Truman Capote

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Truman Capote

alt=Description de l'image Truman Capote by Jack Mitchell.jpg.
Nom de naissance Truman Streckfus Persons
Activités Romancier, nouvelliste, scénariste
Naissance 30 septembre 1924
La Nouvelle-Orléans, Louisiane, Drapeau des États-Unis États-Unis
Décès 25 août 1984 (à 59 ans)
Los Angeles, Californie, Drapeau des États-Unis États-Unis
Langue d'écriture Anglais
Mouvement Southern Gothic
Genres Roman, nouvelle, scénario
Distinctions Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario pour Les Innocents

Œuvres principales

Petit déjeuner chez Tiffany (roman, 1958)
De sang-froid (non-fiction, 1966)

Signature

Signature de Truman Capote

Truman Garcia Capote, de son nom de naissance Truman Streckfus Persons, est un écrivain américain né le 30 septembre 1924 à La Nouvelle-Orléans et mort le 25 août 1984 à Los Angeles. Il est l'auteur de romans, nouvelles, reportages, portraits, récits de voyages, souvenirs d'enfance, ainsi que de deux adaptations théâtrales de ses écrits antérieurs et de deux scénarios de films.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les années de formation[modifier | modifier le code]

Ses parents, Arch Persons et Lillie Mae, se séparent quelques années après leur mariage. Alors qu'il a cinq ans, sa jeune mère le confie à ceux-là même qui l'avaient recueillie orpheline : il est élevé à Monroeville en Alabama par ses trois cousines et leur frère, tous quatre célibataires. Son enfance est heureuse, mais il a toujours ressenti douloureusement cet abandon par ses parents. À Monroeville, il a pour amie d'enfance Harper Lee qui le décrira dans son roman To Kill a Mockingbird (Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur) comme un « Merlin l'enchanteur de poche », sous les traits du personnage de Dill. Très vite, dans le voisinage, on s'aperçoit qu'il est différent : « petit, efféminé, maniéré et doté d'une voix haut perchée »[1]. En 1932, sa mère qui s'est remariée avec un Cubain, Joseph Capote, l'emmène vivre à New York. Son beau-père l'adopte légalement et Truman Persons devient Truman Capote. En 1934, à l'âge de « dix ans, il a déjà connu ses premières expériences homosexuelles avec des adultes et a décidé de devenir écrivain »[1].

Il fait ses études à la Dwight School de New York, ainsi qu'à la Greenwich High School à Greenwich dans le Connecticut où l'un de ses professeurs, Catherine Wood, l'encourage à écrire. Diplômé d'un collège privé du West Side, il quitte définitivement à 17 ans le système scolaire et travaille de 1941 à 1945 comme pigiste au New Yorker ; en juin 1945, à l'époque de la publication de Miriam dans le magazine Mademoiselle, il rencontre William S. Burroughs : Mademoiselle et Harper's Bazaar sont les deux magazines qui publient ses premières nouvelles ; le New-Yorker les juge trop audacieuses. Les directeurs littéraires de ces magazines (Mary Louise Aswell pour Harper's Bazaar et George Davis pour Mademoiselle), des personnages influents de l'époque, détectent avant tous les autres le talent exceptionnel du jeune homme.

La vie de famille chez les Capote est orageuse, les crises d'éthylisme de sa mère sont fréquentes et violentes. En 1946, le jeune homme trouve refuge à Yaddo, une résidence qui accueille écrivains, musiciens et artistes, dans l'État de New-York. Il y rencontre Newton Arvin, un professeur de lettres de grande valeur. Pendant les deux ans que dure leur liaison, il passe chaque week-end auprès de celui qui lui donnera la formation qu'il n'a pas reçue à l'université. Il lui rend plus tard hommage en disant qu'« Arvin a été [son] Harvard ».

Les premiers succès[modifier | modifier le code]

Portrait par Carl van Vechten en 1948.

Durant toute sa vie d'écrivain, Truman Capote n'écrit qu'une quinzaine de nouvelles. Leur charme particulier doit beaucoup au caractère merveilleux ou fantastique de leurs histoires, à leur ironie légère « souvent au bord de la préciosité »[2] et, pour certaines d'entre elles, au don de leur auteur pour évoquer l'enfance. Leur style poétique foisonne d'images originales (« [...] glissant quelques sucreries dans le vinaigre de sa voix... », « Miss Sook, sensible comme une capillaire... », « Tico Feo [...] chantait une chanson aussi gaie que des sous que l'on remue »). « Ainsi, l'aspect « gothique » de son œuvre correspond à une conception du monde qui repose sur la peur. Le grotesque n'est jamais gratuit. Le précieux est le plus souvent intégré »[3]. Ses personnages, mêmes ceux qui ont un rôle secondaire restent dans la mémoire du lecteur : « L'homme qui avait parlé était petit, taillé en barrique, et d'un teint de brique ; il avança jusqu'au seuil du salon et s'arrêta en titubant. » (Oreilly dans Monsieur Maléfique). C'est grâce à ces nouvelles, et particulièrement à Miriam publié par Mademoiselle dans son numéro de juin 1945, que le milieu littéraire new-yorkais est le premier à reconnaître son talent.

Il est invité dans les cercles littéraires de Mary Louise Aswell et George Davis. Bennett Cerf, le directeur de Random House, accepte de publier son premier roman, Les Domaines hantés (1948), qui connaît d'emblée un vif succès, « dans lequel entre d'ailleurs une part de scandale et de sensationnel »[4]. La même année, il fait la connaissance de Jack Dunphy, lui-même écrivain, qui sera le compagnon de presque toute sa vie. Les dix années suivantes les voient séjourner longuement en Europe. En 1951 paraît La Harpe d'herbes qui, tout en évoquant son enfance en Alabama auprès de ses cousines qui l'ont élevé, représente une douce révolte de la fantaisie et du cœur contre l'hypocrisie de la vie morale américains : les protagonistes « s'évadent du monde de la logique et de l'argent en allant s'asseoir dans les branches d'un arbre d'où viennent les déloger des personnages incarnant l'Église, le commerce, la force armée et la loi »[5]. Cette fantaisie n'est pas sans rappeler, dans une tonalité plus légère et moins tragique, l'isolement recherché par les héros de Carson McCullers.

Truman Capote écrit aussi des récits de voyages et des scénarios de films dans lesquels jouent les grands acteurs de l'époque (Humphrey Bogart, Gina Lollobrigida...), mais son travail pour les scènes new-yorkaises, une adaptation théâtrale de La Harpe d'herbes et une comédie musicale, tirée de sa nouvelle La Maison des fleurs, connaît un succès mitigé. De façon générale, « ses tentatives théâtrales se révèlent peu convaincantes »[4]. En 1956, il suit une tournée de Porgy and Bess en URSS « et en tire un reportage conçu comme un roman comique, Les muses parlent (The Muses Are Heard. Éloges presque unanimes »[4]. « Extrêmement versatile, Truman Capote ne se laisse pas enfermer dans un style ou une conception du monde : il passe du style onirique des Domaines hantés au style journalistique de »[6] Les Muses parlent sans difficultés apparentes.

En 1958, Petit déjeuner chez Tiffany « consacre la dernière étape de la pensée et du style de Capote »[7]. Bref roman de cent-vingt pages, il connaît un grand succès et fait de son auteur un écrivain en vue chez ses pairs. Ce roman est le récit de la rencontre d'un écrivain débutant, le narrateur, avec sa voisine du dessous, une jeune femme déroutante et anticonformiste d'à peine dix-neuf ans et d'un charme fou. Telle un papillon de nuit attiré par les lumières d'une vie new-yorkaise futile et mondaine, Holly Golightly vit aux crochets de quelques riches amis et amants. Femme-enfant, fantasque et imprévisible, elle est rétive à toute morale qui restreint sa liberté. Le jeune narrateur tombe rapidement amoureux de cette femme seule, blessée par une enfance difficile. Cet amour n'est pas payé de retour et une mauvaise fréquentation (celle d'un chef mafieux emprisonné auquel Holly rendait service en transmettant à l'extérieur ses messages météorologiques) oblige la jeune femme à s'envoler précipitamment pour le Brésil. Elle disparaît mais pas dans le souvenir du narrateur à qui elle laisse un sentiment de manque et le regret du bonheur enfui. Le style léger et ironique de Truman Capote sert merveilleusement ce récit doux-amer où, à la fin, l'héroïne « affronte le monde, [...] sort dans le monde, [...] voyage »[8], ayant réussi à se libérer de ses incertitudes et de son angoisse.

De sang-froid (In Cold Blood)[modifier | modifier le code]

Truman Capote en 1959.

Truman Capote découvre dans le New York Times du 16 novembre 1959 un fait divers qui, tout de suite, le passionne : un quadruple meurtre frappant une famille de fermiers du Kansas. Il pense qu'il pourra traiter ce fait divers sanglant sous une nouvelle forme littéraire et en faire un « roman de non-fiction » qui « permet également à l'auteur d'analyser (ou de projeter sur les meurtriers) les mobiles d'un crime que le lecteur est invité à vivre par procuration »[9]. Il obtient du New Yorker de partir enquêter sur les lieux du drame, à Holcomb. Son amie d'enfance Harper Lee, à qui il a demandé de l'accompagner, facilite beaucoup ses relations avec la population locale du Midwest et lui est d'une aide précieuse durant son travail de recherches. L'écrivain passe « plus de cinq ans »[4] à interroger d'innombrables témoins, à étudier les rapports de police et, après l'arrestation des deux assassins, Perry Smith et Dick Hickock, à les rencontrer en prison grâce à la confiance d'Alvin Dewey, le policier chargé de l'enquête. Il gagne l'amitié des deux prisonniers au cours de ses visites. Il travaille sur ces crimes en restant au plus près des faits, il décrit méticuleusement le décor du drame. Il utilise l'énigme que représentent ces quatre meurtres sauvages et gratuits pour s'approcher du mystère de l'homme doué de raison et pourtant capable du pire. Le titre de l'ouvrage (De sang-froid) est ambigu. Il fait référence à la fois à l'attitude des deux assassins lors de cette nuit fatale, mais aussi à celle de la société qui les exécute. En avril 1965, Smith et Hickock sont exécutés. Le livre qui est son chef-d'œuvre peut enfin paraître.

Random House publie De sang-froid en janvier 1966. Le succès considérable de ce livre, qui se vend à des millions d'exemplaires, lui apporte tout ce qu'il souhaitait, la fortune, la célébrité et une vie mondaine éclatante. Il organise lui-même le 28 novembre 1966 un événement mondain légendaire, un bal masqué en noir et blanc à l'hôtel Plaza à New-York où se pressent cinq cent-quarante invités triés sur le volet.

Truman Capote est alors au sommet de sa gloire mais jamais plus il n'écrira un texte de cette ampleur. Son biographe, Gerald Clarke, le décrit transformé par ce travail épuisant d'enquêtes et d'écriture et ayant de la difficulté à renouer avec son métier d'écrivain et avec lui-même. Mais la raison principale de cette dépression, de sa chute dans l'alcoolisme et de son manque d'inspiration qui ne le quitteront plus, c'est sa rencontre avec Perry Smith, l'un des deux assassins, qui le touchera profondément. Capote voyait en lui l'homme qu'il aurait pu devenir s'il n'avait pas eu la littérature dans sa vie. Ils nouèrent pendant ces années de prison des liens très importants, en passant de longs moments à parler. Au début de 1965, Capote écrit à un de ses amis, lui confiant sa déprime et son épuisement ; d'un côté il ne veut pas que Perry soit exécuté, de l'autre il sait que tant que ce ne sera pas fait, il ne pourra pas terminer ce livre qui l'obsède.

Le déclin[modifier | modifier le code]

Plaque de Truman Capote au Westwood Village Memorial Park.
Stèle de Truman Capote et Jack Dunphy au Crooked Pond dans Long Pond Greenbelt à Southampton (New York).

Il vit pendant plus de trente ans avec Jack Dunphy, un acteur et écrivain qu'il a rencontré en 1948. La quarantaine passée, il mène une vie mondaine, mais « s'abîme dans un alcoolisme incontrôlable, compliqué par l'abus de pilules et de cocaïne »[4]. Il compte parmi ses amis Babe Paley, la grande amitié amoureuse de sa vie[10] qui se brise en octobre 1975, et Harper Lee, l'amie de toujours ; celle-ci est l'auteur en 1960 du best-seller To Kill a Mockingbird, en français Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, adapté au cinéma sous le titre Du silence et des ombres ; on y voit Capote enfant déjà grand narrateur d'histoires ; parmi ses amis figurent aussi, entre autres, Newton Arvin, son professeur de littérature, Carson McCullers, Tennessee Williams, Norman Mailer, Marilyn Monroe, Lee Radziwill, la sœur de Jacqueline Kennedy, Andy Warhol qui fut à l'origine du dernier livre qu'il publia de son vivant , Musique pour caméléons, et Cecil Beaton, le photographe officiel de la famille royale britannique (selon Gerald Clarke, « Beaton adorait Capote autant que Capote l'adorait »). Ses inimitiés sont également fameuses, celle pour Gore Vidal notamment.

Après la publication de De sang-froid en 1966, les années qui suivent sont une lente descente vers l'abîme même s'il écrit encore quelques nouvelles. « C'est paradoxalement cette réussite flamboyante, tant sur le plan littéraire que mondain, qui va marquer pour lui le début d'une douloureuse déchéance. Son dernier livre, Prières exaucées, en est le symbole. Car, pour reprendre la citation de sainte Thérèse d'Avila qui a inspiré ce titre, « Il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas ». »[11] Son biographe américain le décrit déçu tant par sa carrière que par sa vie personnelle et de plus en plus dépendant de l'alcool et de la drogue, effectuant des cures de désintoxication sans succès.

La publication dans Esquire, en octobre 1975, d'un chapitre du roman auquel il travaille, précipite la catastrophe. La Côte basque, 1965, un des trois (brillants et outranciers) fragments qui subsisteront de l'oeuvre annoncée, s'inspire de façon un peu trop évidente (et blessante) de la relation douloureuse entre deux de ses amis, William et Babe Paley... Cela vaut au romancier d'être irrémédiablement ostracisé par la haute société new-yorkaise et fui par presque tous ses proches. Ce roman, Prières exaucées, devait être son chef-d'œuvre, il restera inachevé et ne sera publié que de façon posthume en 1987, avec une préface explicative de son éditeur Joseph M. Fox.

Entre-temps, Truman Capote aura fait paraître, en 1977, un dernier livre de son vivant : Musique pour caméléons qui est un recueil d'articles et de nouvelles.

Il meurt à Hollywood en 1984 d'une surdose médicamenteuse.

Un grand écrivain[modifier | modifier le code]

Représentant de l'écrivain new-yorkais des années 1950 et 1960, Truman Capote a laissé une œuvre importante dans la littérature américaine du XXe siècle. Pour Norman Mailer, « Truman Capote est aussi acerbe qu'une vieille fille de soixante ans, mais à sa façon c'est un petit mec qui a des couilles... et l'écrivain le plus parfait de ma génération : il écrit les meilleures phrases, où chaque terme, chaque rythme est soigneusement pesé. Je n'aurais pas trouvé deux mots à changer à Petit déjeuner chez Tiffany, qui s'impose déjà comme un classique de la littérature américaine. » Pour William Styron : « C'était un maître incontesté du verbe... Il avait le don de faire chanter et même danser les mots, de provoquer le rire, de vous donner le frisson, vous toucher le cœur. »

Truman Capote au cinéma[modifier | modifier le code]

Truman Capote, film réalisé en 2005 par Bennett Miller, montre l'écrivain au travail pendant la période d'enquête et d'écriture de De sang-froid et vaut à Philip Seymour Hoffman l'oscar du meilleur acteur. À peine un an plus tard, un autre film revient sur le même sujet, Infamous, en français Scandaleusement célèbre, de Douglas McGrath, avec Toby Jones dans le rôle de l'écrivain. La sortie coup sur coup de ces films montre à quel point Truman Capote reste actuel et controversé. Le romancier apparaît lui-même à l'écran en 1976 aux côtés de Peter Sellers, Alec Guinness et Peter Falk dans le film de Robert Moore, Un cadavre au dessert (Murder by death).

La découverte d'un inédit[modifier | modifier le code]

En 2004, à l'occasion d'une vente aux enchères chez Sotheby's, réapparaît miraculeusement un ancien « tapuscrit » rédigé en 1943. Alan U.Schwartz, avocat et ami de Truman Capote, a raconté cette découverte : « Une personne anonyme prétendait que son oncle avait occupé un appartement en sous-sol dans le quartier de Brooklyn Heights où Truman avait vécu aux alentours de 1950. Selon elle, Truman s'en était absenté puis avait décidé de ne plus revenir. Il avait prié le concierge de l'immeuble de vider l'appartement et de mettre tous ses effets sur le trottoir pour que la voirie les ramasse. À en croire ce témoignage, l'oncle, gêné à l'idée de voir ces affaires partir à la poubelle, avait décidé de tout garder. Cinquante ans plus tard, à la mort du dit oncle, un membre de sa famille avait hérité de ces papiers et voulait à présent les vendre. »

Ce roman de jeunesse que Truman Capote pensait avoir détruit a finalement été publié en octobre 2005 aux États-Unis et en septembre 2006 en France. La traversée de l'été, « pièce manquante d'une œuvre remarquable » selon le critique Alexandre Fillon, « comédie tragique new-yorkaise » selon l'écrivain Charles Dantzig, est un superbe récit qui montre que ce jeune auteur de dix-neuf ans possède déjà une belle maîtrise de son art.

Grady McNeil, jeune fille insouciante de la haute bourgeoisie new-yorkaise, voit partir sans déplaisir ses parents pour un long voyage en Europe. Son ami d'enfance, le fantasque et fidèle Peter Bell lui tiendra compagnie. Grady profitera de cette liberté pour vivre un amour passionné cet été-là avec Clyde Manzer, un jeune gardien de parking assez rude dont les parents de la jeune fille ignorent l'existence. Les thèmes de ce court roman sont universels : l'amour, l'amitié, la difficulté d'affronter les différences sociales, l'insouciance et le besoin d'absolu des adolescents. Ses personnages sont attachants et la montée dramatique du récit ménage une fin abrupte et inattendue.

La publication de sa correspondance[modifier | modifier le code]

Gerald Clarke, spécialiste de l'œuvre de Capote, édite en 2004 sa correspondance, traduite en français sous le titre Un plaisir trop bref - titre extrait d'une lettre de l'écrivain à Robert Linscott (« Quel plaisir trop bref que votre lettre... »). Dans son introduction aux lettres de Truman Capote, Gérald Clarke écrit : « Il s'y livre avec naturel. Lui, qui polissait et repolissait la moindre phrase parue sous sa signature, traquant parfois pendant des heures le mot juste, écrivait ses lettres à la diable, comme s'il craignait toujours de rater la dernière levée. »

Cette correspondance couvre, de 1936 à 1982, plus de quarante ans d'existence, constituant ainsi une véritable et inespérée autobiographie épistolaire. Elle commence par une lettre cinglante écrite à douze ans à son père, Arch Persons : « Comme tu le sais, mon nom a été changé de Persons en Capote, et je te serais reconnaissant de ne plus m'appeler que Truman Capote, car tout le monde désormais me connaît sous ce nom-là[10] ». Mais dans l'ensemble, sa correspondance est drôle et pleine des commérages qu'il affectionnait : « J'ai vécu d'étranges aventures ces dernières semaines, auxquelles sont mêlés John Huston et Humphrey Bogart, qui m'ont rendu fou tant ils font la bringue - à moitié ivres toute la journée, et complètement ivres la nuit. Tu n'es pas obligé de me croire, mais je suis entré un matin à six heures dans la chambre de Bogart pour y trouver le roi Farouk dansant le hula hoop ». Elle n'est pas exempte de traits vachards, par exemple à propos d'un texte de Carson Mac Cullers : « J'ai sûrement lu pire, mais je ne m'en souviens pas ». Elle montre un homme consumé par un intense besoin d'amour, attentionné envers ses amis et attendant d'eux la réciprocité : « Précieuse Marylou, j'ai été si heureux de recevoir ta lettre. Elle a fait naître en moi un violent désir de te voir ».

Ses lettres révèlent un écrivain obsédé par la rédaction du roman qui le rendra mondialement célèbre : « Je suis revenu à Verbier, écrasé par le poids de ce livre interminable ». Parmi ses amis de toujours, apparaissent de nouveaux correspondants, Alvin Dewey, l'inspecteur chargé de l'enquête sur l'assassinat de la famille Clutter, sa femme et leur fils. Cette relation intéressée dans ses débuts par le besoin de collecter des informations, se transforme peu à peu en une amitié touchante : « Chers amis de cœur ». Sa correspondance le montre encore soucieux de la parution du livre enfin achevé, qui est suspendue au verdict de la Cour Suprême : « Reçu ton télégramme : Appel rejeté. Mille mercis ». Il écrit à Cecil Beaton, longtemps un ami proche : « Perry et Dick ont été pendus mardi dernier. J'étais là parce qu'ils me l'avaient demandé. Ce fut une épreuve atroce. Dont je ne me remettrai jamais complètement ». Ces quelques mots étaient prophétiques. Truman Capote ne s'est jamais remis de ce livre et de cette plongée dans la réalité la plus noire.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Roman[modifier | modifier le code]

  • 1943 : La Traversée de l'été (Summer Crossing), premier roman inédit publié en 2005. Une histoire d'amour entre une jeune fille de la haute société new-yorkaise et un jeune gardien de parking, sur fond d'Upper East Side et de canicule. Publication posthume en octobre 2005 par Random House Inc., New York.
  • 1948 : Les Domaines hantés (Other Voices, Other Rooms). Un préadolescent part retrouver son père et finalement se trouvera lui.
  • 1951 : La Harpe d'herbes (The Grass Harp). Un orphelin et deux vieilles dames élisent domicile dans un arbre et ne veulent plus en descendre. Adapté au théâtre en 1952.
  • 1958 : Petit déjeuner chez Tiffany (Breakfast at Tiffany's), court roman dont l'héroïne touchante et irresponsable est incarnée par Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé (Breakfeast at Tiffany's), film américain réalisé par Blake Edwards en 1961.
  • 1987 : Prières exaucées (Answered Prayers: The Unfinished Novel), roman inachevé dont deux chapitres sont remarquables : Des monstres à l'état pur (Unspoiled monsters) et La Côte Basque.

Recueils de nouvelles[modifier | modifier le code]

  • 1949 : Un arbre de nuit (A Tree of Night)
  • 1980 : Musique pour caméléons (Music for Chameleons), ce recueil contient l'éblouissante nouvelle Cercueils sur mesure (Handcarved Coffins).
  • 1987 : Une anthologie de Capote (A Capote Reader). Ce recueil inclut, entre autres, ses douze nouvelles les plus célèbres : Miriam, My Side of the Matter, A Tree of Night, Jug of Silver, The Headless Hawk, Shut a Final Door, Master Misery, Children on Their Birthdays, A Diamond Guitar, House of Flowers, Among the Paths to Eden et Mojave.
  • 2004 : The Complete Stories of Truman Capote. À l'occasion de ce qui aurait été le 80e anniversaire de Capote, Random House a regroupé en un volume toutes les nouvelles ou courts récits de souvenirs écrits par Capote. Ces histoires sont au nombre de vingt. Aux douze énumérées ci-dessus, s'ajoutent : The Walls Are Cold, A Mink of One's Own, The Shape of Things, Preacher's Legend, The Bargain, A Christmas Memory, The Thanksgiving Visitor et One Christmas. Paraît également la même année chez Random House Too Brief a Treat (publié en France en 2007 sous le titre Un plaisir trop bref).

Nouvelles[modifier | modifier le code]

  • 1943 : Un été indien (I Remember my Grandpa). Un jeune garçon recueille « le secret » de son grand-père...
  • 1945 : Miriam. Une vieille dame fait la rencontre d'une petite fille qui devient vite terriblement envahissante.
  • 1956 : Un souvenir de Noël (A Christmas Memory). Buddy a sept ans, la vieille cousine qu'il adore soixante et plus, et par un froid matin de novembre : « Oh mon Dieu !  » s'écrie-t-elle, « Mais c'est le moment de faire les cakes aux fruits !  »

Autres publications[modifier | modifier le code]

  • 1950 : Local Color, croquis de voyages.
  • 1954 : Plus fort que le diable (Beat the Devil), scénario (voir Plus fort que le diable, film de John Huston).
  • 1954 : La Maison de fleurs (House of Flowers), comédie musicale
  • 1956 : Les muses parlaient (The Muses are heard), reportage sur son voyage en Russie soviétique avec un groupe théâtral américain donnant des représentations de l'opéra de Gershwin Porgy and Bess à Saint-Petersbourg et à Moscou.
  • 1960 : Les Innocents (The Innocents), scénario d'après Le Tour d'écrou de Henry James (voir Les Innocents, film de Jack Clayton)
  • 1964 : Morceaux choisis. Textes anciens et inédits, Traduit de l'anglais (États-Unis) par Germaine Beaumont, Maurice-Edgar Coindreau, Serge Doubrovsky, Jean Dutourd et Céline Zins. Préface de Mark Schorer. Gallimard, NRF, Collection Du monde entier. (ISBN 9782070212309)
  • 1966 : De sang-froid (In Cold Blood), un roman de « non-fiction » où capote suit le trajet de deux assassins et qui a inspiré plusieurs films dont De sang-froid (1967) de Richard Brooks avec Robert Blake.
  • 1968 : L'Invité d'un jour (The Thanksgiving Visitor), souvenirs. Un jeune garçon exorcise la peur que lui inspire un camarade de classe...
  • 1983 : Un Noël (One Christmas), souvenirs. Un petit garçon en vient à se demander si le Père Noël existe vraiment.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le Nouveau Dictionnaire des auteurs, de tous les temps et de tous les pays, volume 1, p. 554.
  2. Pierre Domergues, Les Écrivains américains d'aujourd'hui, 3e édition, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ? no 1168, 1973, p. 60.
  3. Pierre Domergues, Les Écrivains américains d'aujourd'hui, 3e édition, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ? no 1168, 1973, p. 60.
  4. a, b, c, d et e Le Nouveau Dictionnaire des auteurs, de tous les temps et de tous les pays, volume 1, p. 555.
  5. Jacques-Fernand Cahen, La Littérature américaine, 9e édition, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ? no 407, 1991, p. 121-122.
  6. Pierre Domergues, Les Écrivains américains d'aujourd'hui, 3e édition, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ? no 1168, 1973, p. 60.
  7. Pierre Domergues, Les Écrivains américains d'aujourd'hui, 3e édition, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ? no 1168, 1973, p. 62.
  8. Pierre Domergues, Les Écrivains américains d'aujourd'hui, 3e édition, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ? no 1168, 1973, p. 62.
  9. Pierre Domergues, Les Écrivains américains d'aujourd'hui, 3e édition, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ? no 1168, 1973, p. 62.
  10. a et b Article de Bruno Corty sur lefigaro.fr du 19 juin 2014.
  11. http://www.franceculture.fr/emission-truman-capote-2009-11-24.html Article sur Truman Capote par Mathieu Garrigou-Lagrange et Isabelle Yhuel sur le site Franceculture.fr

Sources[modifier | modifier le code]

  • Le Nouveau Dictionnaire des auteurs, de tous les temps et de tous les pays, volume 1, Paris, éditions Laffont-Bompiani, 1994, pages 554-555.
  • Jacques-Fernand Cahen, La Littérature américaine, 9e édition, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ? no 407, 1991, pages 121-122 (ISBN 2-13-044008-8)
  • Gerald Clarke, Truman Capote, traduit par Henri Robillot, Paris, Gallimard, coll. NRF Biographies, 1990 (ISBN 2-07-071849-2)
  • Pierre Domergues, Les Écrivains américains d'aujourd'hui, 3e édition, Paris, P.U.F., coll. Que sais-je ? no 1168, 1973, pages 60-62.

Liens externes[modifier | modifier le code]