Ganipote

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La ganipote (parfois orthographiée galipote)[1] est une créature légendaire et maléfique issue du folklore et des légendes des provinces du centre-ouest de la France[2]. On en trouve ainsi mention en Charentes (Aunis, Saintonge, Angoumois), en Poitou, en Pays Gabaye, en Guyenne (« ganipaute ») et jusqu'en Forez (« galipoto[3] »). Le terme masculin « ganipot » est parfois utilisé[4], mais reste d'emploi beaucoup plus limité. Une créature aux caractéristiques proches, la garache, est typique des légendes poitevines.

Dans son dictionnaire du patois saintongeais, paru en 1869, Pierre Jônain décrit la ganipote comme : « La male-bête, l'objet des craintes superstitieuses de toutes nos campagnes. Ce sont, dit-on, des sorciers qui se changent, la nuit, en chien blanc (cani-pote, patte de chien) et courent le pays pour faire peur et pour faire mal[5] ».

La ganipote s'apparente par certains aspects au loup-garou (Weird Tales, novembre 1941, vol. 36, no 2, page 38).

Créature malfaisante et protéiforme liée au monde de la sorcellerie, elle hanterait les bois sombres, parcourerait la campagne les nuits sans lune ou rôderait autour des demeures habitées le matin avant le jour, et le soir après le coucher du soleil[6]. Volontiers facétieuse, elle est apparentée au loup-garou — bien qu'elle soit capable de prendre non seulement l'apparence d'un loup, mais aussi d'un chien, d'un mouton, d'une chèvre, etc. — et s'amuse à terroriser les passants en leur sautant violemment sur le dos, toutes griffes dehors. Elle s'y agrippe et pèse de tout son poids jusqu'à ce qu'ils périssent étouffés. Parfois, prenant au contraire un aspect inoffensif, elle invite les enfants à la suivre afin de mieux les perdre[2].

Le processus de transformation d'une ganipote pourrait se faire de plusieurs façons différentes. Certaines traditions évoquent une sortie de l'âme de la personne victime de ce sortilège, et son incarnation dans le corps d'un animal[7]. L'enveloppe charnelle ne serait pas affectée, et resterait en état de léthargie jusqu'aux premières lueurs du jour. D'autres au contraire évoquent une métamorphose pure et simple, dans des circonstances qui peuvent varier selon la région et l'auteur. Enfin, certains récits évoquent un dédoublement du corps : la ganipote aurait ainsi simultanément une forme humaine et une forme animale et maléfique, sans forcément avoir conscience de cet état de fait. Elle pourrait ainsi vaquer à ses occupations le plus innocemment du monde, ou simplement dormir dans son lit, pendant que son terrible « double » serait occupé à « courir la galipotte » et à terroriser les environs[7].

Ces légendes, qui ont fait frémir des générations de jeunes charentais et poitevins, étaient encore reprises le plus sérieusement qui soit dans la presse à la toute fin du XIXe siècle, comme en témoigne cette annonce parue dans « La Lune » (journal de Fouras) en date du 10 novembre 1895 :

«  Une bigourne (galipote ou loup-garou) vient de faire son apparition à Fouras, on n'en avait pas vu depuis une douzaine d'années. Cette horrible bête vient se poster tous les soirs, vers huit heures, dans un bois le long de la ligne ferrée. Elle se montre sous différentes formes et effraie les personnes qui passent par-là. Mères de famille, veillez [2]! »

Passage au Canada[modifier | modifier le code]

L'expression « courir la galipotte » est passée au Québec, où elle se rapporte à une personne s'étant transformée en loup-garou, comme le rapporte Honoré Beaugrand dans ses « Légendes canadiennes [8] » et Édouard-Zotique Massicotte dans son « Le loup-garou. Légende canadienne », qui note : « Il était devenu loup-garou. Oui ! Tous les soirs, à la brunante, il se transformait et courait la galipotte en compagnie de ses semblables jusqu'au matin[9]. » . Dans un sens second, il s'applique à ceux qui « courent la pretentaine ».

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Une avenue de la Ganipote a été baptisée du nom de cette créature mythique à Saint-Palais-sur-Mer, en Charente-Maritime.

La pièce de théâtre « La ganipote », écrite en 1953 par Odette Comandon, est un de ses premiers succès avec sa propre troupe, Les Compagnons du terroir[10].

La Galipote est également un trimestriel satirique français paraissant en Auvergne.

Dans son cycle romanesque Les vaillances, farces et aventures de Gaspard des montagnes, Henri Pourrat écrit : « La galipote qu’on appelle encore la Bête-Noire, personne ne peut dire quelle bête c’est. Depuis le jour de la reboule, une de ces saletés courait le pays. Les gens essayaient bien de lui mettre les chiens derrière, mais point de nouvelles: la queue sous le ventre, ces chiens se rencoignaient dans l’étable[11] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « galipote » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales .
  2. a, b et c Daniel Loddo et Jean-Noël Pelen, Êtres fantastiques des régions de France, L'Harmattan, p. 79 et suivantes
  3. Régis Michalias, Glossaire des mots particuliers du dialecte d'Oc de la commune d'Ambert, 1912, p. 198
  4. Le Gabaye et les légendes, Communauté de communes du canton de Saint-Savin
  5. Pierre Jônain, Dictionnaire du patois saintongeais, 1869, p. 202
  6. Edouard Brasey, Grimoire des Loups-Garous, suivis d'autres traités fameux de lycantropie, éditions Le Pré aux Clercs, p. 185
  7. a et b Jean-Noël Passal, L'esprit de la chèvre, éditions Cheminements, p. 177
  8. Honoré Beaugrand, La Chasse-galerie. Légendes canadiennes, Montréal, [s.é.], 1900, p. 46
  9. Édouard-Zotique Massicotte, «Le Loup-garou : légende canadienne», dans Le Recueil littéraire, Sainte-Cunégonde, vol. II, nº 21, 1890, p. 185-186
  10. La jhavasse cent ans plus tard, article de Mauricette Boutin paru dans Sud-Ouest, 26 janvier 2013
  11. Légendes des Pranors : quelques définitions. La galipote, site Pays d'Auvergne