Dynastie Tang

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Dynastie Tang
唐朝 (zh)

618690
705907

Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

La Chine des Tang vers l'an 700

Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Chang'an
Religion Bouddhisme
Démographie
Population > 50 millions
Histoire et événements
618 Fondation en lieu et place de la dynastie Sui
630 Soumission des Turcs orientaux
641 Protectorat sur l'empire du Tibet
642 Soumission des Turcs occidentaux
648 Conquête du bassin du Tarim et sécurisation de la route de la soie
690 Wu Zetian destitue son fils et fonde sa dynastie
705 Tang Zhongzong rétablit la dynastie Tang
822 Traité de paix avec le Tibet : stabilisation de leurs relations
907 Chute de la dynastie : morcellement de l'État et proclamation de la dynastie des Liang postérieurs
Empereurs
(1er) 618-625 Tang Gaozu
(Der) 904-907 Tang Aidi

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La dynastie Tang (chinois : 唐朝 ; Wade : T'ang ; EFEO : T'ang, Ten quelquefois) (18 juin 618 - 1er juin 907) est une dynastie chinoise précédée par la dynastie Sui (581-618) et suivie par la période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes. Elle a été fondée par la famille Li, qui prit le pouvoir durant le déclin et la chute de l'empire Sui.

Venant après une longue période de division de la Chine qui dura de 220 à 581, à laquelle l'éphémère dynastie Sui avait mis fin, les premiers empereurs de cette dynastie eurent d'abord pour tâche de stabiliser l'empire récemment réunifié, et de lui redonner la puissance qu'avait eue la Chine à l'époque des Han. Ils firent rapidement mieux que ces derniers dans le domaine des conquêtes extérieures. Sous les premiers empereurs Tang (en particulier Taizong, l'impératrice Wu Zetian et Xuanzong), l'empire chinois connut une période de prospérité et un rayonnement culturel considérable. Sa capitale Chang'an, la plus grande ville du monde, reflétait toute la puissance et le cosmopolitisme, qui reposait notamment sur le dynamisme des échanges à longue distance le long de la route de la soie et des voies maritimes méridionales. Cette période fut vue par les générations suivantes comme un véritable âge d'or de la civilisation chinoise, symbolisé notamment par les brillants poètes Li Bai et Du Fu, et plus largement l'émergence d'un groupe de nombreux lettrés passés par les examens impériaux qui furent mis en place par les premiers empereurs Tang.

L'histoire de la dynastie bascula en 755 avec la révolte d'An Lushan, conséquence dramatique des évolutions politiques et militaires de l'empire à la période de son apogée. Après la difficile répression de ce soulèvement, l'organisation de l'empire se présenta sous un jour nouveau : la vieille aristocratie qui l'appuyait déclina irrémédiablement, supplantée par des hommes nouveaux disposant des charges militaires provinciales les plus importantes ou des grandes commissions fiscales et financières. Les empereurs ne parvinrent pas à contenir les forces centrifuges qui leur firent perdre leur autorité sur leurs provinces, même si cela n'entrava pas la prospérité de leur empire, portée par l'expansion démographique et économique des régions du Sud. Après une série de révoltes dans les dernières décennies du IXe siècle, la dynastie Tang s'éteint en 907, alors que son empire avait été dépecé. Les évolutions politiques, sociales, économiques et intellectuelles de cette période avaient déjà fait pénétrer la Chine dans une période que les historiens considèrent couramment comme « moderne », annonciatrice de la période de la dynastie Song (960-1272) qui réunifia la Chine quelques décennies après la fin des Tang.

Plusieurs innovations importantes sont apparues durant la dynastie Tang, dont le développement des caractères d'imprimerie en bois. Dans le domaine religieux, le bouddhisme fut une influence majeure dans la culture chinoise, avec l'affirmation de sectes bouddhistes aux racines chinoises et le développement d'un art remarquable. Toutefois, cette religion fut par la suite persécutée et son influence déclina, tandis que le taoïsme conservait une grande importance et que s'amorçait le retour du confucianisme, porté par les écrits de Han Yu.

Sommaire

L'âge d'or de l'empire Tang (618-755)[modifier | modifier le code]

Si l'empire Tang est souvent présenté comme un « âge d'or » de la civilisation chinoise aussi bien par ses accomplissements militaires que culturels, il le doit à son premier siècle et demi d'existence. Héritière des premiers empires (Qin et Han) ainsi que des évolutions marquées de la période de division (les « Six dynasties ») puis des réformes de l'éphémère dynastie Sui, cette période est caractérisée par un État très centralisé, dominé politiquement, économiquement et culturellement par sa capitale Chang'an, une armée divisée entre des troupes frontalières et des troupes de capitale composées d'une grande partie de « Barbares », et la prépondérance sociale d'un nombre limité de grandes familles disposant des plus hautes charges et des plus vastes domaines leur permettant d'exercer une grande influence à l'échelle provinciale.

Histoire politique[modifier | modifier le code]

La chute des Sui et la fondation de la dynastie Tang[modifier | modifier le code]

La dynastie Sui avait été fondée en 581 par l'empereur Wendi (581-604), après le renversement de l'empereur des Zhou du Nord. En 589, l'empereur de la dynastie méridionale des Chen se rendait, acte qui aboutissait à la réunification de la Chine sous la coupe d'un seul empereur, phénomène inédit depuis l'effondrement des Jin occidentaux en 317. Plus largement, c'est la longue période d'instabilité politique et de division de la Chine depuis la chute des Han entre 184 et 220 qui s'achevait. Wendi entreprit d'importantes réformes, poursuivies par son fils et successeur Yangdi (604-617), passé à la postérité comme l'initiateur de la construction du Grand Canal et comme un personnage trop ambitieux et dépensier. Une situation politique encore instable, aggravée par ses échecs militaires en Corée contre le royaume de Koguryo et contre les Turcs, ouvrirent la voie en 613 à un soulèvement conduit par des généraux issus tout comme les Sui de l'aristocratie des Zhou du Nord, aux origines Xianbei (ethnie non-chinoise) et Han (chinoises). C'est finalement le général responsable de la garnison de Taiyuan (Shanxi), Li Yuan, qui profita de la situation. Avec son prestige et son expérience militaire, il monta une rébellion avec ses fils Li Shimin et Li Jiancheng et également sa fille la princesse Zhao de Pingyang, qui rassembla et commanda sa propre armée[1]. En 617, Li Yuan, paré du titre de « Prince de Tang », occupa la capitale Chang'an et devint régent du jeune empereur Sui Gong, reléguant l'empereur Yang à la fonction d'empereur retiré. Le 18 juin 618, l'empereur Yang fut assassiné par son général Yuwen Huaji. Li Yuan se proclama alors empereur d'une nouvelle dynastie, les Tang, prenant le nom de Gaozu (618-626). Il fallut encore quelques années à ses fils pour soumettre les généraux rivaux, tout en achetant au prix fort la paix avec les Turcs[2],[3],[4],[5].

L'empire ne fut pacifié qu'en 628. Entre temps, Li Shimin s'était affirmé comme le plus grand chef de guerre de l'époque, avait éliminé ses frères puis renversé son père en 626, pour prendre lui-même le pouvoir. Il est passé à la postérité sous le nom impérial de Taizong (626-649), considéré comme le véritable fondateur de la dynastie Tang[6]. Les Turcs se déchiraient au même moment, et leur empire se scinda en deux tandis que plusieurs révoltes renforcèrent leur affaiblissement. Taizong parvint ainsi à leur infliger plusieurs défaites qui aboutirent à leur soumission entre 630 et 642. Entre temps, il avait entrepris d'importantes réformes administratives continuant celles des Sui : réorganisation des provinces, de la justice, de l'armée, réforme agraire, fiscale, etc. Ses dernières années furent cependant marquées par des difficultés croissantes : nouvel échec militaire en Corée, tensions avec les hauts dignitaires, tandis qu'une grande partie de son empire restait hors de son contrôle, soumise à des potentats locaux, et que sa base restait surtout Chang'an et sa région, qui étaient déjà le cœur de l'empire des Zhou du Nord et des Sui[7].

Wu Zetian et la période de domination féminine[modifier | modifier le code]

Fresque murale représentant des femmes du palais dans un jardin, découverte sur le mur de la tombe du prince Li Xuan dans le Mausolée de Qianling, où l'impératrice Wu Zetian a également été enterrée en 706.

Gaozong (649-683) succéda à Taizong en 649. Il tenta de prolonger les réformes de son père, et parvint à plusieurs reprises à faire venir sa cour à Luoyang, la capitale orientale, signe qu'il avait réussi à renforcer son autorité dans la plaine Centrale. L'histoire a surtout retenu de son règne l'influence croissante qu'exerça sur lui sa concubine Wu Zhao. Il la fit impératrice de second rang en 655. Alors que l'empereur commença à souffrir de maladies chroniques l'empêchant de régner activement, elle fit éliminer la première impératrice et une autre favorite, devenant la personne la plus influente de la cour. À la mort de Gaozong en 683, son fils Zhongzong lui succéda, avant d'être écarté par sa mère qui intronisa son autre fils Ruizong, tout en conservant le pouvoir en tant qu'impératrice douairière. Puis elle l'écarta à son tour pour prendre elle-même le pouvoir en 690, sous le nom de Wu Zetian, fondant une nouvelle dynastie, du nom de Zhou[8],[9],[10].

L'historiographie chinoise, peu disposée à l'égard des femmes, a laissé une image sombre de Wu Zetian, seule impératrice de l'histoire chinoise. Elle lui attribue de nombreuses atrocités et immoralités : assassinat de son propre fils pour se débarrasser d'une rivale, nombreuses exécutions, nombreuses liaisons sexuelles, pratique de magie et nécromancie, etc.[11] Elle fut une fervente bouddhiste, mais ne semble pas s'être laissée dominer politiquement par les moines, et ne délaissa pas le taoïsme[12]. S'il faut envisager de nombreuses exagérations à son propos, il est indéniable que son règne fut marqué par des mesures brutales qui ont suscité une grande animosité contre elle. Elle régna depuis Luoyang, de façon à échapper à l'emprise de l’aristocratie de Chang'an, et bouleversa la composition de la haute administration de l'empire en se débarrassant de la plupart des ministres importants et en créant de nouveaux postes de premier ordre qu'elle confia à des hommes nouveaux[13]. Il est souvent admis qu'elle s'appuya également sur des lettrés promus via le système des examens, ce qui en ferait une partisane d'un système plus méritocratique, moins autocratique, se reposant plus sur la bureaucratie[14],[15]. Mais il semble aussi que Wu Zetian gouverna avec l'aide d'un groupe de lettrés utilisés pour contourner l'administration officielle, les « Lettrés de la Porte du Nord ». Certains estiment, contre l'opinion couramment admise, que son règne fut plutôt un tournant plus autocratique[16].

Wu Zetian fut renversée par son fils Zhongzong (705-710). Les femmes de la famille impériale continuèrent à jouer une rôle important à la cour, en premier lieu l'impératrice Wei et sa fille la princesse Anle, qui auraient organisé l'empoisonnement de l'empereur, pour introniser un empereur fantoche qu'elles dirigeraient. Mais elles se heurtèrent à l'opposition de l'autre grande figure féminine de la cour, la princesse Taiping, fille de Wu Zetian, qui les fit éliminer avec l'appui du prince Li Longji, fils de Ruizong. Ce fut ce dernier qui monta à nouveau sur le trône, avant d'abdiquer en faveur de son fils, passé à la postérité sous le nom de Xuanzong. La princesse Taiping tenta de s'opposer à cela, mais échoua et fut acculée au suicide[17],[18].

Le règne de Xuanzong[modifier | modifier le code]

Les provinces de l'empire chinois au milieu du règne de Xuanzong, vers 742.

La première partie du règne de Xuanzong, l'ère Kaiyuan (713-741), est considérée comme l'apogée de la dynastie Tang, à la suite de la mise à l'écart des femmes des affaires politiques. Dans les faits, la première décennie de son règne n'apporte pas de grands bouleversements par rapports aux années précédentes, puisque le personnel politique dominant reste celui qui avait été promu par Wu Zetian et les impératrices et princesses suivantes, dont on reconnaissait pourtant la trop grande importance numérique, conséquence de la volonté de ces femmes de promouvoir des hommes nouveaux richement dotés[19]. Comme sa grand-mère, il fut assisté par un groupe de lettrés servant de proches conseillers et de secrétaires, la « forêt de plumes » (Hanlin)[20]. Mais Xuanzong s'appuya sur des ministres importants qu'il laissa en poste plus longtemps que ne le permettaient ses prédécesseurs. Au fil du temps, l'empereur se reposa de plus en plus sur l'aristocratie de Chang'an et du Nord-Ouest, comme les premiers Tang, parmi lesquels il recruta notamment des administrateurs chargés de missions ad hoc, en dehors des cadres administratifs habituels. Ainsi Yuwen Rong fut chargé du recensement de familles échappant à l'administration fiscale, Pei Yaoqing de l'amélioration du transport sur le Grand Canal, tandis que les superviseurs des monopoles du sel prenaient aussi une grande importance. Dans l'armée, les gouverneurs des provinces frontalières prirent une importance croissante[21],[22].

La seconde partie du règne de Xuanzong, l'ère Tianbao (742-756) est vue comme une phase de déclin. L'empereur fut alors moins actif dans la direction de l'empire, qui fut confiée au ministre Li Linfu, qui en vint à exercer un pouvoir autocratique après avoir accompli de nombreuses purges, éliminant de fait les plus talentueux ministres et s'appuyant sur des généraux d'origine étrangère, comme le sogdien An Lushan et le coréen Gao Xianzhi. C'est aussi à une période de retour de l'influence féminine à la cour, avec l'ascension de la première concubine (guifei), Yang Yuhuan (ou Yang Guifei). Le frère de celle-ci, Yang Guozhong, fut un concurrent de Li Linfu, et quand ce dernier mourut en 752, il tenta de prendre sa place. Il voulut écarter An Lushan, mais celui-ci fut épargné car il avait l'appui de Xuanzong et de Yang Guifei qui en avait fait son fils adoptif, et fuit la capitale pour préparer sa révolte[21],[23].

Administration de l'empire[modifier | modifier le code]

de l'empereur Sui Yang, commandé en 643 par l'empereur Tang Taizong, peint par Yan Liben (600–673).

Organisation administrative et exercice du pouvoir[modifier | modifier le code]

Taizong entreprend de résoudre les problèmes internes avec le gouvernement, qui ont constamment rongé les dynasties passées, même s'il peut se reposer sur les importantes réformes des Sui qui ont déjà posé des bases solides.

Administration centrale

L'administration centrale des Tang est organisée autour de trois départements (省, shěng), qui doivent respectivement exécuter, revoir et rédiger les politiques de l'empire, décidées par le Conseil réuni autour de l'empereur : le Département des Affaires d’État (shangshu sheng), la Chancellerie (menxia sheng) et le Grand Secrétariat (zhongshu sheng). Il existe également six ministères (部, ) placés sous la direction du Département des Affaires d’État. Chacun d'entre eux a des domaines de compétence spécifiques : fonctionnaires (libu), finances (hubu), rites (libu), armée (bingbu), justice (xingbu) et travaux publics (gongbu)[24],[25]. Bien que les fondateurs de la dynastie Tang se placent dans la lignée de la prestigieuse dynastie Han, la base de leur organisation administrative est héritée des dynasties du Nord et du Sud qui les précèdent plus directement[26].

Dans les faits, les empereurs Tang, qui pouvaient changer les titulaires de ses postes suivant leur volonté, se sont plus ou moins appuyés sur cet appareil bureaucratique, et ont pu trouver des moyens de le contourner pour exercer un pouvoir plus autocratique, en créant de nouveaux postes concédés à des personnes sur lesquelles ils désiraient s'appuyer. Xuanzong s'écarta ainsi de l'administration traditionnelle en créant des commissions chargées de missions de première importance (campagnes de recensement et de taxation, amélioration du transport et du contrôle du Grand Canal), confiées à des personnages qui en tiraient un grand prestige[27]. Il se reposa également sur un groupe de lettrés, l'« Académie Hanlin », chargés de le conseiller dans sa prise de décision et de rédiger des actes impériaux en dehors des cadres habituels[20],[28]. Les luttes de faction à la cour participaient également à modifier l'appareil politique, en fonction de la capacité de l'empereur à y résister ou non, comme en témoignent la période entre le règne de Gaozong et celui de Xuanzong où tous furent fortement influencés par des impératrices et princesses, qui favorisèrent leurs parents ou clients[29]. Il fallait également compter avec les grandes familles de l'aristocratie. Les plus importantes étaient celles originaires du Nord-Ouest, le Guanzhong (autour de Chang'an), d'où était également issue la famille impériale Tang. Elles occupèrent à plusieurs reprises les postes-clés de l'administration, même si elles furent mise à l'écart sous le règne de Wu Zetian. Les lignages les plus anciens prestigieux venaient quant à eux de l'Est, l'actuel Shandong (alors appelé Hebei), mais jouaient un rôle politique secondaire. L'aristocratie des anciennes dynasties du Sud était quant à elle tenue éloignée des postes de l'administration centrale[30].

Coupe en or et argent avec motifs de fleurs de la période Tang.
Administration provinciale

L'empire Tang est divisé en quinze vastes provinces (dao). Celles-ci sont subdivisées en plusieurs entités ayant souvent des origines antiques : les préfectures (zhou), les sous-préfectures ou districts (xian), les cantons (xiang) et les villages et quartiers urbains (li). Les administrateurs de ces circonscriptions peuvent disposer d'une grande latitude dans leur gestion, avec la possibilité de créer des taxes spéciales, des droits de douanes, disposant de milices et troupes de corvéables importantes si la situation locale le préconise ; dans ce cas les risques de corruption et dérives autoritaires sont notables. D'autres provinces sont en revanche placées plus étroitement sous le contrôle de l’État[31]. Ces charges sont généralement contrôlées sur plusieurs génération par les lignages de l'élite provinciale, participant activement aux examens impériaux, bien qu'elle soit sauf exceptions tenue à l'écart des postes de l'administration centrale[32].

Politique économique

Les Tang préservent l'habitude d'interventionnisme étatique dans l'économie : émission de monnaie, contrôle des prix et des modalités des échanges, etc. Le système de répartition égalitaire des terres des Wei du Nord (386-534) est également conservé, même s'il connaît quelques modifications[26]. Divers impôts et taxes sont prélevés. Les plus importants pèsent sur les paysans : il s'agit d'impôts sur les terres (évalués en fonction de leur surface) et sur les hommes. Les activités commerciales sont fortement imposées. De plus, les sujets devaient également des périodes de corvées à l’État. Enfin, une autre forme importante d'intervention du gouvernement dans l'économie était l'existence de monopoles étatiques sur le sel et le thé[33].

Lois et exercice de la justice

Se fondant sur le code juridique de ces derniers, Taizong fait paraître le Code Tang, sur lequel les dynasties suivantes, mais également les voisins au Viêt Nam, en Corée et au Japon vont se baser[26]. Le code juridique le plus ancien à survivre est celui établi en 653. Il est divisé en 500 articles spécifiant les différents crimes et peines qui peuvent être dix coups avec un bâton léger, cents coups avec une lourde tige, l'exil, la servitude pénale ou l'exécution[34]. Le code juridique distingue clairement différents niveaux de sévérité dans les peines infligées lorsque des membres de la hiérarchie sociale ou politique commettent le même crime[35]. Par exemple, la sévérité de la peine est différente lorsqu'un serveur ou un neveu tue un maître ou un oncle que lorsqu'un maître ou un oncle tue un servant ou un neveu[35]. Le Code Tang est en grande partie conservé par les codes juridiques suivants tels que le code de 1397 de la dynastie Ming (1368-1644), même si plusieurs révisions sont apportées par la suite, comme l'amélioration du droit des femmes durant la dynastie Song (960-1279)[36],[37]. Concrètement, l'exercice de la justice est confié aux administrateurs locaux, à moins que l'affaire soit trop complexe et trop importante, auquel cas elle pouvait être renvoyée à des administrateurs de rang supérieur. Les accusés pouvaient être emprisonnés et torturés, de façon à obtenir leurs aveux. Les audiences étaient publiques et mises en scène de façon très cérémonielle[38].

Statue Tang d'un fonctionnaire civil habillé d'un Hanfu, fabriquée en style sancai.

Fonction publique et examens impériaux[modifier | modifier le code]

Article principal : Examens impériaux.

Selon une des plus célèbres nouvelles de l'époque, « un lettré naît en ce monde pour établir ses mérites et se faire un nom, partir général et rentrer ministre, manger dans une rangée de tripodes (récipients utilisés au cours des banquets des plus riches), écouter une musique choisie, couvrir de gloire son clan et enrichir sa famille »[39]. Depuis l'époque des Han, tel est l'idéal répandu par les élites lettrés chinoises, dont le meilleur destin est de servir l’État et plus largement toute la société de la meilleure manière possible. Cela passe par l'étude, garantie d'une bonne morale, d'un savoir et d'un raffinement adéquats pour rencontrer le succès, qui en retour garantit fortune et gloire pour le fonctionnaire et son lignage[40].

Pour recruter ces fonctionnaires que l'on veut talentueux et dévoués, les Sui ont abandonné le système des neuf-rangs en vogue durant la période de division, en faveur d'un système d'examens impériaux qui est systématisé par les Tang[41]. Ceux qui aspirent à un poste dans la fonction publique et à progresser dans l'échelle des grades ouvrant des postes de plus en plus prestigieux doivent passer plusieurs examens. Les examens de doctorat (ju) sont la première étape, ouvrant à un rang modeste, ouverts aux fils des familles éminentes mais aussi à des personnes plus modestes dont le talent potentiel a été repéré par les autorités de leur province. À ce stade deux types d'examens sont plus importants : le mingjing et le jinshi[42]. Le mingjing se fonde sur les classiques confucéens et teste les connaissances des étudiants sur une grande variété de textes[42]. Le jinshi teste les capacités littéraires des étudiants en proposant l'écriture d'essais en réponses à des questions sur la gouvernance et la politique, mais également les compétences à écrire de la poésie[43]. Les candidats sont également jugés sur leur comportement, leur apparence, leur aisance orale et le niveau de compétence en calligraphie, des critères suffisamment subjectifs pour permettre de ne choisir que les candidats des familles aisées au détriment des plus modestes, qui n'ont pas les moyens d'être éduqués aux compétences de la rhétorique et de l'art de l'écriture[44]. Une fois admis au doctorat, les fonctionnaires de rang secondaire peuvent passer l'examen de choix des fonctionnaires (xuan), ouvrant aux fonctions supérieures[45].

Le système de recrutement des fonctionnaires n'est pas pour autant méritocratique, mais fortement marqué par le principe héréditaire. Les charges les plus importantes ne sont en principe accessibles qu'aux membres des familles les plus éminentes, à savoir ceux qui avaient un certain degré de parenté avec l'empereur et dont les aïeux servaient déjà l’État. Après avoir reçu une première éducation solide (classiques confucéens, calligraphie, poésie), ils étudient dans les académies les plus importantes de la capitale, recevant donc la formation adéquate pour réussir les concours dont ils monopolisent les places d'honneur. À l'inverse les lignages d'origine récente et des provinces ont moins de chance de réussite dans une carrière de la haute fonction publique, et sont cantonnés aux fonctions subalternes[46]. Cependant il reste en principe essentiel d'avoir un parcours méritant (présentation du dossier personnel avec notation des supérieurs hiérarchiques précédents) et de passer plusieurs contrôles, chaque fonctionnaire devant passer un examen annuel contrôlant ses mérites[45].

On estime néanmoins que cette procédure compétitive classant les élites de l'empire dans des rangs et fonctions étroitement contrôlées par l’État permet d'intégrer les meilleurs talents au gouvernement et d'administrer le plus efficacement possible le vaste territoire impérial tout en évitant l'accaparement du pouvoir local par une sorte d'aristocratie héréditaire[47]. En effet, les dirigeants Tang, conscients que la dépendance impériale envers les familles aristocratiques et les seigneurs de guerre peut avoir des conséquences déstabilisantes, créent un corps de carrière de fonctionnaires n'ayant aucun pouvoir territorial autonome. Le code Tang assure la division égale des propriétés héritées entre les héritiers légitimes, permettant un peu de mobilité sociale et évitant l'accumulation de pouvoir de familles via la primogéniture[48]. Il s'avère que les fonctionnaires acquièrent un statut local en plus de partager les valeurs qui les connectent à la cour impériale. Ils servent ainsi souvent d'intermédiaires entre les classes de bas niveau et le gouvernement. Les dynasties Sui et Tang institutionnalisent et installent donc les fondements du système de fonction publique et sa nouvelle classe d'élite constituée de fonctionnaires érudits partageant une culture commune forgée en partie par ces examens, qui est par la suite approfondi par les Song et les dynasties suivantes[49],[50],[51].

L'empereur Tang Xuanzong habillé de la robe et d'un chapeau de fonctionnaire.

Recensement et démographie[modifier | modifier le code]

Un Homme élevant des chevaux, par Han Gan (706–783), artiste de la cour sous Xuanzong.

Le gouvernement de la dynastie Tang tente de créer un recensement efficace de la taille de la population de l'empire, principalement pour une taxation plus efficace et pour définir les circonscriptions militaires de chaque région. Les premiers gouvernements Tang mettent en place à la fois la taxe sur le grain et sur les vêtements à un taux relativement faible pour chaque foyer de l'empire. Celles-ci ont pour but d'encourager les foyers à s'enregistrer pour la taxe et de ne pas éviter les autorités, ainsi que de fournir au gouvernement une estimation la plus précise possible[26]. Lors du recensement de 609, la population est comptée grâce aux efforts du gouvernement et atteint 9 millions de foyers, soit environ 50 millions d'habitants[26]. Le recensement de 742 estime également approximativement la taille de la population chinoise à environ 50 millions de personnes[52]. Patricia Ebrey écrit que même si un nombre assez significatif de personnes ont évité le processus d'enregistrement du recensement, la taille de la population sous la dynastie Tang n'a pas significativement augmenté depuis la dynastie Han (le recensement de la seconde année estimait la population chinoise à 58 millions d'individus)[26]. S. A. M. Adshead est toutefois en désaccord et il estime la population chinoise à 75 millions de personnes en 750[53].

Dans le recensement Tang de l'an 754, 1 859 villes, 321 préfectures et 1 538 contés sont dénombrés dans l'empire[54]. Bien qu'il existe d'importantes cités durant la période Tang, les zones rurales et agraires constituent la majorité de la population de la Chine dans une proportion allant de 80 à 90%[55]. Il existe également un important flux migratoire du Nord vers le Sud de la Chine, puisque le Nord représente peut-être jusqu'à 75% de la population au commencement de la dynastie mais seulement 50% à son terme[56].

Politique militaire et étrangère[modifier | modifier le code]

Les conquêtes des premiers Tang[modifier | modifier le code]

La première partie de la dynastie Tang marque une période d'expansion remarquable, conduisant les armées impériales sur des terrains qui n'avaient plus été soumis par des armées chinoises depuis l'époque glorieuse des Han, et même au-delà.

La défaite des Turcs

Le premier adversaire extérieur des Tang furent les Turcs, ou Tujue, qui avaient constitué au milieu du VIe siècle un puissant empire après avoir supplanté les Ruanruan. Leurs souverains, appelés qaghan, dominaient une sorte de confédération regroupant différents groupes de populations sur un vaste territoire allant de la Caspienne à la Mandchourie. Au début des Han, les Turcs étaient divisés en deux grandes entités, Turcs orientaux et Turcs occidentaux, ce qui ne les avait pas pour autant affaiblis, les seconds prenant le pas sur les premiers, minés par une série de conflits successoraux. Les deux premiers empereurs Tang avaient repris l'attitude des empires chinois précédents vis-à-vis des Turcs, c'est-à-dire une politique de présents visant à acheter leur soutien, ou du moins leur non-intervention. Ces relations pacifiques étaient facilitées par le fait qu'ils connaissaient les Turcs depuis longtemps car ils étaient à l'origine à la tête de garnisons frontalières faisant face à eux, connaissaient bien leurs techniques de combat car leurs troupes comprenaient sans doute des mercenaires turcs, et que comme de nombreux aristocrates des Zhou du Nord leur famille avait sans doute des liens matrimoniaux avec les élites turques. Au début du règne de Taizong, les Turcs se retrouvèrent cependant affaiblis, faisant face à des révoltes et à des problèmes climatiques ayant décimé leurs troupeaux et leurs récoltes. En 629, les troupes Tang s'allièrent aux insurgés pour infliger une sévère défaite aux Turcs orientaux. Taizong prit le titre de « Qaghan céleste », symbolisant sa suzeraineté sur les tribus turques de l'Est. Il en profita pour incorporer à nouveau des guerriers turcs parmi ses troupes[57],[58].

Les campagnes du règne de Tang Taizong dans le Turkestan oriental.
L'expansion occidentale

Ce premier succès aboutit donc au renforcement de l'armée des Tang. Les terres du Nord-Ouest étaient un atout crucial pour lui permettre d'utiliser les importants pâturages pour élever des chevaux dont elle a désespérément besoin[59],[60]. Cela servit de base à de nouvelles conquêtes vers l'Ouest. Les Xueyantuo, qui avaient appuyé auparavant les Tang contre les Turcs, puis les Turcs occidentaux furent vaincus. Dans les années qui suivirent, les grandes cités du Turkestan oriental passèrent sous domination chinoise : Hami, Turfan, Karashahr, Kucha. En 649, à la mort de Taizong, les Turcs se révoltèrent pour s'extraire du joug Tang, mais ils furent défaits à nouveau. Les troupes chinoises étendirent alors leur influence au-delà du Pamir, sur les cités du Turkestan occidental : Samarkand, Bukhara, Tashkent, etc. En 648, un général chinois intervient même dans une querelle successorale en Inde du Nord, au royaume de Magadha[61],[62].

Les guerres orientales

À l'Est de l'empire, le principal adversaire était le royaume coréen de Koguryo, qui avait réussi à repousser les Sui, durant une campagne dévastatrice qui avait largement participé à la chute de cette dynastie. Il n'était pour autant pas dominant dans sa propre région, puisqu'il partageait la péninsule coréenne avec deux autres royaumes, Paekche et Silla. Ces trois royaumes avaient envoyé des présents au premier empereur Tang, symbole de leur soumission nominale, et envoyé des princes pour étudier à Chang'an, mais ils restaient indépendants. En 642, le prince sinisé qui devait monter sur le trône de Koguryo fut renversé, ce qui provoqua l'intervention des Tang. Trois campagnes furent repoussées durant les dernières années du règne de Taizong. Son successeur Gaozong eut plus de succès : il s'allia avec Silla, envoya ses troupes occuper Paekche, puis l'emporta enfin contre Koguryo. Les conflits suivants permirent à Silla à unifier la péninsule coréenne, parachevée dans les années 670[63].

Les premiers revers

La période des conflits coréens de l'empire Tang coïncida à l'Ouest avec l'émergence d'un nouvel adversaire, le Tibet (le royaume de Tubo des textes chinois de l'époque). Les premières relations entre les deux entités furent pourtant d'apparence cordiales : la tradition a retenu le mariage de la princesse chinoise Wencheng au roi tibétain Songtsen Gampo[64],[65]. Cette soumission apparente n'empêcha pas les Tibétains de s'étendre en direction du Sud-Ouest, s'alliant au royaume de Nanzhao situé dans l'actuel Yunnan. Les années suivant la mort de Songtsen Gampo, surtout après 670, virent les troupes tibétaines devenir plus offensives contre les chinois, s'étendant en direction de leur Nord. Elles prirent plusieurs grandes villes du Turkestan oriental : Khotan, Yarkand, Kashgar et Kucha. Les Tang tentèrent alors de leur faire face en cherchant des alliés contre eux en Inde du Nord, mais ils n'avaient pas les moyens de les vaincre militairement après leurs difficiles campagnes coréennes[66],[67]. Ce revers fut succédé par d'autres. En 750, le Nanzhao, devenu plus puissant, s'étendait sur les provinces du Sud-Ouest de l'empire. Au même moment, les troupes chinoises dominant le Turkestan occidental dirigées par Gao Xianzhi faisaient face à l'arrivée des troupes arabo-musulmanes. Celles-ci leur infligèrent une défaite cinglante à Talas en 751 et placèrent par la suite la région sous leur coupe. Plus près de l'empire, la région de Hami vit la formation dans ces mêmes années du royaume des Ouïghours, amené à être un rival de taille pour les Tang[68].

Protectorats et tributaires[modifier | modifier le code]

Bas-relief d'un soldat et son cheval, équipé d'une selle et d'étriers, découvert dans la tombe de l'empereur Taizong.

Le VIIe siècle et la première moitié du VIIIe siècle sont généralement considérés comme le zénith de la dynastie Tang. L'empereur Tang Xuanzong mène l'Empire céleste à son âge d'or alors que la route de la soie prospère, avec une influence en Indochine dans le sud, la main mise sur le massif du Pamir et le protectorat du Cachemire à la frontière perse à l'ouest[69].

Certains royaumes payaient des tributs à la dynastie Tang dont le Cachemire, le Népal, Hotan, Kucha, Kashgar, le Japon, la Corée, Champa et les royaumes localisés dans les vallées d'Amou-Daria et Syr-Daria[70],[71]. Un autre moyen employé par les Tang pour renforcer leurs liens avec les royaumes voisins était l'alliance matrimoniale, des princesses étant mariées à des souverains étrangers à plusieurs reprises[72].

Après la répression de l'importante révolte des Turcs en 657, l'empereur Gaozong établit plusieurs protectorats gouvernés par un Général de Protectorat ou un Grand Général de Protectorat. Ceux-ci étendent la sphère d'influence des Chinois jusqu'à Hérat en Afghanistan occidental[73]. Les Généraux de Protectorat possèdent une grande autonomie pour résoudre les crises locales sans attendre l'approbation du gouvernement central. Par la suite, ce furent les gouverneurs militaires des marches frontalières (jiedushi) qui jouèrent le plus grand rôle.

L'évolution de l'organisation militaire[modifier | modifier le code]

Les grandes conquêtes des Tang reposaient sur un appareil militaire hérité des dynasties du Nord (Wei du Nord, Wei de l'Ouest, Zhou du Nord). Il était encadré par l'élite militaire du Nord-Ouest, composée de grandes familles aux racines chinoises, xianbei et parfois turques, dont les lignages fondateurs des dynasties Sui et Tang sont de parfaits exemples. Ils disposaient de troupes héréditaires d'élite issues de l'aristocratie, ainsi que de troupes étrangères (de plus en plus turques) qui avaient été incorporées à la suite de victoires militaires. À la suite des réformes militaires de Gaozu et Taizong, les troupes des Tang reposaient sur l'armée prétorienne stationnée dans la capitale Chang'an et ses alentours, servant de sorte de garde impériale, et les garnisons appelées fubing, composées de soldats-paysans et disséminées dans toute la partie Nord de l'empire, qui devaient en principe assurer leur propre équipement de base par leurs activités agricoles (qui étaient souvent dévolues à des sortes de serfs attachés aux terres des garnisons), tout en maintenant un entraînement régulier, le gouvernement central leur fournissant l'équipement le plus lourd et dispendieux et les exemptant de taxes et de corvées[74],[75]. Le corps d'élite de ses troupes était la cavalerie, héritière des innovations militaires de peuples du Nord et du Nord-Ouest, qui avaient été adoptées en Chine durant la période de division. Les haras impériaux fournissaient les chevaux nécessaires à ce corps d'armée[76].

La menace croissante que faisaient peser les adversaires occidentaux de l'empire, au premier chef les Tibétains, entraîna une évolution de cette organisation militaire, plutôt efficace pour les guerres offensives. Les gouvernements de Wu Zetian et de Xuanzong durent se reposer de plus en plus sur des garnisons stationnées aux frontières. Elles furent formalisées en 737 : on détermina un quota de soldats à recruter pour les occuper, que l’État devait rémunérer par un salaire, tout en les exemptant de corvées et de taxes, et en leur offrant si besoin des terres à faire exploiter par leurs dépendants. Les garnisons intérieures fubing furent finalement abolies en 749. L'armée de la capitale préserva son importance, mais il fallait désormais compter de plus en plus avec les troupes frontalières et leurs commandants, de plus en plus des généraux d'origine étrangère. Les élites du Nord-Ouest se détournèrent alors des carrières militaires, d'autant plus qu'elles en furent souvent écartées par les gouvernements successifs, qui s'en méfiaient[77]. En 742 furent établies des provinces militaires frontalières, confiées à des gouverneurs militaires (jiedushi) disposant de prérogatives importantes, qui empiétèrent sur celles de l'administration civile, en premier lieu la collecte des taxes et l'octroi de titres[78],[79]. Ils devinrent en quelques années de véritables potentats dominant les régions frontalières, et disposant du gros des forces militaires de l'empire. En 747, le ministre Li Linfu décréta qu'ils ne devaient être recrutés que parmi les généraux non-Chinois, sous prétexte qu'ils étaient de meilleurs commandants militaires. Cela permit l'émergence de généraux puissants et ambitieux, dont les archétypes sont Gao Xianzhi et surtout An Lushan, qui précipitèrent le déclin de l'empire[80].

Le grand basculement : évolutions et transition (756-907)[modifier | modifier le code]

La révolte d'An Lushan et la fin de règne de Xuanzong marquent une rupture fondamentale dans l'histoire chinoise, et la seconde partie de la dynastie Tang est par bien des aspects différente de la première. Ce phénomène a été mis en évidence par l'historien japonais Naitō Torajirō, qui y voyait une période de transition entre une Chine « médiévale » et une Chine « pré-moderne », posant les bases de la prospérité de la dynastie Song (960-1279), et son intuition a été confirmée par de nombreux travaux. Cette période est marquée par des évolutions affectant toute la société : les institutions politiques, économiques et militaires héritées de l'empire Han et de ses tendances centralisatrices sont abandonnées, en faveur d'une société et d'une économie marquées par un poids moins important des institutions étatiques, une plus grande importance de l'urbanisation et du commerce. Géographiquement, les régions du bassin du Yangzi et de l'extrême Sud deviennent prépondérantes aussi bien sur le plan démographique qu'économique, avec notamment l'essor plus marqué du commerce maritime[81].

La révolte d'An Lushan[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolte d'An Lushan.
Le Grand Bouddha de Leshan, 71 m de haut, construit entre 713 et 803.

La révolte d'An Lushan éclata vers la fin de l'année 755. Le général s'était alors réfugié dans sa province militaire, le Hebei, où il disposait d'importantes troupes. Il réussit à s'emparer de Luoyang, et se proclama empereur d'une nouvelle dynastie, celle des Yan. Puis il conduisit une attaque en direction de Chang'an, qui fut stoppée dans la passe de Tong par les troupes impériales conduites par le général Guo Ziyi, l'un des plus puissants gouverneurs militaires[78],[82]. Le ministre Yang Guozong commença alors à redouter ce dernier, et convainquit l'empereur Xuanzong de conduire une offensive contre An Lushan. Celle-ci fut catastrophique pour les Tang, et cela incita Yang Guozong à organiser la fuite de l'empereur dans le Sichuan, région bien protégée des offensives extérieures, d'où sa famille était originaire, pendant que An Lushan pouvait investir Chang'an. Cependant, durant cet exil, la garde impériale se révolta, exécuta Yang Guozong puis sa sœur la concubine Yang Guifei, à qui ils imputaient les malheurs de l'empire, le tout devant un Xuanzong impuissant. Une fois dans le Sichuan, l'empereur fut démis par son fils, Suzong (756-762)[83].

Malgré leurs premiers succès, les troupes rebelles d'An Lushan ne purent pousser leurs offensives plus loin, étant bloquées par les généraux loyalistes aussi bien dans leurs tentatives d'expansion vers l'Ouest que dans celles vers le Sud. An Lushan fut finalement assassiné par ses généraux. Sa succession fut prise par son fils, An Qingxu[84]. Cela offrit au gouvernement Tang, conduit par le ministre Li Bi (ou Li Mi) l'opportunité de reprendre la main sur les opérations militaires. Comme il fallait pallier au fait que le gros des troupes impériales avait été détruit à la suite des défaites en Asie centrale et au Yunnan puis contre les rebelles, il s'allia aux Ouïghours contre un lourd tribut[85]. Ceux-ci détachèrent 4 000 cavaliers pour le soutenir. Avec leur appui, le général Guo Ziyi parvint à reprendre Chang'an puis Luoyang à la fin de l'année 757. Les Tang arrêtèrent alors de payer les troupes ouïghours, qui repartirent. Les généraux loyalistes échouèrent à remporter une victoire décisive contre les rebelles en raison d'une tempête de sable qui reporta la bataille, et chacun retourna dans ses bases respectives, laissant le conflit en suspens. Cela offrit donc un répit aux insurgés : An Qingxu fut assassiné par un de ses lieutenants, le turc Shi Shiming, qui s'établit dans le Hebei et se proclama à son tour empereur de la dynastie Yan. Celui-ci fut assassiné en 761 par son propre fils Shi Chaouyu. Pour en finir, les Tang firent à nouveau appel aux Ouïghours, à qui ils livrèrent Luoyang avec la possibilité de la piller pour payer leurs services. Cela eut au moins pour effet d'affaiblir définitivement les rebelles. L'année suivante, Shi Chaoyu se suicidait, mettant fin à la période de troubles initiés par le soulèvement d'An Lushan[86],[87].

Évolution des rapports de pouvoir[modifier | modifier le code]

La rébellion avait considérablement affaibli l'autorité des empereurs Tang, même si ceux-ci restaient reconnus comme souverains de l'empire. Ils composèrent dans les provinces avec des généraux disposant d'un pouvoir et d'une autonomie de plus en plus importantes, et à la cour avec des ministres et également des eunuques prenant un rôle croissant dans les affaires. Une poignée d'empereurs dynamiques assura cependant la continuité de la dynastie pendant près d'un siècle, à la suite de réformes fiscales et également de concessions aux pouvoirs provinciaux.

Le difficile rétablissement de l'autorité impériale[modifier | modifier le code]

L'incapacité du gouvernement central à exercer pleinement son autorité rejaillit inévitablement sur le prestige des empereurs. Sauf quelques exceptions, les empereurs de la seconde partie de la période Tang furent des personnages peu influents, souvent considérés comme médiocres. Daizong (762-779) fut peu efficace face aux chefs militaires, dans un empire qui pensait encore les plaies laissées par la révolte. Le règne de Dezong (779-805), appuyé par des ministres très actifs (Yan Yang, Lu Zhi) qui remirent en particulier en ordre le système fiscal, fut l'un des plus volontaires, mais dut reculer devant l'opposition militaire des provinces. En plus de se reposer sur des ministres lettrés ayant souvent accompli des études poussées et réussi brillamment leurs examens, cet empereur favorisa également la croissance du rôle des eunuques à la cour impériale, puisqu'il leur confia la direction de sa garde, l'« Armée de la divine stratégie » (shence jun)[88].

Xianzong (805-820) capitalisa sur les avancées de son prédécesseur pour remporter des succès aussi bien dans les affaires intérieures qu'extérieures, mettant au pas plusieurs provinces et renforçant l'efficacité du système fiscal. Mais l'importance croissante des eunuques, dont les troupes avaient activement participé aux victoires de l'empereur, finit par se retourner contre le pouvoir impérial[89]. Cette tendance s'affirma sous les règnes suivants, qui virent également l'émergence des « factions » (dang) opposant les ministres les plus en vue à la cour, comme Niu Sengru et Li Deyu dans les années 820. La vie à la cour devint alors plus violente, et le pouvoir impérial en pâtit. En 827, les eunuques assassinèrent l'empereur Jingzong et le remplacèrent par Wenzong (827-840), qu'ils placèrent sous leur coupe. En 835 il tenta de les renverser (l'« Incident de la rosée douce »), mais il échoua[90],[91]. Wuzong (840-846) et Xuanzong (846-859) réussirent à maintenir l'autorité impériale, en réduisant l'influence des eunuques et en remportant des succès à l'extérieur (chute de l'empire tibétain, défaite des Ouïghours) et contre des gouverneurs militaires ; le premier est aussi passé à la postérité pour sa politique de répression du bouddhisme en 845-846[92]. Leur règne fut une sorte d'« été indien » (S. A. M. Adshead) de la dynastie Tang, durant lequel l'administration était redevenus efficace, l'insécurité intérieurs et les menaces extérieures jugulées[93]. Après eux, le pouvoir des empereurs Tang entra dans un déclin irrémédiable[94].

Les rivalités entre la cour et les provinces[modifier | modifier le code]

Une des origines de la révolte d'An Lushan était l'inflation considérable du pouvoir placé entre les mains des gouverneurs militaires (jiedushi), qui avaient permis aux rebelles de disposer de troupes et de moyens militaires considérables. La victoire des Tang ne fut pourtant pas l'occasion de remédier à cela, bien au contraire. Ils avaient dû s'appuyer sur des généraux disposant de postes de gouverneurs militaires frontaliers, et également implanter des gouverneurs militaires dans des provinces intérieures. Ce fut donc l'occasion pour de nouveaux généraux d'émerger. De plus, les chefs rebelles du Nord-Est s'étant soumis aux Tang en 763 reçurent également des titres de gouverneurs. Comme chacun disposait de ses propres troupes et de son propre commandement, la coordination générale des opérations était compliquée, voire impossible en raison des rivalités entre chefs de guerre. À la fin de la rébellion, une quarantaine de gouverneurs combinant pouvoirs civils et militaires avait été installée dans les provinces[95].

La rivalité entre ces potentats provinciaux et la cour centrale qui s'installa alors devait durer jusqu'à la fin de la dynastie. Elle éclata en premier face aux gouverneurs dans le Nord-Est et l'Est (actuels Hebei et Shandong, régions des rivières Han et Huai), dont plusieurs anciens rebelles. Leurs liens avec le pouvoir central étaient en effet très distendus, et leur soumission n'était que nominale, en dehors des impôts qu'ils envoyaient régulièrement à la capitale, puisqu'ils nommaient leurs propres successeurs, fondant ainsi de véritables dynasties locales. En 781, l'empereur Dezong envoya ses troupes contre le gouverneur de Chengde (Hebei), mais les faibles moyens alloués aux gouverneurs militaires chargés de la répression entraîna l'échec final de celle-ci, le rejet de l'autorité impériale par d'autres potentats locaux, et la cour dut trouver un compromis aboutissant à l'autonomie de fait de plusieurs des provinces du Nord-Est et de l'Est en 786[96]. Elle fut en revanche moins conciliante avec celles disposées le long du Grand Canal, essentiel pour l'approvisionnement du Nord et sa survie économique, comme en témoigne la répression de leur soulèvement sous le règne de Xianzong. Fort de cela, cet empereur parvint à contrôler les nominations d'un plus grand nombre de gouverneurs que ne le faisaient ses prédécesseurs, et réduisit leur pouvoir militaire[97],[98]. La dernière grande victoire du pouvoir impérial contre les provinces eut lieu sous le règne de Wuzong, avec la défaite de la province de Zhaoyi (entre les actuels Shanxi, Hebei et Henan)[92],[94].

Réforme du système de finances et de taxation[modifier | modifier le code]

Les pertes territoriales et la désorganisation administrative de l'empire imposaient une réforme du système de taxations pour à nouveau donner des moyens financiers à l'administration impériale. Ces réformes furent conduites sous le règne de Daizong et Dezong. À l'initiative du ministre Liu Yan (715-780), on instaura un monopole gouvernemental sur le sel et le fer. Le premier en particulier devait permettre de générer des revenus considérables pour l’État, car c'était une denrée de première nécessité indispensable à la vie de tous les jours. La commission gérant le monopole sur le sel, installée dans le Sud à Yangzhou, devint un véritable gouvernement parallèle, doté d'une grande puissance[99],[100]. Dès 780, il fournissait la moitié des revenus de l’État. Ces deux premiers monopoles furent complétés par ceux sur l'alcool en 764, et sur le thé en 793. La fiscalité reposant sur les échanges devint désormais essentielle pour l’État, profitant du formidable essor commercial que connut le pays à partir du VIIIe siècle[101], concernant en premier lieu le Sud, devenu essentiel pour l'empire après la perte de contrôle des provinces d'une large partie du Nord[102] .

En 780, le système fiscal de base fut réformé de fond en comble avec l'instauration du système des « deux taxes saisonnières » (liangshui fa), initiative du ministre Yang Yan qui avait supplanté Liu Yan. Il n'était en effet plus possible de procéder au recensement des familles permettant à l'ancien système de taxation par tête de perdurer, et on le remplaça par un système reposant plus sur les revenus. Désormais, chaque maisonnée de cultivateur devait s'acquitter de cette taxe deux fois par an (en été et en automne), d'où le nom de l'imposition, en fonction de son rang déterminé par la superficie qu'elle mettait en culture[103],[100],[104].

Le règne de Dezong vit également la mise en place de contributions officieuses, des tributs payés par les gouverneurs qui allaient directement dans la caisse de l'empereur. Cela permit à ses successeurs qui poursuivirent la pratique de disposer de revenus qu'ils pouvaient utiliser suivant leur volonté, inaccessibles à l'administration formelle[105].

Avec le temps, le pouvoir des commissions chargées du monopole du sel, de loin le plus lucratif et le plus aisé à contrôler en raison du peu de régions productrices, s'étendit au reste de la fiscalité. En 810 elles prirent le contrôle des taxes agricoles dans le Sud. Prenant alors une importance croissante, elles devinrent quasiment une administration civile de ces territoires, d'autant plus que l'habitude fut prise de nommer gouverneurs des commissionnaires chargés du monopole du sel. Le succès de ce système profita aussi à ceux qui avaient émergé au sein de son administration au niveau local, développant une expertise fiscale et financière sur laquelle ils surent capitaliser pour prendre une plus grande importance dans l'administration et la société[106].

La rétraction de l'empire à l'extérieur[modifier | modifier le code]

Les années précédant la révolte d'An Lushan avaient vu les troupes Tang essuyer leurs premiers revers majeurs à l'extérieur : défaites contre le Nanzhao en 750, à Talas dans le Turkestan occidental en 751, pertes territoriales contre les Tibétains, émergence du royaume ouïghour. La révolte empêcha les Tang d'être actifs à l'extérieur, et au contraire elle les pousse à chercher des alliés étrangers pour la réprimer. Les Ouïghours profitèrent de la situation pour faire payer leur soutien à fort prix, tout en s'étendant dans le Gansu et autour de Turfan. Le reste des anciennes possessions Tang dans le Turkestan oriental (l'actuel Xinjiang) tomba sous la coupe des Tibétains. En 763, alors que les troupes Tang sont concentrées vers Luoyang, ils parviennent à piller les haras impériaux de Ningxia, puis la capitale Chang'an[107].

Dès lors, les Tibétains effectuèrent régulièrement des razzias contre la frontière occidentale de l'empire Tang, située désormais vers l'actuel Gansu oriental (passe de Yumen). Dezong passe en 783 un traité avec eux pour établir une paix durable, au prix de la reconnaissance de leurs conquêtes. Mais les Tibétains passèrent outre les dispositions de l'accord, appuyant les révoltes de gouverneurs chinois. Dezong raviva alors l'alliance avec les Ouïghours pour contrer les Tibétains, mais cela se solda par un échec militaire en 790, marquant l'apogée de l'empire tibétain. C'est le gouverneur militaire du Sud-Ouest du Sichuan, Wei Gao, qui parvint à renverser la situation. Il s'allia au Nanzhao en 794, et remporta dès lors plusieurs victoires contre les Tibétains, qui culminèrent avec la prise de leur capitale Lhassa en 801. L'empire tibétain tomba alors dans une phase de déclin et s'effondra durant les années qui suivirent, ce qui permit un retour de l'administration chinoise en direction du Nord-Ouest[108]. Au Sud-Ouest en revanche, les gouverneurs militaires succédant à Wei Gao ne purent pas faire face aux entreprises grandissantes du Nanzhao. Le Sichuan subit plusieurs expéditions, qui parvinrent parfois jusqu'à Chengdu, et l'extrême Sud de l'empire, autour de l'actuelle Hanoï, fut perdu en 827. Une grande expédition fut lancée en 865-867 contre ce rival méridional, la dernière que put entreprendre le pouvoir Tang, mais elle échoua et fut suivie par une contre-offensive conclue par la perte de Chengdu, qui dura quelques années[109].

À l'Est, le royaume coréen de Silla s'était rendu définitivement autonome des Tang. Ceux-ci conservèrent des relations cordiales avec le Japon. Plusieurs ambassades impériales chinoises au Japon sont attestées pour cette époque. Ces missions diplomatiques ne furent pas interrompues avant 894 et l'empereur Uda (r. 887-897), convaincu par Sugawara no Michizane (845–903)[110].

La fragmentation de l'empire et la fin de la dynastie[modifier | modifier le code]

À partir des années 860, le fragile équilibre qui avait permis le rétablissement de l'empire Tang s'effrita irrémédiablement. Les empereurs qui furent installés se révélèrent peu capables, et ne purent endiguer le déclin de leur dynastie. La vieille aristocratie qui avait occupé les postes principaux des empires chinois depuis la période de division et durant la première partie de la dynastie avait laissé la place à de nouvelles figures, les gouverneurs militaires provinciaux, les commissaires administrant les monopoles financiers et les eunuques à la cour, et avec eux de nouvelles manières de gouverner s'ébauchèrent, qui devaient triompher sous les Song.

La chute s'amorça à partir de la révolte conduite par le général Pang Xun en 868 dans le Guangxi, qui s'étendit dans le bassin du Yangzi et de la Huai avant d'être difficilement réprimée. à la suite d'épisodes de crise qui frappèrent l'empire, en premier lieu dans le Nord où des famines sévirent dans les années 870. Des groupes de pillards émergèrent dans les franges orientales en 874, dirigées par des rebelles ayant émergé dans la contrebande du sel, d'abord Wang Xianzhi qui fut exécuté en 874, puis Huang Chao. Surtout actives dans le Henan et le Shandong au début, elles s'étendirent progressivement vers le bassin du fleuve Jaune. Des troupes de rebelles agirent aussi en direction du Sud, parvenant jusqu'à Canton qui fut pillée en 879. Mais leurs plus gros succès eurent lieu au Nord. Luoyang fut prise en 880, puis Chang'an l'année suivante, avant une contre-attaque des troupes impériales qui ravagèrent à leur tour la capitale, puis se retirèrent pour laisser la place à un retour des insurgés qui achevèrent de dévaster la ville, qui ne fut dès lors plus que l'ombre de ce qu'elle avait été. Elle passa en 883 sous le contrôle d'un général turc qui avait été à la solde des Tang, Li Keyong[111],[94]. Repoussé, Huang Chao mourut en 884, sans doute acculé au suicide, ou bien tué par un parent[112].

Les empereurs Tang étaient alors passés sous le contrôle des eunuques, tandis que des seigneurs de guerre dépeçaient l'empire et n'étaient plus contrôlables par un pouvoir central qui n'existait plus. Dans les années qui suivirent, la fragmentation de l'empire fut actée par la fondation de royaumes autonomes à partir de provinces déjà indépendantes de fait depuis quelques années. Zhu Wen, ancien lieutenant de Huang Chao, élimina la faction des eunuques en 903 et plaça ce qu'il restait de la cour sous son contrôle. Il destitua finalement le dernier empereur Tang en 907 et fonda alors la dynastie des Liang postérieurs qui domina la majeure partie du bassin du fleuve Jaune, à partir de la ville de Kaifeng. Les autres provinces étaient dominées par d'autres généraux qui fondèrent à leur tour leurs propres dynasties impériales ou royales : c'est la période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes (907-960), qui s'acheva par la réunification de l'empire par les Song[113],[114].

Les Chinois sous les Tang : rapports sociaux, activités, quotidien[modifier | modifier le code]

Les textes et l'art de la période Tang fournissent une grande quantité d'informations sur la vie des Chinois durant cette dynastie. Provenant du milieu des élites lettrées, ils documentent surtout la vie de celles-ci, et plus particulièrement celles vivant à Chang'an, la « mégapole » servant de capitale à l'empire. La société chinoise de l'époque telle qu'elle fut ainsi décrite était très attachée aux valeurs patriarcales, aux statuts sociaux, même si elle laissa plus de places aux femmes que les périodes ultérieures. Les plaisirs de la vie, en particulier l'alimentation raffinée et les différents divertissements firent l'objet de nombreux récits.

La situation économique de la période de la dynastie Tang profita des progrès agricoles et commerciaux de la période de division. Elle fut d'abord marquée par une forte présence de l’État, qui se relâcha durant la seconde moitié de la dynastie. L'unification du pays permit la constitution d'un commerce interrégional très dynamique, qui profita notamment de la construction du Grand Canal. Les activités commerciales se développèrent et permirent l'essor d'une agriculture et d'un artisanat à vocation commerciale. Les villes qui servaient de principaux centres de production artisanale et lieux d'échange bénéficièrent également de ces progrès. Ce furent en particulier les régions méridionales qui connurent la plus forte croissance. Les propriétaires des grands domaines agricoles et les marchands les plus importants s'enrichirent considérablement, tandis que les groupes sociaux les moins aisés perdirent de plus en plus leur autonomie économique, qu'il s'agisse des paysans, artisans ou petits commerçants. La période finale des Tang annonce les développements économiques que connut la période de la dynastie Song, avec notamment l'essor de l'agriculture commerciale spéculative et d'instruments d'échanges plus élaborés comme la monnaie papier.

Famille et parenté[modifier | modifier le code]

La famille chinoise est de type patriarcal : c'est le père qui transmet à ses enfants un nom de famille (xing) symbolisant leur appartenance à leur famille et plus largement à leur clan, constitué de tous ceux portant le même nom et ayant un ancêtre masculin et une origine géographique identiques. Ces liens de parenté sont souvent très importants car ils sont un facteur de solidarités fortes (aides financières, partenariats et appuis professionnels, adoptions des orphelins du lignage, etc.), et sont symbolisés par le culte d'ancêtres communs. Dans ce contexte, les femmes ont une position plus extérieure à leur famille : épouses, elles sont originaires d'un autre clan ; filles, elles sont destinées à en rejoindre un autre et à intégrer ses liens de solidarités[115].

L'acte constitutif d'une famille est le mariage. Il est généralement arrangé entre les deux familles, qui peuvent faire appel à une entremetteuse chargée de préparer les négociations. L'alliance a souvent une dimension économique, puisque la famille du marié verse un « prix de la mariée » à celle de la promise, souvent durement négocié. L'inflation de ces présents a suscité de nombreuses critiques à l'époque, accusant les parents de vendre leurs filles aux plus offrants. Le pire était quand une famille illustre mariait une de ses filles à un homme issu d'un lignage peu prestigieux mais enrichi récemment[116]. La suite des rites de mariage comprenait l'échange des coupes durant lequel les promis se rencontrent en principe pour la première fois, des échanges de présents de confirmation et enfin la cérémonie de mariage à proprement parler, fixée un jour propice au regard des horoscopes, durant laquelle les ancêtres familiaux sont également honorés[117]. Le couple ainsi formé était la base de la famille, mais pouvaient y être adjointes des épouses secondaires et des concubines. Les premières, qui intégraient la maisonnée après un mariage formel, avaient un statut plus confortable que les secondes, qui étaient souvent des esclaves achetées plutôt pour être des partenaires sexuelles de l'époux ; mais les deux étaient toujours placées sous l'autorité de l'épouse principale. Ces pratiques étaient encore réservées à cette époque au milieu des élites[118],[119].

Les enfants étaient attendus de l'union entre un homme et une femme. La raison de la venue d'une épouse secondaire ou d'une concubine était d'ailleurs souvent l'infertilité du couple, qui était imputée à l'épouse principale. Cette dernière était quoi qu'il en soit reconnue mère de tous les enfants de la maisonnée qu'elle dirigeait. D'autres fois on procédait à des adoptions, en général à l'intérieur du clan[120]. C'est à l'âge de sept ans que les garçons devaient idéalement préparer leurs études, du moins dans les milieux sociaux qui pouvaient se permettre ce qui était encore un luxe. On attendait que l'éducation forme avant tout une personne honnête, courtoise, garante de l'harmonie sociale. Il s'agissait en fait de former une personne à même d'assurer la continuité du lignage. Il en allait de même pour les couches sociales modestes, dans lesquelles les fils se formaient au métier de leur père, qu'ils secondaient avant de lui succéder à leur mort. L'entrée dans l'âge adulte se faisait pour les filles à quinze ans, et était symbolisée par le port des épingles de tête. Les garçons devaient attendre un peu plus, puisque c'était à vingt ans qu'on leur imposait le bonnet viril faisant d'eux des hommes. Ils pouvaient alors se marier pour fonder leur propre famille, même si dans les faits ils attendaient souvent quelques années de plus avant de le faire[121]. Ils n'étaient pas pour autant déliés des nécessités de la piété filiale (xiao), qu'ils se devaient de respecter jusqu'à la mort de leurs parents, qui leur imposait une longue période de deuil (trois ans en principe)[122].

Condition féminine et rapports de genre[modifier | modifier le code]

Beautés portant des fleurs, par Zhou Fang, VIIIe siècle.

Le cadre juridique de la famille décrit ci-dessus est éminemment défavorable aux femmes : elles sont soumises à l'autorité des hommes, ne jouent qu'un rôle secondaire dans la pérennité de leur lignage, leur sort est souvent réglé suivant des impératifs financiers et dans les familles élargies des relations inégalitaires étaient instituées entre épouse principale, épouses secondaires, concubines voire épouses du chef de familles et celles de ses enfants. Il n'empêche que la période Tang est souvent présentée comme plus favorable pour la condition féminine que d'autres époques de l'histoire de la Chine, notamment les suivantes qui ont vu sa détérioration[123].

Il est courant de retenir de cette période l'importance qu'ont occupé plusieurs impératrices et princesses : les impératrices Wu et Wei, la princesse guerrière Pingyang, la concubine Yang Guifei. Cette situation était en fait un héritage des dynasties du Nord de la période de division (420-581), fondées par des ethnies d'origine non-chinoise chez qui les femmes avaient traditionnellement une position sociale plus élevée, notamment dans les cercles des élites où elles servaient souvent de conseillères à leurs époux[29]. Dans les couches modestes, les femmes et les filles étaient traditionnellement responsables des tâches domestiques, ou leurs dérivées comme le tissage et l'élevage des vers à soie, pendant que les hommes avaient tendance à travailler dans les champs[55].

Femme coiffée d'un chignon ample, VIIIe siècle.

Pour gagner une certaine autonomie, les femmes devaient s'extraire du moule traditionnel de la famille et du mariage. Nombreuses étaient celles qui gagnaient une certaine indépendance voire une autorité religieuse en entrant dans les ordres en tant que prêtresse taoïste ou bouddhiste[124]. Les maquerelles des maisons closes des quartiers chauds de Chang'an accumulaient quant à elles de grandes fortunes et beaucoup de pouvoir[125]. Les courtisanes de luxe étaient très respectées. Elles étaient connues pour leurs talents de chanteuse et poète, supervisaient les banquets et festins, connaissaient les règles des jeux de boisson et sont entraînées pour respecter les bonnes manières à table[125]. Elles sont un personnage caractéristique des nouvelles de l'époque ayant pour cadre la capitale. Bien qu'elles fussent connues pour leur comportement poli, les courtisanes étaient aussi réputées pour dominer les conversations avec les hommes de l'élite, et n'avaient pas peur de fustiger ou critiquer publiquement les invités qui parlaient trop ou trop fort, se vantaient trop de leur réussite ou ruinaient un repas par leur comportement grossier (une fois, une courtisane a même battu un ivrogne qui l'avait insulté)[126]. Alors qu'elles chantaient pour divertir les invités, les courtisanes ne faisaient pas que composer les paroles de leurs propres chansons, elles popularisaient une nouvelle forme de vers lyriques en mettant en musique des vers écrits par différents personnages connus de l'histoire de la Chine[127]. Les manuels de bonne conduite rédigés par des lettrés à destination des femmes qu'ils voulaient respectables (donc mariées) prescrivaient en général une conduite inverse : respect absolu et même adoration de l'époux qu'elles devaient considérer comme leur « Ciel », modestie, discrétion et retenue lors des réceptions et banquets[128]. Les nombreuses figurines féminines des tombes de la période montrent la vaste gamme d'activité que pouvaient exercer les femmes du milieu des élites et des courtisanes : musiciennes, danseuses, cavalières, joueuses de polo, jeux de société, etc. [129],[130]

L'apparence des femmes de la bonne société était très étudiée. Elles portaient une longue robe retenue par une ceinture-écharpe douée par devant, laissant souvent apparaître un décolleté, signe de la relative liberté qui leur est laissé par rapport aux période postérieures, nettement plus prudes, et du fait qu'on appréciait alors les femmes rondes, aux formes prononcées. Cet accoutrement pouvait être complété par une sorte de tablier porté par-dessus, une robe ample transparente quand elles sortaient, et une écharpe pour plus d'élégance[131]. Une loi est instaurée en 671 pour tenter de forcer les femmes à porter des chapeaux avec des voiles pour promouvoir la décence, mais elle est ignorée par certaines femmes qui commencent à ne porter que des capuchons voire aucun chapeau, mais également des vêtements et bottes d'équitation pour hommes, et des corsages à manches serrées[132]. La coiffure féminine à la mode consistait à porter un chignon ample, alors que les riches femmes portent d'extravagantes épingles de tête, peignes, colliers de perles, poudres de visage et parfums, ainsi qu'un maquillage très élaboré sur les sourcils, les joues et les lèvres[133]. Le costume masculin était grossièrement similaire à celui des femmes, constitué également de la superposition de plusieurs robes amples. Le chignon masculin était moins large que celui des femmes, et la tête était couverte chez les adultes par le bonnet viril, dont l'aspect devait révéler le rang social de celui qui le portait. La barbe et les longues moustaches étaient à la mode, et on attendait d'un homme d'âge mur qu'il ait une consistance robuste[134].

Agriculture et monde rural[modifier | modifier le code]

Les techniques agricoles avaient connu plusieurs progrès notables depuis la fin des Han, compilées dans les Principales techniques pour le bien-être du peuple (Qi Min Yao Shu) de Jia Sixie, sous les dynasties du Nord et du Sud, qui put être largement diffusé dans les campagnes grâce au développement de l'imprimerie. Parmi les évolutions essentielles, on peut citer la sélection de plus en plus poussée des graines, l'essor de la méthode de repiquage, l'utilisation accrue d'engrais (essentiellement du fumier, animal ou humain), la pratique de plus en plus courant de rotations des cultures, l'utilisation de modèles de charrues plus efficaces permettant de faire varier la profondeur des sillons ouverts par le soc et de herses, etc. Ces techniques se diffusèrent sous les Tang, participant à un essor agricole marqué. Le contrôle des eaux fut également amélioré, avec la construction de canaux, de digues et l'introduction d'instruments d'irrigation plus efficaces, en premier lieu la noria[135]. Du point de vue des plantes cultivées, les céréales continuaient à avoir la part belle : millet et blé au Nord, riz au Sud essentiellement, même si dans la seconde région les céréales caractéristiques du Nord se diffusèrent. Deux cultures de nature plus spéculative connurent un développement : le thé, produit surtout dans des régions du Sud (Zhejiang et Jiangsu), circulant sous la forme de briques de feuilles séchées et agglomérées et devenu un produit de consommation courante ; la canne à sucre est introduite en Chine à l'instigation de l'empereur Tang Taizong, et sa transformation en divers produits sucrés se répand dans les monastères bouddhistes à la fin de la dynastie, prélude à sa popularisation sous les Song[136]. Le coton en provenance de l'Inde commença lui aussi à être cultivé, mais c'est durant la dynastie Yuan qu'il devint la principale industrie textile en Chine[137].

L'évolution de l'agriculture profita avant tout aux régions méridionales, où la riziculture sur champs inondés connut un important essor avec l'expansion de la technique du repiquage, la sélection d'espèces de plus fort rendement, l'adoption d'instruments agricoles adaptés aux conditions locales (les nouveaux modèles d'instruments aratoires étant plus adaptés aux reliefs de collines qui y étaient courants) et la possibilité de gagner des nouvelles terres agricoles sur des espaces incultes (défrichements sur des collines, assèchements de terres autour des lacs Tai et Dongting). Les riches régions agricoles du Sud (bassin de la Huai, Bas Yangzi, de plus en plus le Zhejiang) devinrent essentielles pour la production alimentaire de l'empire[138],[135].

Les structures agraires de la période Tang étaient fortement inégalitaires. Les premiers empereurs de la dynastie avaient pourtant repris à leur compte la politique des « champs égalitaires » (juntian) des dynasties du Nord qui les avaient précédées, visant à attribuer à des familles de paysans des terres publiques (en général incultes) à titre viager de façon à aboutir à un système agricole plus équitable et surtout dégager des revenus fiscaux. Dans les faits, cette politique ne fut sans doute appliquée que dans le Nord-Ouest (elle est attestée par les textes de Dunhuang), mais pas ou peu ailleurs[139],[140]. Le pouvoir central ne remit pas en cause la prépondérance et l'expansion des grands domaines appartenant aux élites de la cour ou des provinces ainsi qu'aux monastères, qui souvent étaient exemptés de taxes. Il émit pourtant des décrets contre l'absorption par les grands propriétaire de champs (dépendant officiellement de l’État) détenus par des paysans, mais cela ne fut sans doute jamais appliqué. La pression fiscale et les incertitudes de la production agricole devaient pousser les paysans à se placer sous la coupe d'un grand propriétaire, a fortiori s'ils avaient contracté des dettes envers celui-ci. La « disparition » de ces paysans des terres dépendant de l’État greva ses ressources fiscales. Aussi des fonctionnaires recenseurs furent souvent dépêchés dans les campagnes pour les retrouver et les réinscrire sur les registres fiscaux ; en 723, un de ces serviteurs de l’État retrouve ainsi 800 000 paysans manquants, chiffre révélateur de la saignée que représentait alors le phénomène de fuite paysanne. Après la révolte d'An Lushan, la situation fut irréversible : le système des champs égalitaires avait disparu et la grande propriété privée de la terre dominait, servant les familles des élites de la capitale et des provinces[141],[142]. Ces grands domaines privés étaient généralement désignés sous le terme de zhuang yuan (« ferme-jardin »). Ils couvraient de vastes surfaces, mais étaient rarement d'un seul tenant. C'était l'occasion de disposer de productions diversifiées : certaines parties étaient destinées à des cultures céréalières, d'autres à des plantations de type spéculatif (thé, bois). Leurs propriétaires jouaient ainsi un rôle notable dans le développement des cultures commerciales et également des méthodes agricoles[143],[144]. Les paysans qui travaillaient ces terres pouvaient avoir le statut de fermier ou métayer, versant une part de la récolte avec le propriétaire. Ils étaient souvent des dépendants attachés à la terre de façon héréditaire. Les plus démunis relevaient de la catégorie des journaliers, soumis à des conditions plus précaires[145],[146].

Commerce et moyens de transaction[modifier | modifier le code]

Pièce de monnaie de la dynastie Tang, Kai Yuan Tong Bao (開元通寶), frappée pour la première fois en 621 à Chang'an, utilisé comme modèle pour la pièce japonaise du VIIIe siècle, la Wadōkaichin.

Les réseaux commerciaux se densifièrent durant la période Tang. Le commerce d'échelle régionale connut un essor marqué, en partie impulsé par le Grand Canal, qui mettait en relations le Sud déjà très dynamique du point de vue commercial et le Nord qui l'était moins durant la période de division mais restait prépondérant du point de vue démographique et agricole. Plus largement, le transport fluvial fut un moteur essentiel du développement des échanges intérieurs, avec les progrès de la batellerie et de l'aménagement des voies navigables, notamment avec la construction d'écluses de plus en plus élaborées pour franchir les passages les plus difficiles. En conséquence, des produits pouvaient traverser l'empire en étant transbordé entre les différentes artères navigables qui le traversaient. Des convois d'environ trois mille bateaux parcouraient le Grand Canal pour approvisionner les capitales[147],[148].

Le développement commercial profita aux villes, dont les marchés locaux se développèrent. Avec l'affaiblissement de l'autorité étatique après la révolte d'An Lushan, des marchés et boutiques proliférèrent en dehors de la vigilance des fonctionnaires. Les propriétaires des grands domaines privés ou religieux, ainsi que bien d'autres acteurs comme des soldats ouvrirent de plus en plus de points de vente. Cela accompagna la croissance marquée des grandes villes provinciales, en particulier dans le Sud où les villes côtières profitaient également de l'expansion du commerce maritime en direction de l'Asie du Sud-Est[149]. Dans le milieu rural, les bourgs bénéficièrent également de cette dynamique. Des marchés périodiques furent créés sur les routes commerciales en pleine campagne, ou à proximité de grands domaines. Les fêtes religieuses étaient notamment l'occasion de sortes de foires. Les généraux du Nord initièrent également de tels marchés à proximité de leurs garnisons[150]. Les campagnes étant mieux connectées aux réseaux commerciaux et pouvant profiter de l'émergence d'un marché urbain important aux goûts diversifiés, les productions agricoles se spécialisèrent de plus en plus, dans une vocation commerciale et spéculative. Cela concerna notamment la culture du thé, des fruits, du bois de chantier et plus tard la canne à sucre[151]. La seconde partie de la dynastie Tang vit ainsi le développement d'un entreprenariat privé à plus grande échelle[152].

L’État conservait le contrôle des échanges de certaines denrées, notamment les prix des céréales, régulés par des greniers publics. La pratique des monopoles instituée par les Han fut reprise et réformée après la révolte d'An Lushan. Cela concernait en premier lieu le sel, le thé et l'alcool. Ils ne pouvaient être commercialisés que par des marchands dûment mandatés par le gouvernement[153]. Ces monopoles, cumulés aux taxes commerciales, fournirent la majeure partie des revenus fiscaux après les années 770. Les marchands servant d'intermédiaires pour l'administration purent amasser des richesses considérables grâce au commerce du thé et du sel. Devant manier de grandes sommes de monnaie, ils développèrent des instrument de transfert de crédit. Apparut ainsi la « monnaie volante » (feiqian) : le gouvernement central délivrait un papier valant pour reconnaissance de dette à un marchand qui lui avait vendu des cargaisons de produits sous monopole dans la capitale, et grâce à ce papier cet intermédiaire pouvait retirer les espèces auprès du trésor public de sa province d'origine, s'évitant ainsi de transporter des sommes trop importantes. Vers la fin des Tang, ce type d'instrument de crédit se développa dans le cadre des échanges strictement privés : des prêteurs et changeurs constituèrent des entrepôts où ils entreposaient de la monnaie ou d'autres biens de valeur contre des certificats de dette fonctionnant comme des billets de banque[154],[155],[156]. Les acteurs du commerce privé furent de mieux en mieux organisé. Les riches marchands constituèrent de véritables firmes commerciales, investissant dans des entreprises de plus en plus onéreuses et constituant des partenariats commerciaux. Les gérants des entrepôts les plus importants et de l'organisation des convois fluviaux étaient également des figures majeures du développement commercial de la période tardive des Tang, qui atteint sa pleine maturité sous les Song[157].

Chang'an et les villes Tang[modifier | modifier le code]

Fresque murale représentant une tour fortifiée, certainement une de celles de Chang'an, provenant de la tombe du prince Yide (mort en 701) au Mausolée de Qianling, daté en 706.
Article détaillé : Chang'an.

Chang'an, l'actuelle Xi'an, a déjà été capitale sous les précédentes dynasties Han et Jin. Elle est reconstruite ex nihilo vers 600 par Wendi des Sui. Son organisation suit celle des capitales chinoises antérieures. Elle a la forme d'un vaste rectangle d'environ 8,6 km d'axe nord-sud et environ 9,5 km d'axe est-ouest ceinturé par une muraille en terre damée, ouverte par douze portes. Elle est dominée par deux cités intérieures disposées au nord : le palais impérial, adossé au rempart, où réside l'empereur en temps normal, et la cité impériale qui le borde au sud, où se trouve l'administration centrale. Un autre palais, le Palais de la Grande Clarté, se trouve au nord-est de cet ensemble, bâti lui aussi contre les murailles mais vers l'extérieur. La ville est organisée autour de rues formant un quadrillage régulier, 11 d'axe nord-sud et 14 d'axe est-ouest, la divisant en 108 quartiers ceints par leurs propres murs. Ces unités avaient leur propre administration, avec un responsable chargé de superviser la fermeture de leurs portes chaque nuit, et sont souvent consacrés à une activité spécifique. Deux secteurs plus vastes étaient des marchés, un à l'Ouest et l'autre à l'Est de la cité. Deux autres marchés plus petits ont été ouverts à certaines périodes de l'histoire des Tang, et de nombreux lieux de commerce se trouvaient dans toute la ville (auberges, tavernes, lupanars, etc.). C'est à proximité du Marché oriental que se situaient deux des quartier les plus animés de la ville, le quartier des courtisanes et celui des étudiants, ainsi qu'un troisième palais impérial, le Palais de la Venue de la Félicité. Au Sud-Ouest, un vaste parc organisé autour d'un étang artificiel avait été érigé[158],[159]. Les édifices religieux étaient disséminés à travers toute la ville, puisqu'on comptait 111 monastères bouddhistes, 41 abbayes taoïstes, 38 tombeaux familiaux, des églises et temples pour les religions étrangères (zoroastriens et nestoriens), mais aussi 10 quartiers de ville avec des bureaux de représentation provinciaux, 12 importantes auberges et 6 cimetières[160]. Certains quartiers étaient littéralement remplis d'espaces publics ou d'arrière-cours d'imposants manoirs pour jouer au polo ou au jeu de balle au pied (cuju)[161]. La capitale Tang est la plus grande ville du monde à cette époque, la population des quartiers de la ville et des faubourgs alentour atteint 2 millions d'habitants[162].

Cloche en bronze de Jingyun coulée en 711, 247 cm de haut, 6 500 kg.
Sortie printanière de la cour Tang, par Zhang Xuan (713–755).

Il existait une capitale secondaire dans la ville de Luoyang, qui fut privilégiée par Wu Zetian. En 691, elle y fit déplacer plus de 100 000 familles (à peu près 500 000 personnes) de la région de Chang'an vers Luoyang pour peupler la cité[163]. Avec une population d'environ 1 million d'individus, Luoyang devint la seconde plus grande ville de l'empire. La cité était coupée en deux par la rivière Luo, entre une moitié nord à l'ouest de laquelle se trouvait une vaste enceinte comprenant le palais impérial et la ville impériale. Elle était également divisée en quartiers murés, et disposait de trois marchés principaux, accessibles par la rivière ou des canaux[164]. Avec la proximité de la rivière Luo, la ville bénéficiait de la fertilité de l'agriculture du sud, ainsi que du trafic commercial engendré par le Grand Canal[163]. Toutefois la cour Tang rétrograda finalement son statut de capitale et ne se rendit plus à Luoyang après 743, lorsque les problèmes d'approvisionnement de Chang'an furent finalement résolus[163]. Au début de l'année 736, des greniers furent construits à des points critiques le long de la route entre Jiangdu et Chang'an, ce qui élimina les délais de transport, les dégâts et les chapardages[165]. Un lac artificiel utilisé comme zone de transport fut dragué à l'est de Chang'an en 743, où les habitants du nord purent finalement voir une flotte de bateaux venant du sud de la Chine délivrer taxes et tributs à la cour impériale[166].

Dans le reste de l'empire, les villes se développèrent grâce à l'essor du commerce, en particulier le long du Grand Canal ou près des routes maritimes. Cela profita notamment aux villes méridionales. Ce fut ainsi le cas de Jiangdu (Jiangsu, près de Yangzhou), localisée au croisement du Yangzi et du Grand Canal. Elle voyait donc passer les produits venant du bassin du Yangzi, des autres régions du Sud et du commerce maritime international et destinés à la capitale et aux autres villes du Nord, et devint rapidement l'un des principaux carrefours commerciaux de l'empire, surtout quand le monopole du sel y fut installé dans la seconde moitié du VIIIe siècle. Ce fut également un important centre de production artisanale. On estime que sa population comptait alors près de 500 000 habitants, alors qu'elle n'en aurait eu que 40 000 au début de la dynastie. Dans ce type de métropole provinciale, le contrôle étatique était moins fort, et en conséquence les marchés non réglementés proliférèrent, l'habitat se développa sans former des quartiers strictement délimités, s'étendant hors de l'ancienne muraille, au point qu'il fallut ériger une nouvelle[167],[163],[168]. Comme le port de Guangzhou (Canton) plus au Sud, qui se développa considérablement grâce au commerce maritime, Jiangdu accueillait de nombreux marchands étrangers en provenance de toute l'Asie[168],[169].

Alimentation, thé et nécessités[modifier | modifier le code]

Page du livre Le Classique du thé par Lu Yu.
Sculpture en terre cuite d'une femme, VIIe ‑ VIIIe siècle. Sous la dynastie Tang les femmes hôtes préparent des festins, des parties de thé et des jeux de boissons avec leurs invités.

Les principaux ingrédients utilisés pour l'alimentation sont le blé, le riz, le millet panicule et millet de gluten, l'orge, le sésame, mais aussi l'ail, le sel, les navets, le soja, les poires, les abricots, les pêches, les pommes, les grenades, les jujubes, la rhubarbe, les noisettes, les pignons de pins, les châtaignes, les noix, l'igname, le taro, etc.[170] Toute sorte de viandes sont en plus consommées : porc, poulet, agneau (particulièrement dans le nord), loutre de mer, ours et même chameau[170]. Dans le sud, le long des côtes, les fruits de mers sont plus communément consommés, comme des méduses avec cannelle, poivre du Sichuan, cardamone et gingembre, ou encore des huîtres au vin, calamars frits, crabes, crevettes et poisson globe, que les Chinois appellent porcelet des rivières[171]. Certaines nourritures sont interdites par la cour Tang, comme le bœuf (il est précieux comme animal de trait), et entre 831 et 833 l'empereur Tang Wenzong bannit l'abattage de tout bétail en raison de ses croyances bouddhistes[172].

Les repas ne se prenaient pas suivant des horaires fixes, même si existait un vieux principe voulant que l'on prenne trois repas par jour, au lever, au midi et au coucher du soleil. Dans les villes, les échoppes ambulantes et les auberges servaient des plats à toute heure. Chang'an était la mieux pourvue en ce type de commerces, puisqu'on y trouvait des restaurants servant des spécialités de toutes les provinces de l'empire[173].

Les méthodes de préservation de la nourriture étaient nombreuses et pratiquées à travers toute la Chine. Le peuple utilise des méthodes simples de préservation, comme creuser des trous de stockage, la saumure et le salage des aliments[174]. L'empereur possède d'importants trous à glace dans les parcs de la capitale afin de préserver la nourriture, alors que la noblesse et les élites possèdent leurs propre mais plus modeste trous à glace[175]. Chaque année, l'empereur emploie des travailleurs pour tailler 1 000 blocs de glace dans les ruisseaux gelés des montagnes, chaque bloc mesurant 0,91 m sur 0,91 m sur 1,06 m[175]. De nombreuses délicatesses glacées sont appréciées durant les étés, notamment le melon frappé[175].

Durant les précédentes dynasties du Nord et du Sud (420-589), et peut être même avant, boire du thé est populaire en Chine du sud. Cette boisson est vue comme un breuvage de plaisir gustatif avec également un but pharmacologique[127]. Durant la dynastie Tang, le thé devient synonyme de sophistication dans la société. Les connaisseurs en distinguent plusieurs variantes, crus, méthodes de récolte, et sont prêts à payer les plus réputé à prix d'ors[176]. Le poète Lu Tong (790-835) consacre la plupart de ses poèmes à son amour du thé. L'auteur du VIIIe siècle Lu Yu (connu sous le surnom de Sage du thé) a même écrit un traité sur l'art de boire le thé, appelé Le Classique du thé[177].

Grâce au commerce extérieur, la Chine acquiert des poires de Samarkand, des dattes, pistaches et figues de Perse, des pignons de pin et du ginseng de Corée et des mangues de l'Asie du Sud-Est[178],[179]. En Chine, la demande pour le sucre est importante. Durant le règne de Harsha (606–647) en Inde du nord, les ambassadeurs indiens en Chine amènent deux fabricants de sucre qui apprennent avec succès aux Chinois à cultiver leur propre canne à sucre[180],[181].

Bien que le papier d'emballage est utilisé en Chine depuis le IIe siècle av. J.-C.[182], les Chinois de la période Tang l'utilisent en sac carrés pliés et cousus pour transporter et préserver la saveur des feuilles de thé[182]. En fait, le papier possède de nombreuses autres utilisations à cette époque. Ainsi, le premier usage de papier toilette remonte à 589 et est attribué au fonctionnaire Yan Zhitui (531–591)[183]. En 851, un voyageur musulman commente comment les Chinois de la période Tang ne sont pas attachés à la propreté puisqu'ils n'utilisent pas d'eau pour se laver dans la salle de bains. Au lieu de cela, dit-il, ils utilisent uniquement du papier pour s'essuyer[183].

Loisirs[modifier | modifier le code]

Femme jouant au weiqi (jeu de go). Section d'un paravent, tombe 187 Turfan, Xinjiang. H.: 63 cm. Encre et couleurs sur soie, VIIIe siècle.
Joueuse de polo, VIIIe siècle.

Bien plus que les périodes précédentes, la période Tang est connue pour le temps consacré aux loisirs, en particulier pour les classes les plus aisées[184]. De nombreuses activités d'extérieures sont appréciés sous les Tang, dont le tir à l'arc[185], la chasse[186], la pêche, la conduite de chars qui sont depuis de nombreux siècles prisées par les élites masculines chinoises, mais aussi le polo d'importation récente[187], le jeu de balle au pied appelé cuju[188], les combats de coq[189] et même le tir à la corde[190]. Toute la bonne société se réunit pour de telles activités, qui mêlent souvent hommes et femmes de diverses générations. Les cercles littéraires s'étaient développés durant la période de division, et étaient encore très prises sous les Tang. Les lettrés s'y réunissaient pour participer à des joutes poétiques très élaborées, consistant notamment à composer des poèmes suivant des règles strictes (dans un style précis, en employant un nombre limité de mots, des figures imposées, etc.). Les jeux de table étaient également très appréciés, comme le mahjong et le weiqi. Dans tout le pays, des conteurs, danseurs, musiciens et bateleurs exécutaient des spectacles qui sont à l'origine du théâtre chinois, qui se développa sous les Song[191].

Pour toutes les grandes occasions, des banquets copieux et gargantuesques sont préparés. Ceux de la cour impériale étaient évidemment les plus impressionnants[192]. On peut noter par exemple, l'organisation d'un festin pour 1 100 aînés de Chang'an en 664, un festin pour 3 500 officiers de l'Armée de la divine stratégie en 768, ou un autre pour 1 200 femmes du palais et membres de la famille impériale en 826[192]. Pour l'organisateur d'un banquet, il importe que chacun de ses convives soit honoré à sa juste mesure : sa table doit donc être abondamment garnie[193]. Boire du vin et des boissons alcoolisées est une pratique enracinée dans la culture chinoise, puisque les gens boivent pour chaque évènement social[194], rarement au cours d'un repas, ou sinon à la fin de celui-ci. Les convives doivent boire leur coupe chacun à leur tour en fonction de leur rang[195].

La Chine des Tang et le reste du monde[modifier | modifier le code]

Les axes des échanges à longue distance[modifier | modifier le code]

Tracé de la route de la soie.
La route de la soie

Depuis l'époque des Han, les routes internationales reliant les différentes parties de l'espace eurasiatique avaient connu un développement remarquable, et la Chine avait joué un rôle majeur dans ce phénomène, qui s'était approfondi durant la période division. L'époque des Tang récupère donc cet héritage et l'approfondit considérablement. L'axe de communications le plus célèbre est la « route de la soie », ensemble de voies terrestres dont le point d'arrivée ou de départ en Chine était Chang'an. Elle la reliait aux cités d'Asie centrale, en passant par Dunhuang dans le Gansu qui en était un point névralgique, s'étant affirmé depuis longtemps comme un important lieu de contacts religieux, et plus largement culturels[196]. C'est là que se rejoignent deux voies constituant la route de la soie, une passant par le Nord du Turkestan oriental, une autre par le Sud, se rejoignant ensuite à Kashgar qui contrôlait l'accès vers la chaîne du Pamir et les cités et royaumes du Turkestan occidental, elles-mêmes reliées au plateau Iranien, puis au reste du Moyen-Orient et enfin l'espace méditerranéen.

De nombreux voyageurs attestent que la Chine a installé de nombreux points de contrôle sur les voies de la route de la soie qu'elle possédait, qui vérifiaient les permis de voyage vers l'empire Tang[197]. Par ailleurs, le banditisme était un problème près des points de contrôles et des villes oasis, comme en témoigne le moine Xuanzang quand il raconte que son groupe de voyageurs a été attaqué par des bandits à de nombreuses occasions[197]. Durant la première partie de la dynastie Tang, cette voie connut son apogée. Les marchands sogdiens y étaient des acteurs essentiels du commerce depuis plusieurs décennies, et étaient devenus incontournables pour les relations de la Chine avec les régions occidentales[198]. Par la suite, les rivalités entre Chinois, Tibétains et Ouïghours finirent à mal la prospérité de ces régions. L'expansion de l'islam acheva de transformer le paysage politique et culturel de la région[199].

L'essor du commerce maritime

Le fonctionnaire et géographe Jia Dan (730-805) trace deux routes commerciales à cette époque : une partant de Guangzhou vers les îles Nicobar, le Sri Lanka et l'Inde, les côtes est et nord de la mer arabe vers le fleuve Euphrate, mentionnée ci-dessus, et une autre partant de la côte de Bohai vers la Corée[200]. L'autre axe majeur des échanges à cette époque était en effet maritime, reliant les villes du Sud chinois au Sud-Est asiatique puis au sous-continent indien, rejoignant les axes terrestres et maritimes du Moyen-Orient. Les délégations chinoises naviguent à travers l'Océan Indien vers l'Inde depuis peut être le IIe siècle av. J.-C.[201],[202], alors que c'est durant la dynastie Tang qu'une forte présence maritime chinoise est identifiable dans le golfe Persique, la mer Rouge, en Perse, Mésopotamie (à travers le fleuve Euphrate), Arabie, Égypte, Aksum (Éthiopie) et en Somalie dans la corne africaine[203]. Les marchands arabes et perses y étaient les acteurs dominants, les marchands chinois étant à cette période peu présents sur cet axe[204].

Avec les troubles politiques qui perturbèrent les échanges sur les routes de la soie durant la seconde partie de la période Tang, cette voie méridionale devint prépondérante, accompagnant l'essor de la Chine du Sud, notamment du port de Canton. En 748, le moine bouddhiste Jian Zhen le décrit comme un centre commercial animé où d'imposants bateaux étrangers viennent mouiller. Il écrit dans Yue Jue Shu que « plusieurs gros bateaux viennent de Bornéo, de Perse, de Qunglun (Java, en Indonésie)... avec .. des épices, des perles et du jade entassés en hauts monticules[205],[206]. » En 851, le marchand arabe Suleiman al-Tajir observe la fabrication de porcelaine chinoise à Guangdong et en admire sa qualité de transparence[207]. Il fournit également une description de la mosquée de Guangzhou, de son gouvernement local, des soins apportés aux voyageurs avec l'usage de céramiques, vin de riz et thé[208].

Les Chinois s'engagent dans une production à grande échelle pour les exportations vers l'étranger à partir de la dynastie Tang, comme en atteste la découverte de l'épave de Belitung, un boutre arabe préservé dans le limon trouvé près de Belitung, et qui contient 630 000 pièces de céramiques, d'argent et d'or (dont un bol Changsha avec une inscription de date : « 16e jour du septième mois de la seconde année du règne de Baoli », soit 826, date confirmée par une analyse au Carbone 14 de l'anis étoilé trouvé dans l'épave)[209]. En 863, l'écrivain chinois Duan Chengshi fournit une description détaillée du commerce d'esclaves, d'ivoire et d'ambre gris avec un pays appelé Bobali, que les historiens soupçonnent être Berbera en Somalie[210]. À Fustat (Le Caire), la réputation des céramiques chinoises conduisit à la croissance de leur demande, qui devait faire la prospérité des centres de production chinois durant les dynasties suivantes[211],[212]. Sous les Tang, la soie chinoise s'exportait bien, les pays occidentaux ne maîtrisant pas encore bien sa production[213].

Les voies maritimes en direction de l'Est, vers la péninsule coréenne et le Japon, connurent une période de prospérité impulsée par le développement de ces espaces jusqu'alors marginaux. Les navires coréens de Silla, de Balhae et de la province Hizen au Japon étaient impliqués dans le commerce sur le fleuve Jaune, qui était dominé par Silla après la chute de Koguryo[214]. Après la reprise des hostilités entre Silla et le Japon à la fin du VIIe siècle, la plupart des marchands maritimes japonais choisirent de partir de Nagasaki vers l'embouchure des fleuves Huai et Yangzi et même vers la baie de Hangzhou encore plus au sud, afin d'éviter les navires coréens dans la mer Jaune[214],[215]. Dans le but de revenir au Japon en 838, les délégations japonaises en Chine affrètent neuf navires et soixante marins coréens dans les quartiers coréens de Chuzhou et Lianshui le long de la rivière Huai[216]. Les navires chinois qui voyagent au Japon quant à eux ont pour habitude de partir de différents ports des côtes des provinces du Zhejiang et du Fujian[217].

Les étrangers en Chine[modifier | modifier le code]

Figurine d'un marchand étranger de la dynastie Tang, VIIe siècle.

Au cours de la dynastie Tang, des milliers d'étranger viennent et vivent dans différentes villes chinoises pour le commerce, nouant ainsi des liens commerciaux entre la Chine et notamment les Perses, les Arabes, les Indiens, les Malais, les Sinhalais, les Khmers, les Chams, les Juifs et les Chrétiens nestoriens parmi d'autres[163],[218]. Des quartiers pour les marchands étrangers avaient été constitués dans les villes où ils étaient le plus nombreux, afin de les contrôler. Celui de Canton est bien connu par les textes. Il avait son propre représentant issu de sa communauté. Mais on trouvait des marchands arabes et perses plus au Nord, sur le Grand Canal, notamment à Jiangdu, mais aussi dans les capitales du Nord, Chang'an et Luoyang. Dans cette région cependant c'étaient les personnes venues de l'Asie centrale qui étaient les plus importantes en nombre : Turcs, Ouïghours et Sogdiens[219].

Naturellement, cette diversité ethnique conduisait directement à la pratique de nombreuses religions différentes, dont le bouddhisme introduit depuis longtemps en Chine, le christianisme nestorien, la manichéisme, le mazdéisme, et secondairement le judaïsme et l'islam. On les retrouvait surtout dans la capitale et les grandes villes les plus cosmopolites de l'empire. Le nestorianisme, le mazdéisme et le manichéisme s'appuyèrent sur les communautés marchandes venues de l'Asie centrale et d'Iran, et firent l'objet d'une approbation de la part du pouvoir impérial qui autorisa la prédication pendant la plus grande partie de la dynastie, sans s'imposer dans la population chinoise. Elles furent durement touchées par les persécutions de 845[220].

L'aspect cosmopolite de Chang'an fut le sujet de nombreux écrits. Elle aurait compté à elle seule environ 25 000 étrangers[197]. Les femmes tokhariennes, exotiques avec leurs yeux verts et leurs cheveux blonds, servent du vin dans des verres en agate et en ambre, chantent et dansent pour attirer les clients[221]. Les étrangers n'étaient en effet pas uniquement impliqués dans le commerce à longue distance, puisque beaucoup (notamment les Ouïghours mais aussi les Sogdiens) étaient connus (souvent en mal) pour leurs activités de prêteurs, ou de tenanciers de tavernes[222]. Les chansons, danses et instruments de musique en provenance de l'Asie centrale étaient très populaires, et avec eux leurs spécialistes étrangers[223],[224],[225]. Les danseuses sogdiennes furent ainsi très appréciées par Xuanzong et sa concubine Yang Guifei, même si l'aspect sensuel de leurs danses ne manquait pas d'en choquer certains[226]. Les diplomates se rendant à la cour impériale et y portant des tribus sont un autre thème qui se retrouve à plusieurs reprises dans la littérature et l'art de l'époque, qui y voyaient un signe de la centralité de leur empire et s'émerveillent devant les nombreux produits exotiques et étranges qu'ils apportaient[227]. Une autre figure récurrente des descriptions des étrangers par les Chinois de l'époque Tang sont les moines bouddhistes étrangers, à qui on prêtait des pratiques scandaleuses : sexualité dissolue, commerce de femmes, et aussi connaissance de rituels occultes que l'on imputait souvent aux étrangers à l'apparence la plus énigmatique[228].

Le gouvernement Tang émit plusieurs lois régulant les relations entre les Chinois et les étrangers. Si un étranger en Chine demandait une femme chinoise en mariage, il était contraint de rester en Chine et n'était pas autorisé à ramener son épouse dans son pays d'origine, comme le prévoyait la loi de 628 afin de protéger les femmes des mariages de courte durée avec les délégataires étrangers[229]. Plusieurs lois renforcèrent la ségrégation des étrangers des Chinois durant la dynastie Tang. En 779, un édit fut publié pour forcer les Ouïghours de la capitale à s'habiller avec leurs habits traditionnels, à les empêcher de se marier avec des femmes chinoises et à leur interdire de se faire passer pour des Chinois[230]. Les mesures se durcirent durant les années 830-840, conjointement aux mesures de répression des religions étrangères qui avaient un arrière-fonds xénophobe : interdiction de contact entre les Chinois et les étrangers (« gens de couleur », c'est-à-dire les personnes originaires d'Asie centrale et du Sud-Est asiatique) en 836, et interdiction de leurs religions en 845, stipulant qu'il fallait empêcher qu'ils n'altèrent la morale chinoise[231].

Les échanges culturels et intellectuels[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Route de la soie.
Un cavalier sur son cheval. Émail tricolore, dynastie Tang.

Ces différentes routes s'étendant sur une très longue distance furent parcourues par un ensemble de populations très différentes, aussi bien des marchands que des guerriers, des diplomates et administrateurs, des moines bouddhistes, qui participèrent à faire de la Chine médiévale un pays cosmopolite, marqué par le commerce international, les échanges d'idées et de savoirs, en particulier dans le monde urbain qui fut le premier concerné par ce phénomène. Ces échanges nombreux et variés eurent une sur le long terme une grande influence sur l'évolution des civilisations eurasiatiques.

Reliquaire bouddhiste doré avec les décoration de gardes armés, de Silla, VIIe siècle.

Du point de vue des apports extérieurs reçus par la Chine, le bouddhisme fut sans doute le plus déterminant, cette religion étant devenue durant la période de division la plus importante de Chine. Depuis son introduction dans le pays sous les Han, les contacts avec les centres intellectuels bouddhistes d'Asie centrale et d'Inde avaient été constants. Plusieurs moines bouddhistes entreprirent un voyage en Inde pour retourner aux sources de la religion, et notamment en rapporter des textes sacrés qu'ils pouvaient traduire. Le plus célèbre pour l'époque des Tang est Xuanzang (602-664), devenue une figure majeure du folklore chinois grâce à la mise en récit romancé de son périple dans La Pérégrination vers l'Ouest, roman écrit à l'époque Ming qui est encore de nos jours l'un des plus célèbres de la littérature chinoise. Ses propres descriptions de son voyage (qui dura de 627 à 645) sont un témoignage inestimable pour les pays en contact avec le monde chinois, puisqu'il emprunta à l'aller la route terrestre centre-asiatique, puis au retour la voie maritime méridionale[232],[233].

Au VIIIe siècle, les voyages de moines bouddhistes chinois se raréfièrent, tandis que cette religion achevait de se siniser, et se rendait ainsi indépendante des influences de son foyer originel, pour influencer à son tour d'autres régions[234]. Les bouddhistes chinois furent en effet des « passeurs » de cette religion vers la Corée et le Japon. Les moines japonais se rendirent également en Chine, comme Ennin (794–864), qui écrit sur ses expériences de voyage dont ses voyages le long du Grand canal de Chine[235],[236]. Le moine Enchin (814–891) resta en Chine entre 839 et 847 puis entre 853 et 858, s'installant près de Fuzhou puis près de Taizhou durant son second voyage en Chine[237],[93],[238].

Plus largement, l'influence chinoise participa à la complexification des institutions des royaumes coréens et japonais. L'écriture chinoise y fut adoptée, et fut un vecteur important de l'influence chinoise à l'Est durant les siècles suivants[239]. Le Code de Taiho promulgué en 701 fut très marqué par l'influence du Code Tang, les capitales japonaises Nara et Heian furent érigées sur le modèle de Chang'an, etc. Ces apports marquèrent en profondeur la civilisation japonaise, qui resta profondément endettée envers les apports de la Chine des Tang[240].

Dans le domaine des techniques et des savoirs, les échanges furent également fructueux. La Chine importa depuis l'Inde la culture de la canne à sucre puis celle du coton, ainsi que les méthodes artisanales de transformation de ces produits[241]. Plusieurs techniques de finance (prêts avec gage) et de commerce (associations) furent également introduites depuis le sous-continent indien[242],[243]. Les autres pays reprirent quant à eux des Chinois la technique de fabrication du papier, qui aurait été transmise par des prisonniers faits par les troupes arabes après leur victoire à Talas en 751, même si ce transfert technique semble légèrement antérieur à cette date[244],[245]. Des moines visitant la cour japonaise y auraient apporté en cadeau un chariot pointant le sud qu'ils avaient fabriqués[246]. Ce compas-véhicule datant du IIIe siècle (utilisant un mécanisme différentiel) fut à nouveau produit pour l'empereur japonais en 666, comme l'atteste le Nihon Shoki en 720[246].

La route de la soie a également eu un impact sur l'art Tang. Les chevaux deviennent un symbole important de la prospérité et du pouvoir, mais également un outil dans la politique militaire et diplomatique. Les chevaux sont également vénérés comme le dragon[247].

Culture[modifier | modifier le code]

Lettrés et littérature[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Littérature chinoise et Poésie chinoise.
Calligraphie de l'empereur Tang Taizong sur une stèle Tang.

La littérature de la période Tang repose sur les acquis de la période de division, notamment en matière d'art poétique, élevé au rang d'art littéraire supérieur, dont le statut fut consacré par sa place prépondérante dans les examens impériaux. Le VIIIe siècle est couramment présenté comme un âge d'or de la poésie chinoise, avec des figures comme Li Bai et Du Fu. Mais la richesse littéraire de la dynastie Tang ne s'arrête pas à ce genre, puisqu'elle vit également un développement des œuvres narratives, et le développement d'une réflexion sur le rôle des lettrés dans la société et la manière de le faire voir par leur art. Des genres comme l'histoire ou la géographie restaient en vogue bien que marqués par moins d'innovations.

Poésie

La période Tang fut une période prolifique pour la littérature. Plus de 48 900 poèmes écrits par environ 2 200 auteurs furent compilés en 1705 dans les Quantangshi, une anthologie des poèmes de la période[127],[248]. La poésie de cette époque émerge des cercles poétiques des lettrés des dynasties du Sud de la période de division, qui pratiquaient des joutes poétiques auxquelles les empereurs et princes avaient l'habitude de participer, et qui furent poursuivies par les premiers empereurs Tang. Ils conservèrent également de la période précédente les thèmes relatifs aux paysages et à l'isolement dans les espaces peu peuplés, ou bien les jardins urbains. L'introduction de la poésie dans les sujets des examens impériaux du doctorat en 680, puis l'interdiction des cours personnelles des princes impériaux en 722 firent évoluer la situation. Désormais les plus brillants poètes s'exprimèrent surtout pour un public plus large dans la capitale ou les grandes villes provinciales, et se rapprochaient de style poétiques populaires comme celles pratiquées par les courtisanes des quartiers de plaisir[249].

Parmi les styles de poésie pratiqués, celui des « poèmes anciens » (gutishi) prenait pour modèles les poèmes de l'époque Han ou même de celles la précédant, ignorant les règles prosodiques et laissant donc une grande liberté aux compositeurs était pratiqué. Il était opposé au genre des « poèmes modernes » (jintishi), régis par des règles plus strictes (tons, parallélisme), qui avaient commencé à être élaborées dans les milieux lettrés des cours méridionales de la période de division[250]. Des débats opposaient les tenants des formes plus antiques à ceux des formes récentes plus esthétisantes [251].

Les plus brillants poètes de l'époque Tang ont vécu pendant la période glorieuse du règne de Xuanzong puis ont assisté à la déchéance de celui-ci durant la révolte d'An Lushan, et ils en ont été très marqués. Avec eux apparut une nouvelle idée des poètes, vus désormais comme s'accomplissant uniquement par leur génie dans cet art, ne nécessitant pas pour cela une carrière politique réussie[252]. Li Bai (701-762) et Du Fu (712-770), sont deux des poètes les plus célébrés de l'histoire chinoise[253]. Le premier fut reconnu de son vivant comme très brillant, en raison notamment de sa capacité à composer des poèmes rapidement (ce qui lui fit privilégier la poésie ancienne, plus libre), et a également marqué par son goût de la liberté, du vin, dans la lignée des poètes taoïsants des périodes précédentes. Il est considéré comme l'archétype du génie poétique excentrique[254]. Le second ne fut pas considéré comme un poète talentueux de son vivant, mais fut élevé par la suite comme un des plus grands, souvent vu comme le pendant plus mélancolique, marqué par une vie difficile. Il excella aussi bien dans la prose que dans les genres les plus complexes des poèmes modernes[255]. Wang Wei (701-761), contemporain des deux premiers, fut plus réputé qu'eux de leur vivant et eut plus une grande influence sur les générations qui les suivirent directement. Il excella également dans la peinture de paysage qui participait de la même esthétique bucolique que ses écrits, marqués également par les idées bouddhistes, et est encore considéré comme un des grands maîtres de la poésie moderne en vers réguliers[256],[257].

Parmi les poètes du IXe siècle dont la postérité a retenu le talent, on peut également citer Bai Juyi (772-846), le plus reconnu de la seconde période de la dynastie, qui a laissé une production littéraire très abondante, dont de longs poèmes influencés par la poésie ancienne[258], ou encore son contemporain et ami Yuan Zhen (779-831)[259]. Les poètes de la seconde période de la dynastie Tang développèrent une nouvelle idée de leur art, vu comme la vocation guidant toute leur vie, consacrée au perfectionnement de cet art. Cette professionnalisation de la poésie reposait également sur le fait que cet art était devenu primordial dans la réussite de l'examen du doctorat, et ouvrait donc la voie à une carrière officielle et à un possible enrichissement[260]

Fictions narratives

Ce fut à ce époque que se développa la littérature romancée en prose longue, avec le développement du genre des chuanqi (« transmettre l'extraordinaire »)[261]. Ces textes se différencient des « histoires étranges » (zhiguai), recueils d'anecdotes fantastiques en vogue durant la période de division, car ils sont plus longs (comme des nouvelles), permettant ainsi à leurs rédacteurs de développer des procédés narratifs plus élaborés, et d'introduire d'autres types de textes pour donner plus de relief aux récits (poèmes, lettres). Écrits par des lettrés pour un public de lettrés, ils mettent souvent en scène de jeunes étudiants entreprenant de passer les examens impériaux, ou des fonctionnaires en poste dans les provinces. Plusieurs de ces récits se veulent réalistes, d'autres en revanche relèvent du genre fantastique, mettant des humains en interaction avec des fantômes et autres esprits surnaturels. Leur trame repose couramment sur des histoires d'amour, renvoyant aux enjeux financiers et carriéristes des unions matrimoniales de l'époque, mais mettant également en avant les émotions et les sentiments mais aussi les désirs sexuels comme cela n'avait été que peu fait auparavant. Elles ont un arrière-plan moraliste ou philosophique, mais se détournent souvent des conventions des histoires traditionnelles pour mieux surprendre leurs lecteurs[262]. L'un des plus fameux, la Biographie de Yingying de Yuan Zhen relate les malheurs d'un brillant étudiant venu à Chang'an pour triompher, mais qui se perd par amour pour une courtisane, avant que cette dernière ne change d'attitude pour l'aider à accomplir le destin de fonctionnaire reconnu qui lui était promis. On y retrouve ainsi plusieurs aspects qui firent le succès de ce type de récits : histoire d'amour entre un lettré et une courtisane, revirements du récit, et personnalité complexe du personnage féminin, qui en dépit de son mode de vie jugé immoral y est présentée comme une jeune fille innocente, passionnée, protectrice et finalement garante de la morale et épouse idéale.

Manuscrit du bianwen sur Meng Jiangnü. Manuscrit Pelliot chinois 5039 retrouvé à Dunhuang, ixe ‑ xe siècles, Bibliothèque nationale de France.

Les textes découverts à Dunhuang ont permis la découverte d'un type de textes narratifs qui avait été complètement oublié, celui des bianwen. Ils sont rédigés dans un style littéraire plus vulgaire que celui des chuanqi, alternant passages en prose et en vers. On leur reconnaît souvent une forte inspiration indienne, ce qui s'appuie notamment sur le fait que leurs thématiques reposent souvent sur les traditions bouddhistes, notamment l'histoire de Mulian, disciple du Bouddha. Mais d'autres sont ancrés dans la tradition chinoise, ou bien ont des sujets profanes[263].

Le « retour à l'antique »

Un phénomène marquant de la pensée de la seconde partie de la dynastie Tang fut le retour en grâces des modèles antiques, qui devait être déterminant dans l'évolution de la littérature. Il puisait ses racines dans les débats entre modèles antiques et récents déjà présents aux débuts de la dynastie. Il avait également un aspect politique et social, puisque ses tenants souhaitaient que les lettrés redeviennent le moteur du gouvernement, contre les nouvelles forces politiques du temps (gouverneurs militaires des provinces, commissionnaires, eunuques). Ils devaient s'exprimer par le biais de mémoires et de poésies destinées à l'empereur comme au peuple, exposant le bon gouvernement[264].

Cela fut surtout le fait des promoteurs du mouvement de la « prose antique » (guwen), Liu Zongyuan (773-819)[265] et Han Yu (768-824)[266]. Voulant rompre avec les genres « modernes », en particulier la prose parallèle (pianwen) qu'ils jugeaient trop sophistiquées en raison des nombreuses règles la régissant, pour un style plus direct, moins complexe, et donc plus clair[267].

Si la poésie en prose était l'art le plus élevé aux yeux de ces lettrés, ils n'hésitaient pas non plus à s'exprimer dans des genres utilitaires qu'ils essayèrent d'élever au rang d'arts littéraires (lettres, essais, préfaces). Plus largement, il s'agissait pour eux de s'imprégner de la pensée des textes des Sages antiques, plus que de chercher à imiter leur style littéraire. Ils mettaient également en avant l'individualité et la singularité des auteurs, et leur manière de l'exprimer par leur art littéraire. En dépit de leurs ambitions, leur idée du lettré idéal est cependant assez pessimiste, puisqu'ils jugent qu'il ne sera qu'exceptionnellement écouté et sera donc généralement voué à une vie de déceptions et de rejets[268].

Littérature historique

Dans la tradition historiographique chinoise, les histoires des précédentes dynasties furent compilées entre 638 et 659 par les lettrés de la cour à l'initiative de l'empereur Tang Taizong. Cela inclut le Livre des Liang, le Livre des Chen, le Livre des Qi du Nord, le Livre de Zhou, le Livre des Sui, le Livre des Jin, l' Histoire des dynasties du nord et l'Histoire des dynasties du sud. Le Shitong (Généralités sur l'histoire) écrit par Liu Zhiji en 710 est un ouvrage de critique historique qui couvre l'historiographie chinoise dans les siècles passés jusqu'à son temps[269]. Cet historien y fait preuve d'un sens critique peu commun pour son époque, notamment à l'égard des classiques et des orientations politiques de toutes les histoires officielles, dont il fustigeait le manque de réflexion et l'absence d'objectivité. Dans un genre moins courant et tout aussi novateur, le Dongtian de Du You (732-816) est une étude des institutions politiques, mais aussi de l'économie, des rituels et de la géographie depuis la période antique[270].

Littérature de voyage et géographique

Les géographes et voyageurs chinois tels que Jia Dan écrivent des descriptions précises de lieux éloignés. Dans son travail écrit entre 785 et 805, il décrit la route maritime allant vers la bouche du golfe Persique et que les iraniens médiévaux (qu'il appelle peuple de Luo-He-Yi) ont érigé des piliers ornementaux dans la mer pour les utiliser comme phares lumineux pour être vus des bateaux égarés[271]. Confirmant le rapport de Jia sur ce point, les écrivains arabes écrivent un siècle après Jia sur les mêmes structures. Le diplomate chinois de la dynastie Tang Wang Xuance voyage vers Magadha (au nord-est de l'Inde actuelle) durant le VIIe siècle[272]. Par la suite, il écrit le livre Zhang Tianzhu Guotu (Rapports illustrés d'Asie centrale), qui contient une richesse d'informations géographiques[273]. Le moine bouddhiste Xuanzang a également laissé un récit de son voyage en Inde, avec l'aide de son disciple Bianji, le Da Tang Xiyu Ji (Rapport du voyage en Occident à l'époque des Grands Tang)[274].

Religion et pensée[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Religion en Chine et Philosophie chinoise.
Sculpture d'un boddhisatva assis, museum Rietberg de Zurich.

La religion de la Chine des Tang est marquée par la prépondérance des « trois enseignements » (sanjiao) : le taoïsme et le confucianisme issus des traditions religieuses antiques de la Chine, et le bouddhisme importé d'Inde à partir du début de notre ère et devenu durant les siècles suivants la principale religion du pays. Même s'ils furent souvent opposés, ils présentaient de nombreuses similitudes car ils avaient échangé des idées depuis plusieurs siècles et étaient ancrés dans la pensée traditionnelle chinoise, même le bouddhisme qui avait dû s'y adapter pour s'imposer dans ce pays. Ils étaient eux-mêmes divisés en plusieurs courants, et ne présentaient donc pas un profil unifié, en dépit de nombreuses tentatives de synthèse. Du reste, pour ajouter encore plus à cette impression de flou, ils ne formaient pas aux yeux de la majorité des croyants des religions bien distinctes, et les croyances populaires faisaient diversement appel à leurs préceptes et rituels, tout en conservant des pratiques ancestrales réprouvées par les intellectuels religieux.

Le taoïsme

Le taoïsme (Daojiao, « école du dao ») est une philosophie chinoise et un système de croyances religieuses qui trouve ses origines dans les livres Daodejing (attribué à Laozi) et Zhuangzi[275]. Durant la période de division, il s'était affirmé en tant que religion à part entière, organisée en différents courants très populaires disposant d'un corpus de textes et de pratiques spécifiques et disposant d'un clergé nombreux : les « Cinq boisseaux de riz » (Wudoumi, ou « Maîtres célestes » du noms de leurs patriarches), la « Haute pureté » (Shangqing, aussi connue sous le nom de Maoshan), et le « Joyau sacré » (Lingbao), fortement marqué par les influences bouddhistes. Les textes majeurs de la tradition taoïste avaient été compilés dans des canons, et des ouvrages synthétiques cherchaient à rapprocher les différentes traditions, comme le Daojiao yishu, reflétant la volonté de mieux coordonner ces tendances qui fut très en vogue sous les Tang[276]. Le clergé taoïste était très apprécié parmi le peuple ou les élites pour ses connaissances en matière de rituels, de magie, de confection de talismans ou d'élixirs issus de leurs anciennes traditions alchimiques marquées par la recherche de l'immortalité. Des récits miraculeux célébraient leurs exploits, et mettaient en avant de nouvelles divinités inspirées du panthéon bouddhiste[277].

Salle de bois construite en 857[278], localisée dans le temple bouddhiste de Foguang du Mont Wutai, dans la province du Shanxi.
Le bouddhisme
Temple Fengxian des grottes de Longmen, vue d'ensemble de la grotte du Grand Bouddha, VIIIe siècle.

Le bouddhisme du Grand Véhicule (Mahayana) s'était affirmé durant la période de division comme la religion la plus pratiquée en Chine, fortement implantée chez les élites. Il devait son succès à l'intense activité de recherche et de traduction de textes bouddhistes qui avait permis d'accéder aux différentes traditions venues d'Inde. Aux débuts des Tang, le moine Xuanzang se rendit dans ce pays et en ramena de nombreux textes, tentant de se faire le promoteur des traditions du Yogacara, sans grand succès[279]. Plus réussie fut en revanche l'introduction du bouddhisme tantrique, qui connut un certain succès à partir du VIIIe siècle[280]. L'école de la Terre pure du Bouddha Amitabha restait également très populaire[281]. Mais la période des Tang vit surtout l'affirmation des traditions bouddhistes qui étaient nées en Chine durant la période des dynasties du Nord et du Sud et n'avaient pas été élaborées en Inde, comme le Tiantai et le Huayan[282], puis surtout le Chan[283]. Avec ses tendances triompha notamment l'idée selon laquelle l'« extinction » (nirvana) pouvait être atteinte de façon subite après une vie bien accomplie et l'atteinte d'un état de pensée idéal (en général qualifié de vide ou de non-pensée), et non pas de façon graduelle après de nombreuses réincarnations comme le prônaient les courants indiens.

Les monastères bouddhistes jouaient un rôle important dans la société chinoise, offrant un hébergement aux voyageurs dans les contrés lointaines, des écoles aux enfants dans les campagnes reculées et un endroit pour les lettrés urbains pour organiser des évènements sociaux[284]. Les monastères sont également engagés dans l'économie puisque leurs terres et leurs serfs leur procurent assez de revenus pour approvisionner les moulins, presses à huile et autres entreprises[285],[286],[287],[288]. Bien que les monastères possèdent des serfs, les personnes responsables des monastères peuvent parfois avoir leur propre terre et employer d'autres personnes pour les aider dans leur travail, dont leurs propres esclaves[289]. Les monastères furent également des centres artistiques de premier plan. Même s'il ne reste aujourd'hui pas grand chose des monastères urbains, demeurent des exemples remarquables de ceux situés en périphérie des villes sur des sites rupestres où des sanctuaires et cellules monacales avaient été aménagés dans des cavités, en particulier à Longmen et Mogao.

Le confucianisme

Le confucianisme est, avec le taoïsme, la deuxième des grandes religions d'origine chinoise, mais elle a à vrai dire un caractère religieux moins prononcé que les précédentes, n'ayant pas un clergé organisé et reposant surtout sur des préceptes moraux et un ensemble de rituels liés à la pratique du gouvernement, dont les spécialistes étaient issus de la catégorie des lettrés. Elle est d'ailleurs connue en Chine sous le nom d'« école des lettrés » (rujia)[290]. Le confucianisme est surtout visible dans le domaine des rituels liés à la fonction impériale, qui avaient été codifiés sous les Han sans jamais être remis en cause par les dynasties suivantes, en dépit de leur désaffection vis-à-vis de ses traditions (voir plus bas), et dans le domaine de l'éducation et de la pensée des élites, où le canon confucéen restait vu comme un socle de l’État et de l'ordre social. C'est dans le cercle des lettrés que le confucianisme trouvait donc ses appuis les plus forts. Un d'entre eux, Yan Shigu (581-685), fixa la forme définitive du canon (les « cinq classiques » : des Rites, des Mutations, des Documents, des Odes et Annales des Printemps et Automnes) à la demande de l'empereur Tang Taizong, qui demanda également à un groupe de lettrés dirigés par Kong Yingda de rédiger un commentaire de ce canon qui devait notamment servir pour la préparation des examens impériaux[291].

Dans la seconde partie de la dynastie Tang, plusieurs savants s'élevèrent contre la primauté de ce type de commentaires et plaidèrent pour un retour à l'interprétation des classiques, pour revenir à la morale antique des rédacteurs de ces textes et combattre ainsi le bouddhisme et la taoïsme, vu comme subversifs et néfastes pour l'ordre social. La grande figure de ce courant fut Han Yu (768-824), qui fut un virulent critique des croyances bouddhistes, s'élevant notamment contre le culte des reliques. Li Ao (772-836) prôna également un retour à l'étude des classiques, mais avec une lecture plus spéculative, marquée par le bouddhisme et la taoïsme. Si la réaction confucéenne que ces deux-là représentaient n'eut pas un grand écho sous les Tang, elle devait servir de base au retour au premier plan de ce courant de pensée sous les dynastie Song[292],[293],[294].

Figurines funéraires représentant des animaux du zodiaque chinois, musée de la capitale (Pékin).
Cultes et rituels traditionnels

Le taoïsme et le confucianisme sont issus d'antiques croyances relevant de la religion traditionnelle chinoise, qui eut également une influence sur le bouddhisme chinois, qui dut s'adapter à ce socle de croyances pour s'imposer durablement dans cette contrée, tout en introduisant lui-même des divinités et croyances qui devaient modifier ce fonds religieux. Cette religion non organisée et peu documentée car ne relevant pas du monde des élites lettrés est difficile à saisir. Elle repose sur la croyance en de nombreux esprits habitant toutes les composantes du monde, dont l'aspect local était souvent prononcé. Sous les Tang, les divinités des cités étaient devenues très importantes, qui avait émergé dans le Sud durant la période précédente, dans le cadre d'une lutte contre les religions méridionales indigènes et leurs cultes sanglants réprouvés par l'élite chinoise émigrée. Un grand nombre de ces esprits étaient d'illustres figures antiques qui avaient été divinisées, comme le général Wu Zixu, qui avait vécu au Ve siècle av. J.-C. et était sous les Tang une divinité qu'il fallait notamment honorer pour s'assurer des conditions de navigation favorables sur le Grand Canal dans le Sud et dans l'estuaire du Yangzi[295].

Cette religion populaire est souvent évoquée pour ses rituels de type exorcistique ou divinatoire, dans lesquelles on reconnaît souvent un héritage des pratiques chamaniques de la Chine ancienne[296]. Les différentes pratiques divinatoires de cette période étaient héritées de l'Antiquité chinoise, reposant sur l'observation des astres, l'élaboration de calendriers définissant périodes fastes et néfastes pour les différentes activités rythmant la vie, l'interprétation des rêves, du physique des humains et animaux, etc. Elles sont notamment connues grâce à des manuscrits retrouvés dans une grotte de Dunhuang[297].

L'aspect le mieux connu de la religion populaire chinoise est le culte des esprits des ancêtres, avec lequel les grandes religions avaient dû composer pour s'imposer, tellement il était irréductible de la mentalité chinoise. Elles le justifiaient diversement : pour les confucianistes les moins spiritualistes qui rejetaient souvent l'idée d'une survie de l'âme après la mort, il servait à symboliser l'unité du lignage en reliant générations présentes et passées ; pour les taoïstes (et plus largement le fonds religieux traditionnel chinois) qui admettaient une survie de l'âme il s'agissait de rendre un culte aux esprits des défunts pour s'attacher leurs faveurs ; pour les bouddhistes cela servait à assurer de meilleures réincarnations aux ancêtres du lignage. Les croyances populaires puisaient comme souvent dans ces trois traditions[298]. Le culte des ancêtres se déroulait régulièrement, marqué par des offrandes et des banquets funéraires. Il s'affirmait avec plus d'emphase durant les grands moments de la vie familiale au cours desquels il convenait d'inviter les ancêtres (mariages, naissances, décès), et durant des fêtes, en particulier celle nommée Qingming durant laquelle on procédait en particulier à la purification des tombes des ancêtres, et la Fête des fantômes d'origine bouddhiste, qui devinrent très importantes sous les Tang[299].

Les autres grandes festivités traditionnelles chinoises étaient le Nouvel An et la Fête des lanternes. Dans la capitale Chang'an, les célébrations étaient très animées, en particulier pour la Fête des lanternes à partir du moment où le couvre-feu nocturne était levé pour trois jours d'affilée, constituant des moments marquants de la vie urbaine[300]. Entre 628 et 758, le trône impérial proclama soixante-neuf grandes fêtes nationaux, pour célébrer des circonstances particulières telles que des victoires militaires, des moissons abondantes après une longue sécheresse ou une famine, la signature d’amnisties, l'installation d'un nouveau prince héritier, etc.[301]

Religion et politique

La famille Li régnante de la dynastie Tang s'appuya en particulier sur les croyances taoïstes lors de sa prise de pouvoir, et se proclama descendante de l'illustre Laozi, qui était reconnu depuis plusieurs siècles comme une divinité. De par cet héritage, les empereurs Tang avaient donc un soutien divin. Ils furent donc de grands promoteurs du culte de Laozi. En 666, Gaozong lui fit ériger des temples dans toutes les préfectures de l'empire, où se déroulaient des fêtes célébrant le pouvoir impérial. Ces temples furent embellis par Xuanzong, dont le règne marqua l'apogée du soutien du taoïsme par le pouvoir impérial : il consacra les temples dédiés aux ancêtres impériaux au taoïsme et assimila les cinq montagnes sacrées de l'empire à des divinités taoïstes auxquelles le culte de ces lieux fut donc dédié. Les empereurs recevaient des conseils et l'expertise magique et alchimique de grandes figures du taoïsme, en particulier celles reliées au courant de la Haute pureté : Wang Yuanzhi (528-635) qui soutint (et imagina peut-être) la filiation avec Laozi, Pan Shizheng (585–682) et Ye Fashan (631–720) qui accomplirent de nombreux rituels pour les empereurs, puis Sima Chengzhen (646–735) qui fut un proche de Xuanzong et participa à sa promotion des rituels taoïstes[302]. À de nombreuses reprises, lorsque les princes Tang devinrent prince héritier ou que les princesses Tang firent leur vœux de prêtresses taoïstes, leurs anciennes résidences furent transformées en monastères et autres lieux de culte taoïstes[124]. Durant la seconde moitié de la dynastie, l'appui impérial envers le taoïsme fut moins prononcé, mais il fut relayé par le soutien des potentats provinciaux aux temples taoïstes de leurs territoires, qui servaient leur affirmation politique[303].

Mausolée de Qianling, près de Chang'an (Xi'an), nécropole de l'empereur Gaozong et l'impératrice Wu Zetian.

Les empereurs Tang ne rejetèrent pas pour autant les anciens rituels impériaux issus de la tradition confucéenne de la période des Han, qui avaient été préservés durant les siècles suivants. Ils furent codifiés en 732 : on y retrouvait les antiques sacrifices au Ciel accomplis dans les faubourgs de la capitale, les sacrifices feng et shan, les sacrifices aux ancêtres impériaux, le Palais des lumières, les tournées dans les provinces, etc. Ils connurent certaines modifications, en élargissant notamment le cercle des empereurs des dynasties précédentes qui recevaient les sacrifices ancestraux. Les rituels destinés au Ciel furent mis en exergue, les empereurs insistant de plus en plus dans leur titulature sur leur aspect céleste, comme Gaozong qui se proclama « Empereur céleste ». Les sépultures des empereurs Tang ne furent pas érigées dans les faubourgs de leur capitale comme le faisaient les Han, mais dans des régions de colline, et on fit en sorte d'accorder le privilège de disposer d'une tombe-satellite dans ces lieux aux fidèles serviteurs de l'empereur défunt, formant ainsi de vastes nécropoles (plus de 200 tombes autour de celle de Taizong) affirmant la cohésion de l'élite de l'empire et sa soumission au monarque[304].

Le bouddhisme ne fut pas non plus mis à l'écart par les empereurs Tang. En 742, le très taoïste Xuanzong porta en personne l'encensoir durant la cérémonie conduite par le moine Amoghavajra (705–774) au cours de laquelle il récita « des incantations mystiques pour assurer la victoire des forces Tang[305]. » Mais comme les empereurs des dynasties précédentes il contrôlait les activités des monastères et le très lucratif commerce des textes bouddhistes. En 714, il interdit aux boutiques et marchands de la ville de Chang'an de vendre des copies de sutras bouddhistes, donnant à la place aux religieux bouddhistes des monastères le monopole de la distribution des sutras aux laïcs[306]. Il chercha surtout à contrôler les finances des puissants monastères de la capitale[307].

Le statut prééminent du bouddhisme dans la culture chinoise commence à décliner en même temps que la dynastie et le pouvoir central à la fin du VIIIe siècle et durant le IXe siècle. Il fut de plus en plus critiqué, notamment par des penseurs des religions concurrentes qui mettaient en avant son caractère étranger et l'immoralité et la subversion de ses moines. En 819, Han Yu s'éleva dans un fameux mémoire contre une cérémonie organisée à la cour impériale en l'honneur d'une relique du Bouddha[308]. Cette poussée anti-bouddhiste, reposant sur des motivations financières (la richesse des monastères) mais aussi à proprement parler xénophobes, s'exprima avec le plus de virulence en 845, quand l'empereur Wuzong émit un décret prévoyant la fermeture (avec souvent une destruction) de 4 600 monastères et 40 000 lieux de culte secondaires, forçant 260 000 moines et nonnes bouddhistes à retourner dans la vie séculaire, devenant ainsi imposables, de même qu'environ 150 000 dépendants travaillant dans leurs monastères. Il faut cependant relever qu'il ne concerna pas que cette religion, puisque les autres confessions d'origine étrangères pratiquées dans les communautés d'immigrés (manichéisme, mazdéisme, nestorianisme) furent carrément interdites. La persécution du bouddhisme ne fut sans doute pas appliquée dans tout l'empire, des résistances locales à une époque où le pouvoir impérial était affaibli étant probables. Elle fut du reste soit levée quelques années plus tard par le successeur de Wuzong. Il n'empêche qu'elle toucha durement le bouddhisme, notamment ces centres moteurs intellectuels, et cette religion perdit dès lors une grande partie de sa dynamique, puis son statut dominant dans la culture chinoise fut remis en cause durant les décennies suivantes[309],[41],[310].

Arts[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Art chinois sous les Tang.

Galerie de peintures[modifier | modifier le code]

Figure humaine et cheval[modifier | modifier le code]
Paysages[modifier | modifier le code]
Peinture religieuse[modifier | modifier le code]

Galeries en ligne

  • Empereurs des dynasties successives, rouleau portatif, encre et couleurs sur soie, 13 détails sur Wikimedia Commons
  • Musique au Palais, anonyme, Tang, Rouleau horizontal, encre et couleurs sur soie, 48,7 x 69,5 cm. National Palace Museum
  • Première neige sur le fleuve, Zhao Gan, (actif Xe siècle), Dynastie des Tang du Sud (Période des Cinq Dynasties)

Rouleau horizontal, encre et couleurs sur soie, 25,9 x 376,5 cm. National Palace Museum

Galerie de céramiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Céramiques Tang.

Statuaire bouddhiste[modifier | modifier le code]

Science, technologie et médecine[modifier | modifier le code]

Ingénierie[modifier | modifier le code]

La technologie durant la période Tang s'appuie sur les bases du passé. Des avancées sont faites dans l'horlogerie et le chronométrage. L'invention des systèmes d'engrenages mécaniques par Zhang Heng (78–139) et Ma Jun (fl. IIIe siècle) donne de l'inspiration à Yi Xing (683–727), un ingénieur, astronome et moine de la période Tang, pour son invention du premier système d'horlogerie par mécanisme d'échappement au monde en 725[312]. Celui-ci est utilisé à côté d'une clepsydre et d'une roue à eau pour actionner une sphère armillaire qui représente une observation astronomique[313]. L'invention de Yi Xing possède également une cloche qui sonne automatique chaque heure et un tambour qui est frappé automatiquement tous les quarts d'heure[314]. L'horloge astronomique et la sphère armillaire de Yi Xing deviennent connues à travers tout le pays, lorsque les étudiants tentant de passer les examens impériaux en 730 doivent écrire un essai sur ces objets en pré-requis de l'examen[315]. Toutefois, l'outil de chronométrage le plus largement répandu aussi bien dans le peuple que dans les palais reste la clepsydre. Sa conception a été améliorée vers 610 par les ingénieurs de la dynastie Sui Geng Xun et Yuwen Kai. Ils y ajoutent une balance pour permettre un ajustement saisonnier dans la tête de pression du réservoir et peuvent ainsi contrôler le taux de flux pour différentes longueurs de jours et de nuits[316].

La période Tang connaît d'autre innovations. Parmi elles, on trouve un serveur de vin mécanique de 0 91 m de haut du début du VIIIe siècle, en forme de montagne artificielle. Il est composé de fer et repose sur un cadre en bois laqué[317]. Ce dispositif complexe utilise une pompe hydraulique qui siphonne le vin et le déverse par un robinet en forme de tête de dragon, ainsi qu'un plateau basculant qui évacue les verres pleins par la force de la gravité vers une piscine artificielle[317]. Par ailleurs, comme l'historien Charles Ben le décrit :

Statues en bois de gardiens de tombe. Mécaniquement animées elles servaient d'échanson, de verseurs de vin et danseurs entre autres[318].

« À mi-hauteur du versant sud de la montagne il y avait un dragon(...) la bête ouvrait sa bouche et crachait la boisson vers un gobelet posé sur une grande feuille de lotus [en acier]. Lorsque la coupe était à 80% pleine, il cessait de cracher la bière et un invité se saisissait tout de suite du gobelet. S'il était trop lent pour vider la coupe et la replacer sur la feuille, la porte d'un pavillon en haut de la montagne s'ouvrait et un serveur de vin mécanique, habillé d'un capuchon et d'une robe, sortait avec un bâton de bois à sa main. Dès que l'invité reposait le gobelet, le dragon le remplissait à nouveau, le serveur de vin disparaissait et les portes du pavillon se fermaient. (...) Une pompe siphonnait la bière qui allait dans la piscine à bière par un trou secret pour alimenter le réservoir à boisson [d'une capacité de 15 litres environ] situé dans la montagne[317]. »

Bien que l'usage de marionnettes mécaniques dans ce système de service du vin est très ingénieux, l'usage de telles marionnettes mécaniques remonte à la dynastie Qin (221 à 207 av. J.-C.)[319] lorsque Ma Jun crée un théâtre complet de marionnettes animés par la rotation d'une roue à eau[319]. On trouve l'existence d'un serveur de vin mécanique dans le monde gréco-romain, un dessin de Héron d'Alexandrie le montre utilisant une urne avec une valve intérieure et un système levier similaire à celui décrit précédemment. De nombreuses histoires narrent l'utilisation d'automates sous la dynastie Tang, dont la statue en bois du général Yang Wulian représentant un moine qui tend ses mains pour récolter des contributions. Une fois que le nombre de pièces atteint un certain poids, la figure mécanique bouge ses bras pour les ranger dans un sac[320]. Ce mécanisme de poids et de levier est exactement le même que celui de Héron[321]. D'autres dispositifs incluent celui de Wang Jun, dont la loutre en bois pouvait prétendument attraper des poissons, Needham soupçonnant l'utilisation d'un ressort pour cela[320].

Dans le domaine de l'ingénierie structurelle et de l'architecture technique, le gouvernement a mis en place des codes standard de construction, décrits dans le livre Yingshan Ling (Loi nationale de construction)[322]. Des fragments de ce livre ont survécu dans le Tang Lü (le Code Tang)[323], alors que le manuel d'architecture datant de la dynastie Song, le Yingzao Fashi (Standards d'état de construction) par Li Jie (1065–1101) en 1103 est le plus ancien traité technique d'architecture chinoise qui nous est parvenu dans son intégralité[322]. Durant le règne de l'empereur Tang Xuanzong (712–756), 34 850 artisans enregistrés servent l'état, gérés par l'Agence des constructions du palais (Jingzuo Jian)[323].

Impression par blocs en bois[modifier | modifier le code]

Le Sūtra du Diamant, imprimé en 868, est le premier livre imprimé à grande échelle dans le monde en utilisant l'impression par blocs en bois.

L'impression par blocs en bois rend les écrits accessibles à de plus grandes audiences. Un des documents imprimés les plus anciens qui a été découvert est un dharani sutra déterré en 1974 et daté des années 650 à 670[324]. Le Sūtra du Diamant est le premier long ouvrage imprimé en taille régulière, complété avec des illustrations intégrées dans le texte et daté précisément en 868[325],[326]. Parmi les plus anciens document imprimés se trouvent des textes bouddhistes et des calendriers, ces derniers étant essentiels pour calculer et marquer les jours propices et les jours qui ne le sont pas[327]. Avec autant de livres en circulation pour le public, les taux d'alphabétisation s'améliorent, puisque les classes inférieures sont capables de se fournir en source d'étude à moindre coût. Par conséquent de plus en plus de personnes des classes populaires passent et réussissent les examens impériaux durant la dynastie suivante des Song[49],[328],[329]. Bien que les caractères d'imprimerie mobiles de Bi Sheng au XIe siècle constituent une innovation pour son époque, l'impression par blocs en bois est largement répandue sous les Tang et restera le moyen d'impression dominant en Chine jusqu'à l'arrivée des presses à impression européennes[330]. La première utilisation de cartes à jouer durant la dynastie Tang constitue une invention auxiliaire au nouvel âge de l'imprimerie[331].

Médecine[modifier | modifier le code]

Miroir en bronze carré avec un motif de phénix en or et argent incrusté avec de la laque, VIIIe siècle.

Les Chinois de la période Tang sont également très intéressés par les bénéfices tirés de tous les médicaments officiellement répertoriés en pharmacologie. En 657, l'empereur Tang Gaozong commande un projet littéraire d'édition d'un officiel materia medica, complété de textes et de dessins illustrés des 833 substances médicinales différentes tirées des différentes pierres, minéraux, métaux, plantes, herbes, animaux, légumes, fruits et pousses de céréales[332]. En plus de cette compilation, les Tang s'efforcent à enseigner la médecine en soutenant les lycées médicaux impériaux, les examens d'état pour les docteurs et en publiant des manuels légaux pour les physiciens[137]. Les auteurs en médecine dans les Tang incluent Zhen Chuan et Sun Simiao (581–682), le premier étant le premier à avoir identifié par écrit que les patients avec du diabète ont un excès de sucre dans leurs urines, et le second fut le premier à reconnaître que les patients de diabète doivent éviter de consommer de l'alcool et de la nourriture à base de féculents[333]. Comme écrit par Zhen Chuan et d'autres sous les Tang, les glandes de la thyroïde des moutons et des porcs sont utilisées avec succès pour traiter des goitres. Les extractions de thyroïde ne seront pas utilisées pour traiter les patients avec des goitres en occident avant 1890[334].

La carte de Dunhuang, une carte stellaire montrant la région du pôle nord. Vers 700[335]. Les constellations sont divisées en trois « écoles » qui se distinguent par différentes couleurs : blanc, noire et jaune pour les étoiles respectives de Wu Xian, Gan De et Shi Shen. L'ensemble complet des cartes stellaires contient 1 300 étoiles.

Cartographie[modifier | modifier le code]

Dans le domaine de la cartographie, de nombreuses avancées ont été faites durant la dynastie Han. Quand le chancelier Tang Pei Ju (547-627) travaillait pour la dynastie Sui en tant que commissaire commercial en 605, il créa une carte quadrillée bien connue avec une échelle graduée dans la tradition de Pei Xiu (224–271)[336]. Le chancelier Xu Jingzong (592-672) est également connu pour sa carte de la Chine dessinée en 658[337]. En 785, l'empereur Tang Dezong demande au géographe et cartographe Jia Dan (730–805) de faire une carte de la Chine et de ses anciennes colonies en Asie centrale[337]. Dès sa complétion en 801, la carte mesure 9,1 m de long et 10 m de haut, avec une échelle d'un pouce pour un li[337]. En 1137, une carte chinoise similaire en complexité à celle de Jia Dan est gravée dans une pierre avec comme échelle de la grille 100 li pour un pouce[338]. Toutefois, le seul type de cartes qui nous est parvenu est la carte stellaire. Malgré cela, les plus anciennes cartes terrestres de la Chine datent de l'ancien état de Qin. Des cartes datant du IVe siècle av. J.-C. ont ainsi été découvertes en 1986[339].

Alchimie, bouteilles de gaz et air conditionné[modifier | modifier le code]

Plat à offrandes en céramique tricolore, VIIIe siècle.

Les Chinois de la période Tang utilisent des formules chimiques complexes dans différents buts, souvent à des besoins d'expérimentation en alchimie. Parmi ces usages, on trouve une crème et un vernis résistants à l'eau et à la poussière pour les vêtements et les armes, un ciment résistant au feu pour les objets en verre et en porcelaine, une crème résistante à l'eau appliquée pour rendre soyeux les vêtements de pluie, une crème destinée à polir les miroirs en bronze, et bien d'autres[340]. La céramique vitrifiée et translucide connue sous le nom de porcelaine, est inventée en Chine sous les Tang, bien que d'autres types de glaçage de céramiques ont existé auparavant[212],[341].

Depuis la dynastie Han, les Chinois percent de profonds forages pour transporter le gaz naturel avec des pipelines en bambous jusqu'aux fourneaux où des pains d'évaporation en fer font bouillir la saumure pour en extraire le sel[342]. Durant la dynastie Tang, un gazetier de la province du Sichuan affirme que dans l'un de ses 'puits de feu' de 182 m les hommes collectent le gaz naturel dans des tubes en bambous qui peuvent être transportés sur des douzaines de kilomètres et produire encore une flamme[343]. Cela constitue en fait les premières bouteilles de gaz, Robert Temple affirmant qu'une sorte de taraud était utilisée dans ces systèmes[343].

L'inventeur Ding Huan de la dynastie Han inventa un ventilateur rotatif pour produire de l'air conditionné, avec sept roues de 3 m de diamètre activées manuellement[344]. En 747, l'empereur Xuanzong construit un « hall frais » dans le palais impérial que le Tang Yulin (唐語林) décrit comme alimenté par des roues hydrauliques pour conditionner l'air mais également pour faire des jets d'eau dans des fontaines[345]. Durant la dynastie suivante des Song, des sources écrites mentionnent que les ventilateurs à air conditionné sont plus largement utilisés[346].

Poterie laquée représentant un cheval comprenant une selle décorée de bracelets en cuir et des fixations ornementales de fleurs à huit pétales et de feuilles d'abricot.

Historiographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Historiographie chinoise.

Le premier ouvrage d'historiographie de la période Tang est le Livre des Tang par Liu Xu (887–946) de la dynastie des Jin postérieurs, qui le rédige durant les dernières années de sa vie. Il est édité également dans un autre ouvrage historique, le Nouveau livre des Tang, créé par des historiens Song Ouyang Xiu (1007–1072) et Song Qi (998–1061), entre autres. Les deux ouvrages se basent sur d'anciennes annales qui ont depuis disparu[347]. Ces deux livres font partie des Vingt-Quatre Histoires de Chine. Une des sources survivant jusqu'à aujourd'hui pour le Livre des Tang est le Tongdian, que Du You présente à l'empereur en 801. La période Tang est également traitée dans l'impressionnant livre d'histoire universelle Zizhi Tongjian, édité, compilé et complété en 1084 par une équipe d'érudits sous la direction du chancelier Song Sima Guang (1019–1086). Ce texte historique, écrit avec 3 millions de caractères chinois dans 294 volumes, couvre l'histoire de la Chine à partir du début des Royaumes combattants (-403) jusqu'au début de la dynastie Song (960).

Œuvres ayant pour cadre la dynastie Tang[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Les enquêtes du juge Ti, du hollandais Robert van Gulik (1910-1967), font revivre l'époque glorieuse des Tang à l'occasion d'intrigues policières dont le héros, le juge Ti (630-700), a réellement existé et termina sa carrière comme ministre de l'impératrice Wu. Le type du roman policier chinois a été repris par Frédéric Lenormand, qui a publié plusieurs « nouvelles enquêtes du juge Ti » très documentées sur la société chinoise des Tang.

Références[modifier | modifier le code]

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Littérature[modifier | modifier le code]

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Relations extérieures[modifier | modifier le code]

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  • Susan Whitfield (dir.), La route de la soie : un voyage à travers la vie et la mort, Bruxelles, Fonds Mercator - Europalia international,‎ 2009 (ISBN 978-90-6153-892-9)
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Autres[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]