Ansar al-Charia (Tunisie)

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Ansar al-Charia (arabe : أنصار الشريعة soit « Partisans de la charia ») est un groupe islamiste salafiste actif en Tunisie et comptant plusieurs milliers de partisans[1]. Il est placé sur la liste tunisienne des organisations terroristes pour son implication dans plusieurs opérations, dont les assassinats de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi[2]. Depuis le 23 septembre 2014, il fait partie de la liste des organisations et personnes considérées par l'ONU comme proches d'Al-Qaïda ou des talibans[3], liste instituée dans le cadre de la résolution 1267 du 15 octobre 1999 visant à lutter contre le terrorisme[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

À la suite de la révolution de 2011, de nombreux prisonniers politiques islamistes détenus par le régime de Zine el-Abidine Ben Ali sont libérés, y compris Abou Iyadh qui avait cofondé le Groupe combattant tunisien avec Tarek Maaroufi en juin 2000[5]. Abou Iyadh alors fonde Ansar al-Charia en avril 2011, qu'il dirige avec le prédicateur Abou Ayoub et l'idéologue Al-Khatib al-Idrissi[6],[7].

Le groupe établit rapidement une branche médiatique, al-Qayrawān Media Foundation, et développe différents canaux de communication, y compris un blog, une page Facebook et un magazine[8]. Il fait campagne pour la libération de prisonniers islamistes, comme Omar Abdel Rahman, Abou Qatada et des Tunisiens qui avaient combattu avec Al-Qaïda en Irak et sont détenus dans les prisons irakiennes[8].

Le groupe tient également une conférence nationale à Kairouan en 2012, durant laquelle Abou Iyadh appelle à l'islamisation des secteurs des médias, de l'éducation, du tourisme et du commerce, ainsi qu'à la création d'un syndicat islamique à même de concurrencer l'Union générale tunisienne du travail de tendance laïque [9].

Les membres d'Ansar al-Charia ont régulièrement pris part à des manifestations contre ce qu'ils considèrent comme du blasphème et ont été suspectés d'être impliqués dans un certain nombre d'incidents violents, même si peu de preuves ont été présentées et si l'organisation n'a pas été interdite. Parmi les incidents figurent des attaques contre la chaîne de télévision Nessma qui a diffusé le film Persepolis en octobre 2011, contre une exposition d'art controversée en juin 2012[10] et contre l'ambassade américaine à Tunis en septembre 2012[11], dans le cadre des manifestations et attentats anti-américains.

Le 17 mai 2013, le ministère de l’Intérieur interdit le congrès d'Ansar al-Charia programmé pour le 19 mai à Kairouan. Les islamistes guidés par Abou Iyadh, recherché par la police depuis l'attaque contre l'ambassade américaine, annoncent qu'ils n'ont pas besoin d'une autorisation, le ministère indiquant que les déclarations des responsables d’Ansar al-Charia sont considérées « comme un défi ouvert contre les institutions de l’État, une incitation contre elles et une menace de l’ordre public »[12]. Dans une interview accordée à Al Jazeera, le chef du gouvernement Ali Larayedh affirme que le refus d'autoriser ce meeting se base sur trois critères, à savoir que Ansar al-Charia a défié le gouvernement et l'État, que cette organisation est illégale, qu'elle a exercé la violence et qu'elle est en relation avec le terrorisme[13].

Après la décision du gouvernement d'interdire le congrès, des affrontements éclatent le 19 mai à la mi-journée entre policiers et salafistes à la cité Ettadhamen, où le groupe avait appelé ses militants à se réunir faute de pouvoir se rendre à Kairouan. 200 salafistes présumés sont arrêtés, trois manifestants et quinze policiers blessés, dont trois grièvement, selon le ministère de l'Intérieur, qui évoque « plus de sept cents [...] islamistes extrémistes [équipés] de mélanges incendiaires, de projectiles et d'armes blanches »[14].

Le 27 août, le chef du gouvernement tunisien Ali Larayedh annonce le classement du mouvement salafiste en tant qu'organisation terroriste en raison de sa responsabilité entre autres dans la planification de l'assassinat des opposants politiques Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, l'attaque de plusieurs postes de police et militaires, ainsi que ses liens avec Al-Qaida au Maghreb islamique[15].

Vers 2013 et 2014, le groupe Ansar al-Charia se dissout progressivement : bon nombre de ses membres partent en Syrie ou en Libye et rejoignent l'État islamique ou le groupe libyen Ansar al-Charia ; Abou Iyadh lui-même trouve refuge en Libye. Certains combattants restent cependant en Tunisie et rallient la katiba Okba Ibn Nafaâ, la branche tunisienne d'Al-Qaida au Maghreb islamique commandée par Lokman Abou Sakhr[16],[17].

En mars 2015, le ministre tunisien de l'Intérieur annonce qu'Ansar al-Charia a été démantelé, mais que son rôle a été repris par la katiba Okba Ibn Nafaâ[18].

Drapeaux[modifier | modifier le code]

Ansar al-Charia utilise deux versions noires et blanches du drapeau utilisé par les salafistes djihadistes[19].

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Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Aaron Y. Zelin, « Meeting Tunisia's Ansar al-Sharia », Foreign Policy, 8 mars 2013
  2. « Le courant "Ansar Al-Charia" impliqué dans les attentats terroristes et dans l'assassinat de Belaid et Brahmi (Larayedh) »,Tunis Afrique Presse, 27 août 2013
  3. (en) Security Council Committee pursuant to resolutions 1267 (1999) and 1989 (2011) concerning Al-Qaida and associated individuals and entities - QDe.145. Ansar Al Charia Derna (Organisation des Nations unies)
  4. Résolution 1267 du Conseil de sécurité de l'ONU
  5. (en) Aaron Y. Zelin, « Tarek Maaroufi: Tunisia’s Most Notorious Jihadist, Returns Home », Tunisia Live, 1er avril 2012
  6. Habib Sayah, La face cachée du salafisme en Tunisie, Réalités, n°1372, 12 avril 2012
  7. Frida Dahmani, « Abou Iyadh, l'ennemi public numéro un », Jeune Afrique, 23 septembre 2012, pp. 45-47
  8. a et b (en) Aaron Y. Zelin, « The Salafi Challenge to Tunisia's Nascent Democracy », The Washington Institute, 8 décembre 2011
  9. (en) Lin Noueihed, « Radical Islamists urge bigger role for Islam in Tunisia », Reuters, 21 mai 2012
  10. (en) « Tunisia: Conservative Islamists Riot Over Art Exhibit », Reuters, 12 juin 2012
  11. (en) Tarek Amara, « Two dead as protesters attack U.S. embassy in Tunisia », Reuters, 14 septembre 2012
  12. Lilia Weslaty, « Le ministère de l’Intérieur interdit le congrès d’Ansar Charia », Nawaat, 17 mai 2013
  13. « Ali Laarayedh : Ansar Al Chariaa est en relation avec le terrorisme », Tuniscope, 19 mai 2013
  14. « Tunisie : 200 salafistes arrêtés après des heurts meurtriers avec la police », Le Monde, 20 mai 2013
  15. « Tunisie : le gouvernement accuse Ansar Al-Charia des meurtres d'opposants », France 24, 27 août 2013
  16. [vidéo] Attaque terroriste à Tunis : "Une attaque jihadiste très bien préparée" - TUNISIE (France 24) sur YouTube
  17. « Qui sont les groupes jihadistes en Tunisie ? », Libération, 18 mars 2015
  18. « Les Brigades Okba Ben Nafii ont pris la place des Ansar Chariaa », African Manager, 26 mars 2015
  19. « Tunisie : arrestations de jihadistes d’Ansar al-Charia », Radio France internationale, 11 septembre 2013
(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Ansar al-Sharia (Tunisia) » (voir la liste des auteurs).

Lien externe[modifier | modifier le code]