code]

« L'Ogre le reçut aussi civilement que le peut un Ogre ». Le Maître chat ou le Chat botté, illustration de Gustave Doré de 1867.

Charles Perrault n’abuse pas de la figure de l’ogre et n’y a recours qu’à trois reprises, avec deux ogres mâles et une ogresse. Dans les trois cas, les ogres occupent une position sociale élevée et sont riches :

  • l’Ogre du Petit Poucet possède quantité d’or et d’argent dont le héros finit par s’emparer
  • celui du Chat botté est maître d’un château entouré de vastes terres et vit dans l’opulence
  • quant à l’Ogresse de la Belle au bois dormant, elle n’est rien de moins que la reine.

Le cannibalisme, qui engraisse leur corps et les accroît jusqu’à en faire des géants, s’accompagne ainsi d’une profusion de richesses et de pouvoirs exceptionnels : mobilité extrême pour le premier grâce aux bottes de sept lieues, métamorphose pour le second et régence pour la dernière.

Les Ogres n'ont qu'une obsession : manger de la chair fraîche. Leurs mets de prédilection sont les petits enfants. À la différence du Loup, qui dévore ses victimes crues, l'Ogre aime que la viande soit préparée et cuite, en sauce, comme on accommode le veau ou le mouton.

On voit les Ogres bons amis. Celui du Petit Poucet se prépare à régaler ses amis Ogres de chair fraîche. Il est décrit comme « bon mari » et père de sept petites filles qu’il élève comme des princesses. Il finit cependant par s’évanouir, non par le trépas, mais dans son sommeil dès lors qu’on lui ôte ses bottes de sept lieues, comme s’il perdait alors tout pouvoir avec la disparition de ce signe extérieur de fortune et puissance.

Malgré leur taille, leur appétit, leurs richesses et leur position sociale élevée les rendant d'autant plus à craindre, les Ogres se laissent facilement berner : l’un par un enfant, l’autre par un chat, la dernière par son maître d’hôtel, même si elle finit par découvrir la supercherie : le Chat botté convainc sans mal l'Ogre de se transformer en souris, quant au Petit Poucet, il échange son bonnet de nuit et celui de ses frères contre les couronnes des filles de l'Ogre, ce qui conduira ce dernier à tuer sa progéniture.

Ogresses[modifier | modifier le code]

L'ogre et sa femme, illustration allemande de Der kleine Däumling, XIXe siècle

Dans les contes, le personnage de l’Ogresse est tour à tour le pendant féminin du personnage de l’Ogre, c'est-à-dire un être déployant un appétit féroce pour la chair fraîche (mère du prince dans la Belle au Bois dormant, sorcière dans Hänsel et Gretel des frères Grimm), ou bien plus simplement la femme ou les filles d’un Ogre (Le Petit Poucet).

La Belle au bois dormant[modifier | modifier le code]

L’Ogresse apparaît dans la seconde partie du conte de Perrault, bien souvent méconnue et abandonnée dans les adaptations postérieures. Elle est l’épouse du roi et mère du prince. Même si cette femme est d’un abord normal, quelques indices mettent le lecteur sur la voie : elle semble trop curieuse, des rumeurs courent sur son compte et son fils même se méfie d’elle :

« Le prince la craignait quoiqu’il l’aimât, car elle était de race Ogresse, et le Roi ne l’avait épousée que pour ses grands biens ; on disait même tout bas à la Cour qu’elle avait les inclinaisons des Ogres, et qu’en voyant passer de petits enfants, elle avait toutes les peines du monde à se retenir de se jeter sur eux »

Elle n’a qu’une idée en tête, assouvir sa pulsion cannibale en dévorant la petite Aurore et le petit Jour, c’est-à-dire ses propres petits-enfants et leur mère. Elle va pour cela s’aider de la complicité de son maître d’hôtel en profitant de l’absence du père des enfants :

« Je veux manger demain à mon dîner la petite Aurore. – Ah ! Madame, dit le Maître-d’Hôtel. – Je le veux, dit la Reine (et elle le dit d’un ton d’Ogresse qui a envie de manger de la chair fraîche), et je la veux manger à la Sauce Robert. »

Il suffit ainsi que sa rivalité de marâtre avec une bru trop belle se trouve renforcée par les pouvoirs de régente que lui donne l’absence du roi son fils pour que ses instincts se déchaînent. Comble de tout, sa perversion s’exerce au sein de sa propre famille. Le maître d’hôtel attendri prend cependant la précaution de mettre les enfants et la princesse à l’abri dans son propre foyer et d’accommoder un petit agneau en remplacement d’Aurore, un petit chevreau à la place de Jour et une jeune biche au lieu de la jeune reine[3].

Hänsel et Gretel[modifier | modifier le code]

Hänsel et Gretel, perdus par leurs parents, gagnent, après avoir erré dans la forêt, une maisonnette de pain et gâteau, demeure de l'ogresse, qualifiée de sorcière dans le conte. Celle-ci veut engraisser le garçonnet et utilise la fillette comme domestique. Gretel la pousse dans le four, allumé pour cuire Hänsel. Les deux enfants finissent par regagner la maison de leur père en voyageant à dos de canard, non sans avoir auparavant mis la main sur les perles et pierres précieuses de l’Ogresse.

Le Petit Poucet[modifier | modifier le code]

Les sept filles de l’Ogre sont qualifiées de « petites Ogresses » et présentées en ces termes dans le conte de Charles Perrault :

« L’Ogre avait sept filles, qui n’étaient encore que des enfants. Ces petites Ogresses avaient toutes le teint fort beau, parce qu’elles mangeaient de la chair fraîche comme leur père ; mais elles avaient de petits yeux gris et tout ronds, le nez crochu et une fort grande bouche avec de longues dents fort aiguës et fort éloignées l’une de l’autre. Elles n’étaient pas encore fort méchantes ; mais elles promettaient beaucoup, car elles mordaient déjà les petits enfants pour en sucer le sang »

La femme de l’Ogre est également présentée comme Ogresse, mais seul son mariage lui vaut ce statut. Loin de se nourrir de chair fraîche et de vouloir manger les enfants, elle se fait leur complice en tentant de les cacher à son mari.

Portée symbolique[modifier | modifier le code]

Le Petit Poucet s'emparant des bottes de sept lieues de l'Ogre (parc d'Efteling).

Le discours psychanalytique a tenté d'interpréter la figure de l'Ogre. Pour les disciples de Freud, il constitue l'image inversée et cauchemardesque du père, ce dernier ayant chez le conteur un rôle presque toujours extrêmement négatif. Aux yeux des mêmes interprètes, il s'agit du transparent symbole du retour au ventre maternel. La sauvagerie de l'Ogre serait une transposition symbolique de la violence affective contenue dans les rapports familiaux[2].

Dans sa Psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettelheim voit dans l'Ogre un écho aux frayeurs des enfants en bas âge, au moment où joue la pulsion orale. Cette pulsion, qui pousse les enfants à porter tout objet à la bouche (le stade oral décrit par Freud), est perçue comme une puissance destructrice, qu'il faut réussir à surmonter. C'est ce que proposent les contes, en offrant aux enfants un scénario de victoire sur l'Ogre.

Formes contemporaines[modifier | modifier le code]

La tendance contemporaine, vis-à-vis des personnages de contes « traditionnels », est de prendre le contre-pied de la tradition, et de leur attribuer les qualités qu'ils ne sont pas censés avoir ; ainsi, les ogres deviennent végétariens, gentils… Dans une bande dessinée sur le végétarisme parue en 1993 dans Hara-Kiri, Bruno Blum trace un parallèle entre les ogres et les hommes carnivores, qui dévorent les jeunes agneaux, les porcelets, les jeunes veaux et autres animaux en concluant : « On ne naît pas humain, on le devient. »

Le Donjon de Naheulbeuk[modifier | modifier le code]

L'Ogre dans la saga du Donjon de Naheulbeuk, de John Lang, alias Pen Of Chaos, est un des membres de la compagnie de Naheulbeuk. Ces membres sont le Ranger, le Barbare, l'Elfe, le Nain, la Magicienne, le Voleur, le Ménestrel, le Paladin de Dlul, le gnôme des forêts du nord, Gluby, et, bien sûr, l'Ogre. C'est une grande créature qui a toujours faim et qui s'exprime par des borborygmes incompréhensibles. Il mange tout ce qu'il trouve et agit uniquement par instinct, ce qui le rapproche un peu du Barbare. Seule la Magicienne comprend sa langue et peut donc traduire ses paroles aux autres personnages. Malgré une apparente bêtise, il fait parfois preuve d'intelligence, d'affection (surtout avec la Magicienne), et de franche camaraderie avec ses compagnons (surtout le Nain et le Barbare). D'ailleurs, ceux-ci le voient à la fois comme un « copain », et comme un « monstre ».

Shrek[modifier | modifier le code]

Le personnage de Shrek est un cas à part. S'il a l'apparence d'un ogre, il n'en a pas les habitudes ni les mœurs : il vit seul, isolé, dans une cabane au fond des bois, et ne mange pas les enfants( même si dans une vidéo officielle de DreamWorks, il dit que les bébés sont équivalants a des muffins pour les ogres). Les gens ont tout de même peur de lui, uniquement en raison des apparences : il ressemble à un ogre, donc il doit forcément en être un, avec tout ce que cela entraîne.

La portée du conte de Shrek tient en ce qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Le message a toute sa valeur dans notre société moderne de l'image : l'ogre a ainsi en réalité bon cœur et souffre de son isolement, la Princesse a un côté public (belle le jour) et privé (difforme la nuit), le prince charmant est en réalité vaniteux, égoïste et insupportable, le roi ne doit sa majesté qu'à l'amour et au baiser de sa femme, lui-même n'est qu'une grenouille, etc.

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

  • Dans Warcraft, un ogre est une créature humanoïde, monstrueuse, énorme et parfois bicéphale (une expérience d'un sorcier orc afin de leur permettre d'utiliser la magie). Ils sont répartis en clans et se sont autrefois ralliés à la Horde.
  • Dans EverQuest, les ogres naissent à Oggok et peuvent être Belluaire, Berserker, Chaman, Fléau d'ombre ou Guerrier. Ils sont encore plus puissants et massifs que les Trolls. Ils constituent la race la plus forte de toutes et sont donc de très bons guerriers.
  • Dans The Elder Scrolls IV: Oblivion, un ogre est un humanoïde démesuré gris à petite tête qui vit dans des lieux froids et humides, tels que les milieux nordiques et les donjons.
  • Dans Ogre Battle: The March of the Black Queen, l'ogre est le côté sombre de l'être humain. Il est décrit comme une personne normale et est avide de pouvoir.
  • Dans Tekken, True Ogre est la vraie forme de Ogre, considéré comme une légende des Amérindiens.
  • Dans RuneScape, l'ogre est un grand homme blanc sauvage vêtu d'un pagne, comme Tarzan.
  • Dans OGRE Computer Game (1986), l'ogre est un robot monstrueux qui à lui seul peut détruire toute une armée (le jeu OGRE est à l'origine un petit jeu sur carte en papier).
  • Dans l'univers fantastique de Warhammer Battle, les Ogres sont une race d'humanoïdes géants créée par les Anciens dans le but de résister au Chaos. Imparfaits, les Ogres, bien que grands et forts, souffrent de facultés mentales limitées, et se sont retrouvés exilés dans les Montagnes des Larmes, d'où ils migrent fréquemment pour parcourir le monde en tant que mercenaires.
  • Dans Cube et Sauerbraten, les ogres sont des êtres humanoïdes ventripotents de taille relativement petite (environ un mètre si l'on suppose que l'unité de base de l'éditeur de cartes, le cube, à la même valeur dans Cube et AssaultCube). Dans Sauerbraten, les ogres semblent avoir une taille plus humaine, surtout depuis l'ajout, dans la version Justice Edition, d'un personnage humain parmi les personnages jouables.

Jeu de rôle[modifier | modifier le code]

  • Dans le monde de Glorantha, les ogres sont des Humains corrompus par le Chaos. Ils vivent au milieu des hommes dont ils ne se distinguent que par leur taille et leur force légèrement supérieures. Ils se considèrent comme les prédateurs naturels des humains, comme le Chaos est celui du monde. Ils savent même tromper les dieux pour s'intégrer aux cultes habituels.
  • En Harmonde, le monde du jeu de rôles Agone, les ogres forment un peuple nés de la personnification de l'été. Fiers, orgueilleux et joueurs, ils choisissent souvent une carrière militaire ou bourgeoise, se livrant alors dans une guerre commerciale farouche.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Dans la série Garulfo (tome 4 : L'Ogre aux yeux de cristal), la princesse est amie avec un ogre timide et gentil, mais elle ne peut empêcher les stupides chevaliers d'aller se faire tuer par lui.
  • Dans le manga L'Attaque des Titans ("Shingeki no Kyojin"), de Hajime Isayama, les êtres immenses et ennemis de l'Humanité appelés "titans" peuvent être comparés à des ogres. Leur taille peut varier de trois à plusieurs dizaines de mètres, et le seul but de leur existence réside apparemment dans le fait de dévorer vivants des êtres humains, et ce par pur plaisir et non par besoin alimentaire. Ils n'ont pas l'air (sauf cas spéciaux appelés "déviants") intelligents ni très vifs. Ils sont nus et ont des bouches démesurées s'étalant toujours dans un sourire figé et carnassier. Ce manga est dans sa première partie très axé sur la peur primale de la dévoration.

Histoire[modifier | modifier le code]

Ce personnage a été, en quelque sorte, personnifié dans la réalité, par Gilles de Rais ou, plus près de nous, par des criminels sadiques et cannibales tels Albert Fish ou Michel Fourniret, surnommé « l'ogre des Ardennes ». Les Britanniques surnommèrent aussi Napoléon Ier l'Ogre[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire de l'Académie française, (1932-1935)
  2. a et b Mémoire de la France, éditions Larousse
  3. Charles Perrault, Contes (introduction, notices et notes de Catherine Magnien), éditions Le Livre de Poche Classique

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L’ogre en littérature : figure de l’Autre, peur du Moi de Claire Caillaud et Madeleine Daire, TDC, 1er mars 2000, no 791, p. 1-37.
  • Édouard Brasey Le petit livre des ogres, Paris, Le Pré aux clercs, (ISBN 9782842283353).