Sphinx (mythologie grecque)

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Sphinx funéraire archaïque, vers 570 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes.

Dans la mythologie grecque, le Sphinx est la fille de Typhon (ou d'Orthos) et d'Échidna. Elle est représentée avec un buste de femme, un corps de chat et des ailes d'oiseau.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Son nom provient du grec ancien Σφίγξ / Sphígx, dont l'étymologie n'est pas assurée. Le rapprochement que les Grecs faisaient avec le verbe σφίγγω / sphíggô, signifiant « étrangler », est une étymologie populaire qui ne repose sur rien [1] ; la forme originelle est peut-être Φίξ / Phíx, utilisé chez Hésiode [2].

Le mot grec est féminin, ce qui explique les transcriptions anciennes « Sphinge » ou « Sphynge » [3]. Si l'usage français a retenu le masculin pour le mot commun [4], la désignation de nombreuses statues étrusques utilise la forme féminine[5]. Les Grecs connaissaient également le Sphinx égyptien, mâle, nommé ἄνδροσφιγξ / ándrosphigx [1].

Mythe[modifier | modifier le code]

Le Sphinx, envoyée par Héra en Béotie à la suite du meurtre du roi de Thèbes, Laïos, commence à ravager les champs et à terroriser les populations. Ayant appris des Muses une énigme, elle déclare qu'elle ne quittera la province que lorsque quelqu'un l'aura résolue, ajoutant qu'elle tuera quiconque échouera. Le régent, Créon, promet alors la main de la reine veuve Jocaste et la couronne de Thèbes à qui débarrassera la Béotie de ce fléau. De nombreux prétendants s'y essaient, mais tous périssent. Arrive Œdipe, la Sphinx lui demande :

τί ἐστιν ὃ μίαν ἔχον φωνὴν τετράπουν καὶ δίπουν καὶ τρίπουν γίνεται
« Quel être, pourvu d’une seule voix, a d’abord quatre jambes le matin, puis deux jambes le midi, et trois jambes le soir[6] ? »
(Apollodore, Bibliothèque, III, 5, 8)

« (…) Œdipe trouva la solution : il s’agissait de l’homme. De fait, lorsqu’il est enfant, il a quatre jambes, car il se déplace à quatre pattes ; adulte, il marche sur deux jambes ; quand il est vieux, il a trois jambes, lorsqu’il s’appuie sur son bâton[6] »
(ibid.)

Furieuse de se voir percée à jour, la Sphinx se jette du haut de son rocher (ou des remparts de Thèbes selon les auteurs) et meurt. C'est ainsi que, Créon tenant sa promesse, Œdipe devient l'époux de Jocaste, contractant ainsi avec sa mère une union incestueuse.

Interprétations[modifier | modifier le code]

Cet affrontement entre Œdipe et la Sphinx diffère fondamentalement de la plupart des autres affrontements mythologiques. En effet, si Héraclès, Persée ou Thésée battent leurs adversaires par la force, Œdipe, comme Ulysse, triomphe avant tout par son astuce et sa sagacité, sa mètis.

Par ailleurs, Pausanias donne deux explications « historiques » à la légende du Sphinx : il s'agirait d'une expédition pirate défaite par Œdipe, arrivant de Corinthe avec une grande armée, ou bien d'une fille naturelle de Laïos souhaitant garder le trône pour elle.

Évocations artistiques[modifier | modifier le code]

Le thème général du sphinx est populaire chez les peintres symbolistes.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, Klincksieck,‎ 1999 (édition mise à jour) (ISBN 2-252-03277-4) à l'article σφίγγω.
  2. Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne], 326.
  3. Mentionnées par le TLF à l'article « sphinx » [lire en ligne].
  4. Voir par exemple la huitième édition du dictionnaire de l'Académie française à l'article « sphinx » [lire en ligne].
  5. Sphinge de Chiusi
  6. a et b Traduction d'Ugo Bratelli, cf. Sources.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Principales sources anciennes[modifier | modifier le code]

Études savantes[modifier | modifier le code]

  • (en) Lowell Edmunds, The Sphinx in the Oedipus legend, Königstein/Ts : A. Hain, 1981.
  • Jean-Marc Moret, Œdipe, la Sphinx et les Thébains. Essai de mythologie iconographique, 2 volumes, Genève, Institut suisse de Rome, 1984.
  • Thierry Petit, « Œdipe et le chérubin », dans la revue Kernos, no 19, 2006, mis en ligne le 22 mars 2011. [lire en ligne]

Voir aussi[modifier | modifier le code]