Guerre civile somalienne

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Guerre civile somalienne
Description de cette image, également commentée ci-après
Situation en mars 2017.
  • Territoire contrôlé par le gouvernement somalien et ses alliés.
  • Territoire contrôlé par l'État auto-proclamé du Somaliland.
  • Territoire contrôlé par le groupe al-Shabab et ses alliés.
  • Territoire contrôlé par le Khatumo.
  • Territoire disputé par le Somaliland et le Puntland.
  • Territoire contrôlé par des forces locales et des tribus non-alignées.
Informations générales
Date - en cours
(28 ans, 9 mois et 16 jours)
Lieu Somalie
Issue En cours

Batailles

Opération des Nations unies en Somalie I et II (1992-1995)
Guerre civile somalienne (depuis 2006)
Attaques d'Al-Shabbaab au Kenya

La guerre civile somalienne a commencé, selon les sources, au mois d'avril 1978 avec l'éclatement de violences tribales contre le président Siad Barre[1], ou le 26 janvier 1991 avec la chute de ce dernier et l'effondrement de l'Etat somalien. Ce dernier ne s'est jamais relevé et la guerre civile est toujours en cours aujourd'hui.

Vers la guerre civile[modifier | modifier le code]

Article détaillé : République démocratique somalie.

Dès les années qui suivirent l'indépendance, la Somalie est déchirée par le tribalisme. Chaque tribu, chaque clan voire chaque sous-clan a son propre parti[1]. En 1969, le général Siad Barre prend le pouvoir et tente de venir à bout du tribalisme en promouvant un nationalisme pansomali[1]. Il appartient au clan Mrehan des Darod[1]. Mis en difficulté avec sa défaite à l'issue de la guerre de l'Ogaden en 1978, de plus en plus contesté, il affronte un regain de tensions tribales et finit par prendre à son tour appui sur les tribus[1]. Son pouvoir finit par ne plus reposer que sur trois clans du groupe Darod : les Marehan (son propre clan), les Ogadeni et les Dhulbahante[1].

A l'issue d'une mutinerie déclenchée en 1978 par des officiers d'un clan Darod, les Majeerteen, une répression féroce s'ensuit qui aboutit au déclenchement d'une guerre civile[1].

Début de la guerre civile et chute de Siad Barre (1978-1991)[modifier | modifier le code]

Une affiche de Siad Barre à Mogadiscio.

Le régime affronte une résistance intérieure armée et organisée par le Somali Salvation Democratic Front (SSDF) et le Somali National Movement (SNM), créés respectivement en 1979 et 1981. Le premier est un mouvement principalement composé de Majeerteen et soutenu par les autorités éthiopiennes[2]. Il est rejoint par le second, qui rassemble quant à lui des clans du groupe Issaq (et qui bénéficient eux aussi d’une aide éthiopienne)[2].

Le président Siad Barre instaure un climat de terreur contre différents clans jugés menaçants.

En 1988, le SNM lance une offensive militaire. Il s'empare de Burao le 27 mai et d'une partie de Hargeisa le 31. Les deux villes sont lourdement bombardées par les forces gouvernementales en juin de la même année. Le 14 juillet 1989, les Bérets rouges massacrent 450 musulmans manifestant dans Mogadiscio contre l'arrestation de leurs dirigeants religieux. À partir de ce moment, les États-Unis prennent leurs distances avec le régime de Siad Barre[3].

Le 6 juillet 1990, un match de football tourne à l'émeute à la suite d'un discours du président Mohammed Siad Barre. Soixante-deux personnes sont tuées et deux cents autres sont blessées[4]. Le 2 octobre, le Somali National Movement (SNM), le Somali Patriotic Movement (SPM) et l'United Somali Congress (USC), le mouvement porté par me groupe Hawiyé, signent un accord pour la mise en place d'un gouvernement de transition jusqu'à d'éventuelles élections[5]. Le 23 octobre, une manifestation pour la libération de prisonniers politiques déclenche un affrontement avec les forces de police[6].

Des affrontements ont lieu mi-novembre entre les forces gouvernementales et l'USC, et tournent à l'avantage des rebelles. Le clan Maheran est le dernier soutien du régime[1]. Le 1er décembre, le ministre de la défense appelle à la mobilisation générale[7]. Le 20 décembre, une fusillade éclate à l'aéroport de Mogadiscio, tuant un inspecteur de police[8]. Une centaine de soldats sont tués lors de combats entre les forces gouvernementales et les opposants au régime, qui ont désormais infiltré la capitale et ses banlieues[9]. Six cents Éthiopiens réfugiés en Somalie sont massacrés à Belet-Weyni par un groupe d'homme armés. Six camps de réfugiés accueillant environ 75 000 personnes, sont également attaqués. Vingt mille réfugiés parviennent à gagner l’Éthiopie[10].

Le 27 janvier 1991, les rebelles prennent le palais présidentiel[11]. Deux jours plus tard, l'USC nomme Ali Mahdi Mohamed chef de l'État par interim en remplacement de Siad Barre, en fuite vers le sud du pays[12]. Ali Mahdi, un Hawiyé du clan Abgaal, est préféré au général Mohamed Farrah Aïdid, un Hawiyé du clan Haber Guedir[13], ce qui ne tarde pas à faire éclater l'USC.

Renversement du président Ali Mahdi Mohamed (1991)[modifier | modifier le code]

Le pays est la proie des combats entre les mouvements armés victorieux[14].

Les seigneurs de guerre somaliens profitent de la présence d’une importante quantité d’armes dans la région à la suite du démantèlement simultané des armées de Mengistu Haile Mariam et de Siad Barre[13]. Le 17 mai, dans la ville de Burao, le SNM, principal mouvement de guérilla dans le nord, décide de former un gouvernement indépendant[15] qu'ils nomment « République du Somaliland »[16].

Le président Ali Mahdi Mohamed s'emploie pour sa part à chasser de Mogadiscio ses anciens alliés Darod des clans Majeerteen et Ogaden[1].

Le 21 juillet, les six mouvements politiques somaliens (hormis le SNM) signent à Djibouti un accord de partage des pouvoirs et confirment le président par interim pour deux années supplémentaires[17]. Malgré les accords, trois cents personnes sont tuées à la suite de nouveaux combats entre factions rivales à Mogadiscio[18].

Le 19 novembre, les troupes du général Aïdid renversent le président Ali Mahdi Mohamed. Le rival du président au sein de l'United Somali Congress prend le contrôle du palais présidentiel et de la radio nationale. Le lendemain, les combats font rage dans les quartiers est de la capitale[19], faisant près de mille morts et six mille blessés en douze jours[20].

Intervention des Nations unies (1992-1995)[modifier | modifier le code]

Déroulement des opérations[modifier | modifier le code]

Des Somaliens attendent l'arrivée du ravitaillement américain.
Un C-130 américain dans le cadre de l'opération Restore Hope.
Des Condor des Forces armées malaisiennes en Somalie sous les couleurs des Nations Unies.
Un hélicoptère américain en patrouille au-dessus de Mogadiscio.
Institutrices et infirmières de Mataban (en) saluant l'arrivée des militaires allemands, 18 décembre 1993.

Le 21 janvier 1992, le secrétaire général des Nations unies, Boutros Boutros-Ghali, demande au Conseil de sécurité de faciliter une solution pacifique au conflit somalien[21]. Deux jours plus tard, le Conseil de sécurité décrète un embargo sur les livraisons d'armes[22]. Les deux factions rivales signent un dixième cessez-le-feu à Mogadiscio le 3 mars, sur fond d'attentats à la bombe[23]. Le 17 mars, les Nations unies envoient une mission technique d'une vingtaine de militaires et civils à Mogadiscio pour superviser un éventuel cessez-le-feu[24]. Boutros Boutros-Ghali nomme Mohamed Sahnoun représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour la Somalie[25].

Les pillards sèment la terreur au cœur de la capitale et les victimes de la faim se comptent par milliers[26]. Des organisations non gouvernementales demandent l'envoi d'une aide humanitaire massive[27].

Après une tentative avortée pour reprendre le pouvoir dans la capitale[28], l'ex-président Siad Barre et ses deux mille partisans se réfugient au Kenya[29]. Le 24 avril, le Conseil de sécurité de l'ONU accepte le déploiement d'une cinquantaine d'observateurs non armés dans Mogadiscio[30]. Plusieurs milliers de boat people fuyant un pays ravagé par la famine et la guerre civile échouent sur les côtes du Yémen[31].

En juillet, les Nations unies préparent une opération humanitaire d'envergure[32]. Le 12 août, le Conseil de sécurité décide le déploiement d'une force armée de 500 hommes destinée à escorter l'aide humanitaire[33]. Dans le port de Kismaayo, au sud de la capitale, des bandes armées pillent 200 tonnes de céréales provenant d'une cargaison du Programme alimentaire mondial[34]. Du 28 août au 11 septembre, le port de Mogadiscio est fermé à la suite de pillages[35]. Un pont aérien est mis en place avec Djibouti pour venir en aide aux victimes de la famine[36]. À l'aide européenne s'ajoute l'aide américaine et africaine dans le cadre de l'opération Provide Relief[37].

Les Nations unies autorisent le déploiement de 3 000 « gardes bleus » supplémentaires pour assister l'aide humanitaire occidentale[38]. Au Kenya, le manque d'eau potable et de médicaments provoque la mort d'environ 400 réfugiés somaliens par semaine selon un représentant du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés[39]. Dans les régions retirées du pays, le Programme alimentaire mondial commence à larguer de la nourriture par voie aérienne[40].

Le 1er décembre 1992, le Conseil de sécurité de l'ONU approuve le déploiement d'une force d'environ 30 000 hommes sous commandement américain, la première mise en pratique d'un droit d'ingérence humanitaire, qui ne figure encore nulle part dans les conventions internationales[41]. Des journalistes par centaines débarquent à Mogadiscio, augurant l'arrivée prochaine du corps expéditionnaire[42]. Mille huit cents marines américains débarquent le 10 décembre et s'emparent sans incident du port et de l'aéroport de la capitale[43]. L'administration américaine estime que la mission sera « techniquement facile » et le terrain favorable à une action de la force[13].

Le général Mohamed Aidid et Ali Mahdi signent un accord de paix le lendemain. Ils invitent leurs compatriotes à s'engager dans la cessation des hostilités[44].

Au début de l'année 1993, le nombre de militaires déployés dans le cadre de l'opération Restore Hope s'élève à 28 870, dont 20 515 Américains et 2 454 Français[45].

Dans l'ensemble du pays, les factions claniques rivales se font désormais face sans se livrer combat. Elles replient leur matériel lourd et cherchent à ne pas attirer l'attention de la force internationale en attendant une situation plus favorable. Dans la capitale, le général Aïdid, mis à l'écart des conférences de paix, rassemble l'ensemble des factions autour de la lutte contre les États-Unis, désigné comme ennemi commun. Les États-Unis soutiennent Ali Mahdi Mohamed, jugé plus convenable[13].

Le 4 mai 1993, l'ONU prend le commandement de la force internationale[46].

Dans la nuit du 7 au 8 juin, à Mogadiscio, des combats éclatent entre les troupes du général Mohamed Aidid et les casques bleus, provoquant la mort de 23 Pakistanais[47]. Quatre jours plus tard, les forces onusiennes répliquent par une offensive aérienne, suivie d'une opération terrestre, effectuée avec des hélicoptères, des avions AC 130 ainsi que des canons américains[48]. Des manifestations contre la force sont réprimées violemment par les casques bleus, tuant quatorze civils[49] Le 17 juin, les casques bleus prennent d'assaut la résidence du général Mohamed Aidid mais ce dernier parvient à s'échapper[50]. Le 23 juin, l'ONUSOM lance une campagne contre le général Aïdid qui va tourner à la « guerre personnelle » contre celui-ci[51].

La guérilla urbaine tourne au profit de ce dernier qui accumule les succès et voit son prestige augmenter dans la capitale. Les combats culminent avec les événements des 3 et 4 octobre au cours desquels deux hélicoptères américains sont abattus, provoquant la mort de douze soldats américains[13].

Article détaillé : Bataille de Mogadiscio (1993).

Dès le 11 octobre, les États-Unis engagent des négociations avec des représentants du clan du général Aïdid, les Haber Guedir[52]. Le 18 novembre, le général Aidid fait une apparition publique devant quatre mille partisans[53].

Au sud du pays, les combats font rage à Kismaayo entre des miliciens du colonel Omar Jess, alliés du général Aïdid, et les hommes de Mohamed Saïd Hersi « Morgan », alliés de l'ancien président Ali Mahdi[54].

Au mois de mars 1994, les derniers soldats américains quittent le territoire somalien. Au même moment, un accord de réconciliation est signé entre les deux chefs hawiyé, le général Aïdid et Ali Mahdi Mohamed, mais sans rien régler[1]. A partir du mois d'août, le chaos est total dans la capitale[1].

Le 2 mars 1995, les derniers casques bleus quittent la Somalie[55].

Critique de l'action des Nations Unies[modifier | modifier le code]

En 1994, le diplomate algérien et ancien représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour la Somalie Mohamed Sahnoun a publié un livre en anglais "Somalia: The Missed Opportunities"[56] (Somalie: les occasions manquées) dans lequel il analyse les raisons de l'échec de l'intervention de l'ONU en Somalie en 1992. Il montre que, entre le début de la guerre civile en 1988 et l'effondrement du régime de Siad Barre en janvier 1991, les Nations unies ont manqué au moins trois occasions de prévenir des drames humanitaires majeurs. Lorsque les Nations unies ont voulu fournir une aide humanitaire, leur performance a été largement dépassée par celles des organisations non gouvernementales, dont la compétence et le dévouement ont mis en évidence par contraste la prudence excessive et l'inefficacité bureaucratique des Nations unies. Il appelait en conclusion à des réformes radicales de l'Organisation des Nations unies[57].

Morcellement du pays (1995-2004)[modifier | modifier le code]

Après le départ de l'ONUSOM, les affrontements reprennent dans Mogadiscio entre les hommes d'Ali Mahdi et de Mohamed Aidid. Ce dernier trouve la mort au cours de ces combats, dans la nuit du 1er au 2 août 1996. Son fils, Hussein Farah Aidid, ancien soldat de l'armée américaine[58], reprend la tête du mouvement de son père, l'United Somali Congress/Somali National Alliance (USC/SNA), sa milice tribale est composée, au sein du clan des Haber Guedir de la tribu Hawiyé, de son sous-clan, les Saad[1].

En 1997 et en 1998, l'Éthiopie intervient militairement en Somalie pour détruire les forces rebelles de l'Ogaden National Liberation Front (ONLF).

Le 24 juillet 1998, une nouvelle sécession sous l'impulsion de plusieurs clans Darod dirigée par Abdullahi Yusuf Ahmed, un Majeerteen, aboutit à la création de l'État du « Puntland » au nord-est du pays[1].

En 1999, deux nouvelles entités politiques voient le jour : le « Jubaland » au sud-ouest du pays et le « Hiranland » au nord de la capitale.

À partir de 1999 s'affrontent les intérêts diplomatiques des pays de la Ligue arabe et de l'Éthiopie. Tandis que les premiers, avec l'Égypte et les islamistes somaliens, souhaitent l'unification du pays, Addis-Abeba soutient la création d'un État fédéral[13].

En août 2000, la conférence de paix d'Arta à Djibouti aboutit à l'élection du président du Gouvernement fédéral de transition. Deux mois plus tard, le président Abdiqasim Salad Hassan et ses 245 membres du parlement quittent Djibouti pour Mogadiscio. Ce gouvernement obtient rapidement une reconnaissance internationale. Il occupe le siège de la Somalie aux Nations unies, à l’Organisation de l'unité africaine, à l'IGAD et à la Ligue arabe laissés longtemps vacants[59].

Le morcellement du pays, les affrontements autour des ports et de la capitale, et l'intervention éthiopienne provoquent la ruine de l'économie somalienne et l'explosion de la piraterie maritime. Les pêcheurs, ruinés par la guerre et le pillage des ressources halieutiques par des sociétés de pêche étrangères, se convertissent progressivement à la piraterie à partir de 1991[60].

En 2002, après plusieurs échecs, une nouvelle conférence de paix s'ouvre sous l'égide de l'IGAD. Au mois de juillet 2003, un accord est trouvé entre les parties reposant sur la mise en place d'un système fédéral[1].

En 2004, le Parlement fédéral de transition de la République de Somalie, exilé au Kenya en raison des affrontements entre seigneurs de la guerre à Mogadiscio, et formé en nombres égaux de représentants de chacun des quatre grands clans somalis, élit en tant que président intérimaire Abdullahi Yusuf Ahmed, président de la région du Puntland. À la tête du Gouvernement fédéral de transition (GFT), celui-ci nomme Ali Mohamed Gedi, un vétérinaire de profession, en tant que Premier ministre. Toutefois, son gouvernement doit rester en exil au Kenya[1].

Émergence du Chabab et mise en place de l'AMISOM (2004-2009)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Somalie (depuis 2006).

En 2004, un mouvement mouvement fait son apparitions sur la scène somalienne : les Tribunaux islamiques, un conglomérat de groupes hétérogènes au point de vue tribal, idéologique mais rassemblé autour du mot d'ordre : « l'islam est notre seul clan »[1]. Sa milice, les Shebab, conquièrent en quelques mois une partie de la Somalie et menacent Mogadiscio.

En février 2006, des seigneurs de la guerre s'allient une Alliance pour la restauration de la paix et contre le terrorisme, soutenue par Washington, pour combattre l'Union des tribunaux islamiques. Les deux coalitions rivales se sont combattus à Mogadiscio (en) durant l'année 2006. En juin 2006, les tribunaux islamiques s'emparent de la capitale puis du dernier bastion de l'alliance des chefs de guerre, Jowhar, à 90 km.

Un ordre relatif avait été établi en 2006 par l'Union des tribunaux islamiques, mais les dissensions internes dans cette coalition, la guerre déclarée au gouvernement transitionnel par les islamistes radicaux, et les conflits inter-claniques ou entre seigneurs de guerre reprennent. Cette union est hétérogène et inclut aussi bien des radicaux, tels que Hassan Dahir Aweys, que des modérés, dont Sharif Ahmed, qui a été élu président du gouvernement de transition en janvier 2009.

Le , pour empêcher la chute du GFT, l'armée éthiopienne pénètre sur le territoire somalien. Elle n'a pas de mandat international mais le soutien des Etats-Unis[1]. En quelques jours, les forces de l'Union des tribunaux islamiques sont mises en déroute : les troupes éthiopiennes, alliées au gouvernement de transition, entrent dans Mogadiscio (en) le 28 décembre 2006, boutant les tribunaux islamiques hors de la capitale.

Cette période est celle de l'émergence du Harakat al-Chabab al-Moudjahidin, le « mouvement des jeunes combattants », appelé aussi simplement le Chabab, qui est un groupe terroriste islamiste somalien d'idéologie salafiste djihadiste issu de la fraction la plus dure de l'Union des tribunaux islamiques. Son fondateur est Aden Hashi Farah « Ayro ».

Le 6 décembre 2006, la résolution 1725 du Conseil de sécurité des Nations unies, prise à l'unanimité du Conseil le sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies, autorise le déploiement d'une « mission de protection et de formation en Somalie » par les États membres de l'Union africaine et de l'IGAD (ou Autorité intergouvernementale pour le développement), pour « protéger les membres des institutions fédérales de transition », former leurs forces de sécurité et « suivre les progrès réalisés par les institutions fédérales de transition et l’Union des tribunaux islamiques dans l’application des accords issus » de la déclaration de Khartoum de septembre 2006[61]. De plus, la résolution « approuve les dispositions du plan de déploiement de l’IGAD selon lesquelles les États limitrophes de la Somalie ne déploieraient pas de troupes dans ce pays »[62], excluant ainsi les forces éthiopiennes.

Le président intérimaire Abdullahi Yusuf Ahmed, le , réclame « l'application immédiate du déploiement d'une force de paix africaine » dans son pays sur la base de la résolution 1725. Le 19 janvier, l'Union africaine décide de déployer une force de maintien de la paix d'environ 8 000 hommes, l'AMISOM. Entre-temps, le , un AC-130 de l'armée américaine bombarde en Somalie un bastion de terroristes affiliés à Al-Qaïda, la première intervention revendiquée par Washington sur le territoire somalien depuis son départ de 1993. Les cibles seraient des combattants islamistes soupçonnés d'avoir participé aux attentats contre les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie en 1998.

L'AMISOM chasse les Tribunaux islamiques de Mogadiscio en décembre de la même année.

Toutefois, après la défaite de l'Union des tribunaux islamiques (UTI), une Alliance pour la relibération de la Somalie (ARS) soutenue par l'Erythrée est créé qui rassemble tous les opposants au GFT et à la présence éthiopienne : les Shebabs, Sharif Ahmed, ancien chef de l'UTI, Hassan Dahir Aweys, ancien dirigeant du mouvement AIAI (Al-Ittihad al-Islami), ainsi que Hussein Mohamed Farah, fils du défunt général Mohamed Farah Aïdid.

Depuis 2007, Al-Shebab, qui a introduit la tactique des attentats-suicides en 2008, est le principal groupe radical qui lutte contre les institutions de transitions.

En août 2008, ils reprennent le port de Kismaayo, qui est situé près du Kenya et est la troisième ville du pays, à l'ex-ministre Barre Adan Shire Hiiraale (en)[63]. Ils y désarment les milices locales afin de rétablir l'ordre[64]. Parallèlement, ils instaurent la charia dans sa version la plus radicale, y compris pénale (lapidation d'une adolescente de 13 ans, coups de fouet pour des femmes portant des soutiens-gorge[65] et pour hommes ayant fumé du haschisch, etc.[66],[67]). Ils détruisent aussi sites religieux (chrétiens et soufis)[67].

En décembre 2008, les soldats éthiopiens se retirent de Somalie laissant derrière eux un contingent de l'AMISOM, composé de 3 400 soldats burundais et ougandais, pour aider le fragile gouvernement fédéral de Transition somalien[68]. Après le retrait éthiopien de Somalie, la moitié sud du pays tombe rapidement dans les mains des rebelles islamistes radicaux.

Le , les shebabs attaquent Mogadiscio et capturent la plupart des quartiers de la ville[69], mais ne parviennent pas à renverser le gouvernement, qui maintient son contrôle sur quelques kilomètres carrés de la capitale.

Élection à la présidence de Sharif Ahmed (janvier 2009)[modifier | modifier le code]

Au mois de décembre 2008, le parlement somalien, replié à Djibouti, élit Sharif Sheikh Ahmed, un Hawiyé du clan Abgaal[1] et ancien responsable de l'UTI issu de sa tendance la plus modérée.

En février 2009, plusieurs groupes islamistes se rassemblent au sein du Hizbul Islam, notamment une partie de l'UTI et une fraction des Chababs dirigée par Ahmed Abdi Godane[1].

En 2009, le Chabab se déclare en guerre contre le gouvernement du nouveau président somalien Sharif Ahmed, des Tribunaux islamiques. Après son succès initial, le groupe, qui contrôlait une partie du pays en 2008, est obligé de se replier en 2011 face aux offensives de l'armée somalienne appuyée par l'Union africaine.

La faillite de l'Etat somalien a aussi abouti à l'explosion du phénomène de piraterie autour de la Corne de l'Afrique, affectant le commerce international.

Intervention kenyane[modifier | modifier le code]

En octobre 2011, l'armée kényane intervient dans le conflit, lançant l'opération Linda Nchi (« protéger le pays » en swahili) contre les positions d'Al-Shabaab.

À partir de 2011, le Chabab subit une série de revers faces aux offensives des forces gouvernementales somaliennes, de la Mission de l'Union africaine en Somalie et de l’armée kényane. Il doit abandonner Mogadiscio en août 2011 puis les principales villes qu’ils contrôlaient en 2012. En janvier 2012, les shebabs perdent ainsi la ville de Beledweyne[70].

En octobre 2014, il quitte également Brava, le dernier port d'importance[71],[72].

Le 8 septembre 2012, les députés élisent un nouveau président, Hassan Sheikh Mohamoud, Haweye du clan Abgaal comme son prédécesseur (contre qui il a été élu)[73] et réputé proche des Frères musulmans.

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Entre 1988 (soit avant la chute de Siad Barre, en janvier 1991) et 2015, la guerre civile aurait fait en Somalie quelque 500 000 morts selon la CIA et l'ONU : la majorité des morts ne sont cependant pas morts au combat, mais de famines répétitives, de nombreuses privations, dont celles des soins médicaux. Pour la seule période qui va de 1992 à 1994, on estime que plus de 100 000 Somaliens sont morts des conséquences de la famine.

Un grand nombre de Somaliens a fui le pays, et les candidats au départ sont encore nombreux : les chiffres des Somaliens en exil à l'étranger ne sont pas connus avec précision, tant le pays est dans le chaos. De même, on ne connait pas les chiffres de la population somalienne, et généralement, elle est créditée de 10 à 12 millions d'individus, en considérant les chiffres démographiques d'avant 1991, mais l'ONU et l'UNICEF craignent que le chiffre de la population en Somalie soit bien inférieur à 10 millions d'individus, et plutôt à situer entre 8 et 9 millions d'habitants. Les personnes de plus de 65 ans sont moins nombreuses proportionnellement que celles des pays voisins, et la mortalité infantile est plus élevée.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q r et s Bernard Lugan, Les guerres d'Afrique : Des origines à nos jours, Editions du Rocher, , 300 p. (ISBN 978-2268075310), p. 269-275
  2. a et b Jean-Christophe Mabire, « Somalie, l'interminable crise », Hérodote, vol. 111, no 4,‎ , p. 57-80 (lire en ligne)
  3. (en) « Brief background on nation », Permanent Missions of the Somali Republic to the United Nations, 2004.
  4. (fr) SOMALIE : massacre sur un stade. Soixante-deux morts en présence du président, Le Monde, 11 juillet 1990.
  5. (fr) SOMALIE : La nomination du nouveau chef de l’État est déjà contestée, Le Monde, 1er février 1991.
  6. (fr) SOMALIE : trois tués lors de la manifestation du 23 octobre., Le Monde, 26 octobre 1990.
  7. (fr) SOMALIE : appel du gouvernement à la "mobilisation générale". Les rebelles marquent des points, Le Monde, 6 décembre 1990.
  8. (fr) SOMALIE : fusillade à l'aéroport de Mogadiscio., Le Monde, 22 décembre 1990.
  9. (fr) L'aggravation de la guerre civile en Somalie, Le Monde, 26 décembre 1990.
  10. (fr) SOMALIE : Des dizaines de milliers de civils continuent à fuir vers l’Éthiopie, Le Monde, 2 février 1991.
  11. (fr) SOMALIE : Les rebelles rejettent une offre de démission du président Siyaad Barre, Le Monde, 29 janvier 1991.
  12. (fr) SOMALIE : la chute de M. Syaad Barré. M. Ali Mahdi Mohamed a été nommé président, Le Monde, 30 janvier 1991.
  13. a b c d e et f (fr) Jean-Christophe Mabire, « Somalie, l'interminable crise », Hérodote no 111, 2003.
  14. (fr) SOMALIE : deux mois après la chute du président Syad Barré, Le Monde, 4 avril 1991.
  15. (fr) SOMALIE : Les populations du Nord vont se doter d'un gouvernement indépendant, Le Monde, 21 mai 1991.
  16. (fr) SOMALIE : Les ex-maquisards nordistes proclament la "République du Somaliland", Le Monde, 26 mai 1991.
  17. (fr) SOMALIE : signature d'un accord entre six mouvements politiques, Le Monde, 23 juillet 1991.
  18. (fr) SOMALIE : tension à Mogadiscio. Au moins trois cents personnes ont été tuées en deux jours, Le Monde, 11 septembre 1991.
  19. (fr) SOMALIE : Les combats font rage à Mogadiscio, Le Monde, 22 novembre 1991.
  20. (fr) SOMALIE : plus de mille personnes tuées en douze jours. Mogadiscio, ville "ruinée, dévastée, affamée", Le Monde, 1er décembre 1991.
  21. (fr) SOMALIE : Les Nations unies s'apprêteraient à engager une médiation, Le Monde, 23 janvier 1992.
  22. (fr) SOMALIE : Le Conseil de sécurité de l'ONU a décrété un embargo sur les livraisons d'armes, Le Monde, 25 janvier 1992.
  23. (fr) SOMALIE : dixième cessez-le-feu à Mogadiscio, Le Monde, 5 mars 1992.
  24. (fr) SOMALIE : envoi d'une nouvelle mission de l'ONU, Le Monde, 19 mars 1992.
  25. Source : communiqué des Nations-Unies
  26. (fr) Somalie : la famine et la peur dans Mogadiscio, Le Monde, 4 avril 1992.
  27. (fr) SOMALIE : Les combats à Mogadiscio auraient fait 14 000 morts en cinq mois, Le Monde, 28 mars 1992.
  28. (fr) SOMALIE : Regain d'inquiétude après l'échec d'une attaque de Mogadiscio par l'ex-président Syad Barre, Le Monde, 25 avril 1992.
  29. (fr) SOMALIE : L'ex-président Syad Barre s'est réfugié au Kenya, Le Monde, 2 mai 1992.
  30. (fr) SOMALIE : L'ONU a décidé d'envoyer cinquante observateurs à Mogadiscio, Le Monde, 26 avril 1992.
  31. (fr) YÉMEN : fuyant la guerre civile en Somalie Plusieurs milliers de "boat people" ont été recueillis à Aden, Le Monde, 2 juillet 1992.
  32. (fr) SOMALIE : Le Conseil de sécurité de l'ONU charge une mission technique de préparer une opération humanitaire d'envergure, Le Monde, 29 juillet 1992.
  33. (fr) SOMALIE : après un accord avec la principale faction armée l'ONU va déployer 500 gardes armés pour veiller à l'acheminement des secours à Mogadiscio, Le Monde, 14 août 1992.
  34. (fr) Une cargaison d'aide humanitaire a été pillée en Somalie, Le Monde, 18 août 1992.
  35. (fr) SOMALIE : fermé le 28 août à la suite de pillages le port de Mogadiscio a été rouvert, Le Monde, 13 septembre 1992.
  36. (fr) SOMALIE : La mobilisation internationale contre la famine s'accélère, Le Monde, 21 août 1992.
  37. (fr) SOMALIE : la famine et la guerre. Plusieurs milliers de réfugiés sont dans une situation "désespérée", Le Monde, 23 août 1992.
  38. (fr) Un pont aérien contre la famine. Les États-Unis se mobilisent pour aider la Somalie, Le Monde, 30 août 1992.
  39. (fr) SOMALIE : Chaque semaine Les réfugiés meurent par centaines, Le Monde, 16 septembre 1992.
  40. (fr) SOMALIE : les parachutages de nourriture ont commencé, Le Monde, 17 septembre 1992.
  41. (fr) SOMALIE : l'arrivée imminente du corps expéditionnaire américain, Le Monde, 3 décembre 1992.
  42. (fr) L'intervention en Somalie. Des journalistes par centaines, Le Monde, 9 décembre 1992.
  43. (fr) Le corps expéditionnaire à pied d'œuvre à Mogadiscio, Le Monde, 10 décembre 1992.
  44. (fr) SOMALIE : L'accord entre les deux chefs de guerre devrait permettre l'acheminement des secours, Le Monde, 13 décembre 1992.
  45. (fr) SOMALIE : à la réunion des chefs de factions à Addis-Abeba, Le Monde, 7 janvier 1993.
  46. (fr) SOMALIE : cinq mois après le début de l'opération "Rendre l'espoir" l'ONU prend le commandement des forces étrangères, Le Monde, 5 mai 1993.
  47. (fr) SOMALIE : après les combats de samedi. La situation reste tendue à Mogadiscio, Le Monde, 9 juin 1993.
  48. (fr) L'offensive militaire des Nations unies en Somalie, Le Monde, 13 juin 1993.
  49. (fr) SOMALIE : Manifestations sanglantes à Mogadiscio, Le Monde, 15 juin 1993.
  50. (fr) Mission inachevée des "casques bleus" en Somalie, Le Monde, 19 juin 1993.
  51. (fr) SOMALIE : une prime pour la capture du général Aïdid, Le Monde, 25 juin 1993.
  52. (fr) SOMALIE : Les armes font place à la diplomatie, Le Monde, 13 octobre 1993.
  53. (fr) SOMALIE : Le général Aïdid est sorti de la clandestinité, Le Monde, 20 novembre 1993.
  54. (fr) SOMALIE : Soixante personnes auraient été tuées lors de combats entre factions rivales dans le port de Kisimayo, Le Monde, 15 février 1994.
  55. (fr) Les derniers « casques bleus » de l'ONU ont quitté la Somalie, Le Monde, 4 mars 1995.
  56. USIP Press Books, octobre 1994, (ISBN 978-1-878379-35-1)
  57. Revue du livre par Gail M. Gerhart dans le mensuel américain Foreign Affairs de mars/avril 1995 [1]
  58. (fr) SOMALIE : L'un des fils du général Aïdid dans l'armée américaine, Le Monde, 12 octobre 1993.
  59. (en) Dr. Andre Le Sage, « Stateless Justice in Somalia », Centre for Humanitarian Dialogue, 2005-2009.
  60. (fr) Alain Gascon, « La piraterie dans le golfe d’Aden : les puissances désarmées ? », Hérodote n°134, 2009.
  61. Résolution 1725 du Conseil de sécurité de l'ONU
  62. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées R1725
  63. 'Scores dead in Somalia fighting', Al Jazeera, 23 août 2008
  64. SOMALIA: Thousands displaced as insurgents take control of Kismayo, IRIN (projet de l'ONU), 25 août 2008
  65. « Fouettées pour un soutien-gorge », sur http://www.radio-canada.ca, Radio-Canada, (consulté le 6 novembre 2009)
  66. Voir la Proposition de résolution commune déposée au Parlement européen le 19 novembre 2008
  67. a et b Somali fighters destroying shrines, Al Jazeera, 20 décembre 2008
  68. (fr) « L'armée éthiopienne commence à se retirer de Somalie », Le Monde, 2 janvier 2009.
  69. (fr) « Plus de 400 morts et 18 000 déplacés à Mogadiscio en une semaine », Le Monde, 15 mai 2009.
  70. « Somalie : la ville de Beledweyne, symbole de la résistance des shebabs », RFI, 26 novembre 2013.
  71. « Les shebab perdent leur dernier port », sur Le Figaro, (consulté le 5 octobre 2014).
  72. « Somalie: les shebab perdent du terrain et quittent Barawe », sur Radio France internationale, (consulté le 5 octobre 2014).
  73. Bernard Lugan, Les guerres d'Afrique : Des origines à nos jours, Editions du Rocher, , 300 p. (ISBN 978-2268075310), p. 269-275