Espèce panchronique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Un exemple bien connu d'espèce panchronique : le nautile (ici Nautilus pompilius).

Une espèce panchronique est une population actuelle présentant des ressemblances morphologiques avec des espèces éteintes, identifiées sous la forme de fossiles. On parlait jadis de « fossile vivant » ou d'« espèce relique », mais ces appellations désuètes doivent être évitées car elles suggèrent à tort que ces espèces n'ont pas évolué depuis les temps fossilifères, or une ressemblance n'exprime pas une absence de changements génétiques et morphologiques au fil des générations, mais l'expression d'adaptations similaires face à des conditions de vie similaires.

Des fossiles vivants ?[modifier | modifier le code]

Bien qu'employée à deux reprises par Darwin dans L'Origine des espèces (1859), l'expression « fossile vivant » est aujourd'hui considérée comme une notion à bannir par la grande majorité des biologistes[1]. Aujourd'hui, ce terme est seulement utilisé par les journalistes, et en aucun cas par les scientifiques. La popularité de l'expression « fossiles vivants » est sans doute due au fait que certains taxons comme les cœlacanthes (Latimeria chalumnae et Latimeria menadoensis), furent d'abord connus par leurs représentants fossiles avant qu'on ne découvre les espèces actuelles.

Des appellations qui devraient être aujourd'hui bannies[modifier | modifier le code]

Pierre-Paul Grassé[2] tire argument des espèces panchroniques pour contester l'idée selon laquelle l'évolution des espèces serait le produit des mutations génétiques et de la sélection naturelle, puisque ces espèces, dont certaines sont fort anciennes, subissent aussi des mutations depuis des temps reculés et leur environnement a également beaucoup été modifié sans pour autant qu'elles-mêmes changent de manière significative. Mais ce point de vue néglige l'anatomie interne et a fortiori le patrimoine génétique de ces espèces, qui varie et évolue au cours du temps, comme le notent Guillaume Lecointre et Hervé Le Guyader[1], qui soulignent que l'apparente stabilité morphologique des espèces panchroniques ne concerne que leur morphologie externe globale.

Mais même la stabilité morphologique des espèces panchroniques est à présent contestée[3]. Pour les coelacanthes par exemple, il n'existe aucun fossile des espèces actuelles ni même du genre Latimeria (seul genre actuel). Les espèces fossiles de Coelacanthiformes les plus proches de Latimeria, telles celles du genre Macropoma éteint depuis environ 100 millions d’années, sont morphologiquement très différentes des cœlacanthes actuels. Non seulement les cœlacanthes actuels ont une taille très supérieure au mètre (contre 60cm maximum pour Macropoma) mais les os qui peuvent être comparés (notamment au niveau de la face et de la base des nageoires) sont extrêmement dissemblables[4].

Autre exemple : en 2007, le squelette interne d’une nageoire d'un fossile de Sarcoptérygien du Dévonien a pu être observé pour la première fois[5]. Or si la nageoire ressemble, vaguement et de façon externe, à celle d'un cœlacanthe actuel, son squelette interne est asymétrique (comme celui des Actinoptérygiens actuels) et non pas symétrique comme celui des sarcoptérygiens actuels (cœlacanthes, dipneustes, tétrapodes). En d’autres termes, si l’aspect externe d’une nageoire de Cœlacanthe est proche des Sarcoptérygiens du Dévonien, son anatomie en revanche a subi des remaniements substantiels.

Enfin, un article paru en 2012 dans Current Biology met à bas l'idée que le coelacanthe actuel n'évoluerait plus[6]: les populations actuelles de Latimeria chalumnae en Afrique de l’Est présentent en effet des différences génétiques significatives avec leur population-mère située aux Comores.

En d’autres termes, loin d’être en stase évolutive, les cœlacanthes actuels continuent à s’adapter activement à leur environnement.

Une liste d'espèces reliques[modifier | modifier le code]

Animales[modifier | modifier le code]

Végétales[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Guillaume Lecointre et Hervé Le Guyader : Classification phylogénétique du vivant, Belin, troisième édition, augmentée et corrigée ; ISBN 2-7011-4273-3.
  2. Pierre-Paul Grassé, L'évolution du vivant, éd. Albin Michel, 1973
  3. Why Coelacanths are not "Living fossiles : a Review of Molecular and Morphological Data" Casane D, Laurenti P. (2013). Bioessays. 2013 Feb 4. doi: 10.1002/bies.201200145. [Epub ahead of print]
  4. Peter Forey, History of the Cœlacanths, éd. Springer, 1998
  5. First discovery of a primitive coelacanth fin fills a major gap in the evolution of lobed fins and limbs Matt Friedman, Michael I. Coates, and Philip Anderson (2007). Evolution & Development, 9 (4), Pages 329 - 337
  6. Population divergence in East African coelacanths Lampert KP, Fricke H, Hissmann K, Schauer J, Blassmann K, Ngatunga BP, Schartl M. (2012). Current Biology, 22(11), Pages 439-440

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]