Ahrar al-Sham

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Harakat Ahrar ash-Sham Al Islamiyya ou plus simplement Ahrar al-Sham (en arabe : حركة أحرار الشام الإسلامية, ʾAhrār ash-Shām, « Mouvement islamique des hommes libres du Sham ») est un groupe rebelle salafiste apparu au cours de la guerre civile syrienne. Membre du Front islamique syrien, puis du Front islamique, il opère principalement dans les gouvernorat d'Alep et d'Idleb mais aussi partout en Syrie. Il est soutenu par le Qatar et l'Arabie saoudite[2].

Fondation[modifier | modifier le code]

La première brigade Ahrar al-Sham est fondée quelque temps après la Révolution égyptienne mais avant le 15 mars 2011, date des premières manifestations en Syrie[3]. L'amnistie présidentielle du 31 mai 2011 ayant conduit à la libération de milliers de prisonniers[4] dont des membres des Frères musulmans et autres opposants islamistes, a permis la constitution du noyau central d'Ahrar al-Sham[5],[6]. Selon son chef fondateur, Hassan Aboud, Ahrar al-Sham mène ses premières actions de lutte armée à partir de mai et juin 2011, dans les gouvernorats de Hama et Idleb, soit avant même la fondation de l'Armée syrienne libre[7]. La présence, parmi ses membres fondateurs, de hauts cadres d'Al-Qaïda central ayant fréquenté Oussama ben Laden comme Mustafa Setmariam Nasarlang, dit Abou Moussab al-Suri et Mohamed Bahaiah, dit Abou Khalid al-Suri[8] donne à la brigade une certaine notoriété qui attire de nombreux combattants étrangers[9]. Le succès d'Ahrar al-Sham est tel qu'il passe de 25 unités en 2011 à plus de 83 en janvier 2012[10].

Idéologie[modifier | modifier le code]

Ahrar al-Sham est un groupe salafiste, ses objectifs sont limités à la Syrie et le groupe n'appelle pas au djihad global[11],[12]. Pour le chercheur Romain Caillet, le groupe est salafiste mais non-djihadiste[13],[14]. Ahrar al-Sham demeure cependant la composante la plus dure du Front islamique[15]. Selon l'universitaire Thomas Pierret ; « Ahrar al-Sham se distingue ouvertement du « courant réformiste », c’est-à-dire les Frères Musulmans, se réclamant plutôt d’une orientation « concordiste » (tawfiqiyya) située à mi-chemin entre ledit réformisme et le jihadisme »[16]. Des responsables du groupe ont également revendiqué une proximité idéologique avec les taliban, présentés comme un modèle à suivre[17].

Affiliations[modifier | modifier le code]

Fin décembre 2012, Ahrar al-Sham participe à la fondation du Front islamique syrien[18]. Cette alliance est cependant dissoute en novembre 2013, et Ahrar al-Sham intègre peu après le Front islamique[19].

Dans le gouvernorat d'Idleb, Ahrar al-Sham fait partie des groupes rebelles qui forment l'Armée de la conquête le . Ahrar al-Sham est, avec le Front al-Nosra, le groupe le plus puissant de cette coalition[20].

Dans le gouvernorat d'Alep, Ahrar al-Sham intègre la coalition Fatah Halab créée le [21]. Puis le , il forme avec 13 autres groupes djihadistes — dont le Front al-Nosra et le Front Ansar Dine — une nouvelle coalition baptisée Ansar al-Charia[22],[23],[24],[25].

Ralliements[modifier | modifier le code]

Trois des sept groupes du Front islamique fusionne finalement avec Ahrar al-Sham ; d'abord Liwa al-Haq et le Front islamique kurde en décembre 2014, puis Suqour al-Sham le [26],[27].

En octobre 2015, cinq factions islamistes rejoignent Ahrar al-Sham ; les Brigades et bataillons Tawhid al-Asimah, les Bataillons Abu Amarah, la Brigade Wa ‘Atasimu, la Brigade du Colonel martyr Ahmad al-Omar et le Mouvement Binaa Umma[28].

Commandement[modifier | modifier le code]

Le fondateur et premier chef d'Ahrar al-Sham est Hassan Aboud, dit « Abou Abdullah al-Hamawi ». Ce dernier est tué le , dans un attentat commis par le régime syrien, qui cause la mort de 47 des dirigeants du groupe lors d'une réunion dans une cave. Le lendemain Ahrar al-Sham annonce que Hachem al-Cheikh, dit Abou Jaber succède à Hassan Aboud à la tête du mouvement et que Abou Saleh Tahane devient le commandant militaire[29],[30],[31]. Abou Jaber démissionne cependant un an plus tard et le 12 septembre 2015 Mohannad al-Masri, dit Abou Yahia al-Hamawi, est élu chef d'Ahrar al-Sham après un vote de la choura du groupe[7].

Parmi les autres personnalités du groupe, Abou Khaled al-Souri, qui avait été nommé médiateur entre le Front al-Nosra et l'État islamique en Irak et au Levant par Ayman al-Zawahiri, est tué à Alep dans un attentat-suicide le [32].

Le commandant Majid Hussein al-Sadek, ancien officier de l'armée syrienne et chef d'état-major d'Ahrar al-Sham, est tué le 23 avril 2016 dans un attentat-suicide dans le gouvernorat d'Idleb[33].

Effectifs[modifier | modifier le code]

Les effectifs d'Ahrar al-Sham sont estimés entre 10 000 à 20 000 combattants[1]. Fin 2015, Charles Lister, chercheur américain au Brookings Doha Center, donne le chiffre de 15 000 hommes[34]. Début 2016, l'Institut pour l'étude de la guerre (think tank américain) donne le même chiffre[35].

D'après l'Institut pour l'étude de la guerre, Ahrar al-Sham est le seul groupe armé syrien, avec la Légion du Sham, à être présent et actif sur plusieurs fronts en différents points du territoire syrien[35].

Relations et réactions internationales[modifier | modifier le code]

Ahrar al-Sham est soutenu par le Qatar et la Turquie[11]. À partir de 2014, le groupe cherche également à se concilier l'Occident en adoptant un discours plus « modéré » et en récusant tout lien avec al-Qaïda[11].

Début 2014, Ahrar al-Sham obtient la libération de Mohammed Haydar Zammar, membre important d’al-Qaïda jusqu'alors emprisonné par le régime syrien, qui avait fondé la cellule de Hambourg et recruté nombre des pirates des attentats du 11 septembre 2001[36].

Le , dans un communiqué publié par Labib al-Nahhas, le chef des relations politiques étrangères du groupe, Ahrar al-Sham présente ses condoléances aux talibans après l'annonce du décès du Mollah Omar[37].

Le , Ahrar al-Sham condamne les attentats du 13 novembre à Paris dans un communiqué publié par Labib al-Nahhas[38].

Soutiens[modifier | modifier le code]

Ahrar al-Sham est soutenu par l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie[39].

Exactions[modifier | modifier le code]

Dans un rapport publié le , Amnesty International accuse Ahrar al-Sham de crimes de guerre et dénonce des cas de tortures, d'enlèvements et d'exécutions sommaires commis par des membres de ce groupe[40],[41].

Désignation comme organisation terroriste[modifier | modifier le code]

Ahrar al-Sham est classé comme organisation terroriste par la République arabe syrienne, la Russie[42] et les Émirats arabes unis[43].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Competition among Islamists, The Economist, , consulté le
  2. Georges Malbrunot, Syrie: le Qatar accusé par ses alliés de jouer un double jeu, 16 décembre 2013
  3. http://world.time.com/2012/07/26/time-exclusive-meet-the-islamist-militants-fighting-alongside-syrias-rebels/
  4. http://www.aljazeera.com/news/middleeast/2011/05/2011531173212337652.html
  5. http://www.dailystar.com.lb/News/Middle-East/2013/Feb-13/206284-ahrar-al-sham-jihadists-emerge-from-shadows-in-north-syria.ashx#axzz2sxUNPDpp
  6. http://www.joshualandis.com/blog/biggest-powerful-militia-leaders-syria/
  7. a et b Aron Lund, Abu Yahia al-Hamawi, Ahrar al-Sham’s New Leader, Syrian Comment, 12 septembre 2015.
  8. Thomas Joscelyn, Syrian rebel leader was bin Laden’s courier, now Zawahiri’s representative, The Long War Journal, 17 décembre 2013.
  9. Abdullah Suleiman Ali, Saudi jihadists flow into Syria, Al Monitor, 8 décembre 2013.
  10. http://www.ui.se/eng/upl/files/86861.pdf
  11. a, b et c Hala Kodmani, Syrie: qui se cache derrière l’Armée de la conquête ? Libération, 30 juillet 2015.
  12. Sarah Diffalah, Trêve en Syrie : "C'est comme si on invitait les Syriens à s'entretuer", L'Obs, 24 février 2016.
  13. Entretien avec Romain Caillet : La composant jihadiste de la rébellion syrienne à la loupe, Les Clés du Moyen-Orient, 7 novembre 2013.
  14. Romain Caillet, Après avoir intégré Ahrar ash-Sham, groupe salafiste non jihadiste, Khattab al-Firansi aurait intégré l'#EI via Abu Abdallah, un Tunisien., twitter, 11 mars 2016.
  15. Frédéric Pichon, Syrie: pourquoi l'occident s'est trompé, Paris, éd. du Rocher, 2e éd. novembre 2015, pages 84-85
  16. Thomas Pierret, « Crise et déradicalisation : les rebelles syriens d’Ahrar al-Sham », Confluences Méditerranée 2015/3 (N° 94), p. 43-49.
  17. Hassan Hassan, Ahrar Al Sham’s leader clarifies its role in Syria, The National, 29 mai 2016.
  18. (en) The Free Syrian Army, Understanding War, mars 2013, consulté le
  19. L'Humanité : En Syrie, sept groupes armés constituent un Front islamique, humanite.fr, consulté le
  20. Libération : Syrie : l’Armée de la conquête sur le chemin de Damas, par Luc Mathieu.
  21. "Infographic: "Fatah Halab" military operations room – coalition of 31 rebel factions", Archicivilians, 18 juin 2015.
  22. Romain Caillet, twitter.
  23. Mark, twitter.
  24. Les combattants islamistes et les rebelles lancent une offensive d'ampleur à Alep, France 24 avec Reuters, 3 juillet 2015.
  25. Syrie: Ansar al-Charia, une nouvelle alliance rebelle à l’offensive à Alep, RFI, 3 juillet 2015.
  26. Aron Lund, Islamist Mergers in Syria: Ahrar al-Sham Swallows Suqour al-Sham, Carnegie, 23 mars 2015.
  27. Fusion d'Ahrar al-Cham avec un autre groupe islamiste en Syrie, Reuters, 23 mars 2015.
  28. InfoGraphic – Five Rebel factions joined Ahrar al-Sham Movement in October 2015 | Syria, Archicivilians, 21 octobre 2015.
  29. Un groupe rebelle islamiste syrien décimé par un attentat, lemonde.fr, 9 septembre 2014.
  30. AFP : Syrie: nouvelle direction après la mort des chefs d'un groupe rebelle
  31. Ignace Dalle et Wladimir Glasman, Le cauchemar syrien, p. 117
  32. Le chef d'al-Qaïda perd son représentant en Syrie, tué à Alep RFI : Le chef d'al-Qaïda perd son représentant en Syrie, tué à Alep
  33. En Syrie, la trêve pourrait ne pas résister à l’intensification des frappes du régime, Le Monde avec AFP, 24 avril 2016.
  34. Charles Lister, Yes, there are 70,000 moderate opposition fighters in Syria. Here’s what we know about them, The Spectator, 27 novembre 2015.
  35. a et b René Backmann, « Syrie: et si l’opposition avait aussi un projet d’Etat islamique? », sur Mediapart,‎ (consulté le 28 mars 2016).
  36. Frédéric Pichon, Syrie : Pourquoi l'Occident s'est trompé, Editions du Rocher, 2014, p.80-81
  37. Syrian Islamist group Ahrar al-Sham mourns Taliban leader, Reuters, 1er août 2015.
  38. Ahrar al-Sham Official Calls Paris Attacks “Despicable,” Compares to Syrian Situation, SITE, 14 novembre 2015.
  39. Julien Abi Ramia, Caroline Hauyek, Lina Kennouche, Samia Medawar et Anthony Samrani, Syrie : qui combat qui, et où, OLJ, 17 octobre 2015.
  40. Syrie : des horreurs commises par des groupes armés, Amnesty International, 4 juillet 2016.
  41. Syrie. Enlèvements, torture et exécutions sommaires aux mains des groupes armés, Amnesty International, 6 juillet 2016.
  42. Paul Antonopoulos, Russia adds two more Islamist groups to terrorist list, Al-Masdar news, 31 décembre 2015.
  43. List of terror groups published by UAE, Gulf news, 16 novembre 2014.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles en ligne[modifier | modifier le code]

Image illustrative de l'article Ahrar al-Sham

Idéologie Salafisme
Objectifs Renversement du régime baasiste de Bachar el-Assad
Instauration en Syrie d'un État islamique régi par la charia
Statut Actif
Fondation
Date de formation 2011
Actions
Mode opératoire Lutte armée, guérilla
Zone d'opération Syrie
  • Tous les gouvernorats
Organisation
Chefs principaux Hassan Aboud
(tué le 9 septembre 2014)
Hachem al-Cheikh
Abou Yahia al-Hamawi
Membres 10 000 à 20 000 hommes[1]
Fait partie de Front islamique syrien (2012 - 2013)
Logo of the Islamic Front (Syria).svg Front islamique (depuis 2013)
Armée de la conquête (depuis 2015)
Fatah Halab (depuis 2015)
Ansar al-Charia (depuis 2015)
Considéré comme terroriste par Syrie, Russie, Émirats arabes unis
Guerre civile syrienne