Dynastie Tang
Dynastie Tang
唐朝 (zh)
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La Chine des Tang vers l'an 700
| Statut | Monarchie |
|---|---|
| Capitale | Chang'an, puis Canton |
| Religion | Bouddhisme |
| Population | > 50 millions |
|---|
| 618 | Fondation en lieu et place de la dynastie Sui |
|---|---|
| 630 | Soumission des Turcs orientaux |
| 641 | Protectorat sur l'empire du Tibet |
| 642 | Soumission des Turcs occidentaux |
| 648 | Conquête du bassin du Tarim et sécurisation de la route de la soie |
| 690 | Wu Zetian destitue son fils et fonde sa dynastie |
| 705 | Tang Zhongzong rétablit la dynastie Tang |
| 822 | Traité de paix avec le Tibet : stabilisation de leurs relations |
| 907 | Chute de la dynastie : morcellement de l'État et proclamation de la dynastie des Liang postérieurs |
| (1er) 618-625 | Tang Gaozu |
|---|---|
| (Der) 904-907 | Tang Aidi |
Entités précédentes :
- Dynastie Sui (618)
- Dynastie Zhou (705)
Entités suivantes :
- Dynastie Zhou (690)
- Liang postérieurs (907)
- Chu (907)
- Shu antérieur (907)
- Wu (907)
- Wuyue (907)
La dynastie Tang (chinois : 唐朝 ; Wade : T'ang ; EFEO : T'ang, Ten quelquefois) (18 juin 618 - 1er juin 907) est une dynastie chinoise précédée par la dynastie Sui (581-618) et suivie par la période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes. Elle a été fondée par la famille Li, qui prit le pouvoir durant le déclin et la chute de l'empire Sui. La dynastie est brièvement interrompue par la seconde dynastie Zhou (8 octobre 690 - 3 mars 705) quand l'impératrice Wu Zetian monte sur le trône, devenant l'unique impératrice régnante en Chine.
La capitale de la dynastie Tang est Chang'an (actuelle ville de Xi'an), qui est à cette époque la ville la plus peuplée du monde. Cette dynastie est généralement considérée comme le point culminant de la civilisation chinoise, un âge d'or de la culture cosmopolite, égalant ou surpassant ainsi la dynastie Han. Son territoire conquis au travers de campagnes militaires par les premiers dirigeants, rivalise avec celui de la dynastie Han. Au cours de deux recensements aux VIIe et VIIIe siècles, les archives Tang estiment la population à partir du nombre de foyers à environ 50 millions de personnes[1],[2]. Ensuite, même si le pouvoir central a été ébranlé et incapable de compiler un recensement fiable de la population au IXe siècle, on estime qu'à cette époque la population a grimpé jusqu'à environ 80 millions[3],[4]. Avec cette importante population, la dynastie est capable de monter une armée professionnelle de centaines de milliers de soldats pour combattre les peuples nomades de l'Asie centrale et de sécuriser les lucratives routes commerciales le long de la route de la soie. Plusieurs royaumes et états paient des tributs à la cour Tang, lorsque les Tang ont conquis plusieurs régions qui ne sont pas directement contrôlées par un système de protectorat. Derrière cette hégémonie politique, les Tang exercent également une importante influence culturelle sur leurs voisins tels que la Corée, le Japon et le Viêt Nam.
La dynastie Tang est en grande partie une période de progrès et de stabilité, excepté durant la révolte d'An Lushan et le déclin du pouvoir central à la fin de la seconde moitié de la dynastie. Comme la précédente dynastie Sui, celle des Tang maintient un système de service public en recrutant les bureaucrates par des examens impériaux et des recommandations. Cet ordre civil est cependant miné par la montée des gouverneurs militaires régionaux durant le IXe siècle.
La culture chinoise est florissante et très mature durant la période Tang. Cette période est considéré comme étant le plus grand âge pour la poésie chinoise[5]. Deux des poètes chinois les plus réputés, Li Bai et Du Fu, ont vécu à cette époque, comme beaucoup de peintres reconnus tels que Han Gan, Zhang Xuan et Zhou Fang. Il existe également une importante littérature historique compilée par des érudits, mais également des ouvrages encyclopédiques ou géographiques.
Plusieurs innovations importantes sont apparues durant la dynastie Tang, dont le développement des caractères d'imprimerie en bois. Le bouddhisme devient une influence majeure dans la culture chinoise, avec la montée de sectes bouddhistes chinoises. Toutefois, le bouddhisme sera par la suite persécuté et son influence déclinera. Bien que la dynastie et le pouvoir central soient sur le déclin au IXe siècle, l'art et la culture continuent leur développement. Le pouvoir central affaibli se retire de la gestion économique de l'empire, mais les affaires mercantiles restent intactes et le commerce continue son développement important.
Sommaire
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Histoire [modifier]
Fondation [modifier]
La famille Li appartient à l'aristocratie militaire dominante du nord-ouest durant la dynastie Sui[6],[7]. Ils se déclarent descendants directs de personnages importants dans l'histoire chinoise, tels que Lao Tseu (Li Er), Li Guang et Li Gao. Les mères de l'empereur Sui Yang (r. 604-617) et de l'empereur fondateur de la dynastie Tang sont sœurs, faisant de deux empereurs de deux dynasties distinctes des cousins[1]. Li Yuan, connu ensuite sous son nom de règne de Tang Gaozu, est duc de Tang et ancien gouverneur de Taiyuan, quand d'autres fonctionnaires du gouvernement repoussent des bandits depuis l'empire Sui en plein effondrement, ce qui est à l'origine de la mauvaise campagne de Corée[6],[8]. Avec son prestige et son expérience militaire, il monte une rébellion avec son fils et sa fille tout aussi militante, la princesse Pingyang, qui rassemble et commande sa propre armée[9]. En 617, Li Yuan occupe Chang'an et devient régent du jeune empereur Sui Gong, reléguant l'empereur Yang à la fonction d'empereur retiré[9]. Le 18 juin 618, l'empereur Yang est assassiné par son général Yuwen Huaji. Li Yuan s'auto-déclare alors empereur d'une nouvelle dynastie, les Tang[9],[10].
Li Yuan règne jusqu'en 626 avant d'être déchu par la force par son fils Li Shimin, le prince de Qin. Ce dernier a commandé des troupes depuis l'âge de 18 ans et fait des prouesses avec arcs, épées, lances et est reconnu comme un cavalier hors pair[1],[11]. Combattant face à une armée plus nombreuse, il bat Dou Jiande (573-621) à Luoyang lors de la bataille de Hulao, le 28 mai 621[12],[13]. Dans une violente élimination de la famile royale de crainte d'assassinats, Li Shimin est pris dans une embuscade et tue deux de ses frères, Li Yuanji et le prince Li Jiancheng au cours de l'incident de la porte Xuanwu le 2 juillet 626[14]. Peu de temps après, son père abdique en sa faveur et Li Shimin accède au trône. Il prend comme nom de temple Taizong. Bien que tuer deux frères et déchoir son père est contraire aux principes confucéens de la pitié filiale[14], Taizong se montre comme un dirigeant capable qui écoute les conseils des membres les plus sages de son conseil[1]. En 628, l'empereur Taizong érige un mémorial bouddhiste pour les victimes de la guerre et fait ériger en 629 des monastères bouddhistes sur les sites des principales batailles afin que les moines puissent prier les morts des deux camps[15]. Durant la campagne contre les Tujue orientaux, un khanate köktürk est détruit après la capture du khan Ashini Duobi, par le célèbre officier militaire Li Jing (571-649), futur Chancelier de la dynastie Tang. Avec cette victoire, les Turques acceptent Taizong comme leur Khagan, ou Grand Khan, en plus de son rôle de Fils du Ciel[16],[17].
Administration et politique [modifier]
Premières réformes [modifier]
Taizong planifie de résoudre les problèmes internes avec le gouvernement, qui ont constamment rongé les dynasties passées. Se basant sur le code juridique des Sui, il fait paraître le Code Tang, sur lequel les dynasties suivantes, mais également les voisins au Viêt Nam, en Corée et au Japon vont se baser[1]. Le code juridique le plus ancien à survivre est celui établi en 653. Il est divisé en 500 articles spécifiant les différents crimes et peines qui peuvent être dix coups avec un bâton léger, cents coups avec une lourde tige, l'exil, la servitude pénale ou l'exécution[18]. Le code juridique distingue clairement différents niveaux de sévérité dans les peines infligées lorsque des membres de la hiérarchie sociale ou politique commettent le même crime[19]. Par exemple, la sévérité de la peine est différente lorsqu'un serveur ou un neveu tue un maître ou un oncle que lorsqu'un maître ou un oncle tue un servant ou un neveu[19]. Le Code Tang est en grande partie conservé par les codes juridiques suivants tels que le code de 1397 de la dynastie Ming (1368-1644)[20], même si plusieurs révisions sont apportées par la suite, comme l'amélioration du droit des femmes durant la dynastie Song (960-1279)[21],[22].
Les Tang possèdent trois départements (省, shěng), qui doivent respectivement rédiger, revoir et accomplir les politiques de l'empire. Il existe également six ministères (部, bù) dans l'administration qui accomplissent la politique, chacun d'entre eux étant assigné à une tâche différente. Ces bureaux administratifs contiennent du personnel pour les travaux administratifs, financiers, rituels, militaires, judiciaires et publiques, le tout dans une organisation administrative qui perdurera jusqu'à la chute de la dynastie Qing (1644-1912)[23]. Bien que les fondateurs de la dynastie Tang soient liés à la prestigieuse dynastie Han, la base de la plupart de leur organisation administrative est similaire aux précédentes dynasties du Nord et du Sud[1]. La milice instaurée par les Zhou du Nord (557-581) perdure au cours de la dynastie Tang, ainsi que les fermiers-soldats qui servent dans la capitale ou près des frontières afin de recevoir des terres agricoles appropriées. Le système de répartition des sols des Wei du Nord (386-534) est également conservé, même s'il connaît quelques modifications[1].
Bien que les gouvernements locaux et centraux conservent d'énormes archives sur la propriété foncière afin de récolter des taxes, une pratique courante sous les Tang pour les personnes alphabétisées et aisées consiste à créer ses propres documents et contrats signés[24]. Ceux-ci contiennent leur propre signature et celle d'un témoin et sont écrits pour prouver si nécessaire à la court qu'ils réclament à juste titre leur propriété[24]. Le prototype de cette pratique remonte à la dynastie Han, alors que le langage contractuel est devenu plus commun et a été intégré à la culture littéraire chinoise dans les dynasties suivantes[24].
Le centre du pouvoir politique des Tang est la capitale Chang'an (actuellement Xi'an, où l'empereur entretient ses importants palaces et divertit les émissaires politiques avec musique, sports, cascades acrobatiques, poésie, peinture et pièces de théâtre). La capitale est également remplie d'un nombre incroyable de riches et de ressources à revendre. Alors que les fonctionnaires du gouvernement préfectoral voyagent dans la capitale en 643 pour donner leur rapport annuel sur les activités de leur district, l'empereur Taizong découvre que beaucoup n'ont pas de quartiers pour se reposer et louent des chambres auprès de marchands[25]. Par conséquent, l'empereur ordonne aux agences gouvernementales chargées de la construction municipale de construire pour chaque fonctionnaire un manoir dans la capitale[25].
Examens impériaux [modifier]
Suivant l'exemple de la dynastie Sui, les Tang abandonnent le système à neuf rangs en faveur d'un vaste système de fonction publique[26]. Les étudiants des études confucéennes sont des candidats potentiels aux examens impériaux, le diplôme qui permet d'accéder au gouvernement local, provincial et central. Il existe deux types d'examens, le mingjing et le jinshi[27]. Le mingjing se base sur les classiques confucéens et teste les connaissances des étudiants sur une grande variété de textes[27]. Le jinshi teste les capacités littéraires des étudiants en proposant l'écriture d'essais en réponses à des questions sur la gouvernance et la politique, mais également les compétences à écrire de la poésie[28]. Les candidats sont également jugés sur leur comportement, leur apparence, leur aisance orale et le niveau de compétence en calligraphie, des critères suffisamment subjectifs pour permettre de ne choisir que les candidats des familles aisées au détriment des plus modestes, qui n'ont pas les moyens d'être éduqués aux compétences de la rhétorique et de l'art de l'écriture[29]. Il existe un important déséquilibre entre les fonctionnaires provenant de l'aristocratie et ceux venant de familles non aristocratiques[29]. Les examens sont ouverts à tout homme dont le père n'est ni artisan ni marchand[30], bien que l'appartenance à un statut riche ou noble n'est pas un pré-requis pour recevoir une recommandation[29]. Afin de promouvoir largement l'éducation confucéenne, le gouvernement Tang établit des écoles d'état et diffuse des versions standard des Cinq classiques avec des commentaires sélectionnés[19].
Cette procédure compétitive permet d'intégrer les meilleurs talents au gouvernement. Les dirigeants Tang, conscients que la dépendance impériale envers les familles aristocratiques et les seigneurs de guerre peut avoir des conséquences déstabilisantes, créent un corps de carrière de fonctionnaires n'ayant aucun pouvoir territorial autonome. Le code Tang assure la division égale des propriétés héritées entre les héritiers légitimes, permettant un peu de mobilité sociale et évitant l'accumulation de pouvoir de familles via la primogéniture[31]. Il s'avère que les fonctionnaires acquièrent un statut local en plus de partager les valeurs qui les connectent à la cour impériale. Depuis les Tang jusqu'à la fin de la dynastie Qing en 1912, les fonctionnaires bureaucrates servent souvent d'intermédiaires entre les classes de bas niveau et le gouvernement. Le potentiel d'un système d'examens impériaux largement répandu n'est pas réellement réalisé avant la dynastie Song, lorsque les fonctionnaires évoluant au mérite ébranlent en grande partie les habitudes aristocratiques et définissent leur statut social via les examens impériaux[32],[33],[34]. L'historienne Patricia Ebrey explique à propos des fonctionnaires de la période Song :
« Le système d'examens, utilisé uniquement à petite échelle dans les périodes Sui et Tang, jouait un rôle central dans le façonnage de son élite. Les premiers empereurs Song, soucieux avant tout d'éviter la domination du gouvernement par les militaires, ont grandement étendu le système d'examens de la fonction publique et le système d'écoles gouvernementales[35]. »
Toutefois, les dynasties Sui et Tang institutionnalisent et installent les fondements du système de fonction publique et sa nouvelle classe d'élite constituée de fonctionnaires érudits.
Religion et politique [modifier]
Depuis ces débuts, la religion joue un rôle dans la politique Tang. Dans sa prise de pouvoir, Li Yuan a attiré un public à lui en prétendant descendre du sage taoïste Lao Tseu[36]. Les personnes candidates à un poste demandent à des moines bouddhiste de prier en public pour elles, en échange de donations ou de cadeaux si la personne est choisie. Avant la persécution du bouddhisme au IXe siècle, bouddhisme et taoïsme sont acceptés côte à côte. Ainsi, l'empereur Tang Xuanzong (r. 712-756) invite les moines et religieux des deux religions à sa cour[37]. Dans le même temps, l'empereur rend hommage à son ancêtre Lao Tseu en lui attribuant des titres prestigieux, en écrivant des commentaires sur ses œuvres, en établissant des écoles de préparations aux examens se basant sur ses écrits taoïstes et en invitant le moine indien Vajrabodhi (671–741) à réaliser des rites tantriques pour éviter une sécheresse en 726[37]. En 742, l'empereur en personne porte l'encensoir durant la cérémonie du moine Amoghavajra (705–74) qui récite « des incantations mystiques pour assurer la victoire des forces Tang[37]. »
Alors que la religion a un rôle en politique, les politiques jouent également un rôle dans la religion. En 714, Xuanzong interdit les boutiques et marchands de la ville de Chang'an de vendre des copies de sutras bouddhistes, donnant à la place aux religieux bouddhistes des monastères le monopole de la distribution des sutras aux laïcs[38]. L'année précédente, en 713, l'empereur liquide le très lucratif Trésor inexhaustif d'un monastère de Chang'an. Ce monastère a collecté un grand nombre de monnaie, soie et trésors à travers les multiples repentances anonymes[39]. Bien que le monastère soit généreux en donations, l'empereur publie un décret abolissant leur trésor au motif que leurs pratiques bancaires sont frauduleuses. La richesse ainsi récoltée est ensuite distribuée à d'autres monastères bouddhistes, abbayes taoïstes et sert à réparer des statues, des bâtiments et des ponts de la ville[39].
Taxes et recensement [modifier]
Le gouvernement de la dynastie Tang tente de créer un recensement efficace de la taille de la population de l'empire, principalement pour une taxation plus efficace et pour définir les circonscriptions militaires de chaque région. Les premiers gouvernements Tang mettent en place à la fois la taxe sur le grain et sur les vêtements à un taux relativement faible pour chaque foyer de l'empire. Celles-ci ont pour but d'encourager les foyers à s'enregistrer pour la taxe et de ne pas éviter les autorités, ainsi que de fournir au gouvernement une estimation la plus précise possible[1]. Lors du recensement de 609, la population est comptée grâce aux efforts du gouvernement et atteint 9 millions de foyers, soit environ 50 millions d'habitants[1]. Le recensement de 742 estime également approximativement la taille de la population chinoise à environ 50 millions de personnes[40]. Patricia Ebrey écrit que même si un nombre assez significatif de personnes ont évité le processus d'enregistrement du recensement, la taille de la population sous la dynastie Tang n'a pas significativement augmenté depuis la dynastie Han (le recensement de la seconde année estimait la population chinoise à 58 millions d'individus)[1],[41]. S.A.M Adshead est toutefois en désaccord et il estime la population chinoise à 75 millions de personnes en 750[42].
Dans le recensement Tang de l'an 754, 1 859 villes, 321 préfectures et 1 538 contés sont dénombrés dans l'empire[43]. Bien qu'il existe d'importantes cités durant la période Tang, les zones rurales et agraires constituent la majorité de la population de la Chine dans une proportion allant de 80 à 90%[44]. Il existe également un dramatique flux migratoire du Nord vers le Sud de la Chine, puisque le Nord représente 75% de la population au commencement de la dynastie mais seulement 50% à son terme[45].
La population chinoise va encore fortement augmenter jusqu'à la période de la dynastie Song. Elle double pour atteindre 100 millions d'individus grâce à la culture intensive du riz en Chine centrale et du Sud mais également au meilleurs rendements en nourriture que les fermiers peuvent fournir au marché grandissant[46].
Politique militaire et étrangère [modifier]
Protectorats et tributaires [modifier]
Le VIIe siècle et la première moitié du VIIIe siècle sont généralement considérés comme le zénith de la dynastie Tang. L'empereur Tang Xuanzong mène l'Empire céleste à son âge d'or alors que la route de la soie prospère, avec une influence en Indochine dans le sud, la main mise sur le massif du Pamir et le protectorat du Cachemire à la frontière perse à l'ouest[47].
Certains royaumes paient des tributs à la dynastie Tang dont le Cachemire, le Népal, Hotan, Kucha, Kashgar, le Japon, la Corée, Champa et les royaumes localisés dans les vallées d'Amou-Daria et Syr-Daria[48],[49]. Les nomades turques considèrent l'empereur Tang de Chine comme leur Tian Kehan[17]. Après la répression de l'importante révolte des Köktürks du Khan Shabolüe à Yssyk Koul en 657 par Su Dingfang, l'empereur Gaozong établit plusieurs protectorats gouvernés par un Général de Protectorat ou un Grand Général de Protectorat. Ceux-ci étendent la sphère d'influence des Chinois jusqu'à Hérat en Afghanistan occidental[50]. Les Généraux de Protectorat possèdent une grande autonomie pour résoudre les crises locales sans attendre l'approbation du gouvernement central. Après le règne de Xuanzong, les gouverneurs militaires (jiedushi) possèdent un énorme pouvoir, dont la capacité à maintenir leur propre armée, collecter les taxes et transmettre des titres de façon héréditaire. Cette situation est communément reconnue comme le début de la chute du gouvernement central Tang[51],[52].
Soldats et enrôlement [modifier]
En l'an 737, l'empereur Xuanzong écarte la politique d'enrôlement des soldats qui sont remplacés tous les trois ans, pour les remplacer par des soldats de long service qui sont plus aguerris et plus efficients[53]. Cette solution est également plus viable économiquement puisque l'entraînement des nouvelles recrues et l'envoi des troupes tous les trois ans vers les frontières coûtent très cher[53]. À la fin du VIIe siècle, les troupes de l'ancien système commencent à abandonner le service militaire et des maisons leur sont mis à disposition de façon équitable. Alors que chaque famille est censée se voir attribuer 100 mu chacune, cette norme est décroissante dans les endroits où la population est importante et où la plupart des terres ont été achetées par les familles riches[54]. Les paysans et vagabonds aux abois sont alors induits au service militaire avec la garantie d'exonération à la fois des impôts et du service de corvée, mais aussi la mise à disposition de terre et de logement pour les personnes à charge qui les accompagnent aux frontières[55]. En 742, le nombre total des troupes dans les armées Tang atteint 500 000 hommes[53].
Régions turques et mongoles [modifier]
Les Sui et les Tang effectuent des campagnes militaires victorieuses contre les nomades des steppes. La politique étrangère des Chinois au nord et à l'ouest doit faire face aux nomades turques, qui deviennent le groupe ethnique dominant en Asie centrale[57],[58]. Pour manipuler les Truques et éviter les trahisons, le gouvernement Sui répare ses fortifications et reçoivent des missions de commerce et de tribut[28]. Il envoie des princesses royales pour se marier avec les dirigeants de clan turcs en 597, 599, 614 et 617[59],[60]. Dès la dynastie des Sui, les Turcs deviennent une force militaire importante utilisée par les Chinois. Lorsque les Khitans commencent leurs raids au nord-est de la Chine en 695, un général chinois mène 20 000 Turcs contre les envahisseurs, puis distribue le bétail et les femmes khitanes en récompense aux Turcs[61]. À deux occasions entre 635 et 636, des princesses royales Tang sont mariées à des mercenaires et généraux turcs[60]. Tout au long de la dynastie Tang jusqu'à la fin de l'année 755, environ dix généraux turcs servent sous les ordres Tang[62],[63]. Alors que la plupart de l'armée Tang est composée de Chinois enrôlés, la majorité des troupes menées par les généraux Turcs n'ont pas d'origine chinoise. Ces troupes officient essentiellement aux frontières occidentales où les troupes chinoises sont peu nombreuses[64]. Certaines troupes turques sont composées de Chinois Han nomadisés, un peuple désinisé[65].
La guerre civile en Chine est presque à son terme en 626, avec la défaite en 628 du seigneur de guerre chinois d'Ordos, Liang Shidu. Après ces conflits internes, les Tang commencent une offensive contre les Turcs[66]. En 630, les armées Tang capturent le désert d'Ordos, dans la province actuelle de Mongolie-Intérieure, et le sud de la Mongolie aux Turcs[61],[67]. Après sa victoire militaire, l'empereur Taizong remporte le titre de Grand Khan auprès des nombreux Turcs de la région qui lui prêtent allégeance ainsi qu'à l'empire chinois, qui se traduit par le déplacement de plusieurs centaines de Turcs vers la ville chinoise de Chang'an. Le 11 juin 631, l'empereur Taizong envoie également des ambassadeurs aux Xueyantuo en apportant or et soie afin de les persuader de relâcher les prisonniers chinois capturés à la frontière du nord durant la transition entre les dynasties Sui et Tang. Cette opération permet de libérer 80 000 hommes et femmes chinois[68],[69].
Alors que les Turcs sont installés dans la région d'Ordos (ancien territoire des Xiongnu), le gouvernement Tang mène une politique militaire pour dominer les steppes centrales. Comme lors de la précédente dynastie Han, les Tang (avec les alliés Turcs) conquièrent et assujettissent l'Asie centrale durant les années 640 et 650[28]. Durant le seul règne de l'empereur Taizong, d'importantes campagnes sont lancées contre les Köktürks, les Tuyuhun, les Tufan, les états de Xiyu et Xueyantuo.
Conflits avec l'empire du Tibet [modifier]
L'empire Tang défie l'Empire du Tibet pour le contrôle des régions en Asie centrale, qui sont colonisées à cette époque grâce au mariage de la princesse Wencheng à Songtsän Gampo[70],[71]. Une tradition tibétaine mentionne que les troupes chinoises ont capturé Lhasa après la mort de Songtsän Gampo[72], mais aucune invasion n'est mentionnée ni dans les annales chinoises ni dans les manuscrits tibétains de Dunhuang[73].
Il existe une longue série de conflits avec le Tibet dans le bassin du Tarim entre 670 et 692. En 763 les Tibétains capturent la capitale chinoise, Chang'an, pendant cinquante jours durant la révolte d'An Lushan[74],[75]. En fait, c'est durant cette révolte que les Tang retirent les garnisons stationnées en occident dans les provinces actuelles du Gansu et Qinghai, que les Tibétains occupent avec le territoire actuelle du Xinjiang[76]. Les hostilités entre les Tang et le Tibet continuent jusqu'à la signature formelle d'un traité de paix en 821[77]. Les termes de ce traité définissent les frontières entre les deux empires[78]. En 823, une stèle connue sous le nom de « Tablette de pierre de l’Unité du long Terme » est érigée devant la porte principale du Temple de Jokhang à Lhassa. Deux autres copies existeraient, l'une dans la capitale de la Chine à Cha'ang an à la porte de l'empereur, et l'autre à la frontière tibéto-chinoise sur le Mont Guru Meru[79]. Ces stelles reprennent les termes du traité dans les deux langues[80]. La paix fut ainsi assurée pour presque deux décennies[81].
Empire perse [modifier]
Durant la conquête musulmane de la Perse (633-656), le fils du dernier dirigeant de l'Empire Sassanid, le prince Peroz, fuit vers la Chine Tang[48],[82]. Selon le livre des Tang, Peroz prend la tête du Gouvernorat de Perse dans la ville actuelle de Zaranj, en Afghanistan. Durant sa conquête de la Perse, le calife musulman Othmân ibn Affân (r. 644–656) envoie un ambassadeur à la cour des Tang à Chang'an[63]. Dans les années 740, les arabes du Grand Khorasan établissent une présence dans le bassin de Ferghana et en Sogdiana.
À la bataille de Talas en 751, les mercenaires Karlouks sous les ordres des Chinois font défection, aidant les armées arabes du calife musulman à battre le forces Tang sous le commandement de Go Seonji (également connu sous le nom de Gao Xianzhi, descendant d'un général de Goguryeo). Bien que la bataille elle même n'est pas significative d'un point de vue militaire, il s'agit d'un moment pivot dans l'histoire. Elle marque l'expansion de la fabrication de papier par les Chinois[83],[84] dans les régions occidentales, lorsque des soldats chinois capturés en révèlent les secrets aux arabes. Ces techniques atteignent finalement l'Europe au XIIe siècle à travers l'Espagne contrôlée par les arabes.
Malgré l'affrontement à Talas, une ambassade abbasside ouvre le 11 juin 758 à Chang'an, en même temps que l'envoi de cadeaux de la part des Turcs Ouïghours pour l'empereur Tang[85]. Venant de plus loin à l'ouest, une ambassade arrive à la cour de Taizong en 643 en provenance des Patriarches d'Antioche[86]. En 788 les Chinois concluent une alliance militaire avec les Turcs Ouïghours qui ont battu deux fois les Tibétains en 789, près de la ville de Kuch'eng en Jungharia et en 791 près de Ning-hsia sur le fleuve Jaune[87].
Corée et Japon [modifier]
À l'est, les campagnes militaires chinoises sont moins victorieuses qu'ailleurs. Comme les empereurs de la dynastie Sui, Taizong lance une campagne militaire en 644 contre le royaume coréen de Goguryeo. Toutefois, cette dernière conduit à un retrait de la première campagne face à la défense efficace du général Yeon Gaesomun. S'alliant avec le royaume coréen de Silla, les Chinois se battent contre les Baekje et leurs alliés japonais Yamato durant la bataille de Baekgang en août 663, une victoire décisive pour les Tang et les Silla. La marine de la dynastie Tang possède différents types de navires à sa disposition pour mener une guerre navale. Ces navires sont décrits par Li Quan dans son livre Taipai Yinjing en 759[88]. La bataille de Baekgang est en réalité un mouvement de restauration des forces survivant de Baekje, puisque leur royaume a été renversé en 660 par l'invasion Tang-Silla, menée par le général coréen Kim Yushin (595–673) et le général chinois Su Dingfang. Dans d'autres invasions menées avec les Silla, l'armée Tang affaiblit sévèrement le royaume de Goguryeo dans le nord en capturant ses forts extérieurs en 645. Les attaques conjointes de armées Silla et Tang sous le commandement de Li Shiji (594–669) mènent finalement à la destruction du royaume de Goguryeo en 668[47].
Bien qu'étant d'anciens ennemis, les Tang acceptent des fonctionnaires et généraux de Goguryeo dans leur administration et leur organisation militaire, comme les frères Yeon Namsaeng (634–679) et Yeon Namsan (639–701). Entre 668 et 676, l'empire Tang contrôle le nord de la Corée. Toutefois, en 671 les Silla commencent à y combattre les forces Tang. En même temps, les Tang font face à des menaces sur leurs frontières occidentales lorsqu'une importante armée chinoise est battue par les Tibétains sur le fleuve Dafei en 670[89]. En 676, l'armée Tang est chassée de la Corée par les Sila unifiés[90]. Suite à une révolte des Turcs orientaux en 679, les Tang abandonnent ses campagnes coréennes[89].
Bien que les Tang combattent également les Japonais, ils conservent des relations cordiales avec le Japon. Il existe plusieurs ambassades impériales chinoises au Japon. Ces missions diplomatiques ne sont pas interrompues avant 894 et l'empereur Uda (r. 887-897), convaincu par Sugawara no Michizane (845–903)[91]. L'empereur Temmu du Japon (r. 672–686) établit même son armée enrôlée sur le modèle chinois, ses cérémonies d'état selon le modèle chinois et construit son palais à Fujiwara en s'inspirant de l'architecture chinoise[92].
Plusieurs moines bouddhistes chinois se rendent au Japon pour y aider à la propagation du bouddhisme. Deux moines du VIIe siècle en particulier, Zhi Yu et Zhi You, visitent la cour de l'empereur Tenji (r. 661–672), après quoi ils présentent un cadeau de chariot pointant le sud qu'ils ont fabriqués[93]. Ce compas véhicule datant du IIIe siècle (utilisant un mécanisme différentiel) est à nouveau produit pour l'empereur japonais en 666, comme l'atteste le Nihon Shoki en 720[93]. Les moines japonais se rendent également en Chine, comme par exemple Ennin (794–864), qui écrit sur ses expériences de voyage dont ses voyages le long du Grand canal de Chine[94],[95]. Le moine Enchin (814–891) reste en Chine entre 839 et 847 puis entre 853 et 858, s'installant près de Fuzhou puis près de Taizhou durant son second voyage en Chine[96],[97].
Commerce et expansion de la culture [modifier]
Avec le commerce terrestre le long de la route de la soie et le commerce maritime, les Tang sont capables d'acquérir beaucoup de nouvelles technologies, des coutumes culturelles, des objets de luxe et des objets contemporains. Depuis le Moyen-orient, l'Inde, la Perse et l'Asie centrale, les Tang s'inspirent de nouvelles tendances en mode, des nouveaux types de céramiques et améliorent leur savoir en forge de l'argent[98]. Les Chinois adoptent également petit à petit le concept étranger des tabourets et des chaises pour s'asseoir, alors que jusqu'à présent ils n'utilisaient que des tapis posés sur le sol[99]. Depuis le Moyen-orient , le monde musulman convoite et achète les produits chinois tels que la soie, les objets laqués et les porcelaines[100]. Les chansons, danses et instruments de musique en provenance de l'étranger deviennent également populaires sous la dynastie Tang[101],[102]. Parmi ces instruments, on trouve les hautbois, flûtes et petites percussions de Kucha dans le bassin du Tarim, ainsi que des percussions d'Inde tels que les cymbales[101]. À la cour, neuf ensembles musicaux sont chargés de représenter la musique à travers toute l'Asie[103].
L'Inde constitue un intérêt indéniable pour la Chine, en tant que centre de connaissance bouddhiste. Ainsi, de fameux voyageurs tels que Xuanzang ont visité le sous-continent. Après un voyage de dix sept ans, celui-ci parvient à ramener de précieux textes sanskrits pour les faire traduire par les Chinois. Un dictionnaire Turc-Chinois est également édité pour certains érudits et étudiants, alors que les chansons populaires turques inspirent la poésie chinoise[104],[105]. À l'intérieur de la Chine, le commerce est facilité par le Grand canal de Chine et la rationalisation du gouvernement Tang du plus grand système de canaux, afin de réduire les coûts de transport du grain et autres produits[106]. L'état gère également approximativement 32 100 km de routes postales à cheval et en bateau[107].
Route de la soie [modifier]
La route de la soie est la plus importante route commerciale de l'Eurasie prémoderne. Durant cette période de Pax Sinica, la route de la soie atteint son âge d'or, alors que les marchands perses et sogdiens tirent bénéfice du commerce entre Occident et Orient. Dans le même temps, l'empire chinois accueille les cultures étrangères rendant ainsi ses centres urbains très cosmopolites.
Bien que la route de la soie entre la Chine et l'Occident soit initialement mise en place durant le règne de l'empereur Han Wudi (141-87 avant J.-C.), elle est rouverte sous les Tang en 639 lorsque Hou Junji conquiert l'ouest. Elle restera ouverte encore pendant près de quarante ans. Elle est de nouveau fermée après sa capture par les Tibétains en 678, mais en 699, sous le règne de l'impératrice Wu, la route de la soie rouvre suite à la capture par les Tang des quatre garnisons d'Anxi[108], reconnectant ainsi la Chine à l'Occident directement par le commerce terrestre[109]. Les Tang conquièrent la route vitale de la vallée de Gilgit au Tibet en 722, avant de la perdre au profit des Tibétains en 737 et de la reconquérir sous le commandement du général coréen Gao Xianzhi[110]. À la fin de la révolte d'An Lushan en 763, l'empire Tang perd une nouvelle fois le contrôle de la route de la soie puisque les Tibétains en capturant des territoires occidentaux coupent l'accès direct de la Chine à la route[77]. Une rébellion interne en 848 évince les dirigeants tibétains et permet aux Tang de reconquérir les préfectures du nord-ouest au Tibet en 851. Ces terres deviennent un atout crucial pour les Tang qui peuvent utiliser les importants pâturages pour élever des chevaux dont la dynastie a désespérément besoin[77],[111].
Bien que de nombreux voyageurs occidentaux viennent en Chine pour vivre et commercer, ils sont nombreux, principalement des moines religieux, à reporter les strictes lois que les Chinois ont mises en place aux frontières[100]. Comme le moine Xuanzang, de nombreux voyageurs attestent que la Chine a installé de nombreux points de contrôle sur la route de la soie qui vérifient les permis de voyage vers l'empire Tang[100]. Par ailleurs, le banditisme est un problème près des points de contrôles et des villes oasis, comme en témoigne Xuanzang qui raconte que son groupe de voyageurs a été attaqué par des bandits à de nombreuses occasions[100].
La route de la soie a également un impact sur l'art Tang. Les cheveaux deviennent un symbole important de la prospérité et du pouvoir, mais également un outil dans la politique militaire et diplomatique. Les chevaux sont également vénérés comme le dragon[112].
Ports et commerce maritime [modifier]
Les délégations chinoises navigent à travers l'Océan Indien vers l'Inde depuis peut être le IIe siècle av. J.-C.[113],[114], alors que c'est durant la dynastie Tang qu'une forte présence maritime chinoise est trouvée dans le golfe Persique, la mer Rouge, en Perse, Mésopotamie (à travers le fleuve Euphrate), Arabie, Égypte, Aksum (Éthiopie) et en Somalie dans la corne africaine[115]. Originaire de la même tribu Quraysh que Mahomet, Sa'd ibn Abi-Waqqas navigue de l’Éthiopie vers la Chine durant le règne de l'empereur Tang Gaozu. Il retournera par la suite en Chine avec une copie du Coran, établissant la première mosquée en Chine, la Mosquée du Souvenir, durant le règne de l'empereur Tang Gaozong. À ce jour, il est toujours enterré dans un cimetière musulman à Guangzhou.
Au cours de la dynastie Tang, des milliers d'étranger viennent et vivent dans différentes villes chinoises pour le commerce, nouant ainsi des liens commerciaux entre la Chine et notamment les Perses, les Arabes, les Indiens, les Malais, les Sinhalais, les Khmers, les Chams, les Juifs et les Chrétiens nestoriens parmi d'autres[116],[117]. En 748, le moine bouddhiste Jian Zhen décrit Guangzhou comme un centre commercial animé où d'imposants bateaux étrangers viennent mouiller. Il écrit dans Yue Jue Shu que « plusieurs gros bateaux viennent de Bornéo, de Perse, de Qunglun (Java, en Indonésie)... avec .. des épices, des perles et du jade entassés en hauts monticules[118],[119]. » Après le pillage de Guangzhou en 758 par des pirates arabes et perses[77], le gouvernement Tang réagit en fermant le port pendant près de cinq décennies, les navires étrangers s'arrêtant à Hanoï à la place[120]. Toutefois, dès sa réouverture, le port continue de prospérer. En 851, le marchand arabe Suleiman al-Tajir observe la fabrication de porcelaine chinoise à Guangdong et en admire sa qualité de transparence[121]. Il fournit également une description de la mosquée de Guangzhou, de son gouvernement local, des soins apportés aux voyageurs avec l'usage de céramiques, vin de riz et thé[122]. Toutefois, en 879 la ville connaît un nouvel épisode sanglant. Le rebelle chinois Huang Chao saccage la ville et assassine prétendument des milliers de Chinois, ainsi que des étrangers juifs, chrétiens et musulmans[123],[124],[125]. La rébellion de Huang prend fin en 884.
Les navires coréens de Silla, de Balhae et de la province Hizen au Japon sont impliqués dans le commerce sur le fleuve Jaune, qui est dominé par Silla[126]. Après que Silla et le Japon recommencent leurs hostilités à la fin du VIIe siècle, la plupart des marchants maritimes japonais choisissent de partir de Nagasaki vers l'embouchure des fleuves Huai et Yangzi et même vers la baie de Hangzhou encore plus au sud, afin d'éviter les navires coréens dans la mer Jaune[126],[127]. Dans le but de revenir au Japon en 838, les délégations japonaises en Chine affrètent neuf navires et soixante marins coréens dans les quartiers coréens de Chuzhou et Lianshui le long du fleuve Huai[128]. Les navires chinois qui voyagent au Japon quant à eux ont pour habitude de partir de différents ports des côtes des provinces du Zhejiang et du Fujian[129].
Les Chinois s'engagent dans une production à grande échelle pour les exportations vers l'étranger à partir de la dynastie Tang, comme en atteste la découverte de l'épave de Belitung, un boutre arabe préservé dans le limon trouvé près de Belitung, et qui contient 630 000 pièces de céramiques, d'argent et d'or (dont un bol Changsha avec une inscription de date : « 16e jour du septième mois de la seconde année du règne de Baoli », soit 826, date confirmée par une analyse au Carbone 14 de l'anis étoilé trouvé dans l'épave)[130]. À partir de 785, les Chinois commencent à appeler régulièrement Sufala sur la côte est-africaine afin de supprimer les intermédiaires arabes[131], comme en atteste différentes sources chinoises de l'époque qui décrivent le commerce en Afrique. Le fonctionnaire et géographe Jia Dan (730-805) trace deux routes commerciales à cette époque : une partant de la côte de Bohai vers la Corée, et une autre de Guangzhou vers les îles Nicobar, le Sri Lanka et l'Inde, les côtes est et nord de la mer arabe vers le fleuve Euphrate[132]. En 863, l'écrivain chinois Duan Chengshi fournit une description détaillée du commerce d'esclaves, d'ivoire et d'ambre gris avec un pays appelé Bobali, que les historiens soupçonnent être Berbera en Somalie[133]. À Fustat (Le Caire), la réputation des céramiques chinoises conduit à une énorme demande de biens chinois, forçant les Chinois à y voyager souvent[134],[135]. À cette époque, le marchand arabe Shulama écrit une fois son admiration pour les jonques chinois, mais note qu'ils sont trop profonds pour naviguer sur l'Euphrate, ce qui les force à transférer passagers et cargaison sur des bateaux plus petits[136]. Shulama note également que les navires chinois sont souvent très grands, ce qui porte leur capacité à 600 ou 700 passagers[132],[136].
Impératrice Wu et Empereur Xuanzong [modifier]
Usurpation de Wu Zetian [modifier]
Bien qu'elle entre dans la cour de l'empereur Tang Gaozong comme épouse humble, Wu Zetian se hisse au plus haut siège du pouvoir en 690, en établissant l'éphémère dynastie des Zhou postérieurs. L'impératrice Wu parvient à prendre le pouvoir suite à une tactique cruelle et calculée. La théorie populaire du complot prétend qu'elle a tué sa propre bébé fille pour accuser l'impératrice de Gaozong et de la faire rétrograder[29]. L'empereur Gaozong souffre d'une attaque d'apoplexie en 655 et Wu commence alors à prendre beaucoup de décision à la cour pour lui, discutant des affaires d'état avec ses conseillers, qui prennent les ordres d'elle, bien qu'elle soit assise derrière l'écran (c'est à dire qu'elle n'est pas présente officiellement sur le trône)[137]. Quand le fils aîné de Wu, le prince héritier, commence à asseoir son autorité et à préconiser des politiques opposées à l'impératrice Wu, il meurt subitement en 675. Certains historiens suspectent que Wu l'ait empoisonné. Bien que l'héritier suivant a un profil inférieur, en 680 il est accusé par Wu de conspirer une rébellion et est bani puis forcé au suicide[138].
En 683, l'empereur Gaozong meurt. L'empereur [Tang Zhongzong]] lui succède, le plus âgé de ses fils survivant avec Wu. Zhongzong tente de nommer la femme de son père comme Chancelier. Mais après six semaines de trône, il est déchu par Wu Zetian en faveur de son plus jeune frère, l'empereur Tang Ruizong[138]. Wu possède le pouvoir réel. Cette situation pousse un groupe de princes Tang à se rebeller en 684. L'armée de Wu la supprime en seulement deux mois[138]. En 690, elle force Ruizong à se retirer du trône. Elle devient la première femme empereur de Chine, alors que Ruizong devient prince héritier. Elle règne jusqu'en 705, lorsqu'un coup d'état la force à abdiquer en faveur de Zhongzong. Elle meurt peu de temps après[139].
Pour légitimer son règne, elle diffuse un document nommé Grand Sutra du Ciel, qui prédit que la réincarnation du Bouddha Maitreya sera une femme monarque qui chassera maladies, soucis et désastres du monde[140],[141]. Elle introduit également de nombreux caractères écrits à la langue écrite chinoise, qui sont remplacés à nouveau par les originaux à sa mort[142]. Prétendant que la plus importante part de son héritage est diminuée par l'aristocratie du nord-ouest, elle permet aux personnes d'autres clans et d'autres régions de Chine d'être plus représentés dans la politique et le gouvernement de la Chine[143],[144].
Montée de Xuanzong [modifier]
D'importantes femmes vivent à la cour durant le règne de Wu, dont la poète et écrivain Shangguan Wan'er (664–710), qui est également responsable du bureau privé de Wu[145]. En 706, la femme de l'empereur Zhongzong, l'impératrice Wei, convainc son mari d'engager pour son gouvernement ses sœurs et ses filles. En 709 elle lui demande de grarantir le droit aux femmes de transmettre les privilèges héréditaires à leurs fils (ce qui était réservé uniquement à la lignée masculine auparavant)[146]. L'impératrice Wei empoisonne finalement Zhongzong, après quoi elle place son fils de quinze ans sur le trône en 710[37]. Deux semaines plus tard, Li Longji (le futur empereur Xuanzong) entre au palais avec quelques disciples et tue l'impératrice Wei et ses partisans[37]. Il installe alors son père, Tang Ruizong sur le trône[37]. Alors que l'empereur Zhongzong était dominé par l'impératrice Wei, Ruizong est quant à lui dominé par la princesse Taiping[147]. Cela prend finalement fin suite à la tentaive de coup d'état échouée par Taiping en 712 (elle se suicide par la suite en 713) et l'abdication de l'empereur Ruizong en faveur de Xuanzong[37],[146].
Durant les 44 ans du règne de Xuanzong, la dynastie Tang atteint son apogée, un âge d'or avec une faible inflation économique et un style de vie édulcoré pour la cour impériale[106],[144]. Vu comme comme un dirigeant progressif et bienveillant, Xuanzong aboli même la peine de mort en 747. Toutes les exécutions devaient être approuvée préalablement par l'empereur lui-même (il y en avait relativement peu, puisque seulement 24 exécutions en 730[148]). Xuanzong s'incline devant le consensus de ses ministres sur les décisions politiques et fait des efforts pour équilibrer les factions au sein des ministères[147]. Son loyal chancelier confucéen Zhang Jiuling (673–740) travaille à réduire la déflation et à augmenter l'offre de monnaie en soutenant l'usage de monnaies privées, alors que son successeur aristrocratique et technocrate Li Linfu favorise le monopole de l'état sur la fabrication de monnaie[149]. Après 737, la plupart de la confiance de Xuangzong repose sur son chancelier Li Linfu, qui défend une politique étrangère plus agressive en employant des généraux non chinois. Cette politique est finalement une condition propice à la rébellion massive qui se prépare contre Xuangzong[150].
Déclin [modifier]
Révolte d'An Lushan et catastrophes naturelles [modifier]
L'empire Tang est à son apogée jusqu'au milieu du VIIIe siècle, lorsque la révolte d'An Lushan (16 décembre 755 - 17 février 763) détruit la prospérité de l'empire. An Lushan est un commandant Tang à moitié sogdien et à moitié turc. Il occupe ce poste depuis 744 et a acquis de l'expérience en combattant victorieusement les Khitans en 744[51],[151], même si la plupart de ses campagnes contre ce peuple ont été des échecs[152]. Il se voit donner une grande responsabilité au Hebei, qui lui permet de se rebeller avec une armée de 100 000 hommes[51]. Après la prise de Luoyang, il s'auto-déclare empereur de l'éphémère état Yan[151]. Malgré les première victoires du général Tang Guo Ziyi (697-781), les nouvelles troupes de la capitale ne sont pas en mesure d'affronter les vétérans des frontières menés par An Lushan, la cour s'enfuit donc de Chang'an[51]. ALors que l'héritier du trône monte une armée au Shanxi et que Xuangzong fuit vers la province du Sichuan, ils demandent une aide aux Turcs Ouïghours en 756[153]. Le khan ouïghour Moyanchur est très excité à cette perspective et marie sa propre fille à l'ambassadeur chinois dès son arrivée, recevant en retour une princesse chinoise en mariage[153]. Les Ouïghours participent à la reprise de la capitale Tang, mais ils refusent de partir tant que les Tang ne leur paient pas un lourd tribut en soie[51],[153]. Même les arabes abbassides aident les Tang à abattre la rébellion[153],[154]. Les Tibétains profitent de l'opportunité pour prendre le contrôle de terres sous contrôle chinois et même après la chute de l'empire tibétain en 842 et des Ouïghours peu après, les Tang ne parviennent pas à reconquérir l'Asie centrale après 763[51],[155]. Les pertes sont telles qu'un siècle plus tard des candidats aux examens impériaux sont mis à contribution pour écrire un essai sur les causes du déclin des Tang[156]. Alors qu'An Lushan est tué par un de ses eunuques en 757[153], cette période de troubles et d'expansion d'insurrection continue jusqu'à ce que le rebelle Shi Siming soit tué par son propre fils en 763[153].
Un des héritages que le gouvernement Tang laisse depuis 710 est la montée graduelle des gouverneneurs militaires régionaux, les jiedushi, qui petit à petit défient le pouvoir du gouvernement central[52]. Après la révolte d'An Lushan, le pouvoir autonome et l'autorité accumulés par les jiedushi au Hebei outrepassent le contrôle du gouvernement central. Après une série de rébellions entre 781 et 784 au Hebei, Shandong, Hubei et Henan, le gouvernement doit officiellement reconnaître leur titre héréditaire. Le gouvernement Tang compte sur ces gouverneurs et leurs armées pour protéger l'empire et supprimer les locaux qui voudraient prendre les armes contre le gouvernement. En retour, le gouvernement central reconnaît le droit à ces gouverneurs de maintenir une armée, collecter les taxes et même de transmettre leur titre à leurs héritiers[51],[157]. Au fur et à mesure, les gouverneurs militaires suppriment graduellement les fonctionnaires civils recrutés par les examens impériaux et deviennent de plus en plus autonomes vis à vis de l'autorité centrale[51]. La loi de ces puissants gouverneurs militaire dure jusqu'en 960, lorsqu'un nouvel ordre civil est établi sous la dynastie Song. De plus, l'abandon du système équitable de partage des champs conduit les personnes à acheter et vendre des terres librement. Beaucoup de familles pauvres et endettés sont donc forcées de vendre leurs terres aux familles plus aisées ce qui conduit à la croissance exponentielle des grandes propriétés[51]. Avec la fin du système d'allocation des terres après 755, l'état central chinois interfère à peine dans la gestion agricole et agit simplement en collecteur de taxes pendant presqu'un millénaire, comme le montre par exemple l'échec des Song à nationaliser les terres durant les guerres contre les Mongols au XIIIe siècle[158].
Avec l'effondrement du pouvoir central dans l'autorité de plusieurs régions de l'empire, il est rapporté qu'en 845 des bandits et des pirates des rivières par groupes de cent ou plus commencent à piller les colonies le long du Yanzi en rencontrant peu de résistance[159]. En 858, d'importantes inondations sur le Grand canal de Chine recouvrent d'importantes surfaces de terres dans la plaine de la Chine du nord et occasionnent la mort par noyade de dizaines de milliers de personnes[159]. La croyance au mandat du Ciel garantie aux Tang en difficulté est remise en question lorsque les catastrophes naturelles apparaissent, forçant beaucoup de personnes à croire que le Ciel est mécontent et que les Tang ont perdu leur droit de gouverner. En 873, une moisson désastreuse ébranle les fondations de l'empire. Dans certaines régions, seulement la moitié du produit agricole est recueilli et des dizaines de milliers de personnes font face à la famine[159]. Au début de la période Tang, le gouvernement central était capable de gérer les crises de moissons, comme en atteste les archives de 714 à 719, lorsque le gouvernement Tang a répondu avec efficacité à des catastrophes naturelles en étendant le système de régulation des prix des greniers à tout le pays[159]. Le gouvernement était alors capable de construire un important stock de surplus de nourriture pour parer aux dangers montants de la famine et d'accroître la productivité agricole avec des terres-plein[106],[159]. Au IXe siècle, toutefois, les Tang sont dans l'incapacité de faire face à n'importe quelle calamité.
Reconstruction et rétablissement [modifier]
Bien que ces calamités naturelles et ses rébellions entâchent la réputation et entravent l'efficacité du gouvernement central, le début du IXe siècle est considéré comme une période de reconstruction pour la dynastie Tang[160]. Le retrait du gouvernement de son rôle dans la gestion de l'économie a pour effet inattendu de stimuler le commerce, puisque les marchés avec moins de restrictions bureaucratiques s'ouvrent un peu plus[161],[162]. En 780, l'ancienne taxe sur le grain et le service de travail mis en place au VIIe siècle sont remplacés par le paiement d'une taxe semi annuelle, ce qui signifie le déplacement vers une économie renforcée par la classe marchande[154]. Les villes de la région de Jiangnan au sud, comme Yangzhou, Suzhou et Hangzhou prospèrent encore plus économiquement à la fin de la période Tang[161]. Malgré son affaiblissement après la révolte d'An Lushan, en 799 le monopole sur le sel du gouvernement Tang compte pour la moitié des revenus de l'état, faisant de la commission pour le sel une des plus puissantes agences étatiques, dirigée par des ministres capables choisis pour leur compétences en finance[51]. S. A. M. Adshead écrit que la taxe sur le sel représente « la première fois qu'une taxe indirecte, encore plus qu'un tribut, des prélèvements sur les gens ou les terres, ou que les profits de l'état dans des entreprises telles que les mines, devient la ressource principale d'un état majeur[163]. » Même après que le pouvoir du gouvernement central soit en déclin depuis le milieu du VIIIe siècle, il est encore capable de fonctionner et de donner des ordres impériaux à grande échelle. Le Livre des Tang compilé en 945 rapporte qu'en 828 le gouvernement Tang a émis un décret qui standardise les pompes d'irrigation dans le pays :
« Dans la seconde année de la période du règne Taihe [828], dans le second mois (...) un modèle standard de pompe est diffusé depuis le palais et le peuple de Jingzhao Fu a pour ordre par l'empereur de construire un nombre important de machines pour les distribuer aux personnes le long du canal Zheng Bai, à des fins d'irrigation[164]. »
Le dernier grand dirigeant ambitieux de la dynastie Tang est l'empereur Tang Xianzong. Son règne est marqué par des réformes fiscales dans les années 780, dont le monopole d'état sur l'industrie du sel[165]. Il possède également une armée impériale très bien entraînée stationnée à la capitale et dirigée par ses eunuques. Cette armée porte le nom d'Armée de la divine stratégie et compte 240 000 soldats en 798[166]. Entre 806 et 819, l'empereur Xianzong conduit sept campagnes militaires majeures pour réprimer les provinces rebelles qui réclament une autonomie vis à vis du pouvoir central, parvenant ainsi à toutes les maîtrise à l'exception de deux[97],[167]. Son règne connaît également une fin provisoire des jiedushi héréditaires, puisque Xianzong nomme ses propres officiers militaires et affecte aux bureaucraties régionales de nouveaux fonctionnaires civils[97],[167]. Toutefois, les successeurs de Xianzong se montrent moins capables et plus intéressés aux loisirs de la chasse, la fête et les sports d'extérieur, permettant aux eunuques d'amasser plus de pouvoir et conduisant à des conflits entre factions dans la bureaucratie[167]. Le pouvoir des eunuques devient incontesté après l'échec de la conspiration de l'empereur Tang Wenzong pour les renverser. Au lieu de cela, les alliés de l'empereur Wenzong sont publiquement exécutés sur le marché de l'ouest de Chang'an, sous le commandement des eunuques[161].
Effondrement [modifier]
En plus des calamités naturelles et du contrôle grandissant des jiedushi, la rébellion de Huang Chao (874-884) aboutit au saccage de Chang'an et Luoyang et prendra dix ans avant d'être anéantie[168]. Bien que la rébellion est matée par les Tang, ils ne se remettront jamais de ce coup crucial. En plus de cela, d'importants groupes de bandits, de la taille de petites armées, ravagent les campagnes dans les dernières années de la dynastie Tang. Ils font de la contre-bande de sel, prennent les marchands et les convois en embuscades et font même le siège de plusieurs villes fortifiées[123].
Zhu Wen, qui est à l'origine un contrebandier de sel qui a servi sous les ordres du rebelle Huang, se rend aux forces Tang. En aidant à la défaite de Huang, il obtient rapidement une série de promotions militaires[169]. En 907, la dynastie Tang prend fin lorsque Zhu Wen, désormais gouverneur militaire, déchoit le dernier empereur Tang Ai et prend lui-même le trône, sous le nom de règne d'empereur Taizu des Liang postérieurs. Il établit la dynastie des Liang postérieurs, ce qui inaugure la période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes. Un an après avoir quitté le trône, l'empereur Tang Ai est empoisonné à mort par Zhu Wen.
Bien que beaucoup le voient sous un mauvais jour pour avoir usurpé le pouvoir des Tang, Zhu Wen s'avère être un administrateur doué. Il est responsable de la construction de grandes digues le long de la mer, de nouveaux murs et de nouvelles routes pour la grandissante ville de Hangzhou, qui deviendra plus tard la capitale de la dynastie des Song du Sud[169].
Liste des empereurs [modifier]
La dynastie Tang compte vingt empereurs, dont la succession s'interrompt brièvement en 690 pour faire place à Wu Zetian de la dynastie Zhou, la seule femme de l'histoire chinoise à s'être proclamée « empereur » au lieu de se contenter du titre d'impératrice douairière.
| Nom de règne | Nom de naissance | Règne |
|---|---|---|
| Première période Tang | ||
| Gaozu | Li Yuan | 618-626 |
| Taizong | Li Shimin | 626-649 |
| Gaozong | Li Zhi | 649-683 |
| Zhongzong | Li Xian | 684-684 (1ère période) |
| Ruizong | Li Dan | 684-690 (1ère période) |
| Dynastie Zhou | ||
| Wu Zetian | Shengshen | 690-705 |
| Seconde période Tang | ||
| Zhongzong | Li Xian | 705-710 (2ème période) |
| Ruizong | Li Dan | 710-71 (2ème période) |
| Xuanzong | Li Longji | 712-756 |
| Suzong | Li Heng | 756-762 |
| Daizong | Li Yu | 762-779 |
| Dezong | Li Kuo | 779-805 |
| Shunzong | Li Song | 805-805 |
| Xianzong | Li Chun | 805-820 |
| Muzong | Li Heng | 820-824 |
| Jingzong | Li Zha | 824-826 |
| Wenzong | Li Ang | 826-840 |
| Wuzong | Li Yan | 840-846 |
| Xuanzong | Li Zhen | 846-859 |
| Yizong | Li Cui | 859-873 |
| Xizong | Li Yan | 873-888 |
| Zhaozong | Li Ye | 888-904 |
| Aidi | Li Zhu | 904-907, abdique |
Société et culture [modifier]
Les dynastie Sui et Tang tournent le dos à la culture plus féodale des précédentes dynasties du Nord, en faveur du confucianisme civil et loyal[1]. Le système gouvernemental est supporté par une grande classe d'intellectuels confucianistes sélectionnés soit par les examens impériaux soit par recommandations. Au cours de la période Tang, le taoïsme et le bouddhisme règnent comme idéologies fondamentales et jouent un rôle important dans la vie quotidienne du peuple. Les Chinois Tang apprécient les fêtes, boire, les vacances, le sport et toute sorte de divertissements, alors que la littérature chinoise fleurit et est plus accessible grâce aux nouvelles méthodes d'imprimerie.
Loisirs [modifier]
Bien plus que les périodes précédentes, la période Tang est connue pour le temps consacré aux loisirs, en particulier pour les classes les plus aisées[170]. De nombreux sports et activités d'extérieur sont appréciés sous les Tang, dont le tir à l'arc[171], la chasse[172], le polo[173], le football cuju[174], les combats de coq[175] et même le tir à la corde[176]. Les fonctionnaires du gouvernement ont l'assurance de profiter de vacances durant leur mandat. Ils bénéficient ainsi de trente jours tous les trois ans pour rendre visite à leur famille s'ils vivent à plus de 500 km ou de quinze jours si les parents vivent à plus de 85 km (temps de voyage inclus)[170]. Les fonctionnaires bénéficient également de neuf jours de vacances pour les mariage d'un fils ou d'une fille et même cinq, trois ou un jour(s) pour les noces de parents proches[170]. Ils bénéficient enfin de trois jours pour la cérémonie d'entrée à l'âge adulte pour leur fils et d'un jour pour celle d'un parent proche[170].
Les festivités traditionnelles chinoises telles que le Nouvel an chinois, la Fête des lanternes, le Festival de la nourriture froide entre autres sont l'occasion de vacances pour tout le monde. Dans la capitale Chang'an, il existe toujours des célébrations animées, en particulier pour la Fête des lanternes à partir du moment où le couvre-feu nocturne est levé pour trois jours d'affilée[177]. Entre 628 et 758, le trône impérial accorde soixante neuf grands carnavals nationaux, pour célébrer des circonstances particulières telles que des victoires militaires, des moissons abondantes après une longue sécheresse ou une famine, la signature d’amnisties, l'installation d'un nouveau prince héritier, etc...[178]. Pour ces occasions, des banquets copieux et gargantuesques sont parfois préparés à la cour impériale[179]. On peut noter par exemple, l'organisation d'un festin pour 1 100 aînés de Chang'an en 664, un festin pour 3 500 officiers de l'Armée de la divine stratégie en 768, ou un autre pour 1 200 femmes du palais et membres de la famille impériale en 826[179]. Boire du vin et des boissons alcoolisées est une pratique enracinée dans la culture chinoise, puisque les gens boivent pour chaque évènement social[180]. Un fonctionnaire de la cour affirme avoir une structure en forme de serpentin appelée Ale Grotto, construite avec 50 000 briques au rez de chaussée qui représentent chacune un verre que ses amis ont pu boire[181].
Chang'an, la capitale Tang [modifier]
Chang'an a déjà été capitale sous les précédentes dynasties Han et Jin. La taille approximative de la ville est de 10 km à l'extérieur des murs d'est en ouest et de 8 km du nord au sud[15]. Le palais impérial, le Palais Taijie, est situé au nord de l'axe central de la ville[182]. À partir des portes Mingde situées au centre du mur sud, une large avenue s'étire jusqu'à la cité centrale administrative au nord, derrière laquelle se situe la porte Chentian de la cité impériale. À l'intersection de cette artère, on retrouve quatorze routes principales traversant la ville d'est en ouest, alors que onze routes principales s'étirent du nord au sud. Ces principaux carrefours forment 108 quartiers rectangulaires entourés chacun de murs et de quatre portes et contenant à leur tour des îlots urbains. La ville est rendue célèbre pour son style en forme d'échiquier qui est même évoqué dans des poèmes de Du Fu[183]. Durant l'époque de Heian, la ville de Heian kyō (actuelle ville de Kyoto) au Japon, comme beaucoup d'autres cités, reprend le modèle en échiquier de la capitale Tang, en accord avec les croyances en géomancie traditionnelle[28]. Parmi les 108 quartiers de Chang'an, deux d'entre eux (chacun de taille équivalente à deux quartiers de la ville) sont désignés comme étant des marchés supervisés par le gouvernement, et d'autres espaces sont réservés aux temples, jardins, étangs, etc...[15] À travers toute la ville, on compte 111 monastères bouddhistes, 41 abbayes taoïstes, 38 tombeaux familiaux, 2 temples officiels, 7 églises pour les religions étrangères, 10 quartiers de ville avec des bureaux de représentation provinciaux, 12 importantes auberges et 6 cimetières[184]. Certains quartiers sont littéralement remplis d'espaces publics ou d'arrière-cours d'imposants manoirs pour jouer au polo ou au football cuju[185]. En 662, l'empereur Tang Gaozong déménage la cour impériale au palais de Daming, qui devient le centre politique de l'empire et sert de résidence royale aux empereurs Tang pendant plus de 220 ans[186].
La capitale Tang est la plus grande ville du monde à cette époque, la population des quartiers de la ville et des faubourgs alentour atteint 2 millions d'habitants[15]. La ville est très cosmopolite, avec des ethnies de Perse, d'Asie centrale, du Japon, de Corée, du Viêt Nam, du Tibet, de l'Inde entre autres. Naturellement, cette diversité ethnique conduit directement à la pratique de nombreuses religions différentes, dont le bouddhisme, le christianisme nestorien, la manichéisme, le zoroastrisme, le judaïsme et l'islam entre autres. Avec l'important accès ouvert vers l'Occident via la route de la soie, de nombreux étrangers viennent s'installer en Chine, la capitale comptant à elle seule environ 25 000 étrangers[100],[187]. Les femmes tokhariennes, exotiques avec leurs yeux verts et leurs cheveux blonds, servent du vin dans des verres en agate et en ambre, chantent et dansent pour attirer les clients[188]. Si un étranger en Chine demande une femme chinoise en mariage, il est contraint de rester en Chine et n'est pas autorisé à ramener son épouse dans son pays d'origine, comme le prévoit la loi de 628 pour protéger les femmes des mariages de courte durée avec les délégataires étrangers[189]. Plusieurs lois renforcent la ségrégation des étrangers des Chinois durant la dynastie Tang. En 779, un édit est publié pour forcer les Ouïghours de la capitale à s'habiller avec leurs habits traditionnels, à les empêcher de se marier avec des femmes chinoises et à leur interdire de se faire passer pour des Chinois[190].
Chang'an est le centre du gouvernement central, la résidence de la famille impériale et est par conséquent remplie de splendeur et de richesses. Toutefois, la ville n'est pas le pivot économique de la dynastie Tang. La vile de Yangzhou le long du Grand canal de Chine et proche du fleuve Yangzi est le plus grand centre économique de l'époque Tang[116],[191].
Yangzhou est le siège du monopole du gouvernement Tang sur le sel et le plus grand centre industriel de Chine. Elle constitue un passage obligé pour les marchandises étrangères qui y sont organisées et distribuées dans les principales villes du nord[116],[191]. Un peu comme le port de Guangzhou plus au sud, Yangzhou accueille des milliers de marchands étrangers en provenance de toute l'Asie[191],[192].
Il existe une capitale secondaire dans la ville de Luoyang, qui est la capitale privilégiée par Wu Zetian. En 691, elle fait déplacer plus de 100 000 familles (à peu près 500 000 personnes) de la région de Chang'an vers Luoyang pour peupler la cité[116]. Avec une population d'environ 1 million d'individus, Luoyang devient la seconde plus grande capitale de l'empire. Avec la proximité de la rivière Luo, la ville bénéficie de la fertilité de l'agriculture du sud, ainsi que du trafic commercial engendré par le Grand canal[116]. Toutefois la cour Tang rétrograde finalement son statut de capitale et ne se rend plus à Luoyang après 743, lorsque les problèmes d'approvisionnement de Chang'an sont finalement résolus[116]. Au début de l'année 736, des greniers sont construits à des points critiques le long de la route entre Yangzhou et Chang'an, ce qui élimine les délais de transport, les dégâts et les chapardages[193]. Un lac artificiel utilisé comme zone de transport est dragué à l'est de Chang'an en 743, où les habitants du nord peuvent finalement voir une flotte de bateaux venant du sud de la Chine délivrer taxes et tributs à la cour impériale[194].
Littérature [modifier]
La période Tang constitue un âge d'or de la littérature et de l'art chinois. Plus de 48 900 poèmes y ont été écrits par environ 2 200 auteurs connus[195],[196]. Perfectionner ses compétence à écrire de la poésie devient une étude requise à quiconque souhaite passer les examens impériaux[197], ce qui rend ce domaine très compétitif. Les concours de poésie avec d'éminents invités sont ainsi couramment organisés durant la période Tang[198]. Les styles de poésie qui sont populaires à cette époque sont le gushi et le jintishi, avec le reconnu poète Li Bai (701-762) pour le premier et des poètes comme Wang Wei (701-761) et Cui Hao (704-754) pour le second style. La poésie jintishi, ou vers réguliers, est composée de huit stances en ligne ou sept caractères par ligne avec un modèle fixe de tons qui requiert que les second et troisième couplets soient antithétiques (bien que l'antithèse est souvent perdue dans la traduction en d'autres langues)[199]. Les poèmes Tang restent encore aujourd'hui parmi les plus populaires de toutes les périodes historiques chinoises. Cette grande émulation pour la poésie Tang commence durant la dynastie Song. À cette époque, Yan Yu affirme qu'il est le premier à désigner la poésie des Grands Tang (713-766) comme un matériau orthodoxe avec un « statut canonique avec la tradition poétique classique[200]. » Yan Yu a la plus haute estime parmi tous les poètes Tang pour Du Fu (712-770)[200], qui n'est pas vu comme tel par ses contemporains et désigné par ses pairs comme un rebelle anti-traditionnel[201].
Il existe également d'autres formes littéraires durant la période Tang. Le Youyang Zazu de Duan Chengshi est une collection de divertissement de légendes et rumeurs étrangères. Le livre regroupe des phénomènes naturels, des courtes anecdotes, des récits mythiques et banals, mais également des notes sur divers sujets. La catégorie ou classification littéraire exacte du récit informel de Duan est toujours en cours de débat parmi les universitaires et les historiens[202].
Les récits et fictions d'histoires courtes sont également populaires sous les Tang, dont l'un des plus célèbre est La Biographie de Yingying par Yuan Zhen (779-831), qui est largement diffusé de son temps et sous la dynastie Yuan (1279-1368) est devenu la base pour des pièces de l'opéra chinois[203],[204]. Timothy C. Wong place cette histoire dans le contexte plus large des récits d'amour des Tang, qui suivent le même schéma narratif : passion rapide, pression sociale inévitable qui conduit à l'abandon de la romance, suivi d'une période de mélancolie[205]. Wong affirme que dans ce schéma il manque les vœux éternels et l'engagement total de soi dans l'amour tels que l'on trouve dans les œuvres occidentales comme par exemple Roméo et Juliette, mais que les valeurs traditionnelles chinoises sous-jacentes comme indissolubilité de l'être à un environnement sert à créer le dispositif nécessaire à la tension romantique[206].
D'importantes encyclopédies sont compilées sous les Tang. L'encyclopédie Yiwen Leiju est compilée en 624 par l'éditeur en chef Ouyang Xun (557–641) mais également avec Linghu Defen (582–666) et Chen Shuda (d. 635). L'encyclopédie Traité en astronomie de l'ère Kaiyuan est terminée en 729 par Gautama Siddha, un astronome, astrologue et érudit d'origine indienne né dans la capitale Chang'an.
Les géographes chinois tels que Jia Dan écrivent des descriptions précises de lieux éloignés. Dans son travail écrit entre 785 et 805, il décrit la route maritime allant vers la bouche du golfe Persique et que les iraniens médiévaux (qu'il appelle peuple de Luo-He-Yi) ont érigé des piliers ornementaux dans la mer pour les utiliser comme phares lumineux pour être vus des bateaux égarés[208]. Confirmant le rapport de Jia sur ce point, les écrivains arabes écrivent un siècle après Jia sur les mêmes structures. Le diplomate chinois de la dynastie Tang Wang Xuance voyage vers Magadha (au nord-est de l'Inde actuelle) durant le VIIe siècle[209]. Par la suite, il écrit le livre Zhang Tianzhu Guotu (Rapports illustrés d'Asie centrale), qui contient une richesse d'informations géographiques[210].
De nombreuses histoires des précédentes dynasties sont compilés entre 638 et 659 par les fonctionnaires de la cour durant et peu de temps après le règne de l'empereur Tang Taizong. Cela inclut le Livre des Liang, le Livre des Chen, le Livre des Qi du Nord, le Livre de Zhou, le Livre des Sui, le Livre des Jin, l' Histoire des dynasties du nord et l'Histoire des dynasties du sud. Bien que non inclut dans l'officiel Vingt-Quatre Histoires, le Tongdian et le Tang Huiyao sont tout de même des écrits historiques de qualité de la période Tang. Le Shiton écrit par Liu Zhiji en 710 est un ouvrage qui couvre l'historiographie chinoise dans les siècles passés jusqu'à son temps. Le Rapport du voyage en Occident à l'époque des Grands Tang, compilée par Bianji, narre le voyage de Xuanzang, le plus connu des moines bouddhistes de la période Tang.
Le Mouvement de la prose ancienne est largement stimulé en partie par les écrits des auteurs Tang Liu Zongyuan (773-819) et Han Yu (768-824). Ce nouveau style en prose est en rupture avec la tradition de la poésie du piantiwen initiée dans l'ancienne dynastie Han. Bien que les écrivains du Mouvement de la prose ancienne imitent le piantiwen, ils le critiquent pour son contenu souvent trop vague et l'absence de langage familier, se focalisant plus sur la clarté et la précision en rendant leurs écrits plus directs[211]. Ce style guwen (prose archaïque) peut remonter jusqu'à Han Yu et sera plus largement associé avec le néoconfucianisme orthodoxe[212].
Religion et philosophie [modifier]
Depuis longtemps, les Chinois croient en la religion traditionnelle chinoise qui compte de nombreuses divinités. Il pensent que la vie après la mort est une réalité parallèle au monde des vivants, complète avec sa bureaucratie et sa monnaie[213]. Les traditions funéraires fournissent tout ce dont le défunt aura besoin dans l'autre monde, dont animaux, servants, divertissements, chasseurs, maisons et fonctionnaires. Cet idéal se reflète dans l'art de la dynastie Tang[112]. On en retrouve des références également dans de nombreuses petites histoires qui racontent le récit de personnes accidentellement envoyées dans le royaume des morts, uniquement pour en revenir et raconter leur expérience[213].
Le bouddhisme, qui est apparu en Inde à l'époque de Confucius, continue de prospérer durant la période Tang et est adopté par la famille impériale, prenant ainsi part à la culture chinoise traditionnelle. Avant l'apparition du néoconfucianisme et de personnages comme Zhu Xi (1130-1200), le bouddhisme commence à prendre son essor en Chine durant les dynasties du Nord et du Sud. Il devient l'idéologie dominante en Chine durant la dynastie Tang. Les monastères bouddhistes jouent un rôle important dans la société chinoise, offrant un hébergement aux voyageurs dans les contrés lointaines, des écoles aux enfants dans les campagnes reculées et un endroit pour les lettrés urbains pour organiser des évènements sociaux[214]. Les monastères sont également engagés dans l'économie puisque leurs terres et leurs serfs leur procurent assez de revenus pour approvisionner les moulins, presses à huile et autres entreprises[215],[216],[217]. Bien que les monastères possèdent des serfs, les personnes responsables des monastères peuvent parfois avoir leur propre terre et employer d'autres personnes pour les aider dans leur travail, dont leurs propres esclaves[218].
Le statut proéminent du bouddhisme dans la culture chinoise commence à décliner en même temps que la dynastie et le pouvoir central à la fin du VIIIe siècle et durant le IXe siècle. Les couvents et temples bouddhistes qui sont auparavant exemptés de taxes sont finalement ciblés par les impôts d'état. En 845, l'empereur Tang Wuzong ferme finalement 4 600 monastères parmi les 40 000 temples et tombeaux, forçant 260 000 moines et nones bouddhistes à retourner dans la vie séculaire[26],[219]. Cet épisode est par la suite considéré comme faisant partie d'une des quatre persécutions bouddhistes en Chine. Bien que le bannissement soit levé seulement quelques années plus tard, le bouddhisme ne regagnera jamais son statut dominant dans la culture chinoise[26],[219],[220],[221]. Cette situation est accentuée par le nouvel intérêt porté aux philosophies chinoises, telles le confucianisme et le taoïsme. Han Yu (786-824), qu'Arthur Wright qualifie de « brillant polémique et ardent xénophobe », est un des premiers hommes des Tang à dénoncer le bouddhisme[222]. Bien que ses contemporains le trouvent brut et odieux, il présage la prochaine persécution du bouddhisme sous les Tang, mais également le retour des théories confucéennes avec la montée du néoconfucianisme sous la dynastie Song[222]. Cependant, le bouddhisme zen gagne en popularité au sein des élites éduquées[26]. Il existe de nombreux moines zen célèbres sous la période Tang, comme Mazu Daoyi, Baizhang et Huangbo Xiyun. La secte de la Terre pure initiée par le moine chinois Huiyuan (334-416) est également aussi populaire que le bouddhisme zen sous les Tang[223].
Rivalisant avec le bouddhisme, le taoïsme est une philosophie chinoise et un système de croyances religieuses qui trouve ses origines dans les livres Tao Tö King (attribué à Lao Tseu au VIe siècle av. J.-C.) et Zhuangzi. La famille Li régnante de la dynastie Tang se prétend descendante du maître Lao Tseu[225]. À de nombreuses reprises, lorsque les princes Tang deviennent prince héritier ou que les princesses Tang font leur vœux de prêtresses taoïstes, leurs anciennes résidences sont transformées en abbayes et lieux de culte taoïste[225]. De nombreux taoïstes sont associés à l'alchimie dans leur recherche de l’élixir d'immortalité et de moyens de créer de l'or en concoctant des mixtures à partir d'autres éléments[226]. Bien qu'ils n'atteignent jamais leur but dans ces recherches futiles, ils contribuent à la découverte de nouveaux alliages, porcelaines et colorants[226]. L'historien Joseph Needham qualifie les travaux des alchimistes taoïsmes de « proto-science plus que de pseudo-science[226]. » Toutefois, le lien étroit entre taoïsme et alchimie que certains sinologues ont affirmé est réfuté par Nathan Sivin, qui affirme que l'alchimie est aussi proéminente dans la sphère séculaire et est pratiquée plus souvent par des laïcs[227].
La dynastie Tang reconnait également de nombreuses religions étrangères. L'Église apostolique assyrienne de l'Orient, également connue sous le nom d’Église chrétienne nestorienne, en fait partie. En 781, la stèle nestorienne est créée afin d'honorer les accomplissements de cette communauté en Chine. Un monastère chrétien est établit dans la province du Shaanxi où la pagode Daqin est toujours présente de nos jours. Dans cette pagode, des œuvres d'art sur le thème du christianisme y sont conservées. Bien que la religion s'éteint largement après les Tang, elle fera son retour en Chine après l'invasion mongole au XIIIe siècle[228].
Femmes Tang [modifier]
Les concepts de droits sociaux et statut social des femmes durant la période Tang sont des notions libérales pour l'époque. Toutefois, ils sont réservés uniquement aux femmes des villes qui font partie de l'élite, puisque les hommes et femmes des campagnes travaillent durement dans l'accomplissement de leurs tâches respectives. Les femmes et les filles y sont responsables des tâches domestiques comme le tissage et l'élevage des vers à soie, pendant que les hommes ont tendance à travailler dans les champs[44]. De nombreuses femmes Tang parviennent à gagner un accès à l'autorité religieuse en entrant dans les ordres en tant que prêtresse taoïste[225]. Les maquerelles des maisons closes du quartier Hamlet Nord de Chang'an accumulent quant à elles de grandes fortunes et beaucoup de pouvoir[229]. Les courtisanes de luxe, qui ont influencé les geishas japonaises[230], sont très respectées. Elles sont connues pour leurs talents de chanteuse et poète, supervisent les banquets et festins, connaissent les règles des jeux de boisson et sont entraînées pour respecter les bonnes manières à table[229].
Bien qu'elles soient connues pour leur comportement poli, les courtisanes sont aussi réputées pour dominer les conversations avec les hommes de l'élite, et elles n'ont pas peur de fustiger ou critiquer publiquement les invités qui parlent trop ou trop fort, se vantent trop de leur réussite ou ruine un repas par leur comportement rude (une fois, une courtisane a même battu un ivrogne qui l'avait insulté)[231]. Alors qu'elles chantent pour divertir les invités, les courtisanes ne font pas que composer les paroles de leurs propres chansons, elles popularisent une nouvelle forme de vers lyriques en mettant en musique des vers écrits par différents personnages connus de l'histoire de la Chine[195].
Les femmes un peu rondes sont à la mode. Les hommes apprécient la présence de femmes assurées et actives[232],[233]. Le polo, importé d'Inde, devient une tendance très populaire parmi l'élite chinoise et les femmes jouent régulièrement à ce sport, comme en attestent plusieurs figurines en terre cuite de cette époque[232]. La coiffure féminine à la mode consiste à emballer ses cheveux comme « un édifice élaboré au dessous du front[233], » alors que les riches femmes portent d'extravagants ornements de tête, peignes, colliers de perles, poudres de visage et parfums[234]. Une loi est instaurée en 671 pour tenter de forcer les femmes à porter des chapeaux avec des voiles pour promouvoir la décence, mais elle est ignorée par certaines femmes qui commencent à ne porter que des capuchons voire aucun chapeau, mais également des vêtements et bottes d'équitation pour hommes, et des corsages à manches serrées[235].
Certaines femmes ont eu une influence importante à la cour, même après le règne de Wu Zetian. Parmi elles, Yang Guifei (719–756) a fait nommé par l'empereur Tang Xuanzong plusieurs de ses parents et amis à des postes ministériels et militaires importants[37].
Thé, nourriture et nécessités [modifier]
Durant les précédentes dynasties du Nord et du Sud (420-589), et peut être même avant, boire du thé est populaire en Chine du sud. Cette boisson est vue comme un breuvage de plaisir gustatif avec également un but pharmacologique[195]. Durant la dynastie Tang, le thé devient synonyme de sophistication dans la société. Le poète Tang Lu Tong (790-835) consacre la plupart de ses poèmes à son amour du thé. L'auteur du VIIIe siècle Lu Yu (connu sous le surnom de Sage du thé) a même écrit un traité sur l'art de boire le thé, appelé Le Classique du thé[236]. Bien que le papier d'emballage est utilisé en Chine depuis le IIe siècle av. J.-C.[237], les Chinois de la période Tang l'utilisent en sac carrés pliés et cousus pour transporter et préserver la saveur des feuilles de thé[237]. En fait, le papier possède de nombreuses autres utilisations à cette époque. Ainsi, le premier usage de papier toilette remonte à 589 et est attribué au fonctionnaire Yan Zhitui (531–591)[238]. En 851, un voyageur musulman commente comment les Chinois de la période Tang ne sont pas attachés à la propreté puisqu'ils n'utilisent pas d'eau pour se laver dans la salle de bains. Au lieu de cela, dit-il, ils utilisent uniquement du papier pour s'essuyer[238].
Dans les temps anciens, les Chinois ont esquissé les cinq bases alimentaires connu comme les cinq graines : sésame, légumes, blé, millet panicule et millet de gluten[239]. L'encyclopédiste contemporain de la dynastie Ming, Song Yingxing (1587-1666), note que le riz ne fait pas partie des cinq graines, puisque le climat humide du sud de la Chine pour faire pousser le riz n'est pas encore complétement maîtrisé par les Chinois[239].
Sous les Tang, les principaux ingrédients utilisés en plus de ceux déjà cités sont l'orge, l'ail, le sel, les navets, le soja, les poires, les abricots, les pêches, les pommes, les grenades, les jujubes, la rhubarbe, les noisettes, les pignons de pins, les châtaignes, les noix, l'igname, le taro, etc[240]. Toute sorte de viandes sont en plus consommées : porc, poulet, agneau (particulièrement dans le nord), loutre de mer, ours et même chameau[240]. Dans le sud, le long des côtes, les fruits de mers sont plus communément consommés, comme par exemple des méduses avec cannelle, poivre du Sichuan, cardamone et gingembre, ou encore des huîtres au vin, calamars frits, crabes, crevettes et poisson globe, que les Chinois appellent porcelet des rivières[241]. Certaines nourritures sont interdites par la cour Tang, comme par exemple le bœuf (il est précieux comme animal de trait), et entre 831 et 833 l'empereur Tang Wenzong bannit l'abatage de tout bétail en raison de ses croyances bouddhistes[242]. Grâce au commerce extérieur, la Chine acquiert des poires de Samarkand, des dattes, pistaches et figues de Perse, des pignons de pin et du gingseng de Corée et des mangues de l'Asie du sud-est[243],[244]. En Chine, la demande pour le sucre est importante. Durant le règne de Harsha (r. 606–647) en Inde du nord, les ambassadeurs indiens en Chine amènent deux fabricants de sucre qui apprennent avec succès aux Chinois à cultiver leur propre canne à sucre[245],[246]. Le coton en provenance de l'Inde également est cultivé dans le Bengale, alors que c'est durant la dynastie Tang que les Chinois commencent à cultiver leur coton. C'est durant la dynastie Yuan qu'il deviendra la principale industrie textile en Chine[247].
Les méthodes de préservation de la nourriture sont nombreuses et pratiquées à travers toute la Chine. Le peuple utilise des méthodes simples de préservation, comme creuser des trous de stockage, la saumure et le salage des aliments[248]. L'empereur possède d'importants trous à glace dans les parcs de la capitale afin de préserver la nourriture, alors que la noblesse et les élites possèdent leurs propre mais plus modeste trous à glace[249]. Chaque année, l'empereur emploie des travailleurs pour tailler 1 000 blocs de glace dans les ruisseaux gelés des montagnes, chaque bloc mesurant 0,91 m sur 0,91 m sur 1,06 m[249]. De nombreuses délicatesses glacées sont appréciées durant les étés, notamment le melon frappé[249].
Galerie de peintures [modifier]
Figure humaine et cheval [modifier]
Paysages [modifier]
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Le voyage de l'empereur Minghuang vers Shu, copie Song d'après un disciple de Li Zhaodao (peint ca. 800), détail du rouleau horizontal mural, encre et couleurs sur soie, 55,9 x 81 cm, National Palace Museum, Taipei.
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Le Mont Kuanglu, Jing Hao, vers 900, rouleau vertical, encre et couleurs légères sur soie, H 185,9 x L 106,8 cm. National Palace Museum. Taipei. (300 ans de peintures chinoise, 2003. p. 94)
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Chercher la « voie » [le dao] dans les montagnes à l'automne. attribué à Juran, actif Tang du Sud, 960-980, encre et couleurs légères sur soie, 156,2 x 77,2 cm. Taipei, National Palace Museum (Elisseeff 2008 p. 310)
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Xiao trouvant le rouleau du Pavillon des Orchidées attribué à Juran, actif Tang du Sud, 960-980. Taipei, National Palace Museum.
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Les rivières Xiao et Xiang, attribué à Dong Yuan, ca.934-ca.962, (Tang du Sud 937-975). détail d'un rouleau portatif, encre et couleurs sur soie, h. 50 cm. Palace Museum, Beijing.
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Paysage de rivière Copie (non datée) attribuée à Dong Yuan, ca.934-ca.962, (Tang du Sud 937-975). National Palace Museum, Beijing
Peinture religieuse [modifier]
Galeries en ligne
- Empereurs des dynasties successives, rouleau portatif, encre et couleurs sur soie, 13 détails sur Wikimedia Commons
- Musique au Palais, anonyme, Tang, Rouleau horizontal, encre et couleurs sur soie, 48,7 x 69,5 cm. National Palace Museum
- Première neige sur le fleuve, Zhao Gan, (actif Xe siècle), Dynastie des Tang du Sud (Période des Cinq Dynasties)
Rouleau horizontal, encre et couleurs sur soie, 25,9 x 376,5 cm. National Palace Museum
- Deux bodhisattvas préparant de l'encens, peinture murale. Nelson Atkins Museum of Art
Galerie de céramiques [modifier]
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Chamelier du Moyen-Orient sur un chameau de Bactriane : figurine sancai de la dynastie Tang
Œuvres ayant pour cadre la dynastie Tang [modifier]
Livres [modifier]
- Xi You Ji (Le Voyage en Occident) de Wu Cheng'en (1500?-1582?), l'un des quatre grands livres de la littérature classique chinoise. Ce livre raconte l'histoire du roi des singes, Sun Wukong et du moine Xuanzang (602–664) qu'il accompagne en Inde, pour ramener les enseignements complets de Bouddha en Chine
- Les enquêtes du juge Ti, du hollandais Robert van Gulik (1910-1967), font revivre l'époque glorieuse des Tang à l'occasion d'intrigues policières dont le héros, le juge Ti (630-700), a réellement existé et termina sa carrière comme ministre de l'impératrice Wu. Le type du roman policier chinois a été repris par Frédéric Lenormand, qui a publié plusieurs « nouvelles enquêtes du juge Ti » très documentées sur la société chinoise des Tang.
- Impératrice, de Shan Sa
- L'impératrice de la Soie, de José Frèches
Science, technologie et médecine [modifier]
Ingénierie [modifier]
La technologie durant la période Tang s'appuie sur les bases du passé. Des avancées sont faites dans l'horlogerie et le chronométrage. L'invention des systèmes d'engrenages mécaniques par Zhang Heng (78–139) et Ma Jun (fl. IIIe siècle) donne de l'inspiration à Yi Xing (683–727), un ingénieur, astronome et moine de la période Tang, pour son invention du premier système d'horlogerie par mécanisme d'échappement au monde en 725[251]. Celui-ci est utilisé à côté d'une clepsydre et d'une roue à eau pour actionner une sphère armillaire qui représente une observation astronomique[252]. L'invention de Yi Xing possède également une cloche qui sonne automatique chaque heure et un tambour qui est frappé automatiquement tous les quarts d'heure[253]. L'horloge astronomique et la sphère armillaire de Yi Xing deviennent connues à travers tout le pays, lorsque les étudiants tentant de passer les examens impériaux en 730 doivent écrire un essai sur ces objets en pré-requis de l'examen[254]. Toutefois, l'outil de chronométrage le plus largement répandu aussi bien dans le peuple que dans les palais reste la clepsydre. Sa conception a été améliorée vers 610 par les ingénieurs de la dynastie Sui Geng Xun et Yuwen Kai. Ils y ajoutent une balance pour permettre un ajustement saisonnier dans la tête de pression du réservoir et peuvent ainsi contrôler le taux de flux pour différentes longueurs de jours et de nuits[255].
La période Tang connaît d'autre innovations. Parmi elles, on trouve un serveur de vin mécanique de 0 91 m de haut du début du VIIIe siècle, en forme de montagne artificielle. Il est composé de fer et repose sur un cadre en bois laqué[256]. Ce dispositif complexe utilise une pompe hydraulique qui siphonne le vin et le déverse par un robinet en forme de tête de dragon, ainsi qu'un plateau basculant qui évacue les verres pleins par la force de la gravité vers une piscine artificielle[256]. Par ailleurs, comme l'historien Charles Ben le décrit :
« À mi-hauteur du versant sud de la montagne il y avait un dragon(...) la bête ouvrait sa bouche et crachait la boisson vers un gobelet posé sur une grande feuille de lotus [en acier]. Lorsque la coupe était à 80% pleine, il cessait de cracher la bière et un invité se saisissait tout de suite du gobelet. S'il était trop lent pour vider la coupe et la replacer sur la feuille, la porte d'un pavillon en haut de la montagne s'ouvrait et un serveur de vin mécanique, habillé d'un capuchon et d'une robe, sortait avec un bâton de bois à sa main. Dès que l'invité reposait le gobelet, le dragon le remplissait à nouveau, le serveur de vin disparaissait et les portes du pavillon se fermaient. (...) Une pompe siphonnait la bière qui allait dans la piscine à bière par un trou secret pour alimenter le réservoir à boisson [d'une capacité de 15 litres environ] situé dans la montagne[256]. »
Bien que l'usage de marionnettes mécaniques dans ce système de service du vin est très ingénieux, l'usage de telles marionnettes mécaniques remonte à la dynastie Qin (-221 à -207)[258] lorsque Ma Jun crée un théâtre complet de marionnettes animés par la rotation d'une roue à eau[258]. On trouve l'existence d'un serveur de vin mécanique dans le monde gréco-romain, un dessin de Héron d'Alexandrie le montre utilisant une urne avec une valve intérieure et un système levier similaire à celui décrit précédemment. De nombreuses histoires narrent l'utilisation d'automates sous la dynastie Tang, dont la statue en bois du général Yang Wulian représentant un moine qui tend ses mains pour récolter des contributions. Une fois que le nombre de pièces atteint un certain poids, la figure mécanique bouge ses bras pour les ranger dans un sac[259]. Ce mécanisme de poids et de levier est exactement le même que celui de Héron[260]. D'autres dispositifs incluent celui de Wang Jun, dont la loutre en bois pouvait prétendument attraper des poissons, Needham soupçonnant l'utilisation d'un ressort pour cela[259].
Dans le domaine de l'ingénierie structurelle et de l'architecture technique, le gouvernement a mis en place des codes standard de construction, décrits dans le livre Yingshan Ling (Loi nationale de construction)[261]. Des fragments de ce livre ont survécu dans le Tang Lü (le Code Tang)[262], alors que le manuel d'architecture datant de la dynastie Song, le Yingzao Fashi (Standards d'état de construction) par Li Jie (1065–1101) en 1103 est le plus ancien traité technique d'architecture chinoise qui nous est parvenu dans son intégralité[261]. Durant le règne de l'empereur Tang Xuanzong (712–756), 34 850 artisans enregistrés servent l'état, gérés par l'Agence des constructions du palais (Jingzuo Jian)[262].
Impression par blocs en bois [modifier]
L'impression par blocs en bois rend les écrits accessibles à de plus grandes audiences. Un des documents imprimés les plus anciens qui a été découvert est un sutra dharani déterré en 1974 et daté des années 650 à 670[263]. Le Sūtra du Diamant est le premier long ouvrage imprimé en taille régulière, complété avec des illustrations intégrées dans le texte et daté précisément en 868[264],[265]. Parmi les plus anciens document imprimés se trouvent des textes bouddhistes et des calendriers, ces derniers étant essentiels pour calculer et marquer les jours propices et les jours qui ne le sont pas[266]. Avec autant de livres en circulation pour le public, les taux d'alphabétisation s'améliorent, puisque les classes inférieures sont capable de se fournir en source d'étude à moindre coût. Par conséquent de plus en plus de personnes des classes populaires passent et réussissent les examens impériaux durant la dynastie suivante des Song[32],[267],[268]. Bien que les caractères d'imprimerie mobiles de Bi Sheng au XIe siècle constituent une innovation pour son époque, l'impression par blocs en bois est largement répandue sous les Tang et restera le moyen d'impression dominant en Chine jusqu'à l'arrivée des presses à impression européennes[269]. La première utilisation de cartes à jouer durant la dynastie Tang constitue une invention auxiliaire au nouvel âge de l'imprimerie[270].
Médecine [modifier]
Les Chinois de la période Tang sont également très intéressés par les bénéfices tirés de tous les médicaments officiellement répertoriés en pharmacologie. En 657, l'empereur Tang Gaozong commande un projet littéraire d'édition d'un officiel materia medica, complété de textes et de dessins illustrés des 833 substances médicinales différentes tirées des différentes pierres, minéraux, métaux, plantes, herbes , animaux, légumes, fruits et pousses de céréales[271]. En plus de cette compilation, les Tang s'efforcent à enseigner la médecine en soutenant les lycées médicaux impériaux, les examens d'état pour les docteurs et en publiant des manuels légaux pour les physiciens[247]. Les auteurs en médecine dans les Tang incluent Zhen Chuan et Sun Simiao (581–682), le premier étant le premier à avoir identifié par écrit que les patients avec du diabète ont un excès de sucre dans leurs urines, et le second fut le premier à reconnaître que les patients de diabète doivent éviter de consommer de l'alcool et de la nourriture à base de féculents[272]. Comme écrit par Zhen Chuan et d'autres sous les Tang, les glandes de la thyroïde des moutons et des porcs sont utilisées avec succès pour traiter des goitres. Les extractions de thyroïde ne seront pas utilisées pour traiter les patients avec des goitres en occident avant 1890[273].
Cartographie [modifier]
Dans le domaine de la cartographie, de nombreuses avancées ont été faites durant la dynastie Han. Quand le chancelier Tang Pei Ju (547-627) travaillait pour la dynastie Sui en tant que commissaire commercial en 605, il créa une carte quadrillée bien connue avec une échelle graduée dans la tradition de Pei Xiu (224–271)[275]. Le chancelier Xu Jingzong (592-672) est également connu pour sa carte de la Chine dessinée en 658[276]. En 785, l'empereur Tang Dezong demande au géographe et cartographe Jia Dan (730–805) de faire une carte de la Chine et de ses anciennes colonies en Asie centrale[276]. Dès sa complétion en 801, la carte mesure 9,1 m de long et 10 m de haut, avec une échelle d'un pouce pour un li[276]. En 1137, une carte chinoise similaire en complexité à celle de Jia Dan est gravée dans une pierre avec comme échelle de la grille 100 li pour un pouce[277]. Toutefois, le seul type de cartes qui nous est parvenu est la carte stellaire. Malgré cela, les plus anciennes cartes terrestres de la Chine datent de l'ancien état de Qin. Des cartes datant du IVe siècle av. J.-C. ont ainsi été découvertes en 1986[278].
Alchimie, bouteilles de gaz et air conditionné [modifier]
Les Chinois de la période Tang utilisent des formules chimiques complexes dans différents buts, souvent à des besoins d'expérimentation en alchimie. Parmi ces usages, on trouve une crème et un vernis résistants à l'eau et à la poussière pour les vêtements et les armes, un ciment résistant au feu pour les objets en verre et en porcelaine, une crème résistante à l'eau appliquée pour rendre soyeux les vêtements de pluie, une crème destinée à polir les miroirs en bronze, et bien d'autres[279]. La céramique vitrifiée et translucide connue sous le nom de porcelaine, est inventée en Chine sous les Tang, bien que d'autres types de glaçage de céramiques ont existé auparavant[135],[280].
Depuis la dynastie Han, les Chinois percent de profonds forages pour transporter le gaz naturel avec des pipelines en bambous jusqu'aux fourneaux où des pains d'évaporation en fer font bouillir la saumure pour en extraire le sel[281]. Durant la dynastie Tang, un gazetier de la province du Sichuan affirme que dans l'un de ses 'puits de feu' de 182 m les hommes collectent le gaz naturel dans des tubes en bambous qui peuvent être transportés sur des douzaines de kilomètres et produire encore une flamme[282]. Cela constitue en fait les premières bouteilles de gaz, Robert Temple affirmant qu'une sorte de taraud était utilisée dans ces systèmes[282].
L'inventeur Ding Huan de la dynastie Han inventa un ventilateur rotatif pour produire de l'air conditionné, avec sept roues de 3 m de diamètre activées manuellement[283]. En 747, l'empereur Xuanzong construit un « hall frais » dans le palais impérial que le Tang Yulin (唐語林) décrit comme alimenté par des roues hydrauliques pour conditionner l'air mais également pour faire des jets d'eau dans des fontaines[284]. Durant la dynastie suivante des Song, des sources écrites mentionnent que les ventilateurs à air conditionné sont plus largement utilisés[285].
Historiographie [modifier]
Le premier ouvrage d'historiographie de la période Tang est le Livre des Tang par Liu Xu (887–946) de la dynastie des Jin postérieurs, qui le rédige durant les dernières années de sa vie. Il est édité également dans un autre ouvrage historique, le Nouveau livre des Tang, créé par des historiens Song Ouyang Xiu (1007–1072) et Song Qi (998–1061), entre autres. Les deux ouvrages se basent sur d'anciennes annales qui ont depuis disparu[286]. Ces deux livres font partie des Vingt-Quatre Histoires de Chine. Une des sources survivant jusqu'à aujourd'hui pour le Livre des Tang est le Tongdian, que Du You présente à l'empereur en 801. La période Tang est également traitée dans l'impressionnant livre d'histoire universelle Zizhi Tongjian, édité, compilé et complété en 1084 par une équipe d'érudits sous la direction du chancelier Song Sima Guang (1019–1086). Ce texte historique, écrit avec 3 millions de caractères chinois dans 294 volumes, couvre l'histoire de la Chine à partir du début des Royaumes combattants (-403) jusqu'au début de la dynastie Song (960).
Bibliographie [modifier]
Bibliographie utilisée pour la rédaction de l'article [modifier]
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Bibliographie complémentaire [modifier]
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- Gilles Van Grasdorff, La nouvelle histoire du Tibet, Édition Perrin, 2006, 498 p. (ISBN 2262021392).
- Danielle Elisseeff, Art et archéologie : la Chine du néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère), Paris, École du Louvre, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux (Manuels de l'École du Louvre), 2008, 381 p. (ISBN 9782904187235) Ouvrage de référence, bibliographie et Sites Internet.
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- He Li, La Céramique chinoise, Paris, Éditions de l'amateur / L'aventurine, 2007, 352 p. (ISBN 2859172467).
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Annexes [modifier]
Articles connexes [modifier]
- Trois Départements et Six Ministères
- Code Tang
- Di Renjie
- Yi Jing (moine)
- Mausolée de Qianling
- Wei Zheng
- Yan Zhenqing
Liens externes [modifier]
- (en) The Tang Dynasty, sur Minnesota State University Emuseum.
- (en) « The Tang Dynasty » (Archive • Wikiwix • Que faire ?) sur the Metropolitan Museum of Art.
- (en) Home of 300 Tang Poems, sur University of Virginia.
- (en) Tang art with video commentary, sur the Minneapolis Institute of Arts.
- (en) Paintings of Sui and Tang dynasties.
Références [modifier]
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- [PDF] (en) Chronicles of the Chinese Dynasties.
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