Kochtcheï

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Ivan Bilibine: Kochtcheï l'Immortel

Dans la mythologie slave, Kochtcheï (russe : Коще́й, aussi Koschei, Kachtcheï, Kashchey ou Kościej (en polonais) est un sorcier, représenté sous les traits d'un vieillard hideux, dont la principale fonction est d'enlever les princesses des contes[1]. Kochtcheï est aussi connu comme Kochtcheï l'immortel ou Kochtcheï qui ne meurt jamais (Коще́й Бессме́ртный), aussi bien que comme le tsar Kochtcheï ou Kochtcheï l'Enchanteur. L'écriture de son nom dans d'autres langues slaves (comme le polonais "Kościej") laisse entendre que son nom provient de "kost" (russe кость = polonais kość : os), suggérant donc qu'il a l'apparence d'un squelette.

Nul ne peut tuer Kochtcheï par des moyens conventionnels visant son corps. Son âme est séparée de son corps et cachée dans une aiguille, laquelle est contenue dans un œuf, lui-même dans une cane qui est dans un lièvre, dans un coffre de fer enterré sous un chêne vert qui se trouve sur l'île Bouïane, dans l'océan.

Tant que son âme est en lieu sûr, il ne peut mourir. Si le coffre est déterré et ouvert, le lièvre en bondira. S'il est tué, la cane en sortira pour tenter de s'échapper. Quiconque cependant arrivera à prendre l'œuf tiendra Kochtcheï en son pouvoir. Il commencera à s'affaiblir, tombera malade et perdra ses pouvoirs magiques. Si on lance l'œuf, il se lancera dans la même direction contre sa volonté. Si l'aiguille est brisée (dans certains contes, il faut la frapper contre le front de Kochtcheï pour y arriver), Kochtcheï mourra. Ce type de conte russe mettant en œuvre un œuf est assez commun dans les contes de fées russes. Toutefois, ce thème n'est pas spécifiquement slave : on le retrouve notamment dans des contes de Bretagne et d'Irlande (voir plus bas : Parallèles).

Kochtcheï est souvent allié à un serpent ou un dragon, le zmeï ; il est parfois considéré comme l'époux de la Baba Yaga[1].

Apparitions et allusions[modifier | modifier le code]

Viktor Vasnetsov Kachtcheï l'Immortel
  • Dans le conte de Maria des Mers (Maria Morevna) [2], Kochtcheï enlève Maria, l'épouse d'Ivan Tsarévitch, que ce dernier a imprudemment libéré du réduit où il se morfondait depuis dix ans. Devant l'insistance d'Ivan à récupérer sa femme, Kochtcheï, qui rattrape toujours les fugitifs grâce à son cheval extraordinaire, finira par couper le tsarévitch en morceaux qu'il enfermera dans un tonneau goudronné qu'il jettera à la mer. Ivan, ressuscité grâce à l'eau vive, tuera Kochtcheï, le brûlera et dispersera ses cendres. (Kochtcheï réapparaîtra néanmoins dans d'autres contes).
  • Dans Vassilissa Prekrasnaïa (Vassilissa-la-très-belle), un dessin animé russe fondé sur le conte populaire russe La Princesse-Grenouille.
  • Un méchant dans L'Oiseau de feu d'Igor Stravinsky.
  • Il apparaît dans le film d'animation soviétique de 1958 Krasa nenaglyadnaya (en anglais: Beloved Beauty)
  • Nikolaï Rimski-Korsakov a écrit un opéra qui compte Kochtcheï parmi ses personnages, intitulé Kachtcheï l'immortel.
  • Dans le roman de Mercedes Lackey The Firebird, Katschei figure en tant que principal personnage négatif, dans une réécriture du conte pour un lectorat moderne.
  • Mad Hettie dans 'The Sandman' et Hellblazer passe par le même processus : elle cache son cœur et dit : "Je l'ai peut-être caché dans un œuf de cane, dans une cane, dans un puits, dans un château, sur une île entourée par un lac de feu, gardé par cent dragons chacun plus grand et plus féroce que le précédent", alors qu'en réalité elle l'a caché dans une poupée russe. Dans un autre numéro de Sandman, une vieille mendiante possède une besace remplie de merveilles, l'une d'entre elles étant prétendument le cœur d'émeraude de Kochtcheï qui ne peut mourir. Neil Gaiman, l'auteur de la série, utilise aussi le procédé de l'âme contenue dans un œuf de cane dans son roman et sa série télévisée Neverwhere.
  • Dans le tome 9 du comics Hellboy, L'Appel des ténèbres, il est le principal adversaire de Hellboy, sous l'orthographe Koshcheï. Il est envoyé à la poursuite de Hellboy par la Baba Yaga, réclamant sa propre mort comme paiement. En effet, dans cette version il est apparemment un ancien amant de la sorcière, qui à sa demande le rendit immortel en enfermant son âme dans un œuf, lui-même dans un lapin qui serait dans un canard qui serait dans une chèvre, laquelle chèvre est auprès de Baba Yaga.

Autres reprises du nom[modifier | modifier le code]

  • James Branch Cabell emploie l'orthographe Koshchei dans plusieurs de ses livres. Son personnage, cependant, est une sorte de dieu primordial qui préside au sort des dieux humains de "premier niveau" (comme Jehovah et Loki). Robert A. Heinlein le reprend dans son roman Job, une comédie de justice.
  • Dans le cycle Les Guerriers de l'éternité de John C. Wright, Koschei est le porteur de mort, celui qui prend les âmes lorsque les gens meurent.
  • Dans le roman de Keith Taylor Bard II: The Voyage of Ormungandr, Koschei apapraît pour menacer Felimid mac Fal, qui est presqu'aussi intellignet qu'il le croit, et la belle et souvent fatale Gudrun la pirate.
  • Dans le roman court de Charles Stross Une Guerre encore plus froide, Koschei est le nom de code américain pour Cthulhu en sommeil, capturé avec shoggot'im (shoggoths) en Allemagne nazie par l'Armée rouge d'Union des républiques socialistes soviétiques.
  • Les romans Doctor Who de David A. McIntee, The Dark Path et Face Of The Enemy; le Maître prend le nom de Koschei avant de choisir le nom de Master.

Parallèles[modifier | modifier le code]

  • Dans les légendes celtiques, on trouve un personnage appelé en Irlande Creachadôir Tarnochtaighthe (« Pillard tout nu » ; autres dénominations : Crochaire Târnochta, Crochadaire Ceusta), que l'on ne peut ni étouffer, ni noyer, ni tuer, parce que son âme n'est pas en lui : elle est dans un œuf, qui est dans le ventre d'une cane, qui est dans le ventre d'un bêlier, qui est au milieu d'un saule, qui est dans le cellier ; une fois parvenu à l'œuf, il faut en frapper le Creachadôir sur le signe qui est sous son sein gauche, ou sur un point noir que le magicien a dans la paume gauche, selon les versions, pour le tuer[3]. Dans une version bretonne[4], le personnage est un géant appelé Corps-sans-âme : l'âme se trouve dans un œuf, l'œuf dans une colombe, la colombe dans un lièvre, qui est dans un loup, lui-même enfermé dans un coffre de fer qui gît au fond de la mer. À chaque animal tué par le héros, le géant s'affaiblit, « comme si on lui eût coupé un membre ». Le héros lui lance finalement l'œuf au milieu du front, l'œuf se brise et le géant expire.
  • Un personnage semblablement difficile à tuer est le magicien Mahiravana de Kamba Ramayanam, aussi appelé Patala (Underworld) Ravana et lié à asura Rāvana. À bien des égards différent de Valmiki Rāmāyana, il acquiert un niveau de protection contre la mort en déplaçant ses pranas de son corps et en les rendant presque inaccessibles à ses ennemis. D'après une source, Mahiravana est dit soit frère, soit fils de Lanka Ravana. Une version de cette histoire se trouve dans la Puranic Encyclopedia (entries 'Rama', 'Satamukha 1.', 'Varamani') et une autre dans la version bengalie du Rāmāyana par Krittivas Ojha.
  • Dans le roman de J. R. R. Tolkien Le Seigneur des anneaux, le personnage démoniaque Sauron met son pouvoir dans un anneau magique dont la destruction peut provoquer sa mort.
  • Dans Taran Wanderer de Lloyd Alexander, un vieux magicien nommé Morda est invulnérable, même face à un chat géant, car son âme est cachée en dehors de son corps.
  • Dans Le Parlement des fées de John Crowley, la maîtresse de mémoire Ariel Hawksquilla caché son âme dans une cigogne. Même lorsqu'elle est tuée, son âme survit, malheureuse, à l'intérieur de la cigogne.
  • Dans la série Harry Potter de J. K. Rowling, le sorcier maléfique Lord Voldemort cache des morceaux de son âme dans des objets appelés Horcruxes. À moins qu'Harry Potter ne les détruise, Lord Voldemort ne peut mourir.
  • Dans le film Le secret du coffre maudit, on apprend que le cœur de Davy Jones est caché dans un coffre sur une île secrète ; quiconque contrôle le cœur maîtrise Davy Jones, et par conséquent la mer.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Catherine Rager, Dictionnaire des fées et du peuple invisible dans l'Occident païen, Brepols, 2003 (ISBN 2-503-51105-8)
  2. Maria des Mers, trad. Luda, Éd. La Farandole, 1976.
  3. Georges Dottin, Contes et légendes d'Irlande : Le Corps sans âme, Terre de brume, Dinan, 2011 (ISBN 978-2843624605)
  4. Fabienne Raphoz, L'Aile bleue des contes : l'oiseau, José Corti, 2009 (ISBN 978-2-7143-1011-8) (conte 45 : Le Corps sans âme, Bretagne). Ce conte avait été recueilli par François-Marie Luzel auprès d'une conteuse de Plouaret, et publié dans Contes populaires de Basse-Bretagne en 1887.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine Rager, Dictionnaire des fées et du peuple invisible dans l'Occident païen, Turnhout, Brepols, coll. « Petits Dictionnaires bleus », 2003, XI-1041 p., (ISBN 2-503-51105-8), [compte rendu en ligne].

Liens externes[modifier | modifier le code]