Guerre du Sahel

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Guerre du Sahel
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Zone approximative d'action du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) pendant les années 2000.
Informations générales
Date - en cours
(14 ans)
Lieu Algérie, Mali, Niger, Mauritanie Burkina Faso, Tchad
Issue En cours
Belligérants
Drapeau du Mali Mali
Drapeau du Niger Niger
Drapeau de la Mauritanie Mauritanie
Drapeau du Burkina Faso Burkina Faso
Drapeau du Tchad Tchad
Drapeau du Cameroun Cameroun
Drapeau de la France France
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de l'Algérie Algérie
Flag of Jihad.svg GSPC (2003-2007)
Shabab AQMI (2007-2017)
Shabab Ansar Dine Ansar Dine (2012-2017)
Shabab MUJAO (2012-2013)
Shabab Les Signataires par le sang (2012-2013)
Flag of Jihad.svg Al-Mourabitoune (2013-2015)
Shabab Boko Haram (depuis 2009)
Flag of Ansaru.svg Ansaru (depuis 2012)
Shabab Ansarul Islam (depuis 2016)
Shabab Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin (depuis 2017)

Drapeau de l'État islamique État islamique (depuis 2015)

Commandants
Drapeau du Mali Amadou Toumani Touré

Drapeau du Mali Amadou Haya Sanogo
Drapeau du Mali Dioncounda Traoré
Drapeau du Mali Ibrahim Boubacar Keïta
Drapeau du Niger Mamadou Tandja
Drapeau du Niger Mahamadou Issoufou
Drapeau de la Mauritanie Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya
Drapeau de la Mauritanie Ely Ould Mohamed Vall
Drapeau de la Mauritanie Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi
Drapeau de la Mauritanie Mohamed Ould Abdel Aziz
Drapeau du Burkina Faso Blaise Compaoré
Drapeau du Burkina Faso Michel Kafando
Drapeau du Burkina Faso Roch Marc Christian Kaboré
Drapeau du Tchad Idriss Déby
Drapeau du Cameroun Paul Biya
Drapeau de la France Nicolas Sarkozy
Drapeau de la France François Hollande
Drapeau de la France Emmanuel Macron


Drapeau de l'Algérie Abdelaziz Bouteflika
Shabab Mokhtar Belmokhtar

Shabab Abderazak el Para White flag icon.svg
Shabab Yahia Djouadi
Shabab Nabil Abou Alqama
Shabab Iyad Ag Ghali
Shabab Djamel Okacha
Shabab Abou Zeïd
Shabab Hamada Ould Mohamed Kheirou
Shabab Abou Bakr Al-Nasr
Shabab Mohamed Lemine Ould El-Hassen
Shabab Abdelkrim al-Targui
Shabab Omar Ould Hamaha
Shabab Sedane Ag Hita
Shabab Abderrahmane Talha
Shabab Saïd Abou Moughatil
Shabab Ahmed al-Tilemsi
Shabab Bilal Hicham White flag icon.svg
Shabab El-Hassen Ould Khalill Jouleibib
Shabab Sultan Ould Bady
Shabab Haroune Ag Saïd
Shabab Ibrahim Ag Inawalen
Shabab Souleymane Keïta White flag icon.svg
Shabab Amadou Koufa
Shabab Abou Yehiya White flag icon.svg
Flag of Ansaru.svg Abu Usmatul al-Ansari Shabab Ibrahim Malam Dicko


Shabab Abubakar Shekau
Shabab Abou Mosab al-Barnaoui
Shabab Mamman Nour

Shabab Adnane Abou Walid Al-Sahraoui
Forces en présence
Drapeau du Mali 22 000 à 26 000 hommes[1],[2],[3]
Drapeau du Niger 12 000 hommes
Drapeau de la Mauritanie 21 000 hommes
Drapeau du Burkina Faso 12 000 hommes[4]
Drapeau du Tchad 30 000 hommes[5]
Drapeau de la France 5 000 hommes[6]
Shabab 300 à 3 000 hommes[7],[8]

Guerre du Sahel

Batailles

Lemgheity · Tourine · Garn-Akassa · Araouane · Tlemss · 1re Tilwa · Akla · Areich Hind · Niamey · Ouraren · Wagadou · Bassikounou · Adrar Bouss · Agadez et Arlit · Tchibarakaten · Mangaïzé · Samorogouan · 1er Ouagadougou · Grand-Bassam · Tazalit · Intangom · Bani Bangou · Nassoumbou · 2e Tilwa · Wanzarbé · Abala · Midal · 2e Ouagadougou · Tongo Tongo · Ayorou

Guerre civile algérienne · Opération Enduring Freedom - Trans Sahara · Guerre du Mali · Opération Serval · Opération Barkhane · Insurrection de Boko Haram

La guerre du Sahel[9],[10],[11],[12], aussi appelée le conflit armé au Sahel[13],[14], l'insurrection islamiste au Sahel[15], ou l'insurrection djihadiste au Sahel[16] est un conflit armé opposant les États de la région sahélienne — en particulier le Mali, le Niger, la Mauritanie, le Burkina Faso et le Tchad — à des groupes salafistes djihadistes liés pour la plupart à al-Qaïda. Le conflit est une des conséquences de la guerre civile algérienne, lorsqu'à la recherche de bases arrières, les rebelles islamistes algériens commencent à s'implanter dans le désert à partir du début des années 2000[17]. Progressivement, ces derniers finissent par mener des actions de guérilla et de terrorisme dans la région[6] ; ils commettent des attaques et des embuscades contre les forces de sécurité, mènent des attentats dans les villes et prennent en otages des civils occidentaux pour en retirer des rançons. La France intervient militairement en soutien aux États de la région : d'abord au Mali en 2013 avec l'opération Serval, puis dans l'ensemble du Sahel en 2015 avec l'opération Barkhane.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Début de l'implantation djihadiste au Sahel[modifier | modifier le code]

Mokhtar Belmokhtar, lieu et date inconnus, extrait d'une vidéo découverte en 2010[18].

Dès le milieu des années 1990, au moment de la guerre civile algérienne, des rebelles islamistes algériens nouent des contacts avec des trafiquants du nord du Mali et du Niger afin bénéficier d'un soutien logistique en carburant, en vivres et en pièces de rechange[17],[19]. Mais les djihadistes s'implantent véritablement dans le Sahel à partir de 2003. Mokhtar Belmokhtar, le chef du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) dans le sud de l'Algérie est alors en difficulté contre les troupes de l'armée nationale populaire. En décembre 2002, après une embuscade près d'In Salah, où plusieurs de ses hommes sont tués, Belmokhtar choisit de franchir la frontière et de se réfugier au Mali[20]. Il gagne Lerneb, près de la frontière mauritanienne et noue une alliance avec la tribu arabe des Bérabiches en épousant une fille de l'influente famille des Hamaha de la chefferie des Oulad Idriss. Belmokhtar enrichit sa belle-famille et dispose désormais d'une assise locale, il bénéficie d'une protection de la tribu et trouve les moyens de blanchir son argent. Par la suite, d'autres djihadistes suivent son exemple, notamment Nabil Abou Alqama. Le gouvernement malien, qui ne tient pas à s'attirer l'hostilité des djihadistes, ne réagit pas[21],[22].

En 2003, les premières prises d'otages d'occidentaux commencent. En février et en mars, 32 touristes, majoritairement Allemands et Autrichiens, sont enlevés par Abderazak el Para, qui pour échapper à l'armée algérienne choisit de se réfugier au Mali. Les otages sont divisés en plusieurs groupes, certains sont délivrés par les militaires algériens, d'autres sont confiés à Mokhtar Belmokhtar. Des négociations sont engagées entre les ravisseurs et deux notables envoyés par le gouvernement malien ; Iyad Ag Ghali et Baba Ould Cheikh. À l'issue des discussions, les otages sont relâchés le 18 août en échange d'une rançon de cinq millions d'euros qui enrichit considérablement les djihadistes et va les pousser à poursuivre ce type d'action[23].

De son côté, Abderazak el Para se rend au Tchad, mais traqué par l'armée tchadienne aidée par les renseignements américains, il s'enfuit vers le nord et est capturé le par des rebelles toubous du Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT). En 2004, il est remis aux Libyens qui eux-mêmes le remettent aux Algériens[24],[25].

Article détaillé : Attaque de Lemgheity.
Des djihadistes d'AQMI en Mauritanie, en 2011.

Le , en représailles à une série d'arrestations d'islamistes mauritaniens et en raison de la participation annoncée de l'armée mauritanienne à des manœuvres militaires coordonnées avec l'armée américaine dans le Sahara, Mokhtar Belmokhtar attaque la caserne militaire de Lemgheity, en Mauritanie : 17 soldats mauritaniens sont tués et 35 faits prisonniers, puis relâchés. Le combat de Lemgheity a un certain retentissement du côté des djihadistes. Au nom d'Al-Qaïda, Abou Moussab Al-Zarqaoui, le chef d'Al-Qaïda en Irak, félicite notamment les « moudjahidines maghrébins » pour leur victoire. Mais surtout, celle-ci permet au GSPC de rétablir son rapprochement et Al-Qaïda. L'allégeance est acceptée par Oussama ben Laden et le , le GSPC devient officiellement Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI)[26].

À l'été 2007 cependant, Abdelmalek Droukdel, le chef du GSPC puis d'AQMI, jugeant Belmokhtar trop indépendant, lui retire la charge d'« émir du Sahara » et de chef de la « région IX », qu'il remet à Yahia Djouadi, dit Abou Amar[27],[28]. Droukdel divise la zone du Sahara en deux ; la première, comprenant le sud-ouest de l'Algérie et le nord du Mali et de la Mauritanie, va à Belmokhtar ; tandis que la seconde, comprenant le nord-est du Mali, le nord du Niger et l'ouest du Tchad, va à Abou Zeïd[29]. Belmokhtar s'oppose à la décision du commandement d'AQMI d'implanter de nouvelles katiba dans le sud et rapidement une forte rivalité l'oppose à Abou Zeïd[29]. Les désaccords avec ce dernier portent notamment sur la stratégie de financement ou sur les modes opératoires[29].

Mauritanie[modifier | modifier le code]

Des militaires de l'armée mauritanienne en 2011.

Le , trois hommes de la katiba de Belmokhtar, la katiba Al-Moulathimin (Les Enturbannés), attaquent un groupe de cinq touristes français et tuent quatre d'entre eux près d'Aleg en Mauritanie[30],[31]. Cette tuerie entraîne l'annulation du Paris-Dakar 2008[32].

Article détaillé : Embuscade de Tourine.

Après l'attaque de Lemgheity en 2005, d'autres affrontements éclatent entre les groupes djihadistes et les forces mauritaniennes[33]. Dans la nuit du 14 au , une patrouille de l'armée tombe dans une embuscade à Tourine, près de Zouerate : douze cadavres sont retrouvés décapités une semaine plus tard[34].

Entre 2005 et 2008, la Mauritanie traverse deux coups d'État et se montre peu active contre les djihadistes[35]. L'arrivée au pouvoir du général Mohamed Ould Abdel Aziz change la donne, ce dernier reprend en main l'armée et les renseignements avec l'aide de la France et des États-Unis, puis passe à l'offensive contre AQMI[35]. En 2008, une large partie du désert mauritanien — longue de 800 kilomètres et large de 200 kilomètres — est déclarée zone militaire interdite, aucun civil n'a le droit d'y pénétrer[36]. Le pays forme également des groupes spéciaux d’intervention (GSI), des unités mobiles chargées de patrouiller dans le désert[36].

En 2010, selon des documents américains reçus par l'agence Reuters, la Mauritanie aurait tenté de nouer un pacte de non-agression avec AQMI. Ces documents avait été saisis par les forces spéciales américaines lors de l'assaut contre la cache de Ben Laden. En échange, al-Qaïda avait demandé la fin des attaques de l'armée mauritanienne contre ses hommes, la libération de prisonniers et le versement chaque année d'une somme de 10 à 20 millions d'euros pour éviter des enlèvements de touristes[37],[38].

Mais en 2010 et en 2011, l'armée mauritanienne mène plusieurs raids contre AQMI au Mali[33]. Le 22 juillet, dans la région de Tombouctou, elle attaque un camp d'AQMI avec les forces spéciales françaises afin de libérer un otage, Michel Germaneau[39]. Six djihadistes sont tués lors de l'opération, mais l'otage français ne se trouve pas sur les lieux[40]. Du 17 au 19 septembre, un nouveau raid est mené au Mali, à Areich Hind[41],[42]. Le , l'armée mauritanienne et l'armée malienne attaquent la forêt de Wagadou, près de Nara[43],[44],[45]. Le , les troupes mauritaniennes et AQMI s'affrontent à Bassikounou[46],[47]. Selon des sources mauritaniennes, une cinquantaine de djihadistes auraient été tués dans ces combats contre 10 morts du côté de l'armée, AQMI ne reconnaît de son côté que cinq morts ou disparus parmi ses combattants et affirme avoir tué au moins une quarantaine de soldats mauritaniens[48],[42],[45],[46],[49].

Mali[modifier | modifier le code]

Article principal : Guerre du Mali.
Un pick-up d'Ansar Dine à Tombouctou, en août 2012.

Au Mali, les djihadistes s'implantent dans le nord du pays, dans les zones peuplées par les Touaregs[50]. En février 2007, de violents combats ont lieu entre AQMI et les rebelles touaregs d'Ibrahim Ag Bahanga à Tin Zaouatine, mais par la suite les deux forces cohabitent et évitent de s'affronter[50]. En 2005, une petite cellule de deux ou trois hommes du Groupe islamique combattant en Libye est également démantelée à Bamako avec le concours de la DGSE[24].

Jusqu'au début des années 2010, le Mali fait preuve de passivité contre les djihadistes, ce qui lui est fortement reproché par la Mauritanie, la France et l'Algérie[35],[51],[50]. Pourtant, le 8 juin 2009, le président malien Amadou Toumani Touré promet des représailles après l'exécution d'un otage britannique ; Edwin Dyer[35],[52]. En réponse, dans la nuit du 10 au 11 juin 2009, AQMI assassine à Tombouctou le lieutenant-colonel Lamana Ould Bou, un agent des services de renseignements maliens[35],[52],[53]. C'est alors la première fois que les djihadistes tuent un militaire malien[35],[53]. L'armée malienne décide de répliquer et attaque le 16 juin un repaire d'AQMI à Garn-Akassa, dans le Timétrine : une vingtaine de djihadistes sont tués[35],[52],[53],[54]. AQMI réplique le 4 juillet en mettant en déroute une patrouille de l'armée malienne près d'Araouane, où elle revendique la mort de 28 soldats maliens[55].

En janvier 2012, la guerre du Mali éclate. Une nouvelle insurrection est conduite cette fois-ci par des rebelles touaregs indépendantistes du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), des insurgés arabes du Front de libération nationale de l'Azawad (FLNA), mais aussi par des groupes salafistes djihadistes : Ansar Dine, Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO). Le 17 janvier, Ménaka est la première ville attaquée[56]. Puis le 24, Aguel'hoc est conquise et sa garnison massacrée[57]. Tessalit est prise dès le 18 janvier et le camp militaire d'Amachach, assiégé, finit par tomber le 11 mars après de long combats[58]. Les rebelles peuvent alors attaquer Kidal et s'en emparer le 30 mars[59]. L'armée malienne en déroute abandonne Tombouctou et Gao, qui sont prises sans combat le 31 mars et le 1er avril. Le gouvernement malien perd alors le contrôle de tout le territoire du Nord[60].

Après avoir affrontés ensemble l'armée malienne, rebelles islamistes et indépendantistes ne tardent pas à se déchirer. Des combats éclatent en juin, ils tournent à l'avantage du MUJAO et d'AQMI qui chassent le MNLA de Gao le 27 juin[61]. Les djihadistes repoussent ensuite une offensive à Ansongo le 17 novembre[62],[63], puis ils prennent Ménaka le 19 novembre[64].

À la fin de l'année 2012, les djihadistes tiennent l'essentiel du Nord du Mali dont ils se partagent le contrôle. Ansar Dine est maître des environs de Kidal et de la région allant de Tombouctou à Léré, le MUJAO contrôle les environs de Gao, tandis qu'AQMI est surtout en force à l'extrême nord de la région de Kidal. Quant au MNLA, il ne tient plus que des localités mineures, principalement dans le Nord-Est et près des frontières[2],[65].

Soldats français en patrouille à Gao en mars 2013.

En janvier 2013, les djihadistes lancent une offensive sur le Sud du Mali, mais elle provoque aussitôt une intervention militaire de la France, suivie par plusieurs pays africains. Repoussés à la bataille de Konna et à la bataille de Diabaly, les djihadistes se replient vers le Nord[66],[67]. Les Français et les Maliens reprennent Gao le 26 janvier[68], puis Tombouctou le 28[69]. De son côté, le MNLA profite du départ des djihadistes pour s'implanter dans les localités abandonnées. Le 28 janvier, il annonce avoir pris le contrôle de plusieurs villes, dont Kidal et Tessalit[70].

Les djihadistes se replient alors dans leur principal sanctuaire au Mali ; l'Adrar Tigharghar, où ils sont attaqués par près de 3 000 soldats français et tchadiens à partir du 18 février[71]. La vallée de l'Ametettaï est prise le 3 mars après de féroces combats[72]. Les autres vallées du Tigharghar tombent dans les jours qui suivent[72],[73]. Après sa défaite à la bataille du Tigharghâr, AQMI perd sa principale place forte au Mali, le groupe disperse alors ses troupes et cherche à éviter les affrontements[74],[75].

Les combats au Mali ont fait 600 à 700 morts dans les rangs des djihadistes dans les six premiers mois de l'année 2013[76] ; dont plusieurs chefs, parmi lesquels Abou Zeïd et Mohamed Lemine Ould El-Hassen[77],[78],[79],[80],[81],[82],[83]

L'opération Serval est un succès militaire pour les forces françaises, mais les djihadistes ne renoncent pas : ils repassent dans la clandestinité et retournent à la guérilla et au terrorisme[6]. À partir de 2015, leurs zones d'action commencent même à s'étendre au centre, puis au sud du Mali[84].

Les mouvements se réorganisent. En décembre 2012, Mokhtar Belmokhtar annonce qu'il rompt avec AQMI et forme un nouveau groupe : Les Signataires par le sang[85]. Le , dans un communiqué signé par Ahmed al-Tilemsi et Mokhtar Belmokhtar, le MUJAO et Les Signataires par le sang annoncent leur fusion en un seul mouvement qui prend le nom d'Al-Mourabitoune[86],[87]. Le , une branche d'Al-Mourabitoune menée par Adnane Abou Walid Al-Sahraoui prête allégeance à l'État islamique[88]. Le , l'autre branche d'Al-Mourabitoune dirigée par Belmokhtar réintègre AQMI[89],[90]. Le 1er mars 2017, Ansar Dine, AQMI au Sahara, la katiba Al-Mourabitoune et la katiba Macina annoncent leur union au sein d'une seule structure : le Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimine, sous la direction de Iyad Ag Ghali[91],[92]

En mai 2017, Serge Michailof, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), déclare : « Nous assistons à une dégradation générale des États et de la sécurité dans le Sahel. Une démographie excessive, une agriculture en panne, l’absence de travail pour les jeunes, l’essor du salafisme dans les zones rurales et le développement des mafias liées au trafic de drogue, dressent un tableau extrêmement sombre de l’avenir de la région »[84].

Niger[modifier | modifier le code]

Méhariste touareg de l'armée nigérienne dans le village d'Inatès, près de la frontière avec le Mali et le Burkina Faso, le 14 janvier 2007.

Coincé entre le Mali à l'ouest, la Libye au nord-est et le Nigeria au sud-est, le Niger se retrouve pressé sur trois fronts au début des années 2010[93]. Alors que le pays sort d'une rébellion touarègue, des accrochages commencent à avoir lieu entre les djihadistes et les forces de sécurité. Ainsi entre le et le , au moins sept militaires et deux ou trois djihadistes sont tués dans des affrontements dans la région de Tlemss[94]. Puis, le , au moins cinq militaires et trois djihadistes trouvent la mort lors d'une attaque à Tilwa[95]. AQMI revendique alors l'assaut, affirme avoir tué 25 soldats et avertit le gouvernement nigérien : « Bien que notre offensive vise l'alliance des Croisés et ses intérêts dans la région et que nous ne souhaitions pas éveiller l'hostilité de l'armée du Niger, nous ne pouvons rester les bras croisés devant les attaques perpétrées contre les moujahidines sous couvert de la « guerre contre le terrorisme » »[96]. Le , un soldat et un djihadiste sont tués dans un accrochage à Ouraren, près d'Arlit[97]. Le , dans l'Adrar Bouss, au nord du massif de l'Aïr, un militaire et trois hommes d'AQMI sont tués dans de nouveaux affrontements[98].

Article détaillé : Attentats d'Agadez et Arlit.

En janvier 2013, le Niger, participe à l'intervention militaire au Mali au sein de la MISMA. En représailles, le , des attaques coordonnées sont menées par des kamikazes du MUJAO et des Signataires par le sang contre le camp militaire d'Agadez et la mine d'uranium d'Arlit : dix djihadistes se font exploser ou sont abattus tandis que 24 militaires sont tués[99],[100]. Le , des détenus de Boko Haram se mutinent dans la prison de Niamey et tuent deux gardiens, puis 22 prisonniers — dont des terroristes selon le gouvernement nigérien — parviennent à s'évader[101],[102].

La nuit du 9 au , un convoi d'Al-Mourabitoune transportant des armes de la Libye vers le Mali est intercepté par les Français près de Tchibarakaten[103]: trois tonnes d'armement sont détruites, 13 djihadistes tués et deux autres faits prisonniers[104]. Le , des djihadistes attaquent la localité de Mangaïzé, tuent neuf membres des forces de sécurité et s'emparent brièvement de la prison de Ouallam, où ils libèrent 58 détenus[105],[106]. Le , les djihadistes assaillent ensuite Bani Bangou : un soldat nigérien est tué et deux blessés, tandis que les assaillants se replient vers le Mali en emportant leurs morts et leurs blessés[107].

À partir de 2016, les raids lancés depuis le Mali s'intensifient dans les régions de Tillabéri et Tahoua, à l'ouest du Niger : au moins 43 militaires nigériens sont tués par les djihadistes dans cette zone entre octobre 2016 et février 2017[108]. Dans la nuit du 16 au 17 mars 2016, des combattants islamistes tuent trois gendarmes dans une attaque à Dolbel, près de la frontière avec le Burkina Faso et le Mali[109],[110]. Le , un gendarme est tué et deux autres blessés par des djihadistes à Egarek[111]. Dans la nuit du 10 au , deux civils sont tués et quatre blessés dans une fusillade à Tabarey Barey[112]. Le , 22 gendarmes, gardes nationaux et militaires sont abattus dans une attaque-surprise[93]. Le , cinq soldats nigériens sont tués dans une attaque à Bani Bangou[113]. Le , l'attaque d'une patrouille à Tilwa, revendiquée par l'État islamique, fait 16 morts et 18 blessés dans les rangs de l'armée[114],[115]. Le , cinq gendarmes sont tués dans l'attaque d'un poste entre Wanzarbé et Yatakala[116]. Le soir du , deux policiers et un civil sont tués dans une attaque menée contre le poste-frontière de Pétèl-Kolé[117]. Le , une nouvelle attaque à Abala coûte la vie à six gendarmes et gardes nationaux[118].

Article détaillé : Attaque de Midal.

Le a lieu la première attaque revendiquée par Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin au Niger : au moins cinq militaires sont tués dans la vallée de Milal, près de la frontière malienne[119]. Le 23 septembre, deux policiers, un gendarme et un civil sont tués dans une attaque menée par quatre djihadistes contre un poste à Al-Gazna, près d'Assamakka (en)[120],[121].

Articles détaillés : Embuscade de Tongo Tongo et Attaque d'Ayorou.

Le , une nouvelle attaque est menée par les djihadistes près de la frontière avec le Mali, à Tongo Tongo ; les militaires nigériens se lancent à la poursuite des assaillants, épaulés par des membres des Special Forces américaines, mais ils tombent dans une embuscade : cinq soldats nigériens et trois soldats américains sont tués[122],[123]. Puis, le , les djihadistes font un raid sur la localité d'Ayorou, où ils tuent 13 gendarmes[124].

Burkina Faso[modifier | modifier le code]

Les délégués d'Ansar Dine et du MNLA à Ouagadougou le 16 novembre 2012, avec notamment : Alghabass Ag Intalla, le représentant d'Ansar Dine ; Djibrill Bassolé, le ministre des affaires étrangères du Burkina Faso ; et Bilal Ag Acherif, le secrétaire général du MNLA.

Au pouvoir depuis 1987, le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, cherche à ménager les groupes djihadistes lorsque ces derniers atteignent la région sahélienne[125],[126],[127]. Le conseiller du président burkinabé, le Mauritanien Moustapha Ould Limam Chafi, et son chef d’état-major particulier, le général Gilbert Diendéré, nouent des contacts avec certaines chef djihadistes, notamment pour négocier la libération d’otages occidentaux[128],[127]. Fin 2012, lors de la guerre du Mali, le Burkina Faso fait office de médiateur et accueille des délégations d'Ansar Dine et du MNLA à Ouagadougou afin de négocier avec le gouvernement malien[129],[130]. En 2013, le pays intervient au Mali au sein de la MISMA, puis de la MINUSMA. Mais en novembre 2014, Blaise Compaoré est renversé par un soulèvement populaire, avec pour conséquences un affaiblissement de l'armée et de l'appareil sécuritaire[125],[126].

Articles détaillés : Attaque de Samorogouan et Attaque d'Intangom.

En 2015, le Burkina Faso commence à son tour à être la cible d'attaques djihadistes[15]. Le , un gendarme est mortellement blessé dans une attaque menée contre le poste de Oursi par trois hommes armés, qui selon un témoin se réclamaient de Boko Haram[131],[132]. Il s'agit de la première attaque djihadiste menée contre un poste des services de sécurité burkinabés près de la frontière avec le Niger et le Mali[133]. Mais d'autres suivent : entre août 2015 et octobre 2016, sept postes sont attaqués au nord et à l'ouest de Burkina Faso. Ces attaques, parfois revendiquées par des groupes djihadistes, font quinze morts et plus de onze blessés[134],[135]. Ainsi le , trois gendarmes, un djihadiste et un civil sont tués lors d'un affrontement à Samorogouan[136],[137]. Le , trois policiers sont abattus à Intangom[138],[134]. Le soir du , un petit groupe de deux ou quatre djihadistes attaquent un poste de douane à Markoye, tuant un douanier et un civil et faisant trois blessés. Deux jours plus tard, Adnane Abou Walid Al-Sahraoui revendique l'attaque, la première depuis son allégeance à l'État islamique[139],[140],[141]. Le , quatre militaires sont tués, ainsi que deux civils, dans une nouvelle attaque à Intangom, revendiquée également par l'État islamique[138],[142],[143].

Article détaillé : Attentat de Ouagadougou (2016).

La capitale Ouagadougou est également frappée par un attentat le , lorsqu'un commando de trois hommes armés ouvre de feu sur des civils occidentaux dans un bar-restaurant et un hôtel. L'attaque fait 30 morts et est revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et attribuée à la katiba Al-Mourabitoune[144],[145].

Article détaillé : Attaque de Nassoumbou.

Fin 2016, le nombre des attaques djihadistes augmente avec la formation d'un nouveau mouvement : Ansarul Islam, dirigé par l'imam Ibrahim Malam Dicko[15],[146],[147],[148],[149]. Le groupe est actif dans les territoires frontaliers séparant le Mali et le Burkina Faso et particulièrement dans la province de Soum, au Burkina[147],[146]. Le , le groupe Ansarul Islam mène l'attaque de Nassoumbou au cours de laquelle douze soldats de l'armée burkinabée sont tués[146]. Le , il assassine un imam de la localité de Tongomayel, ancien membre d'Ansarul Islam qui avait pris ses distances avec le groupe[146]. Le 3 mars, un enseignant est assassiné dans le village de Kourfayel, dans la province de Soum[150]. Le 20 mars, un militaire est légèrement blessé par le tir d'une roquette à Nassoumbou[151]. Le 22 mars, un chef d'Ansarul Islam, Harouna Dicko est abattu à Pétéga, dans une opération des forces de sécurité[152]. Au total, environ 70 personnes, en grande majorité des militaires, des gendarmes et des policiers, trouvent la mort dans une vingtaine d'attaques[149]. Les djihadistes évitent de cibler les civils, tant qu'ils ne collaborent pas avec les autorités, pour essayer de se concilier les populations[149].

Entre le 27 mars et le , une opération baptisée « Panga » est menée par 1 300 soldats des forces armées maliennes, burkinabées et françaises, dans la forêt de Fhero, à la frontière entre le Mali et le Burkina Faso[153], considérée comme un sanctuaire des djihadistes d'Ansarul Islam[154]. Le 5 avril, un véhicule léger français saute sur un engin explosif improvisé qui blesse deux hommes, ils sont ensuite secourus par un détachement qui entreprend de fouiller la zone, mais ce dernier est pris à partie et un soldat est tué[155],[156],[157]. L'attaque est revendiquée par le Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin[158],[159]. En douze jours de fouilles, deux djihadistes sont tués, huit faits prisonniers, et entre plusieurs dizaines et 200 suspects sont arrêtés[153],[160],[161]. Cependant les forces françaises repartent rapidement à l'offensive. Le 29 et 30 avril, elles tuent ou capturent une vingtaine de djihadistes dans la forêt de Foulsaré[162]. Puis dans la nuit du 30 au 31 mai, l'armée française mène une nouvelle attaque dans la forêt de Serma où une vingtaine de djihadistes trouvent la mort[163],[164].

Le 27 mai, à Pétéga, un policier à la retraite est assassiné par deux ou quatre hommes armés, dont l'un est également abattu au cours de son repli[165],[166]. Dans la nuit du 2 au 3 juin, au moins cinq personnes, dont un couple et leur enfant, sont assassinés dans des attaques ciblées menées dans trois localités de la province de Soum : Pogwol, Pétéga et Kourou Peul[166]. Le 9 juin, des militaires raflent 74 villageois dans la région de Djibo en les accusant de soutenir Ansarul Islam ; plusieurs d'entre-eux sont torturés, deux en meurent[167]. Le 12 juillet, des échanges de tirs ont lieu à Doumbala entre des policiers et sept ou neuf islamistes, mais sans faire de victimes[168].

Le chef d'Ansarul Islam, Ibrahim Malam Dicko, aurait trouvé la mort en juin 2017[169]. Le groupe annonce alors avoir un nouveau chef, Jafar Dicko[170]. Dans la nuit du 24 au 25 juillet, cinq hommes d'Ansarul Ilsma sont assassinés dans les villages de Ndidja, Sibé et Neyba, dans la province de Soum ; les autorités burkinabées évoquent alors de possibles règlements de compte au sein du groupe[171].

Article détaillé : Attentat de Ouagadougou (2017).

La nuit du , Ouagadougou est frappée par un nouvel attentat : deux hommes armés entrent dans un café-restaurant et assassinent 18 personnes avant d'être à leur tout abattus par les forces d'intervention burkinabées[172].

Le 17 août, un véhicule de l'armée burkinabée roule sur un engin explosif à Touronata : trois soldats sont tués et deux grièvement blessés ; c'est la première attaque de ce type au Burkina Faso[173]. Le 31 août, un douanier est tué à Djibasso lors d'une attaque contre un poste de gendarmerie[174]. Le 15 septembre, trois hommes, dont un chef de village et un imam, sont abattus par des hommes armés dans la province de Soum[175]. Le 23 septembre, sept soldats sont blessés par l'explosion d'une mine près de Djibo[176]. Le 26 septembre, deux gendarmes sont tués et deux blessés dans une embuscade près de la même ville[176].

Sud de l'Algérie[modifier | modifier le code]

Entre 2010 et 2013, plusieurs accrochages ont lieu au sud de l'Algérie, près de la frontière avec le Mali. Ainsi, le , onze gendarmes sont tués dans une embuscade tendue par AQMI à Tin Zaouatine ; un douanier est également capturé et sera par la suite exécuté[177],[178]. Le , le MUJAO commet un attentat contre une gendarmerie à Tamanrasset : l'attaque fait 24 blessés, dont 14 civils[179]. Le , vingt hommes du MUJAO sont tués et quatre faits prisonniers par les forces spéciales algériennes près de Tin Zaouatine[180]. Le , cinq hommes du MUJAO sont abattus près de Timiaouine[181]. Puis, dans la nuit du 6 au , sept djihadistes sont tués dans un nouvel affrontement à Tin Zaouatine, alors qu'ils essayaient de franchir la frontière[182].

Article détaillé : Prise d'otages d'In Amenas.

Plus au nord, le , venus du Mali, une quarantaine d'hommes des Signataires par le sang — un groupe de Mokhtar Belmokhtar fondé en décembre 2012 — commandés par Mohamed el-Amine Benchenab et Abderrahman el-Nigiri mènent un raid sur la raffinerie d'In Amenas : ils prennent en otage environ 600 algériens — rapidement relâchés — et une centaine d'Occidentaux et d'étrangers dans la base-vie du site d'exploitation gazier d'In Amenas en Algérie. Le 19 janvier, l'armée algérienne donne l'assaut qui se termine par la mort d'au moins 32 djihadistes et 38 otages[183],[184],[185].

Opération Barkhane[modifier | modifier le code]

Article principal : Opération Barkhane.

Le , l'armée française lance l'opération Barkhane, active sur les territoires de cinq pays : le Mali, le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie et le Tchad[186],[187]. Elle engage initialement 3 000 militaires, 200 véhicules logistiques, 200 blindés, 4 drones, 6 avions de combat, une dizaine d’avions de transport et une vingtaine d’hélicoptères[187]. D'après l'état-major de l'armée française, plus de 200 « terroristes » sont mis hors de combats — tués ou capturés — de juillet 2014 à juillet 2016[188].

G5 du Sahel[modifier | modifier le code]

Article détaillé : G5 du Sahel.

Le G5 du Sahel est formé en décembre 2014 par cinq pays : la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad[189]. Le , les chefs d'États du G5 Sahel annoncent à N'Djaména la formation d'une force militaire anti-terroriste conjointe[190]. Le projet reste longtemps lettre morte mais est réactivé le [190],[191]. Le , un sommet se tient à Bamako et marque le lancement officiel d'une force militaire conjointe transfrontalière la — FC-G5S — composée de cinq bataillons de 750 hommes, soit un bataillon par pays[192],[193],[194],[195],[196]. Son objectif principal est la lutte contre les groupes djihadistes, mais elle est également chargée d'intervenir contre le trafic de drogue, d'armes et de migrants[193]. Placée sous le commandement du général malien Didier Dacko, cette force dispose d'un droit de poursuite de part et d’autre des frontières[193]. Le Liptako-Gourma, dite aussi la « zone des trois frontières », à la croisée des territoires malien, nigérien et burkinabé, est considérée comme la zone prioritaire[193],[194]. Le président du Tchad, Idriss Déby, menace cependant de retirer ses troupes du Mali et du Nigeria, estimant ne pas avoir été suffisamment soutenu financièrement[197],[198]. Malgré des sollicitations, l'Algérie refuse quant à elle de s'impliquer dans la région[196],[189].

Le 1er novembre, le G5 Sahel lance sa première opération militaire — baptisée Hawbi — plusieurs centaines de soldats maliens, burkinabés, nigériens et français effectuent une démonstration de force dans la région de N'Tillit[199],[200],[201],[202].

Projet politique, application de la charia et stratégie des djihadistes[modifier | modifier le code]

Des djihadistes à Tombouctou, dans le nord du Mali, en 2012.

Au cours de l'année 2012, les djihadistes prennent le contrôle du nord du Mali et mettent en place l'application de la charia. La vente et la consommation d'alcool, de cigarettes ou de drogues est interdite, de même que la musique. Le port du voile islamique est rendu obligatoire pour les femmes et des tribunaux islamiques sont instaurés. Les peines prévues sont le fouet en cas de consommation d'alcool ou de relations sexuelles hors mariage, l'amputation d'une main ou d'une jambe en cas de vol et la lapidation en cas d'adultère[203],[204].

Selon Yvan Guichaoua, enseignant-chercheur à la Brussels School of International Studies, Université de Kent ; Ferdaous Bouhlel, doctorante à l'Université de Tours ; et Jean-Hervé Jézéquel, directeur adjoint du Bureau Afrique de l'Ouest d'International Crisis Group : « A ce moment, les décisions de justice furent confiées aux juges islamiques (cadis) locaux. L’application des hudud connut des différences significatives d’une région à une autre. Par exemple, il y eut de multiples cas d’amputation pour vol à Tombouctou et à Gao. Mais à Kidal, le mouvement Ansar Eddine décida avec les cadis locaux que les peines légales seraient « suspendues », et que les sanctions s’inscriraient dans la continuité des traditions locales qui ont toujours privilégié la détention sur les châtiments corporels »[205]. De avril 2012 à janvier 2013, à Gao, neuf hommes accusés de vols sont condamnés à l'amputation d'une main ou d'une jambe par le MUJAO[206],[207]. Selon Human Rights Watch, deux hommes sont également exécutés dans cette ville début avril et des djihadistes coupent l'oreille d'une femme pour avoir porté une jupe courte[204]. Une autre personne est amputée de la main droite à Ansongo le 8 août[208]. À Tombouctou, une peine d'amputation est prononcée et en octobre Ansar Dine exécute par balle un de ses combattants, condamné à mort pour le meurtre d'un pêcheur[209],[210]. À Kidal, un homme du MNLA a la main tranchée par des hommes d'Ansar Dine selon Human Rights Watch[204]. Le 30 juin 2012, les hommes d'Ansar Dine et d'AQMI commencent également la destruction des mausolées de Tombouctou, considérés comme « idolâtres »[211]. De plus, des mariages forcés ont aussi lieu à Gao[205]. Fin juillet 2012, à Aguel'hoc, un couple est mis à mort par lapidation pour avoir conçu plusieurs enfants hors mariage[212],[213]. Il s'agit de l'unique exécution de ce type commise par les djihadistes au Mali[205]. Ferdaous Bouhlel, Yvan Guichaoua et Jean-Hervé Jézéquel indiquent que : « selon nombre de témoignages recueillis localement, y compris parmi des personnes opposées à Iyad Ag-Ghali, ce cas de lapidation fut validé par un cadi mauritanien, sans qu'Iyad Ag-Ghali n’en ait été informé. Selon les mêmes sources, Iyad Ag-Ghali aurait désapprouvé la sanction. La question de savoir qui le cadi reconnaissait comme son chef légal n’a pas de réponse claire, particulièrement à un moment où le nord du Mali était sous le contrôle de différents émirs »[205].

Le , Abdelmalek Droukdel envoie un document intitulé « Orientation du jihad dans l’Azawad », découvert à Tombouctou en février 2013 par des journalistes de RFI et Libération, où il indique sa stratégie pour le Mali. Selon lui Ansar Dine doit servir de vitrine et Al-Qaïda se montrer discret afin d'éviter une intervention militaire étrangère. La direction du futur gouvernement doit être confliée à Iyad Ag Ghali, mais ce dernier doit être encadré par les dirigeants d'AQMI. Pragmatique, il dénonce le zèle des djihadistes dans l'application de la charia, avec notamment la destruction des mausolées de Tombouctou, qui selon lui a attiré inutilement l'attention de la communauté internationale et risque retourner la population contre eux. Droukdel défend une application progressive de la charia qui doit être expliquée aux habitants avant d'être appliquée, afin de gagner les cœurs et les esprits des populations. Il regrette également la rupture de l'alliance avec le MNLA. Ces instructions n'ayant pas été appliquées, ce texte révèle selon les journalistes de RFI et Libération, le manque d’autorité d'Abdelmalek Droukdel sur ses hommes[214],[215],[216],[217],[218],[219],[220],[221],[222],[223].

Mais les djihadistes ne parviennent pas à gagner le soutien des populations du nord du Mali. Le , une cinquantaine de femmes et de jeunes opposés à l'islamisme manifestent à Kidal contre al-Qaïda[205],[224],[225]. Puis, début 2013, les soldats français et maliens sont accueillies en libérateurs lorsqu'ils reprennent le contrôle de Tombouctou, Gao et de la plupart des villes du nord[226]. Mais dans les années qui suivent, le chaos sécuritaire et le retour des luttes communautaires provoquent une certaine nostalgie de l'occupation islamiste chez certains habitants de la région[227].

Selon Ferdaous Bouhlel, Yvan Guichaoua et Jean-Hervé Jézéquel : « l'occupation djihadiste en 2012 fut une expérience sociale à grande échelle qui a suscité un débat intense sur l’usage de la violence comme instrument de gouvernance. [...] Au centre du Mali, les mouvements djihadistes contraignent les populations à écouter les prêches publics. Ils recourent régulièrement à l’élimination de personnes soupçonnées de collaborer avec l’Etat ou les forces armées étrangères. Mais, dans le même temps, ils fournissent aux populations des formes de justice de proximité adaptées dans des régions désertées par les magistrats depuis le début de la guerre. Ils encouragent également la suppression de droits fonciers contestés qui bénéficient à des minorités ou à de vieilles aristocraties déclinantes. Ils offrent une protection indispensable aux éleveurs nomades durant les périodes de transhumance. Et, là où les médias ne retiennent que l’interdiction de la musique et des fêtes pendant les mariages par des éléments radicaux obtus, bien des jeunes de ces régions sont séduits par les règles simplifiées d’union matrimoniale que leur proposent les djihadistes. Celles-ci leur permettent en effet de s’émanciper plus facilement du contrôle qu’exercent les aînés sur les choix matrimoniaux des cadets »[205]

Selon Denia Chebli, doctorante à Paris-I Panthéon-Sorbonne et membre du programme européen Social Dynamics of Civil Wars : « La gouvernance islamiste a marqué les esprits, et pas toujours de façon négative. Eau et électricité gratuites, distributions alimentaires hebdomadaires, gratuité des soins à l’hôpital et des médicaments, financement des mariages religieux et suppression des taxes et des impôts. [...] Porteur d’un projet de contre-État, les islamistes sont à peu de chose près les seuls à proposer, à travers le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, une idéologie qui dépasse les clivages intercommunautaires avec à sa tête un Touareg, un Arabe et un Peul. En zone rurale, ils constituent la seule force financière et sécuritaire crédible. D’une part, grâce à leurs activités liées au narcotrafic ou au terrorisme, ils bénéficient de revenus considérables. [...] D’autre part, en contrepartie d’un travail de renseignements, ils donnent des armes, des téléphones et des voitures aux petites communautés rurales. Enfin, ils solidifient leur base sociale en assurant les besoins primaires de la population dans des zones qui n’ont jamais eu accès aux services publics élémentaires (écoles, centre de santé, eau, électricité) »[227].

En 2017, Corinne Dufka, directrice adjointe pour le programme Afrique de Human Rights Watch, déclare également : « Ils [les djihadistes] ont développé une stratégie d'implantation locale. Ils trouvent porte ouverte à leur propagande en s'appuyant sur les maux qui gangrènent le Mali depuis des décennies: la mal-gouvernance, la faiblesse de l'État face au banditisme, l'impunité. [...] Ils organisent des rassemblements dans les villages et parviennent à recruter en dénonçant la corruption, les défaillances de la justice. Ils jouent le rôle d'arbitres dans les petits conflits locaux, y compris parfois dans des différents interethniques. Ils ont une très bonne connaissance du tissu ethnique et sociétal local. Ils ont par exemple su tirer parti des frustrations des catégories inférieures de la population peule, un groupe ethnique très hiérarchisé. Enfin, leurs moyens financiers peuvent attirer des jeunes privés de toute perspective. [...] Bamako refuse d'admettre que la mal-gouvernance est la principale racine des maux de la région »[228].

Prises d'otages par les groupes djihadistes[modifier | modifier le code]

Les premiers enlèvements d'Occidentaux sont commis par le GSPC en 2003. En février et en mars, 32 touristes, majoritairement allemands et autrichiens, sont enlevés par Abderazak el Para, qui pour échapper à l'armée algérienne choisit de se réfugier au Mali. Les otages sont divisés en plusieurs groupes, certains sont délivrés par les militaires algériens, d'autres sont confiés à Mokhtar Belmokhtar. Des négociations sont engagées entre les ravisseurs et deux notables envoyés par le gouvernement malien ; Iyad Ag Ghali et Baba Ould Choueikh. À l'issue des discussions, les otages sont relâchés le 18 août en échange d'une rançon de cinq millions d'euros qui enrichit considérablement les djihadistes et va les pousser à poursuivre ce type d'action[23].

Le , deux touristes autrichiens, Andrea Kloiber et Wolfgang Ebner, sont enlevés dans le sud de la Tunisie, près de la frontière avec la Libye, par la katiba d'Abou Zeïd, qui les transfère dans une zone désertique entre l'Algérie et le Mali. Ils sont libérés le . Selon les services de renseignements maliens, une rançon d'au moins 2 millions d'euros a été versée[229],[230].

Le à l'ouest de Niamey au Niger, un groupe de trois djihadistes menés par Omar Ould Hamaha, l'oncle de l'épouse de Belmokhtar, enlève deux diplomates canadiens, Robert Fowler et Louis Guay. Après négociations, les deux otages sont libérés le . Une centaine de djihadistes se rassemblent ce jour-là, mais une violente dispute éclate entre Belmokhtar et Abou Zeïd, qui refuse de relâcher deux de ses otages, et témoigne de la rivalité qui oppose les deux chefs. L'annonce de la libération de Robert Fowler et Louis Guay est également très mal accueillie par le chef d'AQMI, Abdelmalek Droukdel, qui reproche à Belmokhtar de n'avoir obtenu qu'une rançon de 700 000 euros seulement. Cependant selon le journaliste Serge Daniel, la rançon versée aurait été de trois millions d'euros et Belmokhtar n'en aurait reversé qu'une partie[231],[232],[233],[229],[234],[30],[235],[236].

L'année 2009 est marquée par une recrudescence d'enlèvements de ressortissants occidentaux contre le paiement de rançons. Le , quatre touristes européens — un couple suisse, une Allemande et un Britannique — sont capturés au Niger, près de la frontière avec le Mali, par la katiba d'Abou Zeïd. Les deux femmes sont libérées en avril mais le même mois, AQMI menace de tuer un de ses otages si Abou Qatada — prédicateur jordanien d'origine palestinienne condamné à mort dans son pays pour activité terroriste et prisonnier au Royaume-Uni sans avoir été jugé en vertu des lois contre le terrorisme — n'est pas libéré. le Royaume-Uni refuse de payer une rançon. L'otage britannique Edwin Dyer est alors décapité et le , AQMI annonce son exécution sur un site internet islamiste. Au moins 3,5 millions d'euros ont été versés pour la libération des autres otages[237],[229],[238].

Le , Pierre Camatte, un ressortissant français président de l’organisation non gouvernementale Icare qui lutte contre le paludisme dans le Cercle de Ménaka et du comité de jumelage de la ville française de Gérardmer et de la commune rurale malienne de Tidermène, est enlevé dans l’hôtel dont il est gérant à Ménaka, dans la région de Gao. Le , AQMI revendique dans un enregistrement sonore diffusé par la chaîne de télévision Al Jazeera, l’enlèvement du Français ainsi que de trois espagnols en Mauritanie le [239]. Retenu par la katiba d'Abou Zeïd, Pierre Camatte est relâché en février 2010, contre la libération d'un islamiste[229].

Le en Mauritanie, la katiba Al-Moulathimin de Belmokhtar enlève trois travailleurs humanitaires espagnols au nord-ouest de Nouakchott, dont une femme. Cette dernière, qui se convertit à l'islam pendant sa captivité, est relâchée le . Les deux autres otages, Albert Vilalta et Roque Pascual, sont libérés le 23 août de la même année en échange d'une rançon de huit millions d'euros[240],[241],[242]. La France dénonce l'attitude espagnole dans le règlement de cette affaire[243].

Le , un couple d'Italiens, Sergio Cicala et Philomène Kaboré — également de nationalité burkinabée — sont enlevés par les hommes de Djamel Okacha à la frontière entre le Mali et la Mauritanie. Ils sont libérés le [244].

Michel Germaneau, un humanitaire et ancien ingénieur français, est enlevé par la katiba d'Abou Zeïd le à In Abangharet dans le nord du Niger[245],[246]. Le , AQMI annonce avoir exécuté l'otage français en représailles au raid de l'Akla mené par l'armée mauritanienne et l'armée française[247]. Âgé, malade et privé de traitement médical, Michel Germaneau pourrait en réalité avoir succombé à une insuffisance cardiaque[246],[248]. Cependant, selon Béchir Bessnoun, un combattant tunisien d'AQMI arrêté au Mali en 2011 lors d'une tentative d'attentat contre l'ambassade de France à Bamako, Michel Germaneau a été exécuté dans l'Adrar Tigharghar. Il aurait été tué de la main d'Abdelkrim al-Targui, d'une balle à la tête, sur un ordre donné par Abou Zeïd et Djamel Okacha. Bessnoun ajoute que la vidéo de son exécution était montrée aux nouvelles recrues d'AQMI mais qu'elle n'a jamais été diffusée sur internet[249],[250],[246]. Le , l'armée tchadienne annonce que le passeport de Michel Germaneau a été trouvé après les combats dans la vallée de l'Ametettaï[251]. Le corps de Michel Germaneau n'a pas été retrouvé[246].

Manifestation à Marseille, le , pour la libération de Pierre Legrand, Marc Feret, Thierry Dol et Daniel Larribe enlevés le 16 septembre 2010.

Le , sept personnes ; les Français Pierre Legrand, Françoise Larribe, Daniel Larribe, Thierry Dol, Marc Féret, le Malgache Jean-Claude Rakotoarilalao et le Togolais Alex Kodjo Ahonado, employés d'un site d'extraction d'uranium d'Areva à Arlit au Niger, sont enlevés par la katiba d'Abou Zeïd[252],[253]. La prise d'otage est revendiquée le dans un communiqué publié par Al Jazeera[254]. Après leur capture, ils sont aussitôt conduits par les djihadistes dans l'Adrar Tigharghar[255]. Françoise Larribe, Jean-Claude Rakotoarilalao et Alex Kodjo Ahonado sont libérés la nuit du 24 au 25 février 2011[256]. En revanche Pierre Legrand, Daniel Larribe, Thierry Dol et Marc Féret sont maintenus captifs dans l'Adrar des Ifoghas, qu'ils ne quittent qu'à la bataille du Tigharghâr, en [255]. Les otages sont évacués des montagnes par leurs ravisseurs au début du mois de mars[255],[257]. Ils sont finalement libérés le [252]. Entre 20 et 42 millions d'euros auraient été dépensés pour payer la rançon et les intermédiaires[258],[259],[260],[261].

Le , six djihadistes de la katiba de Belmokhtar pénètrent en plein cœur de Niamey, la capitale nigérienne, et enlèvent deux jeunes Français. Leur véhicule, poursuivi par les forces nigériennes, parvient à gagner le Mali, où il est attaqué par les forces spéciales françaises. À l'issue du combat, les djihadistes sont tués ou dispersés, mais les deux otages français perdent également la vie[262],[263].

Le , le MUJAO enlève trois travailleurs humanitaires — un Espagnol, une Espagnole et une Italienne — à Rabouni, dans les camps de Tindouf, en Algérie. Le , les trois otages européens sont relâchés près de Gao. Le MUJAO affirme que leur libération s'est faite en échange de celle de trois djihadistes, ainsi que du versement d'une rançon de 15 millions d'euros[264],[265],[266],[267],[268].

Deux autres Français, Serge Lazarevic et Philippe Verdon, sont enlevés la nuit du 23 au à Hombori par des hommes de la katiba « Al-Ansar », commandée par Abdelkrim al-Targui[229],[269],[270]. Très rapidement après leur enlèvements, les deux hommes font l'objet de toutes sortes de rumeurs rapportées par une partie de la presse française, Lazarevic est notamment un temps confondu avec un mercenaire serbe homonyme. Des journaux évoquent la possibilité qu'il puisse s'agir d'agents du gouvernement français, de « barbouzes » ou de « mercenaires ». Les ravisseurs, qui surveillent les commentaires de la presse internationale, sont alors persuadés de détenir des espions et les deux hommes sont torturés à plusieurs reprises[271],[272],[273],[274]. Le 20 mars, AQMI déclare dans un communiqué adressé à l'Agence Nouakchott d'information, que l'otage Philippe Verdon, qualifié d'« espion », a été décapité le 10 mars « en réponse à l'intervention de la France dans le nord du Mali[275],[276] ». Son corps est retrouvé le 7 juillet[277],[278]. Le lieu de sa découverte n'est cependant pas indiqué. Bientôt, un sous-officier du MNLA affirme que c'est lui qui a retrouvé la dépouille de l'otage français dans la vallée de Tahort, près de l'Adrar de Tigharghâr, lors d'une patrouille effectuée avec 14 de ses hommes et deux pick-up à la demande des forces spéciales françaises[279]. Le corps est rapatrié à Paris le 17 juillet. Le lendemain après autopsie, le parquet de Paris affirme que l'otage français a été assassiné d'une balle dans la tête. Philippe Verdon était malade, il souffrait d'un ulcère et de tachycardie et il est probable qu'AQMI ait décidé de le sacrifier en raison de ses problèmes de santé[280],[281]. En août 2013, le journaliste Serge Daniel rencontre dans la région de Gao les chefs djihadistes Abdel Hakim et Alioune Touré qui lui confirment que les problèmes de santé de Philippe Verdon s'étaient aggravés et qu'il a été exécuté par balles sur l'ordre d'un émir[282]. Serge Lazarevic est libéré [283]. Une rançon est versée et quatre hommes d'AQMI sont libérés en contrepartie[284],[285],[286],[287],[288],[289],[290].

Trois autres Occidentaux sont capturés le à Tombouctou ; le Suédois Johan Gustafsson, le Néerlandais Sjaak Rijke, et Stephen Malcolm MacGown de nationalité britannique et sud-africaine[291]. Un Allemand tente de résister, mais est tué[292]. Sjaak Rijke est délivré par les forces spéciales françaises lors d'une opération dans la région de Tessalit, au nord du Mali, le [293]. Après plus de cinq années de captivité, Johan Gustafsson est libéré le [294],[295], suivi par Stephen McGown le [296],[297].

Le , à Gao, le MUJAO capture sept diplomates algériens. À la suite de négociations secrètes, trois d'entre eux sont libérés en juillet. Cependant, après l'arrestation de trois membres d'AQMI par les forces spéciales algériennes, et en raison du refus du gouvernement algérien de les libérer, le MUJAO déclare le 1er septembre que l'un des otages, le vice-consul Taher Touati, a été exécuté[298],[299],[300],[301]. Par la suite, un autre captif, le consul Boualem Saïes, meurt en détention des suites d'une maladie. Les deux derniers otages sont finalement relâchés près de Bordj Badji Mokhtar le [302].

Le , un Franco-Portugais, Gilberto Rodrigues Leal, est enlevé à Diéma par le MUJAO. Le , le groupe jihadiste annonce à l'AFP la mort de l'otage, mais sans préciser ni la date ni les circonstances de son décès[303],[304].

Le , deux journalistes français de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, sont enlevés à Kidal par des hommes armés. Mais quelques heures plus tard le véhicule des ravisseurs tombe en panne à l'extérieur de la ville et les djihadistes exécutent les deux journalistes afin de faciliter leur fuite[305]. Quatre jours plus tard, ces assassinats sont revendiqués par des combattants de la katiba « Al Ansar »[306]. Selon RFI, un des lieutenants d'Abdelkrim al-Targui, Sedane Ag Hita, dit « Abou Abdel Hakim al-Kidali », serait directement impliqué dans cette action[307].

La , la dissidence pro-État islamique d'Al-Mourabitoune revendique l'enlèvement d'un Roumain nommé Iulian Ghergut, officier de sécurité dans une mine de manganèse de Tambao, au nord du Burkina Faso, capturé le 4 avril[308],[309]. Cependant, dans la nuit du 1er au , le Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin publie une vidéo dans laquelle il affirme détenir l'otage[310].

Le , une Suissesse nommée Béatrice Stockly est enlevée à Tombouctou pour la deuxième fois[311]. Elle avait déjà été capturée le par des hommes armés qui avaient l'intention de la revendre à AQMI. Poursuivis le lendemain par des combattants d'Ansar Dine, les ravisseurs auraient abandonné l'otage aux djihadistes après des échanges de coups de feu. Le 24 avril, à Tombouctou, Béatrice Stockly était libérée par Ansar Dine et remise à un général burkinabé et deux diplomates suisses venus par hélicoptère du Burkina Faso[312],[313]. Selon RFI, sa libération aurait été effectuée contre le paiement d'une rançon[314], ce qu'Ansar Dine avait démenti[315]. AQMI revendique le second enlèvement de Béatrice Stockly le [316].

Le , un couple d'Australiens, Jocelyn et Ken Elliott, établi depuis 40 ans au Burkina Faso, est enlevé à Djibo, près de Baraboulé. Le lendemain Hamadou Ag Khallini, responsable d'Ansar Dine, affirme que le couple a été enlevé par AQMI[317],[318]. La katiba Al-Mourabitoune d'AQMI revendique effectivement l'enlèvement le 5 février et annonce la libération sans contrepartie de Jocelyn Eliott[319],[320]. Cette dernière est effectivement libérée le 6 février[321].

Le , Jeffery Woodke, un travailleur humanitaire américain présent au Niger depuis 1992, est enlevé à Abalak, dans la région de Tahoua[322]. Le gardien de la maison et un des deux gardes nationaux en faction sont également tués au cours du raid[322].

Le , une humanitaire française, Sophie Pétronin, est enlevée à Gao[323],[324],[325],[326].

Le soir du , une religieuse colombienne, Gloria Cecilia Narvaez Argoti, est enlevée à Koutiala, dans le Sud du Mali[327],[328].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

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  298. Le MatinDZ : Tahar Touati, un des otages, exécuté par les tueurs du Mujao
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  302. RFI : Mali : deux diplomates algériens libérés par le Mujao
  303. Le Nouvel Observateur : Otage français au Mali: L'enlèvement revendiqué par le groupe islamiste Mujao
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  305. rfi : RFI sous le choc après l'assassinat de deux de ses envoyés spéciaux au Mali
  306. Le Nouvel Observateur : MALI. Aqmi revendique l'assassinat des deux journalistes de RFI
  307. RFI : Mali: ces Touaregs qui ont choisi le jihad
  308. Le groupe jihadiste Al-Mourabitoune affirme détenir un Roumain enlevé au Burkina en avril, AFP, 19 mai 2015.
  309. Al-Mourabitoune diffuse une vidéo montrant l’otage roumain I. Ghergut, RFI, 30 août 2015.
  310. Une vidéo met en scène six otages au Sahel, dont la Française Sophie Pétronin, Le Monde avec AFP et Reuters, 2 juillet 2017.
  311. Une ressortissante suisse enlevée à Tombouctou, France 24 avec AFP, 8 janvier 2016.
  312. L'Express : Mali : l'otage suisse a été libérée
  313. RFI : Mali : Ansar Dine libère l'otage suisse à Tombouctou
  314. Mali: enlèvement d'une ressortissante suisse à Tombouctou, RFI, 8 janvier 2016.
  315. Serge Daniel, Mali: Béatrice Stockly, la captive du désert, enlevée pour la deuxième fois, AFP, 15 janvier 2016.
  316. Mali : des djihadistes revendiquent l'enlèvement de Béatrice Stockly, AFP, 26 janvier 2016.
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  318. Les Burkinabè se mobilisent pour deux humanitaires australiens enlevés par des jihadistes, France 24, 19 janvier 2016.
  319. Aqmi revendique l'enlèvement du couple australien au Burkina Faso, France 24 avec Reuters, 5 février 2016.
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  322. a et b Niger : ce que l’on sait de Jeffery Woodke, l’Américain enlevé dans le centre du pays, Le Monde avec AFP, 16 octobre 2016.
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