Katiba Macina

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Katiba Macina
Image illustrative de l’article Katiba Macina

Idéologie Salafisme djihadiste
Objectifs Établir un État islamique au Mali régi par la charia
Statut Actif
Fondation
Date de formation Vers janvier 2015
Pays d'origine Mali
Actions
Zone d'opération Centre du Mali
Organisation
Chefs principaux Amadou Koufa
Abou Yehiya (arrêté en 2016)
Membres Plusieurs centaines[1],[2],[3],[4]
Fait partie de Ansar Dine
Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans
Guerre du Mali

La katiba Macina, aussi appelée le Front de libération du Macina (FLM), est un groupe armé salafiste djihadiste qui apparaît en janvier 2015 lors de la guerre du Mali. Elle est affilée à Ansar Dine, puis au Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans.

Fondation[modifier | modifier le code]

Le nom de « Front de libération du Macina » apparaît pour la première fois en 2015, dans une communication transmise à l'agence mauritanienne Al Akhbar, mais il n'est utilisé ni par les djihadistes, ni par les communautés locales[5],[6]. Dans sa première communication officielle, en mai 2016, le groupe se donne le nom de « katiba Macina »[6],[4],[7].

Le FLM est rattaché à Ansar Dine, le le mouvement publie sa première vidéo dans laquelle il affiche son affiliation au groupe d'Iyad Ag Ghali[8],[9],[10],[4]. Le groupe serait composé d'anciens combattants du MUJAO[11], majoritairement peuls[12],[13]. Le FLM est particulièrement lié avec la katiba Khalid Ibn Walid, une autre brigade d'Ansar Dine active dans le sud du Mali. Selon la DGSE malienne, un Peul nommé Hassan Dicko et surnommé « Abou Leila » ferait le lien entre les deux groupes. Considéré comme le bras droit d'Amadou Koufa, il est cependant arrêté le 5 septembre 2015[3].

Commandement[modifier | modifier le code]

Le fondateur du groupe est Amadou Koufa, un marabout qui était en janvier 2013, l'un des planificateur de l'offensive sur Konna[14],[13],[15],[16],[17].

Le chef militaire est Mahmoud Barry, dit Abou Yehiya. Ce dernier est arrêté par la DGSE malienne le 26 juillet 2016 entre Nampala et Dogofry[18],[19],[20].

Un autre chef du groupe, Bekaye Sangaré, est tué par le garde nationale malienne à Mougna, près de Djenné, le [21],[22].

Effectifs[modifier | modifier le code]

Fin 2015, la DGSE malienne estime que le FLM compte 170 hommes[3], principalement peuls. À la même période, le général français François Labuze, chef de la force Barkhane au Mali, estime que le FLM ne compte que quelques dizaines d'hommes[23]. Le Monde, en mai 2016, parle de 200 hommes[4]. Début 2018, Le Figaro donne 100 à 150 combattants sous les ordres de Koufa, mais selon le chercheur Adam Thiam : « Ce chiffre ne doit pas occulter le nombre bien plus important de fidèles, d'indicateurs, de “sonnettes” et de soutiens logistiques. Quasiment tous les villages peuls du Macima auraient des ressortissants auprès de lui, preuve de sa popularité »[24]. En 2018, un déserteur de la katiba affirme à la FIDH que son camp, situé dans la forêt de Dinangourou, abritait à lui seul une centaine d'hommes, tandis qu'un second déserteur affirme avoir été dans un camp de la forêt de Dialloubé qui comptait 150 hommes, puis dans un camp dans une forêt près de Boulikessi qui comptait 300 hommes[1].

La plupart de membres de la katiba Macina sont des Peuls maliens, mais le groupe comprend aussi des combattants issus d'autres ethnies et d'autres nationalités[25].

Les djihadistes se déplacent en petits groupes et établissent des camps mobiles dans les forêts[26]. Quelques femmes, mariées à des combattants, se trouvent également dans ces camps : elles font office de cuisinières ou de lavandières, mais ne combattent jamais[26]. Les djihadistes se déplacent à deux par motos dans des foires pour s'occuper du ravitaillement[26]. Ils apparaissent parfois en plus grand nombre dans les villages, notamment la nuit, pour rappeler leur présence et prêchent parfois le vendredi dans des mosquées[26]. Les combattants ne semblent pas toucher de salaire fixe et sont payés pour chaque mission[26].

Actions[modifier | modifier le code]

Le groupe apparaît en 2015 avec l'attaque de Nampala le 5 janvier, puis celle de Ténenkou le 16 janvier[13],[15],[16],[27]. Avec Ansar Dine, le groupe compte étendre l'insurrection djihadiste au sud du Mali[28].

Le groupe mène une stratégie d'assassinats ciblées et d'enlèvements des représentants de l'État malien, comme les membres des forces de défense et de sécurité, les agents des eaux et forêts, les conseillers municipaux, les magistrats et les enseignants, ainsi que des notables ou des informateurs[29]. Il impose également la fermeture des écoles publiques : entre 2015 et fin 2018, les menaces provoquent la fermeture de 464 écoles de la région de Mopti et 14 écoles de la région de Ségou, ce qui représentait 65 % des écoles fermées du pays d'après la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) et l'Association malienne des Droits de l’Homme (ADMH)[30]. Selon un rapport de la FIDH et de l'AMDH publié le 20 novembre 2018 : « Bénéficiant d’un large réseau de soutien et sans occuper militairement les villes et les villages, le groupe impose pourtant sa loi et remplace de facto les autorités. Ils s’en prennent également aux civils et aux populations auxquels ils accordent leur « protection » ; rendent la justice en imposant la loi islamique (sharia) ; règlent les contentieux en matières foncières, sociales et pénales ; gèrent l’accès aux ressources, notamment les pâturages et prélèvent des taxes (zakat) ; et imposent un mode de vie religieux radical (prières obligatoires) particulièrement à l’égard des femmes (tenue vestimentaire, comportement, obligations, etc.). Des dizaines de villages vivent aujourd’hui sous leur joug. Tous ceux qui s’opposent à eux n’ont qu’un seul choix : « partir ou mourir » »[31]. Les djihadistes édictent « un certain nombre de règles, qui diffèrent d’un endroit à l’autre, et qui sont appliquées avec plus ou moins de rigueur : les femmes ne peuvent plus sortir du village sans être accompagnées par un homme ; elles ne peuvent plus se baigner dans la rivière ; les manifestations de baptêmes ou de mariages sont prohibées ; la musique est interdite, etc. »[26]. De plus « Lorsque l’armée patrouille dans un village, ils viennent le lendemain et capturent ceux qui ont été vus en train de parler aux soldats. Ceux-là seront interrogés. Certains seront libérés. D'autres seront tués »[26]. Plusieurs cas de viols commis par des djihadistes de la katiba Macina sont également rapportés[32].

Dans un rapport publié le , Human Rights Watch accuse le groupe d'avoir exécuté sommairement au moins cinq civils[12],[27]

Le , Souleyman Mohamed Kennen, un proche d'Amadou Koufa, également lié à Al-Mourabitoune, revendique l'attaque de l'hôtel Byblos de Sévaré. Pour RFI, ces deux revendications semblent indiquer qu'il existe des passerelles entre les différents groupes djihadistes[33],[34].

Le , le FLM revendique l'attentat du Radisson Blu de Bamako qu'il affirme avoir mené avec le soutien d'Ansar Dine ; le groupe déclare que cinq hommes ont pris part à l'attaque, que deux ont été tués et que trois sont parvenus à s'enfuir. Ses déclarations sont cependant contradictoires à celles d'Al-Mourabitoune, qui avait également revendiqué l'attaque trois jours plus tôt[35],[36],[37]

Le 8 mars 2016, un collectif regroupant responsables gouvernementaux, élus locaux, chefs religieux, associations et notables, affirme être parvenus, au cours de plusieurs semaines de négociations et d'une « campagne de sensibilisation », à convaincre 200 jeunes hommes de quitter les rangs des djihadistes. Il s'agirait selon eux essentiellement de membres du Front de libération du Macina dans la région de Mopti[38],[39].

La katiba Macina revendique l'attaque de Nampala le [40].

Au cours de l'année 2018, la katiba Macina mène plusieurs combats contre les chasseurs dozos, responsables de nombreuses attaques contre les Peuls : onze dozos auraient été tués le 12 mars à Nouhoun-Bozo, dans le Cercle de Djenné, dix le 21 avril à Macina et dix le 5 mai à Mamba, dans le Cercle de Ténenkou[25].

Analyses[modifier | modifier le code]

Dans un rapport publié le 20 novembre 2018, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) et l'Association malienne des Droits de l’Homme (ADMH) estiment que « Loin de l’image d’un groupe armé homogène, la disparité des parcours et des motivations des « terroristes » renvoie à une réalité plus complexe : il s’agit avant tout d’une révolte sociale, notamment de bergers peuls nomades, pour renverser un ordre établi et prédateur, catalysée par un prédicateur charismatique issu de la région. La radicalisation personnelle et les alliances d’Amadou Koufa achèvent d’ancrer le groupe dans le camp des djihadistes. Les discours religieux du prédicateur ne peuvent cependant pas effacer complètement les dimensions communautaires du conflit social et sociétal du centre du pays »[31].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b FIDH et AMDH, Centre Mali : les populations prises au piège du terrorisme et du contre-terrorisme, 20 novembre 2018, p.46-49.
  2. Valérie Leroux, Mali: l'armée française remet la pression sur les jihadistes dans le Nord, AFP, 12 juillet 2016.
  3. a b et c Rémi Carayol, Mali : Keïta et Koufa, l’inquiétant duo terroriste du Sud, Jeune Afrique, 3 décembre 2015.
  4. a b c et d L’émir djihadiste Mokhtar Belmokhtar « réapparaît » dans une série de messages, Le Monde, 20 mai 2016.
  5. Guillaume Thibault, Des «violences armées quasi-quotidiennes» dans le centre du Mali selon ICG, RFI, 18 juin 2016.
  6. a et b Aurélien Tobie, Le Centre Mali : violences et instrumentalisation croisées, SIPRI, décembre 2017.
  7. Rémi Carayol, Carte : au centre du Mali, une constellation de groupes armés, Jeune Afrique, 18 juin 2016.
  8. David Thomson, Le "Front de libération du Macina" diffuse une 1re vidéo et se présente comme la brigade Macina d'Ansar Din, twitter, 18 mai 2016.
  9. Lemine Ould Mohamed Salem, Enseignement majeur à tirer de cette vidéo est que tous les groupes jihadistes maliens sont affiliés à Anqardine d'Iyad Ag Ghali., twitter, 18 mai 2016.
  10. Le Front de libération du Macina menace la France et ses alliés dans une vidéo, RFI, 19 mai 2016.
  11. Mali Actu : Composée d’anciens membres du MUJAO : La Force de libération du Macina, l’un des bras armés d’Iyad Ag Ghaly, sème la terreur dans la région de Mopti, par Abdoulaye Diarra.
  12. a et b Human Rights Watch : Mali : La fragilité de l’État de droit et les abus mettent en péril la population
  13. a b et c Soir de Bamako : Attaque de la localité de Ténenkou : Le djihadiste Hamadoun Koufa serait-il le commanditaire ?
  14. Mali: qui est Amadou Koufa, ce prêcheur radical qui inquiète?, RFI, 6 juillet 2015.
  15. a et b Le Républicain Mali : Attaques de Tenenkou : L’ombre de Hammadoun Koufa avec un Mouvement de Libération du Macina plane
  16. a et b Lerepublicainmali : Communales 2015 : IBK programme les élections de la partition du Mali
  17. Mali: qui est derrière les attaques dans le centre du pays?, RFI, 12 avril 2015.
  18. Un chef djihadiste arrêté au Mali, Le Figaro avec AFP, 27 juillet 2016.
  19. A. Diakité, L’Emir Mahmoud Barry alias Abou Yehiya, leader de la katibat Ançar Eddine du Macina, arête par la DGSE entre Nampala et Dogofri, Malijet, 27 juillet 2016.
  20. Mali: arrestation d’un chef jihadiste d’Ansar Dine, RFI, 27 juillet 2016.
  21. Mali: un chef djihadiste abattu, Le Figaro avec AFP, 14 juillet 2017.
  22. Mali: des terroristes s'en prennent aux symboles de l'Etat près de Djenné, RFI, 14 juillet 2017.
  23. David Baché, Mali : la lutte sans fin contre les djihadistes, Le Figaro, 27 novembre 2015.
  24. Thierry Oberlé, Cinq ans après l'opération Serval, al-Qaida gangrène le Mali, Le Figaro, 2 février 2018.
  25. a et b FIDH et AMDH, Centre Mali : les populations prises au piège du terrorisme et du contre-terrorisme, 20 novembre 2018, p.45.
  26. a b c d e f et g FIDH et AMDH, Centre Mali : les populations prises au piège du terrorisme et du contre-terrorisme, 20 novembre 2018, p.35-36.
  27. a et b RFI : Mali: un rapport de HRW dénonce les violences des divers groupes armés
  28. Mali: des groupes jihadistes s’allient pour ouvrir un front au Sud, RFI, 14 juillet 2015.
  29. FIDH et AMDH, Centre Mali : les populations prises au piège du terrorisme et du contre-terrorisme, 20 novembre 2018, p.38-40.
  30. FIDH et AMDH, Centre Mali : les populations prises au piège du terrorisme et du contre-terrorisme, 20 novembre 2018, p.37.
  31. a et b FIDH et AMDH, Centre Mali : les populations prises au piège du terrorisme et du contre-terrorisme, 20 novembre 2018.
  32. FIDH et AMDH, Centre Mali : les populations prises au piège du terrorisme et du contre-terrorisme, 20 novembre 2018, p.41-44.
  33. Attaque de Sévaré au Mali: l'identité des auteurs se précise, RFI, 12 août 2015.
  34. Pierre Longeray, Double revendication pour l’attaque de l’hôtel de Sévaré au Mali, Vice news, 11 août 2015.
  35. Mali: une seconde revendication de l’attaque de l'hôtel Radisson, RFI, 23 novembre 2015.
  36. http://theconversation.com/limpasse-du-contre-terrorisme-au-sahel-52171
  37. http://www.connecting-in-times-of-duress.nl/les-violences-recentes-dans-le-centre-du-mali-le-hayre-serait-il-en-passe-de-redevenir-un-no-mans-land/
  38. Centre du Mali: 200 jeunes « déradicalisés » se sont engagés à quitter les groupes jihadistes, Mali Actu avec AFP, 8 mars 2016.
  39. Mali: élus et société civile veulent «déradicaliser» les jeunes de Mopti, RFI, 8 mars 2016.
  40. Mali: 17 soldats tués dans une attaque revendiquée par deux groupes armés, AFP, 19 juillet 2016.