Déluge

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Déluge (Pologne) et Deluge (logiciel).
Le Déluge par Gustave Doré.
Le Déluge par Léon Comerre.
Le Déluge par Francis Danby (1840), Tate Gallery.

Le Déluge est un mythe répandu dans de nombreuses cultures. C’est aussi un des plus anciens. Il relate généralement des pluies catastrophiques et les inondations consécutives qui exterminèrent hommes et animaux à l’exception d’un seul couple de chaque espèce qui allaient repeupler la Terre ensuite.

Les récits du Déluge[modifier | modifier le code]

Les textes mésopotamiens[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Atrahasis et Épopée de Gilgamesh.

Vers -1700, dans l'Épopée d'Atrahasis ou "Poème de Supersage", repris vers -1200 dans la version assyro-babylonienne "standard" de l'Épopée de Gilgamesh (dont l'origine sumérienne remonte à -2700) apparaît, avec plus de détails que dans les autres versions, l’épisode d’un homme nommé Ziusudra selon les sources sumériennes, Atrahasis dit "Le Supersage" ou Uta-Napishtim à Babylone et à Ninive (Mésopotamie antique, Irak moderne).

Cet homme fit le récit à Gilgamesh de la colère des grands dieux, qui avaient voulu dépeupler la Terre parce que les hommes, de plus en plus nombreux, faisaient un vacarme qui perturbait le repos des dieux ; les instigateurs en étaient Anu, Ninurta, Ennugi (en) et Enlil le dieu suprême. Cependant, le dieu Ea des eaux souterraines, protecteur des humains, les trahit en prévenant en songe son ami Atrahasis, en lui enjoignant de construire une arche étanchée au bitume et d'embarquer avec lui des spécimens de chaque être vivant.

Dès que l'écoutille fut fermée, Nergal arracha les étais des vannes célestes, et Ninurta fit déborder les barrages d'en-haut. Adad étendit dans le ciel son silence-de-mort, réduisant en ténèbres tout ce qui avait été lumineux. Les dieux Anunnaki enflammèrent la Terre tout entière, et les flots couvrirent le sommet des montagnes. Pendant six jours et sept nuits, bourrasques, pluies battantes, tonnerre, éclairs et ouragans brisèrent la Terre comme une jarre. Les dieux s'abritèrent au ciel d'Anu. Le septième jour, la mer se calma et s'immobilisa, et l'arche accosta au mont Nishir.

Atrahasis prit une colombe et la lâcha ; la colombe revint. Plus tard, une hirondelle fit de même. Enfin, il lâcha un corbeau qui ne revint pas, car les eaux s'étaient retirées. Alors Atrahasis dispersa les êtres-vivants qui se trouvaient dans l'arche, et fit un sacrifice : disposant le repas sur le faîte de la montagne, il plaça de chaque côté sept vases-rituels à boire et, en retrait, versa dans le brûle-parfum cymbo, cèdre et myrte. Les dieux, humant la bonne odeur, se rassemblèrent autour du sacrificateur.

Lorsqu'il constata que des êtres avaient survécu, Enlil retrouva son calme en comprenant que la disparition des hommes aurait ramené à la situation qui avait conduit à leur création. Il accorda l'immortalité à Atrahasis, mais fit en sorte que les hommes troublent moins la quiétude des dieux, en diminuant la durée de vie des humains, en introduisant les maladies, la stérilité, etc.

Les textes grecs et romains[modifier | modifier le code]

Le Déluge par Adi Holzer (1975).
  • Déluge d'Ogygès, considéré comme le premier déluge grec
  • Déluge de Deucalion : dans la mythologie grecque, le Déluge provoqué par Zeus laisse deux survivants, Deucalion et Pyrrha, qui repeuplent ensuite la Terre (Pindare "Les odes Olympiques" IX-157 -158).
  • Le mythe de Philémon et Baucis s’y apparente également : deux justes, un vieil homme et sa femme, sont sauvés des eaux par Jupiter (Les Métamorphoses d’Ovide, Livre VIII, 616sq).
  • Le mythe de l'Atlantide relaté par Platon dans deux de ses dialogues : le Timée et le Critias racontent la submersion brutale d'une île sous la mer.
  • Platon relate un déluge dans son livre I des LOIS, auquel seuls les habitants des montagnes survivent.

Le récit biblique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Arche de Noé.

Le récit coranique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Arche de Noé.
Le prophète Noé et son arche.
Miniature anonyme alentours du XVI siècle

Contrairement à la tradition juive qui désigne l'arche par des termes vagues signifiant « boîte » ou « caisse », la sourate 29 verset 15 parle d'une (arabe : سفينة) safina, et on trouve huit fois le mot (arabe : فلك) fulk autrement dit une embarcation ordinaire, et la sourate 54 verset 13 évoque quant à elle « un objet de planches et d'étoupe[2] ». La notion de Déluge est étrangère au Coran, qui décrit plutôt une inondation, en arabe : طوفان (Tûfân), un mot d'origine araméenne, et non un Déluge, en arabe : هطول (heTûl)[3].

Le Kon-Tiki au musée d'Oslo.

La version coranique du déluge diffère sensiblement de celle de l'Ancien Testament. D'une part, il ne s'agit pas d'un déluge universel (seule la communauté de Noé est visée), il a pu être local comme le soutiennent certains exégètes selon Tabari, ou mondial mais pas au point de recouvrir les montagnes[4],[5]. De plus, Noé, ancêtre de toute l'humanité, est un prophète dans le Coran. Enfin, les personnes croyantes ont embarqué avec lui et sa famille. Le déluge est présenté comme une catastrophe parmi d'autres. La découverte en Crète de pierres taillées vieilles de plus de 130 000 ans [6] témoigne que l'homme savait naviguer vers l'époque de notre plus récent ancêtre commun, daté selon Fulvio Cruciani vers -140 000 ans [7].. La thèse d'un mythe universel transmis par une population fondatrice, la génération de Toba, a été soutenue dans le cadre de la théorie de Stanley Ambrose. Le Coran qualifie le récit du déluge comme un événement que les oreilles fidèles conservent (Coran, LXXIX:11-12).

La photo à gauche est celle du Kon-Tiki, un petit radeau qui a été fabriqué sans aucun clou selon une technique archaïque indienne ayant ainsi permis de traverser le pacifique sur 8 000 km, pour soutenir une conquête des îles du pacifique par les flots. La découverte en Crète d'instruments en pierre taillées remontant à a moins 130 000 ans en arrière montre que l'homme savait naviguer en haute mer dès le paléolithique[6].

Autres traces culturelles faisant penser au Déluge[modifier | modifier le code]

L'Avesta, le texte sacré zoroastrien[modifier | modifier le code]

Ce texte sacré des Iraniens zoroastriens est une transcription de récits oraux très anciens, d'origine médique. Ce texte ne décrit pas spécifiquement un déluge, mais un épisode de « mauvais hivers qui faisaient tomber la neige à gros flocons », d'un « froid féroce et mortel ». Il partage avec les récits du déluge la vision d'un homme juste, le héros avestique Yima, prévenu par le dieu Ahura Mazda de l'imminence d'une catastrophe climatique, et sauvant de la mort une poignée d'hommes, ainsi que les différentes espèces végétales et animales ; toutefois, il est question dans ce récit, non pas d'une arche, mais d'une gigantesque caverne aménagée par Yima, sur les conseils d'Ahura Mazda. La tribu des Mèdes était initialement établie au nord-ouest de l'actuel Iran, aux confins de l'Arménie et du Caucase.

On ne peut exclure qu'il s'agisse ici d'un lointain souvenir de la dernière glaciation (glaciation de Würm), qui s'était terminée à environ 8000 av. J.-C. pour laisser place à la période interglaciaire actuelle, l'Holocène. On peut par ailleurs noter que, si (le début comme) la fin d'une glaciation correspond bien à une transition de phase (passage d'une phase glaciaire à une phase interglaciaire) dont le paramètre de tension est l'albédo de la Terreénergie solaire réfléchie par la surface de la Terre, rapportée à l'énergie solaire incidente, paramètre en particulier fonction du pourcentage de la surface de la Terre recouverte par les glaces —, et s'il s'agit donc bien d'un phénomène catastrophique au sens de René Thom, pouvant s'étendre sur un laps de temps relativement court comme certains modèles physiques récents semblent le montrer, la fin de la dernière glaciation a pu être, pendant quelques siècles ou même seulement quelques décennies, une période de pluies diluviennes, accompagnées de gigantesques inondations dans de nombreuses régions du monde.

Veda, texte sacré de l'hindouisme[modifier | modifier le code]

Dans l'hindouisme, où le premier homme Manu est sauvé par le premier avatar de Vishnou, Matsya[8]. Lui aussi échappe au déluge en construisant un bateau. Manu deviendra par la suite le premier législateur de l'hindouisme.

Le Popol Vuh, texte sacré de la civilisation maya[modifier | modifier le code]

Le Déluge maya anéantit en punition de leur impiété la deuxième des trois races d'hommes successives, les hommes de bois, entre le premier homme de glaise, détruit pour sa stupidité, et les hommes de maïs dont descendent l'humanité actuelle. Il prend la forme d'une pluie de feu suivie d'un obscurcissement du ciel et d'une "pluie ténébreuse" (dont la nature n'est pas précisée). Cette pluie se double d'une révolte des arbres, des pierres, des animaux et des objets domestiques, de sorte que les hommes de bois ne peuvent trouver refuge chez eux, ni sur leurs toits, ni dans les arbres, ni dans les cavernes[9].

La mort d'Ymir (mythologie scandinave)[modifier | modifier le code]

Dans le mythe de la création, Odin, exaspéré par la brutalité d'Ymir, le tua et le jeta dans le Ginnungagap (« le gouffre béant »). Le déluge causé par son sang fut si grand qu'il tua tous les géants, à part le petit-fils de Ymir (Bergelmir, fils de Thrudgelmir) et sa femme. Ces derniers repeuplèrent le monde.

Le Déluge lituanien[modifier | modifier le code]

Le Déluge lituanien, imprégné d'un paganisme tardif, nous est connu par quatre contes populaires récoltés au XIXe siècle[10].

Ce Déluge a été envoyé par le Dieu Prakorimas, ou Praamzis, afin d'exterminer la race de Géant qui peuplait alors la terre. Pris de pitié pour le dernier couple de vieux géants qui se noient, Prakorimas leur jette une coquille de noix en guise de canot. La façon dont les Géants créent ensuite l'humanité sur les conseils de Laima, déesse du destin envoyée par Prakorimas, rappelle le mythe grec de Deucalion et Pyrrha : les géants doivent sauter d'une colline à l'autre pour en faire naitre des hommes et des femmes.

À ce Déluge doit répondre un autre cataclysme venant à la fin des temps, une grande peste qui anéantira l'humanité pour ne laisser qu'une race de nain si amoindris qu'il en faudra neuf pour égorger un coq. L'analyse de ce mythe par le sémioticien Algirdas Julien Greimas révéle un point intéressant de philosophie archaïque : l'interprétation moralisante du déluge, disant que les Géants ont été anéantis pour leurs crimes, serait chrétienne, tandis que la version la plus archaïque explique le Déluge de façon plus terre à terre par des raisons démographiques : la Terre ne pouvant plus supporter la croissance des Géants se plaint à Prakorimas. Ceci explique l'intervention dans la naissance de l'humanité de la déesse Laima, celle qui distribue à chaque être humain sa part des biens de ce monde ou bedalis. Selon Greimas, la morale du mythe diluvien correspond à une morale lituanienne de la modération, indépendamment des notions de Bien et de Mal.[réf. nécessaire]

Un Déluge chinois ?[modifier | modifier le code]

L'existence d'un mythe diluvien chinois divise les spécialistes. Plusieurs textes mythiques, contenus dans des compilations telles que le Shiji de Sima Qian et le Shanhai Jing, parlent d'une crue des "Hautes Eaux" (dont la nature n'est pas précisée) qui montent jusqu'au ciel (Shanjai Jing, Shiji). Il n'est pas question de l'anéantissement des humains, ceux-ci étant seulement "dans le malheur" (Shiji) L'idée universellement répandue de châtiment est également absente. Après l'échec du héros Gun, la grande crue est endiguée par son fils, le héros Yu. Si l'historienne Ann Birell appelle sans équivoque ce mythe celui du Déluge[11], Rémi Mathieu, traducteur de ces récits considère que la Chine ne connaît pas à proprement parler de mythe diluvien, même si l'histoire de cette grande crue y ressemble[12].

Le Huainanzi, issu du Livre des Vastes Lumières témoigne de catastrophes naturelles proches des récits du déluge. Avec une différence tout de même le déluge n'est pas ici un châtiment imposé à une humanité coupable d'impiété, mais une catastrophe "naturelle" dont l'homme vient finalement à bout. Selon le Huainanzi, dans des temps très anciens, les colonnes qui soutiennent le ciel aux quatre points cardinaux se brisent et la terre se fissure. Le ciel ne recouvre plus entièrement la terre et la terre ne soutient plus entièrement le ciel. Les eaux inondent le monde. Les fauves dévorent les humains. Les oiseaux de proie pourchassent les vieillards et les enfants. Nüwa, déesse créatrice au corps de serpent, qui façonna les premiers hommes avec de la glaise et leur donna le pouvoir de procréer, fait fondre des pierres de cinq couleurs, et avec la pâte obtenue, colmate le ciel. Elle tranche les pattes d'une tortue de mer géante pour en faire aux quatre points cardinaux des piliers capables de supporter le ciel. Nüwa terrasse le dragon noir qui tourmente les Chinois. Elle incendie des roseaux et, avec leurs cendres, contrôle les crues. La voûte céleste restaurée et à nouveau soutenue par quatre piliers, les eaux sont domptées. La Chine retrouve enfin la paix.

Kristofer Schipper dans l’article « taoïsme » sur l’Encyclopædia Universalis, écrit : « Yu, héros fondateur mythique de la première dynastie, démiurge qui ordonna l'univers après le déluge. Mi-homme mi-dieu, il était hémiplégique et boitait. Yu était encore le saint fondateur des confréries de forgerons, « détentrices du plus prestigieux des arts magiques et du secret des premières puissances » (Marcel Granet) ». Toutefois, dans son livre La Féodalité Chinoise (1952), Marcel Granet présente le héros Yu le Grand, fondateur de la royauté, premier roi de la dynastie Hia comme un ingénieur et un saint qui sut réduire au devoir le Fleuve jaune.

Toujours d'après le même article de Kristofer Schipper : « La Chine des Six Dynasties était une terre déchirée, en proie aux incursions barbares et aux luttes fratricides. Le règne sanglant des dynasties éphémères connus sous le nom de « Seize Royaumes des Cinq Barbares » (Jacques GERNET - Jean Chesneaux) ainsi que la réapparition du féodalisme créèrent une misère générale qui fit croire à un grand nombre que la fin était proche. On l'attendait pour l'année 444 ; un second déluge devait anéantir la Terre ; les croyants taoïstes seuls seraient sauvés. « Le Dao révèle qu'arrivée l'année renwu un grand désastre se produira. L'eau montera à mille et dix mille toises. Les adeptes taoïstes entreront dans les montagnes. Ceux qui entreront dans les montagnes seront épargnés. Du troisième au neuvième mois, le peuple entier mourra. Des démons de la peste, au nombre de trente-sept mille, viendront expressément tuer les hommes. Ceux qui ne croient pas seront exterminés. » Ainsi parle le Tongyuanshenzhu jing, livre qui annonce, en des centaines de pages de prédictions horribles, la fin du monde. Il prévoit l'arrivée d'un messie nommé Li Hong (même nom de famille que Laozi), qui sauvera les élus qui seuls seront capables de le voir ».

Henri Maspero dans « La société et la religion des Chinois anciens et celles des Tai modernes » (1929, Gallimard), évoquent les légendes des héros de la haute-antiquité et l'on trouve pages 37 à 43 le détail des récits mythiques du « déluge chinois » : « La troisième légende dont je voudrais vous parler est relative à l’aménagement de la terre au commencement du monde. Je vous ai dit, dans la première de ces conférences, combien cet aménagement avait été long et pénible, au milieu des difficultés sans nombre que la configuration du terrain opposait aux défricheurs ; il avait fallu élever des digues contre les inondations, creuser des canaux pour drainer et assécher les marais. Tous ces travaux étaient si anciens que le souvenir s’en perdait dans la brume des légendes, et qu’on les attribuait aux héros de la haute antiquité, descendus du ciel aux origines du monde afin de mettre la terre en état d’être habitée par les hommes. Et chaque région de la Chine avait donné un tour particulier à la légende, suivant les traits particuliers de la topographie, de la religion et de la société locales ».

L'auteur détaille ensuite les différentes légendes et conclut : « Toutes ces légendes chinoises, malgré les différences d’affabulation, sont bâties sur le même thème. Si on les résume en éliminant les traits accessoires, on constate que leur diversité apparente se réduit au fond à des adaptations locales d’un même thème qui est celui -ci : Le monde étant couvert d’eau, le Seigneur d’En-Haut y envoie un héros pour l’aménager. Celui -ci se heurte à des obstacles tels qu’il échoue. Le Seigneur envoie alors un deuxième héros qui, après des exploits prodigieux, réussit à rendre la terre habitable. Alors ce héros même, ou d’autres venus l’aider, enseignent aux hommes l’agriculture ». Henri Maspero ajoute : « Or sur ce même thème est construite une légende que l’on trouve à peu près sous la même forme chez tous les Tai d’Indochine. Je vous en donnerai ici la version que j’ai notée chez les Tai-Blancs de Phu-qui : "Autrefois, en ce monde d’ici -bas, il y avait de l’eau, il y avait de la terre, mais il n’y avait personne pour les mettre en ordre... ».

Le déluge a-t-il eu lieu ?[modifier | modifier le code]

Le Déluge par Michel-Ange.

La Genèse (7-6) date le Déluge de l'an 600 de la vie de Noé, soit, toujours selon la Bible, 1656 ans après la création d'Adam et 2348 ans avant la naissance du Christ (chronologie de James Ussher).

Certains affirment que de nombreux édifices égyptiens furent construits vers 2700 et 2500 ans av. J.-C., soit bien avant la date présumée de l'inondation, notamment la pyramide de Djoser à Saqqarah et des trois de Gizeh. Or, ces pyramides n’ont montré aucun des dégâts qu’aurait pu causer leur immersion totale durant douze mois. Cependant il est à noter que les datations relatives à l'ancien empire sont difficiles, et selon les égyptologues, elles varient de 2720 (Lauer) à 2145 (Valloggia). Les mêmes problématiques apparaissent concernant de nombreux vestiges historiques, retrouvés intacts, telles les grottes de Lascaux, de Chauvet, d’Altamira.

Les mythes du déluge sont-ils la mémoire d’un événement réel ? Différents chercheurs ont essayé d’apporter la preuve géologique ou archéologique de l’existence du déluge. D’autres avancent que les événements considérés ne peuvent avoir marqué les différentes civilisations (ils seraient trop anciens, trop lents ou trop lointains), et que ce mythe serait donc une pure invention, ou l’exagération d’un événement local. Le déluge est-il un événement réel et localisable dans le temps et l’espace ? Pour certains l’universalité apparente du récit et les détails parfois quasi identiques (construction d’une embarcation, nombre de survivants, couples d’animaux à sauver, etc.) tendent à confirmer la réalité d'une catastrophe majeure et planétaire marquant l'histoire collective d'une humanité jadis unie. D'autres objectent que d'une part, les similitudes les plus fortes s’expliqueraient avant tout par la transmission du mythe mésopotamien (en ce qui concerne les religions monothéistes) et d’autre part que la présence d’un tel mythe renverrait avant tout au sentiment de fragilité qu’avaient les sociétés anciennes face aux catastrophes naturelles.

Conceptions géologiques anciennes[modifier | modifier le code]

Tant que les datations des couches géologiques n’étaient que relatives et que l’ordre de grandeur du passé de la Terre était mal établi, les roches sédimentaires et leurs fossiles marins, ont été tenus par les scientifiques occidentaux comme témoins du déluge biblique qui avait recouvert jusqu’aux montagnes. Au XIXe siècle encore les géologues voyaient sa trace dans certains sédiments récents (Pléistocène) : dépôts fluviatiles grossiers présents dans les vallées ou sur leurs versants (appelés pour cette raison diluvium) et dépôts de lœss sur les plateaux (leur homogénéité intriguait et était interprétée comme une décantation limoneuse à la suite d’une gigantesque inondation qui avait déposé le diluvium). Jusqu’au début du XXe siècle, des auteurs ont lié le déluge à un hypothétique effondrement d’anciens continents, ou de ponts continentaux, à la place de l’océan Atlantique.

Des scénarios fantaisistes ou sujets à caution[modifier | modifier le code]

Dans la thèse de Graham Hancock, la période glaciaire de la Terre (qui est cyclique) aurait formé deux couches de glaces de plus de 16 km de haut, sur l’Europe de l’Ouest, et sur le Canada. Le réchauffement progressif de la planète aurait formé deux immenses mers intérieures, grandes à peu près comme la Méditerranée. La pression exercée par ces deux immenses blocs aurait enfoncé la croûte terrestre, tout en la faisant remonter sur ses bords. La fonte des glaces aurait peu à peu fait céder les barrages qui maintenaient ces deux immenses mers, pour finalement provoquer un raz-de-marée de près de 600 mètres de haut. Parallèlement, la pression de la croûte terrestre se relâchant brutalement aurait provoqué de gigantesques tremblements de terre, tout en ré-immergeant les terres qui n’avaient émergé que grâce au relief dû à la pression. Cette théorie l’aura poussé à rechercher les vestiges des anciennes civilisations sous la mer, et ce pour des résultats proclamés spectaculaires : des blocs mycéniens (de plusieurs tonnes) taillés et traînés sur une centaine de mètres retrouvés à 16 km des côtes. Et des exemples comme celui-ci un peu partout dans le monde (un mythe très répandu évoquait une hypothétique civilisation d’avant Sumer, et la décrivait comme n’étant que côtière). Même si elle met en jeu des processus parfois réels, cette thèse est fortement sujette à caution : l’épaisseur de glace est de l’ordre de trois kilomètres (car la glace flue) et les mouvements de "rebonds" dus à sa mise en place et à sa fonte sont mesurables par les datations des plages étagées. Enfin les raz-de-marée laissent des traces caractéristiques dans les sédiments marins : les hypothèses de Hancock n’ont pas été reçues par la communauté scientifique.

L’hypothèse locale de la mer Noire[modifier | modifier le code]

En 1986, André Capart et Denise Capart (née Jourdain 1918-2011) publient L'homme et les déluges ; le premier est professeur émérite d'océanographie à l'université de Louvain. Il a dirigé plusieurs expéditions scientifiques dans l'Antarctique, la Méditerranée, l'Afrique, la Papouasie. Le livre a été écrit avec sa femme Denise Capart dont les recherches ont porté sur l'anthropologie, la préhistoire et l'histoire, recherchant par exemple dans les légendes anciennes de nombreux pays, dans les livres sacrés, ce qui évoque des catastrophes naturelles, des déluges. Les auteurs précisent dans ce livre : « Nous allons devoir entraîner le lecteur loin de l'horizon traditionnel des pays bibliques pour qu'il puisse réaliser à quel point les différentes phases du déluge de Noé n'ont pu se dérouler que sur les bords de la mer Noire, à l'exclusion de tout autre point du globe. Le récit de la Genèse sera alors non seulement situé dans le temps et dans l'espace de manière irrécusable, mais chacun des épisodes deviendra plus crédible à la lumière des nouvelles découvertes de la science ».

Les géologues américains William Ryan et Walter Pitman (1998) ont présenté, à partir d’une campagne de recherche américano-russe en mer Noire de 1993, des données indiquant un passage assez brutal dans leurs carottes d’un niveau d’eau douce à un niveau d'eau salée qu’ils datent d’il y a 7500 ans ; ils pensent tenir là la preuve de la re-connexion de la mer de Marmara avec la mer Noire qui s’est produite alors par l’entrée de l’eau de mer par le Bosphore. Leur théorie est fondée sur une série d’allers-retours dans l’évolution du niveau marin au moment de la fin des glaciations :

  • Le niveau marin baisse suite aux glaciations, et isole la mer Noire de la Méditerranée.
  • Les glaces fondent sur les plaines ukrainiennes, provoquant un afflux massif d’eau douce en mer Noire. La mer Noire se jette alors dans la Méditerranée, et devient un lac d'eau douce.
  • À la fin de la fusion, le temps devient plus sec, et la mer Noire n’est plus alimentée. Elle s’ assèche progressivement (comme le fait par exemple la mer d’Aral), mais la faible durée de cet épisode ne permet pas à la salinité d’augmenter significativement. La mer Noire est alors un lac d’eau douce, situé sous le niveau de la mer (de l’ordre de 200 mètres), et toujours isolée de la Méditerranée par le seuil du Bosphore. Les peuplades primitives s’installent sur ses rivages, c’est le début des civilisations agraires.
  • Enfin, la Méditerranée remonte progressivement, avec la remontée générale du niveau marin. Quand le niveau dépasse celui du seuil du Bosphore, c’est la catastrophe : « les portes du ciel s’ouvrirent », et la Méditerranée tombe dans la Mer Noire en une grande cataracte. Le niveau marin de la mer Noire serait remonté en deux ans de 150 mètres, inondant plus de 100 000 km2 de terre et entrainant, sans doute, un déplacement des populations. La date de la catastrophe, ses conséquences sur les populations, et sa localisation géographique permettent de penser que l’évènement pourrait être à l’origine du mythe que l’on retrouvera transcrit dans les récits mésopotamiens (Épopée de Gilgamesh) et plus tard dans la Genèse.

Cette hypothèse s’appuie désormais sur un certain nombre d'autres données qui peuvent sembler des confirmations : trace de canyon sous le niveau de la mer au droit du Bosphore, anomalies encore sensibles dans la répartition des couches d’eau, dépôts marins d’eau douce sous le niveau de la mer et recouverts de sédiments de turbidité, traces de dunes fossiles sous le niveau actuel de la mer…

Si l’on admet l’hypothèse du déversement catastrophique des eaux par le Bosphore, on peut aussi en rechercher la source dans un épisode sismique sur la faille nord-anatolienne, dans la zone Marmara-Dardanelles, dans cette région sismique la plus active au monde après la Californie. Il est possible que l’exploitation, actuellement en cours, des résultats de l’expédition ASSEMBLAGE (pour ASSEssMent of the BLAck Sea sedimentary system since the last Glacial Extreme) du projet européen éponyme[13] menée en 2004 en mer de Marmara et en mer Noire par l’Ifremer sur le Marion Dufresne éclaircisse la question.

L'hypothèse du déversement catastrophique n'a toutefois pas fait l'unanimité : ainsi il existe des études géologiques récentes qui récusent la notion d'un remplissage catastrophique de la mer Noire par l'eau de la Méditerranée[14]. La communauté scientifique est donc actuellement divisée sur la question. Trois reconstructions très différentes de l'histoire géologique de la mer Noire sont actuellement proposées : l'hypothèse catastrophiste, une hypothèse gradualiste et une hypothèse pour laquelle le niveau de la mer a souvent oscillé[15].

Confrontation de l’hypothèse de la mer Noire aux textes occidentaux[modifier | modifier le code]

Les civilisations des bords de la mer Noire (vers -6000) étaient les protoceltes, au début de la civilisation agraire : il pouvait donc s’agir d’une population préhistorique relativement dense. S'il a bien eu lieu, un tel évènement a dû être extrêmement traumatisant, largement capable de graver pendant très longtemps la mémoire collective de ces peuplades. À l’Ouest, du côté grec, la mémoire de la catastrophe a pu être apportée par les invasions doriennes venues du nord de la Grèce, que l’on situe vers 1100 av. J.-C. Compte tenu du débit envisageable pour le Bosphore, et de la faible pente des plaines ukrainiennes et roumaines, l’effet de l’inondation a dû être spectaculaire : la ligne de rivage reculait en moyenne à peu près à la vitesse d’un homme en marche - ce qui est trop rapide pour une fuite à pied, car l’eau progresse plus vite le long des vallées, et finit par piéger les fuyards sur les hauteurs locales. Pour quelques-uns, la « planche de salut » a pu être de se confiner dans un bateau, ou de se réfugier dans les montagnes. Le texte des Métamorphoses d’Ovide décrit une telle situation, de façon peut-être un peu anachronique et parfois excessive, mais très saisissante : « Débordés, les fleuves s’élancent à travers les plaines découvertes ; avec les récoltes, ils emportent les arbres, les troupeaux, les hommes, les maisons, les autels domestiques et leurs objets sacrés. Si une maison est restée debout et a pu résister à un tel désastre sans s’écrouler, le faite disparait englouti par les eaux et leur assaut fait chanceler les tours dans l’abime… /.../ l’immense débordement des eaux avait recouvert les collines ; des flots jusqu’alors inconnus battaient le sommet des montagnes.» Selon Apollodore, « tous les hommes furent anéantis, à l’exception de quelques-uns qui s’étaient réfugiés sur le sommet des montagnes proches ». Est-ce en mémoire de ce cataclysme que les Grecs ont d’abord baptisé la mer Noire "Axine" c’est-à-dire « la mer inamicale », avant qu’elle ne devienne plus tard Euxine (ou Pont-Euxin) c’est-à-dire « la mer amicale » ?

Confrontation de l'hypothèse de la mer Noire aux textes orientaux[modifier | modifier le code]

Les textes orientaux sont beaucoup moins évocateurs que les textes occidentaux ; ils décrivent des sources qui jaillissent de la terre ou du ciel :

  • la Bible (Genèse 7:11): « en ce jour-là se fendirent toutes les sources de l’immense abîme d’eau et les écluses des cieux s’ouvrirent.»
  • le Coran : 54 ,12 : « et nous fîmes jaillir la terre en sources. »

Dans l’hypothèse du déversement des eaux de la Méditerranée par le Bosphore, et sous réserve que celui-ci ait bien eu lieu à une époque suffisamment récente pour que les populations ayant subi ce cataclysme aient pu avoir les contacts directs ou indirects avec le ou les rédacteur(s) babylonien(s) du Poème du Supersage et des rédacteurs de la Bible, l'origine de la montée des eaux de la mer Noire n’a pas pu être comprise par les habitants des rives Est de la mer Noire, situés à près de 600 km du Bosphore. Les « sources du grand abîme » qui soulèvent le niveau de la mer, selon le récit biblique, pourraient alors prendre tout leur sens. L'allusion biblique au mont Ararat viendrait ainsi du souvenir collectif d'une population chassée des côtes escarpées du Caucase par la montée des eaux et réfugiée dans les montagnes (le mont Ararat, à 300 km au sud-est des rives de la mer Noire, est le point culminant de la région, visible de très loin). Dans l'Épopée d'Atrahasis ou Poème du Supersage, on peut lire : « Les dieux eux-mêmes étaient épouvantés : prenant la fuite, ils escaladèrent jusqu'au ciel d'Anu où, tels des chiens, ils demeuraient pelotonnés ».

L'Avesta de la mythologie zoroastrienne iranienne décrit une gigantesque caverne que Yima aurait aménagée sur les conseils de Mazda, y installant même une lumière artificielle, la peuplant des plus résistants des hommes et des femmes, ainsi que d'un mâle et d'une femelle de chaque animal, oiseau et plante - tous devant subir de « mauvais hivers qui faisaient tomber la neige à gros flocons », un « froid féroce et mortel ». De là, ces réfugiés pourraient être passés en Mésopotamie (si les populations à l'origine de ce mythe sont akkadiennes, à moins que celles-ci ne soient d'origine sumériennes, populations dont on admet généralement qu'elles venaient plutôt de l'est de l'Irak), situant donc leur origine du côté de l'Arménie.

Ainsi, les quelques mentions toponymiques identifiées dans les textes antiques situent le déluge au nord d'une ligne mont Parnasse-mont Ararat.

Confrontation de l’hypothèse d'un séisme et des textes anciens[modifier | modifier le code]

  • À l'Est, deux textes, qui sont les plus anciens, l'Epopée d'Atrahasis ou Poème du Supersage) daté du XVIIIe siècle av. J.-C., intégré dans la version standard de l'épopée de Gilgamesh vers 1200 av. J.-C., évoquent un séisme initiateur du déluge et extrêmement destructeur : « Les assises de la terre immense se brisèrent comme une jarre ».
  • À l’Ouest, trois textes beaucoup plus récents évoquent un séisme déclencheur du déluge :
    • le Timée de Platon : « Dans les jours qui suivirent, eurent lieu de grands tremblements de terre, des inondations, et en un seul jour, et une seule nuit fatale, tout ce qu’il y avait de guerriers chez vous fut englouti à la fois dans la terre entrouverte, et l’île d’Atlantide disparut sous la mer » ;
    • le Critias de Platon : « une île plus vaste que la Libye et l'Asie, et qui une fois après avoir été engloutie lors d’un tremblement de terre » ;
    • Les Métamorphoses d'Ovide : « Le dieu lui-même a frappé la terre de son trident ; elle a tremblé et par sa secousse a ouvert les retraites des eaux ».

Ainsi certains textes anciens peuvent effectivement porter la mémoire d'un déluge initié par un séisme

Évocations artistiques et scientifiques[modifier | modifier le code]

Artistiques[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Scientifiques[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Heidi Toelle souligne, dans le "Dictionnaire du Coran" à la rubrique Déluge, que le mot rendu par four, le tennur ferait allusion à un feu jaillissant de la Terre. Elle fait un rapprochement avec Roch Hachanah 16,2, Sanhédrin 108 et Gen. rabba 28,9. Où il est fait mention du réchauffement des eaux diluviennes.
  2. Souvent rendu par "clous", or clou se dit en arabe : مسمار (mismar). Ici il est bien question de (arabe : دسار) dîsâr. Maurice Glotton, "Une approche du Coran par la Grammaire et le lexique", édition Albouraq, Avant-Propos par Pierre Lory et Mahmoud Azab, ISBN 2-84161-171-X ; p. 379
  3. Heidi Toelle, "Dictionnaire du Coran", édition Robert Laffont, p. 204. (ISBN 978-2-221-09956-8)
  4. Le Déluge avec Noé : universel ou régional ?
  5. . Chronologiquement, notre plus récent ancêtre commun remonte à 142 000 ans, une période où le niveau des eaux s'élevait rapidement et provoquait des inondations de plus en plus dévastatrices. L'apparition de l'homme moderne correspond en effet à la fin de la glaciation de Riss.
  6. a et b Paleolithic Tools - Plakias, Crete, Volume 64 Number 1, January/February 2011 by Zach Zorich. (© 2011 by the Archaeological Institute of America archive.archaeology.org/1101/topten/crete.html)
  7. A revised root for the human Y chromosomal phylogenetic tree: the origin of patrilineal diversity in Africa. Cruciani F1, Trombetta B, Massaia A, Destro-Bisol G, Sellitto D, Scozzari R.
  8. The A to Z of Hinduism par B.M. Sullivan publié par Vision Books, pages 131 et 132, ISBN 8170945216
  9. Pop Wuh, Paris, Gallimard, collection "A l'aube des peuples", 1990.
  10. Algirdas Julien Greimas, Des Dieux et des Hommes, Paris, PUF, 1985
  11. Ann Birell, Mythes Chinois, Paris, Seuil, 2005
  12. Rémi Mathieu, Anthologie des mythes et légendes de la Chine ancienne, Paris, Gallimard, 1989.
  13. Site du projet ASSEMBLAGE
  14. V.M. Sorokin and P.N. Kuprin, « On the character of Black Sea level rise during the Holocene », Moscow University Geology Bulletin, 52,5, octobre 2007, pp. 334-341. [lire en ligne] et P.A. Kaplin et A.O. Selivanov, « Lateglacial and Holocene sea level changes in semi-enclosed seas of North Eurasia: examples from the contrasting Black and White Seas », Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology Volume 209, Issues 1-4, 6 July 2004, Pages 19-36 [lire en ligne]. Voir aussi ici. Voir aussi E. Larchenkov, S. Kadurin, « Geological evidence for non-catastrophic sea level rise in the nortwestern Black Sea over the past 25 ky » résumé de communication, International Geological Congress Oslo 2008 [lire en ligne]
  15. Valentina Yanko-Hombach, Allan S. Gilbert, Nicolae Panin and Pavel M. Dolukhanov editors, The Black Sea Flood Question: Changes in Coastline, Climate, and Human Settlement, Springer, Netherlands, 2007 [lire en ligne]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Croyances et religions
Sciences

Liens externes[modifier | modifier le code]

École normale supérieure, Pierre Cuvelier, « La mythologie mésopotamienne et les récits du Déluge »