Improvisation musicale

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En musique, l'improvisation est le processus par lequel le musicien improvisateur crée ou produit une œuvre musicale spontanée, imaginaire ou ex nihilo, en se servant de sa créativité dans l'instant, de son savoir technique et théorique et parfois aussi du hasard.

Idée d'improvisation[modifier | modifier le code]

L'improvisation est souvent associée à des notions telles que la spontanéité, le hasard, l'inspiration. Cependant, l'improvisation n'est pas complètement libre, ni dépourvue de règles. De même, à moins d'être figée par enregistrement, l'improvisation musicale est rarement pleinement déterminée. Il est en effet impossible d'échapper complètement aux aléas du présent dans ses moindres détails et il est donc impossible de reproduire une improvisation (ou une interprétation) à l'identique. A l'opposé, l'improvisation libre (parfois appelée musique improvisée dans le sens de « musique totalement improvisée ») vise à la situation inverse en recherchant à s'affranchir au maximum de toute règle. Ces deux situations extrêmes montrent que, plutôt que d'opposer la musique improvisée à celle qui ne l'est pas, l'improvisation musicale peut être entendue à différents degrés[1].

Harmonie avec le groupe[modifier | modifier le code]

En effet, quand on joue en groupe on ne peut mettre de côté les autres musiciens, il faut donc construire ensemble, même dans l'improvisation. De plus l'improvisation doit toucher l'attention du public, il faut une communication avec le public, il ne faut pas être le seul à comprendre ce que l'on joue. On peut donc considérer que comme dans toute communication il y a une part de sacrifice, aussi bien de la part des musiciens que de la part du public. Il arrive néanmoins que l'improvisation se déroule entre musiciens, sans la présence d'un public, notamment lors de bœuf ou de jam.

Origine[modifier | modifier le code]

Avant que n'existe un système d'écriture propre à fixer par des signes visibles une construction musicale, la musique avait toujours été purement improvisée. Même si, par l'usage, les coutumes, la fixation des traditions, un certain nombre de règles se sont progressivement mises en place, toute la musique du monde fut d'abord et avant tout improvisée et dans beaucoup de cultures elle l'est encore. C'est le cas de la musique indienne, des ragas, du gamelan balinais, des musiques arabe, chinoise, japonaise et de nombreuses autres, qui, bien que considérées comme « folkloriques » n'en sont pas moins classiques (en France, l’appellation « musiques du monde » s’applique aussi bien aux musiques traditionnelles de tous les pays qu’aux musiques classiques extra-occidentales)

L'improvisation permet parfois une sérieuse remise en question de la musique initialement jouée, participant à l'émergence de nouveaux styles musicaux.

Improvisation et composition[modifier | modifier le code]

Même si l’improvisateur et le compositeur sont dans un même état d'esprit, celui de l’acte de création, il y a une énorme différence entre improviser et composer. La composition n'est pas tributaire du temps, autorise la rature et peut ne jamais aboutir à une œuvre définitive. L'improvisation est une performance, un défi car le musicien doit produire quelque chose en temps réel.

L'improvisation classique[modifier | modifier le code]

La fixation de la musique par l'écrit n'a jamais fait cesser l'improvisation mais lui a simplement donné un cadre. Il en est ainsi, par exemple, de la musique indienne qui, tout en nécessitant de longues années d'apprentissage, est toujours improvisée, mais doit impérativement se conformer à des règles très précises.

Dans la musique occidentale, on en a un exemple frappant avec les concertos écrits au cours de la période baroque où la cadence était laissée en blanc, car le soliste devait alors improviser. Dans la basse continue, bien que le cadre soit fixé par le chiffrage proposé par le compositeur, l'instrumentiste réalisant le continuo doit partiellement improviser les voix intermédiaires et peut même introduire des imitations avec la voix du soliste. Certains genres de la musique classique occidentale écrite sont d'origine improvisatoire, tels les préludes, les toccatas, certaines fantaisies (la Fantaisie chromatique de Johann Sebastian Bach est probablement une improvisation écrite a posteriori). C'était, aux XVIIe siècle et XVIIIe siècle, la marque des plus grands musiciens de savoir improviser, sur un thème libre ou imposé. Beethoven dans ses jeunes années était très réputé pour ses improvisations au piano, et son penchant pour ce style se retrouve dans le sous-titre quasi una fantasia de ses deux Sonates pour piano opus 27 (n° 13 et n° 14).

L'improvisation à l'orgue[modifier | modifier le code]

Depuis les origines du métier d'organiste d'église, l'orgue classique a toujours été l'instrument de prédilection pour l'improvisation. Non seulement la plupart des grands organistes ont été et sont de grands improvisateurs, mais la formation musicale de l'organiste comprend nécessairement le passage par une classe ou des stages d'improvisation. Étant une discipline spécifique, il existe aussi de par le monde de nombreux concours d'improvisation. Le plus connu est le Concours International d'Improvisation de Chartres.

Les différents types de formations de l'improvisation à l'orgue[modifier | modifier le code]

Il existe trois types de formations de l'improvisation à l'orgue :

Les classes d'improvisation à l'orgue liturgique apprennent au futur organiste liturgique à être capable d'harmoniser une mélodie « à vue », accompagner un office religieux et improviser à la volée des miniatures servant de raccord ou de rallonge pour adapter le temps musical au temps liturgique. Le cas d'école est l'accompagnement musical de la communion dans l'office catholique. Celle-ci étant de durée variable et non prévisible, l'organiste liturgique doit être capable d'écourter une pièce écrite ou au contraire de « rallonger la sauce » sans que cela se remarque et il va de soi que cela relève d'un don artistique indéniable.

Les classes d'improvisation classique à l'orgue sont par contre une extension et une mise en pratique des classes d'harmonie, de contrepoint et de composition, où le futur organiste apprend à construire en temps réel une œuvre musicale correspondant à un genre déterminé : improviser une fugue, un choral, un prélude, une toccata, un concerto, etc.

Enfin, les classes d'improvisation à l'orgue forment essentiellement à l'improvisation de concert et requièrent de la part de l'élève un apprentissage conséquent. Dans ce domaine, l’école française d'orgue est dépositaire d'une solide tradition de l'improvisation transmise par des générations de grands organistes improvisateurs, au nombre desquels on ne peut manquer de citer Pierre Cochereau, Marcel Dupré et Charles Tournemire.

L'improvisation dans le jazz[modifier | modifier le code]

La structure du morceau de jazz improvisé est souvent la suivante :

  • Thème : c'est souvent un standard, soit repris tel qu'il a été composé, soit arrangé par les musiciens. Il est souvent joué en introduction et en fin de morceau.
  • Solo, Chorus : c'est le moment où chaque musicien improvise avec son instrument, généralement en se basant sur la structure de la grille harmonique, qui lui sert de cadre. Au cours de cette impro, on suit plus ou moins les méthodes suivantes :
  1. les autres musiciens du groupe jouent la grille à mezza voce pour laisser le soliste ressortir ;
  2. s'il y a un piano dans le groupe, tous les musiciens peuvent faire silence, laissant simplement le piano accompagner le soliste. Mais en fonction du morceau, du groupe, ou même simplement de l'envie des musiciens, l'accompagnateur peut être un guitariste, un bassiste, voire un batteur, les possibilités ne manquent pas.

Il existe toutefois nombre d'autres possibilités. L'improvisateur peut par exemple improviser, non pas sur une grille (succession mesurée d'accords), mais sur une simple mélodie. Il peut aussi ne pas utiliser de support (c'est le cas de l'improvisation libre).

Il existe encore des situations faisant appel à la communication par le langage. C'est le cas du soundpainting : langage visuel développé par Walter Thompson (constitué de plus de 700 signes) qui permet d'organiser le comportement musical et chorégraphique collectif. Ou encore le langage sonore de grille ouverte, inventé par le saxophoniste Sylvain Mangiarotti, présentant l'originalité d'orienter l'improvisation de l'intérieur même du discours musical.

L’improvisation jazz au piano[modifier | modifier le code]

Le piano tient une place à part dans le monde de l'improvisation jazz. Il est bien sûr l'instrument quasi incontournable de l'accompagnement des chanteurs et instrumentistes solistes de jazz, mais il a aussi suivi son propre chemin, en tant qu'instrument soliste, porté par de grands pianistes jazz comme Oscar Peterson, Michel Petrucciani, Herbie Hancock, Bill Evans, Martial Solal, Keith Jarrett, Cecil Taylor, Thelonious Monk etc (voir liste ici).

Particularismes du piano-jazz[modifier | modifier le code]

Au même titre que le piano classique, le piano jazz a d'abord comme énorme avantage de pouvoir se suffire à lui-même. Il est pratiquement impossible d'assister à un concert de jazz où il y aurait, seul sur scène, un saxophoniste solo ou un trompettiste solo. Bien sûr, les instruments d'une formation peuvent exécuter des solos au cours d'un concert, mais il s'agit toujours d'un épisode, une parenthèse. Un grand soliste peut tenir la scène, mais il a besoin d'un soutien. Stan Getz par exemple, l'un des plus grands saxophonistes jazz, était accompagné (au minimum) par un pianiste. On comprend donc que les instruments solistes peuvent difficilement remplir l'espace sonore. Or le piano échappe à cette règle pour plusieurs raisons :

  • c'est un instrument polyphonique, il permet donc à la fois la mélodie et l'harmonie ;
  • c'est un instrument à percussion, il permet donc de marquer clairement le rythme ;
  • le piano peut donc remplacer l'orchestre alors que ce n'est le cas d'aucun instrument de l'orchestre.

Le piano jazz a permis d'inventer des styles musicaux, des manières de traiter le rythme, la mélodie et l'harmonie du fait même des possibilités du pianiste et du piano. On peut considérer que la grande révélation du piano dans le jazz a été l'usage de la main gauche pour effectuer ce que les jazzmen appellent communément la « pompe » et que les anglo-saxons appellent le « stride » ou la « walking », ce qui en anglais signifie « enjambée ». C'est une technique très virtuose consistant à alterner basse et accord sur un grand écart (saut supérieur à l'octave) afin d'imiter la contrebasse et le bandjo.

On admet généralement que les premières pompes sont nées avec Scott Joplin et ses célèbres ragtimes. Cette technique qui nécessite des années de travail pour être parfaitement maîtrisée offre en définitive à la fois un spectacle pour le public, fasciné par cette main qui joue presque simultanément en deux endroits du clavier, l'exploitation orchestrale de toute la largeur du clavier et l'impression d'avoir un pianiste avec trois mains.

Avec l'évolution du jazz, cette technique qui pouvait aussi bien être binaire (une basse, un accord) ou ternaire (une basse deux accords ou deux basses, un accord) a donné corps au swing, au be-bop, au boogie-woogie, etc.

L’improvisation dans la musique électronique[modifier | modifier le code]

Dans la musique électronique populaire, les DJs pratiquent l'improvisation lors de leurs prestations sur scène que ce soit en concert, en club ou en rave party. Une nouvelle génération d'improvisateurs voit le jour en Angleterre mené par le groupe de drum and bass The Bays qui a la particularité de ne pas vendre de disque et de ne jamais jouer les mêmes morceaux d'un concert à l'autre. Chacune de leurs prestations scéniques est unique.

Dès 1969, le compositeur Jean-Jacques Birgé improvisait sur des instruments électroniques (synthétiseur à partir de 1973, puis toutes sortes de machines jusqu'au récent Tenori-on ou sa Mascarade Machine), en particulier au sein du groupe Un Drame Musical Instantané (de 1976 à 2008).


L'improvisation dans le rock[modifier | modifier le code]

Certains groupes de rock et de musique expérimentale pratiquent l'improvisation. Outre la guitare électrique, ils ont souvent recours à d'autres objets électriques et/ou électroniques qu'ils modifient avec le circuit-bending.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Sauvanet, L'improvisation entre création et interprétation, 2004, la Sorbonne, pp.163-176

Liens externes[modifier | modifier le code]