Scepticisme scientifique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Scepticisme.

Le scepticisme scientifique, nommé aussi scepticisme rationnel ou scepticisme contemporain, est une pratique et une position épistémologique qui remet en doute la véracité de certaines allégations par manque de preuves empiriques ou de reproductibilité. Cette démarche cherche à promouvoir la science, la pensée critique et à soumettre à la méthode expérimentale (lorsque cela est possible) les affirmations d'existence de phénomènes paranormaux (notamment ceux étudiés par l'ufologie, la parapsychologie et la cryptozoologie) ou surnaturels (réincarnation, résurrection). Les sceptiques critiquent aussi vivement les théories du complot, les médecines non conventionnelles et, de manière plus générale, ce que la majeure partie de la communauté scientifique considère comme des pseudo-sciences.

Historique[modifier | modifier le code]

En 1952 Martin Gardner publie son premier ouvrage, In the Name of Science[1],[2], réédité sous le titre Fads and Fallacies in the name of Science[3].

Dans les années 1970, aux États-Unis, le philosophe Paul Kurtz crée le Committee for the Scientific Investigation of Claims of the Paranormal ou CSICOP, plus tard renommé Committee for Skeptical Inquiry[4], et l'illusionniste James Randi, qui dénonce notamment les méthodes et démystifie Uri Geller, fera connaître le mouvement en en médiatisant les défis[2].

En 1991, Michael Shermer cofonde la Skeptics Society et le Skeptic magazine. Depuis 1970, de nombreux groupes se désignant comme sceptiques se sont formés, organisant des colloques, conduisant des recherches et médiatisant les explications sceptiques des phénomènes apparemment surnaturels[2].

Description[modifier | modifier le code]

Le scepticisme scientifique s'appuie sur l'esprit critique et la méthode scientifique, privilégiant l'évaluation des théories selon leur réfutabilité, la répétabilité des expériences et le principe de parcimonie (Rasoir d'Ockham) plutôt que d'accepter des déclarations ou des preuves anecdotiques, des théories irréfutables ou fondées sur la foi. Le scepticisme fait partie du cadre de la méthode scientifique, par exemple un résultat expérimental n'est pas considéré comme établi tant qu'il n'a pas été reproduit de façon indépendante. Les sceptiques concentrent souvent leurs critiques sur des affirmations jugées non plausibles, douteuses ou clairement en opposition avec les connaissances scientifiques établies. Les sujets généralement critiqués comprennent par exemple la parapsychologie, la voyance, l'astrologie, l'homéopathie, l'ufologie, la radiesthésie.

Les sceptiques considèrent que les phénomènes dits paranormaux devraient pouvoir être examinés de façon critique et objective et que les déclarations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires avant de pouvoir être validées.

Le scepticisme scientifique se distingue du mouvement Fortéen[5], très populaire dans le monde anglophone, particulièrement en Angleterre, même s'il s'intéresse plus ou moins aux mêmes sujets.

Le scepticisme scientifique est différent du scepticisme philosophique tel qu'on le trouve chez Pyrrhon d'Élis par exemple, qui consiste à dire qu'on ne peut se déterminer sur la possibilité d'une accession à un savoir certain. Il s'agit plutôt d'une forme dérivée du doute méthodique de René Descartes ou encore du « scepticisme modéré » de David Hume.

Approches[modifier | modifier le code]

Différentes approches existent, dont par exemple :

  • L'examen par les pairs (« Peer review » pour les anglophones) très couramment pratiqué dans l'édition scientifique et l'évaluation de la Recherche scientifique ;
  • des approches visant spécifiquement et proactivement à débusquer et mettre en évidence des erreurs, des ommissions volontaires ou des manipulations, des trucs de prestidigitateurs, etc. avec un objectif de démystification (en anglais : debunk, d'où en:debunker) et ceux qui veulent étudier les thèses paranormales[1].
  • Certains sceptiques (américains notamment) s'impliqueraient de manière plus politique ou médiatique (pour promouvoir la science et ses principes), d'autres seraient plus orientés vers un humanisme séculier[6]. Dans son article[7], Daniel Loxton, auteur de la rubrique Junior Skeptic dans le magazine Skeptic, argumente qu'il faut au contraire revenir à ce que certains considèrent comme les bases, le scepticisme à la James Randi, par exemple.
  • La zététique est une variante française du scepticisme scientifique, initiée par Henri Broch, fondateur avec Gérard Majax (prestidigitateur célèbre en France) du Défi zététique international. L'Observatoire Zététique affirme défendre une approche respectant la liberté de croire des tenants du paranormal, en évitant le dogmatisme et en se prononçant uniquement sur la validité des preuves et des raisonnements[8].

Le rapport à la croyance : Il varie selon les individus, et sans doute selon les époques ;

Les personnes qui sont "scientifiquement sceptiques" devraient théoriquement aussi être ou devenir athées, ou agnostiques, et matérialistes, car l'application des principes scientifiques aux thèses religieuses entraîne bien souvent la remise en cause des grandes théories religieuses.
Paul Kurtz soutient aussi l'humanisme séculier, une forme de laïcité qui examine de manière critique les affirmations des religions, alors qu'un scepticisme plus scientifique se concentrerait sur les pseudo-sciences.
Richard Dawkins défend l'idée que scepticisme rationnel, matérialisme et athéisme sont trois positions intimement liées[9].
Martin Gardner, en revanche, revendiquait sa croyance en un Dieu, bien qu'il ne suivît aucune religion organisée.

Organisations[modifier | modifier le code]

  • En 1948, une des premières organisations sceptiques à avoir vu le jour est le Comité pour l'investigation scientifique des phénomènes réputés paranormaux, dit Comité Para, en Belgique.

The Skeptic's Dictionary[10] est un site dont l'auteur est Robert Todd Caroll et qui fournit des informations sceptiques sur les divers sujets critiqués par le mouvement sceptique contemporain (ufologie, parapsychologie, cryptozoologie, médecines non-conventionnelles et, de manière plus générale, les pseudo-sciences). Le Dictionnaire Sceptique[11] en est la version francophone. C'est une traduction de la version anglophone, réalisée par les Sceptiques du Québec[12].

En 2006, le CSICOP change de nom et devient le Committee for Skeptical Inquiry (CSI) afin de souligner que le groupe ne s'intéresse pas uniquement au paranormal, mais aussi aux pseudo-sciences, aux théories de la conspiration ou encore aux religions. L'association sceptique la plus importante à l'heure actuelle est le Committee for Skeptical Inquiry, qui publie le magazine Skeptical Inquirer. D'autres organisations importantes sont la Skeptics Society et la James Randi Educational Foundation[13]. Michael Shermer, fondateur de la Skeptics Society, tient la rubrique sceptique du prestigieux journal Scientific American.

Les publications principales sont Skeptical Inquirer, publié par le Committee for Skeptical Inquiry, et Skeptic Magazine, publié par la Skeptics Society.

Critiques[modifier | modifier le code]

Marcello Truzzi, premier codirigeant avec Paul Kurtz du CSICOP, s'est distancié du CSICOP et de certaines formes de critiques du courant sceptique qui, selon lui, auraient dérivé vers ce qu'il appela le pseudoscepticisme. Ce concept caractériserait le fait de formuler des affirmations négatives sans accepter le fardeau de la preuve[14] et, dans le champ du paranormal, la position selon laquelle toute donnée soutenant l'existence de phénomènes paranormaux est nécessairement frauduleuse ou mensongère[15]. Truzzi décrit des chercheurs et des démystificateurs qui selon lui se prononçaient sur la validité d'affirmations avant de les avoir expérimentées. Il accusa le CSICOP d'avoir adopté un comportement de plus en plus antiscientifique. D'autres auteurs soutiennent cependant que le concept de pseudo-scepticisme servirait surtout aux tenants d'une ou l'autre pseudo-science pour dénigrer les sceptiques.

« En science, le fardeau de la preuve revient à celui qui affirme et plus une affirmation est extraordinaire, plus grand est le fardeau de la preuve demandé. Le vrai sceptique a une attitude agnostique, c'est-à-dire qu'il considère une affirmation non prouvée plutôt que démontrée fausse. Il prétend que l'affirmation n'a pas été prouvée et que la science doit continuer à construire ses cartes conceptuelles cognitives d'analyse de la réalité sans tenir compte de l'affirmation. Tant que le vrai sceptique ne fait pas d'affirmation, il n'a rien à prouver. Il ne fait que continuer à utiliser les théories scientifiques établies par les sciences conventionnelles. Cependant, si le critique affirme que l'affirmation a été démontrée fausse, qu'il a une hypothèse négative – disons, par exemple, qu'un résultat d'un test psi est dû à un artefact –, il fait une affirmation et doit alors fournir la preuve de son assertion[16],[17]. »

Truzzi attribua les caractéristiques suivantes aux pseudo-sceptiques :

  • Tendance à nier, plutôt qu'à douter
  • Faire deux poids, deux mesures
  • Tendance à discréditer, plutôt qu'à chercher
  • Présenter des données ou des preuves insuffisantes
  • Supposer que la critique ne porte pas le fardeau de la preuve
  • Présenter des contre-arguments sans fondements ou fondés sur leur plausibilité et non sur des preuves empiriques
  • Traiter l'insuffisance des preuves comme une raison de rejeter totalement une proposition.

Aujourd'hui, les organisations « sceptiques des sceptiques » (the skeptic's skeptic; c'est ainsi que Paul Kurtz désignait Truzzi) sont, notamment, Skeptical Investigations[18], une ressource en ligne fondée par le biologiste Rupert Sheldrake, et le SCEPCOP - Scientific Committee to Evaluate PseudoSkeptical Criticism of the Paranormal (Comité scientifique d'évaluation des critiques pseudosceptiques du paranormal)[19].

Listes de sceptiques célèbres[modifier | modifier le code]

Précurseurs :

Bibliographie indicative[modifier | modifier le code]

Revues[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Liste d'ouvrages considérés comme des classiques de la littérature sceptique (par ordre croissant d'année de publication) :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) (en) Martin Bridgstock, Beyond Belief: Skepticism, Science and the Paranormal, Cambridge University Press,‎ 2007 (présentation en ligne), p. 86-88
  2. a, b et c (en) Skepticism, Bookrags
  3. (en) M. Gardner, Fads and Fallacies in the name of Science, Dover Publications, 1957.
  4. (en) CSI On-line: Scientifically Investigating Paranormal and Fringe Science Claims.
  5. (en) Science, Forteans & Skeptics de Stephen Dewey.
  6. (en) Paul Kurtz, The New Skepticism: Inquiry and Reliable Knowledge, Prometheus Books, 1992.
  7. (en) Where do we go from here? - Has classic scepticism run its course?.
  8. Extrait des statuts de l'Observatoire Zététique.
  9. (en) Richard Dawkins, The God Delusion, 2006, (ISBN 0-618-68000-4); Audio (2006) (ISBN 1-84657-037-9).
  10. (en) The Skeptic's Dictionnary.
  11. Le Dictionnaire Sceptique.
  12. Les Sceptiques du Québec | Accueil.
  13. (en)James Randi Educational Foundation - Home.
  14. (en) (en) Marcello Truzzi, « On Pseudo-Skepticism », Zetetic Scholar, no 12/13,‎ 1987, p. 3–4 (lire en ligne)
  15. (en) Hugo Meynell, « On Investigation of the So-Called Paranormal », dans Critical reflections on the paranormal, Michael F. Stoeber, Hugo Anthony Meynell, ed., State University of New York Press, 1996, 224 pages.
  16. (en) In science, the burden of proof falls upon the claimant; and the more extraordinary a claim, the heavier is the burden of proof demanded. The true skeptic takes an agnostic position, one that says the claim is not proved rather than disproved. He asserts that the claimant has not borne the burden of proof and that science must continue to build its cognitive map of reality without incorporating the extraordinary claim as a new "fact." Since the true skeptic does not assert a claim, he has no burden to prove anything. He just goes on using the established theories of "conventional science" as usual. But if a critic asserts that there is evidence for disproof, that he has a negative hypothesis --saying, for instance, that a seeming psi result was actually due to an artifact--he is making a claim and therefore also has to bear a burden of proof.
  17. (en) Marcello Truzzi, « On Pseudo-Skepticism », Zetetic Scholar, 12/13, pp. 3-4, 1987.
  18. (en) Skeptical Investigations.
  19. (en) Scientific Committee to Evaluate Pseudoskeptical Criticism of the Paranormal.
  20. http://www.unice.fr/zetetique/ Site web du Laboratoire de zététique fondé en 1998, par Henri Broch
  21. [Pour une didactique de l’esprit critique – Zététique & utilisation des interstices pseudoscientifques dans les médias http://www.unice.fr/zetetique/articles/RM_Doctorat_Zetetique_et_medias.pdf]
  22. Skeptical Inquirer
  23. Skeptic Magazine
  24. The Scientific Review of Alternative Medecine.
  25. The Scientific Review of Mental Health Practice.
  26. Science et pseudo-sciences
  27. The Skeptic Report.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]