Démon (esprit)

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Figure de démon japonais.

Dans de très nombreuses cultures, des êtres surnaturels, bienfaisants ou malfaisants, doués de raison, émanant de lieux ou de personnes sont supposés influencer les esprits des humains ou les lieux qu'ils traversent. Ils sont appelés démons dans la littérature chrétienne, ou entre autres, Souras ou Dévas, Asouras, Daityas ou Dânavas chez les Hindous, Izeds ou Amschaspands chez les suiveurs du culte de Zoroastre, Cacodémon ou Agathodémon chez les Grecs, Lares et Larves dans la religion romaine, et Yasha dans la culture japonaise.

Mésopotamie[modifier | modifier le code]

La variété presque infinie des démons en Mésopotamie est à la mesure de l'imaginaire local. Les créatures démoniaques, agents ou simples vecteurs du Mal ont souvent été créés par les dieux, voire sont issus d'eux, en particulier du couple An (Le Ciel) et Ki (la Terre), ce qui souligne leur proximité avec les forces élémentaires[1]. Certains sont à mi-chemin entre les génies malfaisants et de véritables divinités comme Lamashtu, fille d'Anu, Pazuzu, fils du dieu infernal Hanbu, Sulak ou encore Namtar, autre personnage divin des Enfers, fils d'Enlil. D'abord conçus comme les exécuteurs des châtiments décrétés par les dieux, qui se manifestent souvent par des atteintes physiques, les démons deviennent au 1er millénaire des entités maléfiques pratiquement autonomes émanant du monde infernal où ils cherchent à entraîner leurs victimes. La "possession démoniaque" entraîne des maux physiques et moraux qui excluent de la société humaine ceux qui en sont atteints. Les démons touchent leur victime par contact ou par une véritable "saisie" et sont souvent évoqués sous la forme d'un souffle ou d'un venin ; ils sont invisibles mais parfois entourés d'un halo. Leur corps est sale, impur et répand de mauvaises odeurs. Ils se glissent sans être vus dans les habitations et presque aucun obstacle matériel ne peut les arrêter. Tous les démons voient leur pouvoir néfastes particulièrement renforcés dans les lieux et les moments les moins bien contrôlés par l'homme : désert, ruines, endroits obscurs en général, nuit. Ainsi le démon Allulaya, la courtilière, agresse sur la route le voyageur nocturne. Certains démons sont pourvus d'une véritable personnalité, mais la majorité sont plutôt des désignations génériques et œuvrent par groupe de sept (heptade). Une catégorie particulière est représentée par les Etemmu (sumérien : Gidim), les spectres. Il s'agit d'humains ayant connu une mort violente ou souffert d'un défaut de rite funéraire, qui peuvent remonter des Enfers pour tourmenter les vivants. Ils s'introduisent par l'oreille et provoquent des désordres mentaux. On lutte contre leur atteinte appelée la "main de spectre" (qât etemmi) par des rituels et des pratiques magiques. Il est par ailleurs peu recommandé d'évoquer les Etemmu pour pratiquer la nécromancie, car ils se retournent souvent contre ceux qui les ont appelés. Les démons Alû sont assez souvent rendus responsables des troubles du sommeil : les mauvais rêves, l'insomnie, mais aussi son opposée, la somnolence perpétuelle appelée "la main du démon Alû". On trouve également les Kûbu, fantômes des fœtus morts avant terme, et, par opposition au "dieu protecteur" qui accompagne chaque individu, un "mauvais démon personnel", qui attaque les gens en s'attachant à eux individuellement. Certains démons sont enfin simplement la personnification de maladies comme l'épilepsie (Bennu), le mal de tête (Di'u) ou de mauvaises influences (le "mauvais œil").

Antiquité[modifier | modifier le code]

Dans la religion grecque populaire, le démon (daimon) désignait une sorte de génie ambivalent, un être doué de pouvoirs surnaturels, capricieux et imprévisible, présent en des lieux étranges à des moments particuliers et à l'œuvre dans les évènements effrayants de la nature et de la vie humaine, mais susceptible d'être apaisé, contrôlé au moins par des moyens magiques" (W. Foerster, "Daimôn, daimonion, in Theological Dictionary of the New Testament, t. II, 1964, p. 8).

Hésiode, au VIII° s. av. J.-C., dans Les Travaux et les Jours (109-201), distingue cinq ou six catégories de puissances : les démons supérieurs ou dieux (race d'or), les démons inférieurs (race d'argent), les morts de l'Hadès (race de bronze), les héros sans promotion posthume, enfin les humains, actuels ou futurs (race de fer).

"D'or fut la race première des hommes de vie périssable, race créée par les dieux immortels qui peuplent l'Olympe. C'était au temps de Cronos, quand le ciel était son royaume, lorsque les dieux menaient une vie préservée des souffrances... Vint ensuite la race deuxième, de loin inférieure, race d'argent que créèrent les habitants de l'Olympe (...) Depuis que le sol recouvrit leur race, les mortels les appellent les Bienheureux sous la terre, dieux seconds, dotés aussi de leurs privilèges. La troisième race des hommes de vie périssable, Zeus, de frêne, la fit de bronze... Les uns et les autres vinrent dans la vaste demeure d' Hadès le lugubre, privés de nom... Zeus le Cronide créa aussitôt sur la terre féconde la quatrième race, plus juste et plus valeureuse, race divine formée de héros, ceux-là même qu'on nomme demi-dieux... Si j'avais pu ne pas vivre parmi la cinquième race ! Être mort plus tôt ou être né par la suite ! Car la race actuelle est de fer : de jour, les misères, et, de nuit, les afflictions consument sans trêve les mortels... Zeus détruira cette race d'hommes vivant sur la terre, lorsque, après leur naissance, leurs tempes deviendront grises. Plus de père tel que le fils, de fils tel que le père, plus d'ami pour l'ami..." [2]
"C'est Hésiode qui, le premier, de manière nette et déterminée, a recensé quatre genres d'êtres doués de raison : les dieux, ensuite les démons, ensuite les héros, et, en plus de tous ceux-là, les hommes. Opérant un tri parmi eux, il semble bien qu'il admet une transformation de la race d'or en une multitude de bons démons et des demi-dieux en héros." (Plutarque, De la disparition des oracles, 10 : Dialogues pythiques, Garnier-Flammarion, 2006, p. 161.)

Pythagore voit des âmes ou esprits partout, elles sont des parcelles détachées de l'éther :

"L'air en sa totalité est rempli d'âmes, et ces âmes sont appelées démons et héros" (Diogène Laërce, VIII, 32, Le livre de poche p. 966).

Pythagore distingue quatre types d'entités spirituelles : dieux, héros, démons, humains. Les dieux sont des âmes immortelles, les humains des âmes mortelles[3]. Les dieux habitent les astres, les héros glorieux l'éther, les démons la terre. Les héros sont de demi-dieux. Les démons "Daemon" tels qu'ils apparaissent dans la littérature grecque depuis Hésiode sont des êtres intermédiaires entre l'homme et la divinité, personnifiant tantôt les vertus morales, tantôt les forces de la nature. Ils aident les dieux à organiser le monde et à faire respecter l'ordre moral. Le mot sert aussi bien à désigner l'être responsable de la destinée d'un être humain, que le génie spécifique d'une cité, d'un lieu, ou d'une famille. Il correspond au genius des Latins. Ainsi, Socrate, selon Le Banquet de Platon, considérait être inspiré par un démon particulier.

"En premier lieu, honore les dieux immortels, selon le rang qui leur est assigné par la loi.
Révère aussi le Serment. Ensuite, honore les héros glorieux
Et les démons terrestres en accomplissant les prescriptions de la loi.
Honore aussi tes parents et ceux qui sont nés dans ta parenté.

Vers d'or pythagoriciens, 1-4.

Platon, comme Hésiode, énumère dieux, démons, habitants de l'Hadès, héros et humains.

"On a discuté de la façon dont il faut parler des dieux, des démons, des héros et de ceux qui sont dans l'Hadès... Il nous resterait donc l'espèce des discours qui concerne les êtres humains." [4]

Les Romains admettent dieux, déesses, mânes (âmes des morts), lares (esprits tutélaires protégeant maisons, etc.), génies (esprits présidant à la destinée d'un lieu, d'un groupe, d'un individu), lémures (spectres de morts)...

Saint Justin (II° s.), le premier, voit dans les dieux du paganisme des envoyés du démon (Apologies, I, 5, 25-27). Il sera suivi par quantité de théologiens, dont Tertullien (De spectaculis), Lactance (IV° s.).

Le néoplatonicien Porphyre de Tyr (vers 260) se demande avec prudence comment distinguer les êtres divins de haut rang (dieux, archanges, anges, démons, héros, archontes du cosmos ou de la matière) de simples âmes, sans parler des esprits malins (antitheoi).

"Tu [toi, Porphyre de Tyr] t'enquiers de ce qui manifeste la présence d'un dieu, d'un ange, d'un archange, d'un démon ou de quelque archonte [gouverneur de planète] ou d'une âme. D'un mot, je prononce que les manifestations s'accordent à leurs essences, puissances et activités... D'une seul espèce sont les apparitions des dieux ; celles des démons variées ; celles des anges, plus simples que celles des démons, mais inférieures à celles des dieux ; celles des archanges, plus proches des causes divines ; quant à celles des archontes, si tu entends par là les maîtres du monde qui administrent les éléments sublunaires, elles sont variées, mais rangées en ordre..."[5]

Christianisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Démons dans le christianisme.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF] « Démons et exorcismes en Mésopotamie et en Judée », sur www.qro.unisi.it (consulté le 11 novembre 2010)
  2. Hésiode, Les Travaux et les Jours, 109-183, trad. Philippe Brunet, Le livre de poche, p. 101-103.
  3. Jamblique, Vie de Pythagore, § 37 et 100.
  4. Platon, La République, III, 392 a. Voir Lois, IV, 717 b ; V, 738 d ; VII, 799 a, 801 e, 818 c ; X, 910 a. La République, trad. Georges Leroux, Garnier-Flammarion, 2002, p. 572.
  5. Jamblique, Les Mystères d'Égypte (vers 320), II, 3, Les Belles Lettres, p. 79-80.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Francis Joannes & Cie, "Dictionnaire de la Civilisation Mésopotamienne", Éditions Robert Laffont, Paris, 2001.
  • Abbé Migne, Dictionnaire des sciences occultes et des superstitions - Paris - 1847.